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Une année à

Mumbai !"#$% Rapport de séjour d'études à l'étranger _________________ Tata Institute of Social Sciences Pierre Bourdon


Table des matieres Quelques mots

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Une expérience originale

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Les cours théoriques. Les fieldworks, une formule académique intégrée. Mon expérience au Helen Keller Institute.

Aux antipodes " " " "

" " " "

La violence sociale. "This is indian society rules". Au TISS - Study hard, party study harder.

Faire le point ! "

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De nouvelles compétences... et une certaine maturité. De nouvelles perspectives.

Et conclure

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Annexes

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Quelques mots...

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Le choix de l’Inde, de Mumbai, du TISS.

On ne part pas en Inde par hasard. L’Incredible India, des Gandhiji, Nehru, Ambedkar, des Rudiyard Kipling et Slumdog Millionaire, du Taj Mahal et de la vallée du Gange, fascine. Elle fascine, et les nombreux fantasmes que nourrissent les étrangers ont vite fait de les attirer dans ses métropoles surpeuplées, ses campagnes exotiques et paysages enchanteurs. De cette Inde irréelle et idéalisée il ne subsiste pas grand chose, lorsqu’après une année, notre séjour nous a emmenés loin, très loin de ses objectifs premiers. Partir en Inde, c'est avant-tout s'atteler à déconstruire les clichés, et accepter l'immense complexité d'un pays aux multiples facettes. Je ne suis pour ma part pas parti en raison des diverses cultures indiennes, dont je reste encore aujourd’hui, je le confesse, assez ignorant. Mon choix ne se porta d’ailleurs pas sur l’Inde en général!; le fait que le pays soit une démocratie libérale et anglophone (du moins je le croyais) a certes joué un rôle. Mon choix concernait tout particulièrement le Tata Institute of Social Sciences (TISS), à Mumbai. Il fut motivé par deux éléments principaux : tout d’abord, la possibilité de vivre au sein d’une grande métropole à la croissance rapide, confrontée aux problèmes d’une urbanisation incontrôlée et problématique ; ensuite, la possibilité d’y effectuer un cursus hybride, mêlant cours théoriques et fieldworks (stages de terrain hebdomadaires) au sein de la School of Social Work du Tata Institute. Cette spécificité était, au moment de mon départ, une option que seul le TISS proposait, et dont j’étais le premier bénéficiaire. En effet les étudiants de SciencesPo. précédemment en échange n’y avaient pas accès. C'est à cela que je dois la richesse de mon séjour. Ce dispositif m’a entraîné dans les quartiers méconnus de Mumbai et Navi Mumbai, m'a confronté à des problématiques sociales et humaines des plus exigeantes, et apporté de nouveaux cadres de réflexion théoriques. Enfin, partir en Inde demande de consentir à une certaine remise en question, d’accepter un cadre social dont les règles et modes de fonctionnement demandent plus à un jeune européen qu’il ne penserait en premier lieu. Mumbai, la ville la plus cosmopolite et libérale du pays, fournit alors un excellent compromis. Ville de tous les contrastes, la Maximum City mérite amplement que l’on y consacre une bonne partie des annexes de ce rapport, tant elle a marqué mon séjour.

Une communauté à Byculla, Mumbai.

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Une expérience originale

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La School of Social Work, et ses "fieldworks". Le Tata Institute of Social Sciences est aujourd'hui considéré comme étant la première université en sciences sociales du pays. Créé en 1936 par Sir Dorabji Tata, sous le nom de Graduate School of Social Work, l'institut compte aujourd'hui de nombreuses écoles. La Sir Dorabji Tata School of Social Work reste la principale, la plus ancienne, et l'une des plus prestigieuses. La scolarité des étudiants s'articule autour de fieldworks, stages de terrain hebdomadaires. L'ensemble des cours théoriques dispensés par l'école ont pour but de soutenir, analyser et améliorer la capacité des étudiants à faire face aux diverses situations rencontrées lors de ces fieldworks. Concrètement, un étudiant de première année passera les deux premiers jours de la semaine dans une ONG, ou agence gouvernementale, puis le reste de la semaine au sein de l'institut. Arithmétiquement, chaque cours représente une charge horaire hebdomadaire de deux heures, et entraîne la validation potentielle de 2 crédits. Les fieldworks quant à eux représentent une quinzaine d'heures (au minimum) hebdomadaires et entraînent la validation potentielle de 6 crédits par semestre. Le TISS conseille aux étudiants de SciencesPo. de ne pas excéder une charge de plus de 8 crédits par semestre. J'ai donc opté pour un volume horaire de cours théoriques restreint, au bénéfice des fieldworks. Je n'ai pas regretté ce choix.

1. Les cours théoriques : !

Quantitative Research Methods (first semester), Dr. Vidya Rao :

Ce cours théorique s'est avéré en assez grande partie insatisfaisant. Le but recherché est de permettre aux étudiants indiens de première année du master, qui ne disposent généralement que de peu de bases mathématiques, d'acquérir des notions suffisantes pour traiter correctement des données dans le cadre d'un travail de recherche. Débutant avec les simples notions de moyenne, médiane et mode, le cours se complexifie graduellement pour aborder les notions d'échantillon puis de randomisation. Ce cours offre cependant assez peu d'attrait pour un étudiant qui a abordé auparavant une bonne partie de ces notions. La qualité de présence du professeur n'est pas non plus particulièrement appréciable, celle-ci se contentant généralement de réciter méticuleusement le contenu d'un document powerpoint projeté sur un écran derrière elle. Le cours comporte un nombre réduit d'exercices, et deux évaluations : la rédaction d'une proposition de recherche incluant la présentation des méthodes utilisées pour traiter les données recueillies, et l'examen final, comportant des questions de cours plus un exercice également abordé durant la classe. Les échos que j'ai obtenu des étudiants indiens n'étaient malheureusement pas plus laudatifs. Assez généralement ce cours présente les défauts 4


fréquents d'une pédagogie "à l'ancienne" d'un bon nombre de professeurs exerçant depuis maintes années. J'aurai l'occasion d'en reparler dans la deuxième grande partie du rapport.

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Casework Methods (first semester), Dr. Samta Pandya :

Presque intégralement tourné vers le suivi et l'accompagnement des fieldworks, ce cours se révéla d'une étonnante richesse et justesse. Il s'agissait ici d'aborder les différentes méthodes d'évaluation des besoins, d'intervention et de suivi des clients des agences gouvernementales ou organisations non-gouvernementales. Empruntant de nombreuses notions à de très diverses disciplines (psychologie, sociologie, économie, médecine, droit), ce cours laissait une grande place à l'intervention des élèves. Ils étaient assez libre de demander, à tout moment, des éclaircissements concernant des cas problématiques rencontrés durant leur stage. Le tout bien évidemment en respectant scrupuleusement l'anonymat des personnes concernées. La plupart des solutions potentielles sont apportées par une réflexion associant le reste de la classe (un groupe d'une vingtaine d'étudiants) puis illustrées par un jeu de rôle. Cela permet également aux futurs travailleurs sociaux de perfectionner leurs capacités d'intervention. Différents travaux ponctuent le déroulement de la classe : on retrouve, comme à SciencesPo. un exposé hebdomadaire éclaircissant une théorie particulière (Pyramide des besoins de Maslow, Learned Helplesseness, etc.), un essai de mi-semestre est également demandé, puis enfin un examen constitué de diverses questions de cours. Cet enseignement m'a également permis de mieux comprendre différents éléments du contexte indien, que je relaterai ultérieurement. Le professeur a notamment eu la gentillesse à mon égard d'obliger la classe à parler anglais durant la totalité de chaque séance (même pendant les jeux de rôle, perdant certes en réalisme), et je lui en suis très reconnaissant.

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Human Growth and Development (second semester), Dr. Asha Bhanu :

Ce cours se situe dans la continuation de l'enseignement Casework Methods suivi au premier semestre. Il s'agit ici d'étudier les différentes problématiques et interventions afférentes aux divers stades de développement d'un individu, de sa plus tendre enfance à sa vieillesse. Ce cours présente donc le panel des stades de la vie d'une personne, à la lumière de diverses théories développementales (de Freud à Maslow, en passant par Erikson, etc.) et du contexte indien. C'est une des raisons pour lesquelles je juge le choix de ce cours particulièrement judicieux pour un étranger : il permet de sortir de la condescendance qu'arbore souvent involontairement un jeune européen en Inde pour constater que l'étude des réalités indiennes - la place des personnes âgées par exemple - peut nous donner matière à réflexion. Le cours tente également de rester autant que possible en lien avec les fieldworks, même si ici la formule s'avère moins évidente. Cette classe, animée par un professeur dynamique, a été le théâtre de débats passionnés sur des sujets de société (l'avortement, l'euthanasie par exemple) qui sont actuellement très clivants au sein des milieux académiques indiennes. Différents exposés de groupe sont présentés par les élèves au cours du semestre puis l'examen final consiste à composer un essai relatant l'application de diverses théories du cours à des situations rencontrées lors des fieldworks.

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2. Les fieldworks, une formule académique intégrée : Les fieldworks sont l’élément principal autour duquel s’organise toute la scolarité d’un étudiant de la School of Social Work. La formule proposée par le TISS est particulièrement aboutie et encadre très sérieusement les élèves!: il ne s’agit pas seulement d’effectuer deux jours de stage par semaine. Différents modules viennent compléter les activités effectuées chaque lundi et mardi. Je les décrirai ici brièvement avant d’aborder plus amplement la présentation de l’ONG où j’ai été affecté, et des travaux que j’ai réalisés.

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Institutional Visits (Juin-Juillet)!:

L’année académique au TISS débute à la mi-Juin. Cependant les étudiants ne sont pas placés dans une ONG ou agence gouvernementale avant la fin du mois de Juillet. Les six semaines qui s’écoulent alors sont consacrées à des visites de différentes communautés (on parle généralement de communautés et non de bidonvilles), hôpitaux, organisations diverses auxquels on sera affecté par la suite. Cela permet de se familiariser avec divers aspects du métier de travailleur social. A cette occasion, j'ai eu la chance de découvrir le travail très impressionnant de certaines organisations. Parmi celles-ci la NAtional Society for Equal Opportunities for the Handicapped (NASEOH), qui, avec l’aide de fonds provenant en grande partie de l’Union Européenne, mais aussi de diverses entreprises indiennes, permet à de nombreuses personnes souffrant de handicaps de s’insérer dans le monde du travail et d’atteindre un degré élevé d’autonomie.

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HKI's Annual Sport Day 2011 à Khopar Khairane, Navi Mumbai.

Procédure d’orientation (Juillet)!:

Cette procédure permet aux étudiants de formuler un vœu pour un secteur d’activité dans lequel ils souhaitent effectuer leur stage. Le TISS dispose d’un réseau très développé d’organisations dans lesquelles il placera par la suite les étudiants. Il peut s’agir de conseil juridique, de community development, d’empowerement de femmes dans les communautés, d’éducation des enfants des rues, de travail avec un public handicapé – il est difficile de fournir une liste exhaustive. Il est important de noter que, même si le TISS est situé en milieu urbain, il est tout à fait possible d’être affecté à des communautés rurales se trouvant dans des parties plus recluses du Maharashtra. Dans ce cas, il faut être prêt à consacrer plusieurs journées supplémentaires de son temps aux transports pour atteindre ces zones et en revenir, une fois par semaine.

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Individual Conferences (Juillet-Avril) :

Une fois le stage débuté, un suivi hebdomadaire est assuré par un fieldworks supervisor, généralement un ancien élève devenu travailleur social. Chaque semaine un rapport de 2-3 pages doit lui être remis, puis discuté lors d’une conférence individuelle d’une trentaine de minutes, organisée tous les Jeudi. Le superviseur est lui même en contact constant avec l’organisation dans laquelle on effectue le stage. Il permet de fixer des objectifs, apporter des 6


réponses issues de son expérience, et résoudre les problèmes qu’un étudiant pourrait rencontrer avec l’administration de l’ONG/Agence gouvernementale (ce qui est finalement assez fréquent). Ce module, particulièrement utile au début des fieldworks, s’avère parfois quelque peu redondant lorsque le travail effectué durant le stage devient routinier. Cela incite certes à varier le contenu de nos missions, mais donne également parfois l’impression d’une certaine perte de temps, lorsqu’au bout de plusieurs mois la présence du superviseur n’est plus très pertinente. Les conférences individuelles et rapports hebdomadaires demeurent cependant toute l’année des obligations de scolarité auxquelles l’administration est particulièrement attachée.

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Group Conferences!(Juillet-Avril)!:

Il faut enfin ajouter aux conférences individuelles des conférences collectives, rassemblant un groupe de 6-10 étudiants, tenues par un faculty advisor, professeur titulaire. Elles permettent d’échanger avec des étudiants travaillant dans le même secteur. Il s’agissait pour ma part des personnes souffrant de handicaps multiples. Cette conférence a lieu deux fois par mois, à des dates fixées assez aléatoirement, en fonction de la disponibilité (et de l’état d’esprit) du professeur référant. Leur principal avantage est de permettre aux élèves de préparer des projets impliquant diverses ONG, regroupant leurs moyens et leurs savoirs. Ainsi j’ai pu participer à des campagnes de sensibilisation de parents à la surdité infantile dans des communautés pauvres de Bombay grâce au support offert par d’autres étudiants en stage. L’apport du professeur référant est très variable, mais peut ajouter une réelle plus value à nos actions, notamment en matière de connaissance des textes législatifs et de possibilités de financement.

3. Mon expérience au Helen Keller Institute for Deaf and Deafblind :

Lors de la procédure d’orientation j’ai décidé de ne pas indiquer de champs d’action spécifique. La sélection était à mes yeux importante pour les étudiants indiens, dont la spécialisation est particulièrement déterminante! ; pour moi elle l’était bien moins, n’allant pas obtenir de master du TISS avec une quelconque mention. J’ai donc été affecté par l’administration au Helen Keller Institute for Deaf and Deafblind Façade du HKI à Mahape, Navi Mumbai. (HKI), dans un des secteurs les plus exigeants, celui des handicaps multiples. Avant de présenter plus amplement l’organisation et le travail que j’ai pu y réaliser, il me faut préciser que le TISS n’affecte jamais d’étudiant seul à une organisation. Les étudiants travaillent le plus souvent en binômes, ou peuvent être plus nombreux lorsqu’il s’agit d’une structure d’une particulière importance. C’est donc avec un partenaire, Bikash Pegu, que j’ai effectué la totalité du travail de l’année – ce qui a une importance notable, car je ne maîtrise pas le Hindi.

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Bref historique :

Le Helen Keller Institute for Deaf & Deafblind a été créé à Mumbai en 1977. Il s'agissait alors en Inde de la première organisation à proposer une prise en charge spécifique des individus souffrant conjointement de surdité et de troubles de la vision. On estime aujourd'hui qu'environ 95% de nos connaissances sont acquises par le biais de la vision ou de l'audition. La question qui naturellement se pose dès lors est de savoir si un individu qui ne peut ni voir, ni entendre, peut réussir à atteindre un niveau de savoirs et de capacités qui lui permettra d'être indépendant. L'exemple incroyable de Helen Keller (1880-1968), écrivaine américaine qui parvint à décrocher un diplôme universitaire en dépit de son double handicap, devait alors convaincre les fondateurs du HKI de la possibilité d'aider des individus que le système indien ignorait largement. Lors de la création de l'organisation, un seul centre de taille réduite situé à Byculla (Mumbai) servait aux diverses activités de l'ONG. En 1999 un nouveau centre fut ouvert à Mahape (Navi Mumbai), et accueille désormais la plupart des activités de l'organisation. Le HKI a depuis sa création reçu de nombreuses récompenses, du gouvernement local du Maharashtra et de l'Etat fédéral Indien d'une part, et des Rotary Club et Lion's Club d'autre part.

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Structure de l'organisation :

Les principales activités du Helen Keller Institute sont déployées au sein de quatre sections distinctes. Tout d'abord la Deaf Section, qui est une école intégrée à l'ONG sous responsabilité et financement du gouvernement du Maharashtra (elle a donc un statut d'école classique, en dépit de sa spécialisation). Cette école compte actuellement 77 élèves, répartis en classes de niveau comptant 5 à 8 élèves. L'ensemble de la scolarité équivalente au secondaire français y est effectuée. La quasi-totalité des classes est enseignée en Marathi, quelques unes le sont en Anglais.

Le HKI en quelques chiffres : ! 103 élèves (toutes sections confondues)... ! ...dont 19 internes (deafblind section) ; ! 36 étudiants du centre de formation ; ! 24 professeurs (deaf & deafblind sections) ; ! 26 tuteurs (deafblind section) ; ! 9 membres du staff administratif ; ! 14 membres de l'équipe de maintenance ; ! 20 roupies de frais de scolarité semestrielle (repas inclus).

Pour être admis dans l'école, les élèves doivent fournir un Certificate of Hearing Impairment, obtenu sans frais dans beaucoup d'hôpitaux de Bombay. Les pertes auditives constatées avoisinent généralement 100dB, ce qui rend impossible toute audition correcte sans équipement spécifique. Il faut également noter que la plupart des enfants qui intègrent l'école font preuve de retards d'apprentissage considérables : souvent ils n'ont pas été scolarisés avant l'âge de 7-8 ans. Plus grave encore, dans un grand nombre de cas la petite enfance se déroule en total isolement car aucune surdité n'a été diagnostiquée. Les parents sont simplement convaincus que leur enfant est mentalement déficient. Pendant les cours, les professeurs appliquent la méthode dite de total communication. Ceci implique un usage conjoint du langage des signes, de la voix, de l'écriture ; autant d'éléments possibles que les élèves peuvent percevoir et interpréter. Ils sont également incités à parler autant que possible, même si l'usage de la parole est très affecté par leur handicap. Une première promotion d'étudiants a passé avec succès l'examen de SSC (équivalent du baccalauréat) en 2003. 8


Ensuite, la Deafblind Section est également une école, pour enfants sourd-aveugles, mais qui cette fois ne dépend pas du gouvernement. Elle est dirigée par le board de l'ONG et dépend de fonds privés. En résultent une absence de garantie de l'emploi pour les professeurs et une grille salariale bien moins avantageuse. Ces derniers y sont plus nombreux par ailleurs, car les principes de l'institut stipulent que chaque enfant doit disposer d'un tuteur personnel. Dans certains cas exceptionnels cependant celui-ci peut avoir la charge de deux élèves. Il n'y a pas de classes de niveau, en raison de la grande HKI's Annual Sport Day 2011 à Khopar Khairane, Navi Mumbai. disparité des capacités des élèves, et de leur besoin constant d'attention. Ne font partie de cette école que les élèves qui ont déjà fait preuve d'un niveau de compréhension élevé (relativement à la moyenne des sourd-aveugles). La communication s'établit en utilisant le langage tactile, une forme dérivée du langage des signes. L'interlocuteur saisit alors la main de la personne et s'adresse à elle par le toucher. Les apprentissages, quant à eux, se réalisent si possible par la lecture du braille.

Les élèves qui n'auraient pas le niveau de compréhension nécessaire pour suivre un cours de la deafblind section sont orientés vers la troisième section principale de l'école, le Vocational Training Unit (VTU). Il s'agit ici de permettre aux étudiants d'atteindre une certaine autonomie en leur enseignant des compétences manuelles de base : fabrique de bijoux à base de pierres semiprécieuses, de bougies, de sacs de toile, et cours de cuisine. Le VTU compte 10 étudiants pour 7 tuteurs. Il organise une exposition annuelle, Hands That Talk, rassemblant différentes productions des élèves, dans le but de récolter des fonds et de sensibiliser le public aux besoins particuliers d'enfants souffrant de handicaps multiples.

Enfin, la dernière structure principale de l'organisation est le Teacher Training Center, dont le rôle est de former de nouveaux enseignants aux techniques de prise en charge et de communication avec les enfants sourds et sourd-aveugles. Cette formation est d'une durée de deux ans (3 semestres et un stage) et est reconnue par le gouvernement du Maharashtra. Actuellement 36 étudiants assistent aux cours quotidiens, dans le but de devenir tuteurs, professeurs, ou accompagnateurs au sein de structures spécialisées. D'autres activités importantes de l'organisation se déroulent en dehors de ces différents centres. On évoquera principalement l'existence d'une imprimerie en braille qui fournit aujourd'hui le matériel scolaire destiné aux enfants sourds et sourd-aveugles de la plupart des institutions spécialisées indiennes. Divers programmes de sensibilisation sont également organisés dans des communautés de Bombay pour améliorer la rapidité de prise en charge médicale des enfants souffrant de troubles de l'audition et de la vision.

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Mon travail au sein de l'organisation :

Mes activités au sein de l'ONG se sont exercées dans plusieurs domaines. J'ai pris part au fonctionnement de la Deaf Section, du Vocational Training Unit, et ai été chargé d'une partie de la communication multimédia de l'organisation concernant les événements exceptionnels.

" Dans le cadre de la Deaf School, mon travail a, dans un premier temps, consisté à

dispenser des cours de soutien en sciences, anglais et mathématiques aux élèves des classes anglophones, ayant montré des difficultés d'apprentissage au cours de l'année précédente. A cela s'est ajoutée la mission de transmettre les consignes des différents professeurs et de l'administration de l'école aux parents d'élèves qui ne peuvent pas se déplacer (en raison de leur travail, de leur condition de santé) ou simplement ne le veulent pas. Ainsi, mon partenaire et moi avons passé une bonne partie du premier semestre à visiter différentes communautés, pour rencontrer les parents, rendre compte du travail de leur enfant et les convaincre de la nécessité de les suivre et les encourager à faire les devoirs scolaires. En effet, une fois rentrés chez eux, trop souvent les enfants sont livrés à euxmêmes. Réalisé au long des semaines de mousson les plus intenses, ce travail fastidieux s'est révélé plutôt efficace : la quasi-totalité (8/9) des élèves dont nous avions la charge particulière a validé les examens semestriels. Au cours du second semestre nous avons été chargés de remplacer une professeur d'anglais qui avait démissionné. Se sont ajoutés à cette charge "compliquée" un cours de formation à l'utilisation de l'ordinateur, et un cours de mathématiques assistées par Microsoft Excel®. " Nos travaux au sein du Vocational Training Unit ont débuté au second semestre. Il

s'agissait au début d'encadrer les élèves dans la conception de bougies, dont certaines sont assez abouties. Par la suite nous avons également pris part à la fabrication de colliers de pierres semi-précieuses. La partie la plus complexe de notre travail dans cette section a consisté à organiser trois expositions, dans les deux centres de l'ONG ainsi qu'au Tata Institute of Social Sciences. Il s'agissait de promouvoir le travail de l'organisation et surtout le potentiel de ces individus trop souvent ignoré. L'exposition, acceptée et validée après maintes épreuves bureaucratiques s'est déroulée le 4 avril, et a permis au Helen Keller Institute de récolter environ 11 000 roupies indiennes. " Enfin, l'administration m'a confié une partie de la communication multimédia concernant

des événements et projets exceptionnels. A ce titre j'ai couvert l'Annual Sport Day de l'institut (cf. photo page 6), organisé grâce au soutien généreux des compagnies indiennes Central Bank of India© et BharatGas©. J'ai pris des photos, tourné des vidéos en vue de monter campagne de levée de fonds. Ces supports ont permis aux sponsors de mener leurs propres campagnes de communication. Dans ce même domaine, j'ai aidé à organiser l'intervention de la directrice du Teacher Training Centre lors de la National Conference on Multiple Disabilities de Delhi, fournissant une vidéo descriptive des troubles comportementaux spécifiques des enfants souffrant de pertes conjointes de l'audition et de la vision. Parallèlement j'ai aidé à promouvoir des interventions de sensibilisation dans différentes communautés de Navi Mumbai sur le thème du handicap et de son acceptation par la société indienne. Pour finir, j'ai participé à la conception d'un CD-Rom d'aide à l'apprentissage du langage des signes et du langage tactile. Il sera bientôt distribué aux différentes institutions du Mahashtra qui sont en contact avec un public handicapé.

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Autres activités :

J'ai pu, très modestement, apporter mon concours en tant que bénévole à des activités et projets organisés par une camarade de promotion en stage dans l'ONG Down to Earth, qui dispense des cours de soutien aux enfants d'une communauté du Sud de Bombay. J'ai prêté mon concours à un projet d'initiation à la photographie sur des thèmes très précis (Cf. photo cicontre), ainsi qu'à l'Interactive Game Day 2011, journée spéciale annuelle de rencontres sportives mêlant les élèves de différentes ONG de Bombay. Ces expériences m'ont permis de changer de cadre et de me confronter à un environnement (le travail au sein même d'une communauté) qui m'était jusqu'alors inconnu.

Projet photo à Cuffe Parade, Mumbai.

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Aux antipodes

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Vivre dans la société urbaine indienne.

La société indienne est incroyablement fragmentée. Il faut garder à l'esprit que la majeure partie du pays est encore rurale, et qu'aussi bien dans les campagnes que dans les villes, les réalités sont très diverses. Il serait donc ridicule d'essayer ici de faire la somme des différences avec notre cadre français, et tout aussi ridicule de prétendre avoir réussi à cerner pleinement le contexte socio-culturel de l'Inde urbaine en quelques lignes. Par conséquent, en évoquant les thèmes qui m'ont le plus marqué, je tenterai d'illustrer les contrastes et extrêmes qui défient l'unité de la société urbaine, et la réussite de la Shining India. La confrontation à l'Indian Context, auquel il est souvent fait référence pour expliquer ce qui parait le plus choquant, a apporté à mon expérience bien plus que nombre de mes activités académiques. Pour les différences relatives à la qualité de vie (elles sont importantes) il faudra se référer aux annexes et aux descriptions de la vie quotidienne à Bombay.

1. La violence sociale : De toutes les difficultés rencontrées dans la vie quotidienne, la confrontation systématique à la misère de masse est sans doute la plus lourde. La plus lourde, car il n'est pas possible pendant un an de détourner le regard, ou de se construire un bouclier face à la singularité des situations que nous sommes amenés à croiser d'un regard, d'une parole échangée. Chacun développe sa propre réaction, et essaie d'assumer la terrible impuissance de ne pouvoir agir aussi promptement et efficacement que la situation l'exige. La réponse à apporter à la mendicité est sans doute l'aspect qui s'impose en premier, dès l'arrivée à l'aéroport ; même si l'on sait que fait de donner encourage le travail d'enfants, finance des mafias, et ne règle aucune pauvreté à moyen terme, il est dur de se soustraire à un certain sentiment de désarmement. Bombay est une ville où différents mondes se croisent sans réellement se regarder. Chacun doit rester scrupuleusement à la place que la hiérarchie sociale lui accorde, des logements les plus insalubres des communautés pauvres aux toits des luxueux gratte-ciels de Worli et Kemps Corner. L'idée même de solidarité, qu'avec du recul on trouve si prégnante en France, est ici dévoyée par la corruption, quand elle n'est pas t o u t s i m p l e m e n t m é p r i s é e . L e l u x e o s t e n t a t o i re s'accompagne souvent d'un mépris affiché pour le bas de l'échelle sociale - "des fainéants, des bons à rien" - quand il ne s'agit pas d'une superbe ignorance. Il ne faut certes pas caricaturer ; on peut affirmer simplement que la participation à l'effort qui doit sortir la moitié de la ville qui vit dans des

Antilia, la résidence du milliardaire Mukesh Ambani, Kemps Corner, Mumbai. 12


bidonvilles est soumis à la seule bonne volonté des personnes plus aisées. A la participation fiscale obligatoire se substitue la création d'ONG, plus ou moins efficaces. Les rapports sociaux sont par là même aussi extrêmement durs. En témoigne le comportement souvent choquant d'une bonne partie de la classe moyenne aisée envers le personnel des restaurants, hôtels, ou des employés d'immeubles, gardiens et femmes de ménage. Dans chaque bureau, chaque foyer relativement aisé, on trouve porteurs de thé, chargés de photocopies, etc. Les employés supérieurs tiennent tout particulièrement à marquer leur différence en les traitant comme des larbins. Ainsi, mon colocataire et moi, tous deux occidentaux, étions les seuls à adresser la parole aux gardiens de notre immeuble. On trouve d'ailleurs surprenant qu'une société arrive à tolérer un niveau aussi important d'inégalité et de stratification sociale sans qu'il n'y ait, à l'image de nombreux pays latinoaméricains, de phénomène d'insécurité particulier (du moins dans l'espace urbain). Les jours de Bandh, grèves générales qui cristallisent les revendications des travailleurs pauvres sont un exutoire à cette violence latente. L'espace d'une journée, la ville cesse toute activité pour laisser place aux flots de manifestants, aux coups de bâtons et arrestations policières. Les bureaux, les magasins, et même le campus de l'université sont fermés. Le lendemain tout rentre parfaitement dans l'ordre. Il est difficile d'être optimiste lorsqu'on constate la résignation des plus pauvres, et la déconnection totale de la réalité des plus riches. Et cela continue de nourrir ce sentiment d'impuissance envers les plus démunis, dans un pays où les concepts de minimum social et de dignité humaine sont foulés au pied.

Les arnaques, combines et entourloupettes sont les seules réponses restantes aux fripons les plus démunis. Ils tenteront tous les jours de rappeler aux gens aisés, à chaque course de taxi ou d'autorickshaw, dans tous les marchés, lors de chaque travail de réparation, dans chaque épicerie, qu'eux seuls sont majoritaires. Il faudra s'y habituer et entretenir une lutte permanente communément acceptée (souvent très amicale, rarement agressive) pour obtenir des tarifs honnêtes et s'intégrer à la vie locale. Rickshaw-wallah à Chembur, Mumbai.

S'ajoute à la hiérarchie sociale la composante religieuse, qui achève de fragmenter la société indienne. Même s'il faut se garder de toute caricature, il ressort d'une grande partie des conversations avec mon voisinage une inquiétude quant à l'intégration de la communauté musulmane, inquiétude qui dans bien des cas rejoint très rapidement l'islamophobie la plus primaire. L'Inde retombe dans ses travers au rythme des scandales et affaires religieuses, telle celle d'Ayodhya, qui peuvent provoquer des violences urbaines considérables. La classe politique, aussi mal à l'aise sur les questions de fond sociales que religieuses, ne manque pas de personnages ambitieux et peu scrupuleux. Ils tireront à merveille profit du moindre événement au détriment de la paix sociale.

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2. "This is indian society rules" - le conservatisme inquisiteur, le rapport à l'étranger : Bombay est certainement la métropole la plus libérale du pays, mais elle ne l'est pas dans toutes ses banlieues. Si la côte Ouest et le Sud de la péninsule sont relativement occidentalisés, ce n'est pas le cas du quartier de Chembur, où est situé le TISS. La société urbaine indienne peut faire preuve d'un conservatisme surprenant et souvent très intrusif. Un enseignant à Udaipur m'avait déclaré, lors d'un voyage : "vous pouvez vous habiller comme vous voulez en occident, je trouve que c'est bien, ici il faut toujours penser au regard des gens". En réalité, il ne s'agit pas ici d'exprimer un jugement de valeur condescendant, mais de reconnaître que la pression sociale est pesante pour un européen qui n'est pas habitué à cela. La notion de vie privée est bien plus relative en Inde qu'en France. On ne se rend par exemple chez le médecin qu'en famille, ou avec des amis proches. Pour l'illustrer autrement, le mieux sera d'évoquer les relations de voisinage. Le propriétaire d'une part, les voisins d'autre part n'hésiteront pas à entrer chez vous s'ils disposent d'une clé de l'appartement. Les plus délicats sonneront. La réciproque est d'ailleurs valable, puisqu'eux-même laissent leur porte ouverte ou entrouverte pendant la journée. Le fait de ne pas donner à voir son intérieur signifie que l'on a des choses à cacher, et que ces choses sont sûrement répréhensibles. Il est évidemment très mal vu d'inviter toute personne de sexe opposé chez soi : cela signifie indiscutablement que l'on entretient une relation extra-maritale. Le voisinage voit les garçons supposés volages d'un mauvais oeil, mais ne tolère absolument pas les filles faciles. Attendez vous donc, si vous n'êtes pas de sexe masculin, à être particulièrement surveillée. Il faudra à l'entrée de chaque immeuble signer un registre expliquant qui l'on vient voir, dans quel but, et fournir son numéro de téléphone. Ce voisinage par ailleurs, par femmes de ménages interposées, se renseigne sur l'état de votre hygiène, de votre alimentation, et plus généralement sur vos moeurs. Il faut donc offrir une image parfaite, sous peine de devenir un intrus, et ce d'autant plus quand on est étranger. Les fantasmes nourris sur les moeurs décadentes des européens ont encore de beaux jours devant eux. Ces fantasmes conduisent bon nombre d'indiens à une fascination perverse envers les étrangers, et tout particulièrement les blancs. Ainsi pour la première fois de ma vie j'ai senti une réelle différence de considération : je suis certes occidental, mais également métis. Cela ne correspond vraiment pas à l'image typique du français en Inde (malgré la notoriété de l'Equipe de France de football !). Cette fascination est perverse car elle mêle une admiration des savoir-faires, des produits importés, de la beauté supposée de la peau claire (les actrices de Bollywood se blanchissent toutes la peau), de la richesse pour certains, à un rejet viscéral des moeurs trop libérales ou d'un manque de valeurs pour d'autres. Ainsi je me suis vu refuser différents appartements par des propriétaires lorsqu'ils ont compris qu'en dépit de mon "apparence assez indienne", j'étais français. Des amis se sont vu refuser l'accès à des logements en paying guest, "because of spicy food". Dans certaines communautés, on peut assez facilement devenir l'objet d'insultes racistes, de jao (dégage), même si généralement la curiosité l'emporte sur l'agressivité. Il serait pourtant faux de croire que cette pression sociale ne pose problème qu'aux étrangers occidentaux. Une grande partie de la jeunesse éduquée s'émancipe de diverses manières. Les plus fortunés sont déjà occidentalisés et ne présentent pas de différence notable avec la jeunesse française. Les autres réclament une libéralisation plus mesurée, leur permettant par exemple de "sortir" avec des personnes d'une autre confession, sans pour autant se prononcer en faveur de relations extra-maritales. De plus en plus fréquemment les filles osent découvrir leurs 14


jambes, ce qui n'arrivait que dans les quartiers les plus aisés jusqu'ici. On observe aussi de plus en plus de lieux insolites, telle la route menant au Bandra-Worli Sealink, où les amoureux se retrouvent et échangent des baisers langoureux loin du regard de leurs familles. L'Inde (et Bombay) ne sont pas à court de contrastes, et les restrictions vestimentaires imposées aux femmes tranchent singulièrement avec l'image dénudée (et débridée) des stars de Bollywood. Ash(warya Rai) et Priyanka (Chopra) en tête, surpassent largement leurs homologues américaines dans la catégorie. Sealink Road, le rendez vous des

amoureux cachés, Mumbai. Il serait tout également faux de croire que les rapports tendus avec les étrangers se limitent aux occidentaux. Nombre de travailleurs sociaux indiens bengalis, assamais par exemple font l'objet d'insultes lorsqu'ils travaillent dans des milieux fortement influencés par les nationalistes marathes. Il s'agit ici d'un phénomène malheureusement répandu au Maharashtra, et qui retrouve son équivalent dans beaucoup d'états indiens. Le cosmopolitisme historique de Bombay limite heureusement les troubles de ce genre.

3. Au TISS - Study hard, party study harder. Il semble que, chaque année, les étudiants de SciencesPo. finissent au bout de quelques temps par délaisser les deux campus du Tata Institute of Social Sciences pour explorer Bombay, ou le reste de l'Inde, ou simplement rester chez eux. Ceci s'explique assez facilement, et permet de saisir rapidement les principales différences du système universitaire indien, tel que le TISS le représente, et celui de SciencesPo. L'absence presque totale de vie étudiante en dehors des cours est une des premières choses frappantes lorsqu'on arrive au TISS. Aucun événement culturel n'est organisé, mis à part quelques festivals qui ponctuent l'année. Par festivals, on entend soit des soirées sur le campus, soit l'organisation de conférences par les différentes écoles rassemblant une partie de l'élite intellectuelle indienne, généralement de gauche. Quelques événements sportifs sont organisés, mais sans rencontrer de franc succès. Deux raisons expliquent principalement cela. D'une part l'administration de l'institut fait particulièrement preuve de mauvaise volonté, tout en étant remarquablement inefficace. L'organisation du moindre événement demande une ribambelle d'autorisations propre à décourager l'étudiant le plus valeureux. La centralisation et la communication interne sont inexistantes. Il revient à l'étudiant d'effectuer lui même les navettes entre le bureau des étudiants internationaux, le secrétariat de son école, le secrétariat de ses fieldworks, le secrétariat de l'intendance, le secrétariat du Dean de son école, le secrétariat des student unions... La liste des secrétariats n'est pas exhaustive. Il faut donc prévoir un temps particulièrement long pour organiser un événement, mais aussi pour trouver sa salle de classe, comprendre ses nouveaux horaires ou récupérer ses sacro-saintes attendance letters. En raison du viol d'une étudiante américaine survenu hors du campus en 2009, la direction semble surtout préoccupée à faire scrupuleusement respecter le couvre-feu (à 00h30), installer des caméras de surveillance dans l'enceinte du campus et à interdire aux élèves d'entrer avec un sac dans la bibliothèque. Encourager la vie extra-scolaire des étudiants, ou leur fournir un accès internet décent est assez secondaire. Cependant l'International Student Office, bien qu'assez mal organisé, se montre très disponible et organise différents repas au fil de l'année. Le TISS n'a 15


toutefois pas encore de culture de l'accueil de étudiants internationaux, et la présence d'un Buddy Program y serait appréciable. D'autre part, et c'est certainement là l'élément le plus instructif, il n'y a pas de vie en dehors des classes tout simplement car il n'y a pas de temps libre pour vivre en dehors des cours. La charge horaire d'un junior de la School of Social Work est comparable à celle d'un collégien en France, avec une somme de travail personnel très importante. De plus, l'administration et les professeurs considèrent que n'importe quel élève doit être disponible entre 8h et 18h tous les jours même lorsqu'il n'a pas cours, au cas où un professeur déciderait dans un court délai (45 minutes par exemple) d'organiser une group conference qui peut durer quatre heures (c'est arrivé). Comme les étudiants en échange de SciencesPo. prennent en général l'équivalent de 8 crédits par semestre, soit quatre cours, le rythme de travail diffère grandement de celui des étudiants indiens. Petit à petit, mais assez inéluctablement, on finit par ne plus passer beaucoup de temps sur le campus. On s'y rend juste pour assister aux cours et voir ses amis proches. Soutenir le rythme de travail, et accepter le manque de liberté est généralement exigeant. Il faut préciser que la plupart des étudiants indiens du TISS ont quitté pour la première fois le domicile familial pour intégrer le campus. De plus, ils n'ont pas forcément les moyens de profiter de la très onéreuse vie nocturne bombayite.

Le second élément marquant une profonde différence avec l'éducation supérieure en France se situe dans le contenu des cours et surtout dans ce qui est attendu de la réflexion des étudiants. La plupart des cours ont une structure très classique et un contenu riche et exigeant : les aspects théoriques et factuels ne sont que rarement négligés. En revanche, il n'est jamais demandé aux étudiants la moindre réflexion personnelle, abstraction, ou utilisation de notions de cours dans un cadre autre que celui qui a été abordé. La quasi-totalité des évaluations consiste à répondre à des questions de cours. Un apprentissage par coeur est demandé aux élèves, ce qui peut par la suite leur poser quelques problèmes. Par exemple, dans le cadre de la classe de Quantitative Research Methods, certains élèves avaient appris l'exercice type du cours et étaient capables de le reproduire parfaitement. En revanche lorsqu'ils ont dû analyser leurs propres collectes de données, ils étaient incapables d'utiliser le moindre outil mathématique abordé précédemment. De même, certains professeurs de l'institut ont la réputation d'accorder une plus grande importance à la quantité de pages qu'à la qualité d'un rendu. Il n'est pas rare d'entendre des élèves déclarer : "Il faut écrire énormément, même s'il faut se répéter, parce qu'en dessous de douze pages ton travail n'est pas pris au sérieux". Probablement exagérés, ces propos reflètent tout de même une tendance générale : les étudiants n'ont que peu de liberté, dans les cours et en dehors. Un emploi du temps très chargé les empêche de prendre des initiatives autonomes, un programme très directif ne laisse pas vraiment de place à la réflexion personnelle et enfin des règles de vie très strictes empêchent les étudiants de totalement se détendre dans leur temps libre.

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Faire le point...

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Une année riche en enseignements.

La vie à Bombay, les fieldworks, et à moindre titre les cours théoriques m'ont considérablement enrichi, tant sur le plan de mes connaissances et compétences, que sur un plan plus personnel et humain. Néanmoins, il ne s'agira pas d'exagérer les changements survenus au cours de cette année. On ne revient pas différent, pas en un an, et certainement pas en partant dans un cadre urbain qui, malgré toutes ses différences, ne nous prive pas de nos repères fondamentaux. Il est par ailleurs tout à fait possible de passer une année touristique très agréable en Inde, qui soyons honnêtes apportera plus à la mémoire de votre appareil photo qu'à vos capacités et qualités humaines.

1. De nouvelles compétences... et une certaine maturité : Le stage hebdomadaire et les différents modules et cours de soutien permettent d'acquérir un certain nombre de compétences nécessaires. Pour communiquer avec les élèves et me faire comprendre de ma classe, il m'a fallu acquérir quelques bases de langage des signes. Les connaissances acquises lors des classes théoriques se sont révélées très utiles : lorsque l'on s'adresse à une famille, il faut connaître les plans gouvernementaux auxquels elle peut prétendre, savoir quelles autres organisations peuvent l'aider, et surtout être conscient de sa propre marge de manoeuvre. Toute promesse irréalisable ou tout engagement émotionnel déplacé peut avoir des effets désastreux. Développer et mettre en valeur un certain nombre de qualités humaines indispensables resteront les apports les plus marquants de cette année passée à Bombay. Les capacités d'abnégation, et de patience sont particulièrement mises à l'épreuve lorsqu'on travaille au sein d'une ONG. Il faut savoir faire preuve d'initiative : le personnel est en général trop occupé pour prendre le temps de former correctement ou de suivre au jour le jour les stagiaires, qui sont souvent livrés à euxmême. Il est alors facile de n'être que spectateur, simple observateur (et de sombrer dans l'ennui) si l'on ne propose pas soi-même de projet. Il faudra alors le défendre bec et ongles face à une administration sceptique, ou désorganisée. Ce n'est qu'au terme de nos actions qu'on pourra espérer un jugement positif de notre employeur. C'est un mécanisme frustrant lorsqu'on n'y est pas habitué. Par dessus tout, il faut aussi être capable d'une grande modestie, et accepter qu'on ne "changera pas la donne". L'expérience de la vie indienne se charge de nous le rappeler tous les jours.

C'est ensuite cette expérience de vie indienne qui forge elle aussi patience et opiniâtreté, dès lors qu'il s'agit de s'adresser à n'importe quelle administration, ou tenter d'obtenir une connexion internet chez MTNL. Après avoir été essoré, ballotté, et asphyxié par la surpopulation, la pollution, le bruit, il faut être capable de se motiver et sortir de chez soi. Un précédent rapport de 17


séjour d'un étudiant parti au TISS évoquait très bien la tentation de se faire ici aussi spectateur. De nombreux temps morts ponctuent les premiers mois du séjour, notamment à cause de la mousson, et ont rapidement fait de saper le moral si l'on ne se force pas à explorer la ville, à accepter ses défauts pour en découvrir plus rapidement les qualités.

Coeur de baudruche à Malabar Hill, Mumbai.

Bombay n'est pas ingrate, et nous apporte son lot de surprises agréables. Au final, s'ils ont pris la peine de s'immerger réellement dans la vie bouillonnante de la mégapole, les étudiants en reviendront un peu plus indépendants, débrouillards et tolérants.

2. De nouvelles perspectives : Cette année au TISS m'a permis d'explorer un secteur qui m'était jusqu'ici inconnu, et vers lequel je tâcherai à mon retour en France de m'orienter, à savoir celui de l'entrepreunariat social. Peu développée en occident, mais florissante en Inde, cette branche mêlant une culture d'entreprise efficace à une responsabilité sociale des plus éthiques est promise à un bel avenir. Le Tata Institute est l'une des universités pionnière dans le domaine, et propose aujourd'hui un Master in Social Entrepreneurship, ouvert aux étudiants qui disposent au préalable de leur propre venture. Les travaux très médiatisés de Muhammad Yunus sur le micro-crédit (aujourd'hui très critiqué pour les dérives commerciales d'une partie du système) ont ouvert la voie à des grands groupes français, tels Danone et Veolia, qui ont récemment créé des branches "Grameen" pour aider à résoudre les problèmes d'alimentation et d'approvisionnement en eau du Bangladesh. Ces groupes ont certes ici l'occasion d'améliorer une image parfois écornée, mais les résultats n'en sont pas moins louables. D'autre part, des petites entreprises se sont créées dans le but de s'attaquer à des problèmes précis, partant du constat que, malgré leurs actions remarquables, les ONG sont pour la plupart confrontées à des restrictions budgétaires. Elles-même ne génèrent en effet pas de revenus. Cependant beaucoup d'entre elles en Inde se lancent dans le Business Social. C'est le cas par exemple de NASEOH (cf. Institutional Visits, page 6), qui est devenu sous-traitant de fabricants d'électronique, avec pour projet d'employer les personnes handicapées en voie de réinsertion dans le monde du travail, et leur fournir les moyens de subvenir à leurs propres besoins. De mon séjour j'ai pu faire le constat suivant : les ONG ou entreprises à caractère social ont d'avantage besoin d'employés leur proposant une expertise réelle dans des domaines très précis, plutôt que de diplômés de cursus trop généralistes. S'orienter vers le droit ou l'économie permet d'acquérir cette expertise et d'être réellement utile au fonctionnement d'une entité. Fort de ce constat et après mûre réflexion, j'ai décidé d'intégrer l'Ecole de Droit de SciencesPo. Cette expérience m'a rendu conscient du besoin croissant d'organisations non-gouvernementales d'advocacy skills, pour accomplir au mieux leurs missions de protection et de développement des populations dans le besoin.

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...et conclure

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par des remerciements.

C'est le coeur gros que je quitterai Bombay. La forme obligée d'un rapport de séjour, assez impersonnelle, ne rend pas hommage aux rencontres et au cadre fantastique qui ont rendu mon séjour si attachant. Pourtant tout n'a pas été facile. L'arrivée dans cette ville gigantesque et éprouvante, mes premières journées de travail avec certains enfants handicapés mentaux, et une mousson particulièrement forte m'ont plusieurs fois fait regretter mon confort parisien. C'est, à vrai dire, relativement tard que j'ai pu prendre plaisir à me rendre au travail et proposer mes propres projets. Il m'a fallu du temps également pour apprécier la ville et ses recoins cachés. J'ai fini par y trouver une âme, un esprit que nos métropoles occidentales glacées ont trop souvent oublié. Le contact humain, parfois dur et violent, souvent chaleureux et amical, se fait ici plus naturellement, et sans arrières pensées. J'essaierai de décrire plus fidèlement la ville dans les annexes.

De mon séjour au Tata Institute of Social Sciences, je regretterai sûrement de n'avoir pas assez profité de mes quelques amis, et de ne pas avoir assez rencontré les camarades de classe. Le choix du rythme de vie, qui nous éloigne rapidement de l'institut, ne m'était pas imposé, mais il m'était douloureux de passer la plupart de mes journées dans un campus quelque peu éteint. Les débats passionnés autour d'un chai en sortant de cours, les fresher parties et autres festivals m'auront toutefois permis de goûter à la vie estudiantine lorsqu'elle était la plus enjouée. Enfin, de mon passage au Helen Keller Institute je retiendrai l'incroyable travail des gens qui, tous les jours, donnent de leur personne pour permettre à des enfants non moins incroyables de vivre une vie "normale", de valoriser au mieux leurs capacités et de s'épanouir pleinement sans vivre leur différence comme un fardeau.

" 42 500 caractères.

La ville, le TISS et ces enfants évoluent, changent et grandissent si rapidement, que lorsque je reviendrai (bientôt j'espère), je ne les reconnaîtrai plus. Je tiens donc tout particulièrement à les remercier tous, camarades de master, professeurs et membres de l'International Student Office, élèves et collègues du Helen Keller Institute. C'est à leur rencontre que je dois cette année de découverte si riche, si unique. 19


Annexes

Le départ!! ! ! !

p.21

Vivre à Mumbai! !

p.24

Voyager" " " " "

p.30

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Le départ

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Quelques conseils. Vous avez appris hier votre affectation au TISS, et c'est avec un petit mal aux cheveux que vous vous réveillez. L'année au TISS commence généralement aux alentours du 15 juin, vous le savez déjà. Que faire maintenant ? Comment préparer correctement un départ si proche ? L'angoisse vous gagne. Pourtant, vous allez voir, c'est très simple.

Les démarches (plus ou moins) administratives : La plus grande partie de la préparation au départ concerne les procédures administratives pour obtenir un visa, prendre les dispositions bancaires adéquates, et acheter un billet d'avion. Le plus gros morceau est le visa. Il ne s'obtient pas directement à l'Ambassade indienne à Paris, mais auprès du service agréé VSF India. Les démarches sont relativement simples à effectuer, et l'Ambassade indienne entretient de bonnes relations avec SciencesPo. Ceci vous évitera normalement d'avoir à fournir une copie de l'accord d'échange avec l'université. La procédure prend entre 4 et 14 jours (en général), mais il est possible, si vous êtes en retard, de demander un visa en urgence. Cela vous coûtera sensiblement plus cher, mais la procédure ne durera qu'une journée.

Liste des documents à fournir : - Passeport valide pour la durée du séjour ; - Photocopie de la page données du passeport ; - 3 photos d'identité conformes ; - 2 Formulaires disponibles en ligne dûment remplis ; - Lettre officielle de confirmation d'échange du TISS. - Lettre de garantie bancaire attestant de revenus d'au moins 500# par mois (elle peut concerner un garant).

Ensuite, il vous faudra prendre des dispositions avec une banque pour pouvoir accéder sereinement à votre argent en Inde. Différentes options s'offrent à vous : - HSBC France propose à chaque étudiant de SciencesPo. d'ouvrir un compte Premier, qui vous permettra d'ouvrir un compte du même type en Inde. Vous aurez alors une carte de paiement et retrait indienne (sans taxes supplémentaires), ainsi que la possibilité d'effectuer des virements internationaux instantanés et gratuits entre vos deux comptes. Il faut dans ce cas se présenter à l'agence HSBC la plus proche de chez vous (à Sèvres-Babylone par exemple), et ouvrir un compte premier. Votre conseiller bancaire vous donnera un certificat qu'il faudra fournir à l'agence HSBC la plus proche de vous en Inde (Chembur Branch, à quelques minutes du TISS en autorickshaw). Cette option est pratique, mais j'attire votre attention sur le fait que la procédure en Inde peut prendre du temps et nécessiter pas mal de coups de téléphone ente l'Inde et la France. 21


- HSBC France permet également à n'importe quel détenteur de compte de retirer sans frais de l'argent dans tous les distributeurs HSBC en Inde. Il n'y en a pas énormément, mais vous n'aurez sans doute pas besoin de retirer très fréquemment de l'argent. - Enfin, HSBC et d'autres banques (dont la Société Générale) proposent des cartes spéciales qui permettent de retirer sans frais de l'argent dans n'importe quel distributeur de pays étrangers. Cette option permet d'éviter d'avoir à ouvrir un compte en Inde, et semble assez facile à mettre en place. Plus généralement il faut être conscient de plusieurs choses : - Les taxes de retrait aux distributeurs des différentes banques sont très onéreuses (environ 3-6# par retrait). - La plupart de vos dépenses se feront en liquide, de la main à la main. Les virements internationaux entre banques françaises et indiennes (hors HSBC Premier) sont calamiteux. - Les cartes françaises ont un plafond de retrait hebdomadaire à l'étranger qui est souvent de 400-500#. Il faudra donc vous munir d'une importante somme d'argent en liquide ou traveller chèques avant le départ car l'installation dans un logement est très coûteuse.

Enfin, vous disposerez pour l'achat du billet d'avion de tarifs intéressants proposés par des compagnies aériennes de qualité. Air France propose une liaison directe avec Bombay, mais ces billets sont assez chers (environ 500#). Les billets les plus abordables (290-350#) sont ceux des compagnies du Golfe (Gulf Air, Saudi Arabian Airlines, Emirates) ou d'Air India, qui proposent des escales à Bahreïn, en Arabie Saoudite ou à New Delhi. Il est possible de faire baisser les prix en achetant directement un aller-retour, mais cette option ne sera pas forcément assez flexible si vous avez des envies de voyage ! Enfin, pensez bien avant de partir à prévenir l'administration du TISS, qui organisera un pickup à l'aéroport, option plutôt confortable.

Les préparations médicales : Pour préparer sereinement son départ il faut assez rapidement se préoccuper des différents aspects médicaux. Bombay n'est vraiment pas une zone particulièrement à risque, mais il faut tout de même prendre quelques précautions. Tout d'abord, s'assurer que tous ses vaccins sont à jour. Il est nécessaire d'être vacciné contre le tétanos, contre la diphtérie, la fièvre typhoïde et les hépatites A et B. Certains de ces vaccins peuvent être en rupture de stock, il faut donc s'y prendre assez L'indispensable trousse à pharmacie. tôt. Le vaccin contre la rage est optionnel, et recommandé par la DAIE. Il ne m'apparaît pas essentiel, et nécessitera trois prises à plusieurs semaines d'intervalle. En cas de doute n'hésitez pas à vous référer à votre médecin traitant, qui a accès à toutes les informations nécessaires et vous guidera au mieux. 22


Ensuite, il faut préparer une trousse à pharmacie. La plupart des médicaments sont disponibles en Inde à des coûts moindres, mais avoir avec soi ceux auxquels on est habitué est généralement rassurant. Il faut principalement penser à tout ce qui soigne les troubles de type tourista et à quelques antibiotiques basiques. Les conjonctivites sont fréquentes en Inde, il peut être pratique d'emporter un collyre efficace. Les traitements antipaludéens ne sont pas adaptés à un séjour aussi long (effets secondaires, prix...). Le risque de malaria est de toute façon faible à Bombay, et les effets de cette souche ne sont pas très graves. Ici encore en cas de doute votre médecin vous éclairera parfaitement.

Dans la valise : On trouve absolument tout à Bombay. Les produits importés sont chers, mais les prix de tout le reste défient toute concurrence. Il ne faut donc vraiment pas trop se charger au moment du départ. Il faut privilégier les vêtements légers car il n'y a pas d'hiver à Bombay. Les températures ne tombent jamais en dessous de 23°c. En raison du contexte indien, les filles doivent privilégier les vêtements couvrants. Ce conseil s'applique également aux garçons, dans la mesure ou la meilleure protection contre les moustiques reste de ne pas leur montrer le moindre centimètre de peau. Pensez également à quelques vêtements de pluie pour la mousson. Un petit pull peut être utile aussi, car les indiens n'y vont pas de main morte avec la climatisation des restaurants et salles de cinéma. Si vous comptez voyager, il est utile d'avoir son propre drap de couchage (sac à viande). Si vous prévoyez de vous aventurer plus au Nord, où il peut faire (beaucoup) plus frais, prévoyez vos chaussures de marche et sac de couchage, quoiqu'on puisse en trouver dans les stations de Darjeeling ou Manali. Il n'y a pas besoin d'adaptateur pour les prises de courant. En cas de besoin une fois sur place vous trouverez votre bonheur dans le surpeuplé Chembur Market, à des prix négociables, mais amicaux.

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Vivre à Mumbai

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"Crazy Bombay" Vous voilà à Bombay ! La chaleur et l'humidité étouffantes du mois de juin, les bruits incessants et l'agitation ambiante vous donnent le tournis. Quelques formalités banales et la quête d'un logement vous attendent, nous y reviendrons plus tard. Attardons nous d'abord un peu sur la ville incroyable dans laquelle vous venez d'arriver. Mumbai est immense. Cette mégalopole cosmopolite et riche en contrastes voit les vieux bâtiments coloniaux côtoyer de hauts gratte-ciels, les bidonvilles les plus pauvres jouxter de somptueuses villas. Elle regorge de travailleurs journaliers, d'acteurs, de porteurs, d'hommes d'affaires, de mendiants et millionnaires. Elle incarne un rêve pour plus d'un milliard d'indiens qui voient en elle la réussite économique, le luxe de Bollywood, ou une chance d'échapper au monde rural. Cette ville peut dérouter ou séduire, mais ne se laisse pas facilement apprivoiser. Jamais personne n'y reste indifférent. Vous aurez sans aucun doute l'occasion de maudire sa pollution, son bruit, sa surpopulation, son insalubrité et son indécence. Mais, après plusieurs mois, on réalise à quel point on y est attaché. Au delà de son agressivité et de sa démesure Bombay a su garder un visage humain, une âme chaleureuse. Coeur d'autorickshaw à Versova, Mumbai.

Le Greater Mumbai compte aujourd'hui plus de 21 millions d'habitants, sur une superficie six fois supérieure à celle de Paris. Historiquement, Bombay, du portugais Bom Bahia (la bonne baie), fut initialement composée de sept îles de pêcheurs séparées de marais, qui pour des raisons naturelles et humaines se sont asséchés. Ils ont laissé place à des terrains constructibles sur lesquels la ville s'est inexorablement étendue, puis densifiée sans réel contrôle. Les banlieues se sont multipliées, et c'est dans l'une d'entre-elles, Chembur, que vous vous rendez. C'est là que se trouve le TISS, et très certainement là que vous habiterez, car les temps de trajet dans la ville imposent d'habiter à proximité du campus.

Se loger, et autres petites formalités : Commençons donc par le logement. Les prix de l'immobilier varient énormément à Mumbai. Dans les quartiers les plus prisés du Sud de la péninsule et de la façade Ouest, ils n'ont rien à envier aux tarifs parisiens. Il n'y a pas d'aides au logement, il faudra se montrer raisonnable. De plus il est, je le répète, compliqué au quotidien d'habiter loin de son lieu de travail. 24


Le TISS propose des chambres au sein du campus à des prix défiants toute concurrence (environ 80# par semestre), mais elles sont généralement réservées aux étudiants indiens, et la vie y est un peu restrictive. La plupart des étudiants en échange optent donc pour des colocations dans les quartiers de Chembur ou Mankhurd. Il faut alors s'attendre à payer un loyer d'environ 25 000-30 000 roupies indiennes à deux pour un appartement spacieux, meublé et d'un standing raisonnable. Les démarches sont assez simples, mais onéreuses. En premier lieu, il faut s'adresser à un broker qui vous aidera à trouver l'appartement de vos rêves. Une fois trouvé, commencent les négociations avec le propriétaire. Il faut entre autres définir : - Le loyer exact, charges comprises ; - Le montant de la caution, qui varie entre 100 000 roupies (soit 1 Lakh) et 5 mois de loyer ; - La présence ou non d'une maid (chaque appartement emploie généralement une femme de ménage), ainsi que ses attributions (nettoyage, vaisselle, cuisine ou lessive) et son salaire ; - La permission ou non d'accueillir des amis, et tout particulièrement des personnes de sexe opposé dans l'appartement. Si vous êtes un garçon, cela est négociable. Il est assez judicieux à mon sens d'éviter d'habiter dans le même immeuble que son propriétaire. Celui-ci peut devenir intrusif, et limiter considérablement votre liberté durant le séjour. Une fois tous ces éléments arrêtés, il faudra s'acquitter des frais de broker, soit un mois de loyer, et des frais de contrat qui varient en fonction des agences (5 000 à 7 000 roupies). Il faut donc disposer d'une somme de plus de 1 000# pour s'installer convenablement en arrivant. N'hésitez pas cependant à consulter les annonces de l'International Student Office du TISS : vous économiserez les frais de broker si vous rentrez directement en contact avec un propriétaire. Le TISS dispose d'une guest house pour accueillir les internationaux le temps qu'ils trouvent un logement. Comptez environ 15# la nuit.

Ensuite vous pourrez vous attaquer aux autres formalités. La principale est l'enregistrement au FRRO. Pas de soucis, vous serez entièrement pris en charge par le TISS, qui vous fournira la liste des documents nécessaires et affrétera un véhicule pour vous rendre à la station de police (juste derrière le St. Xavier's College). Il faut également penser à s'inscrire sur les registres du consulat. Cela vous permettra de voter lors des élections françaises. Ses nouveaux locaux se trouvent dans le Bandra-Kurla Complex. Ensuite il vous faudra acquérir une carte SIM ainsi qu'un téléphone. L'Opérateur Vodaphone est un bon choix. Vous pourrez demander directement au TISS de vous fournir un abonnement, ou vous adresser directement à une des nombreuses boutiques qui les vendent. Pensez à vous munir de photocopies de passeport et visa, ainsi que du certificat d'enregistrement de votre logement. Les recharges disponibles sont de 222 et 555 roupies. Un sms passé depuis Mumbai vers l'Inde coûte 1rs, et 5rs vers l'étranger. Une recharge de 222rs permet donc normalement de tenir un mois entier. Un téléphone basique coûte 1 700 roupies.

MTNL, au delà du réel.

Enfin, vous souhaiterez sans doute vous doter d'une connexion internet. Plusieurs options sont disponibles. D'une part, les onéreuses clés 3G (de Reliance, Tata Docomo) permettent d'accéder à internet partout en Inde. La connexion est limitée et assez lente, mais fonctionne parfaitement la plupart du temps. Il 25


faudra en général payer 1 800rs par mois. D'autre part, on peut acquérir une connexion adsl illimitée en s'adressant au fournisseur gouvernemental, MTNL. Leurs bureaux de Chembur sont situés à Telecom Factory. MTNL représente le pire de la bureaucratie inefficace en Inde. A l'image de la maison des fous des 12 Travaux d'Astérix, il vous sera demandé d'explorer les différents bureaux à la recherche de la personne compétente qui pourra faire fonctionner votre fichu modem, et vous expliquer pourquoi le montant de votre facture a quadruplé. Ceci étant, lorsque la connexion marche plus de 15 secondes d'affilée, elle est assez efficace.

Se déplacer : Vous voilà à peu près installé. Reste désormais à savoir comment vous allez vous déplacer dans les différents quartiers de Mumbai. La métropole souffre aujourd'hui d'un réel manque de moyens de transport en commun et de la saturation des infrastructures existantes. Il faudra donc éviter, dans la mesure du possible, de vous déplacer aux heures de pointe, car l'exercice se révèle assez désagréable. Les trajets entre Chembur et les quartiers plus animés prendront en général une petite heure, mais ce temps peut doubler (voire plus) en cas de bouchons. Attention, il n'y a en général pas de numéros de rue, ou d'adresses exactes à Mumbai. Il faut toujours se référer à des landmarks ("near the post-office" par exemple) qui permettent aux rickshaw-wallahs et taxi-wallahs de se repérer. Demandez toujours à votre conducteur de vous arrêter à votre destination, et ne descendez pas avant d'avoir la certitude d'être arrivé à bon port.

L'autorickshaw est le moyen de transport le plus répandu pour les courtes distances. Il est très présent dans les banlieues de la ville, mais n'est pas autorisé à circuler dans le sud de la péninsule (à partir de Worli). A Bombay les rickshaw-wallahs acceptent systématiquement d'utiliser le meter-fare, qui détermine le prix de courses. Le minimum est de 11 roupies, et il faudra s'attendre à payer entre 100 et 150 roupies pour les trajets de plus d'une heure. La course entre votre domicile et le TISS ne doit pas coûter plus de 25 roupies. En cas d'entourloupe, demandez toujours à votre driver de montrer la carte des tarifs.

Le Super© Meter Fare. Les taxis sont très utilisés dans la péninsule Sud de l'agglomération, où ils remplacent les rickshaws. Ils fonctionnent également avec le meter-fare, mais leurs tarifs sont plus élevés. Les vieilles trabants jaunes et noires sont de plus en plus souvent remplacées par des véhicules modernes aux compteurs électroniques Si les courses les plus courtes ne coûtent que 16 roupies, comptez au minimum 200 roupies pour les trajets de plus d'une heure. Les arnaques sont très fréquentes aux abords des grandes stations de train (particulièrement à Dadar) et des aéroports. Préférez toujours les prepaid taxis lorsqu'ils sont à votre disposition, et ne montez jamais dans un taxi si le conducteur n'est pas seul. Si le prix annoncé vous semble fantaisiste, demandez la carte agréée des tarifs et n'hésitez pas à donner de la voix. Il existe également des services de taxis climatisés, Cool Cabs, donc certains viennent vous chercher à domicile (Meru par exemple). Il faut dans ce cas s'attendre à des prix 30% plus élevés. 26


Les lignes de bus sont très nombreuses à Bombay, et ce moyen de transport est réputé très fiable. Les robustes véhicules rouges ne s'arrêtent jamais, même pendant les plus intenses pluies de la mousson. Cependant prendre le bus est un peu compliqué, car il faut trouver la bonne ligne, la bonne station, et le bon sens de direction. Renseignez vous sur internet avant de partir, puis demandez aux autres usagers une fois à la station. Il n'existe pas de carte satisfaisante du réseau. Il faudra compter entre 5 et 15 roupies pour un trajet, un ticket journée coûte 25 roupies. Quelques lignes de bus climatisés (un peu plus chères) existent : elles sont peu empruntées et très pratiques durant la saison chaude. Tous ces moyens de transports utilisent les artères de Mumbai, ses routes saturées. Il sera souvent plus commode et bon marché de se déplacer en train, particulièrement aux heures de bouchons. L'expérience du local train est en soi fantastique. Le plus vieux réseau ferré d'Asie, véritable ossature de la ville, n'a pas réellement changé depuis sa conception. Ses rames rudimentaires sont un prodige de résistance. Elles accueillent tous les jours, en heure de pointe, plus de 7 fois le maximum prévu d'usagers, jusqu'à 12 personnes au mètre carré ! Observer les gens se bousculer fiévreusement au son des chalos !, monter au dernier moment dans un wagon en mouvement, se pencher aux portes ouvertes, entendre les cris des vendeurs de babioles sont autant de choses qui égaieront vos trajets sur les Harbor line et Western line. Un ticket pour se rendre dans les quartiers animés coûte entre 5 et 10 roupies en seconde classe. Chacun des wagons réservés aux femmes est gardé par un officier Churchgate fast local à Dadar, Mumbai. de police la nuit ; les coups de bâtons pleuvront sur les étourdis qui se seront trompés.

Le coût de la vie, en quelques chiffres : 1! = 57- 65 roupies

Vivre, sortir et explorer :

- Un petit pot de Nutella : 190rs. - Un repas au TISS : 35rs. - Un thali dans une cantine : 65-100rs. - Un Maharaja Meal chez McDonald : 170rs. - Un paquet de 500g de pâtes Barilla : 200rs. - Un chai : 5rs.

Le coût de la vie à Bombay est relativement bas. Les prix des denrées alimentaires, des restaurants et dans une certaine mesure des transports, sont attractifs. Cependant il faut faire attention, car les apparences peuvent être trompeuses.

- Une bouteille de Kingfisher Strong : 80rs. - Un cocktail dans un club : 600rs. - Une entrée dans un club : 500-1000rs. - Un film piraté : 50rs. - Un téléphone portable : 1800rs - Un billet d'avion Mumbai-Delhi : 3000rs. - Un billet de train (SL) Mumbai-Delhi : 450rs. - Le salaire mensuel d'une maid : 1000rs.

Il faut se méfier notamment des produits importés, dont les prix très élevés exploseront votre budget. Il faut également essayer de privilégier autant que possible les transports en commun : les longues courses de rickshaws et taxis sont relativement peu chères (2-3#), mais tout de même plus onéreuses que le métro parisien. Il ne faut donc pas en abuser. Bombay est la ville indienne la plus réputée pour sa vie nocturne. Certains clubs situés dans des hôtels luxueux sont ouverts jusqu'à 3-4h du matin. Cette nightlife rassemble la jeunesse fortunée de la ville 27


autour des acteurs et producteurs de Bollywood. Les prix sont en tous points comparables à ceux des clubs parisiens et les DJ-sets de mauvaise qualité. Petit conseil également : méfiez vous des taxes considérables sur les produits alcoolisés, elles ne sont jamais indiquées sur les menus. La vie culturelle de Bombay est en revanche quelque peu limitée. Ici la culture se résume malheureusement trop souvent aux films mainstream de la prolixe industrie cinématographique locale. Il vous sera tout de même possible de voir quelques très bons films indépendants (tel Peepli [Live] sorti cette année), d'assister à des pièces de théâtre de qualité au Prithvi Theater (à Juhu), et à de bons concerts au NCPA (National Center for Performing Arts, à Nariman Point) ou au Blue Frog (à Lower Parel). Les vies culturelles de Delhi et Kolkata semblent offrir plus de richesse. Enfin vous pourrez explorer, de jour ou de nuit, les différents quartiers de la ville pour en saisir le charme et l'esprit. Mumbai est vaste et les visites ne doivent pas se limiter aux quelques lieux touristiques de la vieille ville.

Certes Colaba/Fort, le quartier colonial, renferme une bonne partie des jolies bâtisses, la mythique Gateway of India et le non moins somptueux Taj Hotel. Cela étant, une fois les principaux sites touristiques visités, il est préférable de se diriger vers les pelouses d'Oval Maiden, prisées par les cricketer mumbaikars ou encore vers l'agréable promenade de Marine Drive. Arrivé là, ne manquez pas la chaîne de glaciers Natural (on en trouve d'ailleurs dans la plupart des autres quartiers), qui prépare des crèmes glacées succulentes à base de vrais fruits entiers. Ne manquez pas non plus le Tea Centre, sponsorisé par le National Board of Tea, qui propose à la vente dans sa boutique parmi les meilleurs thés d'Assam, Nilgiri et Darjeeling. Marine Drive.

Banganga Tank, à Malabal Hill.

Les quartiers résidentiels de Malabar Hill, Kemps Corner et Mahalaxmi rassemblent les indiens et expatriés les plus fortunés. Ceci s'illustre par la présence d'Antilia (cf photo p. 12), l'indécente demeure du milliardaire Mukesh Ambani. Vous pourrez notamment vous relaxer sur les bords de Banganga Tank ou pique-niquer sereinement dans les très jolis Hanging Gardens, au milieu des gratteciels en construction. Mahalaxmi abrite également le temple le plus célèbre, les plus grands lavoirs (Dhobi Ghat), ainsi que le seul champ de courses de la ville. Les parieurs frénétiques et amateurs de beaux chevaux y sont au rendez-vous, tous les dimanches.

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Les quartiers de Lower Parel, Worli et Dadar présentent un éventail fantastique de bâtiments qui illustrent l'histoire récente de la ville. Des gratte-ciels d'affaires ultramodernes d'Elphinstone Road aux vieilles usines désaffectées (dont certaines sont reconverties en clubs et malls les plus "tendance"), des bâtisses décrépies aux balcons de bois jusqu'au vieux fort de Worli, tout dans cette partie de la ville séduit ou impressionne. Pourtant les touristes ne s'y pressent pas. Lumières de Divali, à Lower Parel.

Les quartiers de Bandra, Juhu et Andheri, un peu moins riches, séduisent beaucoup de jeunes mumbaikars et expatriés. Anciennement portugais, ces banlieues côtières comptent encore quelques jolis cottages aux rues à peu près piétonnes. Ils abritent la plus grande communauté chrétienne de Bombay. C'est aussi ici que se déroule la plupart de la vie nocturne bombayite. Bandra, surnomée Queen of the Suburbs, regorge de restaurants aux saveurs internationales, de bars branchés et de coffee shops. Je Peinture murale, à Bandra. recommanderais tout particulièrement le restaurant Jaihind, situé à Pali Nakka, dont la cuisine à base de fruits de mers (à éviter pendant la mousson !) est aussi délicieuse qu'abordable. Le Zenzi, bar assez onéreux, propose de temps à autre des DJ sets de qualité. On trouvera également à Bandra de quoi contenter les accrocs du shopping, qui pourront faire du lèche-vitrines sur les fameuses Hill Road et Linking Road. C'est à Juhu et Andheri qu'on trouvera les plages les plus agréables (préférez celle d'Andheri, plus propre et moins fréquentée). Mieux vaut pour la santé ne pas s'y baigner. Là, se trouvent également les hôtels les plus luxueux, qui abritent les boîtes de nuits les plus hype, rendez-vous du tout Bollywood. Trilogy, dans le Sea Princess Hotel est l'une des plus à la mode, et propose des DJ sets corrects.

Enfin, je ne saurais que trop vous recommander de partir explorer les quartiers moins connus. Kurla, Sion ou Powai sont autant d'endroits sympathiques et peu fréquentés des nonmumbaikars. Mumbai est pleine de surprises, et c'est souvent là où on s'y attend le moins que nos expériences se révèlent les plus marquantes.

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Voyager

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Prendre le large ! Vous rêvez de vous perdre dans les montagnes caillouteuses du Ladakh ? De passer un week-end sur les plages de Goa ? De discuter avec un moine tibétain à Dharamsala ? Ou encore d'admirer la beauté des forts du Rajasthan ? L'Incredible India vous ouvre les bras. Bombay est un véritable hub, qui permet un accès très facile aux quatre coins du pays. Vous disposerez d'un peu de temps libre en semaine pour explorer les alentours, et de longues vacances en octobre puis en avril-mai pour partir à l'aventure. Je ne vais pas me risquer à entreprendre ici l'inventaire des destinations qui vous attendent, mais simplement donner quelques brefs conseils pour ne pas être pris au dépourvu.

La belle Keri Beach, à Goa.

Pour commencer, il faut se doter d'un guide convenable. Le Lonely Planet fait très bien l'affaire, mais vous pouvez aussi opter pour le Guide du Routard. Une fois votre destination féerique choisie, il faudra s'occuper du plus compliqué, le transport. Le moyen de locomotion le plus séduisant (et le moins cher) est le train. L'Inde propose aux voyageurs quelques-uns des plus fantastiques (et longs) "périples ferrés". Il faut par exemple compter près de trois jours pour se rendre en Assam depuis Bombay. Ceci étant, quelques petites précautions Les backwaters à Allepey, Kerala. s'imposent. Tout d'abord, gardez bien à l'esprit que le pays compte plus d'un milliard d'habitants. Par conséquent il faudra toujours réserver vos billets au minimum un mois à l'avance, si vous voulez avoir de la place. Indian Railways a également mis en place un système de quota de billets pour les voyages imprévus, le tatkal scheme. Ces billets ne sont mis en vente que deux jours pleins avant le départ du train. A moins que vous ne teniez à faire la queue devant la station dès 2h du matin, il vaut mieux s'adresser à une agence qui le fera à votre place. Votre billet vous coûtera sensiblement plus cher. Notez qu'avec un visa étudiant vous n'avez normalement pas accès au quota de billets réservés aux touristes étrangers. Il est possible de tomber sur un guichetier conciliant (j'en témoigne), mais il ne faut pas trop espérer. Prenez également garde à bien choisir votre station d'embarquement. Il y a maintes gares à Mumbai (CST, Mumbai Central, Dadar, Bandra Terminus), et certaines peuvent se trouver assez loin du coeur de la ville. Enfin, n'ayez pas trop de craintes quant à votre sécurité à bord du train. Quelle que soit la classe choisie, il ne 30


s'agit que de faire preuve de bon sens : n'acceptez jamais de nourriture ou boisson gratuite d'un inconnu, et gardez vos affaire près de vous.

Le désert de Thar au Rajasthan.

Le moyen de transport le plus rapide est l'avion. L'Inde a vu très récemment se développer une flopée de compagnies aériennes nationales, dont certaines sont de très bonne qualité (je pense notamment à Kingfisher Airlines). Vous pourrez réserver au dernier moment, mais paierez les billets bien plus cher (logique). Comptez environ 100# pour un A/R Mumbai-Delhi, hors période de vacances. En pleine saison, les tarifs doublent.

Enfin, il vous est possible pour les trajets de courtes ou moyennes distances d'opter pour le bus. S'il s'agit d'un sleeper bus, évitez la climatisation. Vous aurez très froid, c'est très désagréable. Les trajets en bus de nuit ne sont généralement pas folichons, et à éviter si on peut prendre le train. Si vous voyagez de jour, essayez de prendre un bus publique : ils sont moins chers, et généralement plus dignes de confiance. Evitez la fantaisie du vol en hélicoptère : en Inde ils tombent très souvent ! Une fois le transport réservé, ne restent plus que les précautions d'usage. Si vous vous rendez dans une zone "à risque", renseignez-vous un peu sur l'actualité, et consultez le site du consulat (très alarmiste en général). Par prudence, il vaut mieux voyager avec une petite sacoche que l'on garde en dessous du t-shirt, contenant papiers, cartes de crédit et numéro d'assurance (au cas où). Pensez également à prévoir quelques médicaments utiles, et munissez vous de petite monnaie pour les dépenses courantes.

Des plantations de thé à Darjeeling.

Et voilà ! Il ne vous reste plus qu'à profiter du voyage, avant de retrouver le tumulte de Bombay.

Pour plus d'informations et de conseils, rendez-vous sur [www.tumblr.rickshawnomies.com]. 31


Une année à Mumbai.