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On ne sait que trop combien la photographie s’est toujours prêtée au voyeurisme, au malsain, au bizarre, à l’étrangeté, comment elle cherche à tout prix à montrer du jamais vu. Chaos positif dit le peintre Karel Appel : «Pourquoi l’art est un chaos positif. Je l’oppose par cette expression, au chaos négatif, qui est cette barbarie qui monte autour de nous….C’est le côté barbarie dans la peinture qui démolit les anciennes valeurs. Il faut montrer ce nouveau monde où l’on vit maintenant sans aucun équilibre, sauf dans la peinture. On montre tout cela sur un tableau, je considère que c’est un chaos positif.» Ce chaos positif savamment entretenu, accepté ou supposé qui tourne le dos à la beauté, ne peut néanmoins supprimer son absence dans laquelle nous vivons, l’exil d’Elle, le désir que nous avons d’elle. Il y a là une réalité de l’art qui nous dépasse, qui nous excède et que nous ne parvenons pas à nous expliquer. Faut-il alors en revenir au discours extatique de Diotima dans « le Banquet » de Platon, selon lequel la beauté serait dans les corps la présence visible de l’Idée de Beau, sa réminiscence. Le désir de ce qui manque, le désir de la beauté, l’enthousiasme qui alors nous saisit, auraient le pouvoir de nous rappeler notre origine et notre destinée, notre part divine. L’expérience esthétique participerait alors à cette réalité exces­sive du désir qui selon Platon est désir de créer, d’enfanter dans le Beau, désir d’immortalité. La beauté, l’art et le désir ne sontils pas les signes excessifs et vivants d’une réalité autre, qui nous fait être sans que nous n’en sachions rien ; le divin. La beauté dans l’art, comme le désir ne font-ils pas de nous des êtres possédés, des enthousiastes, qui dépassons ainsi notre simple condition de mortels. Car le Beau n’est pas simplement le belle évidence apollinienne qui nous apaise, nous rassure dans nos certitudes et notre individualité, elle est aussi dionysiaque, elle dépossède, nous excède, nous transporte pour nous faire entendre le «tragos», le «chant du bouc», celui de l’animal sacrifié au dieu, chant du tragique de l’homme confronté à sa finitude. Ainsi Mortels vivons nous dans l’exil de la Beauté, l’exil d’Elle et n’avons qu’Elle pour faire face à cette terrible obligation : «nous nous devons à la mort». Jean-Claude Mougin wwww.platine-palladium.com

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revue regards #12 la beauté  

Revue de photographie "la beauté" Préface J.C Mougin photographes: carp aveillan elbaz gladys peraire bovo

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Revue de photographie "la beauté" Préface J.C Mougin photographes: carp aveillan elbaz gladys peraire bovo