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© Siliconcarne

Il est à Bruxelles. Il introduit de la mitraille dans un horodateur. Il emprunte un escalier étroit. Il passe devant une monstrueuse créature en papier mâché d’inspiration Géants de carnaval. Il sonne puis, conformément au protocole, patiente quelques minutes dans une salle d’attente borgne. Sur le mur on a peint une fenêtre d’allure provençale de fort mauvais goût. Les chaises sont disposées en rangs d’oignons se faisant face. Plusieurs revues s’entassent sur une table basse. Un magazine de déco un peu vieillot, des suppléments culturels périmés, un Paris Match où une speakerine pose tout sourire un nourrisson dans les bras. Il est écrit que C’est le grand bonheur. Il est Au Suisse. Il achète un sandwich avec cressonnette et tomates pour crudités. On lui demande avec un peu d’oignons? Il répond non. On lui demande toujours s’il veut un peu d’oignons. Il répond toujours non. Il est rue du Lombard, il est au bar du Nuetniegenough. Il prend une SaisonDupont, ressent un vertige, essaie de respirer normalement. Il attend que ça passe. Il lit ‘Intimité’. Il plaisante avec le personnel. Il croise Jérôme Deuson, bientôt rejoint par Grégoire Fray, deux jeunes tribuns bruxellois des musiques dîtes alternatives. Il les sait revendicateurs d’indépendance artistique. Ce soir ils seront jurés lors de la finale du Concours-Circuit électronique à Recyclart. Il entend l’un d’entre eux qui s’enquiert : Et Machin, il sera là, Machin? Si y a moyen de lui sucer la clinche, j’veux bien... Il est près du Café Central. On lui demande de faire un appel en absence. Il regagne sa voiture, l’effet stupéfiant commence à monter. La radio flamande diffuse un be-bop. La conduite sur la route détrempée le temps du court trajet lui semble détachée du réel. Il apprécie brièvement cet instant sevré de présent. L’intérêt que suscite ses mélodies meurtries et nues, parées d’atours faussement joyeux et autres distorsions rétros le/nous confronte à l’évidence : la vie de musicien est sa croix, un chemin rocailleux et solitaire qu’il se doit d’arpenter, au risque de se confronter à ses propres limites. Ainsi les bricolages écorchés de Ruban Nielson, tête pensante du Unknown Mortal Orchestra, l’amènent à trébucher pour mieux se relever et avancer sabre au clair : « Je sombrais dans les embrouilles, le genre qui arrivent en tournée. Des aventures dingues, mais qui jour après jour me laissaient un peu plus épuisé. Cet album parle de tout ce qui m’est arrivé au cours de cette année de concerts ; la parano qui me rongeait à force de fatigue, la défonce constante, les rencontres fugaces, l’incapacité de se poser et réfléchir à tout ça. Après 11 mois de ce régime excitant, mais dans lequel je me sentais de plus en plus solitaire, j’avais des choses à exprimer, à sortir. Ces chansons sont un aperçu de ces émotions. Je voulais que l’album en soit nourri, qu’il soit plus fort, plus puissant que le précédent, musicalement et personnellement. Être honnête avec ma façon de vivre et de ressentir les choses. »

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Il a rendez-vous avec deux psychiatres dans un café de supporters d’Anderlecht. C’est la période du mercato. En faisant du gringue à la dame patronnesse, on obtient sans trop de palabres une boîte de cigares faisant office de cendrier, la consigne, simple, consiste à la fermer prestement si la maréchaussée vient à débarquer. Il n’y a pas d’autres prérogatives. Il se croit revenu au temps de la prohibition. Les médecins se montrent ponctuels. Le plus grand porte un costume et une cravate noirs et fume des Davidoff. Il se présente comme le gentil qui fume des clopes avec les fous. Le plus petit, en tenue casual plus décontractée, est connu au sein de l’établissement. Il porte à l’occasion des cravates seventies avec un certain sens de l’apparat, coiffe volontiers un galurin. Les deux se rejoignent dans leur penchant pour les vermouths. Il leur soumet les termes de la proposition : s’accaparer le Cosy Corner, son entrefilet, reprendre de la tête la balle lancée par le philosophe Daniel Franco. En croquant l’un des visages rougeaux appuyés sur le zinc, il repense à Coup de tête avec Patrick Dewaere. Il a l’impression de soliloquer. Les deux autres acquiescent volontiers mais, dans l’ensemble, pipent peu. Aussi il fait les questions et les réponses. Il essaie de faire poindre l’idée d’un fil rouge sans vouloir faire montre d’ingérence dans le cheminement à venir de leur(s) pensée(s). Il dit quelque chose du genre : il s’agira de faire sens autour de la parole, des musiques, du son. En apportant d’autres consommations, la patronne vient poinçonner un deuxième ticket sur un clou enfiché dans un socle de balsa. Ils leur semble grappiller d’un commun accord que - Si nous sommes là, c’est que la chose est entendue. Il attendra leur papier pour le mardi suivant. La veille de la remise de leur premier article, les compères l’appellent nuitamment. Il noie en préambule quelque jeu de mots vaseux. Se pourrait-il qu’ils aient déjà un oignon à peler? Puis la nouvelle tombe sans qu’il lui semble opportun de feindre la surprise : il est question d’un délai trop court, d’avoir plus de temps, de remettre au mois prochain. C’est la nuit qui s’avance désormais. Dehors la neige a fait tapis. Il dégurgite ce billet non remboursé par la mutuelle. Le mois prochain, si tout va bien, en page cinq, les deux psychiatres reprendront de volée. Il ira s’asseoir sur le banc de touche pour observer les échanges, le beau jeu. Il pense les gens parlent trop et imagine l’un des deux acquiescer : Ca ferait un bon titre de livre. Il repense au premier Cosy sous la plume de Daniel qui faisait écho au ‘I’m Not There’ de Todd Haynes. Il se dit que les deux psychiatres ne lui signifient pas autre chose. Il pense qu’ils auraient pu partir de là, il pense surtout ne pas se relire et envoyer, renvoyer de la tête. Il sait que l’écriture est une maison de passes. Ruban Nielson : « Je ne peux pas le nier ! Le grand voyage qu’a été pour moi ces dernières années fut de chercher à comprendre comment entrer en contact avec les gens, tout en me ménageant, puisque je ne suis pas à l’aise, socialement parlant. » Il pense que la boucle est bouclée. Beam me up, Scotty!

année 19 • fevrier 2013

Colofon www.rifraf.be Année 19 nr. 186 rifraf est une édition de B.Z.&T. bvba Adegemstraat 19 2800 mechelen e.r. mieke deisz pas en janvier et août rifraf mars sort le 28 fev rédaction fabrice delmeire tél 0486/31 74 63 fabrice.rifraf@skynet.be

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collaborateurs nicolas alsteen, Antoine Bours, le dark chips, Jean-Baptiste de Clerfayt, patrick foissac, daniel franco, Laurent Grenier, Gery Lefebvre, Anne-Lise Remacle, eric therer, fabrice vanoverberg,... Dessins : Issara Chitdara

Layout peggy schillemans layout.rifraf@skynet.be Imprimerie: Corelio printing, anderlecht Abonnements 1 année (10 éditions) info: agenda.rifraf@skynet.be Belgique: 13 € / Europe: 25€ BE 85 3200 1337 9606 BIC: BBRUBEBB Communcation : nom et adresse

“Réalisé avec l’aide de la Communauté française de Belgique - Direction générale de la culture Service des Musiques”


Texte : Fabrice Vanoverberg

Texte : Eric Therer

Rubrique destinée à évoquer un lieu, une ville ou un endroit, ‘Sounds & Sites’ ne se veut pas un itinéraire descriptif exhaustif mais plutôt l’esquisse d’un lieu où la musique puise ses racines ou manifeste son émergence. ‘Sounds & Sites’ ne veut nullement dresser une cartographie complète des lieux sonores mais répondra à des envies ou des coups de sonde. Au-delà d’une introduction qui mèlerait Gavin Bryars à Christian Fennesz, ‘Two by Four’ de la paire Piano Interrupted (Days of Being Wild) multiplie les rencontres entre genres habituellement parallèles. Tels deux aventuriers parcourant le monde, le pianiste londonien Tom Hodge et le producteur électronique français Franz Kirmann éloignent les styles – jazz, néo-classique, techno minimale, echos arabisants, you name it – pour mieux les malaxer. A l’image d’un Francesco Tristano en amour de Max Richter sur fond de Gonzales (impossible de ne pas le citer), leur première collaboration en format long débouche sur un résultat de la plus belle tenue. D’une immense dynamique qui envole les réticences, leur musique cligne de l’œil vers le dancefloor, tout en n’oubliant pas les grands espaces de l’Atlas marocain, recyclés en Kunstzentrum berlinois. Oui, mille fois oui, on y reviendra – et bien souvent. ★ ★ ★ Changement total de perspective avec ‘I-Land’, première (vraie) sortie du duo Radiomentale (f4tmusic), malgré une carrière démarrée en… 1992. Auteurs d’une multitude de collages, mixes et montages sonores, ils ont valu à leurs créateurs une renommée franche et certaine, Eric Pajot et Jean-Yves Leloup trouvent dans leur introspection bruitiste un monde dont ils ont – heureusement – banni la notion de monotonie. Mariage profondément subtil d’une musique concrète et d’une ambient fugace telles qu’on les retrouve passionnément sur le label Touch (pensons à Jana Winderen ou Thomas Köner), l’univers de la paire française invite à la fois à l’éveil et à la méditation. Poursuivant un sillon tracé entre @c et Gilles Aubry, tout en remuant les terres fertiles de Phill Niblock et Geir ‘Biosphere’ Janssen, nos deux hommes manient avec brio l’art de l’inquiétude (les voix d’outre-tombe de ‘Sinking’) et invitent à leur table élégamment dressée un monde entre courants arctiques et vents urbains d’une formidable acuité (radio)mentale. ★ ★ ★ Musicien basé à Vienne, Ulrich Troyer a collaboré avec le chorégraphe Georg Blaschke sur ‘Somatic Soundtrack’ (4bitproductions). Dans un monde où a déjà existé le miracle Peter Rehberg vs Gisèle Vienne, l’effort est méritoire mais d’un intérêt franchement secondaire, du moins sans le support visuel auquel ces huit pistes sont destinées. ★ ★ ★ Qui dit label Spectrum Spools dit automatiquement Kosmische Musik et qui Kosmische tendance 2012 dit inévitablement Bee Mask, auteur des deux albums de l’année dans le genre (‘Vaporware / Scanops’ et ‘When We Were Eating Unripe Pears’). Autant le dire d’emblée, ‘Off / On’ de Forma ne s’envole pas dans les mêmes galaxies, bien que sa fréquentation soit franchement agréable à l’oreille. Seulement, quelques instants, trop nombreux à mon goût, évoquent un (gloups) Daan qui se prendrait pour Johann Johansson sour perfusion Tangerine Dream vs Kraftwerk. Ca se laisse écouter, sans option d’achat. ★ ★ ★ Cheville ouvrière du label 12K, où en plus de diriger la manœuvre, il masterise la plupart des sorties, Taylor Deupree n’a eu de cesse, au cours de son abondante discographie, de présenter un visage sensible de l’electronica. Bien que d’aucuns jugeront son nouvel opus ‘Faint’ prévisible, ce qu’une première écoute superficielle laisserait penser, un second passage plus approfondi dissipe bien vite les doutes. Certes, on nage en plein dans les eaux cotonneuses si typiques de la maison new-yorkaise (songeons à Kenneth Kirschner ou Christopher Willits) mais en perçant la surface des cinq plages de l’album, on décèle une foule de détails enrichissants, ils sont largement à l’ouest du superflu. Conjuguant l’apaisement sans la vacuité, réunissant l’évaporation sans recours à la combustion, l’électronicien américain déploie un éventail de beautés sereines à mille lieues du bruit et de la fureur. Peut-être est-ce mon récent séjour dans la frénétique Shanghai qui m’y incite mais ce disque m’a fait un bien fou. ★ ★ ★ Bizzarerie d‘entre les étrangetés, ‘The Long Rain’ de Slow Listener (Exotic Pylon) s’impose à l’auditeur telle une version gloomy electronica du ‘Château d’Argol’ de Julien Gracq. Oppressant et visionnaire, finement gothique sans le mascara ni les corbeaux, l’œuvre du musicien américain Robin Dickson imprègne longuement les consciences, en deux épisodes étirés d’une vingtaine de minutes chacun. Sur le premier morceau ‘And Nor Was He Mistaken’, une voix lugubre et caverneuse n’a de cesse de répéter jusqu’à l’obsession morbide les quelques mêmes mots, ça fout, sinon une belle pétoche, un frisson mortifère. A peine moins névrosée, ‘Ondras Rising’ imaginerait des échos blafards de cave BDSM, filtrés dans une mine de plomb sibérienne peuplée de monstres difformes en uniforme nazi. Fichtre, quel programme ★ ★ ★ Debut album, comme on dit du côté de Perth, de la paire australienne Gilded, ‘Terrane’ (Hidden Shoal Recordings) nous entraîne sur des terres jazz ambient d’un bel intérêt, telle une rencontre entre Kapital Band 1 et z’ev dans une tonalité proche de Sébastien Roux et Chris Corsano. Déroulant sur une note paisible et éthérée des tentations où le jazz et la microtonalité ne s’effraient pas mutuellement, le duo Matt Rösner – Adam Trainer ose sans le moindre complexe l’enchaînement des couches sonores, tout en donnant à ses sonorités une légèreté bluffante. Des neuf morceaux, on goûtera tout particulièrement aux atmosphères quasi-americana de ‘Road Movie’, mais aussi aux boucles pianistiques de ‘Tyne’, en marge de Sylvain Chauveau et de son ‘Bllack Book of Capitalism’. ★ ★ ★ Période apparente des premières paruations discographiques, le début 2013 nous amène sur les traces de Manuella Blackburn et ses ‘Formes Audibles’ (empreintes DIGITALes). Marchant sur un sentier qui mène du bruitisme alla Gert-Jan Prins à l’électroacoustique de Iannis Xenakis, avec un net penchant pour le second, la compositrice de Manchester raye de son vocabulaire les notions de facilité et de colère. Pas foncièrement accessible au néophyte, son œuvre mérite plusieurs écoutes attentives avant de dévoiler ses saveurs, étrangement pernicieuses et sensuelles.

Le Hangar – Tout est joli On est la veille de la veille de la veille du réveillon. On est le dernier jour avant la fin du monde. On est au Hangar, Quai Saint Léonard à Liège, en bord de Meuse. Il faut tenter de s’imaginer les lieux. C’est un ancien atelier sur deux niveaux auquel on accède par une entrée débouchant sur une cour flanquée sur son côté nord d’anciens logis de fonction gentrifiés en habitations. La porte ne paie pas de mine mais une fois à l’intérieur un poêle à bois géant sis au centre de la pièce empli de bûches scintillantes vous réchauffe l’atmosphère et les os. Ce soir, on est venu voir et entendre Tout est joli/All is pretty qui occupera bientôt la petite scène de fortune montée sur des tréteaux repliables. Pour l’heure, les trois musiciens déambulent dans la salle accueillant leurs proches, sirotant une bière. On est entre amis, le public est peu fourni. L’heure avance et les dernières personnes se pressent de rentrer. C’est sans fanfare et sans chichi que le groupe salue son audience. Tout est joli est là avant tout pour nous présenter ‘Point d’issue’, son nouvel album paru sur Home Records. Très vite, Thierry Devillers impose sa présence derrière son Fender Rhodes usé. Chaque morceau se voit escorté de quelques mots d’introduction ou de préambule. Il y a chez lui un côté docte plaisant jamais pédant. On voyage dans l’histoire avec Narcisse, Siméon le Stylite, Hélène Fourment, Freud… tandis que ses références littéraires sont nombreuses : Hobbes, Yeats, Flannery O’Connor, Sophocle… mais aussi Hölderlin duquel il s’est inspiré pour ‘Point d’issue’. Un titre volontairement ambigu et polysémique, signifiant à la fois la négation, mais aussi, comme en anglais, le lieu ultime. On imagine aisément que Devillers a dû écouter beaucoup John Cale naguère. On le perçoit au détour de certaines inflexions de sa voix, d’intonations dans son chant. Mais la ressemblance est ténue, non parodiée. Lecteur assidu, Devillers écrit des textes profondément lettrés, le plus souvent en anglais, parfois en français, dont certains sont composés à la manière des cut-ups de Brion Gysin, socles de chansons alertes et vives qu’il compose seul en prenant le temps qu’il faut. C’est accompagné par Michel Debrulle à la batterie (Trio Bravo, Grande, Rêve d’éléphant Orchestra) et par le guitariste Benoist Eil, qu’il les parachève en leur donnant corps et substance. Le trio est épaulé à certains moments par un jeune tromboniste doué, Adrien Lambinet, et par le trompettiste Marc Frankinet. On n’est dans aucun style en particulier. On est en lisière, en lisière du jazz, de la chanson, d’une pop ardente et littéraire. En écoutant ‘Anatomy Of Melancholy’, là, devant le fourneau en fonte du hangar, on se plaît à vouloir rajouter à la liste des poètes empruntés les noms de Malcolm Lowry, Gottfried Benn et Paul Celan. En cette veille de catastrophe imminente prophétisée par quelque obscur calendrier maya, on voudrait que tout nous apparaisse joli une dernière fois avant le grand saut. On voudrait se laisser baigner par d’intimes convictions douces et consensuelles, échapper aux courses de Noël, aux étals de nourritures grasses, au rush consumériste, éviter d’ingurgiter le foie d’animaux gavés contre leur gré. Sans le vouloir, tout est joli redonne un sens à Noël. Cette pensée nous apparaît tellement niaise qu’on ose à peine l’évoquer et encore moins l’écrire. Et pourtant, c’est bien un peu de cela dont il s’agit. Un disque : Tout est joli/All is pretty : ‘Point d’issue’, Home Records Un lien : www.collectifdulion.com


05

Texte : Le Dark Chips

Rebooté, formaté, enfermé à double tour, longtemps, voici comment l’ancienne civilisation avait decidé de soigner l’infâme, le Dark Chips. Sans relache, il avait tapé, tapé et tapé encore sur la porte de sa cellule, c’était sa façon d’aimer. Aimer à croire qu’une bonne âme un jour lui rendrait sa liberté. L’impression d’une éternité et enfin le sauveur. Le Dark le remercia comme il se devait, se débarrassa de son corps et sourit. Il avait jeté un regard sur ce nouveau monde et savait déjà que rien n’avait changé. Lui non plus . « Je n’étais qu’un gamin irritant, menteur et roux » Aphex Twin. Allemagne : droiture courbe ? Dusseldorf, Cité-dortoir perdue

la plus totale. Sorti du placard par Tiga (Tiga/placard), il était

au milieu de l’Europe ? Pas vraiment non. Aux rangs des visions

accueilli il y a 5 ans dans l’écurie de (Turbo Recordings), une

avant-gardistes, la ville de Neustadt truste le podium. Signe

grande feuille d’érable sur le dos, affublé de Dim Mak et Steve

fort lancé par Mirko Podowik et Lukas Heerich, empruntant

Aoki comme meilleurs potes. Y a pire ! Forgée au souvenir de

leur nom à ce nid et de bousculer ce que la musique a de plus

Prodigy sur la Place Rouge, dire de la production de Proxy

traditionnel dans sa construction et son offre. 2010, année de

qu’elle est chargée serait un doux euphémisme. Ça bastonne

création du duo et sortie de ‘Drohgebärden’ qui ravivait les

comme chez Justice, ça déboite comme chez Skrillex et ça

cendres de Kraftwerk et soufflait sur les braises d’un mouvement

fera chier tous les parents ! ★ ★ ★ Trop is te veel ! Je ne sais

tous synthés devant. C’est allemand, c’est chirurgical, furieux

pas vous mais moi, il commence à me les hacher menues

et hypnotisant. Car le psychédélisme ne s’arrête pas au son

Modeselektor ! Le Berlinois balance sur le marché tellement

mais se dessine aussi par les traits esquissés de tout ce qui

de compilations de son label (50 Weapons) qu’on en a jusqu’à

gravite autour de l’esthétisme des atomes complémentaires

la glotte des rythmes hachurés et syncopés de ses productions.

de Neustadt. C’est ainsi une réédition que vous propose ici

’50 Weapons Of Choice #02-09’, c’est encore une vitrine,

(Italic) en CD, la version vinyle ayant été limitée à 300 copies

ce sont encore 5 titres sur 8 signés du boss lui-même, mais

à l’époque de sa sortie. Cependant, les filières bien connues

remixés. Au final, dans tout ce bourbier, j’aimerais qu’on m’offre

permettront aux plus futés de remettre la main sur le Graal,

la lumière, qu’on m’explique ce qui est important et ce qui ne

avant une adaptation correcte mais peu fidèle d’une musique si

l’est plus : votre vieux Dark l’avoue sans honte et sans retenue,

profonde qu’un Eric Serra s’y serait noyé… ★ ★ ★ Tu veux voir

lorsque l’hiver fut venu, il se retrouva bien dépourvu. ★ ★ ★

mon beat ? Comme les Dieux du Stade dévoilent à l’an nouveau

Produit-phare. Tout porterait à croire que Hundred Waters a

leurs plus beaux atouts, persuadés que leur verge est ce qu’on

vu le jour sur la table design d’une boîte de pub, dans la grande

regardera le plus attentivement, (Kompakt) dévoile ses musiques

salle de réunion, si possible. Comme si les silhouettes de ses

de saison, son florilège d’ambiances cotonneuses et drapées,

protagonistes avaient été les fruits du mélange de différents

ce sur quoi il faudrait pencher le regard. Pop Ambient 2013

patrons textiles voués à faire mouche. « Une pointe de cela mais

comme une plante vivace qui ne repousserait jamais de la même

en moins prise de tête » pour le son, « Une dégaine pas trop

manière et étonne à chaque fleuraison. Invité à la barre pour

ainsi, mais tout de même, un peu geek.. » en ce qui concerne le

son dépucelage, le sous-capitaine Michael Mayer se fera accompagner

look. Pourtant, il nous faudra admettre que dans leur recueil poétique,

de la paire inédite de moussaillons Matias Aguayo et Jörg Burger, nom de

même s’il a fait son nid dans celui d’autres drôles d’oiseaux, ces

code Terrapin. Cette croisière sans fin devrait vous faire confondre le roulis

Américains font preuve d’un talent mélodique infaillible. On se laissera

des vagues et celui du train, bousculés que vous serez, sans savoir, de la

alors emporter par les envolées de vents et de voix, nous rappelant

nausée ou de l’enivrement du sommeil, quel est le sentiment le plus fort.

parfois très étrangement des productions qui nous sont plus « locales »

La prise au préalable d’un Touristil pourrait notamment vous aider à ne pas

et pourtant jamais vraiment portées au firmament de la Hype. On en

sombrer dans la folie vertigineuse inspirée par le « Rückerverzauberunr

reviendra alors à penser à notre première hypothèse et de se dire

7 » de Wolfgang Voigt, un nom qui mériterait définitivement un nœud dans

qu’on n’avait pas tout à fait tort…★ ★ ★ Comme s’il n’y avait qu’eux !

son mouchoir en tissu le plus précieux. ★ ★ ★ Cadeau Bonux ! Jens-

C’est à nouveau (50 Weapons) qui fait parler de lui en accueillant les

Uwe Beyer ? Bien sûr qu’il en est aussi de cette croisière. Mais vous le

premiers tours de pédales de Benjamin Damage. Cependant ne vous

retrouverez plus allègrement sur le pont, effeuillant ‘Red Book’, premier

méprenez pas, car on ne parle pas ici d’apprendre à rouler pour le

d’une longue série colorisée, où s’entrechoquent krautrock, musique de

Berlino-Londonien mais bien de se jeter sur la route sans complice à

club et psychédélisme rugissant. Un mix-live de 80 minutes conceptuel

qui se raccrocher, petites roues du bicycle démontées. Et si l’on pouvait

voué à faire des petits. Des mix-tapes payantes ? Merci (Magazine) ! ★

craindre d’être encore confronté à un jus de cervelle, cher à l’écurie

★ ★ Bio-culture. En googlisant Force of Nature, vous découvrirez une

teutonne, il n’en est rien. Dérailleur enclenché sur le plus petit plateau,

très belle gamme de produits bios et homéopathiques : naturels et fiables

c’est avec facilité que vous arpenterez les montées les plus glish, les

qu’ils disent. En écoutant ‘Expansions’, une compilation mixée du duo du

courbes les plus lo-fi, pour vous retrouver plus smooth que jamais sur

même nom bobo, vous n’aurez pas plus de chance. Je vous entends déjà

la ligne d’arrivée. On peut espérer qu’aucun dépistage de dopage ne

de loin : « Qu’est ce qu’il a encore le Chips à dérouiller de la deep, c’est

sera exigé, parce qu’il faut tout de même avoir un peu consommé pour

un peu facile… ». Evidemment, si ça se vend chez Colette, évidemment, si

réellement apprécier cet ‘Heliosphere’. ★ ★ ★ Le lundi au soleil ? Quel

ça nous vient du Japon… Admettons que la plage d’ouverture mériterait

élément pourrait faire de Poolside un best-seller de l’hiver ? Sa recette

qu’on y foute le feu et qu’on déshérite à tout jamais les jeunes ayant osé

bien entendu, testée et approuvée maintes fois : le mélange gracieux

se souiller les oreilles plus de 12 secondes de cette sombre merde. Puis

de ce qu’ont pu acquérir deux musiciens au cours de leur carrière

KZA et DJ Kent nous la jouent à l’ancienne, mi-Sushi mi-Ninja, jusqu’

respective, avec une pincée de ce qui se fait de plus actuel dans

à vous poignarder dans le dos, moment où vous vous rendrez compte

l’industrie de la musique aujourd’hui. Intelligemment pensé, mesuré et

que, ne fut ce que quelques secondes, vous vous êtes surpris à taper

teinté d’optimisme, voici ‘Pacific Standard Time’ : un vrai coup de pute !

du pied. On retrouvera, entre autre, au générique de quoi exciter Paris

A cette période de l’année où le blizzard frappe à nos portes, ces deux

et ses alentours : Joakim, Compuphonic, Brioski, bla bla bla… Ah ben

types de L.A. viennent s’imposer comme un agréable retour à l’été,

vous voyez que j’ai pas été si méchant … ★ ★ ★ Bordel, si la Russie

souvenir de vacances nostalgiques et guillerettes. Ambiances de plages

s’en mêle ! Proxy, producteur russe, est prêt à sortir son premier album,

électroniques et danses (certifiées) vintages sur chants fluets de sirènes

‘Music From Eastblock Jungles’’mais la première partie seulement, car

moustachues aux écailles hipsterisées. Succès garanti ! Et cette plaque

la deuxième claque viendra courant février. Evgeny Pozharnov, originaire

est tant gorgée de soleil, nous donnant l’envie d’être sur les bords d’une

de Vladivostok, garçon passablement énervé dans l’une des villes les

piscine, c’est simplement qu’elle arrive tardivement dans notre pays. En

plus orientales de son pays, produisait ses méfaits dans l’indifférence

même temps, l’été indien en février, ça le fait…


06

Texte : Anne-Lise Remacle

On a perdu le compte de ces ressourcements pendant lesquels le trio d’Hoboken nous a vivifiés, depuis ces plages à la densité folle où leur allégresse de dispenser de vraies minutes fauves fit se cabrer les moins flexibles jusqu’à ces friandises mélodiques où battait leur béguin de pop, leur sincérité jamais prise en défaut au fil de productions précieuses. Ce jour-là, il y avait un peu de maladresse dans nos mots adressés

à Ira Kaplan : nous savions la ville-mère sous eau, les êtres chers restés sur place, le business musical rattrapé par l’ouragan. Difficile de faire comme si nous n’étions pas différemment touchés. Il y a une tension intéressante entre le fait que vous êtes des performers, susceptibles de vous exposer sur scène, et la discrétion dont vous faites preuve. Il y a très peu de ragots au sujet de Yo La Tengo et pour cette nouvelle sortie, peu d’informations ont filtré… Est-ce que ‘Fade’ fait d’une façon ou d’une autre référence à ce contraste entre apparition et disparition, entre exposition et retraite? Ira : « Oui, nous sommes plus heureux de cette manière. Ne répands pas plus de rumeurs, s’il te plaît! (rires).Quand le titre nous est venu, et c’est typique, ce que nous aimions, c’est qu’il offrait de multiples interprétations, pas une signification claire. La tienne est parfaitement bonne, même si je pense qu’à cette époque, les choses ont tendance à être démesurément interprétées. » Ces derniers jours, j’ai pensé à ‘Treme’ (série qui met en scène un quartier de la NouvelleOrléans après l’ouragan Katrina, ndlr). Le parallèle avec la Côte Est et Sandy vient rapidement à l’esprit. En tant que musicien, est-il de ton devoir d’essayer de donner un peu d’espoir aux habitants d’Hoboken dans cette situation délicate? Ira : « Je ne pense que tu doives « essayer ». Notre groupe n’a pas à faire un morceau qui soit émotionnellement dirigé par ça. Nous écrivons des morceaux d’abord pour nous, après ça n’empêche pas qu’ils puissent avoir ce genre d’impact. La musique doit émouvoir naturellement les gens, pas être pointée sur eux dans un seul but. »

Cause it’s been fun

Ça reste un bon moyen de collecter des fonds. Je vous sais impliqués dans beaucoup de projets de ce genre, que ça soit pour épauler votre ami Danny Amis (Los Straightjackets) victime du cancer ou pour soutenir la radio WFMU en jouant des reprises à la demande. C’est un de vos rôles dans votre ville? Ira : « Oui, mais je considère parfois ça comme un aspect mineur. La nuit de concerts que nous avons organisée pour Danny était très belle, il y avait des gens qui le connaissaient depuis longtemps, tous rassemblés dans un petit club. C’était une soirée très chaleureuse et intime. En ce qui concerne la radio, bien sûr que la collecte de fonds est essentielle à leur survie mais on pourrait se contenter de leur donner de l’argent. » Mais la musique, c’est votre vecteur vers le monde… Ira : « Oui, il ne s’agit pas juste de dollars, c’est une inclusion : les gens donnent de l’argent à la station, ils nous font une demande de morceaux et nous leur procurons! C’est comme pour la série de concerts chaque année au Maxwell’s pour célébrer Hannukka. La raison pour laquelle nous avons commencé à distribuer les fonds à des organismes c’est que nous voulions convier des musiciens à nous rejoindre, comme Jeff Tweedy (Wilco), The National ou Calexico. Nous n’étions pas en mesure de les payer à la hauteur de ce qu’ils valent. La seule façon de faire marcher cette communauté était de se dire : « Vous ne serez pas payés, nous non plus, donnons tout! ». Nous choisissons les associations avec soin, et nous sommes très heureux de les soutenir, mais nous cherchions surtout un moyen de rassembler des groupes que nous aimions. » C’est le même élan que les concerts hommage (avec Mike Mills, Alex Taylor, Sharon Van Etten, etc.) à Big Star, à travers ‘Third’et ‘Sisters Lovers’. Faire partie du musical business mais pour le plaisir de jouer ensemble. Yo La Tengo carbure à cet euphorisant, non? Ira : « En effet, c’est ce qui a rendu ce projet-là attrayant pour moi! » Revenons à l’album… comment avez-vous vécu la collaboration avec John McEntire? Ira : « Nous connaissons John depuis longtemps, nous sommes beaucoup sortis dans les mêmes endroits, avons fait des concerts ensemble. C’était chouette d’aborder autre chose avec lui. » Est-ce que vous ressentiez l’envie d’être moins protégés par un filet de sécurité qu’avec Roger Moutenot qui était votre producteur depuis ‘Painful’?

Ira : « Nous étions plutôt impatients de voir ce qui allait arriver. Quelqu’un m’a demandé hier de quoi nous avions parlé avec John avant de nous mettre au travail. Je n’y avais pas songé avant, tout simplement parce que nous n’avions discuté de rien! Roger n’était pas non plus un moulin à paroles, donc nous étions un peu préparés. Une chose formidable c’est que ça nous forçait à réfléchir. C’est assez similaire à ta question à propos du titre : je ne voulais pas vraiment répondre, juste que tu trouves une réponse satisfaisante pour toi. John aurait très bien pu nous dire ce qu’il pensait ou simplement attendre ce que nous, nous en pensions. Mais quand nous insistions vraiment, il finissait tout de même par nous donner son avis (rires). » Vous aimez vous laissez guider par l’aléatoire… je pense à l’arrivée impromptue de James dans le groupe ou à votre tournée dirigée par une spinning wheel (la setlist du soir ou le genre de concert donné était fixé en fonction du résultat obtenu avec la roue, ndlr). Ira : « Oui! C’est la façon dont nous écrivons nos morceaux. Nous commençons tous les trois à jouer et puis on attend de voir comment la sauce prend. Ça ne ressemble pas du tout au schéma qui voudrait que Georgia ou James bossent pendant une semaine, moi aussi et puis que nous confrontions tout ce que nous avons obtenu. Le plaisir que nous prenons à jouer est suffisant comme moteur, nous n’avons pas besoin de discussion. Nous abordons des tas de sujets, mais jamais en amont de la composition. » Considères-tu que vous avez encore des caps à franchir, que votre « Big Day is Coming »? Ira : « Nous essayons de ne pas penser à ce qui nous arrive ou pas, juste à faire de notre mieux, de jouir de l’instant présent. Et je profite vraiment de ce moment, je veux dire pas de cet exact momentci (je préférerais être à la maison). Je suis très satisfait que nous puissions faire un disque quand nous nous sentons prêts, pas juste quand le label nous dit qu’il serait urgent de le faire, et pas juste partir en tournée quand nous avons de nouveaux morceaux. Nous pouvons travailler à notre propre rythme. » Tu as appartenu au monde musical en tant que fan, collectionneur, critique rock, et en tant que musicien. Est-ce qu’enfant, tu pensais faire toujours partie intégrante de cette sphère-là une fois devenu adulte? Ira : « Probablement! Je me souviens d’une conversation que j’ai eue avec ma mère quand j’étais petit et j’étais certain que j’aimerais le cream soda toute ma vie, alors que plus tard, erk! Donc oui, je suis persuadé qu’en tant que gamin, je croyais dur comme fer que la musique serait essentielle pour moi. C’était peut-être irréaliste, mais il se fait que c’est arrivé! » J’ai parcouru les passages de votre biographie sur le CBGB’s (qui vit retentir Television, les Ramones, Blondie, etc.). Penses-tu qu’il existe aujourd’hui des lieux à ce point charnières? Ira : « Pas pour moi, mais si tu interroges quelqu’un qui a l’âge que j’avais, la réponse serait différente. C’était La place, mais à un moment. Si la même chose arrivait aujourd’hui au CBGB’s, j’aurais vraiment une relation différente à ce qui se passe : tout était neuf, et j’étais là. Peut-être que l’histoire musicale est en train de se jouer dans un club de Brooklyn sans qu’on le sache. » Vous contribuez à faire connaître d’autres artistes via vos reprises. Je vous dois ma découverte de Daniel Johnston! Ira : « Oui, nous apprécions beaucoup l’exercice, et je suis toujours ravi quand quelqu’un me dit qu’il a découvert The Flaming Groovies (groupe rock de San Francisco des 60’s, ndlr) grâce à nous… plus il y a de gens qui les écoutent, mieux c’est! Mais ça n’est pas notre motivation première, pas comme si nous avions établi une liste de gens qui mériteraient plus d’attention. C’est juste un bon effet collatéral : ce qui nous plaît c’est jouer et que ça sonne bien! » Et si on renversait les rôles, tu imaginerais qui, dans le cadre d’un hommage à Yo La Tengo? Ira : « Vraisemblablement le Sun Ra Orchestra! Ils ont fait un disque fantastique avec des morceaux de Walt Disney, peut-être qu’ils feraient de même avec nous! »

Yo La Tengo ‘Fade’ Matador/Beggars

‘Ohm’ joue des ondoiements : une nuée de réverbérations bourdonnante, un hymne siffloté, une entrée en course gaiment tapageuse. Aucun doute, se marque précisément dans ce joyau fraîchement serti le sceau de Yo La Tengo, cette immersion profonde qui résiste obstinément à la description, cette dispersion fine d’atmosphères tantôt méditatives, tantôt enragées, tantôt fondantes. Pour nous sentir étanchés, il nous faudra passer à travers un buisson corrosif de guitares adolescentes à la ‘Big Day Coming’ (ultra-noisy ‘Paddle Forward’), poser l’oreille sur l’attendrissement résigné face aux marques d’un amour sénescent (« ,that’s okay / If we’re getting old / If we’re not so strong / If our story’s told / That’s the point of it »), décrocher un pan de voie lactée pour envelopper le murmure faussement apaisant de Georgia (« many sirens, they keep you up at night»)oser le plongeon solaire dans une marée percussive où cuivres et cordes gagnent lentol’ampleur exigée jusqu’au soubresaut ultime (majestueux ‘Before We Run’). Au sortir du voyage, on ne criera pas au génie. Juste à l’évidence pop qui trouve dans ces routes qui s’effacent ou s’affirment myriade de secondes toujours indispensables à nos oreilles. (alr) Un livre : ‘Big Day Coming’, Jesse Jarnow (Paperback) Suivez le guide : http://www.yolatengo.com/

on stage 16/03, Ancienne Belgique, Bruxelles.


Texte : Antoine Bours © neil krug

07

La pop psychédélique et fragile d’Unknown Mortal Orchestra charrie les stigmates de la route et d’une adolescence déjà malmenée par Mint Chicks, précédente formation punk que Ruban Nielson quitte en pleine gloire, soucieux de ses propres dérives. Poursuivi et rattrapé par sa musique, le néozélandais se cache le

temps d’un premier album derrière l’anonymat de son orchestre funeste (en réalité un trio guitare-basse-batterie) à l’instar de ses mélodies meurtries et nues, parées d’atours faussement joyeux et autres distorsions rétros. L’intérêt que suscite ses bricola-

ges écorchés le confronte à l’évidence : la vie de musicien est sa croix, son lot, un chemin rocailleux et solitaire qu’il se doit d’arpenter, au risque de se confronter à ses propres limites. Rencontre avec un rescapé. Quand vous avez quitté Mint Chicks, vous avez déclaré vouloir arrêter la musique afin de devenir un membre actif de la Société. Quatre ans plus tard, vous êtes encore musicien. Qu’avez-vous à déclarer à la Société pour votre défense ? Ruban Nielson : « Je lui dois des excuses, je crois. (rires) Après mon départ, j’ai cherché un autre moyen de gagner ma vie. Puis la musique que je faisais dans mon coin a commencé à attirer l’attention de labels qui soudain m’offraient les moyens de payer mes factures. Il m’a semblé que je n’avais pas vraiment le choix! Je n’avais pas de plan B. » Le premier album d’UMO, vous dites l’avoir fait avant tout pour vous-même. Quelle était l’impulsion derrière celui-ci ? Ruban Nielson : « Le succès inattendu du premier album a pavé la voie pour un second. Mais ce qui a changé, c’est qu’entre-temps, j’avais beaucoup à raconter. Des histoires, des émotions, qui se sont très facilement transformées en chansons, avec la différence notable que, cette fois, il y avait un public prêt à les recevoir. J’avais beaucoup de raisons qui me poussaient à l’enregistrer et aucune qui me poussaient à ne pas le faire ! » Quelles sont ces raisons personnelles, ces histoires ? Ruban Nielson : « En 2011, j’étais constamment sur la route ; ma femme était restée à la maison et je ne l’ai pas vue pendant presque un an. De mon côté, je sombrais dans les embrouilles, le genre qui arrivent en tournée. Des aventures dingues, mais qui jour après jour me laissaient un peu plus épuisé. Cet album parle de tout ce qui m’est arrivé au cours de cette année de concerts ; la parano qui me rongeait à force de fatigue, la défonce constante, l’incapacité de se poser et réfléchir à tout ça, les rencontres fugaces. Après 11 mois de ce régime excitant, mais dans lequel je me sentais de plus en plus solitaire, j’avais des choses à exprimer, à sortir. Ces chansons sont un aperçu de ces émotions. Je voulais que l’album en soit nourri, qu’il soit plus fort, plus puissant que le précédent, musicalement et personnellement. Être honnête avec ma façon de vivre et de ressentir les choses. »

label, les gens de chez Jagjaguwar me sont apparus plus... centrés. Fat Possum fait un travail formidable, mais dans le groupes nous étions déjà un peu fous, alors ajoutez à cela une équipe aussi rock’n’roll et très vite, j’ai du me rendre à l’évidence: un mode de vie plus équilibré m’était nécessaire. C’est la raison pour laquelle j’ai poussé la porte de chez Jagjaguwar : être plus sérieux, faire plus d’albums et non creuser ma tombe prématurément. » Un nouvel album signifie une nouvelle tournée. Comment vous préparez-vous à l’expérience ? Ruban Nielson : « Je me stabilise. Je veux survivre, avant tout. Je vais essayer d’être un peu plus malin, cette fois. Non pas que je regrette ; les choses sont ce qu’elles sont et je me suis bien marré, mais fin 2011, j’étais vraiment malade, physiquement, mais aussi complètement perdu. J’aspire aujourd’hui à une vie plus saine. »

Survivre avant tout L’enregistrement de ‘Unknown Mortal Orchestra’ fut un processus artistique très solitaire. Jake et Julian (bassiste et batteur d’UMO) ont-ils été plus impliqués dans le développement de ‘II’ ? Ruban Nielson : « Pas tellement du point de vue de l’écriture. Pour ce qui est de l’enregistrement, Greg Rogrove est à la batterie et Jake à la basse, sur certains morceaux. Julian a rejoint les Smith Westerns. Mais c’est vrai qu’il y a toujours chez moi cette volonté de faire ça en solitaire. Peut-être cela doit-il changer à l’avenir, mais Jake m’a dit « si ce n’est pas cassé, pas besoin de le réparer » (rires). » Que vouliez-vous de différent et d’identique par rapport à votre premier disque ? Ruban Nielson : « Je souhaitais avant tout conserver le son particulier de l’enregistrement. Je le voulais un peu plus propre, mais sans tomber dans quelque chose qui soit trop moderne, trop actuel. Il ne fallait pas perdre cette atmosphère singulière qui faisait la touche du précédent, tout en y ajoutant un peu plus d’espace : tout y sonnait un peu trop écrasé. » Dans ‘Into The Sun’, vous déclarez “Isolation can put a gun in your hand”. L’isolement est un problème plutôt central, non ? Vous semblez le chercher et le craindre à la fois. Ruban Nielson : « Je ne peux pas le nier ! Le grand voyage qu’a été pour moi ces dernières années fut de chercher à comprendre comment entrer en contact avec les gens, tout en me ménageant, puisque je ne suis pas à l’aise, socialement parlant. » Et ça marche ? Ruban Nielson : « C’est un travail constant, cette balance entre la solitude et le contact. Je ne veux pas finir tout seul dans une cave pour le restant de mes jours... » La musique d’UMO n’est pas frontale, ni en terme de genre ou de style. L’entre-deux, la fuite de l’évidence, est-ce pour vous une zone de confort, tant musicalement que personnellement ? Ruban Nielson : « Ca décrit assez bien mon sentiment général, oui. J’ai des origines mixtes : ma mère est hawaïenne et mon père néozélandais. D’un point de vue racial, j’ai grandi dans un pays - la Nouvelle-Zélande - où il n’y avait pas d’hawaïens; je ne m’intégrais pas vraiment, on se demandait à quelle classe sociale j’appartenais. J’ai maintenant trois citoyennetés : Néozélandaise, australienne et américaine. Il m’a toujours été difficile de me définir, en terme de frontière, d’appartenance. Ces étiquettes amènent leur lot de stéréotypes, que j’ai pu observer enfant de par ma mixité. Pareil en musique, je ne me sens pas à l’aise quand on me cloisonne dans un genre. » Et maintenant que vous vivez à Portland, avez-vous le sentiment d’avoir été accueilli au sein d’une scène ou d’une famille musicale ? Ruban Nielson : « Pas exactement, non. D’autant qu’à mon arrivée, nous sommes assez rapidement parti en tournée en dehors de Portland, où nous avons joué moins souvent qu’à New York ou Los Angeles. Nous n’y sommes devenu populaires que par la suite. Ceci dit, la scène de Portland est assez solidaire et nous nous y sentons maintenant tout à fait inclus, alors que j’ai craint un moment le rejet. » Qu’est-ce qui vous a poussé à passer du label Fat Possum à Jagjaguwar ? Ruban Nielson : « Fat Possum a été un super foyer pour le premier album, mais j’ai vraiment été confronté à trop de problèmes en tournée. Toutes les personnes impliquées se comportaient en rock-star, la drogue et l’alcool étaient omniprésents et au bout d’un an, je me suis demandé comment tenir le coup. Cela devenait dangereux pour moi. Quand j’ai cherché un nouveau

Unknown Mortal Orchestra ‘II’ Jagjaguwar/Konkurrent

On retrouve avec plaisir le croisement martien entre nonchalance lo-fi et rythmes psychés qui avait provoqué la surprise sur l’album éponyme d’UMO. Bien que vraie révélation, il manquait sans doute à leur premier album un millipoil de clarté dans les compositions pour faire de notre caboche un nid durable à destination de leurs mélodies. Le sobrement nommé ‘II’ corrige le tir, séduisant d’emblée nos oreilles avec ‘Swim And Sleep (Like A Shark)’, hymne nostalgia rugueux mais lumineux, qui tromperait sans sourciller le Carbone-14 le plus zélé. La voix sous reverb de Ruban Nielson sonne comme une promesse rock susurrée au creux de l’oreiller, avant de nous prouver sur le titre suivant, ‘So Good At Being In Trouble’, que nous n’avions encore rien vu : elle devient alors caresse, presque soul, ajoutant une émotion brute qui faisait défaut au précédent opus. Débarque ensuite sans prévenir le funk cracra et nerveux de ‘One At A Time’ et la chose est entendue : UMO a définitivement trouvé la voie. Les pistes jusqu’ici esquissées par Ruban explosent d’un titre à l’autre en riffs envoûtants, lignes de basse sexy et chants distordus, propulsant le groupe dans une approche incarnée de leur musique, sans jamais concéder aux sirènes du mainstream. Leurs ritournelles crues se gonflent désormais d’un spleen fiévreux, aussi confortable qu’un vieux sofa en pleine déprime, et qui n’est pas sans évoquer la pop malade de Ween, période ‘The Pod’. Définitivement sous influences (‘No Need For A Leader’, mix explosif entre le Black Sabbath des débuts, l’inévitable Syd Barrett et Sonic Youth s’ils avaient éclos dans les Golden sixties), ‘II’ s’offre le luxe rare d’un son pourtant unique, une flower-pop no-wave échappée d’un programme radio clandestin et enregistrée au fond d’une cave avec des instruments rafistolés et du matos tombé du camion. Chuintant, groovy et moite. (ab) Suivez le Guide : http://unknownmortalorchestra.com

on stage 06/02, Trix, Anvers

Unknown Mortal

Orchestra


08

Texte : N An i cnoel- a L iss e A lRsetm ea ec nl e

Étoile filante d’une constellation dubstep défragmentée, Darkstar voit désormais la vie en trio. Toujours en suspension dans l’espace, la musique des Anglais épouse aujourd’hui les contours d’une pop transgénique imaginée au croisement des temps. Quelque part entre Animal Collective et les Beach Boys, un astre brille de mille feux. Et ce n’est pas l’étoile du berger.

Avant de rejoindre les rangs du label Warp (Battles, Boards of Canada, Grizzly Bear, Aphex Twin), vous étiez une des figures de proue de la structure londonienne Hyperdub. Cet épisode dubstep est-il définitivement derrière vous ? James Young : « Quand on a commencé, les gars d’Hyperdub nous ont proposé de presser les premiers 45 tours de Darkstar. Notre premier album (‘North’) est également sorti chez eux. Mais, après ce disque, on n’était tenu par aucune obligation contractuelle. Quand Warp est venu nous chercher, on a accepté de quitter le navire. Ça n’a pas été facile. C’était une décision douloureuse. Je serai toujours reconnaissant à l’égard du label Hyperdub. Sans son intervention, Darkstar ne serait peut-être pas là. En Angleterre, La structure s’est illustrée à la pointe du renouveau dubstep. Pour moi, la musique de Darkstar n’a jamais intégré ce mouvement. On était un peu en marge de tout ça. N’empêche, à l’époque, c’était cool d’être associé à ce bouillonnement culturel. C’était excitant. Bien plus que les horreurs qui sortent aujourd’hui sous l’étiquette dubstep… A présent, le genre me semble réduit à un terme générique qui sent méchamment la soupe populaire. »

Prince de lumière Par le passé, Darkstar reposait sur les épaules du seul James Young. Aujourd’hui, on fait face à un trio. Trouver un équilibre entre vos trois personnalités, c’était facile ? James Buttery (voix) : « On y travaille tous les jours ! (Rires) On vient tous les trois d’une culture musicale différente. Cela permet à chacun d’apporter sa touche personnelle et ses idées au projet. Nos caractères divergent, on ne partage pas les mêmes visions artistiques et notre songwriting est différent. Au final, tout ça apporte une diversité d’opinions qui participe à faire avancer le projet dans les meilleures conditions. Le revers de la médaille, c’est qu’on chipote parfois sur des détails. Mais ça reste toujours bénéfique pour Darkstar ! (Sourire) » Pour produire le nouvel album (‘News From Nowhere’), vous avez fait appel aux services de Richard Formby, renommé pour son travail avec Spectrum, Hood ou Archie Bronson Outfit. Vous êtes vous-mêmes connus pour votre travail de producteur. Pourquoi faire appel à une personne extérieure ? Aiden Whalley : « On souhaitait aller de l’avant, dépasser nos limites et remettre en question certaines habitudes prises en cours de route. Avec ce disque, on a cherché à établir de nouvelles perspectives. C’était important pour continuer à avancer. Bénéficier de la neutralité d’une oreille extérieure, c’est toujours bon à prendre. Quand on compose un album, on passe tellement de temps sur les chansons qu’on perd souvent le recul nécessaire pour juger de la pertinence de ses choix. L’apport de Richard Formby a profondément affecté notre son. Il est hyper doué dans la manipulation du matériel analogique. C’est vraiment sa spécialité. » Pour enregistrer le nouvel album, vous êtes partis dans la campagne anglaise. Pourquoi s’isoler là-bas ? James Young : « On s’est retiré dans l’arrière pays, à Slaithwaite, un bled paumé dans le comté du West Yorkshire. On y a vécu neuf mois. On voulait échapper à toutes distractions. On a fui la ville, les gens, nos amis. Les lieux de sorties, nos endroits préférés. On s’est volontairement coupé du monde pour se concentrer sur la mise en œuvre de l’album. Et puis, on souhaitait travailler dans de bonnes conditions, bénéficier de temps et d’espace. Hors, à Londres, ces deux notions coûtent un prix dingue. On a donc préféré s’exiler à la campagne. On a vraiment senti le besoin de se retirer loin de tout. On venait de sortir d’une longue tournée, jalonnée de nombreux voyages. On était totalement déconnecté, incapable de se concentrer sur de nouveaux morceaux. Pour nous, partir, c’était la meilleure solution. » Comment avez-vous trouvé cet endroit ? Aiden Whalley : « On a pris la carte, déterminé une zone rurale et utilisé Google Maps. On

a cherché une maison à louer sur un site web et on a répondu à la première annonce venue. Une fois sur place, on a commencé à vivre une vie parallèle, un peu comme si nous étions entrés dans un monastère. (Sourire) Notre existence tournait exclusivement autour de la musique. D’une certaine façon, on peut dire qu’on s’est sacrifié pour Darkstar. » Moralement, c’était une période difficile pour vous ? James Young : « Disons que ce n’était pas simple. Notre vie était à Londres mais on devait nécessairement passer par une étape comme celle-là pour enregistrer de nouveaux morceaux. On n’avait aucune vie sociale. Heureusement, on partageait un objectif commun : mener à bien notre album. » James Buttery : « Nos journées semblaient s’écouler au ralenti. On trouvait notre motivation en se disant que rien n’existait en dehors de la maison. Nous étions dans une région magnifique, entourés par la campagne. Mais il n’y avait absolument rien à faire là-bas. Pas de punks, pas de soirée techno, rien de rien. Notre inspiration est née là-bas, dans l’isolement d’une maison de campagne. » Avec cet album, peut-on dire que Darkstar est passé de l’électronique à la pop ? James Young : « L’observation est exacte, mais l’évolution totalement involontaire. Certains germes pop existaient déjà en substance dans les morceaux de l’album précédent. » Pour une raison étrange, les titres de vos albums coïncident toujours avec des localisations géographiques. Après ‘North’, voici ‘News From Nowhere’. Vous êtes reliés à une mappemonde ? Aiden Whalley : « (Rires) On ne l’a pas fait exprès. On a d’abord baptisé notre premier disque ‘North’ pour des raisons esthétiques. On adorait la façon dont ce mot tombait sur la tranche du disque. Pour ‘News From Nowhere’, on cherchait une formule susceptible de synthétiser l’état d’esprit dans lequel les chansons sont apparues. Ce titre est un hommage au roman ‘News From Nowhere’ du designer William Morris. Dans cet ouvrage rédigé en 1890, il aborde la question des utopies dans la société. Il évoque l’organisation et les relations humaines sur une toile de fond qui doit beaucoup à la science-fiction. Il développe aussi une notion d’équilibre entre matières organiques et mécaniques. Je pense qu’on peut faire de nombreuses analogies entre notre musique et les idées suggérées par William Morris. » Pour enregistrer ‘News From Nowhere’, vous avez notamment travaillé sur de vieilles machines à bandes. Darkstar recycle ainsi les vieilles recettes pour s’inventer un ailleurs, un son moderne. Avez-vous utilisé d’autres instruments disparus pour échafauder vos nouveaux morceaux ? James Young : « On a eu la chance de bosser sur un synthétiseur antique, un truc rétro-futuriste qui s’appelle « The Wasp ». C’est un clavier tout noir, un bazar super rare avec des touches jaunes. Cet instrument était édité dans les seventies par la compagnie « Electronic Dream Plant ». Ce synthé est vraiment difficile à manœuvrer, mais tu peux en tirer des sons incroyables. Ce clavier m’a toujours passionné. C’était comme un rêve de gosse de bosser sur du matériel comme ça. » Dans vos influences musicales, il vous arrive de citer le prog-rock britannique et des titres piochés dans l’histoire parallèle de la techno. Étrangement, on ne retrouve absolument pas ces références à travers votre musique... James Young : « La musique de Darkstar ne répercute en rien nos écoutes personnelles. Ce n’est pas parce que j’écoute de la techno, par exemple, que je vais composer un morceau affilié à ce genre musical. Quand on est musicien, il faut nécessairement séparer la création des sources d’inspiration. Au fond, j’espère que mes influences musicales ne se retrouveront jamais à travers la musique de Darkstar. Ce serait horrible ! (Rires) » Un disque : ‘News From Nowhere’ (Warp/V2) Suivez le guide : www.warp.net/records/darkstar

on stage 04 février, Ancienne Belgique, Bruxelles


T e x t e : Pat r i c k F o i s s a c

09

PVT - anciennement appelé Pivot - est un groupe qui a toujours échappé à toute définition, à toute tentative de classification. A ses débuts, en 1999, il évoluait dans les sphères d’un post rock aux inflexions prog. Par la suite, il a intégré de plus en plus d’électronique dans sa musique pour se muer en pourvoyeur

d’electronica atmosphérique. Désormais, le groupe propose des titres pop au sens noble du terme, tout en préservant une façon unique de tresser des atmosphères prenantes. Electro mais pas trop, accrocheur sans être facile, recherché sans être abscons,

ambitieux sans être prétentieux, empli d’émotions sans verser dans le larmoyant, ‘Homosapien’ est un disque unique, fascinant, mirifique. Clairement une des premières claques de 2013. Explorer la condition humaine. Tel est le concept illuminant les onze titres de l’album. Là où on pourrait craindre des divagations pseudo philosophiques ou des déclarations de foi tombant à plat, PVT fait mouche en dépeignant, morceau après morceau, une situation, un état, un moment donné de notre vie. Comme l’explique Richard Pike, le chanteur, contacté par téléphone, « L’idée de départ était d’approcher à notre manière la condition humaine, l’évolution de l’homme, mais en privilégiant l’émotion et la spontanéité. Les textes sont venus naturellement, à la façon d’un stream of consciousness, cette technique d’écriture qui consiste à coucher sur papier ce qui vient spontanément à l’esprit. » Résultat : chaque texte est comme un instantané, reflétant les aléas de la vie, les hauts et les bas inhérents à toute existence.

Explorer la condition humaine Sur le plan musical, la diversité de ‘Homosapien’ est assez incroyable. On passe de l’électro pop enjouée à une plage grandiose et un rien dark ou d’un titre éthéré et hypnotique à un morceau nerveux, assez rock. Assez logique, finalement, puisque les ambiances et les styles développés reflètent les sentiments foncièrement humains propres à chaque titre. En même temps et en dépit de la multitude d’ambiances et d’humeurs, le disque réussit la gageure d’être on ne peut plus cohérent. Quand on complimente Richard pour cet exploit, il révèle toute sa modestie, semblant presque gêné et mettant l’excellence que l’on pointe sur le compte de l’expérience : « On aspirait clairement à développer un ensemble cohérent, ce qui n’est pas toujours facile à faire. Quand on aime beaucoup de choses et qu’on part dans toutes les directions, on risque de verser dans la schizophrénie et c’est avec le temps, et notamment en se produisant sur scène que les choses se mettent en place et que l’on a développe sans doute une meilleure vue de l’ensemble.» En quelque sorte, ‘Homosapien’ serait l’album de la maturité qui voit un groupe se trouver, devenir adulte. De façon assez symptomatique, d’ailleurs, cela se traduit aussi par le fait que Richard s’affirme désormais comme chanteur. Là où la voix n’était autrefois qu’un instrument noyé parmi les autres, elle occupe désormais le devant de la scène et ce pour notre plus grand plaisir, puisqu’en plus d’être foncièrement belle, elle traduit à merveille les émotions déclinées par les morceaux, passant du murmure caressant de ‘Shiver’ au charme caressant de ‘Love & defeat’ sur lequel Richard revêt ses habits de crooner new wave, genre croisement entre Bryan Ferry et David Bowie. Du grand art. Un autre point sur lequel on souhaitait voir Richard nous éclairer concerne le son particulièrement chaleureux et organique de l’album, qualité rare dans le monde de

la musique électronique qui a trop souvent tendance à être robotique. « Les productions électroniques sont il est vrai souvent assez froides, mais je dirais que PVT n’est pas vraiment un groupe électro même si notre musique intègre pas mal d’électronique. En fait, on se situe entre l’électronique et le rock et quand on aime des productions électros, elles ont invariablement un côté très organique, quelque chose que les Allemands font très bien, par exemple. De toute façon, ce qui est le plus important, c’est l’émotion, c’est l’atmosphère, quelque chose qui nous a toujours tenu à coeur. » Finalement, n’est-ce pas l’émotion qui serait le fil conducteur de la discographie du groupe, indépendamment des genres auxquels il s’est frotté ? « Oui, sans doute. Au départ, on avait un peu peur de la réaction du public à l’égard du nouvel album qui est malgré tout assez différent de nos productions précédentes. C’est un peu logique, je pense. Heureusement, les réactions ont été très positives, parce que le gens retrouvaient ce qu’ils cherchaient chez nous, malgré la nouvelle approche. » Avant de se quitter, on s’enquiert de connaître les raisons qui ont incité le groupe à quitter un label aussi prestigieux que Warp pour rejoindre une écurie plus modeste comme Felte. La réponse va dans le sens du désir de regagner sa liberté : « Cela a été une belle expérience d’obtenir un contrat chez Warp mais en même temps, on se sent plus en phase avec notre nouveau label vu que l’on contrôle davantage ce qui se passe. On a plus de liberté et ça, c’est essentiel. »

PVT ‘Homosapien’ Felte/N.E.W.S.

En treize ans de carrière, PVT n’a cessé de susciter l’admiration des amateurs de musique novatrice, car échappant à toute classification rigide. ‘Homosapien’ ne fera pas exception à la règle, lui qui nous entraîne dans un voyage fascinant mélangeant genres et ambiances avec un brio incroyable. Ce qui frappe tout d’abord, c’est que pour la première fois, Richard Pike chante véritablement. Ensuite, chaque titre a une identité propre, ce qui rend l’ensemble incroyablement varié et excitant. Dès l’écoute de l’hypnotique ‘Shiver’, qui ouvre l’album dans une ambiance cotonneuse et éthérée, on est complètement sous le charme d’un disque qui ne cesse d’ébahir. Le majestueux et gothique ‘Electric’, l’électro pop avant-gardiste de ‘Homosapien’, l’intensité émotionnelle de ‘Love & defeat’, la superbe chanson d’amour qu’est ‘Vertigo’ ou encore le post punkisant ‘Casual success’ ne sont que quelques exemples de l’excellence d’un album qui prend déjà une option pour figurer dans mon top 10 de 2013 ! (pf)


10

Texte : G An en ry e -L e i sfee b Rvermea c ©lat e hos burez

Seule ou entourée du White Velvet drivé par son amoureux-complice Koen Gisen, An Pierlé s’est toujours ingéniée à remuer les émotions, transcendée par son autre complice, le piano. Avec comme dénominateur

commun des disques constituant davantage l’aboutissement d’un long travail de maturation qu’une échéance pour éviter de sombrer dans l’oubli. Une démarche qui se vérifie avec ce très beau ‘Strange Days’ sur lequel la Gantoise a choisi de renouer avec la formule piano-voix, à peine colorée d’arrangements minimalistes. Mais bien au-delà d’un retour aux sources, les compositions atmosphériques et très métaphoriques nées de la matrice boisée de son piano témoignent du vécu personnel et artistique d’une artiste toujours aussi singulière. Rencontre chez elle, en la présence aussi rassurante que discrète de Koen Gisen, tapi dans l’ombre. Comme sur le disque finalement.

Les références à Cocteau semblent assez nombreuses dans le voisinage (Gand héberge la Feestzaal Jean Cocteau). Tu es d’accord avec la citation qui lui est prêtée (« Si on te reproche quelque chose, cultive-le, c’est toi ») et que certains artistes aiment à se répéter pour se rassurer face aux critiques ? An Pierlé : « Oui je suis assez d’accord avec ça. La critique n’a d’ailleurs jamais été nuancée à mon sujet. Surtout au début. Car ce que je faisais était très particulier. Et soit tu adorais et tu défendais à mort, soit tu détestais. Il y a même parfois eu des critiques très personnelles dans la presse, surtout ici en Flandres. C’est encore parfois le cas aujourd’hui, mais dans une moindre mesure. Mais c’est comme ça. Des gens ne peuvent pas supporter la voix. Elle est extrême, très dynamique, y’en a que ça peut rendre nerveux ! (rires) Mais bon, ça n’est pas pour ça qu’il faut jeter toute la critique négative et s’entêter dans certaines voies. Parfois il faut faire la différence entre ce qui est très proche de toi et qu’il faut vraiment cultiver, comme Cocteau le dit, et parfois il faut aussi oser écouter les gens. Certaines critiques sont justes évidemment ! J’ai un bon exemple à la maison, hein Koen ! (rires) »

The Dice Woman Ce rapport au regard des autres, c’est un peu le thème que tu développes dans la chanson ‘Strange Days’, non ? An Pierlé : « Oui certainement. Ce qui est intéressant à savoir, c’est qu’au départ c’est une chanson que j’avais écrite pour une autre chanteuse. Quelqu’un de très populaire en Flandres qui voulait faire quelque chose de différent et qui cherchait des chansons. J’aime bien faire ça, surtout pour des femmes avec de bonnes voix. C’est une forme de jeu pour moi. Et puis tu es aussi beaucoup plus direct quand tu écris pour quelqu’un d’autre. Parce que tu sais que ce n’est pas toi qui vas l’interpréter. Puis Koen l’a entendue et il m’a dit qu’il fallait que je la garde pour moi. Cette chanson, c’est comme une lettre de motivation pour moi-même. Et finalement ça parle aussi beaucoup de l’industrie de la musique. ‘Don’t let them change you (…) when you’re small and sweet they’ll want to keep you so’. C’est un peu l’image de la petite poupée qui doit obéir. » A quelle logique ou à quelles envies as-tu justement obéi au moment d’entamer ce nouveau projet en solo ? An Pierlé : « A mon niveau, refaire un album solo, ça voulait dire remettre certaines choses en question, recommencer quelque chose, j’avais envie de fraîcheur et d’audace. Sur le long terme, il faut reprendre des risques même si à court terme on n’a pas de certitude que le succès sera au rendez-vous. Ce que je fais est assez spécifique, il n’y a pas de tubes pour les radios. Est-ce que ce disque va atteindre les gens qui voudraient découvrir ce que je fais et aimer ma musique ? Moi quand j’écoute la radio, j’ai envie de découvrir des choses ou de pouvoir écouter des albums en entier. Mais la radio ne permet plus ça aujourd’hui. Mais bon, j’ai confiance mais ça peut prendre longtemps. J’espère aussi que le bouche à oreille fonctionnera et que des gens iront découvrir le disque sans qu’on leur impose. Cela dit, je ne désespère pas d’avoir un tube mondial. Ca n’a rien à voir avec une ambition, quoique si quand même un peu ! (rires) » En parlant de tube mondial, le choix de ‘Such A Shame’ comme single, tu l’assumes et tu l’expliques comment ? Tu n’aurais pas préféré une composition originale ? An Pierlé : « On jouait déjà ce morceau sur scène depuis longtemps avec le groupe. Et en solo avec le piano, le morceau sonne encore mieux, je pense. Mais au-delà de ce côté single, un peu léger, le morceau s’imbrique très bien dans l’album, il donne une bouffée d’air au milieu du disque sans nuire à sa cohérence. Je me suis très vite approprié cette chanson que je connais depuis que je suis enfant et à laquelle plein de souvenirs sont attachés. Et avec le temps j’ai appris à découvrir la discographie de Talk Talk qui ne se limite évidemment pas à ce titre. Et puis il y a les lyrics qui veulent dire aussi quelque chose pour moi. J’ai appris que la chanson évoque un roman américain culte, ‘The Dice Man’ (de Luke Rhinehart, ndr) qui parle d’un homme qui fait ses choix de vie en les jouant aux dés et la phrase ‘the dice decide my fate’, ça me ressemble énormément. Alors pourquoi ne pas utiliser cette chanson ? Je me suis souvent rendu la vie un peu difficile par principe mais maintenant, quand je le sens bien, quand c’est juste, je me lance tout simplement. Et puis j’avais tellement de matière pour cet album que j’ai dû écarter beaucoup de chansons. Je crois d’ailleurs que je vais rapidement sortir quelque chose d’autre. »

Quelle a été ta méthode de travail ? A quel niveau Koen est-il intervenu ? Quels ont été les critères qui ont guidé le choix des chansons retenues sur le disque ? An Pierlé : « J’ai écrit les chansons seules. Puis Koen est intervenu au niveau des enregistrements pour faire en quelque sorte la traduction entre mes compositions et l’album. Les pièces « live » devaient nécessairement être adaptées avant de rentrer dans l’album. Puis on a travaillé sur la cohérence. Au départ j’avais 31 chansons. On a choisi avec Koen les chansons qui nous semblaient les plus cohérentes. C’est la première fois qu’on est si sévères, on a vraiment éliminé ce qui ne rentrait pas dans le moule. Avant il y avait toujours l’une ou l’autre chose plus rigolote ou plus légère. Idem pour les choses qui marchent super bien en live parce qu’il y a beaucoup de dynamisme et « d’agressivité », on a aussi choisi de les écarter. Le reste s’est installé de lui-même, au feeling. C’est un processus semi-conscient. Au final, je suis vraiment très contente du résultat. » Au-delà de sa cohérence, le disque est loin d’être monochrome. Il y a aussi une certaine mélancolie qui s’en dégage. C’est davantage lié à ton univers musical ou à ta personnalité ? An Pierlé : « Je pense que je fais de la musique justement pour avoir une place permettant de laisser sortir ce côté mélancolique que j’ai apparemment très fort en moi. Ca a quelque chose de cathartique et de joyeux de me perdre là-dedans. C’est presque une fantaisie. C’est un cliché, mais si tu es vraiment triste, tu ne fais pas de la musique. Ca n’est qu’après que tu peux revivre et faire des recherches sur ces émotions-là en toute sécurité. Parce qu’il y a déjà une distance et une vue de l’extérieur sur ces sentiments. C’est aussi pour ça que je n’aime pas trop expliquer mes textes. Il y a parfois plusieurs années de réflexion sur certains textes. Je ne fais jamais tout en une fois, il y a plusieurs couches en fonction de l’évolution de mes états d’âme. » On aborde rarement ce sujet en interview, peut-être parce que ça n’est pas très glamour, mais tu as une vie de jeune mère de famille que tu mènes en parallèle avec ta vie d’artiste. Quel est l’impact sur ton processus créatif par exemple ? An Pierlé : « Oh oui, ça m’impacte fortement. Je dois me limiter à travailler entre 9h et 15h30. En fait, tu n’as plus le luxe d’avoir peur de la page blanche. Si tu te permets d’avoir ça, alors tu ne fous plus rien. Alors maintenant, je commence, et bien sûr que parfois ça ne marche pas, mais je persévère. Il faut simplement bâillonner son critique intérieur. Alors j’écris et puis dans un deuxième temps, je critique. Tu as une deadline chaque jour. Et c’est justement quand tu commences à être dedans que tu dois t’arrêter pour aller chercher ta fille. C’est tellement frustrant. Mais c’est cette pression qui aide à créer et qui oblige aussi à finir les choses au jour le jour. Quitte à retravailler le lendemain. Mais je reste alors dans la même veine. Et c’est peut-être aussi pour ça que l’album est plus cohérent. Je me suis obligé à finir des choses alors qu’avant je détestais l’idée des versions définitives. Il y a aussi une très forte urgence que je ressens. Un besoin d’une créativité qui doit sortir parce que si je ne travaille pas, je n’aurai plus de matière, je ne serai plus dans la position d’aller jouer mes compositions sur scène. » Un disque : ‘Strange Days’ (PIAS)

on stage 22/02, 26/02, 28/02, 01/03, 02/03, 05/03, 08/03, 09/03, 13/03, 27/03, 16/05,

Botanique, Bruxelles Minard, Gent Cinéma Le Parc, Liège-Droixhe Muziekodroom, Hasselt Dranouter Muziekcentrum, Dranouter Stuk, Leuven De Zwerver, Oostende La Bonne Source, Fleurus Arenbergschouwburg, Antwerpen De Casino, Sint Niklaas AB, Bruxelles


Texte : Anne-Lise Remacle © Nick Helderman

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Prenons le pari suivant : pour peu que vous prêtiez l’oreille aux palpitations de la mode, cette maîtresse si prompte à vous refaire l’histoire musicale en oblique, vous devriez y discerner sans tarder le nom d’un page prodige et précoce passé émérite ès pop ouvragée. Cette créature nostalgique, juniore et

hollandaise a pour blason Jacco Gardner, et l’insolite enchevêtrement de galeries qu’il crayonne de ses orgues miroitantes n’est plus à un alléchant appât coloré, à une hallucination près. Rencontre avant sacre probable d’un dauphin psyché bûcheur et déterminé : on ne sait trop ce qui pourrait stopper là sa rayonnante entame de yellow brick road. Il y a quelques jours, tu entamais la promo au festival Eurosonic… comment gères-tu ce buzz attaché à ton nom dans la presse (Pitchfork, Guardian, NME, e.a.), avant même la sortie de l’album ? Jacco Gardner: « C’est excitant, pas trop effrayant. Chaque fois que quelqu’un écrit une bonne chronique, ça m’enlève une part de pression d’avoir quelque chose à me prouver face à tel ou tel media. À Eurosonic, l’expérience n’était pas très intime, je devais convaincre ceux qui étaient là que je valais la somme qu’ils étaient prêts à investir en me programmant… je préfère vraiment les concerts où les gens ont l’esprit ouvert, connaissent mes morceaux et sont juste impatients de les entendre en live! Nous jouons seulement ensemble depuis septembre avec mes musiciens (membres de Skywalkers et Lola Kite, autres groupes de Jacco, ndlr), et je n’avais jamais fait de concerts professionnels avec un groupe rôdé depuis même pas six mois, ça me paraît assez dingue. » Après t’être investi dans deux groupes, ça t’apparaissait nécessaire de pouvoir t’exprimer dans un projet solo ? Jacco: « J’ai toujours eu ça à l’esprit depuis que j’écris. Je ne me sentais pas encore prêt à amener mes morceaux à un niveau pro, alors je me disais : « Pourquoi ne pas commencer par un projet plutôt récréatif et voir où ça nous mène ? » dans l’idée d’ensuite utiliser les contacts et l’expérience obtenus pour mon propre projet. C’était un apprentissage de cet univers-là en interne sans avoir peur d’échouer, puisque c’était de toutes manières juste une expérience. Les chansons que je jouais avec Skywalkers étaient d’une certaine façon sombres, le contraste y était plus grand entre des paroles assez extrêmes et des instrumentations assez joyeuses, uptempo. Les morceaux de cet album-ci sont plus subtils, gorgés en émotions, ce qui laisse plus d’espace à des compositions avec d’autres instruments, des idées et des arrangements plus riches que juste une batterie et un orgue percutés avec agressivité.»

Admettons qu’on te confie la programmation d’un festival, tu as le choix du roi, y compris parmi les musiciens morts… à quoi ressemble ce line-up ? Jacco: « Est-ce que je peux choisir des versions plus jeunes de certains groupes ? Parce que je ne veux pas des Zombies modernes ! Mettons les Zombies de 1968, Curt Boettcher de 1968… tous les groupes de 1968 ! Les Beach Boys… oh ça serait cool comme festival, je crois! Pink Floyd, Syd Barrett, Billy Nicholls, Duncan Brown, Love… » Et aucune femme à l’affiche? Jacco: « Des chanteuses ou membres de groupes? Hmmm, c’est difficile… je ne pense pas qu’il y ait des filles dans ce sous-genre particulier, en fait. Peut-être Mariska Veres du groupe hollandais Shocking Blue, tu vois ? « I’m your Venus. I’m your fire. At your desire ». Françoise Hardy. Ah! France Gall, ça serait super. Dans sa période de 1968 aussi, parce que c’est le moment où elle a fait cette chanson incroyable, ‘Polichinelle’, comme une sorte de pop française baroque. »

Jacc(o) et le haricot magique Tu es multi-instrumentiste, et précoce… est-ce que la musique était aussi une occupation familiale? Jacco: « Je suis le petit dernier de quatre enfants. Mon frère aîné jouait déjà d’un instrument alors que je n’étais même pas encore né, ma sœur a continué dans cette voie, et mon autre frère également. C’était logique que je suive le mouvement. » Tes parents ont fait office de guides à travers la bande sonore des sixties ou c’est plutôt une obsession personnelle ? Jacco: « Ils avaient certains disques de Leonard Cohen ou Simon et Garfunkel. Mon père était aussi amateur de musique classique. Ils n’avaient par contre rien de sombre, âpre, ou sous tension, rien qui se soit révélé révolutionnaire pendant les années 60, juste le versant plaisant, easy-listening. Ce sont les parents de mon meilleur ami d’enfance et actuel qui m’ont initié : je leur dois ma découverte de Pink Floyd, Syd Barret, de Soft Machine. Ça a vraiment aidé d’avoir une première percée vers cette période. » C’était aussi précieux, d’avoir un ami avec lequel partager cette passion d’apparence désuète ? Les autres enfants de ta classe n’écoutaient sans doute pas Pearls Before Swine… Jacco: « En effet! Nous étions en pleine puberté, nous voulions nous rebeller contre tout le monde, être particuliers, surtout pas écouter les daubes du Top 50. Nous étions de fait les seuls à apprécier la musique psychédélique et nous tenions à ce qui faisait notre différence. Plus les autres cherchaient à être dans la norme, plus nous cherchions à être sixties. J’ai toujours été considéré comme un enfant bizarre, même avant d’apprendre quoi que ce soit sur cette époque : il se fait juste que ces années-là collaient parfaitement à ce que j’étais déjà auparavant, jamais populaire, toujours banni. C’est une des raisons pour lesquelles je suis ambitieux : quelque part, je veux montrer à tous ces gens méchants qu’on se souviendra plus de moi qu’on se souviendra jamais d’eux. Ce n’est pas la raison pour laquelle je suis musicien, mais c’est enfoui profondément quelque part… un peu comme Napoléon qui était complexé par sa taille ou même Hitler… oui, bon, okay, c’était une très mauvaise personne mais il y a beaucoup de gens petits qui ont compensé cette faiblesse en faisant de grandes choses. Je ne suis pas petit au sens littéral, mais on a tous des limites, que ça soit l’impopularité ou autre, et ma façon de compenser, c’est de faire les choses à ma manière. » Beaucoup de personnages de tes morceaux semblent en attente de quelque chose ou de quelqu’un de meilleur… notamment la petite fille de ‘Ballad of Little Jane’ immobile derrière sa fenêtre… Jacco: « Ce n’est pas exactement de ça que parle le morceau… J’aime me comporter de manière gentille avec les gens et être très romantique. Mais, quand j’agis comme ça avec une jeune femme, elle tombe parfois amoureuse, et je suis foutu, parce que je ne ressens pas la même chose mais que j’aime malgré tout passer du temps avec elle. À chaque fois, elle ne veut pas que j’agisse comme ça avec une autre, ce qui est assez logique, mais pas nécessairement bien pour moi. ‘Little Jane’ basée sur certaines filles qui lorsqu’elles trouvent quelque chose de bon, veulent le conserver. C’est sans doute une façon féminine de survivre, à la façon du royaume animal : trouver un mâle fiable, loyal… » Ton album tisse une atmosphère de contes de fées et dans ta biographie, il est fait mention du film ‘Les Frères Cœur-de-Lion’ d’après le roman d’Astrid Lindgren… Jacco: « C’est probablement mon film magique préféré actuellement. J’aime les contes qui ne sont pas trop évidents, trop à la Disney avec juste un prince et une princesse et une fin heureuse. Je préfère ce qui s’apparente au rêve. La plupart du temps, les songes n’ont aucun sens. Je recherche toujours quelque chose d’obscur, même si je ne fais plus de cauchemar depuis que je suis tout petit, contrairement à ce que pensent mes amis quand je leur raconte ce dont j’ai rêvé : je ne le ressens pas comme ça, il n’y a pas d’anxiété palpable, juste de l’étrangeté, pas des choses classifiables comme bonnes ou démoniaques. » Tu as confié la production à Jan Audier, un ingénieur son de groupes psyché hollandais (Q65, The Golden Earrings, etc.). Ça te paraissait essentiel d’avoir un vrai témoin de l’époque ? Jacco: « En étant aussi obsédé par la période que moi, c’était super d’en apprendre encore plus sur le son de ces années-là, d’avoir l’aval de Jan sur l’authenticité ou la qualité de l’album, d’avoir un témoin qui avait tout expérimenté à l’époque, qui serait capable de comprendre ma musique. En matière de retour direct, c’était ce que je pouvais obtenir de plus proche d’un voyage via une machine à remonter le temps. Il n’a pas changé du tout, c’est resté quelqu’un de tout à fait ordinaire depuis ces années-là jusqu’à maintenant. »

Jacco Gardner ‘The Cabinet Of Curiosities’ Excelsior/V2

«Let’s do the time warp again!» Main dans la main avec Syd Barrett en goguette au clavecin, Beck fait des cabrioles, juché sur des échasses, à moins qu’il ne s’agisse de sucres d’orge. Billy Nicholls observe les oscillations lentes d’un ‘Chameleon’ à travers un kaléidoscope. C’est la fantasmagorie fantasque du Manège Enchanté, les sauteries baroquisantes d’un Zébulon à la fois maître d’œuvre hors-pair, pâtre en pâmoison (‘The One Eyed King’, merveilleux conte pétri de lamento), archéologue monomaniaque de claviers analogiques, bâtisseur de châteaux en Utopie. Il ne faudrait cependant pas imaginer que ce gandin, féru des Zombies et vraisemblable plus attrayante incarnation actuelle de la relève 60’s, en perdrait toute moustache de lait sous la férule de Jan Audier, producteur batave mythique (notamment des Golden Earrings). Il n’est pas rare dans ce ‘Cabinet Of Curiosities’ de percevoir l’écho d’enfants à perruques poudrées et pommettes rosies, de rondes, de gémissements adolescents à la mue incertaine (‘Help Me Out’, charmant de maladresse). À la fois espiègle et fiévreux, nimbé de lumière, voilà un songe à la frontière ambiguë dont Alice n’aurait jamais voulu se réveiller. (alr) Suivez le guide : http://www.jaccogardner.com/

on stage 13/02, Trix, Anvers 21/02, Madame Moustache, Bruxelles.


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Texte : Nicolas Alsteen © aubrey swander

Blotti dans les draps de Night Beds, le jeune Winston Yellen se réveille en enfant de l’Amérique.

Fruit de ses errances sur les routes du pays, sa musique couche le mythe d’une adolescence éternelle sur un disque intimiste. Sur ‘Country Sleep’, on s’éclaire à la lueur d’une bougie, on marche à pas feutrés sur les traces des Fleet Foxes et on traque les légendes (Gram Parsons, Johnny Cash) avec une patience d’ange.

Pourquoi évoluer sous la couverture Night Beds alors qu’au final, il s’agit de ton projet solo ? Winston Yellen : « Quand j’ai commencé à jouer de la musique, j’ai choisi ce pseudo pour dissocier mon projet musical de ma propre personne. Je me suis toujours trouvé fort inintéressant comme garçon. Trouver un nom de scène, c’était une façon de me déconnecter de moi-même. De recentrer toute l’attention autour de la musique. Et puis, esthétiquement, je trouve ça plus joli et romantique de jouer sous un nom d’emprunt. »

Sur la route Après une douloureuse histoire d’amour et un parcours scolaire calamiteux, tu as décidé de tout plaquer pour vivre comme un ermite sur les routes d’Amérique. Peux-tu évoquer cette période ? Winston Yellen : « A ce moment-là, ma vie était totalement pourrie. J’allais d’échec en échec. L’horizon était obstrué de toutes parts. J’étais fatigué de cette situation. C’est pour ça que j’ai décidé de tout plaquer, de vendre tout ce que je possédais – pas grand-chose – pour acheter une voiture d’occasion. Je voulais voir tous ces Etats que je ne connaissais pas : le Colorado, le Montana, le Nebraska, le Wyoming, l’Idaho, la Californie… La plupart du temps, je dormais dans un sac de couchage sur la plage arrière de ma bagnole. » Tes chansons s’inspirent-elles de ce périple à travers l’Amérique ? Winston Yellen : « Tous les morceaux de mon premier album sont influencés par ce voyage. Quand tu ne connais pas les endroits que tu visites, que tu n’as pas un dollar en poche, la vie devient rapidement une véritable aventure. Tu t’improvises serveur de café ou apprenti fermier. Tu choppes le premier job qui s’offre à toi sur la route et puis, tu repars. Tu t’arrêtes dans des villages perdus, tu croises des gens, des vies, des expériences, des histoires. Le fait d’être loin de chez soi, totalement déconnecté de la réalité, ça bouleverse tes sensibilités. Tu développes des émotions insoupçonnées. » Depuis, tu t’es installé à Nashville. D’ici, on voit toujours cette ville comme la capitale de la musique country. C’est une scène de laquelle tu te sens proche ? Winston Yellen : « Les artistes les plus importants de la scène country connaissent un énorme succès à Nashville. D’autres styles sont également représentés. Il y a quelques années, Third Man Records, le label de Jack White, s’est ainsi installé à Nashville. Moi, je n’appartiens à aucune communauté artistique. Je ne me suis jamais impliqué dans les collectivités locales. Je suis plutôt le genre de gars que personne ne voit dans la file du supermarché ! (Rires) » Les chansons de Night Beds s’écoulent comme autant de références à la musique folk, au blues, voire à la country. Comment se fait-il qu’un mec de 23 ans ressasse cet héritage américain avec autant d’acharnement ? Winston Yellen : « J’adore écouter les chansons de Skip James, Son House, Leadbelly ou Robert Johnson. Le blues détenait une certaine vérité. C’était authentique. Les enregistrements étaient captés en une prise dans un vieux troquet. Tout était dit entre une voix et une guitare. J’aime la tension, les émotions et l’honnêteté qui se dégagent du blues. » Ton premier album s’intitule ‘Country Sleep’. Qu’est-ce que cela signifie ? Winston Yellen : « Ce titre est lié à mes aventures à travers l’Amérique. J’étais seul,

je dormais seul. J’écrivais et composais essentiellement la nuit. On peut mettre le titre de l’album en relation avec mon nom de scène : c’est une vision nocturne et solitaire. Mon album est un condensé d’anecdotes récoltées sur le bord de la route. C’est un hommage à tous ces visages, à toutes ces personnes que j’ai croisés, un soir, quelque part, le plus souvent dans un bar. Dans l’arrière-pays, au cœur des campagnes, les gens t’écoutent et s’abandonnent avec une honnêteté désarmante. Ils te parlent sans détour et se confient en toute insouciance. » Un morceau de l’album s’intitule ‘22’. A quoi correspond ce nombre ? Winston Yellen : « J’avais 22 ans à l’époque où j’ai composé les chansons de l’album. A l’époque, j’étais assez paumé. Mes amis se mariaient, bossaient dans des banques ou partaient travailler à l’étranger. Moi, j’étais là, tout seul, à me poser un tas de questions sur l’avenir. Certains morceaux abordent ce sujet. Quand tu quittes l’adolescence, la société voudrait que tu deviennes directement adulte. Sans transition. Sans réflexion. Je suis heureux d’avoir 23 ans, d’avoir pris un peu de temps. Les choses me semblent plus évidentes aujourd’hui. Comme quoi, vieillir, c’est bien aussi. » Il paraît que tu as vécu dans la maison de June Carter et Johnny Cash. Histoire authentique ou fabulation romantique ? Winston Yellen : « Là, j’ai déménagé. Mais j’ai effectivement habité là-bas pendant plusieurs mois. C’est une maison construite par Braxton Dixon, un des meilleurs amis de Johnny Cash. Je louais une partie de la maison. C’était assez étrange pour moi de vivre là-bas et d’imaginer des scènes de vie. Comme beaucoup de gens, j’aime la musique de Johnny Cash. Alors, forcément, habiter dans un endroit où il a vécu, ça fait réfléchir du matin au soir. Dans cette maison, il m’arrivait souvent de traîner, d’imaginer Johnny Cash en train de se droguer dans la cuisine en plein milieu de la nuit. » Quand les médias comparent ta musique à celle de Bon Iver ou des Fleet Foxes, ça te fait flipper ? Winston Yellen : « J’adore ces artistes. Si on me compare à eux, c’est un honneur. Mais je ne me sens absolument pas sous pression quand on évoque ces noms. J’essaie de me détacher de toutes les attentes du milieu. Mon entourage direct se montre encourageant à l’égard de ma musique. D’une certaine façon, ça me suffit amplement. Pour moi, il ne s’agit pas de confronter la musique de Night Beds à celles d’autres musiciens. Le challenge quotidien, c’est de dépasser mes propres limites. Essayer de devenir meilleur. Se mettre trop de pression, c’est totalement inutile. Parce que, quoi qu’il arrive, tu tomberas toujours sur quelqu’un de meilleur que toi. Quand je vois le parcours de Justin Vernon (Bon Iver, ndr) ou de Robin Pecknold (Fleet Foxes, ndr), je me dis que j’ai encore énormément de chemin à faire. » Pour l’instant, ta musique est régulièrement associée à la scène folk. Comment imagines-tu la suite ? Winston Yellen : « Si mes chansons trouvent un écho dans le passé, je ne me vois absolument pas comme un musicien réactionnaire. Je préfère regarder de l’avant. Là, j’ai composé de nouveaux morceaux, des trucs assez différents de mes premières compositions. J’éprouve parfois quelques difficultés à expliquer à quoi ça ressemble. Peut-être à du Marvin Gaye. Mais alors à du Marvin Gaye bien drogué. » Un disque : ‘Country Sleep’ (Dead Oceans/Konkurrent) Suivez le guide : www.nightbeds.org


Texte: Antoine Bours

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Grand dandy dadais cantonné un temps à des expérimentations électroniques passionnantes (dont l’excellent Super_Collider) Jamie Lidell n’a plus quitté le feu des projecteurs depuis que Warp prit le monde de l’électro par surprise en balançant l’ultra-lumineux ‘Multiply’. Dénotant dans le catalogue

d’ordinaire moins pop du label britannique, ce deuxième album révélait au public, mais avant tout à l’artiste lui-même, un talent soul indéniable qui allait désormais façonner la carrière du bonhomme, à laquelle s’ajouteront ‘Jim’, ‘Compass’ et aujourd’hui ce très bon ‘Jamie Lidell’, fusion à chaud et à froid d’influences Motown et d’une volonté toujours renouvelée de repousser les limites de l’électro. C’est un Jamie Lidell chaleureux et soucieux de répondre au mieux aux contingences parfois rigides de l’exercice promotionnel que je retrouve, long charmeur fatigué qui oscille constamment entre grandiloquence désarmante et humilité retrouvée. Après l’Angleterre, Berlin, New York, vous posez maintenant vos valises à Nashville, choix mis en avant dans la promotion de cet album. Qu’est-ce qui vous pousse à déménager autant ? Jamie Lidell : « Quitter l’Angleterre pour Berlin, c’était d’abord une histoire de fille. Bien sûr, ma collaboration avec Cristian Vogel à l’époque a influencé mon choix : on avait l’impression qu’ils comprenaient bien plus là-bas ce qu’on cherchait à faire avec Super_Collider qu’en Angleterre, où les réactions étaient plus circonspectes. En comparaison, Berlin semblait plus futuriste, plus curieuse, plus fun, tout simplement. Quelle ville intense! Par la suite, je suis parti pour New York quand j’ai rencontré mon épouse, une excellente raison pour bouger. J’avais fait le tour de Berlin, après 8 ans passés là-bas. Et puis, New York, bon sang! Quoi de plus excitant pour commencer une nouvelle vie? Mais le coût de la vie et du logement nous a replié vers Nashville. C’est bien sûr la ville de la musique, une ville agréable qui regorge de musiciens incroyables à tous les coins de rue. Nous avons pu nous permettre d’y acheter une grande maison où j’ai enfin eu l’occasion d’installer un studio rien qu’à moi. Je suis aussi heureux qu’un gamin dans un magasin de jouets. » Comment ces différentes villes ont-elle influencé votre musique ? La tradition musicale de Nashville n’est pas exactement la même que la vôtre. Jamie Lidell : « L’influence majeure, c’est le tempo de la vie, du quotidien. A Berlin, le tempo est plutôt lent. On se levait tard, on prenait un long petit-déjeuner. Le soir on sortait tard, on jouait de la musique, on prenait le temps. On profitait de la vie, surtout, dans un esprit très communautaire. A New York, le tempo est frénétique. On bouge tout le temps, d’un lieu à l’autre, d’un rendez-vous au suivant, de façon métronomique. ‘Compass’ a été écrit dans cet esprit, plus comme un assemblage de croquis, pris sur le vif, dans le feu de l’action. Ce fut l’album le plus rapide que j’ai fait. A Nashville, le tempo est plus sain, plus régulier. Je ne suis plus dans un rush constant, mais dans une vraie qualité de vie : je fais de l’exercice, je travaille à domicile. L’album m’a pris deux fois plus de temps (rires). » Le mix de votre album est incroyable : il est quasiment impossible de discerner ce qui est électronique de ce qui ne l’est pas. Quelle est la proportion d’instruments organiques et de travail électronique? Jamie Lidell : « Le résultat provient en grosse partie de la table de mixage, qui possède un son propre, assez proche des consoles SSL largement utilisées dans les années 80. Mais la majorité des instruments sont réels. Justin Stanley est venu jouer de la guitare et m’aider au mix, mon pote Mr. Jimmy est aux claviers, Lucky Paul (de Feist) est à la batterie sur certains morceaux. Ce qui est super avec ma maison à Nashville, c’est l’acoustique de ses pièces. Nous avons par exemple enregistré les percussions à la cave, une vieille cave en pierres, un rêve devenu réalité pour moi qui suis très à cheval sur les percussions. Je voulais une vraie chaleur pop dans ces sons que j’aime tant. J’ai cherché l’équilibre le plus parfait possible entre humains et machines. » Comment travaillez-vous à vos compositions, maintenant que vous possédez ce confort supplémentaire? Jamie Lidell : « Techniquement, j’en suis revenu à des méthodes d’écriture plus proches de l’époque de Super_Collider : je travaille d’abord sur la musique et puis je cherche des pistes de mélodies pour le chant, que je développe après en paroles. Majoritairement, c’est la musique qui définit la forme que va prendre ma voix, avant de décider ce que je vais raconter. Il m’arrive souvent de bidouiller et de jammer pendant une heure sur mon looper, puis de jeter un oeil à l’enregistrement, à sa forme, de le décomposer, jeter ci, garder ça, pondre un montage dans la foulée, pour m’imprégner de son ambiance et tenter de chanter par-dessus. C’est comme arpenter un terrain. J’essaie, je trébuche, j’évolue au gré de ses irrégularités. Le tout sans paroles. C’est très agréable, j’utilise ma voix comme un instrument. C’est plus proche de la trompette, en fait : ta voix doit entrer en compétition avec la dynamique des autres sons. Mais c’est un système qui a ses limites. J’ai toujours besoin, au bout d’un moment, d’une oreille extérieure. » Comment tombe-t-on dans la soul quand on est un jeune anglais blanc, né à Huntingdon? Jamie Lidell : « J’ai passé mon enfance devant la radio. Jusqu’au jour où ma soeur a commencé à acheter des disques, et pas des moindres : Prince, Human League, etc. Que des artistes que j’aime encore aujourd’hui. Je suis vraiment reconnaissant de ses bons goûts. Ca n’était pas que la sensibilité pop de l’époque ; elle était assez précise dans ses choix. Je me souviens encore de la découverte de Stevie Wonder. Je ne comprenais pas pourquoi il sonnait mieux que tous les autres. Je suis tombé amoureux de ce son, de cette voix. J’ai commencé à chanter sur ses morceaux, m’efforçant de lui ressembler. A côté de ça, l’évolution de la musique électronique continuait de m’exciter. J’essayais de chanter dessus, également. Je chantais sur tout ce que j’aimais, en fait. Ces disques furent mes professeurs en musique. » Rétrospectivement, il est surprenant que votre voix soit en retrait dans vos premiers travaux, en particulier sur votre premier album solo, ‘Muddlin Gear’. Qu’est-ce qui a provoqué le basculement entre celui-ci et ‘Multiply’? Jamie Lidell : « Pour ‘Muddlin’ Gear’, c’est ‘Daddy’s Car’, sur lequel je chante, qui est la raison de l’intérêt de Warp pour ma musique. Il se sont dit qu’il y avait quelque chose derrière ce morceau qui fut, quelque part, la chanson-prototype de ce son que j’explore toujours. Aujourd’hui avec un peu plus de confiance en moi, ce qui m’a permis d’assumer pleinement cet héritage soul. Vivre à Berlin fut aussi le point de départ d’une volonté de carrière plus axée sur le chant, de même que bosser avec Mocky, qui m’a donné confiance en ma voix, m’a poussé à l’utiliser beaucoup plus. Je manquais clairement de confiance vis-à-vis de mes capacités vocales. » Quand on parcoure les critiques de vos anciens albums, un fait étrange saute aux yeux : les critiques musicaux semblent tous attendre quelque chose de très spécifique de votre part, mais jamais la même chose.

Ego Trip

Jamie Lidell : « C’est super ! (rires) Non sérieusement, je suis content que ce soit le cas. Pour garder ma passion envers la musique, je me dois de continuer à explorer. On a parlé de mon besoin fréquent de déménager. Tout comme mon rapport à la musique, c’est un reflet de mon agitation perpétuelle. Je suis habité d’une curiosité plutôt impatiente. Et je veux le rester toute ma vie. Je trouve donc encourageant que le public le soit aussi. Ca m’empêche de me reposer. » Allez vous craquer et lire la prochaine critique de Pitchfork? Celle de ‘Compass’ vous avait laissé amer. Voyez-vous un impact réel des sites de critiques sur le milieu musical ? Jamie Lidell : « Ouais... je craquerai. Il y a une partie de soi qui se soucie toujours des critiques, même si on souhaiterait ne pas être influencé. Mais oui, Pitchfork et d’autres ont un véritable impact sur le succès d’un album. C’est embarrassant pour un artiste de devoir l’admettre, mais c’est vrai. Quand une critique est bonne, tout devient plus simple : faire la promo, trouver des concerts, etc. Et comme aujourd’hui, j’ai certaines responsabilités familiales dans ma vie, j’y attache de l’importance. » L’album précédent était produit par Beck. Celui-ci s’appelle ‘Jamie Lidell’, vous l’avez auto-produit et le premier morceau s’intitule ‘I Am Selfish’. Que doit-on en déduire ? Jamie Lidell : « (rires) Donner ce titre à l’album, c’était l’occasion de poser un constat ambitieux: cet album, c’est moi, vraiment moi. Tout ce que j’aime s’y retrouve : mon goût de la soul, de l’électronique, des sonorités 80’s, du songwriting. J’étais parti avec pas mal d’ambitions et je suis satisfait du résultat. J’en suis d’autant plus heureux que c’est un travail très personnel, réalisé à 100% à domicile. Je me suis prouvé que je pouvais le faire. Cela m’a pris du temps, mais j’en suis très fier. C’est un constat un peu gonflé, j’en suis conscient, mais j’y voyais une façon de célébrer mon impression personnelle d’accomplissement. Genre « me voici, sur mon destrier, clairon à la main »! Quant à ‘I am Selfish’, hé bien, c’est un rappel au calme (sourire). L’ego, c’est une bataille constante. La confiance en soi, c’est essentiel. On ne doit pas passer son temps à s’excuser de ce qu’on est, surtout dans un milieu comme le nôtre. Mais bien sûr l’égocentrisme n’est jamais loin. C’est un équilibre délicat... » Un disque: ‘Jamie Lidell’ (Warp/V2) • Suivez le guide : www.jamielidell.com

on stage 17/03, Ancienne Belgique, Bruxelles


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Earteam

Poppy Ackroyd ‘Escapement’

Talvihorros

‘La Création Du Monde’

‘And It Was So’

Home Records

Denovali

Ces deux nouvelles livraisons de la maison Denovali témoignent du rythme soutenu avec lequel elle assure ses productions. Poppy Ackroyd est membre du Hidden Orchestra (auteur du récent très beau ‘Archipelago’ également édité par Denovali) et réalise ici son premier album solo. Après avoir reçu une éducation musicale classique au violon et au piano, elle s’est investie plus avant dans la connaissance de ces deux instruments. Elle passe de l’un à l’autre avec aisance, échafaudant un entrelacs de pistes qui leur donne une perspective et une densité riches. Subtilement, elle y ajoute quelques enregistrements de terrain. En une écoute à peine, sans qu’il soit besoin de les décortiquer, les morceaux se révèlent d’eux-mêmes, légers et souples. Des mélodies simples qui font parfois penser à Wim Mertens ou à Olafur Arnalds. Pour sa part, Ben Chatwin – aka Talvihorros – est un guitariste atmosphérique qui a partagé la scène avec des musiciens comme Tim Hecker, Rutger Zuydervelt ou encore Stephan Mathieu. Il privilégie des ambiances granuleuses et gazeuses, comme si les parcelles de sons étaient pour lui des atomes fondamentaux à remettre en place dans un tableau des éléments de Mendeleïev. Pas étonnant que les titres de ce nouvel album évoquent, de façon presque biblique, la lumière jaillissante, les profondeurs abyssales et le brouillard. (et)

N’en déplaise à Adam, l’Eve de cet Eden en musique possède une solide paire de cojones. De son vrai nom Aurélie Dorzée, Aurélia, violoniste de formation classique, arpente sans relâche les territoires musicaux, où se cache sans doute, insaisissable, la signification profonde de son rapport à l’instrument. De plus en plus dégagée des codes, du moins ceux des bancs du Conservatoire, Aurélie s’est décidée à pousser de la voix, cherchant toujours à percer le Secret Originel de la Musique, de sa musique. Ainsi devînt-elle Aurelia, alter-ego primal qui chante, susurre et zinzinule comme un oiseau sacré, moins pour la signification que pour le plaisir symbiotique du rapport au Monde. Aurelia s’accompagne de son Tom Theuns de mari, Adam pour l’occasion, et Serigne Gueye, percussionniste africain abolissant les frontières d’un projet libre et fou. ‘La Création Du Monde’ dessine sous nos yeux une Genèse païenne où chaque jour accouche du suivant, métis en cascades des ébats mélodieux entre harpes, violons, banjos et calebasses diverses. Ombres chinoises (le frappé et très drôle ‘Blues De La Création Du Monde’, qui accouple folk américain et reconstitution asiatique), incantations habitées (‘Ste Thérèse De Lisieux’), incartades néerlandaises et espagnoles, c’est tout un folklore réinventé, imaginaire pulsatoire et frémissant, qui défile dans les flammes du rassemblement, une reconstruction à zéro de l’univers musical où ne signifie plus rien la notion de genre. La chamane Aurelia, en maîtresse de cérémonie couverte de boue, captive l’attention de son auditoire par son mélange instinctif d’emphase tribale et d’humour pleinement assumé, sans lequel cette Création 2.0 n’aurait pas le même charme. Diamant brut. (ab)

feutre et le froid, Amatorski refuse de choisir dans quel part du paysage il taillera davantage, et nous d’accepter quelques séances à flanc de contraste. (alr)

Keny Arkana ‘Tout Tourne Autour du Soleil’

Amateur Best

Because/Warner

‘No Thrills’

Quand on a reçu le nouvel album de Keny Arkana, on a d’abord songé qu’elle s’était payée un gros trip maya, tendance fin du monde, où Tout Tourne Autour du Soleil . A l’écoute du disque, tout va bien : la Marseillaise ne s’est pas réfugiée à Bugarach pour échapper au tremblement de terre final. Reste qu’on n’est pas totalement rassuré sur l’avenir de la planète. Keny Arkana jette ici un regard plombé sur l’horizon et plante ses mots dans une calotte glaciaire qui se ratatine comme un glaçon dans une gamelle de chocolat chaud. L’engagement social de l’artiste s’allie désormais à une prise de conscience écologique. Sous le soleil, ni chouchou ni boisson fraîche, mais un réquisitoire enflammé à l’encontre de nos sociétés. La gorge serrée, on laisse tomber le couplet du Monde est notre reflet . Le poing levé d’un bout à l’autre du disque, la Française frappe à la porte d’un système gangréné par les affres du capitalisme. Et, quand elle ne passe pas en puissance, la rappeuse force le passage en douceur, offrant ici ( Le syndrome de l’exclu ) et là ( Entre les lignes ) un peu de répit à nos oreilles en souffrance. Essai engagé et varié, Tout Tourne Autour du Soleil se perd quand même dans la nuit des temps sur quelques morceaux avariés (l’affreux J’ai osé ou Esprits libres et son instru esquissée à l’aide des klaxons de la kermesse de Quaregnon). (na)

Double Denim Records

Amateur Best est le projet de Joe Flory, producteur anglais réputé pour sa pop synthétique de qualité. Entouré de différents invités, il propose des compositions finement construites et assez audacieuses au niveau des sonorités se mariant à merveille avec sa voix très soul. Il en résulte un ensemble voguant dans les eaux d’une pop électro relativement downtempo qui génère pas mal de classe. Si ‘No thrills’ affiche une belle cohérence et beaucoup de goût, il se révèle à la longue un peu répétitif, pas mal de titres étant bâtis sur une trame similaire. On notera toutefois quelques belles réussites comme l’atmosphérique et jazzy ‘Walk in three’ ou le très classe ‘The wave’ qui sonne un peu comme du Bowie dans ses meilleurs moments de crooner fin de siècle. (pf)

Amatorski ‘TBC’ + ‘Same Stars We Shared Ep’ Crammed Discs

Tâcher de doter d’une aura internationale le quatuor autoproduit Amatorski, au raffinement déjà chéri par la mère patrie, voilà l’entreprise menée par Crammed Discs avec cette sortie à grande échelle de l’album ‘TBC’ surgi uniquement en vinyl et digital en 2011, accouplé pour l’occasion aux quatre titres de leur émergence du cocon. côte à côte deux étapes de la vie d’une formation est souvent révélateur d’une envie grandissante du mieux produire, d’un désir d’amplitude. ‘Come Home’, berlingot nostalgique extirpé d’une trêve de 1943, ouvre le bal des jours d’antan. Si les quatre titres de ‘Same Stars We Shared’ frémissent en corolle folk sous les balais, le solennel des orgues et une coquetterie de comptine (‘The King’ juvénile en attitude) ‘TBC’ vise plutôt le cinémascope racé de Portishead, entre échos spectraux, séduction ankylosée et beats gelés (‘Soldier’ tente avec foi la fibrillation ventriculaire). Une fois tous ses jouets bien alignés sur les cordes engourdissantes, le groupe prend plaisir à parfois les fracasser, à leur laisser une vie propre : le haut de ‘8 november’ s’étale, languide, tandis que son milieu s’écharde en fragments bruitistes, pour mieux réadopter, en bas, la boucle berçante. Entre le

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Vous reprendrez bien un peu de soupe de langues ? (fd)

Aurelia

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Bad Brains ‘Into The Future’ Megaforce Records/Ber tus

Formé voici plus de trente ans, Bad Brains a littéralement révolutionné la musique en étant le premier groupe à associer influences punk, métal et reggae tout en développant un discours radical ultra tranchant. Affichant une maîtrise technique hors norme pour un groupe punk - ses membres sont issus de la scène rock-jazz, Bad Brains a influencé une multitude d’artistes et sorti quelques classiques avant de disparaître du devant de la scène dans les années 90. Cinq ans après la sortie d’un album décevant, ‘Into The Future’ voit les Bad Brains renouer avec la verve d’autrefois et séduit de bout en bout. Si les titres orientés reggae comme ‘Make a joyful noise’ ou ‘MCA dub’ sont très bons, c’est quand le groupe est énervé qu’il est au sommet. A ce titre, ‘Into the fu-

ture’, ‘Yes I’ ou ‘Earnest love’ sont épatants, tout comme l’étonnant ‘Youth of today’ qui démarre comme du Stooges pour ensuite virer dub. Et puis il y a le chant unique de H.R. pouvant adopter un flow suave, teigneux ou opératique, le tout parfois sur un même titre. Un retour gagnant! (pf)

Baby Guru ‘Pieces’ Inner Ear/V2

‘Necessary Voodoo’ conjugue le juste chatouillement sous le derme, le beat de clavier adroitement insistant, le décalage ad hoc dans le dandinement. C’est la porte ouverte à quelque hédonisme dionysiaque, à des bains de soleil sous flûtes de Pan et épinettes, à la béatitude pop déconnectée de toute contrainte unidirectionnelle, facétieusement expérimentale. Songerie contrariée à la croisée du chant tribal et du psyche, ‘Amaye’ le dispute question moment obsessionnel avec ‘Dolomite Jollity’, et l’on croit distinguer, en préambule, la silhouette de Damo Suzuki (Can), avant de se raviser, puis de la voir ressurgir sur ‘Children’. ‘For Trish’ emprunte des voies 60’s plus convenues mais enjouées, ‘Last Summer’ se place à la lisière de la cérémonie initiatique, là où ‘Cyclamen Persicum’ côtoie sans mesurer l’ignominie les champs new age de la perception avec en maître d’œuvre un Mike Oldfied en cire. Conscients du mélange composite de leur nouvel album, les Baby Guru, visionnaires, l’ont nommé ‘Pieces’ : il va falloir trier ! (alr)

Bauchklang ‘Akusmatik’ Bauchklang Records/Rough Trade

Généralement associé à la scène hip-hop, l’art du beatboxing se voit souvent cantonné à de courtes démonstrations de type « performance ». Sur leur cinquième album, les Autrichiens de Bauchklang réussissent la gageure de délivrer un album cohérent, stylé, où les mélodies sont bien présentes et qui se révèle régulièrement plus intéressant et inspiré que nombre de productions de techno minimale lambda. On est bien face à de vrais morceaux (‘Change’, ‘Warning Bells’) et la « vocal groove machine » de Bauchklang de transformer l’essai avec cette musique de club réalisée entièrement à la bouche. Point fort : les lyricsdu lead vocalAndi Fraenzi, très en place, contribuent grandement à exhorter l’efficacité des morceaux – on songe parfois à LCD Soundsystem (‘Berging’, ‘Enjoy The Risk’). Clairement, dans ce genre très particulier, c’est un album qu’on vous recommande. A découvrir sur scène à Den Atelier le 13 mars.

Belasco ‘Transmuting’ Maybe Records

Les voies pavées d’or de la musical success storysont impénétrables. Si l’on met de côté toute appréciation qualitative personnelle, on se doit d’avouer que toucher l’audience la plus large d’un doigt messianique relève rarement d’une formule identifiable, surtout en ce qui concerne le rock dit alternatif. Qui aurait pu prévoir le succès public monumental d’un ‘Parachutes’ somme toute assez sobre, dont les retombées dorées pour Chris Martin et sa troupe de geignards ne cessent de s’accumuler albums après albums, alors que sombre avec eux le peu d’intérêt musical qu’avaient suscité leurs débuts ? Dès lors, pourquoi cet anonymat trouble autour des albums non moins méritants et tout aussi grand-public de Belasco, rejeton ignoré du renouveau de la Brit Pop ? Tim Brownlow donne pourtant de sa personne depuis dix ans, s’époumone avec plus d’émotion que tous les minets de Keane et Snow Patrol réunis, accouche de riffs que n’auraient pas renié les Smashing Pumpkins (‘Everyone’), balance des mélodies héroïques et naïves façon Maroon 5 dont on imagine sans peines les notes survoler un public en larmes (‘Taken’, ‘Empire’), fait soudain preuve d’une retenue ébouriffante (‘Blankets’) et, merde, délivre au final un ‘Transmuting’ tout à fait recommandable où transpire la sincérité d’un musicien qui croit encore dans l’anthem rockcomme d’autres croient aux vertus du capitalisme. Si les références sus-citées ne vous ont pas précipité à travers la fenêtre pour vous écraser de dépit six étages plus bas, ce ‘Transmuting’ mériterait, dans le genre, d’être une révélation : de l’arenarock propre, efficace et incarné. (ab)

Birdy ‘s/t’ 14 th Floor/Warner

C’est à l’occasion hasardeuse de l’édition limitée de son premier album sorti il y a un an déjà qu’on penche pour la première fois minutieusement les écoutilles sur ce brin de femme-enfant, vénérée par toutes les cérémonies et autres bluettes pour adolescents, vampires et personnages animés. Pareils saltos vocaux de colibri, pareil épiphénomène de starisation auraient une fâcheuse tendance à nous maculer l’épiderme de dômes rougeâtres et c’est un peu médusé qu’on se sent trembloter sur l’intro de ‘People Help The People’. L’honneur est toutefois sauf : la reprise de ‘White Winter Hymnal’ verse rapidement dans la course caricaturale à l’éblouissement. ‘I’ll Never Forget You’ et ‘Without a Word’ finissent d’enfoncer le clou, multiples effets de luette lacrymale à l’appui : de vous à moi, les pleurnicheuses qui amalgament vibrato et émotion, on aurait aimé leur tirer les couettes à la récré. Le bénéfice du doute pour ce je-ne-saisquoi de différent dans ‘Fire And Rain’ lui sera accordé, mais c’est plutôt à Cold Specks qu’on confiera les clés de notre raison. (alr)

Blackie & The Oohoos ‘Song For Two Sisters’ Unday Records/N.E.W.S.

Réponse belge à Mazzy Star, Blackie & The Oohoos inscrit ses gènes dans la dream pop, genre très encombré depuis l’avènement au plus haut des cieux de Beach House. Loin, toutefois, d’être de simples suceuses de roue à l’inspiration provinciale, les deux frangines Loesje en Martha Maieu, joliment secondées par Pascal Deweze (Sukilove, Broken Glass Heroes), explorent les interstices entre ‘Twin Peaks’ et Portishead, tout en évitant la guimauve romantique neuneu. Du haut de leurs voix, angéliques et malicieuses, on les imagine échappées d’une photo de David Hamilton, qui aurait troqué pour l’occasion les bords embrumés d’un lac frisquet


The Blackout ‘Start the Party’ Cooking Vinyl

The Blackout propose un rock dur influencé par le hard, le métal et le hardcore aussi basique qu’efficace. Il est indéniable que l’ensemble est ultra énergique et accrocheur, franchement pop par moments, de sorte que pas mal de titres vous colleraient facilement à l’oreille comme un chewing-gum à la semelle de votre vieille paire de Converse. Malheureusement, l’album recycle jusqu’à plus soif la même formule tandis que les riffs s’avèrent quand même assez bourrins. En outre, on a le droit d’être un peu irrité par la présence de parties vocales screamo méchamment envahissantes. (pf)

Broadcast ‘Berberian Sound Studio Soundtrack’ Warp/V2

Le cinéaste anglais Peter Strickland est pour l’heure inconnu dans nos contrées. ‘Berberian Sound Studio’ n’est d’ailleurs que son second film, le premier étant passé inaperçu chez nous. Il met en scène un film dans le film, narrant la fin de vie d’un ingénieur du son travaillant dans un studio cinématographique italien sur un film d’horreur, en proie à une maladie mentale dégénérative. James Cargill et Trish Keenan en ont construit la bande sonore en totale adéquation et en grande complicité avec lui. La musique a pour l’essentiel été composée avant le décès de Trish en janvier 2011 tandis que, pour sa part, Cargill a travaillé étroitement avec Strickland afin d’y inclure tous les effets sonores. On retrouve d’ailleurs une grande partie de ceux-ci, ainsi que des extraits de dialogue et des cris sur la bande son même. Comme si le film s’imbriquait dans la texture de la musique, à moins que cela ne soit l’inverse. Par le passé, Broadcast a su se révéler adroit dans l’art de convoquer la dimension hantée de la musique, au point d’avoir été affublé de l’étiquette néologiste ‘hauntology’. Sur ce nouveau disque, Cargill donne la pleine mesure de ce que cela signifie concrètement en sens et en sons. (et)

The Bronx ‘IV’ ATO Records/Pias

Pour un souvenir, une image, on reste en admiration devant The Bronx. On revoit le chanteur hurler, tourbillonner sur scène comme un saumon en reproduction avant d’anéantir la batterie en s’écrasant de tout son long sur les cymbales. Pour retrouver les traces de cet épisode, il faut remonter aux premières déflagrations du groupe californien, à une époque – pas si lointaine – où ça bastonnait encore sévère sous le soleil de Los Angeles : un single (‘Heart Attack American’), un cri sauvage et une détonation punk à vous décaper les boyaux. Ce truc était tellement violent, tellement jouissif, qu’on a oublié tout le reste (escapades foireuses sur multinationales, délires mariachis et excursions heavy au pays de Pee-Wee). Dès son titre (‘IV’), le quatrième effort de la formation américaine laisse pressentir une sérieuse panne d’inspiration. A bord de l’engin, on ne peut que constater les dégâts : certes, ça chante encore à tue-tête, mais sans explorer les explosions gutturales sur lesquelles The Bronx s’est construit une réputation béton. Les gars tentent ici d’amadouer la mélodie avec la force d’une mauvaise poussée d’acné. Un peu emo, vraiment pas beau, ce disque ne rend jamais hommage à la puissance scénique du groupe. Dommage. (na)

Buffalo Killers ‘Dig. Sow. Love. Grow’ Alive Naturalsound

Waves of Fury

MUSIC

au backstage intimiste du Vooruit. Pour grincher un peu, on ajoutera que mélodiquement, le travail n’est pas toujours forcément accompli, mais dans la petite trentaine de disques que votre serviteur a ingurgités en ce mois, l’objet lorgne sans fausse modestie une place dans le premier tiers. (fv)

‘Thirst’ Alive Naturalsound

Rayon rock’n’roll qui tache et amplis qui crachent, on est d’abord tombé sur une étrange curiosité, les Buffalo Killers : des Rednecks d’une rare espèce. Amateurs de hard-rock, d’effluves psychédéliques et de boogie-woogie flambé, les trois chevelus de Cincinnati projettent l’hologramme d’Ozzy Osbourne en pleine décapitation de chauvesouris chez les Allman Brothers. Ça fait (un peu) peur. En fait, le problème des Buffalo Killers transparaît dès la prise en main de leur album. Sur la pochette du récent ‘Dig. Sow. Love. Grow’, les mecs affichent des gueules de bucherons chasseurs de zombies. Le stress, c’est qu’ils posent comme des lopettes sur un lit de pâquerettes et de roses multicolores qui fleurent bon le trip bio. Autrement dit, avec eux, c’est de la saine schizophrénie. On ne parvient jamais à savoir si ce sont de faux méchants ou de vrais hippies. Pour éviter de se prendre la tête, on se tourne vers l’Angleterre où les Waves of Fury, cinq lads assoiffés de rock’n’roll, imaginent un rock garage noyé de soul noisy. Ici, les cuivres surnagent dans une tempête de distorsion orchestrée par deux guitares en chaleur et un piano en rut. C’est sale et sexy. Ça ressemble à une virée des Animals dans les couloirs du label Motown. Refonte crasseuse et excitante du rhythm & blues originel, ‘Thirst’ est un petit ovni en perdition sur la planète indie. Un truc à observer la nuit, sous la pluie. Avec une bouteille de Jack Daniel’s pour étancher sa soif. (na) 

The Casket Lottery ‘Real Fear’ No Sleep Records

Au fil des albums qu’il a sortis, The Casket Lottery a démontré de multiples talents dont la somme se révèle particulièrement impressionnante sur ce nouvel opus, selon moi le meilleur du groupe. Issu de la scène hardcore, le groupe pourrait être comparé aux Deftones dans la façon qu’il a de mêler passages lourds et moments empreints d’émotion sans que cela ne semble forcé. Il y a aussi la voix sublime de Nathan Ellis qui passe sans transition de la virulence hardcore à une caresse pour l’oreille. Au niveau des compositions, ‘Real fear’ affiche un taux de réussite plus que remarquable, comportant une foule de morceaux mémorables. Le concis et ultra direct ‘Blood on the handle’, le déchirant ‘In the branches’ ou encore le très post punk ‘Ghost whiskey’ témoignent de l’intensité qui a toujours caractérisé le groupe, alors que ‘The moon and the tide’ et ‘Baptistina’ révèlent des inflexions pop évidentes et que ‘Pamina’ dégage un côté menaçant et hypnotique. Un excellent album! (pf)

Complicated Universal Cum ‘Hello Exit Harmony’ ‘Before F After C’ Questions & Answers

Depuis 2010, dix millions de personnes ont visionné le clip de ‘I Can Hardly Wait’. Deux filles qui s’embrassent avec la langue pendant 4 minutes. Torride. Aujourd’hui, Frederik Valentin (le cerveau troublé des Danois Complicated Universal Cum) revient avec un double album complètement allumé, drogué, dingue. Siphonnés à tous les étages, sous-titrés

ADVENTURES IN ART, MEDIA AND MUSIC 13 februari 2013

ACTRESS live + SUPPORT [ STUK ]

............................................................................ 15 februari 2013

FOREST SWORDS + KISS THE ANUS OF A BLACK CAT [ STUK ] ............................................................................ 16 februari 2013

THE IRREPRESSIBLES [ HET DEPOT ]

............................................................................ 17 februari 2013

WE FLOAT PLACES [ HET DEPOT ]

............................................................................ 18 februari 2013

RED SNAPPER [ HET DEPOT ]

............................................................................ 20 februari 2013

ONEMAN [ HET DEPOT ]

............................................................................ 21 februari 2013

ANDY STOTT + VLADISLAV DELAY [ STUK ]

............................................................................ 21 februari 2013

SX + SUPPORT [ HET DEPOT ]

............................................................................ 22 februari 2013

TRI ANGLE LABELNIGHT: VESSEL + THE HAXAN CLOAK + EVIAN CHRIST [ STUK ] ............................................................................ 22 februari 2013

DADDY G (MASSIVE ATTACK) + SUBMOTION ORCHESTRA + POLDOORE [ HET DEPOT ] ............................................................................ 23 februari 2013

ITAL TEK live + LONE live + MOODPRINT dj [ STUK ] ............................................................................ 23 februari 2013

VALGEIR SIGURÐSSON [ STUK ] „ TICKETS & INFO ƒ WWW.ARTEFACT–FESTIVAL.BE


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Earteam

respectivement ‘Level Body Revelation Pt One & Two’ et donc clairement distincts, les deux disques tendent effectivement à ouvrir les portes de la perception. ‘Hello Exit Harmony’ d’abord, pour le versant pop lysergique, navigue dans un triangle dont les sommets seraient Spiritualized, Spacemen 3 et Love (voir les trompettes de ‘Home Is The Way That I Go To’). Si cet album ne révolutionne rien, il est l’entrée en matière idéale au monstrueux et beaucoup plus abrupt ‘Before F After C’. Le corps et l’esprit, désinhibés, s’abandonnent alors entièrement aux quatre longs morceaux instrumentaux (l’immense ‘Ketamine’, 14 minutes complètement insensées). A ce niveau, la comparaison la plus juste semble renvoyer au dernier album de Death In Vegas, ce trip toxique. Rythmiques krautrock, électronique maladive, beats vénéneux, répétitions spatiales, effets à gogo, riffs abrasifs, distorsions concourent à faire de ce disque une des dernières tueries de 2012. (lg)

Cruise Ctrl

Troy Von Balthazar ‘…Is With The Demon’ Vicious Circle

Lorsqu’on demande à Troy Von Balthazar ce qu’il a sacrifié pour son art, le bonhomme répond sobrement: « Toutes mes relations, la sécurité, un chez-soi, le bien-être, l’argent, l’espoir…Ce qu’il reste, c’est la liberté, la possibilité d’avoir de la chance, tenter d’effleurer un jour la beauté par l’écriture.». ‘How To Live On Nothing’. A mille lieues de la posture de l’artiste maudit ou du perdant magnifique, l’hawaïen a toujours érigé le « less is more » en philosophie de vie. Il est le genre de type qui rentre toujours par la porte de la cuisine. Ses mélodies folk minimalistes ressemblent d’ailleurs un peu à des armoires IKEA. Elles se font toutes petites recroquevillées dans leur emballage mais une fois montées, elles investissent avec légèreté toute votre intimité. Et vous ne savez plus vous en passer. Sur ce troisième album solo, Troy évolue comme un funambule sur le fil du rasoir. Et ses compositions agissent comme un baume avec lequel il apaiserait ses écorchures et ses coupures. Les nôtres aussi. ‘About Being Hurt’. En taillant le bout de gras avec ses démons, tantôt clown triste, tantôt poète, il revisite ses angoisses, nos obsessions. ‘Applause’. Jeu de guitare boisé, atmosphère chaude, voix suave, l’ambiance n’a pourtant rien de ‘Tropical’. Mais on aime se faire voler dans les plumes par des types comme lui. ‘Tiger Vs Pigeon’. Ses démons ont trouvé asile et nous enjoignent à les rejoindre. ‘Is With The Demon’ est un aveu de possession. Et la vie va. ‘Viva’. (gle)

‘… Are Not What They seem’ Signifier

Voici quelques années, je vous avais dit tout le bien que je pensais de ce duo belge excellant dans le domaine d’une électro indus EBM ultra dansante. Depuis lors, Cruise Ctrl a sorti ‘How’s Annie’ qui marquait une réelle évolution dans son style, démarche encore plus apparente sur ce nouvel opus. S’étant éloigné des sonorités techno/ EBM d’autrefois, le groupe explore désormais des contrées inspirées par l’univers déployé par David Lynch dans la mythique série ‘Twin peaks’. Concrètement, ‘… Are Not What They seem’ prend des allures de bad trip halluciné et hallucinant plongeant dans l’électronica ambient indus et dark. Ayant élargi sa palette sonore, Cruise Ctrl intègre des technologies nouvelles dans sa musique qui génère une ambiance hypnotique, inquiétante et obsédante. Les six premières plages de l’album sont des instrumentaux qui forment un ensemble ultra cohérent à écouter d’une traite pour en savourer toute la richesse. Sur les deux derniers titres, Cruise Ctrl est rejoint par des guests au chant. Sigma (Komplex) pose sa voix hypnotique sur le minimaliste et entêtant ‘Billy’s problem’, tandis que sur le granuleux et indus ‘In hell (everything is fine)’, on a la bonne surprise de retrouver Dirk Evens, légende vivante de la scène cold wave belge. Très bon! (pf)

ALtERNaTIVE ONLiNE-RECORDStORE

Cruz Control ‘Le Comment Du POurqÙoi’ Mogno Music

Il y a le jazz qu’on écoute seul et le jazz qu’on peut partager. Cruz Control, quatuor belge qui n’est pas sans évoquer leurs aînés d’Aka Moon, relève de la seconde catégorie. ‘Le Comment Du POurqÙoi’, second album à tiroirs, véritable matrioshka musicale, nous emmène par la main et en toute fluidité là où on ne l’attends pas, quels que soient ses détours. Sur ‘Tsar Moktary’, tout commence par des percussions nerveuses et l’entrée d’un Fender Rhodes qui se la jouerait ‘Break on through (to the other side)’, avant qu’entre en jeu un saxo post-bop hérité de

Steve Coleman, pour ensuite laisser place à une splendide basse funkoïde qui explosera dans un final que ne renierait pas Les Claypool, période post-Primus. Sept minutes de pur bonheur, toujours sur le rasoir, jamais rebutantes. Les compositions de Cruz Control, rigoureuses, cheminent toutes sur ces sentiers sinueux, prennent l’un ou l’autre raccourci via le rock progressif ou la musique contemporaine, font rimer groove et free avec une folle énergie pour, au final, accoucher d’un jazz étonnement accessible et grand public. Cela pourrait sonner rédhibitoire, mais c’est pourtant un équilibre complexe et, en l’état, une vraie réussite. (ab)

contours finalement très pop, allant jusqu’à reprendre des titres de Depeche Mode, Sade ou... Duran Duran! ‘Koi No Yokan’ voit le groupe assumer cette synthèse, affichant toujours beaucoup de puissance (le rugueux ‘Leathers’, sorti en single avant-coureur), mais exprimant ses sentiments avec plus d’intensité que jamais. Cela nous vaut certains des meilleurs morceaux que les Deftones aient jamais composés, que ce soit l’épique ‘Romantic dreams’, le superbement touchant ‘Tempest’, ‘Swerve city’ ou encore le génial ‘Entombed’ parcouru de claviers hypnotiques. Deftones, ou la preuve que l’on peut faire du rock lourd aérien et ayant une âme. (pf)

Chris Darrow

Delphic

‘Artist Proof’

‘Collections’

Drag Cit y/V2

Chileric/Coop

Drag City enrichit régulièrement son catalogue en ressortant des disques tombés dans des failles spatio-temporelles de l’histoire de la musique. Loin d’être de simples objets de collection musicalement anecdotiques, le dénominateur commun à tous ces albums est qu’ils constituent de réels points de repère dans l’évolution d’un courant musical. Sorti en 1972 sur le même label que le Creedence Clearwater Revival, ‘Artist Proof’du musicien californien Chris Darrow en est une nouvelle illustration. Plus connu pour ses collaborations avec des pointures comme Linda Ronstadt, Leonard Cohen ou James Taylor, Chris Darrow n’avait pas conscience qu’il venait de mettre au point une cellule souche de la country-rock dont l’ADN ne manquerait pas de se disperser au gré des saillies des générations qui lui ont succédé. De sa voix frêle, le californien repeint les idées reçues et trace la route à une forme de country-rock où même les cow-boys pourront être psychédéliques. ‘Move On Down The Line ’ou ‘Keep On Trying’ illustrent parfaitement le propos, entre classicisme (pedal steel, mandoline et violons compris) et volonté d’éviter les clichés de l’americana. Un disque qui avait tout pour devenir un classique mais qui est passé complètement entre les mailles du filet. Probablement à cause du manque de charisme de son auteur. Belle rehabilitation. (gle)

Choisi pour figurer sur la bande son des JO 2012 pour le morceau ‘Good Life’, ce n’est pas leur compte en banque qui doit le regretter, Delphic bat le fer tant qu’il est chaud et nous propose dans la foulée un second effort, quatre ans il est vrai après le précédent ‘Acolyte’. Produit par Ben Allen, déjà aperçu aux manettes d’Animal Collective, et Tim Goldsworthy (Massive Attack, LCD Soundsystem), ‘Collections’ sonne typiquement comme le disque surproduit qui essaierait de faire passer de la musique de boys band pour de l’électro pop branchouille. On a beau multiplier les effets de manche déjà entendus, en nettement mieux évidemment, du côté de Panda Bear & co, rien ne vient sauver du naufrage des harmonies vocales dignes de tous les infâmes successeurs de Take That. A un moment, on se demande même si ce n’est pas une vilaine blague, genre André Lamy qui s’essaierait à Grizzly Bear. Et bien, même pas. (fv)

Deftones ‘Koi No Yokan’ Reprise

Les Deftones ont toujours occupé une place à part au sein de la confrérie du rock lourd. Il y a une dizaine d’années, quand le groupe était associé de près ou de loin à des gens comme Rage Against the Machine ou Korn, il se distinguait par la place importance qu’il accordait à une sensibilité inhabituelle, teintée de mélancolie et de romantisme, tout en dévoilant des

Dropkick Murphys ‘Signed And Sealed And Delivered’ Born & Bred Record/Coop

Le gros avantage avec les Dropkick Murphys, c’est qu’on sait toujours à quoi s’attendre. Le combo bostonien a beau avoir changé de label, il reste viscéralement attaché à un punk celtique dans lequel il excelle. L’essence même de ce nouveau disque est parfaitement résumée par le chanteur Ken Casey lorsqu’il le décrit en ces termes : « it’s catchy, fun, and it’s gonna damage a lot of speakers ». Tout est dit. ‘Signed And Sealed And Delivered’ est en effet une merveille de refrains accrocheurs, de riffs festifs et d’arrangements irlandais traditionnels qui fleurent bon les Guinness éclusées massivement dans quelque pub où l’on pogote joyeusement. Une fois encore, le groupe se surpasse au niveau de l’énergie et de la fraîcheur déployées, ce qui nous vaut plusieurs kicks comme les nerveux ‘My hero’, ‘The boys are back’ et ‘The battle rages

on’ ou encore les plus laidback ‘Rose tattoo’ et ‘Jimmy Collins’ wake’. Vivement le concert! (pf)

Dutch Uncles ‘Out Of Touch In The Wild’ Memphis Industries

‘Out Of Touch In The Wild’ est un disque à priori comme beaucoup d’autres, promis aux plus beaux oublis, aux meilleures solderies : d’entrée on y décèle rien de bien bouleversant, ni de franchement nouveau, juste une indie pop bien torchée, du genre qui recycle cinquante années de musique du diable (enfin, surtout à partir des eighties). A la troisième écoute, entre les tubes taillés pour lupanars chill-out (‘Bellio’, ‘Brio’), on (re) découvre, assez surpris, quelques machins qui nous ramènent dans ‘Heartland’ (2010), l’immense disque déjà passé à l’as d’Owen « Final Fantasy » Pallett, le violoniste, entre autres, d’Arcade Fire et Beirut (‘Godboy’, ‘Flexxin’). Mais bon, ça n’est quand même pas avec ce troisième album des Dutch Uncles d’Angleterre qu’on va se mettre à chialer. (lg)

Einstürzende Neubauten ‘Live At Rockpalast 1990’ MiG-Music/WDR/Suburban

Ne le répétez à personne, le Père Noël a été très généreux avec moi cette année et a déposé dans ma cheminée un album live de mes totalement vénérés Einstürzende Neubauten. Enregistré à Düsseldorf en 1990 pour la chaîne WDR, qui nous le propose dans le même boîtier en CD et en DVD (d’ailleurs très bien filmé), le disque comporte son lit de titres devenus classiques, qu’on songe à ‘Prolog’, ‘Feurio’, ‘Der Tod ist ein Dandy’ou ‘Haus der Lüge’ – en fait, on pourrait citer l’intégrale des seize morceaux. Témoignage supplémentaire, mais était-ce encore nécessaire de le préciser, de l’importance unique occupée par la bande à Blixa Bargeld, FM Einheit & co, le concert démontre à foison que le quintet berlinois savait reproduire avec un brio inouï les atmosphères inquiétantes de ses enregistrements de studio. Tout en demeurant fidèles à une ligne de conduite entre dandysme noise et colère rock, que Blixa Bargeld a par ailleurs poursuivie par ailleurs aux côtés d’Alva Noto, les nouvelles constructions écroulées demeurent, plus de vingt ans après les faits, d’une formidable actualité moderne. (fv)

Electric Electric ‘Discipline’ African Tape !/Ky thibong/Mandaï

La pochette de ‘Discipline’ est à l’envers. Le ciel vers le bas. Ou le sol vers le haut. C’est comme on veut. C’est, surtout, une manière de bien faire comprendre le trompe-l’œil, l’ironie du mot discipline. Jamais, ici, il n’est question de se soumettre aux diktats rigoureux d’un style en particulier mais au contraire de faire voler en éclats les œillères des intégristes du genre untel. Entre influences post-rock et post-punk, boucles de guitares, chipotages électroniques, martèlement krautrock et flirts noisy avec la dance, le trio français mène son deuxième album, presque exclusivement instrumental, vers des altitudes stratosphériques, quelque part entre celles fréquentées par Battles et Health. Immense écouté au casque, terrifiant sur autoroute, la nuit, ‘Discipline’ n’en impose finalement qu’une : celle d’y revenir souvent. (lg)

Errors ‘New Relics’ Rock Action Records

Groupe en constante évolution, Errors a tour à tour sonné comme une version dance de Radiohead, développé un côté afrobeat avant de plonger dans les eaux vaporeuses d’une élec-


FEBRUARI 04 | DARKSTAR + TRUST 05 | BLAUDZUN + MISTER & MISSISSIPPI 06 | COCA-COLA SESSIONS: SIR YES SIR + STADT 07+08+09 | GOOSE + GO CHIC 10 | THE COMPUTERS 11 | ANGUS STONE + TOM FREUND 12 | DOG IS DEAD 13 | THE BONY KING OF NOWHERE + DOUGLAS FIRS 14 | FEAR NOT: DANSDANS + MAURO & WIM VANDEKEYBUS + SPOOKHUISJE 16 | GARY CLARK JR 17 | BIFFY CLYRO 18 | THE BUDOS BAND Z 20 | UZ a.k.a. + ILLUNATIC 28 | SARAH FERRI 28 | THE RHYTHM JUNKS MAART 02 | WALK THE MOON 04 | DELPHIC 05 | MEURIS 07 | DE FANFAAR + LAPAZ 07 | BRAD MEHLDAU / MARK GUILIANA DUO 08 | CLUB SMITH 09 | TRIXIE WHITLEY + IAN CLEMENT 10 | ALLEN STONE 11 | METZ 12 | NAS 12 | MAKE DO AND MEND + APOLOGIES, I HAVE NONE + DAYLIGHT 13 | WALRUS 15 | EGYPTIAN HIP HOP 16 | YO LA TENGO 17 | JAMIE LIDELL 18 | THE INTERNET + KILO KISH 19 | POLIÇA 20 | ROLAND & MAURO + GANASHAKE 21 | YOUP VAN ‘T HEK 25 | MIRRORRING: LIZ HARRIS (GROUPER) + JESY FORTINO (TINY VIPERS) + JE SUIS LE PETIT CHEVALIER

27 | DISCLOSURE LIVE 28 | COCA-COLA SESSIONS: COMPACT DISK DUMMIES 29 | SKIP THE USE + VETO 30 | JESSIE WARE

01.02 THE JOY FORMIDABLE Gb SESSIONS URBAINES #5 : NEMIR, MATADOR, 02.02 LOMEPAL & CABALLERO, MASTA PI, SIKU SIKU, BLAPS MUZIK, LABELGE • coprod. Lezarts Urbains 03.02 MAXIMILIAN HECKER De 04.02 PASSENGER Gb + STU LARSEN Au • SOLD OUT 05.02 FOXYGEN Us PROPULSE : TWIN, VEGAS, LI-LO*, THE WAOW, 06.02 CARL ET LES HOMMES BOÎTES Be coprod. Féd. Wallonie-Bruxelles • Botanique • Court-Circuit

PROPULSE : SCARLETT O’HANNA, YEW, THE 07.02 ANNARBOR, LE BATH CLUB, LEAF HOUSE Be

coprod. Féd. Wallonie-Bruxelles • Botanique • Court-Circuit

PROPULSE : DEEPSHOW, MADÉ J., CASTLES, 08.02 VITAS GUERULAITIS, THE FOUCK BROTHERS Be

coprod. Féd. Wallonie-Bruxelles • Botanique • Court-Circuit

10.02 AMPARO SÁNCHEZ Sp 12.02 REA GARVEY Ie + RYAN SHERIDAN Ie 15.02 ESBEN AND THE WITCH Gb 16.02 LUCY ROSE Gb 16.02 SONS OF NOEL AND ADRIAN Gb + EYES & NO EYES Gb 16.02 DUCKTAILS Us 21.02 VEENCE HANAO Be 22.02 AN PIERLÉ Be • SOLD OUT 28.02 STEREO GRAND Be • coprod. Progress Booking 01.03 KAIZERS ORCHESTRA No 01.03 RON SEXSMITH Ca ABBOTA 2013 @ AB : ROSCOE, MONTEVIDEO, 01.03 LEAF HOUSE, THE PEAS PROJECT, JOY WELLBOY Be• coprod. Botanique + AB ABBOTA 2013 @ BOTA : COELY, TOMMIGUN, 02.03 PAON, STEAK NUMBER 8, GEPPETTO & THE WHALES Be• coprod. Botanique + AB 03.03 JAKE BUGG Gb • SOLD OUT

05.03 VILLAGERS Ie 05.03 THE SEA AND CAKE Us 06.03 LILLY WOOD AND THE PRICK Fr 06.03 CHRISTOPHER OWENS Us 09.03 EVERYTHING EVERYTHING Gb

01.03 AT AB MONTEVIDEO / ROSCOE / THE PEAS PROJECT LEAF HOUSE / JOY WELLBOY 02.03 AT BOTA GEPPETTO AND THE WHALES STEAK NUMBER EIGHT / PAON / TOMMIGUN / COELY

VR. 22.03

{S}TAALKAART FESTIVAL

HET EERS TE NEDERL ANDS TALIGE MUZIEK FES TIVAL IN AB

GUIDO BELCANTO, SPINVIS, ’T HOF VAN COMMERCE, JAN DE WILDE, e.v.a.

10.03 THE LUMINEERS Us + LANGHORNE SLIM Us • SOLD OUT CARHARTT WIP PRÉSENTE BRANDT BRAUER FRICK De 16.03 feat. OM’MAS KEITH Us 19.03 JILL IS LUCKY Fr + JULIEN PRAS Fr 21.03 JONATHAN JEREMIAH Gb

LES NUITS 03–12.05.13

PREMIERS NOMS CHILLY GONZALES & MONS ORCHESTRA GIRLS AGAINST BOYS • LOU DOILLON • LOW CONNAN MOCKASIN • LESCOP • BB BRUNES JEAN-LOUIS MURAT • BERTRAND BELIN • JUNIP… …ET TOUTE LA SUITE DE L’AGENDA 02.218.37.32 – WWW.BOTANIQUE.BE


18

Earteam

tro avant-gardiste / rétro-cosmique sur son dernier album en date. ‘New relics’ s’inscrit dans la lignée de son prédécesseur : foncièrement instrumental - mêmes les rares passages chantés sont utilisés comme des instruments, il intègre des sonorités 80s assez marquées. Le problème, c’est qu’on ne voit pas vraiment là où le groupe veut en venir, l’ensemble manquant quelque peu de cohérence et proposant trop de titres dispensables sonnant comme des vignettes d’inspiration new wave peu abouties. Si le quatuor écossais ne convainc pas sur la longueur, il a ceci dit suffisamment de savoir-faire et de talent pour faire mouche à 3 ou 4 reprises. Le titre éponyme est une superbe plage éthérée un peu dark rappelant le meilleur de Cocteau Twins, ’Engine homes’ déploie un charme planant irrésistible, tandis que ‘White infinity’ prend des allures de post punk en apesanteur. (pf)

Etten ‘Lappuggla’ Inner Ear/V2

Une fois n’est pas coutume, la Grèce fusionne avec l’Arctique, la Méditerranée avec la Mer de Barents, des créatures translucides aux orbites lunaires se mettent à deviser en signes cunéiformes, et l’électronique s’acoquine d’instruments hybrides, sortes de dulcimers lo-fi que ne dédaignerait pas la nouvelle Polly Jean Harvey, celle qui se pare de noirs plumages. On entre en territoire-sorcière, dans la masure menaçante d’une Faun Fables irrémédiablement tombée sous la coupe martiale du Grand Programmateur et délaissant ses grelots folk, plus repoussante qu’amène, d’une Björk ayant troqué la poésie païenne contre un costume cousu d’effroi et des beats de petite teigne. Il faudrait souvent faire dégorger toute cette acidité, ce falsetto à l’artificialité latente, ces scories affectées, pour retrouver le poumon-même des histoires transmises, le noyau des peurs ancestrales. On nous a appris à ne pas croire aux promesses germées dans les pommes frigorifiées: « Show them your teeth / They won’t get you this time ». (alr)

Blur ‘Parklive’ Parlophone/EMI

Fin de l’été et des J.O. 2012. Londres fête sa réussite aux quatre coins de la ville. C’est la folie un peu partout : le dernier jour du célèbre raout sportif est télédiffusé dans le monde entier. Pour cultiver la bonne humeur de la planète, Madness chante ‘Our House’ au milieu du stade olympique. C’est n’importe quoi. Dans la foulée, Brian May, guitariste de Queen, se touche le manche devant des milliers de téléspectateurs. Du pain et des jeux. Grandeur et décadence. A quelques kilomètres de là, du côté d’Hyde Park, le public se presse entre les arbres pour assister à une autre soirée de clôture. Au programme : New Order, The Specials et Blur. Un podium de rêve, une triple affiche de fou. On est là, dans la foule. Petit Belge, tout heureux d’avoir chopé une médaille au tir à la carabine et comblé de retrouver Damon Albarn et sa bande dans l’enceinte de ‘Parklife’, trois ans après une reformation mise en scène sur la même pelouse. Capté dans l’urgence de l’instant, ce concert sort aujourd’hui sous l’étiquette du double ‘Parklive’. Dire que cet événement était énorme, c’est assez facile à écrire. A la description par contre, c’est beaucoup plus complexe. Dès le premier tour de piste, Blur évacue ‘Girls & Boys’. Le public fait corps et rebondit dans un même mouvement, totalement inconscient. Le reste du show est à l’avenant : un déferlement de tubes digne d’un tsunami asiatique. ‘Tracy Jacks’ , ‘Beetlebum’, ‘Coffee & TV’, ‘Sunday Sunday’, ‘Country House’, ‘Parklife’, ‘Song 2’, ‘Tender’, ‘For Tomorrow’, ‘The Universal’, tout y passe. Le concert est transporté par la ferveur populaire. Sur les planches, Alex James dessine des lignes de basse tendres comme du fromage de chèvre, la guitare électrique de Graham Coxon écorche les mélodies par à-coups de distorsion, Dave Rowntree a pris du poids, mais derrière sa batterie, le gaillard demeure un bel athlète. Au micro, Damon Albarn fait hurler les filles avec sa dent qui brille. Surtout, Blur évite l’écueil des clichés, greffant quelques nouveautés ( Under The Westway/Intermission ) et autres curiosités ( ‘Colin Zeal’, ‘Caramel’ ) au programme de la soirée. Le versant vidéo du DVD permet de mesurer l’ampleur de l’événement. L’onde de choc est énorme. Et, fort logiquement, on devrait encore en ressentir les effets en 2013. Aux premières lueurs de l’été, il y a fort à parier qu on oubliera les buzz et la hype de l’année pour retrouver Blur au faîte de sa gloire. Déjà annoncé en Espagne (Primavera Sound) et en Belgique (Rock Werchter), le groupe londonien est peut-être le plus grand phénomène pop en activité. (na)

trois, sont terriblement immédiats et finalement enjoués, bien que tendus et énervés. On pourrait regretter le côté répétitif et interchangeable de l’ensemble, mais comme l’album ne dépasse pas la demi-heure, on n’a pas vraiment le temps de se lasser. (pf)

Going

Fear

‘Going I’

‘The Fear Record’

Mulabanda

The End Records/Ber tus

Groupe culte fortement impliqué dans les premiers développements de la scène punk de la côte ouest, Fear affiche mine de rien 35 ans au compteur, sans avoir rien perdu de son côté viscéral. Cette sortie n’est pas un nouvel album mais voit le groupe revisiter son classique de 1982, ‘The record’, dont il fournit ici la version telle qu’il aurait voulu qu’elle sonne à l’époque. Ceci dit, Fear n’a pas viré sa cuti et reste fidèle à sa marque de fabrique, nous balançant un chef-d’œuvre de brutalité rageuse, de riffs limite hardcore et de textes délibérément offensants, le tout avec une réelle veine mélodique. En outre, à la différence de bon nombre de ses confrères punk, Fear est composé de très bons musiciens, si bien qu’à côté des attendus brûlots punk ravageurs, on retrouve des compos plus expérimentales intégrant des éléments jazz/ trash ou blues apocalyptiques, un peu comme si Captain Beefheart avait voulu se lancer dans le punk blues avant-gardiste en 78. Unique en son genre. (pf)

Funeral For A Friend ‘Conduit’ Distiller Records/N.E.W.S.

Quand on s’appelle Funeral For A Friend, on doit logiquement s’attendre à ne pas avoir la réputation d’être des joyeux drilles, surtout quand le single choisi pour annoncer l’album parle d’amitié et de mort. On pourrait dès lors s’imaginer que ce groupe se complaît dans un rock de crypte morbide. Il n’est est rien puisque ‘Conduit’est un album de rock dur aux accents volontiers métal, étonnamment direct et accrocheur. Des titres comme ‘Spine’,‘Nails’et ‘Best friends and hospital beds’,pour n’en citer que

Silent Water

‘Lift Your Toes’ Silent Water/Quinto Quar to

Going. Comme Boeing. Comme Mulabanda. Tout là-bas, vers le trou noir. Opacité immédiate, décollage latent, il faut du temps et/ou un certain dégoût de la pop conventionnelle et/ou une propension à la transe pour rentrer dans ces deux pièces maîtresses. Ou bien l’envie d’en découdre avec autre chose, la volonté de creuser dans la niche, de connaître par les gouffres. Il convient donc d’abord de saluer Silent Water, nouveau label bruxellois qui sort ces deux références en vinyle numéroté (500 pour le premier / 444 pour le second), des disques qui impressionnent par leurs capacités à dégager une puissance inouïe sans jamais tomber dans la violence, la fureur ou l’explosion. Bidouillages électroniques, claviers triturés, malmenés, poussés à leurs limites, boucles opiacées saturent l’espace et convergent vers le même but : le grand trip urbain qui s’écoute à l’horizontal, dans les vapes. Une chevauchée sonique très noire, très ralentie, dronesque dans l’esprit qui pourrait autant séduire les amateurs des Liars que ceux de Mountains (le groupe de l’excellente écurie Thrill Jockey). Près de chez nous, on pense tout simplement aux inclassables South Of No North. Deux hommes-machines officient dans les deux groupes : Giovanni Di Domenico et Joao Lobo, respectivement aux claviers et à la batterie. Issus du même ADN, Going et Mulabanda n’en ont pas moins leurs propres singularités. Le premier avec ses deux claviéristes et ses deux batteurs crée un groove désarticulé, saturé, répétitif. Le deuxième avec

l’ajout d’un saxophone constamment distordu frôle par moment le bruitisme pur (face B). Ecouté au bon moment, avec les expédients idoines, ça peut être une belle claque. (lg)

Nalyssa Green ‘The Seed’

seizième titre, ça commence à torréfier sensiblement le tympan. Mais, un peu fou, on a tout écouté jusqu’au bout. Allez, ‘¡Dos!’, ‘¡Tré!’, on continue ! Sans rénover les codes de sa pop gratinée de punk, le groupe américain s’est autorisé quelques détours amusants sur le second volet : un hommage acoustique à Amy Winehouse (le bien nommé ‘Amy’), une embardée garage rock pompée dans le répertoire du projet parallèle Foxboro Hot Tubs (‘Fuck Time’) ou une sorte de hip-hop transgénique chanté par un rockeur sous perfusion de Red Bull (‘Nightlife’). Si tout cela passe un peu pour de la poudre aux yeux, Green Day a le mérite de varier les plaisirs sans (trop) se répéter. Au troisième coup, par contre, on se dit que ça fait beaucoup de Green Day à encaisser. D’autant que les morceaux balancés sur ‘¡Tré!’ sont très, mais alors très très, moyens. Au final, on ne saura jamais la vérité… Le groupe a-t-il péché par excès de confiance ou de cocaïne ? Une seule certitude : un double album aurait été largement suffisant. (na)

Jonny Greenwood ‘The Master’ (OST) Nonesuch

‘The Master’ est le dernier film de Paul Thomas Anderson (réalisateur de l’acclamé ‘There Will Be Blood’, déjà soundtracké par le guitariste du groupe de l’homme à l’œil de verre en 2007). Une affaire de gourou à ce qui paraît. On ne dira jamais du mal de Radiohead mais s’enfiler la musique de ce film sans en avoir vu les images ne t’en bouche pas une surface. T’as un peu l’impression d’entendre pendant trente minutes le bruissement d’une fosse d’orchestre (le London Contemporary Orchestra, l’AUKSO Chamber Orchestra) qui s’échaufferait avant de passer au suicide collectif. Concrètement, on flotte, saumâtre, entre deux eaux : celle des Tindersticks pour Claire Denis et celle de Sonic Youth pour ‘Simon Werner A Disparu’. Ça aurait pu le faire mais non. Et puis, ça n’est pas nouveau : on se chauffe mal au bois vert. (lg)

Inner Ear/V2

Brice Guilbert

L’occasion d’écouter de la pop music en provenance de Grèce étant plutôt rare, le moment est venu de nous pencher sur le cas de Nalyssa Green, de son vrai nom Violeta Sarafianou. Second épisode de sa carrière, ‘The Seed’ n’a toutefois rien d’hellénique, tout en voguant dans les eaux rassurantes d’une pop folk anglophile tenant la route. Sans crier à la nouvelle Cat Power, loin de là, l’écoute des onze titres de l’album révèle un tempérament d’une belle sensibilité, qu’on pourrait rapprocher de Nina Nastasia (‘Windy’, ‘A Seed’), voire de Marissa Nadler (notamment sur ‘Snow’), tout en demeurant un cran en-dessous de ses consœurs américaines. Par ailleurs, au-delà de ces comparaisons, par essence boiteuses, Nalyssa Green semble peiner à se créer une grammaire propre, entre cabaret à la Baby Dee (‘Blown Away’) et… post rock (‘Eat Me Up’). Et si finalement, c’est dans l’électricité qu’elle trouvait sa véritable voie ? (fv)

‘Feitsong’

Green Day ‘¡Dos!’ ‘¡Tré!’ Reprise/Warner

Increvable, Green Day poursuit son grand projet de trilogie entamé en septembre dernier avec l’album ‘¡Uno!’. Suite à la petite crise de nerf de Billy Joe Armstrong et la cure de désintox qui s’est imposée, le trio de Berkeley a légèrement chamboulé son agenda, accélérant sensiblement la manœuvre, histoire d’évacuer les doigts d’honneur et autres rafales de « FUCK » distillés avec subtilité sur les planches d’un hall de foire de Las Vegas. En gros, on oublie la cure, les tracas et tout le tralala pour se concentrer sur la musique. Les volumes ‘¡Dos!’ et ‘¡Tré!’ sont sortis plus vite que prévu. Si si muchacho. D’un coup d’un seul, on se ramasse 25 nouveaux morceaux de Green Day sur le coin de l’oreille. Alors oui, à partir du

Autoproduit

Souvent, ils nous réservent les meilleures surprises, les trucs les plus authentiques mais, parfois, ça serait plus simple de ne pas parler des disques autoproduits : on éviterait le cas de conscience du chroniqueur qui n’a pas vraiment envie de descendre le type qui bouffe des pâtes depuis trois ans pour avoir pu, enfin, s’offrir sa nouvelle mauvaise galette après – on suppose – s’être fait remercier de chez Polydor/Universal. Parfois, ça serait plus simple si le type en question s’était contenté de rameuter les amigos de ses réseaux sociaux vers son Soundcloud et puis basta. Mais non, alors parfois on prend des pincettes pour préciser sa pensée qui entend là, derrière deux premiers morceaux synthétiques plutôt honnêtes, comme un sosie de Bertrand Cantat qui ressemblerait plutôt à un ersatz de Da Silva produit par My Major Company (‘Feitsong’, donc) voire au gros Rover qui serait tombé dans une soupe à la variété française aromatisée aux guitares acoustiques. (lg)

Guizmo ‘C’est Tout’ Because/Warner

Nouvelle pousse du hip-hop hexagonal, mauvaise graine postiche, caillera factice, Guizmo est un petit mec un peu mal dans sa peau. A 22 ans au compteur, le rappeur français ne s’est pas encore totalement affirmé. Néanmoins, il peut déjà faire valoir des textes exigeants. Loin des biceps gonflés et des ‘Wesh Morray’ de l’ami Booba, Guizmo cultive quelques clichés du rap bleu, blanc, rouge. Quelque part entre Assassin, Passi et ce vieux Doc Gyneco, on assiste ici à une gentille retranscription d’un flow né au siècle dernier. Rien d’honteux, mais pas de quoi crier au génie. L’album s’intitule ‘C’est Tout’ et c’est bien assez comme ça. (na)


Lieu DE mUSiQUES acTUELLES

DUNKERQUE JAN/FÉV/MARS 2013

YEAH!

ANGUS STONE 10-02-2012

w w w.4 e c l u s e s . c o m

01.02. 02.02. 03.02. 04.02. 07.02. 08.02. 08.02. 09.02. 10.02. 16.02.

PASSENGER 17-02-2013

COEUR DE PIRATE 04-04-2013

PAUL KALKBRENNER ZITA SWOON GROUP DROPKICK MURPHYS MAXIMILIAN HECKER DINOSAUR JR. REA GARVEY AMATORSKI (FREE ENTRY) LILLY WOOD AND THE PRICK ANGUS STONE HEARTBEAT PARADE HORA DE LOS HORNOS ALBUM RELEASE

temps fort

joUrS

We WILL FOLK YOU #3

design graphique : www.maximesudol.com

Asaf Avidan

& Band

17.02. PASSENGER 19.02. FRANCOIZ BREUT (FREE ENTRY) 21.02. MØ (FREE ENTRY) 22.02. LOU DOILLON 26.02. FRISKA VILJOR 27.02. AMY MACDONALD (NEW DATE ) 28.02. TWO DOOR CINEMA CLUB 02.03. TONY CARREIRA 07.03. ME AND MY DRUMMER (FREE ENTRY) 08.03. LETZ ZEP ZEPPELIN’S RESURRECTION 09.03. THE KILLERS 10.03. PORTISHEAD 12.03. BAHAMAS (FREE ENTRY) 14.03. THE BLOODY BEETROOTS LIVE 19.03. JOE BONAMASSA 20.03. EMELI SANDE 21.03. BEACH HOUSE 27.03. MUMFORD & SONS (SOLD OUT) 02.04. LCMDF (FREE ENTRY) 04.04. COEUR DE PIRATE 10.04. JOE COCKER FIRE IT UP EUROPEAN TOUR 11.04. ONEREPUBLIC 14.04. BONAPARTE 16.-21.04. WE WILL ROCK YOU 20.04. ARNO 26.04. THE BOOTLEG BEATLES 27.04. 24 HEURES ELECTRONIQUES: GOOSE... 30.04. LANA DEL REY 04.05. PSY 4 DE LA RIME 08.05. FRITZ KALKBRENNER 10.05. AUFGANG 15.05. AN EVENING WITH MARK KNOPFLER AND BAND 16.05. MACEO PARKER 24.05. IAM 29.05. TRAMPLED BY TURTLES (FREE ENTRY) 31.05. TOTO 35TH ANNIVERSARY TOUR 02.06. ALICIA KEYS GIRL ON FIRE – THE TOUR (SOLD OUT) 08.06. ZUCCHERO 19.06. ALT-J 09.07. THE SMASHING PUMPKINS 11.07. NEIL YOUNG & CRAZY HORSE

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20

Earteam

Petra Haden ‘Petra Goes To The Movies’

Eels

Anti-/Pias

Si les plus fins observateurs auront peut-être épinglé certaines de ses apparitions aux côtés de Beck, The Decemberists, The Twilight Singers ou Bill Frisell, avec ‘Petra Goes To The Movies’, Mademoiselle Petra Haden s’ingénie à rendre justice à une bien singulière passion; depuis toute petite, la miss traduit son amour du cinéma et plus particulièrement de leur soundtrack en réinterprétant les thèmes chéris en version a capella (certes, secondée par quelques guests pas piqués des hannetons - Brad Mehldau, Bill Frisell et son daddy Charlie Haden, elle commet quelques incartades à la formule de base). Et le plus fort, c’est que ça le fait! ‘Rebel Without A Cause’, ‘Taxi Driver’, ‘A Fistful Of Dollars’, ‘Psycho’, ‘Goldfinger’, ‘Superman’, ‘The Social Network’,..., , la donzelle caracole avec culot et panache, virevolte avec grâce, dérobant ici un sourire, arrachant là quasi une petite larme, car il est émouvant combien, convaincue du bien-fondé de sa démarche - « je veux que les gens ressentent ce que j’ai moi-même ressenti la première fois que j’ai vu ces films », mademoiselle Petra parvient à dépasser le cadre de l’anecdotique le plus trivial pour nous donner envie de revenir en spectateur rêver à ses côtés les yeux grands fermés. Les amateurs de curiosités et de reprises décalées ne se feront pas prier cos, you know, life is like a box of chocolates. You never know what you’re gonna get... (fd)

Alexis HK ‘Le Dernier Present’ La Familia

« Me Voici, Me Gala / Ici Paris / J’ai dans la manche / De quoi faire rêver / La France du Dimanche » (‘Princesse de Papier’). C’est, en substance, le genre de subtilités auxquelles il faut s’attendre avec Alexis HK, né Alexis Djoshkounian, dans les Yvelines, le 2 avril 1974, « fils errant de l’ère Mitterrand, fils de l’idéal du Général », compagnon de Liz Cherhal, née à Nantes comme ses sœurs Emilie et Jeanne Cherhal d’un père plombier et d’une mère au foyer. Actif dès 1997, le cas HK cache en réalité un songwriter assez doué pour croquer des petites histoires, souvent drôles et mélancoliques à la fois, sans jamais – tout en flirtant avec les limites – tomber dans les slips de la voisine de son pote Renan Luce (présent sur l’entêtant ‘Ignoble Noble’ avec Benoît Dorémus) ou le politiquement correct benabarien. C’est sans doute ça, un vrai chanteur populaire. (lg)

Julia Holter ‘Ekstasis’ Domino

Après un cru 2012 on ne peut plus faste qui l’aura vue fréquenter une multitude de tops de l’année (pas celui de votre serviteur mais il s’en est fallu de peu), Julia Holter est de retour avec le… même album. La différence ? Le label, mon cher, puisque de l’ultraconfidentiel Rvng Intl., la New-Yorkaise est passée à la grosse écurie Domino. Pour le reste, on ne peut que répéter les multiples louanges de cet ‘Ekstasis’ toujours aussi extatique. Numéro d’équilibre subtil où l’éther de Beach House vient côtoyer les expériences d’une Laurie Anderson, le disque continue, écoute après passage, d’enchanter les écoutilles, surtout si elles ont déjà été séduites en leur temps par Midaircondo, Maja Ratkje ou Islaja. Une séance de rattrapage indispensable, quoi. (fv)

Hot Coins ‘The Damage Is Done’ Sonar Kollek tiv

Dans la grande série moi aussi, je kiffe la dance pop synthétique et je me branle sur les Pet Shop

‘Wonderful, Glorious’ E Works/Coop

Comme beaucoup de gens de ma génération, j’ai eu le coup de foudre en entendant pour la première fois la mélodie délicate de ‘Novocaine for the soul’. C’était en 1996. Depuis lors, Mark Everett a parcouru pas mal de chemin, enduré des drames personnels effroyables, ce qui n’a cessé de l’amener à se réinventer musicalement parlant. ‘Wonderful, Glorious’, son dixième album, est en tous points remarquable. Faisant suite à l’euphorique ‘Tomorrow morning’, il baigne dans des eaux tantôt mélancoliques, tantôt optimistes et propose sa version de ce que peut être l’américana contemporaine. D’essence pop rock, ‘Wonderful, Glorious’ emprunte des sentiers parfois tortueux, entre rock indie, blues et électro, toujours avec beaucoup de réussite. Avec le temps, la voix de Mark a pris de la patine et évoque par moments celle de Tom Waits - en moins caverneuse, quand même! Globalement, on distingue deux axes majeurs sur ce disque. D’une part, on trouve des titres tendus, assez rock, qui mettent en avant un aspect rêche marqué par l’urgence et le goût pour l’expérimentation au niveau de l’usage de l’électronique (‘Bombs away’, ‘Peach blossom’, le très catchy ‘Stick together’). D’autre part, il y a des joyaux de ballades déchirantes comme Eels en a toujours composés. Il faudrait en effet être un monstre insensible pour ne pas être ému à l’écoute de ‘On the ropes’, ‘The turnaround’, ‘True original’ ou ‘I am building a shrine’. Une fois de plus, Everett compose un petit chef-d’œuvre confirmant la place majeure qu’il occupe dans le rock actuel. (pf)

Boys, voici le candidat Hot Coins, alias Danny Berman, plus connu sous son autre pseudo Red Rack’em. Mignardise gâteuse pour nostalgiques des eighties, format première moitié, ‘The Damge Is Done’ fait l’effet, un peu honteux, un peu couillon, d’une vieille émission d’Antenne 2 (style Platine 45) visionnée en qualité moyenne sur YouTube. On se paluche de la main droite en pensant à un Richard Gotainer recyclé en membre de Visage (‘New Beat’), on s’emmerde royalement de temps en temps (le pompon revenant à ‘Leathered’), on s’arrête deux minutes sur la case Gang of Four vs ESG en mode italo disco blasé, l’humour à la Yello en moins (‘Freestyle Lover’, ‘Confined’). Au final, on se dit que pour la grosse bosse dans le slip, on repassera par une autre case que celle de l’Irlandais de Berlin. (fv)

Indians ‘Somewhere Else’ 4AD/Beggars Banquet

Sous les plumes d’Indians, pas de Peau Rouge, mais le tient pâle de Søren Løkke Juul, un Danois hyper sensible qui chante ses amours perdus sous la Grande Ourse. A l’ombre des étoiles, le Scandinave tente de s’offrir le scalp de Bon Iver. La mélancolie et la grâce sont dans son camp, mais l’homme de Copenhague n’a pas encore décodé tous les éléments de la formule magique. Capable de fulgurances mélodiques (‘I Am Haunted’) et de superbes contrepoints mélancoliques (‘Magic Kids’), le projet danois s’égare parfois dans la nature, traînant un certain ennui sous la futaie. De temps à autres, Indians monte à cheval et galope à travers les brumes psychédéliques de Mercury Rev, coursant le raffinement fatal, la mélodie ultime. Ambitieux, ce premier album manque encore d’assurance pour imposer ses charmes dans la cour des grands. Mais en petit comité, autour d’un feu de camp, c’est assez craquant. (na)

Iroha ‘Shepherds & Angels’ Denovali Records

Croisement étrange entre le métal, la pop et la shoegaze, Iroha pèche principalement par un (très) gros défaut, celui de la répétition – jusqu’à l’obsession – des mêmes tournures trempées dans l’encrier. Non que pris individuellement, chaque titre de leur troisième opus ‘Shepherds & Angels’ soit désastreux, on y retrouve même d’excellentes choses tel le très romantique ‘Legacy’, c’est que simplement, la plupart des plages peine à se démarquer de ses prédécesseurs et successeurs. La faute incombe, notamment, à une voix volontairement noyée dans le mix, mais aussi à des guitares aux accords dé-

sespérément monochromes. Et quand au bout de quinze minutes, on sait déjà qui est le tueur, on n’a guère envie de se farcir le bout de gras jusqu’à l’os. (fv)

The Irrepressibles ‘Nude’ Of Naked Design Recordings

Dans le clip du single ‘Arrow’, Jamie Mc Dermott, tête pensante de The Irrepressibles et réalisateur de la vidéo, joue la carte de la sensualité sans outrance. Deux hommes se dénudent, se touchent et s’enlacent comme dans un assaut de lutte au ralenti. « If I asked you now, will you be my prince ? » entonne d’ailleurs d’emblée Jamie Mc Dermott en gourou transi et décadent sur ‘Two Men’. Mais résumer ‘Nude’ à une exaltation à assumer sa sexualité ou à un manifeste contre l’homophobie serait un raccourci maladroit. Comme il serait lapidaire de conclure que la posture artistique de The Irrepressibles rappelle davantage qu’elle n’annnonce. Notamment parce qu’Anthony Hegarty s’invite très (trop) rapidement à la fête sans carton d’invitation. Question de voix plus que d’univers musical. Celui de Mc Dermott est plus baroque, moins raffiné que chez Anthony. Et ses compositions à l’esthétique léchée par une orchestration électro-pop-symphonique (flûte, hautbois, clarinette) hésitent trop régulièrement entre le majestueux et le grandiloquent. L’introduction de sonorités électroniques installant tantôt une atmosphère oppressante, tantôt une froideur vaguement dansante. Quant au chant à la sensualité blafarde ou aux harmonies de falsetto, ils rajoutent une couche à un mille-feuilles émotionnel déjà un peu indigeste. Piège à émotions, piège à cons ? Sans doute pas. Mais à la longue, l’excès de théâtralité finit peut-être par prendre le pas sur le propos musical. (gle)

Jim James ‘Regions of Light and Sound of God’ Cooperative Music/V2

Présenté comme le premier album solo de Jim James, ‘Regions of Light and Sound of God’ voit surtout le chanteur de My Morning Jacket abandonner Yim Yames, un pseudo ridicule sous lequel il s’était déjà fait plaisir en reprenant quelques chansons de Georges Harrison (‘Tribute To’). A l’exception de cette aventure cryptique, c’est donc bien la première sortie personnelle du musicien de Louisville. En neuf chansons, le gros ourson du rock américain affiche ses talents de producteur, arrangeur et multi-instrumentiste : une façon, peut-être, de se détacher de l’image stéréotypée du « guitar hero » à voix de velours qui lui colle méchamment aux poils de

barbe. En solitaire, mais sans solo de guitare à se taper la floche par terre, Jim James se la joue retro. Sur ‘Regions of Light and Sound of God’, on vogue à l’écart des coups de buttoir de My Morning Jacket pour se promener dans les décors d’un passé fantasmé, sur des chemins bucoliques déjà empruntés aux côtés de Conor Oberst (Bright Eyes) et M. Ward pour les besoins du supergroupe Monsters of Folk. Si Jim James ne surprend pas son monde, il a le mérite de consolider ses acquis sans se vautrer. Car, on le sait : dans l’univers impitoyable du rock indé, les échappées solo des chanteurs se soldent souvent par des ego trips sans intérêt. Ici, on peut au moins se réjouir de quelques réussites (‘State of The Art’, ‘God’s Love To Deliver’) avant d’aller tenter sa chance ailleurs, au pays de l’audace et des imprudences. (na)

Ke$ha ‘Warrior’ RCA/Sony

Ke$sha est un cas d’école : des couches synthétiques qui dégoulinent comme du rimmel choppé dans les invendus de chez Lidl, des similitubes en toc et des titres de chanson pondus à l’intersection d’un demi-neurone désaffecté (‘Die Young’, ‘C’Mon’, ‘Crazy Kids’). La daube est tellement fameuse qu’on a presque envie de se jeter dans les bras de Lady Gaga. Le pire, le summum de l’horreur, le point de non-retour, c’est la présence d’Iggy Pop au casting du bazar, venu faire l’andouille sur ‘Dirty Love’ pour quelques dollars et une bouteille de champ’. Quand on le croise dans ce genre de navet intergalactique, on a juste envie de lui foutre un violent coup de pied au cul et de le détester à vie. Mais ça, c’est impossible… Alors, on se concentre à fond sur Ke$ha, reine white-trash du pauvre, sorte de décoratrice sonore pour piste d’auto-scooter à sens unique. Sur son second album, l’affreux ‘Warrior’, la belle passe son temps à être vulgaire pour le fun. Totalement à l’image de sa musique. (na)

ALtERNaTIVE ONLiNE-RECORDStORE

Wiz Khalifa ‘O.N.I.F.C.’ Atlantic/Warner

Après les longues feuilles (‘On My Level’, ‘Black and Yellow’) de l’album ‘Rolling Papers’ et une bande-son enfumée (‘Mac and Devin Go To High School’) mise sous pacson en compagnie de Snoop Dogg, Wiz Khalifa revient complètement ca(l)mé avec ‘O.N.I.F.C.’. Sur la pochette, le rappeur de Pittsbugh couche ses tatous dans un déguisement qui doit autant à Jimi Hendrix qu’à une transsexuelle ukrainienne. Affalé dans son fauteuil, une feuille de cannabis autour du cou, Wiz a trouvé le filon du succès : fumer de l’herbe et faire tourner les grosses machines (Pharrell, The Weeknd, 2 Chainz) autour d’un disque relativement détendu du slip – pour ne pas dire soporifique. Le flow dilaté, Wiz tente de satisfaire son nouveau statut de blockbuster US. Mais pour cartonner en haut des charts et fumer son cigare sur une montagne de dollars, il convient de pondre des singles rutilants comme on chie des lingots d’or. C’est là que ça coince... Sans jamais totalement démériter, le gros de l’album est inconsistant. Il faut patienter et attendre la fin du spectacle (le triptyque ‘The Plan’-‘Remember You’-‘Medicated’) pour voir Wiz sortir la tête hors du bong. Il a toujours l’air aussi défoncé : tout roule pour lui. (na) 


DECEMBRE

VEN 01 FEV

PAULINE CROZE

DIM 03 FEV

THE SPINTO BAND

month

+ I WANT YOU

+ ELEGANT FALL MER 06 FEV

METZ + CHEYENNE 40

JEU 07 FEV

CALI + LE YETI

DIM 10 FEV

ZITA SWOON GROUP + WOLVES & MOONS

VEN 15 FEV

DISIZ + GUEST

SAM 16 FEV

MELODY'S ECHO CHAMBER + L'OBJET

VEN 22 FEV

VITALIC - RAVE AGE TOUR

+ SPITZER DIM 24 FEV

CALEXICO + THE DODOS

JEU 07 MAR

LILLY WOOD & THE PRICK

+ OWLLE SAM 09 MAR

KENY ARKANA + GUEST

MER 20 MAR

THE PRETTY THINGS

+ LE DUC FACTORY SAM 23 MAR

CODY CHESNUTT

DIM 24 MAR

WILD NOTHING + DARKO

+ LAETITIA DANA


22

Earteam

Lilly Wood & The Prick

Midget !

‘The Fight’ Cinq7/Pias

Un gars, une fille. Fois deux ça ferait comme Abba, deux gars, deux filles et beaucoup de pop. Celle, mielleuse et immédiate, qui t’as déjà collé ses refrains au corps que t’as rien vu venir, que t’es là comme un con à taper du chausson avant même de connaître le deuxième couplet. Nili Hadida et Benjamin Cotto sont très forts pour ça. Du liquoreux ‘California’ qui ouvre le bal à ‘Into Trouble’ qui le clôt sur un versant plus acoustique, on pourrait citer quasiment les onze titres de l’album comme autant de tubes potentiels. Ceux qu’auraient pu écrire – pour ne citer que des compatriotes – des Pony Pony Run Run plus cotonneux, moins bling bling, des Revolver tirant à moins gros boulets vers la pop Californienne, des Naïve New Beaters qui ferait du folk à barbe. ‘The Fight’ est un combat sans victimes, une très cool bataille de polochons. (lg)

Lord Huron

Lumière d’en Bas We Are Unique Records

Depuis 1998, combien de fois n’a-t-on pas réécouté ‘L’ArrièreMonde’ d’Holden, disque de peu mais foisonnant d’idées magnifiques. ‘La Colère Des Imbéciles’, ‘Le Mont Valérien’, toujours huilées comme au premier jour, jetaient des ponts entre les minimalismes géniaux de Dominique A et Diabologum et annonçaient le lo-fi des suiveurs (Mansfield Tya & consorts). Naturellement Holden a évolué vers un son plus produit, moins rêche, mais sans jamais, à l’instar du chanteur de ‘La Fossette’ et de ‘Vers Les Lueurs’, vendre son âme aux sirènes des courants principaux. Son guitariste, Mocke, comme beaucoup d’autres qui ne jouissent que du succès d’estime, s’est engagé dans divers projets forcément voués aux dithyrambes de quelques connaisseurs seulement. Alea jacta est, on n’y changera plus rien. Arlt mériterait les projecteurs et Midget ! la lumière d’en haut. Las, celle ‘d’en bas’, celle qu’il allume avec Claire Vailler, ne tamisera que peu d’états d’âme. Mais elle est de ces lumières qui subliment la tristesse. Trois premiers titres en forme de crève-cœur en annoncent neuf autres jazzy, mélancoliques et parfois déchirants (la fin instrumentale de ‘Corazon’ en bossa-nova pour jours de pluie, les batteries jouées au balais de ‘Wheel The Real’, les cuivres larmoyants de ‘Les Mailles’). « Mais je m’attarde pour une feuille qui s’est détachée / Ou une onde qui m’a traversé la mémoire ». La grâce est fugace, on le savait dès le départ : « The ride will soon be over »… (lg)

‘Lonesome Dreams’ Iam Sound/Pias

Est-ce que tu les suivrais aux confins du monde, ces garçons fortunés d’extérioriser leur bel âge au grand air, est-ce que tu leur confierais tes doigts, ta peau, 3600 secondes ou davantage dans ton tympan ? Est-ce que vous vous laisseriez aller à des danses païennes autour de l’âtre, à des cris tirant leur source d’une joie naïve et primale, à faire tinter les cloches des alpages ? Est-ce que tu te satisferais de cette vie d’échos, de brâmes matinaux, de ces offrandes naturelles, du voisinage avec des renards en cavale ou l’audacieux Christopher Wright ? Oh bien sûr, il n’y aurait rien de dégradant à marteler du pied ces morceaux qui surgissent du bois fraîchement taillé, rien d’honteux à se sentir chez soi au milieu de ces scouts aux shorts effrangés, à profiter de la vue, à peine changeante chaque matin. Rien de scandaleux non plus à rebrousser chemin, à s’éloigner de la placidité du lac, à laisser à d’autres que toi l’intendance de ce camp de bienheureux ce tour-ci. (alr)

Los Pirañas ‘Toma Tu Jabón Kapax’ Festina Lente Discos

Trio instrumental perché sur les hauteurs de la folie furieuse, Los Pirañas bouffe tout ce qui tombe dans son élément naturel : math-rock, surf, afrobeat, cumbia, electronica, chicha et une brouette de petits champignons psychédéliques qui fait blip-blop-boum en pénétrant l’enveloppe du cortex cérébral. Originaires de Colombie mais citoyens du monde, les trois Pirañas piochent des influences dans les moindres recoins de la sono mondiale. L’album ‘Toma Tu Jabón Kapax’ est une machine à lessiver le ciboulot, un accélérateur de particules sonores. Véritable laboratoire d’expérimentation transgénique, ce disque défragmente les musiques pour les recoller bout à bout dans une version accélérée. L’oreille sursaute dans des stridences azimutées et cabriole dans des mélodies bariolées. Miraculeusement charpenté entre une basse, une guitare et une batterie épileptique, ce disque est un cas à part. A suivre de près. (na)

Major League ‘Hard Feelings’ No Sleep Records

Nul ne pourrait reprocher à ce combo originaire du New Jersey de manquer de persévérance. En un an, il a sorti 2 singles, 2 EPs et un split single avant de se voir offrir la chance de sortir un album qu’il espère annonciateur de succès. Je serais à priori plutôt perplexe quant aux chances de réussite d’un album punk pop évoquant le croisement entre Green Day et Wheatus. Le problème n’est pas que le disque soit raté - on y trouve plusieurs titres accrocheurs et l’ensemble réussit à sonner très pop sans être mièvre - non, le vrai problème, c’est que ce type de sortie sent

furieusement le réchauffé et que l’on n’est plus en 1998. (pf)

Misia ‘Senhora Da Noite’ Silène/MG records

Pionnière du renouveau d’un fado encore engoncé dans les oripeaux élimés de l’ex-dictature de Salazare, Misia se fit beaucoup d’ennemis à ses débuts, tant à gauche qu’à droite, à l’instar de son aînée Amalia Rodrigues devenue malgré elle symbole du pouvoir déchu. A force de persuasion et de talent, la dame parvint à s’imposer comme l’une des figures de proue du genre et, depuis, travaille la matière de la tradition et construit celle à venir. Aidée pour l’occasion du pianiste et compositeur Carlos Azevedo, Misia se livre toute entière à un fado farouchement féminin (jusqu’aux textes, tous œuvres de femmes artistes), fragile et fort à la fois, ses racines solidement plantées dans un pays qu’elle honore note après note, son chant s’effilochant en effluves grises vers des lendemains aux métissages incertains. L’orchestration est discrète, évite la nostalgie et refuse de jouer les tartuffes : respect des traditions, oui, mais jamais l’appropriation du répertoire ne sombre dans l’hypocrisie sépia, ni dans la vulgarité fluo. L’âme portugaise ici respire, vibre, et rappelle sa contemporanéité. ‘Senhora Da Noite’ s’achève sur une chaleureuse rhapsodie de classiques empruntés à l’incontournable Amalia, dont la bienvenue vitalité nous évite de justesse une solide saudade de derrière les fado. (ab)

Mogwai ‘A Wrenched Virile Lore’ Rock Action

A la manière de ‘Kicking A Dead Pig’ en 1998, les Ecossais de Mogwai relancent un projet pratiquement identique quinze années plus tard. A la différence près que seuls les titres de leur dernier opus ‘Hardcore Will Never Die, But You Will’ ont été proposés à la relecture à une brochette de maîtres de l’électro. Un projet à mille lieues du post-rock à tiroirs qui fait le succès du groupe et témoignant à nouveau d’une ouverture d’esprit assez illimitée. Le corpus de l’album originel trouve ici un deuxième souffle intéressant grâce notamment à l’alchimie binaire de noms comme Xander, Robert Hampson Tim Hecker ou encore d’Umberto. Des laborantins triés sur le volet qui se sont attaqués à cette matière brute pour en donner leur propre lecture, Mogwai ayant eu le bon goût de leur laisser imposer leurs idées et leur personnalité. L’ensemble n’évite pas complètement les disparités de niveau et de couleur inhérentes à ce type d’exercice. L’unanimité est par nature incompatible avec la formule. C’est donc la notion de goût ou de surprise qui fera la différence. Il ne faut par exemple pas cracher

sur la tombe des synthés psychédéliques eighties pour être embarqué par la version de ‘Too Raging To Cheers’ d’Umberto et avoir un minimum d’accointances avec Kraftwerk ne sera pas superflu pour goûter le redondant ‘Letters To The Metro’ revu et corrigé par Zombi. Quant à la ballade acoustique que devient ‘Mexican Grand Prix’ après le passage à la moulinette de RM Hubbert, la fan base de Mogwai sera peut-être la mieux à même de juger. Car c’est finalement à eux que s’adresse en priorité ce disque. (gle)

sur blanc dans la bio : le martèlement des batteries de Triggerfinger, le bruit d’Evil Superstars and, mon dieu, lots of fuzzy bass parts. Mais bon, il faut une fameuse imagination. (lg)

Noble Tea ‘Solitary Motions’ Level 11/PIAS

Jeune quatuor belge de la région anversoise, Noble Tea vient déposer sa carte de visite sous la forme d’un EP cinq titres ne sacrifiant pas grand chose à l’efficacité immédiate. Emmené par la voix d’Oliver Symons qui se décline entre falsetto et parfois davantage de suavité, le groupe joue en effet la carte de la prise de risque minimale. Et son baptême du feu discographique vire un peu à l’exercice de style imposé. Avec par ordre d’apparition un single (‘We Will Rise (At The End Of The World)’)et sa base piano/voix qui prépare un crescendo toutes guitares vibrantes, respectant ainsi le cahier des charges pour la playlist de Studio Brussel. Viennent ensuite deux titres très énergiques, refrains, mélodies et percus de première classe compris. On entrevoit ensuite un morceau plus ambitieux et assez réussi (‘Pressure’) qui s’étale sur plus de six minutes très atmosphériques et aux variations de tempo moins prévisibles. Et l’album de se conclure sur une ballade au piano qui fera mouche dans les chaumières mais au style un peu usé aux coudes et aux genoux. Keane, Muse et Coldplay peuvent encore dormir quelques temps sur leurs deux oreilles. (gle)

Old Man Luedecke ‘Tender Is The Night’

Steve Moore

True Nor th Records/Ber tus

‘Light Echoes’

L’élan de sympathie du mois ira à Old Man Luedecke. D’abord parce que mon fils de douze mois kiffe ça et qu’il se met à gesticuler dès qu’il entend l’autre s’exciter sur son banjo. Ensuite parce que ça fait toujours du bien de s’imaginer taillant la route au volant d’une Cadillac Eldorado, à la fin des fifties, écumant les drugstores paumés de l’Amérique profonde, pleins de cowboys pas nets et de ventilateurs à grosses pales. Pas la moindre trace d’auto-tune donc et tant mieux. D’ailleurs, pour son album précédent, Chris Luedecke a été primé aux Music Awards canadiens dans la catégorie folk traditionnel. Americana un peu pop, country un poil alternative conviennent également aux treize titres de cet album. Evidemment, il faut aimer le banjo, la mandoline et ne pas cracher sur le bouzouki ou le violon irlandais. (lg)

Cuneiform Records/Mandai

Moitié du duo Zombi, dont les échos seventies renvoient au prog, Steve Moore explore sans rougir un autre versant de la musique de ce temps quand il allume la case solo. Grand fan, probablement, de Kosmische, le musicien américain développe de longues phases planantes, elles seraient passionnantes si elles ne renvoyaient pas aux (nombreux) clichés de la musique de Jean-Michel Jarre. Assez loin des propositions novatrices d’un Bee Mask, pour rester dans le genre, Moore dessine de longs pans éthérés qui renvoient, hélas, plus vers le passé qu’ils n’envisagent l’avenir. A ce stade, nous sommes au regret de renoncer à ses échos, fussent-ils légers. (fv)

Mr:Vast ‘Mr :Vast’ Spezialmaterial Records

Mr:Vast est un groupe assez original dans son approche. Son album s’apparente en effet à une collection de titres assez inhabituels, sortes de comptines loufoques et expérimentales mélangeant beats électro, guitare et banjo dans un moule foutraque et parfois nerveux. Ce disque ne ressemble à vrai dire pas à grand-chose de connu. On pourrait évoquer Yello pour la façon de scander les textes, Beck pour le côté lo fi bricolé, Mr Oizo au niveau des gimmicks électros, le tout avec un petit côté new wave, sans oublier des emprunts à la musique classique et un côté rythmique blues zarbi. Plutôt particulier donc, à l’instar d’un morceau comme ‘Atlantis’ qui, l’espace d’un instant, évoque Moby reprenant Tom Waits en faisant appel à David Sylvian au chant. Etonnant, n’est-ce pas? (pf)

My Lai ‘Vigilante’ Autoproduction

En 1968, des soldats américains massacrèrent une population de civils à My Lai, petit village vietnamien. Avec cet EP, le trio flamand, lui, massacre nos tympans. Rien que les titres font peur : ‘Batman’, ‘Rough Music’, ‘John In The Cage’ (lol, smiley). Il faut donc imaginer ceci, c’est écrit noir

Christopher Owens ‘Lysandre’ Turnstile

La vie un peu compliquée de Christopher Owens a peut-être basculé le jour où il croisa une certaine Lysandre lors d’un festival sur la Riviera française. Une muse au patronyme du plus bel effet lorsqu’on a dans un coin de sa tête l’idée de sortir un premier album solo. Car le split inattendu de Girls n’était pour le californien qu’un prétexte pour mieux ressusciter dans un projet solo. Exit donc la mélancolie un peu poisseuse qui imprégnait ses compositions déjà très personnelles au sein de Girls ? Exit ces titres aux teintes monochromes sur lesquels son complice Chet JR White venait parfois ouvrir une fenêtre sur des paysages plus ensoleillés ? La réponse est nuancée. Owens a d’abord eu le bon goût de respecter la trêve des confiseurs avant de sortir cet album. Car à la première écoute, son offrande ressemble à un ticket d’or pour Christopher et Sa Chocolaterie. Conjuguant romantisme désabusé avec dandysme pop, traversé de flûtes improbables (‘Here We Go’), enrobé parfois de saxo dégoulinant, ‘Lysandre’ ne se résumerait-il alors qu’à un assortiment de sucres d’orge pop ? Non car le disque est une succession de trompes l’oreille qui ne dévoile véritablement ses passages secrets et ses alcôves cachées qu’à la réécoute. La guimauve ne se transforme pas pour


January

beursschouwburg we

March

February

sa

30 2

O. Children (UK)

13 we 20

The Black Heart Rebellion (BE)

we

27

Space Aliens From Outer Space (SPC) & Black Monolith Space Quest (SPC)

fr

1

Thot (BE)

we

6

The Germans (BE)

fr

13 16

Wild Boar & Bull Brass Band (BE)

we

sa

22 we 27 fr

sa April

The Ruby Suns (NZ)

fr

30 5

Hidden Orchestra (UK)

In collab. with AB Concerts

Tina Dico (DK) & Helgi Jonsson (DK) Freaky Age (BE) & Noble Tea (BE) Headphone (BE) & Few Bits (BE) Flat Earth Society (BE) Teen (US)

concerts


24

Earteam

autant en vitriol. Mais en esthète des dérapages contrôlés, Owens multiplie les carambolages stylistiques entre guitares surf (‘Here We Go Again’), airs médiévaux ou reggae blanc gainsbourien (‘Riviera Rock’). illustration avec ‘New York City’et son allure de générique pour série télé américaine des 70’s. Christopher Owens plie le tout en trente petites minutes, sans jamais nuire à la cohérence d’un album soudé par toutes ses lubies musicales. Et il confirme un statut de songwriter déjà indispensable à nos vies compliquées. (gle)

Christine Owman ‘Little Beast’ Glit terhouse Records/Munich

Elle, là, c’est une fille avec des arêtes. Une fille qui feule avec des arêtes, une Bonnie qui n’a froid ni aux yeux ni aux jambes, elle qui à confesse avec Mark Lanegan ou Clyde, dégaine sans ciller « I was one of the folks who like it dirty and pretty ». Une fille qui feule avec des arêtes et veut son lot de mélo, de mélodies carnassières aux cordes proéminentes, une fille qui feule et veut son lot de coups du sort et du gauche («You got to beat her until she’s clean » à quatre poings avec le voyou analogue, un des morceaux les plus frappants de cette ‘Little Beast’). Rien de moins rien de plus qu’une Alison Mosshart des pavés sombres, une Shirley Manson en équilibre sur le fil vengeur (« will you regret on your deathbed »), une âme infectée en voie de rédemption ou presque (« Said no more drugs / still they gave me a new »), une incarnation de fausset (« I’m sorry we’re not meant to be / I loved you too unfaithfully »), une tenancière des petits comptes malsains, une Jeanne d’Arc dont les voix de têtes tutoient Bela Lugosi ou les sbires de Tom Waits. Avec un tel passif, tu crois qu’on peut lui faire confiance, question berceuses pour amants exsangues? (alr)

Alec K. Redfearn And The Eyesores ‘Sister Death’ Cuneiform Records/Mandai Distribution

Parmi les bonnes résolutions de l’an neuf, l’insurrection de nos émotions et la résistance aux diktats de l’industrie musicale ne sont pas les moins urgentes. Et dans ce contexte, Mandaï Distribution est un dealer idéal de bonnes intentions et de munitions pour promettre le Grand Soir à nos oreilles. La preuve à nouveau avec ce septième album des américains d’Alec K. Redfearn And The Eyesores. Poly-instrumentiste dont les influences vont de Steve Reich à Tom Waits, mais surtout accordéoniste inclassable, Alec Kenneth Redfearn distille dans son laboratoire un répertoire éminemment expressionniste et alambiqué entre folk psychédélique, cabaret noise, prog rock, folklore d’Europe de l’Est et musique de cirque. Sur ce nouvel opus, si la base accordéon/ claviers reste au cœur du dispositif, la palette des instruments s’est élargie pour injecter encore davantage d’expressivité. Contrebasse, cor anglais, orgue, percussions et drone sont conviés au festin et permettent au maître de cérémonie de transcender allègrement les genres, de vampiriser les influences pour mieux les réinjecter là où on les attend le moins. Presque pop à certains moments grâce notamment un apport vocal plus prononcé, ‘Sister Death’ devient une porte d’entrée idéale dans l’univers de Redfearn. Impressionnant de complexité au niveau de ses arrangements, l’album possède cependant une instantanéité exceptionnelle. Difficile en revanche d’isoler une composition au profit d’une autre, car on va de surprise en surprise, de bonne nouvelle en bonne nouvelle. Le tango futuriste côtoie le krautrock, Frank Zappa se retrouve à faire du folk hispano-balkanique. Mais oubliez les raccourcis faciles style Andre Verchuren meets Gogol Bordello meets Gotan Project ou Astor Piazzola featuring Goran Bregovic. Car Alec K. Redfearn est à la musique ce que David Lynch est à au cinéma. (gle)

tient. Parce que ce disque est un petit manifeste doré de pop dadaïste – entre Pavement, Daniel Johnston, Frank Zappa, Captain Beefheart, Beach Boys. Un drôle de bazar, déglingué et lumineux, souvent surprenant, toujours lo-fi, donnant parfois l’impression d’être joué par des gosses de maternelle mais vers lequel on revient volontiers. Sur la toile, on n’apprend pas grandchose sur les deux loulous. Ils semblent venir de Saint-Trond. Ils n’en seraient pas à leurs débuts. Ce qu’on entend d’avant semble pas mal non plus. La pochette, superbe, est signée par Sarah Yu Zeebroek des HongKongDong. En gros, l’année commence bien. (lg)

Pitcho ‘#RDVAF’ Skinfama/V2

ALtERNaTIVE ONLiNE-RECORDStORE

Paatos ‘V’ Glassville Records/Ber tus

Sur son cinquième album, Paatos continue de produire un rock progressif soigné et varié qui a pour principale qualité d’éviter les poncifs inhérents à un genre qui est quand même souvent assez gonflant. Sous la houlette du producteur Forrester Savell (Helmet, Karnivool), le groupe suédois a réalisé un album s’inscrivant dans la lignée de ‘Breathing’, précédent opus fort bien accueilli par la presse. Comme il en a l’habitude, le groupe associe motifs atmosphériques éthérés, passages prog épiques et riffs puissants qui servent d’écrin à la voix, superbe, de Petronella (écoutez-donc ‘Cold war’ pour vous en convaincre). Mêlant de nouvelles compositions à des versions revisitées de certains de leurs classiques, dont ‘Tea’, Paatos propose un album qui impressionnera ses fidèles tout en pouvant séduire les fans de formations comme Anathema ou Porcupine Tree. (pf)

Phlitman & Kang ‘Candy Queen Speedway’ Bananafishin’ Records/Rough Trade

Dans les premiers vers de ‘L’Homme Approximatif’, Tristan Tzara écrit ceci : « quel est ce langage qui nous fouette nous sursautons dans la lumière ». Bien sûr, il n’était pas question de ‘Candy Queen Speedway’ mais tout de même, plus de quatre-vingt ans plus tard, ça se

Après ‘Crise de Nègre’, le rappeur Bruxellois originaire de Kinshasa laisse passé et racines derrière lui pour regarder de l’avant. Rendez-vous avec le Futur. Un futur où se posent des questions néanmoins en directe filiation avec les inquiétudes de la veille. Pitcho Womba Konga slamme ses angoisses d’homme du XXIème siècle, confronté à une planète héritée en l’état, conséquence de milliers d’années d’humanité (‘Redescend Sur Terre’), sur des rythmes majoritairement électroniques. Si les interrogations de l’homme font mouche, sa poésie trouvant souvent les images justes, l’ensemble pèche parfois d’une production monotone, d’effets crispants et, à l’occasion, de dérapage de la plume. Reste que Pitcho slalome avec une certaine aisance entre morceaux introspectifs, romances et tracks calibrés pour le dance-floor (‘Ambiance Electrique’), n’abandonnant jamais ses réflexions pour autant. Qu’il souhaite stimuler ses auditeurs et leur faire prendre conscience de leur relation avec leur environnement (tous sens confondus) même dans ses compositions les plus légères est tout à son honneur. (ab)

Iggy Pop ‘Après’ Thousand Mile Inc/Amg Records

L’infamie débuterait dès la pochette. Le Stooge en chef ne nous épargnerait rien, troquant le cuir en futal et la silhouette affûtée contre un accoutrement blanchâtre de pimp que même Fabio aurait dédaigné. Le caniche, quel tour ferait-il après avoir pissé sur toutes les devantures du quartier, après avoir saccagé de ses pattes tavelées les braises, cédé la part qu’on lui connaissait farouche contre un ou deux susucres, au plus offrant? C’est qu’on nous en promettait encore à

l’envi, des incendies sentimentaux, des raouts rutilants et du contorsionnisme saurien marqué du sceau du diable. Ne demeureraient ici que les reprises et simagrées d’un vieux singe à qui on aurait trop appris à faire la grimace sur fond de ‘Jeux Interdits’, que des outrages plus pathétiques que licencieux à une langue prétendue vecteur de l’amûûr à condition d’enfiler le béret, que des tentatives lénifiantes qui feraient grimper le mercure uniquement du côté des partisans de toujours de Paul Anka, une matinée de thé dansant. Oublions ça, je t’en prie et redevenons primitifs. (alr)

Prairie ‘I’m So In Love I Almost Forgot I Survived A Disaster’ Spank Me More Records

Cet ep vinyle 10 inches décliné en six titres tenant sur une grosse vingtaine de minutes s’annonce par un titre génialement poétique et se décline en deux faces qui en reprennent ses deux termes : l’amour et le désastre. Là s’inscrit déjà une histoire alors que le disque se profile comme une bande son d’un film restant à écrire. Praire est en réalité le nom de guerre sous lequel Marc Jacobs, ex-programmeur chez Recyclart et actuel curateur de ‘Bozar Electronic’, officie. Il compose sa musique à partir de couches de guitares saturées et d’électronique matinée d’effets divers, une musique qui s’avère à la fois ambient et vive, parfois hyper-kinétique et atteinte de spasmes. Prairie est également inspiré par le cinéma de Lynch et de Cronenberg. C’est peut-être à ce dernier qu’il faudrait rattacher l’inspiration du thème de ce disque. On pourrait aussi citer James Graham Ballard, tant c’est à lui que l’on doit d’avoir exploré, dans leur tréfonds, les liens entre la catastrophe et la séduction. Cette première parution se vit comme une excursion sonore dérangeante et quelque peu dérangée. Elle séduit, assurément. (et)

Pulp ‘Party Clowns – Live in London 1991’ Floating World/Ber tus/V2

Nous sommes à Londres, le 20 juillet 1991. Le magazine NME installe ses quartiers au Town & Country Club de Kentish Town pour une soirée promise aux figures montantes de la nouvelle scène anglaise. Baptisé ‘Class of 91’, l’événement est télévisé et enregistré. Les traces de ce glorieux passé ressurgissent aujourd’hui sur ‘Party

Clowns’, huit morceaux joués en concert par Pulp à l’aube de la sortie de l’album ‘Separations’. Pas indispensable pour le commun des mélomanes, ce disque s’adresse d’abord aux fans de la première heure et aux groupies de Jarvis Cocker, le plus élégant des dandys de l’épiphénomène Britpop. Pour l’anecdote, on retiendra que le chanteur était encore coincé dans un train dix minutes avant le début de son concert. Heureusement, la scène se déroule en Angleterre, à bonne distance de la SNCB et d’une annulation 100 % garantie. Vive le rail. (na)

Finley Quaye ‘28 th February Road’ Sakifo Records/Wagram

Un jour de 1997, on s’est mis à songer que le reggae pouvait provoquer autre chose qu’une prolifération de fumées à la limite du licite et de bérets jamaïcains pour planquer des poulpes capillaires. Le responsable de cette révélation incarnait à s’y méprendre l’adjectif solaire et nous, on devait être sacrément bien luné, parce qu’après avoir entendu ‘Even After All’, on avait carrément jeté son dévolu sur l’album entier. Depuis, il faut bien avouer qu’on n’a guère retâté de ces incartades à notre ligne musicale, ni repris des nouvelles. On emprunte pourtant aujourd’hui la route des jours bissextiles pour y redécouvrir la chaleur d’antan, l’incantation estivale, la syncope phrastique propice à l’ingestion de panachés. Au milieu de recettes éprouvées et volontiers chabada, un ‘After The Fall’ à l’épure discernable ne vient pourtant pas nous détourner de notre idée première : un tapis sonore standard de vacances fait rarement son nid durablement dans votre discothèque, fût-il nostalgie d’adolescence. (alr)

Race Horses ‘Furniture’ Stolen Recordings/PIAS

Je n’avais jamais entendu parler de ce groupe avant de recevoir cet album et je dois bien avouer que l’écoute de ‘Furniture’ m’incite à ne pas pousser le flirt plus loin. Race Horses semble vénérer une certaine pop 80s et s’évertue à composer des titres comme auraient pu les écrire leurs idoles que l’on devine être les Prefab Sprout ou les Housemartins. C’est en soi plutôt anachronique et inutile, mais comme en plus l’ensemble comporte peu de morceaux saisissants et que les quelques bonnes mélodies sont plombées par des arrangements éculés et un maniérisme irritant, on n’insistera pas. (pf)

Nicolas Repac ‘Black Box’ No Format/Naïve

Au-delà des questions pécuniaires de la notion d’ayant-droits, la paternité musicale est avanttout affaire de reconnaissance, de respect. Plus encore lorsqu’on aborde les mélodies nées de destins bafoués, d’individualités niées, d’ethnies éparpillées au nom de l’Histoire et de l’Homme Blanc. Prenons Alan Lomax, figure tutélaire de la collecte des traditions musicales américaines et a priori personnalité inattaquable de l’Histoire de la Musique. Lomax et son équipe se sont toujours efforcés de reconnaître et rémunérer l’interprète original de chaque enregistrement. Malgré tout, nombre de documents, parfois du domaine public, ont émis plus de droits à l’égard de Lomax qu’à leur interprètes, parfois inconnus ou introuvables. Rendre hommage à ces musiques et ces hommes, sous son propre nom, par l’utilisation d’enregistrements glanés ou pré-existants, revient donc à tresser de fils récupérés à gauche à droite le tapis, vendu parfois bien cher, dans lequel se prendre les pieds. Exercice délicat, donc. C’est à peu de chose près la question qui se pose à l’écoute de ‘Black Box’. Quelle est, au long de ces quinze titres enivrants, la part légitime de création de Nicolas Repac, compère d’Arthur H, guitariste et DJ à ses heures? Ses boucles électroniques, tout en finesse SaintGermaine, font avant tout effet de liant entre les


Earteam différentes manifestations blues qui hantent les plages de l’album, depuis un work song capté par le même Lomax à une complainte tzigane de Serbie, tandis que sa guitare souligne des protomélodies déjà contenues dans ces chants cassés, ces voix à l’occasion invitées (Cheikh Lo, l’Angolais Bonga). Quelle est, dès lors, la raison mystérieuse et déplacée qui pousse l’artiste à apposer son seul nom sur un projet aussi peu individuel, tant dans l’idéologie que dans l’exécution ? Mieux vaut finalement profiter de l’album pour ce qu’il offre : une magnifique anthologie de sonorités blues inclassables et envoûtantes, qui donne envie d’en savoir plus sur les artistes de l’ombre, plutôt que sur l’homme aux platines. N’est-ce pas finalement l’essentiel ? (ab)

Alasdair Roberts & Friends ‘A Wonder Working Stone’ Drag Cit y/V2

Ce qui nous fit estimer le barde écossais tient très intimement à l’incarnation. Le Bonheur. Moment béni devant quelques âmes que celui où la force motrice d’Appendix Out se mit à entonner une version rauque de ‘Radioactivity’ avec son ami Ben Chasny (Six Organs of Admittance). Souvenir précieux aussi que la pénombre du cinéma Nova, théâtre du surgissement organique d’une voix passeuse d’histoires, nasillarde, diablement propre et d’un finger-pickingà la mesure singulière. L’équitable partage entre religion et superstitions parfois morbides en terre celtique, le goût des romances tragiques, voilà les fils qui tissent la matière de ‘The Merry Wake’, triomphant pan de lutte mélancolique en ouverture. Dans ‘A Wonder Working Stone’, l’interstice dans la tradition se fait par une porte grand ouverte, il est laissé libre cours à chacun ensuite de s’imaginer, au son des fiddlers, sautillant avec les fugaces belles de Mai du ‘Burning Man’ ou grimpant sur les récifs escarpés de ‘The Edge of The World ‘ de Michael Powell. Davantage qu’un disque, c’est l’acceptation d’une flânerie ancestrale parmi les visages burinés, une mise au ralenti des modes dont l’élan franc opère incontestablement, mais par à coups. (alr)

Kid Rock ‘Rebel Soul’ Atlantic

Pour ceux qui l’ignoreraient encore, Kid Rock véhicule, défend et vend (30 millions d’albums déjà !) une certaine image de son Amérique à lui en ne lésinant pas sur des clichés qui ne se limitent pas à la musique. Etre assis au fond d’une limousine à caresser indifféremment des putes ou son 12 mm avec une Bud à la main en portant un tee-shirt à la gloire de Mitt Romney n’est qu’un exemple à peine caricatural de son fonds de commerce poétique. On pouvait donc s’attendre à ce que ce ‘Rebel Soul’ creuse le même sillon country-southern-rock-hard FM, sorte de Route 666 de la musique. Et effectivement, malgré une teneur en country moins concentrée, ce septième album semble s’inscrire dans la lignée de ses prédécesseurs. Imprégné de Lynyrd Skynyrd et charpenté par des guitares bling-bling et dégoulinantes de sueur, ‘Rebel Soul’ est à la musique américaine ce que la malbouffe est à la gastronomie. Et surtout un très gros calibre pour les radios « classic rock ». Avec au menu donc les grands classiques du Kid : les filles de joie donc (‘Cucci Galore’), les fiestas (‘Happy New Year’, ‘Celebrate’, ‘Redneck Paradise’) ou encore le soutien aux troupes américaines déployées dans les zones de guerre (‘Let’s Ride’). Des thématiques douteuses ou bas du front qui prêtent parfois à sourire et souvent à gerber. (gle)

Roseaux ‘Roseaux’ Tot Ou Tard

Initié avant la révélation d’Aloe Blacc et son ‘I Need A Dollar’, le projet Roseaux rassemble le chanteur panaméen et plusieurs musiciens fran-

U.S. Girls ‘Gem’ FatCat

Révélation hypnagogic pop de ces dernières années, Meghan Remy (alias U.S. Girls) pousse encore le cran de l’émotivité bricolo un rang plus loin en 2013. Penchant féminin d’un Ariel Pink qui aurait rencontré Xiu Xiu et Marianne Faithfull, la Canadienne – qui n’a rien d’U.S. ni de pluriel – torture son électro pop dans un sens davantage expressif que par le passé, notamment par rapport à son déjà excellent ‘U.S. Girls On Kraak’ paru en 2011 sur, cocorico, le fameux label belge de son titre. Même si, de toute évidence, on ne fredonnera jamais ses chansons entre le pommeau et la savonnette, la musique de Meghan Remy poursuit son chemin en toute indépendance, à michemin entre expérimentations personnelles et recherches mélodiques surréelles. Vous cherchiez un conseil d’écoute dans la marge ? Ne cherchez plus, il est tout trouvé. (fv)

çais, le tout sous la houlette du Emile Omar de Radio Nova. Né de sa volonté de partager des morceaux qui ont jalonné son parcours d’auditeur, souvent confidentiels si l’on excepte ‘Walking On The Moon’ et leur brillante version, l’animateur du Grand Mix concocte avec ses compagnons onze reprises tout en finesse, jazzy et légères comme les plumes tombées du classique de Chick Corea, soul et solaires comme les promenades blufunk du nigérian Keziah Jones, dans les pas duquel Aloe Blacc pose sans peine ses pieds nus et sa voix d’or (‘Missing You’, bravoure vocale où il ratisse à lui seul tout le spectre r’n’b). Clément Petit et Alex Finkin, aux instruments (cordes, cuivres, flûtes, piano, etc.), façonnent en vrais artisans des mélodies acoustiques et paisibles, autant de caresses auditives subtilement déviées des originaux parfois moins recommandables (‘More Than Material’, Patti Labelle). Surgit à l’occasion un solo de guitare électrique ou de clavier, qui se diffuse dans le mix tel les perturbations d’une forte pluie à la surface de l’étang où ce Roseaux, invincible, a élu domicile. On se laisse glisser sans crainte dans ses eaux fraîches et vivifiantes. (ab)

The Ruby Suns ‘Christopher’ Memphis Industries

Je n’ai pas découvert le premier album des Ruby Suns à sa sortie en 2006. Je l’ai acheté plus tard, un euro, dans un bac à soldes à la côte belge. Ça tombait bien, deux mois après on me refilait ‘Fight Softly’ à chroniquer, j’allais pouvoir le porter au pinacle en connaissance de cause. Ou pas. Ou pour d’autres raisons : c’en était fini des guitares sunshine pop et des harmonies de garçons de plage, les Néo-Zélandais se réinventaient en fonçant dans le psychédélisme synthétique sans renier le soleil, genre entre la folie géniale de l’Animal Collective de ‘Strawberry Jam’ et les extravagances tropicales d’El Guincho. Sur ‘Dusty Fruit’, c’était même irrésistible. Aujourd’hui, de deux choses l’une : ou bien la bande à Ryan McPhun a voulu continuer à concurrencer celle de Panda Bear – donc, au rayon foutage de gueule cette fois (l’inaudible ‘Centipede Hz’) – ou bien elle entend nous rappeler que 2013 succède à la fin du monde et que l’optimisme, c’est pour les cochons – ‘Christopher’ est miné par l’absence de tubes potentiels. Dans les deux cas, la crise, toujours la crise. (lg)

Luca Sapio And Capiozzo & Mecco ‘Who Knows’ Ali Buma Ye Records/Rough Trade

Dans notre cabinet de curiosités 2013, ce premier album de Luca Sapio, trentenaire italien surgi de nulle part, trouvera sans nul doute sa place. La pochette laissait pourtant présager le pire. Un piteux montage photo en clair-obscur ne rendant guère hommage à un visage d’homme aux allures de loup-garou à rouflaquettes. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. A la pleine lune, tel un ly-

canthrope, l’étalon italien se métamorphose en chanteur de soul. Il attaque cette musique noire avec son âme blanche. Luca Sapio est alors toutpuissant. Il a la soul dans le sang plutôt que dans la tête. Il est tour à tour Curtis Mayfield, Terry Callier ou Smokey Robinson. Toutes proportions gardées parce qu’on n’évoque pas ces noms impunément. Mais sans complexes, à chœurs fringants et cuivres coquets rien d’impossible, il fait de la soul/blues à l’ancienne avec sans doute moins de sensualité que de groove. L’album, enregistré et produit par Tomas « TNT » Brenneck (Charles Bradley, Sharon Jones… et Amy Winehouse), est complètement bluffant dans sa capacité à ressusciter le son soul/blues 60’quand les sons psychédéliques sublimaient les cuivres. Une vraie réussite qui mérite peut-être davantage que de la simple curiosité. (gle)

Saule ‘Géant’ 62Tv/Pias

Il y a quelque chose de dérangeant chez Baptiste Lalieu : lorsqu’on l’avait interrogé longuement pour son album précédent (le très bon ‘Personne’), il nous avait parlé de tout ce qu’il aime dans la musique, il était question de pas mal de groupes obscurs, lo-fi, distordus, de machins foutrement roots. Aujourd’hui, on ne pige toujours pas pourquoi ce type vraiment balèze s’acharne à faire du Saule pour midinettes. On aurait bien voulu, nous, rejoindre le consensus qui encense le bazar mais la moitié des textes sont dadais au possible et rejoignent ceux de Christophe Maé au panthéon de la poésie pour analphabètes (‘Le Bon Gros Géant’, franchement…). Saule a donc trouvé le filon, il est le premier ‘Chanteur Bio’ et il tutoie Charlie Winston (« Et toi l’english man, enlève donc ton chapeau ») qui pour le coup produit l’entièreté du disque. Enfin, nous on ne le retire pas et, de la part d’un gars aussi doué, on espère un jour entendre vraiment autre chose. (lg)

The Scantharies ‘The Scantharies’ Memphis Industries

1969. L’homme marche sur la lune et quatre musicos érétriens, transformés à jamais par la visite sur leur île d’un quatuor chevelu à la célébrité christique, prennent à leur tour le nom de scarabées locaux. Nos insulaires débutent ainsi une carrière psyché-garage, un croisement grandiloquent et méditerranéen d’influences réjouissantes, un rock instrumental aux couleurs d’azur et au goût d’huile et de sel. Au fil des ans, le son des Scantharies évolue, suit les modes et, à trop vouloir tutoyer les cieux, finira de disparaître dans les flots musicaux trop lourds de l’excès mystique. Best of sorti de nulle part, cet album nous rappelle la non-existence de ce groupe totalement fictif et sorti de l’imagination d’Andy Dragazis (Blue States). Album-concept sans la moindre parole, ‘The Scantharies’ déride d’un bout à l’autre. Loin d’être simplement

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anecdotique, le surf ensoleillé et mythomane de ces quatre garçons dans le vent rappelle le plaisir immédiat d’autres formations instrumentales, qu’il s’agisse des Vice Barons, Messer Chups ou encore Man or Astro-Man. Les morceaux de bravoures, secs et ciselés tels des coups de fouet sur le sable, s’enchaînent comme dans un Moussaka Western endiablé sur lequel planeraient les ombres des Shadows, de Morricone, des voisins Goblins et surtout des Aphrodite’s Child, référence avouée d’Andy Dragazis, dont le ‘666’ reste encore à ce jour le summum du rock progressif hellénique. (ab)

Ron Sexsmith ‘Forever Endeavour’ Cooking Vinyl/V2

On ne cherche pas à vous dissimuler la vérité toute crue : il y a toujours eu, chez ce désormais presque quinqua aux maxillaires pouponnes une préciosité dans le songwriting, une touche oldfashioned peut-être, qui le rend imperméable à certains conduits auditifs. On a du mal à l’imaginer sans chemise à jabot ou écharpe en soie piquée à Elvis Costello, et la valise en carton fourbie de morceaux fondus d’avance, pétris de lamentations bonne pâte qui ouvrent le ciel à des matins chargés de nuages maniéristes. Un tempérament de poète maudit et rebondi doublé d’un mélodiste à l’ancienne, jamais mesquin en chœurs d’ornements, rubans d’organdi, cordes en étalages minutieux. Les entendstu, ces trompettes angéliques qui signent la reddition dans ‘Nowhere is ‘ ? Elles sont le signe qu’une fois encore, la sobriété ne sera pas de mise pour ‘Forever Endeavour’. Il faudra donc scinder les écoutes, sélectionner une ou deux tartelettes plus à notre goût (‘Nowhere To Go’ et ‘The Morning Light’ pourraient faire la paire) suivant qu’on ait ou non le bec sucré. Modération, pour le dessert, chef ! (alr)

[Sic] Sic/Mandaï

Mombu ‘Zombi’ Subsounds/Mandaï

Alors que la musique de The Ex demeure, après plusieurs décennies, en état d’alerte et d’évolution constante, elle incarne pour bon nombre de petites formations une source d’inspiration revendiquée et devient, malgré elle à la faveur de ce temps écoulé, un héritage. Ainsi le combo flamand [Sic] lui emprunte une manière de composer presque similaire, mêlant riffs de basse acérés et cuivres en branle-bas, en l’occurrence un quartet de saxophones, le tout porté par une rythmique tonitruante. Il s’agit d’un premier album carte de visite non titré enregistré avec l’aide bienveillante de la structure Track de Courtai. C’est paraît-il sur scène que [Sic] déploie au mieux ses ressources. Chez Mombu, la filiation est plus évidente encore. Ce duo est constitué par le sax baryton du groupe italien Zu et par le batteur de Nao, un autre groupe italien. Plusieurs invités dont Mike Watt l’épaulent. Le titre ‘Zombi’ a été écrit en hommage à Fela Kuti Les huit plages de l’album décoiffent et dégomment sec. La production de Husky Hoskulds (Mike Patton, Fantomas e.a.) y est pour beaucoup. Cette sorte de hardcore afro/jazz/noise vous assurera une sortie de route sans ménagement et en grande vitesse. (et)

Silmus ‘Ostara’ Volkoren

En moins d’une demi-heure à peine, Silmus parvient à mettre en place un assemblage subtil d’une dizaine de vignettes qui se tiennent et se répondent. Si les mélodies sont réduites à leur plus simple expression, les sonorités qui les sous-tendent se déploient finement et de manière éthérée. Sous ce nom, se profile le projet du Hollandais Gert Boersma qui a rallié à lui Minco Eggersman – l’animateur du la-


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Earteam

bel Volkoren – et par la suite deux autres musiciens. Cette petite formation privilégie une musique essentiellement instrumentale et vogue dans les eaux frontalières de celles de Sigur Rós et Dakota Suite. ‘Ostara’ est son premier album, il a été enregistré par Boersma chez lui et sans chichi. Les magnifiques photographies reprises sur sa pochette, capturées sur les rives des côtes islandaises, ne sont pas seulement un artefact esthétique, elles se regardent aussi comme un clin d’œil à une source d’inspiration musicale revendiquée. (et)

Ballaké Sissoko ‘At Peace’ No Format

Il est des lignes de chemins de fer comme des disques : à priori monotones mais une fois empruntées, beaucoup plus aventureuses et imprécises qu’on les avait imaginées. Celle qui relie Dakar à Bamako fait partie de ce lot-là. A première vue, 1287 kilomètres sans relief, traçant une ligne parfaitement droite entre les deux capitales ouest-africaines. Sauf qu’on sait quand on démarre mais jamais si on y passera deux, trois ou quatre nuits. C’est pareil avec le Malien Ballaké Sissoko : on est conscient du moment où on insère le disque mais très vite, on ne sait plus depuis combien de temps on l’écoute ni combien de fois on a relancé ‘At Peace’. Un paysage toujours le même mais jamais vraiment identique défile. Exactement comme dans l’inusable ‘The Mandé Variations’ de l’autre génie de la kora Toumani Diabaté. Le même thème quasiment répété sans fin, comme un besoin vital, comme le cycle du fleuve Niger, avec ça et là, subtiles ou miraculeux, une guitare douze cordes, un balafon ou le violoncelle de Vincent Segal. Dans le genre, ‘At Peace’ concoure pour le Nobel. Rien de moins. (lg)

Soul Asylum ‘Delayed Reaction’ Freeworld/Floating Records

Voici 20 ans, Soul Asylum accéda à la gloire en sortant le tubesque ‘Runaway train’ qui a été célébré comme un hymne grunge tant par la presse que par les fans. Pourtant, Soul Asylum n’a jamais été un groupe grunge à proprement parler, s’inscrivant plutôt dans la famille power pop indie. Le temps a passé et si le succès n’est plus au rendez-vous, le groupe, lui, ne change pas et nous surprend plus qu’agréablement avec ‘Delayed reaction’. Cet album regorge en effet de pépites ultra accrocheuses qui attestent clairement du fait que le groupe ne s’est pas ramolli avec l’âge. ‘Gravity’, ‘Into the light’, ‘Pipe dream’ et ‘Let’s all kill each other’ sont autant de titres punchy et catchy qui rendent euphorique, tandis que le plus downtempo et épique ‘I should have stayed in bed’ clôt l’album de bien élégante façon. Voilà un groupe qui vieillit plutôt bien. (pf)

Scott Walker ‘Bish Bosch’ 4ad/V2

Exercice téméraire que celui de tenter de coincer sur les quelques pauvres lignes d’une chronique l’ébauche d’un portrait de Scott Walker. Comment raconter Scott Walker? Comment dire sa musique? Quels mots adopter? Quels adjectifs? Il n’existe pas de notice introductive à l’œuvre de Walker pas plus qu’il ne se trouve de mode d’écoute à sa musique. Celle-ci a traversé les décennies sans suivre une voie linéaire et sans jamais se laisser enferrer dans une stylistique particulière. A bientôt septante ans, Walker demeure une énigme. Après ‘Tilt’, sorti en 1995, et ‘The Drift’ paru en 2006, ‘Bish Bosch’ s‘annonce comme la terminaison d’une trilogie qui aura pris près de vingt années pour se compléter. C’est dire si ce disque était attendu, plus encore que tout ce que Walker a pu réaliser comme commandes pour le cinéma ou pour la danse entre-temps. En fait, c’est bien antérieurement qu’il nous faut trouver les fondements de ce nouvel opus. ‘Climate of Hunter’ (1984) contenait déjà, en germes, les fibrilles ce qui allait devenir la texture de ses compositions. Plus il avancera dans le temps, plus enclin Walker sera à délaisser le format étriqué de la chanson. Des pièces aux détours nombreux, des voies à contre-sens, des chemins tortueux. Si ‘The Drift’ brillait par sa sombre, ‘Bish Bosch’ fait jaillir de l’obscurité d’impromptues couleurs. Rafales, fracas, pets, accrocs. Bosh? Certainement. Mais aussi Beckett, Homère, Siméon le Stylite. ‘Corps de Blah’ prend les allures d’une pièce de théâtre tandis que l’indicible ‘SDSS1416+13B’ s’apparente à une tentative d’anti-opéra de près de 22 minutes, à la limite du supportable et de l’acceptable. Plus loin, ‘Epizootics!’ apparaît comme un relâchement malgré lui avant d’affronter deux autres pièces drues que son ‘Tar’ et ‘The Day The « Conducator » Died’ qui clôt le disque sous la forme d’une fausse chanson de Noël relatant la fin tragique de Ceausescu. ‘Bish Bosch’ est un disque extrêmement difficile d’accès, le résultat d’une introspection complexe, voguant intensément à contre-courant de la débilité communicative qui s’est emparée avec frénésie depuis longtemps déjà de la machine dans laquelle nous ne cessons de virevolter. (et)

Stokes et ses comparses ne recourent pas à des riffs bruitistes ou des hurlements hardcore pour délivrer leur message mais s’inscrivent dans la tradition des bluesmen conteurs d’histoires. Musicalement parlant, le groupe laisse de côté les dimensions reggae ou ska auxquelles on les associe et opte pour des arrangements rock plutôt old school - il se réfère d’ailleurs à Led Zep ou Black Sabbath - tantôt énervés, tantôt laidback. Abordant une multitude de problématiques allant de la misère sociale aux Etats-Unis au tremblement de terre à Haiti en passant par la dictature du grand capital, Stokes brille au niveau de l’écriture, trempant sa plume dans une encre incisive mais jamais simpliste. Parmi les moments forts de cet album de très belle facture, on relèvera l’accrocheur ‘H.A.C.K.I.N.G.’, le très prenant ‘Take cover’, sans oublier l’excellent ‘Black Welsh mountain’ qui termine l’album sur une note stoner. Rien que du solide! (pf)

Strife ‘Witness A Rebirth’ Holy Roar/Pink Mist

Après onze ans d’absence, ces vétérans de la scène hardcore dans ce qu’elle a de plus dure sont de retour avec un album débordant de cette brutalité vénéneuse qui les a toujours caractérisés. Pour ce grand retour, Strife s’est entouré de grosses pointures provenant de la scène métal comme Billy Graziadei (Biohazard), Marc Rizzo (Soulfly) ou encore Igor Cavalera de Sepultura qui frappe ici particulièrement fort à la batterie. En réalité,‘Witness A Rebirth’ voit le groupe faire ce qu’il a toujours fait, sans que son style n’ait été altéré d’aucune façon par le long congé qu’il s’est offert. C’est viscéralement direct, ultra violent, assez répétitif et en même temps très addictif. Du Strife, quoi. (pf)

Tape Cuts Tape ALtERNaTIVE ONLiNE-RECORDStORE

State Radio ‘Rabbitt Inn Rebellion’ Ruff Shod Records/Net t werk Music Group

‘Rabbitt Inn Rebellion’ est l’un de ces albums qu’il convient d’écouter et non d’entendre, la visée ultime du groupe étant d’inciter l’auditeur à l’engagement. Contrairement à d’autres, Chad

‘Black Mold’ Heaven Hotel/Rough Trade

Après avoir réalisé un premier album, ‘Pagan Recorder’ paru en 2010, Rudy Trouvé poursuit sur sa route en donnant des ailes à Tape Cuts Tape pour un second album. Tape Cuts Tape rompt avec dEUS et Dead Man Ray tout en apparaissant comme la prolongation inévitable de son travail de composition au sein de ces formations antérieures. Trouvé est épaulé par le très bon batteur Eric Thielemans, actif dans le com-

bo jazz Maak’s Spirit et en accointance avec des types comme Trevor Dunn (Mr. Bungle) ou Marshall Allen (Sun RA Arkestra), et la chanteuse Lynn Cassiers, une vocaliste jazz de très haut niveau membre du Brussels Jazz Orchestra. Musicalement, la musique de Tape Cuts Tape ne s’apparente à une aucune famille en particulier. Elle puise certes une partie de ses influences dans le jazz mais elle se donne volontiers des accents post-rock répétitifs et angulaires. La voix de Cassiers, qui répond et s’entremêle parfois avec celle de Trouvé, confère aux compositions chantées un côté doux. Incidemment, on songe parfois au groupes du label Too Pure des années 90 tels Laika ou Pram. C’est sur scène que Tape Cuts Tape donne la pleine mesure de son art. Le groupe sera sur celle de l’An Vert à Liège ce 23 février et sur celle du Vooruit le 5 mars. (et)

Lucie Thorne ‘Bonfires in Silver City’ Lit tle Secrets Records/Smoke Recordings

« It’s a great wave that’s coming down » : ‘Bonfires in Silver City’ est comme un départ de feu qui ne crépite en aucun cas, une voie atmosphérique pour un assoupissement sans rêves, un moment plus ferme qu’on appelle de ses vœux sans plus y croire lorsqu’il survient, presque par accident (« I’ve been waiting so long » en duo avec Jo Jo Smith, petit sursaut d’énergie disparate). C’est l’un de ces albums plus ou moins americana et intimes qui s’échappent avec le courant, s’enfouissent dans le sable à la façon des bigorneaux, se recroquevillent sans provoquer d’arythmie, ne heurtent rien sur leur passage. On a beau y chercher des traces palpables de leur interprète, une tache de naissance, un œil qui louche, on n’y expérimente au final qu’une escapade tranquille vers le Grand Universel, le ventre mou des sensations. (alr)

Three Second Kiss ‘Tastyville’ African Tape/Mandaï Distribution

Quatre ans après sa dernière excursion musicale, Three Second Kiss arpente les ruelles de ‘Tastyville’, un nouvel album obnubilé par le math-rock et l’âge d’or du label Touch & Go. A travers ces neuf nouvelles compositions, la formation italienne partage son goût pour l’Amérique d’Al Capone. Les aventures du trio de Bologne se dessinent là-bas, à l’ombre des gratte-ciels de

Chicago, point d’ancrage d’un rock nineties racé et millimétré. Sous leurs aspects chaotiques, les chansons sont maniaques de précision. L’architecture des morceaux est soigneusement structurée, les guitares serpentent le long de rythmiques abrasives, toujours percussives. Au carrefour du math-rock et du free-jazz, le groupe marque uniquement l’arrêt pour laisser circuler les poids lourds du genre (Don Caballero, Uzeda ou Shellac). Du reste, les Transalpins font course en tête. (na)

Tosca ‘Odeon’ !K7 Records

Réception viennoise sous invitation. Le Grüner Veltliner coule à flots irisés et prépare bouches pâteuses et cheveux douloureux. Les petits canapés s’imbibent sous les monceaux de sauerkraut. Sur la scène nue d’un salon loungevelours cachetonne un vocaliste d’apparence exotique, devant un parterre de vestons indifférents que des entre-seins poussiéreux sous robes ostentatoires entraînent loin des regards indiscrets. C’est qu’à côté, dévétue, communie la grande Autriche, amas rose et blond, guests über-lascifs, gross wiener mit perlenmuscheln. « In my brain/in my brain/Prinz Eugen » scandent des enceintes invisibles que pilotent Richard Dorfmeister und Rupert Hubert, Djs aux yeux bandés, depuis leur cage de plexiglas. Couple de Pompougnac version Maison Habsbourg, Tosca déroule inlassablement son ruban de moëbius ambient et prudemment world à l’attention des rupins aux goûts de scheisse, pour toujours abandonnés à leur perpétuelle partouze poudrée. (ab)

TRC ‘The Story So Far’ No Sleep Records

Nouveau venu sur la scène punk british, TRC propose avec ce mini album de 7 titres un bel aperçu de son potentiel. Mêlant influences punk/ hardcore et hip hop sur un ensemble brutal, engagé au niveau des textes et en même temps accrocheur - on pourrait par moments relever des similarités avec Body Count, ‘The Story So Far’ séduit par sa fraîcheur et son haut quotient qualitatif. Parmi les moments forts se dégagent tout spécialement le virulent et bien nommé ‘Bastard’, l’excellente reprise de ‘London’s greatest love story’ de The Streets, sans oublier l’ultra catchy ‘Teamuk’, qui associe flow hip hop et passages typiquement punk sur une mélodie rehaussée de claviers prenants. A mon avis, un groupe dont on va entendre parler à l’avenir. (pf)

Various ‘Change The Beat – The Celluloid Records Story 1980-1987’ Strut/Pias

Créé à la fin des années 70 par Jean Karakos à Paris, Celluloid deviendra au début des eigthies un des labels les plus éclectiques et fouineurs sur la place, transfrontalier avant l’heure avant de s’éteindre en 1991. Il indaguera plusieurs voies à la fois. Fort de son expérience dans le commerce du disque et dans le management de groupes comme Gong ou Magma, Karakos n’aura pas de mal à favoriser une scène pop/rock new-wave française alors naissante avec Jacno (et le duo de ses protégés Mathématiques Modernes), Sapho, Marie & Les Garçons, Ferdinand Richard ou encore Nini Raviolette. Karakos fera souvent l’aller-retour Paris/New York où il rencontrera Bill Laswell avec lequel il développera une véritable relation de travail et d’affinités musicales. Après avoir été un des premiers à rapatrier la no-wave new-yorkaise en Europe avec ses figures de proue James Chance, Richard Hell et Richard Lloyd, il s’intéressera aux projets et aventures satellites


Earteam de Laswell avec Golden Palominos comme point pivotant entre ces deux genres. C’est logiquement qu’il éditera en Europe Massacre, Material, Deadline… mais aussi les artistes anté-rap Futura 2000, Grandmixer D.ST, Timezone et Fab 5 Freddy avec son célèbre tube bilingue français/ anglais ‘Change The Beat’ qui fit danser dans bien de discothèques inspirées et qui donne son titre à la présente compilation. Par ailleurs, bien avant que le terme ‘world-music’ ne devienne galvaudé, Celluloid popularisera bon nombre de musiciens africains dont Manu Dibango, Touré Kunda ou Mandingo. Généreuse rétrospective reprenant des photos historiques et une interview de Karakos, ce double cd/lp constitue une excellente synthèse d’une maison qui eut son renom et qui vient récemment de renaître. (et)

Various - Shkval/Omsq ‘Perfect Suite EP’ Antée Records/Mandaï Distribution

Ce split-single, disponible en édition vinyle limitée, met à l’honneur deux formations bruxelloises excellant dans le domaine du trip instrumental allumé et doom. Conçu comme une suite cohérente servant de bande son à une « vision méditative hallucinée », ce EP est aussi fascinant et flippant que trippant. Shkval ouvre le bal avec un drone électro indus parsemé de riffs stoner et métal ainsi que des passages électros glauques qui auraient pu servir de bande son à un film comme ‘Alien’. Ensuite, Omsq prend le relais avec un délire stoner sludge parcouru d’accents psychés et space rock qui affiche un son vraiment énorme. Un régal pour les amateurs du genre! (pf)

Veronica Falls ‘Waiting For Something To Happen’ Bella Union

Les naïades et jouvenceaux de Veronica Falls avaient enflammé les Humbert Humbert du monde entier avec un premier album naïf et séducteur comme une chemise ouverte sur un sein naissant. On attendait donc ce ‘Waiting For

Something To Happen’ avec l’excitation un rien frustrée de l’amant éconduit par une proie jeune et fuyante, aux règles insaisissables, de celles qui s’enfuient sous la main pour éclater de rire hors de portée. L’été suivant, le cœur battant, nous les retrouvons enfin, légèrement changés, pas tout à fait adultes, plus vraiment enfants. Ils n’ont plus cette urgence un rien frondeuse de ‘Found Love In A Graveyard’ ou ‘Right Side Of My Brain’, ce qui est sans doute dommageable, mais ont heureusement perdu en chemin leurs mièvreries redondantes, ces « la la la » qui vous avaient d’abord enchanté, pour vous casser finalement les oreilles après deux jours, bien que vous n’en ayez rien montré. Vous leur trouvez même plus de charme qu’auparavant, tout auréolés qu’ils sont de leur mélancolie ambiguë, plus affirmée encore, où s’étreignent sourire et larmes, où bruisse sous le voile qui les ceint une cuisse trop pâle sans doute pour appartenir au monde des vivants. Ne sachant que trop bien la fragilité de la complicité qui vous unit, vous vous laisser aller au plaisir des ces êtres en mue et acceptez, un rien groggy, la démonstration de l’expérience glanée en votre absence. Une maturité qui leur sied bien, pensez-vous yeux fermés, tête dans les fougères. (ab)

Wave Machines ‘Pollen’ V2

Pendant que sa voisine mancunienne n’en finit pas des chasser les corbeaux qui rôdent autour des cadavres de sa scène musicale, Liverpool a mieux réussi sa mue en renouvelant depuis quelques années sa créativité légendaire en matière d’éclectisme pop. Illustration notamment avec les quatre Scousers purs jus de Wave Machine qui provoquèrent en 2009 quelques remous dans le microcosme avec un premier album aux mille intentions electro pop (‘Wave If You’re Really There’). Fish and chips de l’éphémère musical comme bien d’autres avant eux ? Une partie de la réponse tient dans ce ‘Pollen’ tour à tour indolent, instinctif et indocile. Trois qualificatifs qui résument parfaitement l’art pop de Wave Machines. Des rythmiques bricolées et tricotées avec des tics, des clicks et des blips mélodiques, des puzzles à 1000 pièces rassemblés sous la voix de Tim Bruzon, qui se situe

27

quelque part entre Barry Gibb et Prince. Plus sombre, d’une luxuriance mieux maîtrisée que sur le premier album, le disque bénéficie de l’apport incontestable à la co-production de (Arcade Fire, Bjork, Goldfrapp) qui a su canaliser le recours trop systématique au copiercoller et permettre au groupe de se trouver un son. Illustration notamment avec des titres comme ‘Ill Fit’ou ‘Counting Birds’qui baignent dans une euphorie d’apparence légère mais qui devient vite pernicieuse, comme l’effet d’une pilule maligne déposée incidemment dans le cocktail. Il est encore trop tôt pour savoir si ces quatre garçons compteront un jour au nombre des aventuriers excentriques de l’électrop pop anglaise. Mais sauf en cas d’allergie sévère à l’électro pop, leur ‘Pollen’ devrait se disséminer assez largement dans les cages à miel. (gle)

Wu Block ‘Wu Block’

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TRUST (CA) 04/02/13: AB - Bruxelles

STADT (B) 06/02/13: AB - Bruxelles 15/02/13: We Are O'pen @ Trix - Anvers 14/03/13; De Grote Post - Ostende 15/03/13: Muziekodroom - Hasselt

GO CHIC (TW) 06/02/13: Cafe Video - Gand 07/02/13: AB - Bruxelles * 08/02/13: AB - Bruxelles * 09/02/13: AB - Bruxelles * * support for GOOSE

LOVE LIKE BIRDS (B) 09/02/13: De Casino - Sint-Niklaas 15/02/13: N9 Villa - Eeklo 17/02/13: De Grote Post - Ostende 02/03/13: Eden - Charleroi

EBO TAYLOR & ODAPAJAN (GH) 13/02/13: De Kreun - Courtrai 17/02/13: Trix - Anvers

Modular/V2

Si le Wu-Tang Clan a imposé et exporté sa vision du rap East Coast, on observe depuis une dizaine d’années un ralentissement de ses activités (intéressantes). L’album ‘Enter The Wu-Tang (36 Chambers)’ appartient désormais à l’histoire du hip-hop. Depuis sa sortie, chaque membre du collectif y va de sa petite thésaurisation, reprenant à son compte l’imagerie et le logo d’un projet irrémédiablement ancré dans le siècle dernier. Nouvel épisode d’une série entamée en 1993, ‘Wu Block’ est le terrain de jeu initié par Ghostface Killah du côté de Staten Island. A une flaquette de New York, l’artiste rassemble les hommes forts du Clan autour d’un album où tout le monde – ou presque – vient taper son flow de tueur. Dispersé sur quatorze morceaux (dont l’excellent ‘Drivin Round’, fomenté par le quatuor Erykha Badu-GZA-Masta Killah-Sheek Louch), Inspectah Deck, Ghostface Killah, Method Man, GZA et Raekwon hantent les souvenirs de leur propre mémoire en décapsulant de vieilles histoires de mafieux poursuivis par des Shaolins au grand cœur. C’est bien foutu, mais tellement anachronique qu’on dépoussièrerait bien la Super Nintendo pour une ultime partie de ‘Super Mario’. (na)

CAROLINE SMITH (USA) 14/02/13: Madame Moustache - Bruxelles 15/02/13: N9 Villa - Eeklo 17/02/13: De Grote Post - Ostende

KISS THE ANUS OF A BLACK CAT (B) 15/02/13: STUK - Leuven 16/02/13: We Are O'pen @ Trix - Anvers 05/04/13: CC Maasmechelen - Maasmechelen

SX (B) 21/02/13: Het Depot - Leuven 23/02/13: De Kreun - Courtrai 28/02/13: Handelsbeurs - Gand 01/03/13: Trix - Anvers 16/03/13: Belvedere - Namur 18/04/13: Muziekodroom - Hasselt 08/05/13: AB - Bruxelles

VALGEIR SIGURDSSON (IS) 23/02/13: Artefact Festival @ STUK - Leuven

MAPS & ATLASES (USA) 25/02/13: CC De Grote Post - Ostende

RACHEL GRIMES (USA) 27/02/13: Piano Anders @ CCHA - Hasselt

LOCH LOMOND (USA) 03/03/13: De Grote Post - Ostende

DAVID BAZAN (USA) 04/03/13: Cafe Video - Gand

RAPE BLOSSOMS (B) 05/03/13: Les Ateliers Claus - Bruxelles

THE SEA AND CAKE (USA) 05/03/13: Botanique - Bruxelles

STUURBAARD BAKKEBAARD (NL) 06/03/13: Cafe Video - Gand

MUGISON (IS) 10/03/13: AB - Bruxelles * * support for OF MONSTERS AND MEN

SUKILOVE (B) 14/03/13: De Grote Post - Ostende

MARCO Z (B) 14/03/13: De Roma - Anvers 27/03/13: Rednoise - Bruges 20/04/13: Emotions - Bilzen for more concerts : www.toutpartout.be Independent since 1994 Toutpartout agency Labelman Nieuwpoort 18 9000 Gand Phone: +32 (0)9 233 06 02 info@toutpartout.be http: www.toutpartout.be


28 ProPulse

Du 4 au 8 février Botanique, Bruxelles La Boutik Rock et EntreVues ne sont plus... Après fusion et passage au shaker, ProPulse, le nouvel évènement qui les remplace, devient la plus grande vitrine jamais organisée des Arts de la Scène, avec pour vocation de promouvoir les artistes et leur diffusion en Fédération Wallonie-Bruxelles afin de « propulser » les talents. Si Flagey accueille les musiques classiques et contemporaines, les Halles de Schaerbeek hébergent théâtre, danse & arts forains, quant au Botanique il continue à abriter les musiques non classiques. Ainsi, tandis que les journées demeurent une vitrine pour les professionnels venus faire leur marché de saison, les soirées demeurent ouvertes au public. Entre groupes émergents et artistes qui ne vont pas tarder à se faire remarquer, il y en aura pour tous les goûts. Le mercredi 6 : Twin, Vegas, Li-lo*, The Waow, Carl et les hommes boîtes + after Party avec Yama Dirty Crew. Le jeudi 7 : Scarlett O’Hanna, The ANNARBOR, Le Bath Club, Leaf House, Yew. Le vendredi 8 : Vitas Guerulaïtis, Madé J., Deepshow, Castles et The Fouck Brothers. Infos : www.propulsefestival.be

Dinosaur JR

7 février, Rockhal, Esch/Alzette 9 février, Trix, Anvers 11 février, De Kreeun, Courtrai Né au milieu des eighties, le trio formé par Joseph Mascis, Lou Barlow et Patrick Murphy s est très vite imposé comme un nom à part entière véhiculant dans son sillage un idiome qui allait peu à peu s imposer sur les scènes musicales en mutation. On est alors avant l avènement du grunge et Dinosaur Jr réussit la combinaison inédite entre un rock aux accents pop empruntant à l héritage punk et une attitude désinvolte que l on retrouvera dans le grunge mais aussi dans le courant shoe-gaze du tournant eighties/nineties. Reformé en 2005, le trio original a sorti en 2012 son dixième album studio. L’important réside dans la capacité, demeurée intacte, d’une alliance géniale à fomenter des coups visionnaires et passionnément poétiques, à l’image du titre de cet opus : ‘I Bet On Sky’. (et)

Zita Swoon Group

2 février, Rockhal, Esch/Alzette * 6 février, CC Gasthuis, Aarschot * 9 février, CC De Meent, Alsemberg * 10 février, L’Aéronef , Lille * 15 février, CC, Strombeek * 16 février, Maison Culturelle, Ath * 22 février, La Ferme du Biéreau, LLN * 23 février, CC, Seraing * 24 février, Handelsbeurs, Gand * 27 février, Roma, Anvers

vendredi 01 fevrier King Dude, Man From the South @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Yaran @ Molière, Bruxelles, muziekpublique.be Early Adopter, Wine & Cookies @ De Zwerver, Leffinge, leffingeleuren.be The Joy Formidable @ Botanique, Bruxelles, botanique.be The Black Heart Rebellion @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be Tamikrest, DJ TMP @ Eden, Charleroi, pba-eden.be Saule @ Ferme du Biéreau, Louvain-La-Neuve, fermedubiereau.be Aurélia @ Salle Fabry, Bruxelles, art-culture.be Clutch, Hark @ VK*, Bruxelles, vkconcerts.be Absynthe Minded @ CC, Strombeek-Bever, strombeek.be 7 Weeks, Redding @ Taverne du Théâtre, Louvain-La-Neuve, facebook.com/latavernedutheatre 2 Many Donkeys, Citizen Jack, The Waow, Julianne Chleide, Ariane’s Euphoria @ Entrepôt, Arlon, entrepotarlon.be Ben Dj, Flashh, Padawin, le Clan D’Estinnes, DJ Moule, Odilon, Reservoir Dub, Tuffist, Babes D, Skar, Rock Me On Electro, Tringle Loop Machine, Gaetano Fabri @ Espace Marivaux, Bruxelles Don Carlos, Dub Vision Band; DJ Day, J-Rocc, DJ Lefto @ Vooruit, Gent, democrazy.be De Kift @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be de portables, Fence, Movoco @ Cactus@MaZ, Brugge, cactusmusic.be Paul Kalkbrenner @ Rockhal, Esch/Alzette, Lu, rockhal.lu O.Children @ CarréRotondes, Luxembourg, Lu, rotondes.lu Pauline Croze, Amanda Mair @ L’Aéronef, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com

samedi 02 fevrier Shapeshifter @ Clé de Sol, Ottignies Reiziger & Friends @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be reject @ Studio 47, Mons Arno; We The Kings @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Radio Modern: Smoky Joe Combo @ De Roma, Borgerhout, deroma.be Upsidownia, Donuts, Eric @ Le Biberium, Bruxelles, bitchybutch.be Aqme, Inimikall, Sipping @ Entrepôt, Arlon, entrepotarlon.be Ancient Methods, Ontal, Les Cacophoneuses, Face Down @ La Raffinerie, Bruxelles, fondation-sonore.org Beach, Ping Pong Tactics, Vanessa Omaga, 3J, Irani de Coninck @ Scheld’apen, Antwerpen, scheldapen.be Cali @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Nemir, Matador, Lomepal & Caballero, Masta Pi, Siku Siku, Blaps Muzik, LaBelge @ Botanique, Bruxelles, botanique.be De Kift, Herr Seele @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be Royal Republic @ Den Atelier, Esch/Alzette, Lu, atelier.lu Zita Swoon Group @ Rockhal, Esch/Alzette, Lu, rockhal.lu

dimanche 03 fevrier Royal Republic, Her Bright Skies @ Vooruit, Gent, democrazy.be The Datsuns @ De Zwerver, Leffinge, leffingeleuren.be Radio Modern: Ray Gelato & His Giants @ De Roma, Borgerhout, deroma.be Tamikrest @ Trix, Borgerhout, trixonline.be Xiu Xiu, Eugène S. Robinson, Je Suis Le Petit Chevalier, Unhappybirthday @ Ateliers Claus, Bruxelles, buzzonyourlips.be Kendrick Lamar @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Les 100 Grammes de Têtes, DJ Flying Platane @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Maximilian Hecker @ Botanique, Bruxelles, botanique.be The Spinto Band, Elegant Fall @ Aéronef, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com Dropkick Murphys @ Atelier, Esch/Alzette, Lu, denatelier.lu

lundi 04 fevrier Passenger, Stu Larsen @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Darkstar, Trust @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Indians @ Huis 23, Bruxelles, abconcerts.be Maximilian Hecker @ Rockhal, Esch/Alzette, Lu, rockhal.lu

mardi 05 fevrier Foxygen @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Blaudzun, Mister & Mississippi @ AB, Bruxelles, abconcerts.be

De dEUS à Zita Swoon Group, du blues rauque barré à la musique de film muet, cela fait plus de quinze ans que Stef Kamil Carlens creuse son terrier singulier dans le paysage sonore belge et qu’il ne semble pas vouloir arrêter sa course… A l’occasion d’un voyage en Afrique occidentale, Stef a fait la rencontre de deux musiciens burkinabés remarquables : la chanteuse Awa Démé et le joueur de balafon Mamadou Diabaté Kibi. De leur rencontre sont nées une poignées de chansons entre blues/folk acoustique et musique traditionnelle mandingue, regroupées sur l’album ‘Wait For Me’.

mercredi 06 fevrier Propulse: Twin, Vegas, Li-Lo*, The Waow, Carl et Les Hommes Boîtes @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Sir Yes Sir, Stadt @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Unknown Mortal Orchestra, Spectral Park @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Goose, DJ Globule @ Eden, Charleroi, pba-eden.be Metz, Cheyenne 40 @ L’Aéronef, Lille, Fr, aeronefspectacles.com Go Chic @ Café Video, Gent, cafevideo.be Gallon Drunk, Mama Rosin, King Dude @ Le Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com

gigs& parties fev 13

jeudi 07 fevrier Propulse: Scarlett O’Hanna, The Annarbor, Le Bath Club, Leaf House, Yew @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Sortilegia, Teitanfyre, Sargeist, One Tail One Head @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Randieri Samora @ T.A.G.city, Bruxelles, soireescerises. over-blog.com White Mystery @ Madame Moustache, Bruxelles, madamemoustache.be Tweak Bird, Electronic Noise Machine @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Howe Gelb @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be Arno @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be Amparo Sanchez @ Ha’, Gent, handelsbeurs.be Carla Cook Quartet @ De Casino, Sint-Niklaas, decasino.be A Filetta, Paolo Fresu @ Schouwburg, Leuven, 30cc.be Goose, Go Chic @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Salif Keita @ Den Atelier, Esch/Alzette, Lu, atelier.lu Dinosaur Jr. @ Rockhal, Esch/Alzette, Lu, rockhal.lu Jur @ 4 Ecluses, Dunkerque, Fr, 4ecluses.com Cali, Le Yeti, Blind Horses @ L’Aéronef, Lille, Fr, aeronefspectacles.com

vendredi 08 fevrier Propulse: Vitas Guerulaitis, Madé J., Deepshow, Castles, The Fouck Brothers @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Peter Pan Speedrock, Exhausted Wedge, Bloody Mary @ Entrepôt, Arlon, entrepotarlon.be Magnetron Music revue: De Jeugd Van Tegenwoordig, Seymour Bits, aka The Junkies, Le Le, Gifted, Fatima Yamaha, Rimer London, Staygold, Coevorduh, Young Marco @ Petrol, Antwerpen, petrolclub.be Loading Data, Maria Isn’t A Virgin Anymore @ Taverne du Théâtre, Louvain-La-Neuve, facebook.com/latavernedutheatre Imaginary Family, Lotte Dodion, Nu Nog Even Niet, Stoomboot, Dobberman, Kila & Babsie @ Vrijstaat O., Oostende vrijstaat-o.be, vrijstaat-o.be Killer Mike @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Sammy & Bosco Trio @ Molière, Bruxelles, muziekpublique.be Tweak Bird, Shiko Shiko @ Madame Moustache, Bruxelles, madamemoustache.be Portrait; Hatchling, Doganov @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be The Van Jets @ Cactus@MaZ, Brugge, cactusmusic.be The Bony King Of Nowhere @ Caserne Fonck, Liège, lesardentesclub.be The Black Heart Rebellion, Kins @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be Arno, dj set: [PIAS] DJ-urassik Crew @ l’Eden, Charleroi, pba-eden.be Chris Watson @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Critical Sound Brussels: Kasra, Emperor, ... @ KK, Bruxelles, kultuurkaffee.be Al Tarba, Enkephalin, Sparkling Bits @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be Cult Of Fire, Svartidaudi, Pseudogod, Horna, Mare/Black Majesty @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be de portables, Tomàn @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Françoiz Breut @ Rayon Vert, Jette Goose, Go Chic @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Rea Garvey; Amatorski @ Rockhal, Esch/Alzette, Lu, rockhal.lu Dirty Phonics @ den Atelier, Esch/Alzette, Lu, atelier.lu Fritz Kalkbrenner @ Le Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com

samedi 09 fevrier Saule, Antoine Hénaut @ Théâtre, Namur, theatredenamur.be Love Like Birds, Pauwel De Meyer & Band @ De Casino, Sint-Niklaas, decasino.be Zak Patat @ Scheld’apen, Antwerpen, scheldapen.be Kyary Pamyu Pamyu @ VK*, Bruxelles, vkconcerts.be Sonar Sounds: Koreless, Gullfisk, Uphigh Collective @ Cactus@Factor Club, Brugge, cactusmusic.be Serie Z, Reviens, The Old Vandals @ Taverne du Théâtre, Louvain-La-Neuve, facebook.com/latavernedutheatre Face Your Enemy, Balboa, Glory Goes Down, Arkanan, Scars Of Sorrow, Ignitions @ Entrepôt, Arlon, entrepotarlon.be Froidebise @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Crazy Lady Madrid @ Maison de la Culture, Namur, province.namur.be Koreless, Gullfisk, Uphigh Collective @ Cactus@MaZ, Brugge, cactusmusic.be Absynthe Minded @ CC, Mechelen, cultuurcentrummechelen.be Goose, Go Chic @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Dinosaur Jr. @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Gusano, Minilogue, Philogresz @ Petrol, Antwerpen, petrolclub.be


Hypertext @ Madame Moustache, Bruxelles, madamemoustache.be Karma To Burn @ Sojo, Leuven, orangefactory.be Howe Gelb, Flying Horseman @ De Zwerver, Leffinge, leffingeleuren.be Hetroeertzen, Urfaust, Behewen, Black Witchery, Mgla, Vemod @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Lilly Wood And The Prick @ Rockhal, Esch/Alzette, Lu, rockhal.lu La Jonction, Feini-X Crew, Kanibal Krew @ Le Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com

dimanche 10 fevrier Snaarmaarwaar, Corbefin-Marsac @ Pianofabriek, St-Gilles, muziekpublique.be Repair Shop met T.Vos, K.Dela @ De Beek, Antwerpen, scheldapen.be Disiz; The Computers @ AB, Bruxelles, abconcerts.be masterclass: Norbert Krief (alias NoNo); Marché d’instruments de musique d’occasion @ Atelier Rock, Huy, atelierrock.be Zucchini Drive, Pip Skid, Rob Crooks @ Madame Moustache, Bruxelles, madamemoustache.be Wannes Cappelle & Annelies Verbeke @ Vrijstaat O., Oostende, vrijstaat-o.be Amena, Eleanora @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Arternation: MD & Marcus, ISam & Jazzy Demon, Infernal Groove, Average Joe’s, Dropjaw, Flo & Solnes Sure, Chef Henri Depiesse, Sarah Tarasidies, Jim Steeler @ Entrepôt, Arlon, entrepotarlon.be Amparo Sanchez @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Landmarq, Silhouette @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Howe Gelb @ Arenberg, Antwerpen, arenbergschouwburg.be Angus Stone @ Rockhal, Esch/Alzette, Lu, rockhal.lu Le Mascelour Blouse Band @ 4 Ecluses, Dunkerque, Fr, 4ecluses.com Zita Swoon Group, Wolves & Moons @ L’Aéronef, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com

lundi 11 fevrier The Datsuns, The Sha-la-lee’s @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Angus Stone @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Dinosaur Jr. @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Jason Lytle, Aaron Espinoza @ Le Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com

mardi 12 fevrier Radio Moscow, Junkie, Bad Penny, War Machine @ Entrepôt, Arlon, entrepotarlon.be Otis Taylor @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Rea Garvey, Ryan Sheridan @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Dog Is Dead @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Langhorne Slim @ De Zwerver, Leffinge, leffingeleuren.be James Walsch @ Arenberg, Antwerpen, arenbergschouw-burg.be

mercredi 13 fevrier Artefact: Actress, ... @ Stuk, Leuven, artefact-festival.be Mykki Blanco, Born Gold @ Scheld’apen, Antwerpen, scheldapen.be The Bony King Of Nowhere, Douglas Firs @ AB, Bruxelles, abconcerts.be The Black Heart Rebellion @ Beursschouwburg, Bruxelles, beursschouwburg.be Pablo Golder @ Molière, Bruxelles, muziekpublique.be Kaptain K, Over Me, Le Gram, Universound @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Jacco Gardner & Cosmonauts; Brad, New Killer Shoes @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Ebo Taylor, Odapajan @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be James Walsh @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be Lescop, Yan Wagner @ Le Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com

jeudi 14 fevrier We Are Open: Freaky Age, Drive Like Maria, Protection Patrol Pinkerton, Paon, The Van Jets @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Puggy @ De Grote Post, Oostende, degrotepost.be Radio Moscow, Cosmonauts @ Le Vecteur, Charleroi, vecteur.be Urpf Lanze, Hare Akdedod, Remörk, Sayona @ Audioplant, Antwerpen, scheldapen.be The K., zentralheizung of Death des Todes @ Water Moulin, Tournai, watermoulin.bandcamp.com Le Singe Blanc, La Pince, Buffet @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Caroline Smith & The Good Night Sleeps @ Madame Moustache, Bruxelles, toutpartout.be Dansdans, Mauro, Spookhuisje, Wim Vandekeybus @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Betty Wright, Delvis @ Vooruit, Gent, democrazy.be King King @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be Janine Berens, Max Pinckers, Jessica Gerard @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be Echo Beatty, Midnight Directives @ KK, Bruxelles, kultuurkaffee.be

Petite Noir @ La Cave aux Poètes, Roubaix, Fr, caveauxpoetes.com Olivia Ruiz @ Aéronef, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com Nicole Willis & The Soul Investigators @ Le Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com

vendredi 15 fevrier Artefact: Forest Swords, Kiss The Anus Of A Black Cat @ Stuk, Leuven, artefact-festival.be We Are Open: Beach, The K, Dans Dans, Vandal X, Flat Earth Society, de portables, Stadt, Raketkanon, Sir Yes Sir, Low Vertical, Echo Beatty, Condor Gruppe, Dan San @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Savage Republic, Zhod @ Water Moulin, Tournai, watermoulin/bandcamp.com Redhead, Stanny Franzen, Filterheadz, Ben Sims @ Petrol, Antwerpen, petrolclub.be Radio Ultra Modern @ CC, Mechelen, cultuurcentrummechelen.be Zita Swoon Group @ CC, Strombeek-Bever, strombeek.be Olivia Ruiz @ AB, Bruxelles, abconcerts.be This Is The Hello Monster @ Vooruit, Gent, vooruit.be The Cops @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be The Bony King Of Nowhere @ De Roma, Borgerhout, deroma.be Sungrazer, The Machine @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be 25 years Ultima Vez: Experimental Tropic Blues Band, Drums Are For Parades, Mauro, Wim Vandekeybus @ VK*, Bruxelles, vkconcerts.be Drive Like Maria, OK Cowboys @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be Esben And The Witch @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Hans Joachim Roedelius @ KASK, Gent, democrazy.be Kryptic Minds, J:Kenzo, Team Starfleet aka Kromestar & Dark Gentlemen Of Verona, Abel Caine @ Taverne du Théâtre, Louvain-La-Neuve, facebook.com/latavernedutheatre Seams @ CarréRotondes, Luxembourg, Lu, rotondes.lu Disiz @ Aéronef, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com Killer Mike, Rascals @ Le Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com

29 The Bony King Of Nowhere

2 février, CC Ypres * 8 février, Les Ardentes Club, Liège * 9 février, Culturcentrum Casino, HoutalenHelchteren * 13 février, AB, Bruxelles * 15 février, De Roma, Anvers * 20 février, Vooruit, Gand * 9 mars, CC De Spil, Roeselare * 21 mars, CC Ter Dilft, Bornem * 22 mars, De Grote Post, Oostende * 29 mars, Les 4 Ecluses, Dunkerque Le troisième album du Gantois s’aventure dans les terres arides d’un folk ultra dépouillé, proche souvent du Cohen sixties. Seul avec sa guitare acoustique, le Bony King Of Nowhere se met à nu comme jamais. Au bac, les fioritures fleetfoxiennes d’‘Eleonore’, tout ici revêt la beauté virginale des petits matins sur la campagne, retenus dans une brume qui tarde à se lever. Vraiment, la claque est titanesque, on était loin d’attendre Bram Vanparys avec un disque de cette profondeur, de cette justesse. « You have locked yourself away / and now you imprison me too », susurre-t-il dans ‘Valérie’. On ne pourrait dire mieux. (lg)

Black Heart Rebellion

1er février, MOD, Hasselt 8 février, 4AD, Diksmuide 13 février, Beursschouwburg, Bxl 16 février, JOC, Ieper

samedi 16 fevrier Artefact: The Irrespressibles @ Het Depot, Leuven, artefact-festival.be We Are Open: Believo!, Brns, Flying Horseman, Hitsville Drunks, Few Bits, The Germans, Creature With the Atom Brain, Hong Kong Dong, Tomàn, Douglas Firs, Stacks, Kiss The Anus Of A Black Cat, Soldout @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Noisefest: Sudden Infant, Helm, Grunt, Keranen, Svartvit, ... @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Parade Ground, Synthetica, Patrick Codenys, Jérome Delvaux @ Belvédère, Namur, wwwbelvedere-namur.be Mélanie Isaac @ L’Aquilone, Liège, soireescerises.overblog.com Protection Patrol Pinkerton @ De Zwerver, Leffinge, leffingeleuren.be Morning Dead, Alek Et Les Japonaises @ Taverne du Théâtre, Louvain-La-Neuve, facebook.com/latavernedutheatre Zita Swoon Group @ Palace, Ath, maisonculturelledath.be Wild Boar & Bull Brass Band @ Flagey, Bruxelles The Ghost Inside, Deez Nuts, Stray From The Path, Devil In Me @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be The Black Heart Rebellion @ JOC, Ieper Sons Of Noel and Adrian, Eyes & No Eyes; Ducktails; Lucy Rose @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Dez Mona & Box @ CC, Mechelen, cultuurcentrummechelen.be Damo Suzuki & Groupshow, Anthony Shake @ Recyclart, Bruxelles, recyclart.be Anderson Council @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Gary Clark Jr @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Absynthe Minded @ De Casino, Sint-Niklaas, decasino.be James Pants @ Madame Moustache, Bruxelles, madamemoustache.be Heartbeat Parade @ Rockhal, Esch/Alzette, Lu, rockhal.lu Melody’s Echo Chamber, L’Objet @ Aéronef, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com

Extinction de la voix, des feux, de l’espèce: dans le monde du screamo-core, la vie n’est pas drôle tous les jours. Ces idées noires doivent donner une fameuse énergie à qui veut quand même s’accrocher, c’est le cas de Black Heart Rebellion, sextet gantois capable d’envolées furibardes et de calmes inquiets qui vous triturent les tripes tout pareil. En comparaison, le postrock est bien romantique... Le plus surprenant reste quand même que cette charge explosive à la précision chirurgicale a été entièrement enregistrée dans une chambre à coucher. Nounours, ça va? (ag)

We Are Open

Du 14 au 16 février Trix, Anvers Tomàn © Jelle Vermeersch

dimanche 17 fevrier Artefact: We Float Places @ Het Depot, Leuven, artefact-festival.be Octurn Quartet @ Vrijstaat O., Oostende, vrijstaat-o.be Ragnhild Furebotten @ De Roma, Borgerhout, deroma.be Radian Trio @ Parazzar, Brugge, parazzar.be Ebo Taylor & Odapajan @ Trix, Borgerhout, trixonline.be Lock Up, Dripback, Leng Tch’e, Thy Art Is Murder, The Kraken, Martyr Defiled @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Biffy Clyro @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Love Like Birds; Caroline Smith & The Good Night Sleeps @ De Grote Post, Oostende, degrotepost.be Gatekeeper, d’Eon, Dreamboy @ Les Ateliers Claus, Bruxelles, lesateliersclaus.com Passenger @ Rockhal, Esch/Alzette, Lu, rockhal.lu

lundi 18 fevrier Artefact: Red Snapper @ Het Depot, Leuven, artefact-festival.be

En février, le Trix consacre un large panorama aux talents du plat pays qui est le nôtre, avec un gros focus sur les talents séjournant au nord du pays mais aussi une fenêtre sur quelques zébulons du sud. Au programme : Freaky Age, Drive Like Maria, Protection Patrol Pinkerton, Paon, The Van Jets, Beach, The K, Dans Dans, Vandal X, Flat Earth Society, De Portables, Stadt, Raketkanon, Sir Yes Sir, Low Vertical, Echo Beatty, Condor Gruppe, Dan San, Believo!, BRNS, Flying Horseman, Hitsville Drunks, Few Bits, The Germans, Creature With The Atom Brain, Hong Kong Dong, Tomàn, Douglas Firs, Stacks, Kiss The Anus OABC, Soldout. Toutes les infos : weareopen2013.tumblr.com


30 Ducktails

16 février Botanique, Bruxelles Guitariste de Real Estate, Matt Mondanile signe son 4e album avec son projet solo Ducktails. Premier disque chez Domino, ‘Flower Lane’ succède à ‘Ducktails III : Arcade Dynamics’. Matt s’est entouré pour l’occasion de Big Troubles, Daniel Lopatin (Oneohtrix Point Never), Joel Ford (Ford & Lopatin), Madeline Follin (Cults) et Sam Mehran (Outer Limitz). Les dix nouveaux titres présentent un éventail de chansons pop lumineuses ornées de saxophones, de lignes de synthé et d’arrangements au piano pour une pop raffinée.

Liane La Havas

18 février Le Grand Mix, Tourcoing

The Budos Band; The Bony King Of Nowhere @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Vijay Iyer Trio @ De Roma, Borgerhout, deroma.be Mathieu en Guillaume @ Arenberg, Antwerpen, arenbergschouwburg.be John Cale @ Vooruit, Gent, democrazy.be Lilianne La Havas @ Le Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com

mardi 19 fevrier Billie Kawende; Scott Colley @ Vooruit, Gent, vooruit.be Dez Mona & Box @ CC Ha, Hasselt, ccha.be Bloc Party @ Lotto Arena, Antwerpen, livenation.be Françoiz Breut @ Rockhal, Esch/Alzette, Lu, rockhal.lu

mercredi 20 fevrier Artefact: One Man @ Het Depot, Leuven, artefact-festival.be True Bypass @ Huis 23, Bruxelles, abconcerts.be The Hidden Orchestra @ Beursschouwburg, Bruxelles, beursschouwburg.be Tuur Florizoone en Didier Lalov @ Molière, Bruxelles, muziekpublique.be Wim Mertens @ De Roma, Borgerhout, deroma.be The Bony King Of Nowhere; Octurn, Synaesthetic Trip @ Vooruit, Gent, vooruit.be Dan Deacon @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Adrian Crowley, Strand Of Oaks @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Henrik Freischlader Band @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Illunatic, UZ @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Vijay Iyer Trio @ Den Atelier, Esch/Alzette, Lu, atelier.lu Les Frères Casquette @ 4 Ecluses, Dunkerque, Fr, 4ecluses.com

jeudi 21 fevrier

© Alex Lake Jeune chanteuse londonienne inspirée et douée, Lianne La Havas a très vite démontré son habilité à écrire des chansons simples mais amplement bien construites. Elle le fait avec aisance et avec cette légèreté qui caractérise ceux qui vont de l’avant sans se donner pour autant des airs. Pour l’heure, Lianne conserve sa simplicité et demeure très accessible. Après quatre singles remarquables, elle a sorti son premier album au titre en forme de question existentielle : ‘Is Your Love Big Enough ?’ (et)

Michel Cloup + Mièle + Arlt 28 février Atelier 210, Bruxelles

Michel Cloup Février se terminera par un feu d’artifices pour qui aime la chanson en français qui assume ses différences. Michel Cloup (formule duo), ancien Diabologum et figure tutélaire de feu Lithium, présentera ‘Notre Silence’, un premier album où il conte « son histoire », tout autant un voyage intime à travers la perte et l’absence qu’un état des lieux fataliste d’un monde à la dérive. Nos chouchous bruxellois de Mièle (les pauvres n’ont rien fait pour mériter ça), défendrons leur fantastique deuxième album qui hante toujours nos platines et nos mémoires. Composé d’Eloïse Decazes et de Sing Sing, rejoint par Mocke, Arlt se caractérise par un chant à température variable se déployant sur des compositions singulières et charnelles, aux embardées toujours free. Une chanson française cérébrale et tactile qui fait ‘Feu la Figure’.

Artefact: SX, ...; @ Het Depot; Andy Stott, Vladislav Delay @ Stuk, Leuven, artefact-festival.be Jonas Winterland @ Music Village, Bruxelles, abconcerts.be Trixie Whitley @ Ha’, Gent, handelsbeurs.be Jackobond @ De Roma, Borgerhout, deroma.be Veence Hanao @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Samba Django, Rebel Up DJ @ KK, Bruxelles, kultuurkaffee.be Adrian Crowley, Imaginary Family @ Nijdrop, Opwijk, nijdrop.be Dead Ghost, Jacco Gardner @ Madame Moustache, Bruxelles, madamemoustache.be Arno @ Vooruit, Gent, livenation.be Conan, The Eyes From Beyond @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Bertrand Lani & Band @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Mø @ Rockhal, Esch/Alzette, Lu, rockhal.lu Casey, Qwh @ 4 Ecluses, Dunkerque, Fr, 4ecluses.com

vendredi 22 fevrier Artefact: Vessel, The Haxan Cloak, Evian Christ @ Stuk; Daddy G, Submotion Orchestra, Poldoore @ Het Depot, Leuven, artefact-festival.be Maya’s Moving Castle, Blackie And The Oohoo’s, Imaginary Family @ Cactus@MaZ, Brugge, cactusmusic.be Modestep @ AB, Bruxelles, livenation.be Make A Scene met Nick Fransen @ Scheld’apen, Antwerpen, scheldapen.be Makyzard @ CC, La Louvière Tamara Suffren @ Maison de la Culture, Namur, province. namur.be Zita Swoon Group @ Ferme du Bièreau, Louvain-La-Neuve, fermedubiereau.be Odilon, Allez hop! Un peu de hip-hop! @ Le Palace, La Louvière, ccrc.be Antoine Hénaut, Saule @ Centre Marius Staquet, Mouscron, centrecultureldemouscron.be Isbells, True Bypass @ De Roma, Borgerhout, deroma.be 65 Mines Street, Overweight, DJ Flying Platane @ Taverne du Théâtre, Louvain-La-Neuve, facebook.com/latavernedutheatre An Pierlé @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Concrete Knives @ De Zwerver, Leffinge, leffingeleuren.be Beautiful Badness @ Madame Moustache, Bruxelles, madamemoustache.be Fifty Foot Combo, The Hypnotic Eye, The Akulas @ Vooruit, Gent, democrazy.be Cozier & Hermans Jazz Duo @ Kulturzentrum Jünglingshaus, Eupen, eupen.be Douglas Firs, Lena Deluxe @ 4AD, Diksmuide, 4ad.be Lou Doillon @ Rockhal, Esch/Alzette, Lu, rockhal.lu No Metal In This Battle, Liquid Bass @ CarréRotondes, Luxembourg, Lu, rotondes.lu Vitalic, Spitzer @ Aéronef, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com Taipan @ La Cave aux Poètes, Roubaix, Fr, caveauxpoetes.com No Metal In This Battle, Liquid Bass @ CarréRotondes, Luxembourg, Lu, rotondes.lu

samedi 23 fevrier Artefact: Valgeir Sigurdsson; Ital Tek, Lone, Moodprint @ Stuk, Leuven, artefact-festival.be

Up!Festival:The Moon Invaders, The JB Conspiracy, Buster Shuffle, Las Caras, Chickfight, Gaetano Fabri, Hugo Freegow @ Caserne Fonck, Liège, democulture.be Puggy @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Jack Playmobil 003 releasenight: Fastgraph, Hantrax, Stellar Om Source, Raphael @ Scheld’apen, Antwerpen, scheldapen.be James Chance And The Contortions, DJ’s Phidel & Louis Katorz @ Petrol, Antwerpen, petrolclub.be SX @ De Kreun, Kortrijk, dekreun.be Sad Lovers And Giants, Thieves Of Silence @ T.A.G., Bruxelles, lefantastique.be Arno @ Cactus@MaZ, Brugge, cactusmusic.be 65 Mines Street, Moonhop, dr Woggle And The Radio @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Bailecito @ Nova Cinema, Bruxelles, nova-cinema.org Radio Moscow; Cannibal Corpse, Devildriver, Black Dahlia Murder, Winds Of Plague @ Trix, Borgerhout, trixonline.be Born Of Osiris, After The Burial, Monuments @ Magasin4, Bruxelles, heartbreaktunes.com Calexico @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be Bouldou & The Sticky Fingers @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Concrete Knives, Crâne Angels @ Le Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com Taïpan, The Saoul Brotherz @ 4 Ecluses, Dunkerque, Fr, 4ecluses.com

dimanche 24 fevrier Taake, Helheim @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Mandolinman @ CC, Mechelen, cultuurcentrummechelen.be Zita Swoon Group @ Ha’, Gent, handelsbeurs.be Eskimo Callboy, The Browning, Close To Home, Intohimo @ JC De Klinker, Aarschot, heartbreaktunes.com Kid Koala presents 12 Bit Blues Vinyl Vaudeville show @ Cactus Club@MaZ, Brugge, cactusmusic.be Amenra @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be James Chance & Les Contorsions @ Water Moulin, Tournai, watermoulin.bandcamp.com Foire aux Disques @ CarréRotondes, Luxembourg, Lu, rotondes.lu Calexico, The Dodos, Blind Horses @ Aéronef, Lille, Fr, aeronef-spectacles.com

lundi 25 fevrier Maps & Atlasses @ De Grote Post, Oostende, degrotepost.be Amy MacDonald @ AB, Bruxelles, livenation.be

mardi 26 fevrier James Chance And The Contortions @ Magasin4, Bruxelles, magasin4.be Sigur Ròs @ Forest Nationale, Bruxelles, livenation.be Freaky Age; An Pierlé @ Vooruit, Gent, vooruit.be Absynthe Minded @ Arenberg, Antwerpen, arenbergschouwburg.be Amy MacDonald @ AB, Bruxelles, livenation.be Modestep @ den Atelier, Esch/Alzette, Lu, atelier.lu Wovenhand, Motorama @ Le Grand Mix, Tourcoing, Fr, legrandmix.com Friska Viljor @ Rockhal, Esch/Alzette, Lu, rockhal.lu

mercredi 27 fevrier Zita Swoon Group @ De Roma, Borgerhout, deroma.be Motorama @ Madame Moustache, Bruxelles, madamemoustache.be The Peas Project @ Charlatan, Gent, charlatan.be Space Aliens From Outer Space, Solar Skeletons @ Beursschouwburg, Bruxelles, beursschouwburg.be Max Gazzè, Gappa @ Botanique, Bruxelles, botanique.be C2C @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Arbouretum, Horse Antler @ MOD, Hasselt, muziekodroom.be Olivia Ruiz @ Den Atelier, Esch/Alzette, Lux, atelier.lu Amy MacDonald @ Rockhal, Esch/Alzette, Lu, rockhal.lu

jeudi 28 fevrier Michelle Cloup, Mièle, Arlt @ Atelier 210, Bruxelles, atelier210.be The Rhythm Junks; Sarah Ferri @ AB, Bruxelles, abconcerts.be Wounds, Severe @ DNA, Bruxelles, buzzonyourlips.be SX @ Ha’, Gent, handelsbeurs.be Stereo Grand @ Botanique, Bruxelles, botanique.be Isbells @ Het Depot, Leuven, hetdepot.be Space Aliens From Outher Space, ‘1991, The year punk broke’ @ Le Vecteur, Charleroi, vecteur.be Arbouretum @ Trix, Antwerpen, trixonline.be Apollo Brown & Guilty Simpson, Homeboy Sandman, Tiewai @ Vooruit, Gent, democrazy.be An Pierlé, Peaks @ Cinéma Le Parc, Liège, lesardentesclub.be Gavin Harrison Band @ Spirit Of 66, Verviers, spiritof66.be Fernando Lamierinhas, Mafalda Arnauth & Eric Vloeimans @ De Roma, Borgerhout, deroma.be Brussels Jazz Orchestra @ De Casino, Sint-Niklaas, decasino.be Petite Noir @ CarréRotondes, Luxembourg, Lu, rotondes.lu Two Door Cinema Club @ Rockhal, Esch/Alzette, Lu, rockhal.lu Big Bernie @ 4 Ecluses, Dunkerque, Fr, 4ecluses.com


celebrating

30 YEARS OF INDEPENDENT MUSIC The story of the past, present and future of [PIAS], Soon available in all record shops and live venues WWW.PIAS.COM

RifRaf février 2013  

Interviews avec Unknown Mortal Orchestra, Yo La Tengo, Darkstar, PVT, An Pierlé, Jacco Gardner, Night Beds, Jamie Lidell

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