RifRaf FR juin 2016

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laisser, pétales étales et filles en chambre, se gazéifier les heures les plus revigorantes de la saison pour rejoindre l’alcôve de Barbe-Bleue. (alr)

The Chikitas ‘Wrong Motel’ Deepdive Records

Mourn

‘Ha, Ha, He.’ Captured Tracks

Les deux girl band du mois. Les premières viennent de Suisse. Sexy. Derrière ce nom tout pourri et cette pochette post-starac’ se cache un disque pas si variet’ que ça. Enregistré à Tucson en compagnie de Jim Waters (Sonic Youth, Jon Spencer Blues Explosion), ‘Wrong Motel’ se veut vraiment méchant, à la manière des early Yeah Yeah Yeah’s ou de Gossip. Elles s’en sortent pas mal mais peinent franchement à se détacher des influences suscitées. Anecdotique au possible, le duo passe vite à la trappe lorsqu’on se trouve nez à nez avec le bijou du mois : Mourn. ! Arriba Arriba ¡ Un girl band espagnol (si on bypass le batteur), c’est presque du jamais vu. Et c’est beau comme une façade de Gaudì. ‘Ha, Ha, He.’ fout la grosse claque. C’est un disque à écouter en coque. Inutile de tenter de jouer à chat-minou avec ces donzelles : ça pourrait mal tourner. Bien sûr, il y a parfois de belles petites harmonies à la Veronica Falls (‘President Bullshit’), mais ce sont de bien piètres éclaircies entre des nuages gros comme ça. Ici, tout est dit en moins de deux minutes, comme dans le punk des Ramones. Mais les Mourn se moquent bien des codes du genre. Le punk n’est qu’un alibi. Puis elles ne l’ont pas vécu : elles n’étaient peut-être pas encore nées. Du coup, le basse-batterie complètement zarbi s’emballe dans une sorte de post-punk martial et venimeux, un brin angoissant et pourtant souverain, tel un directeur d’usine à singles et à coups de pieds au cul. Chaque titre regorge de son non-refrain à chanter à tue-tête en exhibant ses miches : essayez ‘The Unexpected’, ‘Gertrudis, Get Through This!’ ou ‘Irrational Friend’... Avec des jambières, de préférence. (am)

The Claudio Serpentino ‘The Wide Album’ Critical Mass Records

On ne sait rien du groupe. Sauf qu’il vendait son album en avant-première lors de la fête d’anniversaire des soixante ans du mythique flamand Kloot Per W. Laquelle fête se tenait dans une salle proche de la gare de Leuven, il y a quelques mois déjà. Sur la pochette, quatre comiques avec des chapeaux pointus de carnaval imitent les Fab Four lorsqu’eux-mêmes tentèrent, en 1965, d’écrire le mot help en sémaphore pour illustrer leur cinquième album (la position de leurs bras signifiant au final – il faut le savoir – nujv, soit pas grandchose). On s’enfile donc ici treize morceaux de Lennon/McCartney méconnaissables. C’est-à-dire que les titres portent les mêmes noms mais qu’on ne

Institut ‘Spécialiste Mondial du Retour d’Affection’ Quadrilab

Ces types n’avaient pas apprécié – ou alors pas compris – notre chronique de leur album précédent, qu’on n’encensait pas sans pour autant le dénigrer. Il y avait eu échange de mails, campement sur ses positions. A tel point qu’on hésitait à parler de ce nouvel opus. Mais au bout de cinq écoutes, c’est tout bonnement impossible : ce truc insidieux s’est propagé par tous les pores. Absolument pas pop – ou si peu, ou si déviant alors, entendre ‘Tu Préfères Courir Dans Le Désert’, ses chœurs en plastoc sur synthés cheap et ses vers dingues genre « tu préfères lire tout Zemmour ou être innocent / tu préfères être islamiste radical ou t’appeler Kevin » –, tu te surprends à le fredonner comme tu le ferais d’un hit mineur de Sébastien Tellier. Institut est passé à la beauté supérieure et si l’on se permet de toujours penser à Jérôme Minière, on emprunte aisément d’autres sillons. Florent Marchet et sa capacité à écrire des romans de trois minutes (le formidable ‘Parler de Moi’). Le meilleur de Benjamin Schoos vs Baden Baden, aussi : les impeccables mélancolies cuivrées de ‘Ici Aussi’ et, surtout, de ‘A Un Autre Moment’. ‘La Majestueuse Baie de Wellington’ pourrait être du Mendelson noyé de lumière : c’est la misérable vie d’un mec fauché par un bus qui n’arrivera jamais à ses rendez-vous et qui passera pour l’irrespectueux de service alors même qu’il est crevé depuis deux heures. Grand disque. (lg)

va entendre qu’un vers, un début de refrain, un gimmick qui sera noyé dans un brouillard d’expérimentations proche parfois du foutage de gueule. Il n’y a plus aucune pop ici. Dans les meilleurs des cas, on se rapproche d’un dub vaguement convaincant (‘Wait’, ‘Hey Bulldog’). Comme beaucoup de trucs chiants, ce machin a pourtant tout pour devenir culte. (lg)

The Claypool Lennon Delirium ‘Monolith Of Phobos’ ATO Records

Avant, Les Claypool pétait dans un micro et j’achetais l’album les yeux fermés. The Holy Mackerel, The Flying Frog Brigade, Oysterhead, Bucket Of Bernie Bains, pas un side-project qui m’échappait. Et toujours la trouvaille, l’invité, le morceau qui justifiait la dépense. Le meilleur bassiste du monde semblait une centrale d’énergie que rien ne pouvait éteindre. Puis, Primus renaît de ses cendres après douze ans avec ‘Green Naugahyde’. L’enthousiasme retombe : les employés ont déserté les lieux, le directeur est seul à bord et la centrale tourne à vide. Mauvais ? Non, mais Primus sonne comme un sideproject de plus. La suite ne fait que confirmer le sentiment : Les Claypool s’enferme dans une esthétique prog stérile et répétitive, loin du génie spécifique d’un ‘Southbound Pachyderm’. Né de la rencontre sur une scène, pourtant excitante, entre le bassiste-star et Sean Lennon, ‘Monolith Of Phobos’ n’échappe pas à la règle. Malgré le talent évident des deux musiciens et le plaisir de l’héritage vocal de Lennon (à ce titre, ‘Boomerang Baby’ et ‘Captain Lariat’ foutent des frissons), les morceaux se déroulent sans focus, avancent au gré des instruments, manquent d’une excitation musicale, d’une urgence qui donnerait tout son sel au plaisir qu’ont ces deux-là de jouer ensemble. Lorsqu’on réalise qu’aucune ligne de basse sur l’album n’est inédite pour le maître et que l’ensemble sent la redi-

te et le confort, on doit bien se rendre à l’évidence : Les Claypool a perdu depuis un moment l’aptitude de surprendre autrement que par l’annonce de ses projets. (ab)

Colder ‘The Rain’ Not Available

Mélopées en sous-sol. Morceaux mal emboîtés. Complaintes malformées pour jours de pluie. La musique de Colder est à l’image du nom qui la charrie, chiche et peu réconfortante. Elle est le véhicule des émotions de Marc Nguyen Tan qui, parallèlement à son métier pour la télévision, s’est intéressé au design (l’agence le Cabinet à Paris) et au son. Il a ainsi remixé Depeche Mode, officie comme dj et a produit plusieurs albums de dance music. Chez Colder, la dance ne prédomine pas, elle est même résolument absente. Elle cède le pas à une musique claustrophobe. A bien y tendre l’oreille, elle s’avère l’émanation d’une douce angoisse urbaine qui s’ignore superbement. Peut-être est-elle le reflet des névroses qu’engendre la machine implacable de la mode ? Son écoute évoque la sensation du toucher du papier glacé d’un magazine de couture. (et)

Dadawaves ‘Dadawaves’ Starman

Quand Starman Records ne ressuscite pas des vieilles gloires de l’underground anversois, ça peut donner ceci. Soit une belle surprise de pop à l’ancienne. Foutrement arrangée à chaque coin de morceau – cordes qui pleuvent, trompettes qui chialent, qui changent d’humeur, chœurs féminins à gogo et toutes ces petites choses qui carillonnent pour faire que ce disque, d’un truc sympatoche à la première écoute devienne quasiment toxique aux suivantes : on revient vers tout ce barnum avec un plaisir non feint, même pas coupable (aucune raison, tout est crédible) et on

s’imagine un jour de juin, le ciel dégagé, sortant la nappe vichy, le saucisson et le petit vin blanc qui va bien, s’installant pour un pique-nique sur les bords de l’Escaut, à regarder le temps qui passe, même qu’on s’en fout, parce qu’on est si hors de lui, là, quelque part entre les mélodies déjà surannées des premiers Belle & Sebastian et toute cette pop léchée qui se faisait dans la foulée de McCartney il y a 40 étés. A l’exception d’un titre étrange, autotuné, perdu au milieu de tous ces autres, c’est quasiment un sans-faute. (lg)

The Dandy Wharols ‘Distortland’ Dine Alone Records

On l’avoue et on n’est peut-être pas les seuls : on n’attendait rien de ce disque des Dandy en ce printemps deux-mille seize. Une première écoute distraite confirme notre peu d’enthousiasme avec deux titres jouettes, aussi excitants que le ventre-mou d’un concert de Django Django : pas de quoi se payer la banane incandescente des débuts. Mais débarque ‘Pope Reverend Jim’ au fumet adolescent, on songe avec nostalgie à notre première cuite à Pukkelpop, et puis tout coule de source, le ‘Catcher In The Rye’ hommage à Salinger, ‘Styggo’, ballade des plus charmantes aux secousses psyché pas si lointaines d’un Fujiya & Miyagi, ‘Give’ et sa nostalgia ultra sépia. C’est du Dandy des débuts, pur jus, avec des dents un peu jaunies mais un sourire triste toujours à moitié affiché. Loin d’être une révolution, ‘Distortland’ se savourera assis dans l’herbe, à un festival de seconde zone, entre Guano Apes et Hoobastank. Ou en bagnole, airco à bulle. Pendant un demi-été, tout au moins. (am)

Digitalism ‘Mirage’ Magnetism Rec/Pias

Picasso vous le dira, régresser est un art difficile. Selon ses termes, il a du désapprendre toute sa vie à dessiner. Sans cette trajectoire inversée, pas de cubisme. D’autres que lui ont la régression plus stérile. Prenez Digitalism : il y a dix ans le duo teuton frappait sur des caisses et des boutons et injectait une bonne dose d’énergie garage dans leur appropriation de la french touch. Aujourd’hui, ‘Mirage’ fait table rase de toute identité et saoule les oreilles avec 70 minutes de poncifs deephouse européens. Une déferlante jetbling-beauf qui vous coule dans le pavillon comme du mercure et vous étourdit les neurones comme un rayon de supermarché. Une incompréhensible uniformisation pousse Jens Moelle et Ismail Tuefekci à bêtifier leur langage jusqu’à obtention d’une pâte molle et écœurante qui devrait leur assurer un public d’analphabètes cons comme des bites et gavés de pilules. Qui a dit Tomorrowland ? (ab)

John Doe ‘The Westerner’ Cool Rock Records

Principalement connu pour son travail au sein du groupe X, John Doe est une