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ts d’ambiance de la maisonnée. Même s’il nous offre et nous destine sa musique à nous auditeurs, Beving se parle avant tout à lui-même tant celle-ci est affaire d’intimité. (et)

Biezen ‘The Birds Return’ Chappel Music Holland/Warner

Ce n’est guère l’habitude de la maison de faire dans la nécro, mais difficile ici de passer sous silence le décès très prématuré du frontman de Gorki, Luc De Vos, en 2014, dans la mesure où c’est la brutalité de cette perte qui amena Erik Van Biesen, bassiste du groupe, à chercher une catharsis musicale, un « show must go on ». Dans la langue de Vondel, « biezen » veut dire jonc, et explicitement, cet hommelà a préféré ployer, ‘Closer To The End Of Sound’ (assurément la charnière la plus sonique et chorale du disque), que se briser entièrement. On le trouvera donc plus souvent cendres à la bouche, les gonds grinçants ou occupé à laver la plaie à l’eau sacrée, à la façon tantôt veloutée tantôt épidermique de Mark Lanegan, que complètement disposé à s’extasier pleinement sur le retour des hirondelles. Mais d’inspirée reprise de ‘Bring On The Dancing Horses’ (Echo & The Bunnymen) en survie chuchotée d’un ‘Howling Wolf’, jaillissent sous les lamentos du deuil réel et métaphorique suffisamment d’en-vies pour nous maintenir en éveil. (alr)

Black Strike ‘Black Strike’ M & O Music

Nouveau venu sur la scène belge, Black Strike est formé de cinq potes qui ont décidé de donner corps à leurs ambitions musicales en 2014. Le résultat est des plus convaincants puisque ce EP de cinq titres permet de prendre conscience de tout le potentiel de ce combo ayant un son ultra puissant et groovy. On évolue dans un registre stoner métal très contemporain et terriblement accrocheur, ce que démontrent le tout particulièrement immédiat ‘Garlic’ ainsi que l’apocalyptique ‘Sacramento’ au quotient métalcore affolant. Un groupe à suivre. (pf)

Karl Blau ‘Introducing Karl Blau’ Bella Union/Pias

Bel hasard, nous voici face à deux disques produits par Tucker Martine (Mount Analogue…ou Mr Laura Veirs). Tranchons à cœur : même sans sérénade, nous fondons bien davantage pour celui-ci. Pourquoi être galvanisé par un disque de reprises de country? Tout d’abord, parce que notre vieille copine à franges, poussiéreuse chez d’autres, est ici sans cesse mâtinée de la ferveur d’arrangements soul, dans cette veine de la fin des années 60-70. Ensuite, parce qu’il nous paraît cette fois impossible de ne pas se pâmer pour les vocalises ambrées de Karl Blau, performer très prolifique, mais jusque là cantonné à des circuits alternatifs. Enfin, parce que saupoudré d’invités de grande classe (Jim James ou Eli Moore, entre autres), voilà un disque qui nous donne enfin envie, n’en déplaise à Schmoll, de fredonner ‘That’s How I Got

Chris Cohen ‘As If Apart’ Captured Tracks/Konkurrent

Il est des ciseleurs dont on attend la réapparition avec un emballement non dissimulé. De ceux dont la prédilection pour la mélodie, le sens d’une pop aussi intemporelle qu’affectueuse - taillée pour la sérénité des parcs et de leurs allées bourgeonnantes - a souvent joué à rideaux fermés dans l’ombre d’autres projets. Allez savoir pourquoi dans ce club des ‘Émotifs anonymes’, chez ces nostalgiques tout aussi brillants que discrets, on distribuerait, plus volontiers qu’à d’autres, un badge à Dean Wareham (Galaxie 500) ou à Gerard Love (bassiste pour Teenage Fan Club et seul à la barre de Lightships). Parmi ces happy few, depuis ‘Overgrown Path’, on offrirait aussi volontiers la palme de la luxuriance à juste équilibre à Chris Cohen, ce sosie vocal de John Cunningham (bien que plus cajoleur), ce voisin de palier de Matt Mondanile (Real Estate, Ducktails) sans doute moins perdu dans ses songes et plus disposé à nous accepter dans son sillage disruptif, même dans les moments où le soleil s’évapore. Des envolées paradisiaques à flanc de récif de ‘Torrey Pine’ à la détermination bourdonnante d’’As If Apart’, du balancement hésitant de ‘Needle an Thread’ à l’apothéose miroitante ‘Yesterdays on My Mind’, voici un homme, simple et subtil à la fois, qui tout en cultivant les moyens de vous envoyer en lévitation, ne retire pourtant jamais sa main confiante de votre épaule. (alr)

To Memphis’ à tue-tête, tant la lumière de cette version déborde par toutes les embrasures. À coups de slide-guitar et de cuivres ronds, le ‘To Love Somebody’ des Bee Gees devient bien davantage taillé pour la projection de plein air. Grâce à ‘Six White Horses’, on fait connaissance avec Tommy Cash, frérot de Johnny, et Layng Martine Jr, père du rassembleur de ces gemmes, est célébré avec orgue et fougue sur ‘Let The World Go By’. Compte tenu de tout ça, vous ne réévalueriez pas vos albums de Don Gibson ? (alr)

The Bonnevilles ‘Arrow Pierce My Heart’

King Mud

‘Victory Motel Sessions’ Alive Natural Sound

Dépasser les limites, s’imposer des règles de jeu à redéfinir à l’infini. Entre les cymbales d’une batterie et les six cordes d’une guitare électrique, a priori, tout a été dit. Ou presque. Dans le genre, The White Stripes a frappé un grand coup, avant de divorcer en rouge et blanc. The Black Keys s’est alors engouffré dans la brèche avec un brin d’arrogance et une bonne dose d’opportunisme. En marge de ces grosses machines, des outsiders s’amusent à repousser les murs de la centrale électrique avec des riffs crasseux et quelques rythmiques explosives. Nouveau cas d’école, le premier album de The Bonnevilles sent le souffre et le bourbon, les bars enfumés et les louanges d’une centaine de fans dopés à la kétamine. Originaires d’Irlande du Nord, les deux lascars appliquent à la lettre les préceptes édictés par R.L. Burnside. Ici, le blues traverse un crachin de distorsion avec la gorge déployée et une rythmique d’enfer catapultée à l’arrière-train. ‘Arrow Pierce My Heart’ est un disque authentique, un truc à consommer d’urgence – et de préférence sous substances. Signé sous la même enseigne et dans une formule binaire quasi identique, King Mud marque ses débuts en graissant l’enjoliveur d’une carlingue à ranger entre les saillies de Left Lane Cruiser et The Black Diamond Heavies. Exercice éminemment yankee, ‘Victory Motel Sessions’

arpente le bayou avec une grosse caisse chipée pendant la pause chopes du carnaval de La Louvière. Côté guitare, c’est solo sur solo et débauche de plans intoxiqués à la pisse de coyote. Ou à la chiure de croco. D’un morceau à l’autre, c’est variable. Dispensable. (na)

The Boxer Rebellion ‘Ocean By Ocean’ Amplif y Records

Il y a l’Angleterre de Magazine, de New Order et des Pistols, mais il y a aussi celle de Supertramp, de Keane et de The Boxer Rebellion. ‘Ocean By Ocean’ est un disque tout simplement ennuyeux aux grosses caisses putassières - toujours tout droit, toujours plus plat, aux guitares scandaleusement U2, aux basses parfois slappées (seuls Primus et les Red Hot des bons jours y sont autorisés !), aux arpèges plus noeuds-noeuds tu meurs et surtout, à la voix de falsetto qui couvre ce gâteau aux allures d’étron d’une couche de chantilly bien luisante, histoire de ne pas le rater de loin, au cas où. Pari gagné haut la main, alors forcément, on ne le rate pas non plus. (am)

Chicos Y Mendez ‘¡Siempre de Pie!’ Chicos Y Mendez

Aï aï aï. Dès le son de guitare d’ouverture, à la réverb clinquante, on craint une approche ultra-lisse de cette ré-appropriation de racines latino-américaines. Difficile de se laisser séduire, malgré la sincérité de la démarche voulue alternative et la double nationalité de David Méndez Yépez, chanteur d’origine péruvienne. Sur l’EP ‘¡Siempre de Pie!’, on comprend et on respecte les intentions, le travail, la qualité des musiciens ; on salue le recours à un flow hiphop bruxellois qui se mêle au sang latino pour un résultat zinneke sympathique. Mais il faudra attendre l’acoustique feutrée de ‘Hasta Victor Siempre’ pour deviner une émotion véritable. Gageons que le live sied mieux à une musique qui doit se vivre plutôt que s’écouter. (ab)

Thomas Cohen ‘Bloom Forever’ Stolen Recordings

Dans le grand cercle des Cohen, voici Thomas. Teint livide, cheveux noirs, le gar-

çon n’entretient aucun lien avec Leonard, Chris ou Sacha Baron. Mais, dans la rubrique « people », le garçon n’a rien à envier à ses illustres homonymes. Dans une autre vie, il a en effet entretenu une relation amoureuse avec Peaches Geldof, journaliste et fille de Bob (chanteur engagé des Boomtown Rats). Un mariage, deux enfants (Astala Dylan Willow et Phaedra Bloom Forever), du bonheur à retour de bras et puis, la cata : une surdose d’héroïne dans la cuisine familiale et patatras. Plus de Peaches. Seul avec le cœur brisé et des mouflets à gérer, Thomas Cohen a balayé les souvenirs toxiques, vendu la maison de l’horreur et quitté l’Angleterre pour se ravigoter en Islande. Après deux ans de deuil et une solide remise en question, l’ex-leader du groupe post-punk S.C.U.M. s’invente une carrière de dandy solitaire. Disque hanté par le fantôme de son ex-épouse, ‘Bloom Forever’ emballe les regrets avec un flegme typiquement britannique. Loin des frasques rock’n’roll et des faits divers, Cohen revient sur les lieux de la tragédie (‘Country Home’) avec une larme à l’œil et un sac chargé d’envies seventies (de Van Morrison à Townes Van Zandt en passant par David Crosby). Crooner dévasté par la perte de l’être aimé (‘Honeymoon’, ‘Mother Mary’), l’artiste s’en sort avec les honneurs sur un premier album assez maniéré qui, à bien des égards, devrait combler les amateurs de mélodies fleuries et autres fans de Rufus Wainwright. (na)

Matthew Collings ’A Requiem For Edward Snowden’ Denovali

Edward Snowden, rien que le nom est un programme. Héros des temps modernes pour les uns, traître vendu pour les autres, le lanceur d’alerte américain ne laisse personne indifférent, à commencer par le compositeur écossais Matthew Collings. Bande-son musicale d’une performance audiovisuelle live, ‘A Requiem...’ met en lumière les conditions de vie infernales du whistleblower, telle une icône contemporaine réfugiée incognito en Russie - d’où le soupçon - après avoir erré dans la zone de transit de l’aéroport de Moscou. Si le titre pourrait faire croire que la vie de Snowden s’est arrêtée, et dans un sens elle l’est, la composition de Collings lui rend une vivacité politique aiguë. Même si la section de cordes apporte un supplément d’âme dramatique qui frise la grandiloquence tragique (‘Maersk Recorder’), d’autres aspects bruitistes montrent parfaitement le chaos de sa situation. Notamment dans les passages où la clarinette exprime un désarroi strident (‘Cincinnatus’), le travail de Matthew Collings exprime un engagement volontariste des plus convaincants. Qu’en penserait la NSA? (fv)

Eagulls ‘Ullages’ Par tisan Records/Pias

Avec son premier album, ce collectif originaire de Leeds avait signé un excellent exercice de néo post punk gloomy conçu comme une entreprise cathartique. On se disait qu’il serait quasi impossible de faire mieux. On avait tort. Avec ‘Ullages’, George Mitchell et ses com-

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RifRaf FR mai 2016  

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