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Earteam

tendances. ‘Songs For Imaginative People’ possède tout le potentiel d’un ‘Maverick A Strike’ pour les années 2010 : frais, détonnant et lumineux, mais probablement sans lendemain. (ab)

Diab Quintet ‘Fourmilières’ Home Records

Ce quintet, nouveau venu au sein de l’écurie Home Records, s’articule autour des compostions de l’accordéoniste diatonique Jonathan De Neck (Les Déménageurs, Dazibao...) Il met en scène des vignettes majoritairement instrumentales très colorées « world », mâtinées de cordes et de flûtes oscillant entre le folk et le jazz qui se laissent écouter facilement. La formation n’en est encore qu’à ses débuts mais ceux-ci s’avèrent prometteurs, à l’image de la production tout en nuances du disque. Après plusieurs dates à La Samaritaine, le groupe se propose de les exécuter live sur diverses scènes du pays qu’il faudra surveiller dans les semaines à venir. (et)

Dobie ‘We Will Not Harm You’

Ducktails ‘The Flower Lane’ Domino/V2

Champion du home-recording, détenteur d’un brevet d’artisan pop moderne, Matt Mondanile abandonne régulièrement ses souvenirs d’enfance sur des chansons bancales. Après plusieurs essais et un petit miracle de débrouillardise (l’album ‘Arcade Dynamics’) pour le compte de l’écurie Woodsist, le garçon réactive Ducktails, son projet solo. Enrôlé par le prestigieux label Domino (The Kills, Arctic Monkeys), l’artiste élargit son champ de vision et parachève son approche musicale. A l’heure de laisser pousser ‘Flower Lane’, le solitaire ouvre (enfin) les portes d’un véritable studio et engage les services d’un vrai groupe (Big Troubles). La guerre des mondes redoutée (charmants défauts de fabrication Vs méchante surproduction) n’a pas lieu et l’insouciante naïveté des compositions de Ducktails passent ici un cap inespéré. Grattée avec une nonchalance jubilatoire, la guitare esquisse des mélodies réconfortantes comme les couleurs rougeoyantes d’un crépuscule en pleine canicule. Toujours à la limite du bon goût, Ducktails multiplie les effets de manches et les orchestrations douteuses (le saxophone d’‘Under Cover’, notamment, déjoue les pièges du kitsch avec un toupet monstre). Produit par Al Carlson, spécialiste des missions périlleuses (Peaking Lights, Oneohtrix Point Never), ce nouveau Ducktails empile d’improbables références (de Todd Rundgren à Prefab Sprout) et s’affirme en toute humilité comme l’accomplissement de sa propre culture musicale (‘Planet Phrom’, relecture d’un titre obscur de Peter Gutteridge, figure de proue de la scène néo-zélandaise avec The Clean et The Chills). Long en bouche, ‘The Flower Lane’ laisse filtrer sa mélancolie du bonheur sur dix titres crève-cœur. A serrer au plus près du corps. (na)

Big Dada Recordings/Ninja Tunes

‘We Will Not Harm You’. Menace ? Promesse ? Litanie triturée, baladée d’une enceinte à l’autre, balayée d’un revers de beat gras et sourd. Beat. Beat. Un bleep au son de tuyau creux frappe le rythme. Ambiance lourde. Retour de la litanie, accompagnée cette fois de présences encapuchonnées. Accueil ? Lynchage ? Défroques élimées, mains noircies, regards de biais. Colonnes de béton armé. Acier trempé. Tout peut encore tourner au vinaigre. ‘We Will Not Harm You’, répètent-ils. Dobie déroule à la suite de son prologue une house urbaine frontale, fracassante et dub, tissées de volontés tribales. Le tout est aussi cru, aussi nu, que les tiges filetées qui s’extirpent du ciment et pointent vers le ciel, doigts d’oxyde accusateurs aux imprécations imprécises. La question n’est pas tant celle du plaisir, musical ou festif, mais de la nécessité du mouvement. Pulsation. Vibrations. Bielles et pistons. Qu’importe le support, pourvu qu’il y ait le rythme. La méthode Dobie est une épaisse flaque d’huile où se noient percussions afro et partitions be-bop, devenus rouages d’un Techno-Moloch à la gueule de feu. C’est sourd. C’est binaire. Ça sent la vidange et vous laisse des scories dans les cheveux. C’est le son sur lequel bougeront les moteurs quand il leur faudra oublier que l’essence vient à manquer. Nous danserons avec eux. (ab)

Doldrums ‘Lesser Evil’ Souterrain Transmissions

Ca commence plutôt bien (pendant très exactement 30 secondes), puis ce n’est plus un ascenseur pour l’échafaud, mais un véritable toboggan pour l’enfer, façon Aqualibi de l’épouvante musicale. Imaginez une eurodanse aux accents breakbeat et lounge avec des envolées lyriques annonées par un clone au rabais de Mylène Farmer (quand elle ne se pique pas de pousser la voix comme une pseudo-Björk punkoïde dupliquée en canons) et vous aurez un aperçu rigolo mais encore inexact du désastre. Le véritable problème n’est pas tant la qualité douteuse de la chose que le sentiment général de prendre ses vessies pour des lanternes. Le mauvais goût est une affaire trop sérieuse pour se laisser ma-

nier par n’importe qui : cacophonies mal maîtrisées, incantations pitchées en l’absence d’un ingé son, mélodies technoïdes au second degré perdu en chemin, Doldrums tend constamment le derrière en attente d’un pied égaré. Il n’y a que sur le mongolo ‘Egypt’ que le groupe semble habité d’une certaine lucidité et assume pleinement le potentiel déviant de ses propres limites. (ab)

Esben And The Witch ‘Wash The Sins Not Only The Face’

timents contradictoires loin du dancefloor et de la fièvre électronique. Assez contemplatif, ‘Hardcourage’ explore les décors apaisés d’une house suave. Comme la bande-son parfaite d’une déambulation dominicale sur l’asphalte berlinoise, cet album suspend le temps. Tout en langueur. (na)

Five Horse Johnson ‘The Taking Of Black Heart’ Small Stone Records

Je n’ai jamais pigé ceux qui aiment les Rolling Stones des seventies. C’est lourd, gras, immensément moche par rapport à toutes leurs pépites sixties, ‘Let’s Spend The Night Together’, ‘19th Nervous Breakdown’, ce genre. Pourtant, il y en a qui trippent. En général, ce sont les mêmes qui ne crachent pas sur un petit ZZ Top à l’occasion. Avec Five Horse Johnson, ces messieurs (dames ?) seront servis. Les solos d’harmonica succèdent à ceux de guitare, les voix vocifèrent et les batteries roulent comme pas deux. En gros, le septième album des Américains – onze cavalcades blues-rock à tendance stoner – ressemble à s’y méprendre au sixième qui luimême ressemblait déjà vachement au cinquième, etc. Toutefois, on préférait le précédent, sa pochette était plus belle. (lg)

David Fenech ‘Grand Huit’ Gagarin Records

A l’heure de l’Arlésienne enfin dévoilée, je parle bien sûr du nouveau MBV, Esben And The Witch font leur Kevin Shields & co le temps… d’une chanson, l’inaugurale ‘Iceland Spar’, trempée dans une (bienvenue?) nostalgie ‘Loveless’. Le tournant suivant voit pourtant le trio de Brighton revenir aux sources de son premier album ‘Violet Cries’, fortement apprécié en ces pages voici deux ans – et il n’y a guère de raison de changer d’avis. Hélas, notre enthousiasme se flétrit quelque peu à l’idée de se laver nos péchés en plus du visage. Sans vouloir tomber dans le cliché du c’était mieux avant, il faut reconnaître que la formule dream pop du groupe anglais tourne aujourd’hui dans le vide. Hormis des défauts récurrents à bon nombre de formations indie, à commencer par un pseudo-onirisme de niveau Marie Claire, ainsi que des mélodies en panne d’idées, le second opus d‘EATW ne déploie qu’une panoplie de nuages jolis sur papier glacé et tant pis pour les deux ou trois morceaux plus rock, dont l’excellent ‘Deathwaltz’. (fv)

Ce nom-là, il transpire la trouvaille, remet sur table l’époque bénie des blogs musicaux primitifs, fait ressurgir en nous la mémoire de réjouissants curiosa que seules dénichaient les obstinées têtes chercheuses, ces fous de l’archéologie sonore, du beat branque. David Fenech porte en lui cet ADN libre, et il n’est pas biscornu dès lors de le savoir acoquiné à Ghedalia Tazartès ou rendant hommage au viking outsider Moondog. ‘Grand Huit’, sa première tentative immortalisée, voit ici son petit manège à sensations contrastées réédité sur le label de Felix Kubin. Filou en terres folles, le français ingénieux bricole à l’instinct avec tout ce qui lui tombe sous les lunules, comme autant de façons de réinjecter la vie dans la table de mix : soundscapes bruitistes de parcs d’attraction, malhabiles récitations scolaires, boucles hypnotiques, toux et miaulements à la Tom Waits, accordéons en roue libre. Tout fait silex étincelant à qui n’a pas peur d’user les cailloux, d’aiguiser sa captation sonore du monde, à se faire façonnier de la matière (art) brut(e). « Robots, je ne suis pas vraiment spécialisée en robots. », mais au sortir de cette traversée sidérale, je vais y remédier ! (alr)

FaltyDL

Fiction

Matador/Beggars

thés granuleux et de lignes de basse désespérées. En fait, l’ensemble est au premier abord très pop, mettant en avant des compositions rythmiquement sautillantes et ludiques, souvent assez entêtantes, à l’instar de ‘Careful’, ‘Vertigo in bed’, ‘Step ahead’, ‘Parting gesture’ ou ‘See me walk’. En même temps, aussi frais l’ensemble soit-il, il affiche beaucoup de retenue et dégage un continuel sentiment de spleen adolescent, ce qui ne le rend que plus attachant. (pf)

‘Hardcourage’

‘The Big Other’

Ninja Tune/Pias

Moshi Moshi/Coop

Loin de son glorieux passé, l’écurie Ninja Tune tente de se refaire une santé. L’envie est là : le flot des signatures en témoigne. Sa nouvelle recrue s’appelle FaltyDL, projet dont les deux dernières lettres révèlent l’identité de son instigateur : Drew Lustman, beatmaker atypique et remixeur prolifique (Gonjasufi, The XX). Sur l’album ‘Hardcourage’, le DJ et producteur new-yorkais s’abandonne au grand jeu de l’amour. Retranscription chirurgicale et mécanique d’une relation romantique, son disque transporte un flot de sen-

Interrogé à ses débuts sur le style musical qu’il développait, ce quintette britannique a parlé de middle-of-the-road post-punk, soit du post punk modéré. C’est assez judicieux, vu que si Fiction fait clairement référence à cette mouvance (son nom qui est un hommage au label de Cure), le groupe évite tout cliché et ne retient du post punk qu’une coloration musicale et non une esthétique globale. ‘The big other’ n’a en effet rien d’une resucée du rock de crypte où un chanteur suicidaire éructe son mal-être sur fond de syn-

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Foxes In Boxes ‘Gospel Truth’ Honest House

Foxes In Boxes c’est un retour aux sonorités abrasives d’un rock indie et vagabond, imprévisible et farouche goupil croisé au détour d’un bosquet, partagé entre la fuite ou la morsure. L’animal, liégeois, un peu sale, conserve néanmoins la noblesse d’une lignée qui se devine dans la rousseur de sa robe : le dEUS des débuts, bien sûr, mais surtout Keaton, nom qui renvoie aux terriers d’une autre époque, quand des guitares comme des fouets domptaient les notes au papier émeri et que jappaient les corniauds (‘Superheroes’, le sournois ‘Breathe’), quand des plages contemplatives sentaient le béton et la pils sous l’humus (‘Gospel Truth’). Prisonnier de leur boîte (très joli packaging, au passage), nos trois renards aboient, se sautent à la gorge, puis lèchent leurs plaies et se tournent autour, poils hérissés balayant leurs quatre murs de carton. On hésite à les libérer ou les laisser se battre encore un peu. Malheureusement, l’album est posthume : la bête est déjà morte. La rage, sans doute. (ab)

John Foxx And The Maths ‘Evidence’ Metamatic Records

Si vous avez des amis qui ont peur de vieillir, conseillez leur d’écouter cet album, cela leur permettra de prendre conscience que l’on peut

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RifRaf mars 2013  

Interviews : Suuns, Veence Hanao, Phosphorescent, Local Natives, Daughter, Palma Violets, Black Rebel Motorcycle Club, Matthew E. White

RifRaf mars 2013  

Interviews : Suuns, Veence Hanao, Phosphorescent, Local Natives, Daughter, Palma Violets, Black Rebel Motorcycle Club, Matthew E. White

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