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EXTRAITS DE LECTURE ISSUS DU > FESTIN #95 (automne 2015) > FESTIN #96 (hiver 2015) > FESTIN #97 (printemps 2016)

DÉCOUVREZ LA NOUVELLE FORMULE


/ Feuilletage

CARTE D’IDENTITÉ

Présentation graphique et chiffrée d’un événement, d’un lieu ou d’une institution culturelle. À tout seigneur tout honneur, à l’occasion du lancement de la nouvelle formule de la revue, Le Festin ouvre le ban !

N° 1 de la revue

Création du comité de pilotage de la revue.

Diffusion chez les marchands de journaux.

1er hors-série de la revue : L’Aquitaine monumentale.

1re Grande Braderie du Festin.

1989

1997

2000

2004

2008

1991 1er livre édité par Le Festin : La Lumière du Sud-Ouest d’après Roland Barthes.

25 ans Nouveau site internet www.lefestin.net

2014

2002

2006

La revue devient « officiellement » trimestrielle.

1re édition N° 72, n° des 20 ans, du hors-série spécial gastronomie. Bordeaux Un tour de ville en 101 monuments, best et long seller du Festin.

2009

2015 Nouvelle formule.

2,5 % Ville de Bordeaux Conseil départemental des Landes

TIRAGE DE LA REVUE 10 000

=

25 ans

225 000

=

SIGNES

+

1 000 n° 95 • Hors-série Bordeaux Un tour de ville en 101 monuments + de 80 000 exemplaires vendus à ce jour •

Conseil départemental de Lot-et-Garonne

+

VISUELS

11 SALARIÉS

+

+

en 2015

15 BÉNÉVOLES ACTIFS

600 g

En mettant bout à bout, dans le sens de la longueur (28 cm), toutes les pages imprimées depuis le 1er numéro, on peut faire

au sein de l’association

DE PAPIER

+

+ de 200 AUTEURS

PLUS DE 2 FOIS LE TOUR DE LA TERRE

2 500 ABONNÉS

en suivant l’équateur.

+

papier Condat PÉRIGORD

1 000 POINTS DE VENTE (marchands de journaux, libraires et autres)

MADE IN AQUITAINE ÉDITER LOCAL typographe Caractère typographique Hedda de Camille Aznar BEAUX-ARTS DE BORDEAUX

photograveurs François et Christelle Veaux BORDEAUX

Conseil régional d’Aquitaine Drac Aquitaine

+

auteurs et photographes TOUTE L’AQUITAINE

53 %

7% 17,5 %

ET PHOTOGRAPHES

imprimeur Laplante MÉRIGNAC

5%

5%

5,5 %

Conseil départemental de la Gironde

400 PUBLICATIONS

300

n° 1

Conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques

Conseil départemental de la Dordogne

4,5 %

Le comité de pilotage rassemble les partenaires institutionnels qui soutiennent le travail d’intérêt général porté par la revue le festin 12 % du CA total de la structure.

10 0000 EXEMPLAIRES

=

graphistes Atelier Franck Tallon LA BASTIDE

DU SOMMAIRE À LA VENTE le festin : un éditeur, un diffuseur, un distributeur rédaction

auteurs & photographes

6 { AUTOMNE 2015 } le festin

graphistes

photograveur

imprimeur

façonnier

diffuseur

distributeur

librairies & marchands de journaux


76

SOMMAIRE # 96 HIVER 2016

62 \\ ÉCHAPPÉES 36

L’EMPIRE DES TRUFFES par Hervé Brunaux Dordogne, Lot, Lot-et-Garonne 44

CHÂTEAU D’YQUEM DU FEU DE DIEU

\ FEUILLETAGE

par Marie Cevert Gironde

4 TEMPS FORTS 6 CARTE D’IDENTITÉ

50

HENRI GODBARGE L’ORIENTALISTE

8 EXPOSITIONS

par Françoise Vigier Pays basque

10 ŒUVRES EN STOCK 12 SCÈNES 58

14 LIVRES

par Hervé Brunaux Dordogne

16 ÉCRAN TOTAL 18 QUESTIONNAIRE E 19 LES CARNETS DE L’INVENTAIRE

62 À LA RECHERCHE

DES DEMOISELLES

20 MONUMENTS D’AQUITAINE

par Olivier Mony et Maryse Vila-Cornellas Charente-Maritime

21 L’EXPLORATEUR MÉTROPOLITAIN 22 ARCHITECTURES

70

24 TÊTES À TÊTES 28 L’INVITÉ Philippe Etchebest

© Ciné-Tamaris / © ADAGP - Cl. L. Gauthier / Cl. E. Dubrul / Cl. A. Gilbert / © Patrick Mandray

32 L’AUTRE INVITÉ Gordon Ramsay

CAVIAR DE NEUVIC L’ESSOR D’UN TERROIR

\\\ DÉTOURS 105 BLOC-NOTES 108 L’ÎLE AUX TRÉSORS 110 L’ESPRIT DU LIEU 112 DANS L’ATELIER 116 SECRETS DE CUISINE

VILLA MIRASOL LUMINEUSE RENAISSANCE

120 BULLES DE SALON

par Serge Airoldi Landes

122 GRAPHISME

76 BACCHANALES MODERNES !

par Sandra Buratti-Hasan et Sara Vitacca Gironde

34 L’UNIVERS DU FESTIN

112

123 HUMOUR 124 HOMMAGE 126 JOUONS UN PEU

84

30

CES MESSIEURS DU CERCLE ANGLAIS par Pierre-Henri Sabin Béarn 92

CAMI SALIÉ L’ÉCHO D’UNE LÉGENDE

124

par Christian Salet Béarn 98

28

PATRIMOINE EN DANGER LEÇONS DE SAUVETAGE par Ariane Puccini

le festin { HIVER 2016 } 3


/ Feuilletage

EXPOS

4 Ingrid Siliakus,

Chrysler Building, États-Unis, 2010.

2 Hélène

1

Feillet, portrait de Charlotte Lopez de Léon en 1862, à l’époque de son mariage avec le Dr Camille Delvaille.

Fernando Costa, Fin de chantier, 2010.

BAYONNE BIARRITZ

1 Costa sur les pas de César

Jusqu’au 24 janvier Crypte Sainte-Eugénie Place Sainte-Eugénie T. 05 59 24 67 93

8 { HIVER 2016 } le festin

pionnières

AGEN

Nées à Paris, Hélène et Blanche Feillet réalisèrent pourtant la majeure partie de leur œuvre entre Bayonne et Bilbao. Elles sont à l’origine des premières images touristiques du Pays basque, publiées par l’époux de Blanche, Charles Hennebutte, éditeur bayonnais à l’origine d’une collection de guides de voyage. L’accrochage présente leur vision d’un Pays basque intemporel ou moderne, via leurs portraits de la société bourgeoise du XIXe siècle.

3 Métallo-textile,

Jusqu’au 31 janvier Musée Basque et de l’histoire de Bayonne 37, quai des Corsaires T. 05 59 59 08 98 musee-basque.com

Du 17 décembre au 5 février Entrée libre Centre culturel André-Malraux Rue Ledru-Rollin T. 05 53 66 54 92 agen.fr

les retrouvailles Ils évoluent de leur côté depuis 15 ans : Natalie Magnin (textile) et David Vanorbeek (métal) associent leurs talents pour une exposition hybride, basée sur la récupération, le recyclage des matières et la recherche d’un équilibre organique entre tissus imprimés, laine feutrée, objets ou pièces de métal patinés, offrant en creux une interprétation inspirée de l’équilibre naturel.

PAU & ANGLET

PAU

4 Architectures

5 Faste nuptial

de papier

Le 25 novembre 1615, Louis XIII et Anne d’Autriche, ainsi qu’Élisabeth de France et Philippe IV d’Espagne, recevaient la bénédiction nuptiale en la cathédrale de Bordeaux. Deux mois durant, la cour connut des festivités dont témoignent ouvrages imprimés, estampes et médailles. En parallèle, les photographies réalisées par Didier Sorbé retracent l’itinéraire croisé des deux princesses, de part et d’autre des Pyrénées.

L’origami et autres découpages ouvrent le domaine de l’architecture au grand public par le biais ludique du papier : cette exposition-atelier plonge ses visiteurs dans un paysage fragile de reproductions de bâtiments emblématiques et de villes fantasmagoriques, issues de l’imagination de quatre artistes d’horizons divers. Des interprétations qui réaffirment la place de l’architecture dans la création contemporaine. Du 8 janvier au 13 février au Pavillon des Arts de Pau Du 20 février au 30 mars à la galerie Georges Pompidou de la bibliothèque Quintaou d’Anglet

« De Burgos à Bordeaux : regards sur les mariages royaux de 1615 » Jusqu’au 28 février Château de Pau 2, rue du Château T. 05 59 82 38 00 chateau-pau.fr

1 © Fernando Costa / 4 © Ingrid Siliakus / 5 © Musée basque et de l’histoire de Bayonne

C’est après avoir contemplé l’œuvre de César, son guide dans le monde artistique, à la crypte Sainte-Eugénie que Fernando Costa a souhaité y exposer un jour. Dix ans plus tard, le projet se concrétise : ce lieu unique accueille 12 monochromes ainsi qu’une pièce immense et inédite, Gernika, de cet adepte des matériaux de récupération, dont le travail se situe au carrefour du pop art, du street art et du nouveau réalisme.

2 Peintres


Feuilletage /

8

6

Olivier Vadrot, Laptop fire, 2009, collection Frac Aquitaine.

Juan Manuel Echavarría, Silencio Político, Montes de Maria, Colombie, 2013.

7

Jacques Poli, Mouche, 1978.

BORDEAUX

6 Colombie,

6 © Juan Manuel Echavarría / 7 © Jacques Poli / 8 © Olivier Vadrot – Cl. Jean-Christophe Garcia

revue de guerre Deux ans durant, l’artiste plasticien Juan Manuel Echavarría a proposé à des acteurs de la guerre en Colombie de participer à des ateliers de peinture afin de restituer, au moyen de l’art, leur expérience et de restaurer une mémoire collective reniée. En complément, le Rocher de Palmer accueille, jusqu’au 29 janvier, une exposition photographique consacrée aux EmberáChami, peuple amérindien de Colombie. Jusqu’au 6 mars Musée d’Aquitaine 20, cours Pasteur T. 05 56 01 51 00 www.musee-aquitaine-bordeaux.fr

MONT-DE-MARSAN EYSINES

7 Jacques Poli

NONTRON

D’abord associé au mouvement de la Figuration narrative, Jacques Poli a ensuite suivi son propre chemin de création. Il se concentre sur la représentation de l’objet, usant de techniques très variées pour donner à voir de vastes séries thématiques : « Outils », « Boulons », « Machines », mais aussi « Perruches » ou « Cages » peuplent les murs du château Lescombes cet hiver.

8 Partage

Du 13 janvier au 13 mars Centre d’art contemporain château Lescombes 198, avenue du Taillan-Médoc T. 05 56 28 69 05 eysines-culture.fr

d’intime Entre design, arts plastiques et métiers d’art, des pièces emblématiques et de récentes acquisitions du Frac Aquitaine explorent les thèmes de l’intime et du collectif. Un projet inédit, conçu à la fois par les équipes du Frac Aquitaine, du Pôle expérimental et les professionnels des métiers d’art. Du 23 janvier au 19 mars Pôle expérimental des métiers d’art de Nontron et du Périgord-Limousin 15, avenue du Général-Leclerc T. 05 53 60 50 77 www.metiersdartperigord.fr

BILLÈRE

9 Vincent Perrottet La galerie du Bel Ordinaire accueille la collection du graphiste Vincent Perrottet, constituée ces trente dernières années : plus de 200 affiches et objets d’édition qui font la diversité et la richesse de la création graphique contemporaine. À voir également jusqu’au 30 janvier, Mind Walk III présente les travaux originaux du typographe Karl Nawrot. Du 13 janvier au 26 mars Le Bel Ordinaire Les Abattoirs, allée Montesquieu T. 05 59 72 25 85

10 Charles Despiau (1874-1946) Œuvres graphiques À l’occasion du 70e anniversaire de la mort de Charles Despiau, le musée Despiau-Wlérick offre une rétrospective de l’œuvre du chef de file des sculpteurs indépendants, qui fut surtout reconnu à l’étranger. En outre, le musée prépare un ouvrage de référence, à paraître aux éditions Atlantica. Du 23 janvier au 30 avril Musée Despiau-Wlérick 6, place Marguerite-de-Navarre T. 05 58 75 00 45 montdemarsan.fr

le festin { HIVER 2016 } 9


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SCÈNES 10

En partenariat avec l’Office artistique de la Région Aquitaine.

NÉRAC

BORDEAUX

3 Phèdre

2 Escale du Livre DAX

1 Le Jeu de l’amour et du hasard (#JAHM) Après l’extraordinaire succès d’À la renverse qui mettait en scène les émois adolescents, Pascale Daniel-Lacombe poursuit son travail autour de la question amoureuse en adaptant la pièce de Marivaux. Fidèle au texte de cette comédie des sentiments du XVIIIe siècle, elle élargit cependant l’étincelle amoureuse au-delà des cœurs de Silvia, Dorante, Lisette et Arlequin, pour revisiter ce grand classique et lui donner une acuité particulièrement contemporaine.

Si, chaque année, plus de 150 auteurs sont au rendez-vous de la grande manifestation littéraire bordelaise, les artistes y sont également les bienvenus. Pour cette nouvelle édition, en partenariat avec l’OARA et en préambule au festival, la compagnie Simone Lemon adapte pour la scène Le Bal des coquettes sales de Brigitte Fontaine et Leïla Derradji, et la compagnie Translation, Délivrance, un texte inédit de Marie Ndiaye. Mercredi 30 et jeudi 31 mars Molière-Scène d’Aquitaine 33, rue du Temple T. 05 56 01 45 66 oara.fr La 14e édition de L’Escale du Livre est organisée du 1er au 3 avril, place Renaudel escaledulivre.com

Une création du Théâtre du Rivage (Saint-Jean-de-Luz) Lundi 14 et mardi 15 mars à 20 h 30 Atrium 1, cours Foch

Création remarquée en novembre dernier en Lot-et-Garonne et reprise en début d’année au Théâtre national de Bordeaux Aquitaine, la dernière tragédie profane de Racine mise en scène par Jean-Luc Ollivier prend les routes d’Aquitaine. Au plus près de l’action dans un ring quadri-frontal, les spectateurs sont traversés par l’énergie des huit comédiens au service d’une langue en alexandrin dont la beauté sublime le sombre univers des passions dévastatrices. Une création de la compagnie Le Glob (Bordeaux) Jeudi 17 et vendredi 18 mars à 20 h 30 Espace d’Albret Quai de la Baïse nerac.fr T. 05 53 97 40 50 À voir également à Villeneuve-sur-Lot (47) les 7 et 8 avril et à Saint-André-de-Cubzac (33) les 28 et 29 avril cie-le-glob.fr

À voir également à Bayonne (64) les 4 et 5 avril, à SaintAndré-de-Cubzac (33) le 7 avril, à Niort (79) les 3 et 4 mai, à Mont-de-Marsan (40) le 13 mai theatredurivage.com

Le Théâtre du Rivage revisite Marivaux.

Le festival Garenne Partie, à Nérac.

Phèdre, par la compagnie Le Glob, en tournée aquitaine.

NÉRAC

4 Ce que j’appelle oubli

5 Garenne Partie

Une seule phrase de 60 pages pour dire l’insupportable. Plus qu’un roman, le texte de Laurent Mauvignier, inspiré d’un fait divers abject en 2009, est un défi lancé au réel par la fiction. Une plongée en apnée qui n’effraie pas Jean-Luc Terrade. Sa mise en scène pour un comédien sur tapis roulant restitue l’urgence et la nécessité de cette parole qui s’affranchit de la charge émotionnelle inhérente à tout événement tragique.

Éco-festival éclectique, autant culturel que citoyen, le temps fort qui marque chaque année le retour du printemps dans la capitale de l’Albret s’est imposé en quatre éditions seulement. Les dizaines d’artistes invités donnent un autre éclat à la romantique Baïse et à la charmante balade du Parc royal, entre autres merveilles patrimoniales. C’est joyeux, ludique, participatif et sportif !

Au Glob Théâtre les 1er, 5, 6, 7 et 8 avril T. 05 56 69 85 13 globtheatre.net

12 { PRINTEMPS 2016 } le festin

Du 4 au 10 avril www.garennepartie.fr

1 © Théâtre du Rivage / 3 © Cie Le Glob Photo : Guy Labadens / 5 © Ville de Nérac

BORDEAUX


Feuilletage /

PÉRIGUEUX

7 Être le loup ANGOULÊME

6 Comme vider la mer avec une cuiller Il sait tout faire, Yannick Jaulin, tchatcheur poitevin biberonné au cul des vaches ! Sa poésie personnelle, zébrée d’humour, empreinte de mots d’hier et d’aujourd’hui, en fait un artiste décalé de la scène française. Avec lui, on sait toujours d’où l’on part, jamais où l’on arrive… Cette fois, tout commence devant un tableau de L’Annonciation et de l’ennui de celle qui, à ses côtés, n’a aucune idée de la signification de cette scène.

Auteure pour la jeunesse, Bettina Wegenast joue à « retrousser » les contes et autres fables pour en extraire un suc nouveau. Le metteur en scène périgourdin Fabien Bassot a choisi de revisiter, pour la scène, l’une de ses histoires les plus grinçantes. Le loup est mort ! Qui, parmi les moutons, peut le remplacer ? Danse, mime et vidéo enrichissent le propos théâtral. Même pas peur… Une création de la compagnie Lazzi Zanni (Périgueux) Jeudi 12 et vendredi 13 mai à 20 h 30 Théâtre Le Palace 15, rue Bodin T. 05 53 05 94 60 À voir également au Festival Brikabrak au Bugue (24) le 17 avril lazzizanni.fr

Théâtre, danse, mime et vidéo au service d’un conte de Bettina Wegenast.

Théâtre d’Angoulême Mardi 10 et mercredi 11 mai à 20 h 30 T. 05 45 38 61 62/63. theatre-angouleme.org lecuvier-artigues.com

Le Cirque Plume fête ses 30 ans en s’amusant du temps qui passe.

BORDEAUX

8 Le Tour d’écrou Unanimement salué lors de sa création en 2008 au Grand-Théâtre, l’Opéra en deux actes de Britten, mis en scène avec brio par Dominique Pitoiset, revient sur la scène de l’institution bordelaise. Pour le plus grand bonheur des mélomanes qui apprécieront notamment l’exceptionnelle soprano Mireille Delunsch en gouvernante solitaire dans un appartement des années 1960 vaste et froid, avec ses larges baies vitrées s’ouvrant sur un minuscule jardin. Un huis clos propice aux angoisses… et aux plus belles envolées lyriques. Du 19 au 29 avril Opéra national de Bordeaux Grand-Théâtre Place de la Comédie T. 05 56 00 85 95 opera-bordeaux.fr

7 © Tania Sanchez-Fortun / 8 © Frédéric Desmesure / 10 © Cirque Plume

Le Tour d’écrou de Britten au Grand-Théâtre.

OLORON-SAINTE-MARIE

BOULAZAC

9 La Mastication des morts, Oratorio in progress

10 Tempus Fugit ? Une ballade sur le chemin perdu

Solange Oswald et le Groupe Merci reprennent La Mastication des morts de Patrick Kermann. 15 ans après sa création, ils redonnent vie à cet étrange campement qui avait surpris et enthousiasmé le public du Festival d’Avignon en 1999. Imaginez que vous soyez convoqués à entendre ce qui ne peut s’entendre. On vous entraîne dans un petit cimetière où les suicidés, assassinés, accidentés, meurtriers, poilus de 14-18, riches et pauvres, hommes et femmes, jeunes et vieux, retrouvent la parole ! Jeudi 12 et vendredi 13 mai à 21 h 30 Espace Jéliote Rue de la Poste T. 05 59 39 98 68 spectaclevivant.piemont-oloronais.fr

Ce spectacle événement sous très grand chapiteau marque les 30 ans du Cirque Plume. Pionnière du nouveau cirque, la compagnie s’amuse librement du temps qui passe. Roue cyr, trapèze, mât chinois, fil, clown…, musique jazz et pop-rock, humour, bonne humeur et poésie, les 13 artistes musiciens et circassiens savent faire et savent être avec virtuosité, délicatesse et énergie. Vivants tout simplement, comme les 10 000 spectateurs attendus ! Du 24 mai au 4 juin (10 représentations), 20 h 30 Plaine de Lamoura agora-boulazac.fr

À voir également à Hendaye (64) les 19 et 20 mai, à Gradignan (33) les 26, 27 et 28 mai, à Libourne (33) les 1er et 2 juin

le festin { PRINTEMPS 2016 } 13


/ Feuilletage

LIVRES

« Ne dites pas “mange un graffiti”, mais “goûte un tag”. » Auguste Derrière

Les girafes n’aiment pas les tunnels Auguste Derrière éd. Le Castor Astral, 160 p., 13,90 €.

« La vodka est-elle de l’eau de Pologne ? », « Un voyeur invétéré estil un matamore ? »… Vous trouverez les réponses à ces questions tout à fait essentielles et découvrirez les mérites de la clim Tiswood ou du Cadet roux Sel dans le nouvel ouvrage du remarquable Auguste Derrière ! Coédité par le Castor Astral et la Maison PoaPlume (voir le festin n° 96), ce quatrième recueil de perles d’humour subtilement crétin n’en finira pas de faire rire aux larmes les adeptes de l’illustre et fictif Auguste. Succession de jeux de mots les plus absurdes et d’adages incongrus, Les girafes n’aiment pas les tunnels est un incontournable, à sortir par temps morne ou en cas d’accident de belle-mère. Pour finir sur une note agréable, n’oublions surtout pas la pensée du sage : « Heureux en amour, ravioli ! » ADY

14 { PRINTEMPS 2016 } le festin

Andrée Acézat, oublier le passé Bruno Montpied éd. l’Insomniaque, coll. « La petite brute », 80 p., 15 €.

À l’aube de ses 70 ans, l’artiste talençaise Andrée Acézat (19222009) envoie valser tout ce qu’elle connaît des dogmes artistiques et académiques pour laisser (enfin) parler sa créativité brute. Au sortir de sa formation aux Beaux-Arts de Bordeaux, elle s’était jusqu’ici consacrée à une peinture « d’honnête facture mais sans génie », explique l’auteur, Bruno Montpied, spécialiste de l’art spontané. Il se prend de passion pour cette artiste méconnue et atypique qui, du jour au lendemain, se met à dessiner « comme une enfant » des petits bonhommes grotesques et pathétiques, aux énormes têtes hypertrophiées vissées sur des corps sommaires d’où sortent des membres filiformes. Cette monographie rassemble quelquesunes de ces toiles malicieuses et s’attache à retracer l’œuvre et la vie d’Andrée Acézat. MDLQ

Le Remplacement François Garcia éd. Verdier, 256 p., 15,50 €.

Nombreux sont les « cas » d’écrivains et médecins, Céline en tête – à qui François Garcia a consacré sa thèse… de médecine. La référence pourrait être écrasante. Ce serait compter sans l’art de l’esquive que déploie cet ancien torero dans son 4e roman. Le « remplacement » du titre est celui qu’un jeune médecin effectue dans le Marais poitevin, au début des années Giscard. Sans complaisance, l’auteur décrit le quotidien d’un praticien écartelé entre les us de la petite bourgeoisie provinciale et des pratiques moyenâgeuses de croyances occultes. S’y ajoute la trame soutenue par le personnage sibyllin d’Hélène, militante de gauche prise dans les arcanes d’un complot politique qui tourne court. Pas de nostalgie ni d’illusions perdues : souvent drôle et parfois poignant, Le Remplacement cache en permanence son jeu, à l’image de son auteur qui, décidément, aura eu plusieurs vies en une. XR

Musée des beaux-arts de Libourne. La vie de la collection, 2010-2015 Thierry Saumier Silvana Editoriale, 72 p., 15 €.

Le musée de Libourne est situé au sein de l’hôtel de ville, reconstruit au début du XIXe siècle dans le style néo-médiéval. L’établissement y dispose de deux vastes salles rénovées, ainsi que d’un lieu d’expositions temporaires situé allées Albert-Boulin. Sous l’égide de son directeur, un important programme d’acquisitions, de restaurations et de mise à disposition des publics a été mené. Ce catalogue 2010-2015 montre que, du côté des acquisitions, la première moitié du XXe siècle semble privilégiée (superbes pièces de Mathilde Arbeyn ou Jean Despujols), le XIXe (René Princeteau, Émile Brunet) et le contemporain (Pierre de Berroeta, André Raffay) n’étant pas en reste. Le musée dispose aussi d’un bel ensemble du XVIIe au XIXe siècles, avec une attention bienvenue portée à l’œuvre du peintre libournais Théophile Lacaze (1799-1846).

Ozu Marc Pautrel éd. Louise Bottu, 136 p., 14 €.

Qui, de nos jours, voit et apprécie encore les films de Yasujirō Ozu (19031963), hors une fervente poignée de cinéphiles ? Son œuvre (plus d’une centaine de titres) fut découverte en France bien après sa mort, et le radicalisme formel qu’il adopta (omniprésence du plan moyen, caméra placée très bas, aux mouvements rares, sinon imperceptibles) après son expérience de la Seconde Guerre mondiale, empêche son œuvre de capter l’attention du grand public. Toujours très simples, ses histoires tournent généralement autour des relations ou conflits familiaux. Sa vie, enfin, fut austère, tout entière consacrée à son art, fidèle à ses amis, à son seul amour connu pour l’actrice Setsuko Hara. Ozu fut le cinéaste de l’épure par excellence, d’une poésie paradoxalement merveilleuse, proche du haïku. Marc Pautrel s’attache, dans la forme de son récit et la retenue de son style, à cette sobriété. Il ne s’agit pas d’un hommage, plutôt d’une lecture d’une très grande force. XR


Feuilletage /

Biarritz & la mode Nathalie Beau de Loménie éd. Atlantica, 280 p., 28 €.

Fille et petite-fille de couturière et styliste, qui mieux que Nathalie Beau de Loménie peut nous parler des liens qui unissent la ville de Biarritz à la mode ? Depuis maintenant près de trois siècles, la petite ville balnéaire basque est au cœur du monde de la haute couture : elle a attiré parmi les plus grands noms, toutes époques confondues. L’impératrice Eugénie s’entiche de Biarritz en 1854 et, bientôt, c’est toute la haute société qui la suit, venant transformer le petit village de pêcheurs en cité impériale balnéaire. Ainsi Mademoiselle Gabrielle (dite Chanel), Worth, O’Rossen, Paquin, Lanvin, Hermès, Courrèges et bien d’autres vont venir s’installer à Biarritz pour habiller cette riche clientèle friande de tenues luxueuses et glamours. Richement documenté, Biarritz & la mode propose au lecteur une balade dans le temps à travers anecdotes et photos d’archives. De fil en aiguille, l’auteur remonte jusqu’à nos jours et nous présente les créateurs actuels, une manière de nous rappeler que la mode continue de faire de Biarritz une référence en termes d’élégance. MDLQ

« on est, pier paolo, par les écrivains que l’on aime, – notre partition intime […] »

pier paolo pasolini, une suite et autres poèmes Éric des Garets

En attendant Bojangles Olivier Bourdeaut

« Mes parents dansaient tout le temps, partout. Avec leurs amis la nuit, tous les deux le matin et l’après-midi. Parfois je dansais avec eux. »

éd. Finitude, 160 p., 15,50 €.

éd. Le Bleu du ciel, 96 p., 12 €. le festin { PRINTEMPS 2016 } 15


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TÊTES À TÊTES Portraits de ceux qui font vivre la culture en Aquitaine. Des talents à suivre…

Pascale RousseauDewambrechies est un caméléon. Née en 1953 en Allemagne, où son père était stationné, elle arrête Sciences-Po Bordeaux pour étudier le théâtre au Cours Simon, à Paris. Elle passe ensuite le concours de professeur de collège et enseigne au Grand-Parc avant de bifurquer – radicalement – vers l’industrie pharmaceutique, comme déléguée médicale. Une carrière de 18 ans qui la voit monter en grade, jusqu’à se voir proposer en 1998 un poste à responsabilité nécessitant de nombreux allers-retours aux États-Unis. En accord avec sa famille, cette mère de deux jeunes filles démissionne alors pour se lancer dans le tourisme viti-vinicole, sous les auspices de son mari négociant. Nouveau changement de cap à l’orée des années 2010 : elle écrit un roman mais se heurte aux refus des éditeurs. Elle, que l’écriture travaille depuis l’enfance, ouvre en 2011 un blog spécialisé dans le cinéma qui connaît un vif succès. Elle y critique les sorties et suit les festivals. Chantal Detcherry, une amie écrivaine, lui donne en 2013 l’idée de réécrire son roman à la 1re personne : L’Effacement paraît

Camille Lavaud

Enfant, accompagnait parfois son grand-père sur les routes de Dordogne. Immigré espagnol fuyant la dictature, il s’était fait bibliothécaire ambulant, sillonnant le département au gré des prêts et des retours. Cette histoire, elle en ferait quelque chose, s’était-elle promis, en utilisant un talent naissant, le dessin, discipline qui l’a naturellement conduite jusqu’au DNSEP* des Beaux-Arts de Bordeaux, ville où elle travaille toujours.

en 2014 et remporte plusieurs prix. En 2015, elle endosse la charge de présidente du comité Bordeaux-Atlantique de la Fondation de France et engage un programme de soutien d’initiatives locales dans le Nord-Gironde. Ce qui ne l’empêche pas de travailler à un nouveau roman et à un livre sur l’histoire de sa maison de Mérignac, un bijou architectural nommé Capeyron-Blanc*. DG fondationdefrance.org * Voir Dominique Dussol, « Villas », le festin n° 91, spécial Art déco, automne 2014, p. 109.

Lorsqu’elle dessine pour un article de M, le magazine du Monde, pour la revue XXI ou le New Yorker, elle prend le temps de creuser minutieusement son sujet, avant de l’illustrer. L’année 2015 fut largement employée à la réalisation de pièces destinées au lycée des métiers Hélène Duc, à Bergerac. Avec Zébra3 à la maîtrise d’œuvre, elle y a produit une fresque de 19 m mettant en scène les élèves au travail, imprimée sur 7 éléments en verre, et des plaques émaillées pour chaque section de l’établissement. Puis elle a enchaîné sur une résidence au Chalet Mauriac, à Saint-Symphorien, pour créer un court-métrage d’animation autour de Roland Barthes. Une expérience passionnante, qui l’a amenée à côtoyer des écrivains et des scénaristes, dans les décors du Thérèse Desqueyroux de Georges Franju. Pour 2016, Camille Lavaud finalise Le Consortium des prairies, recueil d’affiches de polars imaginaires, trempées dans les années 1950. Puis elle s’en retournera dans le Périgord Pourpre,

camillelavaud.com * Diplôme national supérieur d’expression plastique.

26 { PRINTEMPS 2016 } le festin

© D. R. / © Danièle Caillau

« une région magnifique, très inspirante », qu’elle rêve de croquer. DAMIEN GOUTEUX


Feuilletage /

Les vins du Diplomate, c’est d’abord l’histoire de deux inséparables amis bordelais

Antoine Sottas Quentin Vallet

de 24 et 25 ans, et . Nés le même jour, à un an d’écart, ils se rencontrent au collège et rêvent bientôt de monter un projet commercial ensemble. Ils échafaudent de nombreux plans qui finissent par aboutir à une idée : proposer le cadeau ou le souvenir idéal, alliant les deux plus grands atouts de Bordeaux : son patrimoine et son vin. En avril 2015, ils franchissent le Rubicon et, avec l’aide de la Chambre de commerce et d’industrie et de la Caisse sociale de développement local, ils fondent leur entreprise. Son nom rend hommage à Kenelm Digby, Anglais aux multiples vies, diplomate et inventeur de la bouteille que nous connaissons tous. Les leurs s’ornent d’une étiquette dessinée par l’artiste Patrick Amblevert, qui représente en une ronde les plus beaux monuments de la ville. Le vin, lui, se décline en rouge, rosé et blanc, déniché avec goût chez des vignerons indépendants de la région. La formule semble prendre et les deux fondateurs rêvent déjà de l’étendre, avec une première incursion à Saint-Émilion prévue pour 2016. En septembre 2015, ils s’associent à la Fondation du Patrimoine, pour faire de leurs vins un « produit-partage ».

Sur chaque bouteille vendue, 0,10 centimes d’euro serviront à la restauration d’un monument historique local. Une manière, pour eux, de rendre à leur ville un peu de ce qu’elle leur a donné. DG le-diplomatefrance.com

Manon Merle

a été nommée en juillet 2015, à 28 ans, conservatrice de la bibliothèque de Dax. Elle entend bien réussir sa transformation en médiathèque à l’horizon 2018, mais cherche dès à présent à faire souffler un vent nouveau sur l’institution. Pour elle, « l’usager doit s’approprier la bibliothèque » qui tend à devenir un lieu de vie : ateliers de loisirs créatifs, possibilité de regarder un film ou de jouer à un jeu vidéo, seul ou à plusieurs, sont autant d’activités qui cohabitent en harmonie au sein de ces murs dédiés à la lecture et à l’étude. Quant à la collection, elle est « désherbée » : les titres abîmés, jamais empruntés ou périmés sont retirés pour mieux exposer le fonds restant et les nouveautés. Parmi celles-ci, des mangas ou des séries télé, très demandés par les utilisateurs dont la satisfaction est primordiale pour la jeune conservatrice. Avec son équipe de sept permanents, elle porte haut la

© Rémi Lamouret / © Serge Lafourcade

mission de « garantir à tous l’accès à la culture » des bibliothèques municipales, dépeignant un métier « très varié, avec ses aspects de gestion, de communication, de management et de développement de services ». Née à Villeneuve-d’Ascq, c’est grâce à son mari, originaire d’Azur, qu’elle découvre les Landes avant d’y venir travailler. Et c’est au courant d’Huchet qu’elle s’en va parfois apprécier tout l’agrément de sa nouvelle région. DG bibliotheque.dax.fr

le festin { PRINTEMPS 2016 } 27


/ Feuilletage

ARCHI

TECTURES

Eco Lodge Les Échasses, Saubion (40) PATRICK AROTCHAREN Sept bungalows édifiés sur des berges lacustres accompagnent la recréation d’un paysage landais, esquissant un dialogue intime avec la nature. En plein cœur des Landes, l’installation hôtelière s’inscrit dans un tableau paysager où l’intervention humaine dialogue avec la nature : l’architecture est ici une présence réfléchie, consciente de son impact sur le site à l’identité préservée. Transformé en un paysage de dunes auréolées de pins, le lac existant est désormais ourlé de sept bungalows nichés au centre de petites baies où s’établit un équilibre entre le repliement intime et l’inclination vers l’extérieur. Bâtis en pin et préfabriqués, ceux-ci se caractérisent par une écriture sensiblement prismatique dont les lignes incisives – que soulignent les nervures de la toiture zinguée – contrastent avec la rondeur des dunes et la linéarité de la canopée en arrière-plan. Posées au-dessus de l’eau

JULIE GIMBAL

Ce projet est lauréat du Prix national 2015 de la construction bois. Maîtrise d’ouvrage : SCI Terre Promise arotcharen-architecte.fr Livraison : 2015

© Mathieu Choiselat

22 { HIVER 2016 } le festin

dans laquelle elles se mirent, ces petites unités autonomes sont un moment du paysage et permettent à la nature de former un milieu continu. Différents cheminements serpentent entre les reliefs et, à travers la variété des perspectives offertes sur le site, confirment ce sentiment. En arrière-plan, deux logements, le restaurant et une structure métallique végétalisée développent un jeu de pliures comme levées par le vent, lointaine allusion aux tentes berbères. Les Échasses sont emblématiques du travail de l’architecte : loin de toute abstraction insignifiante, l’écriture rigoureuse des bâtiments répond tant aux conditions climatiques qu’aux besoins de ses occupants, évoquant en cela la philosophie de l’Australien Glenn Murcutt.


Feuilletage /

Appartement duplex, Bayonne (64) INAKI NOBLIA Au sein d’un immeuble qu’il a conçu, Inaki Noblia transcende le volume régulier d’un appartement via l’expression d’un langage hybride qui interroge les notions d’identité et de mémoire. Modélisée en 3D avant d’être assemblée et sculptée par l’architecte lui-même, l’armature d’épicéa sectionne l’espace, soutient les charges et s’épanouit en lignes courbes où se lit la vérité du matériau. Cette poétique de l’espace repose sur une conscience directe et immédiate de l’art de bâtir, concrétisée dans le temps long. Pareille démarche s’apparente à une forme de combat contre les habitudes constructrices normalisées, dont l’action d’appauvrir le geste architectural est par là démasquée. Le débat sur l’actuel et l’inactuel est mis au ban, supplanté par la nécessité libre de créer un habitat identifié. JG inakinoblia.com Livraison : 2015

Maisons jumelles, Écoquartier du Séqué, Bayonne (64) DOMINIQUE LESBEGUERIS & ASSOCIÉS Sur la frange arborée de la ZAC du Séqué, ces maisons jumelles en légère suspension au-dessus du relief révèlent une architecture intelligemment accordée au climat, au lieu et au paysage. Dominique Lesbegueris offre une version presque organique de la notion du plan libre chère à Le Corbusier dont il reprend le système constructif dit DOM-INO : la trame des poteaux et plancher en béton est cerclée d’une paroi de pin, enveloppe ajustée au bâti où les fenêtres n’ont pas toujours place, évoluant au sud en écran perméable qui ménage des séquences de vues au cours des déplacements dans le patio. L’ouverture sur la frondaison végétale, l’intimité des habitants et les exigences BBC ont ainsi déterminé des volumes sculpturaux qui s’intègrent au sous-bois et dont la préfabrication a permis le montage in situ en moins d’une semaine. JG

© Inaki Noblia / © Lesbegueris & Associés / © Tartare Lab-Photo Aurélien Terrade / © Dauphins Architecturre

Livraison : 2014

Maison, Longarisse (33) TARTARE LAB À l’origine, la demande fut celle d’une grande maison à ossature bois. Au milieu des pins, Tartare Lab livre un objet sculptural de béton et de bois (61 m2) simplement posé sur un tapis de sable comme une addition de principes utiles. Car la perspective théorique de l’agence porte sur l’interprétation de l’habiter comme expérience corporelle et sens du lieu. Les architectes élaborent alors un dialogue avec propriétaire et artisans qui lie intimement la compréhension des formes à leurs usages. Il en découle un espace bioclimatique scindé en deux : au nord, des « murs habités » déterminent les espaces confidentiels signalés par de larges baies au principe inédit tandis qu’un ruban vitré au sud connecte l’espace de vie à la forêt environnante. Puissante, la toiture mono-pente inscrit la maison dans une horizontalité qui ancre la maison dans le territoire. JG tartarelab.com Livraison : 2015

Centre socioculturel du Gour de l’Arche, Périgueux (24) DAUPHINS ARCHITECTURE Dans un quartier « sensible » en pleine rénovation, le centre socioculturel s’offre à un carrefour de rues comme une ponctuation topologique remarquable qui associe la valeur monumentale de la construction publique à une pratique plus artisanale de l’architecture. Entièrement curetée, l’ancienne bibliothèque est réorganisée et enrichie au sud d’une extension bicéphale qui inaugure un jeu de facettes et de percements généreux à l’asymétrie douce. L’idée symbolique de refuge culturel ouvert à tous se prolonge dans les aménagements urbains, qui associent cheminements et banquette d’assise face à l’arche-scène creusée au sud. L’isolation en béton de chanvre – inédite pour un édifice public –, l’enduit à la chaux et le dessin des brise-soleil assurent les performances énergétiques du projet et, loin de toute nostalgie, manifestent un vrai désir de modernité. JG Maître d’ouvrage : Ville de Périgueux dauphins-architecture.com Livraison : 2014

le festin { HIVER 2016 } 23


Échappées //

EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > FESTIN #97 (printemps 2016)

Landes

Travail de commande pour la communication de la villa Mirasol, réalisé par l’artiste landais Jérôme Pradet.

V I L LA MIRASOL LU M I N E U S E R E N A I SSA N C E

© Villa Mirasol - Jérôme Pradet

par SERGE AIROLDI photographies de RAPHAELE DE GOROSTARZU (sauf mentions contraires)

Superbement restaurée, reconvertie en un hôtel de charme doté d’un bar à vins des plus accueillants, la villa Mirasol, conçue en 1912 par l’architecte Léonce Léglise, s’érige désormais, au cœur de Mont-de-Marsan, en un lieu de vie ouvert à tous. Les artisans de ce grand œuvre ressuscitent avec à-propos cet emblème architectural, devenu sous leur férule un écrin autant qu’un manifeste de la création et de l’art de vivre régionaux. le festin { HIVER 2016 } 71


Plus de cent ans après sa construction et après dix mois de travaux, la villa Mirasol est ouverte au public depuis le mois de juin.


Échappées //

EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > FESTIN #95 (automne 2016)

Landes

Le jardin botanique de Bordeaux conserve l'herbier de Léon Dufour. L’une des liasses est ouverte, ce qui permet sa consultation. La manipulation doit être soigneuse et s'effectuer de manière transversale pour éviter toute perte de matière car les plantes ne sont pas fixées.

LES HERBIERS D E L A CO NN AI SSA NC E

© Jardin botanique de Bordeaux

par CHANTAL BOONE

Tout à la fois objets d’études et pièces de collection, les herbiers anciens sont les instantanés d’une période d’émulation menée par d’éminents Landais, à l’origine de trouvailles de portée universelle. De nos jours, ils constituent un riche patrimoine permettant d’évaluer l’évolution de la biodiversité régionale. Découverte en images. le festin { AUTOMNE 2015 } 47


// Échappées

46 { AUTOMNE 2015 } le festin

© Musée Borda. Cl. Jardin botanique de Bordeaux

Herbier Émilie Bacler d'Albe. Les alguiers sont souvent des petits chefs-d'œuvre. Émilie Bacler d'Albe (1813-1855) a méticuleusement arrangé ses algues, collectées sur les plages du Pays basque, avec une volonté de réalisation artistique sans pour autant oublier de reconnaître et nommer ces spécimens.


// Échappées

EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > FESTIN #96 (hiver 2016)

Charente-Maritime

À LA RECHERCHE D E S D E M O I S E L LE S par OLIVIER MONY et MARYSE VILA-CORNELLAS photographies de CÉLINE DOMENGIE (sauf mentions contraires)

Retour sur la maturation d’un projet extravagant, qui consista à édulcorer l’image de Rochefort dans le cadre de la production du premier film musical français d’envergure, stars américaines à l’appui… 50 ans après le tournage des Demoiselles de Rochefort, un parcours de ville sur les pas de Jacques Demy permet de saisir la réalité d’une fiction et de répondre à cette question : que sont ces lieux devenus ?

« Est-il près, est-il loin ? Est-il à Rochefort ? Je le rencontrerai Car je sais qu’il existe. Bien plus que la raison Le cœur est le plus fort. À son ordre, à sa loi Personne ne résiste. »

© Ciné-Tamaris

62 { HIVER 2016 } le festin

C'est un film enchanté. Miraculeux. Quelque chose comme le croisement improbable, et pourtant magnifique, des univers de Georges Simenon (pour le tropisme charentais et pour tant d'autres choses encore) avec le grand spectacle débridé des scènes de Broadway. Il y aurait donc à Rochefort, au cœur des années 1960, deux sœurs jumelles, leur maman qui tient un café, des forains au cœur tendre, un amoureux transi professeur de piano, un beau militaire taquinant les muses à ses heures perdues, une vedette américaine, une ville entière cherchant l’amour en dansant et chantant. Aujourd’hui, Les Demoiselles de Rochefort ont cinquante ans et n'ont pas pris une ride.


Échappées //

10

La C ha rente

11

68 7

2

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3

Plaque commémorative apposée sur la fontaine de la place Colbert.

4

1 Le pont transbordeur 2 Galerie Lancien 72, rue Lafayette

3 La maison du crime

Angle rue du Port / rue de la République

4 Caserne Martrou

123, rue Jean-Jaurès

5 L’Alhambra-Colbert 77, rue Jean-Jaurès

6 Magasin de musique

Angle rue Jean-Jaurès / avenue Charles-de-Gaulle

7 Le Grand Bacha

121, rue de la République

8 Place Colbert 9 L’appartement des Demoiselles © Journal Sud Ouest / D.R. / © Ciné-Tamaris / © Journal Sud Ouest / © Fonds numérique Vendôme, Archives municipales de Rochefort. / © Ciné-Tamaris / © Louise Vendel

Hôtel de ville, 119, rue Pierre Loti

10 Rue Latouche-Tréville 11 École de Boubou L’équipe du tournage réunie lors d’une séance de ciné-club à l’Apollo de Rochefort, en 1966. De gauche à droite : Danielle Darrieux, Catherine Deneuve, Françoise Dorléac, Jacques Demy, Agnès Varda, Michel Piccoli, Norman Mean.

Angle rue Chanzy / rue Bazeilles

La Charente

1

0

400 m

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// Échappées

EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > FESTIN #96 (hiver 2016)

Gironde

L’ancien hôtel de police Castéja, à Bordeaux.

PATRI MOIN E E N DA N G E R LE ÇON S DE SAUVETAGE par ARIANE PUCCINI photographies d'EUGÉNIE BACCOT (sauf mention contraire)

Le sort de certains de ces bâtiments s’est joué de peu. Mobilisation de riverains, d’historiens, de collectionneurs, d’institutionnels ou d’associations d’amoureux du patrimoine ont permis de préserver des bâtiments remarquables, non protégés par la loi, quand des sites inscrits empruntent des chemins de traverse, à la recherche d’un second souffle. Récits et leçons de sauvetage de ces édifices, à Bordeaux et en proche couronne. 98 { HIVER 2016 } le festin


Échappées //

Le chalet Alexandre, à Lormont.

C’est le parc d’un vieux château dans lequel, enfant, on a joué, un imposant bâtiment administratif au coin d’une rue devant lequel on est passé maintes fois, ou alors une grande maison bourgeoise inhabitée qui faisait rêver tous les habitants du quartier. Ce sont des bâtiments remarquables – peut-être même fabuleux à nos yeux –, les décors de nos histoires personnelles ou les témoins de celle d’un village, d’un quartier et de ses riverains. Las, ils ne sont pas toujours protégés par le biais d’un classement ou d’une inscription au titre des

Monuments historiques : certains d’entre eux finissent abandonnés, menacés de destruction ou sont l’objet de transformations immobilières parfois malheureuses. À Bordeaux, deuxième ville de France après Paris pour le nombre de Monuments historiques, et dans sa petite couronne, les exemples abondent de ces batailles, souvent initiées par les riverains, pour garantir le sauvetage de ces morceaux d’histoire locale.

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Échappées //

EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > FESTIN #96 (hiver 2015)

Gironde

1 James Pradier, Satyre et Bacchante, marbre, 125 x 112 x 78 cm, 1834, Paris, Musée du Louvre. 2 Alphonse Mucha, Lierre, Imp. F. Champenois (Paris), lithographie, coul., 59,5 x 40,5cm, 1901, Paris, BNF.

© Paris, Bibliothèque nationale de France - Département estampes et photographies.

BACCH A N A L E S M OD E RN E S ! par SANDRA BURATTI-HASAN, SARA VITACCA

« Bacchanales modernes ! Le nu, l’ivresse et la danse dans l’art français du XIXe siècle », tel est le riche programme proposé par le musée des beauxarts de Bordeaux, de février à mai 2016, dans le cadre d’une exposition qui fera date. En voici un avant-goût exclusif, œuvres commentées à l’appui, où la figure de la bacchante, fidèle prêtresse du dieu de l'ivresse, tantôt frivole, tantôt idéalisée, participe de la représentation du corps et du plaisir. le festin { HIVER 2016 } 77


© RMN - Grand Palais (musée du Louvre) - Cl. René Gabriel Ajeda


// Échappées

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bacchantes, jusqu’à lui donner une nouvelle vie. La figure de la bacchante, assimilée à la grisette, à la courtisane ou à la femme fatale, fait notamment l’objet d’une fascination envoûtante et d’un réinvestissement poétique.

L’ÉPANOUISSEMENT DU NU Pour de nombreux artistes du XIXe siècle le motif de la bacchanale, et plus particulièrement la figure de la bacchante, permet de faire du nu féminin le sujet essentiel de l’œuvre tout en proposant aux spectateurs pudibonds une caution morale issue de la mythologie. Avec sa Bacchante (fig. 3), William Bouguereau fait référence à la petite statuaire érotique de l’Antiquité, telle que la présente par exemple le « Cabinet Secret » du musée archéologique national de Naples, mais il transcrit le motif sculpté dans les deux dimensions de la peinture, en agrandissant sensiblement le format de l’œuvre, et en le présentant à un très large public lors du Salon. La figure mythologique est bien reconnaissable par ses attributs : thyrse, couronne de pampres, mais le sujet principal du tableau réside dans les courbes du nu féminin, la délicatesse des carnations, et le regard accueillant adressé au

© Musée des beaux-arts - Mairie de Bordeaux - Cl. L. Gauthier

Le mot « bacchanale », qui évoque aujourd’hui un imaginaire stratifié où se mélangent des visions de débauche, d’orgie et d’ivresse, puise ses racines dans le monde grec antique. Il désignait, à l’origine, les fêtes en l’honneur de Bacchus – dieu du vin, de la musique et de l’inspiration tragique – animées par les bacchantes, les fidèles suivantes du dieu qui célébraient ses mystères sur les montagnes, à l’abri du regard des hommes. Accompagnées par des bêtes sauvages, elles dansaient agitées par la mania, une forme de transe divine proche de la folie, et pratiquaient les sacrifices rituels. Drapées d’une peau d’animal, des pampres dans leurs cheveux, elles brandissaient le thyrse, le bâton sacré de Dionysos entouré de lierre. Dans la pièce Les Bacchantes, Euripide nous livre le texte fondateur pour comprendre le mythe de Bacchus et la puissance fatale de ses femmes qui démembrent Penthée, roi de Thèbes, coupable d’avoir refusé d’accueillir Dionysos dans sa ville. Toutefois, bien avant la pièce d’Euripide, les bacchantes sont représentées dans l’iconographie des vases attiques. Parfois, elles dansent, le dos cambré et la tête renversée, au milieu du cortège de Bacchus ; ailleurs, elles s’abandonnent à des enlacements sensuels, poursuivies ou saisies par leurs compagnons mi-hommes mi-boucs, les satyres. En France, au XIXe siècle, à une époque qui subit le charme de Bacchus et en réinvente le mythe, les artistes exploitent l’érotisme de l’iconographie antique du jeu entre satyres et

3 William Adolphe Bouguereau, Bacchante, 115 x 185cm, huile sur toile, 1862, Bordeaux, musée des beaux-arts.


Échappées //

4 © Paris, Musée des beaux-arts, Petit Palais / 5 © Bordeaux, Musée des beaux-arts - Cl. F. Deval / 6 © Paris, Musée d’Orsay, RMN. Grand Palais - Cl. P. Schmidt

4 Auguste Clésinger, Bacchante se roulant sur des pampres dite aussi Bacchante couchée ou Femme piquée par un serpent, marbre, 56 x 200 x 82 cm, 1848.

6 Jean-Baptiste Carpeaux, La Danse, esquisse en plâtre avec fond, 54,5 x 34 x 29,8 cm, 1866, Paris, musée d'Orsay.

capridé pour cette étrange étreinte. Ce goût pour les beautés alanguies se décline de la même façon dans la photographie, et plus particulièrement dans l’immense production de vues stéréoscopiques qui font fureur sous le Second Empire. Les photographes, comme Joseph Semah et Achille Léon Quinet, utilisent les codes de la peinture académique pour contourner la censure et coiffent leurs modèles de couronnes de pampres. Si, au XIXe siècle, le prétexte du mythe antique autorise la convocation d’une 5 Jean-Baptiste Carpeaux, sensualité explicite sans enfreindre les Bacchante aux roses dite La Rieuse, marbre, codes de la morale, certaines œuvres aussi 64 x 47 x 29 cm, vers 1872, Bordeaux, musée des beauxbachiques, notamment dans la sculpture, arts. Ce buste est issu du groupe suscitent tout de même le scandale. C’est La Danse (ci-contre), installé sur la façade du Nouvel Opéra de Paris surtout le cas de Satyre et Bacchante (fig. 1) de Charles Garnier. de James Pradier. Le sujet, somme toute conventionnel, renvoie aux images des vases antiques, ou bien aux statuettes érotiques des XVIe et XVIIIe siècles. Le sculpteur a pourtant osé transposer un sujet habituelOpéra de Paris de Charles Garnier, est dévoilée au public, lement réservé à des œuvres de petite dimension, léger qui, sous le choc, réagit avec violence. Selon les critiques, et lascif, dans un groupe de grand format, qui impose sa le groupe n’évoque point une bacchanale antique et les présence aux spectateurs du Salon de 1834. De plus, le natufemmes dansantes de Carpeaux n’ont rien des bacchantes ralisme des corps du satyre et de la bacchante, par l’effet de la tradition. Dépourvues de leurs attributs, elles évoquent sensationnel qu’il provoque dans l’espace, rompt avec l’équiaux spectateurs les danseuses du bal de l’Opéra ou les libre de la sculpture néo-classique et annonce la transition grisettes parisiennes qui sentent le vice et le vin. La Danse vers un plus grand degré de réalisme dans le traitement de Carpeaux est alors interprétée comme une allégorie de la du nu. Cette quête du corps extatique se poursuit avec les décadence politique et morale du Second Empire, une satyre œuvres d’Auguste Clésinger. Avec sa Bacchante (fig. 4) de 1848, involontaire du festin débridé de la cour de Napoléon III. En réalité, Carpeaux a su garder la puissance du thème il réplique la pose audacieuse de la Femme piquée par un bachique, tout en s’affranchissant de l’utilisation désaserpent, dont la figure, saisie dans l’instant de la passion busée du mythe. La Danse peut alors être considérée vériérotique, avait été réalisée directement d’après le moulage tablement comme une bacchanale moderne. Il s’agit d’une du corps d’Apollonie Sabatier, célèbre demi-mondaine de œuvre profondément dionysiaque, mais qui l’est moins pour l’époque romantique. sa fidélité à la tradition iconographique que par sa force Le scandale le plus mémorable éclate néanmoins en 1869 : expressive et par l’effet époustouflant qu’elle provoque. la Danse de Carpeaux (fig. 6), installée sur la façade du Nouvel le festin { HIVER 2016 } 79


/// Détours

DANS L’ATELIER EXTRAIT DE LECTURE ISSUS DU > FESTIN #95 (automne 2015)

{ Gironde }

LA BELLE, LA BÊTE & LE CHASSEUR Quand un vétéran à l’immense collection naturaliste prend sous son aile une jeune taxidermiste venue des Beaux-Arts, la rencontre donne lieu à une production artistique à nulle autre pareille. Récit. En entrant dans l’atelier de Stéphanie Barthes et d’André Rouillon, on pense immanquablement aux cabinets de curiosités. Le laboratoire, un petit espace en rez-dejardin situé à l’arrière d’une boutique, contient une foule de créatures plus ou moins exotiques, semblant attendre une improbable renaissance. Au-dessus d’une vieille table en bois, des outils d’un autre âge : perceuse, ponceuse, marteaux, limes, pinceaux et, plus étonnants encore, scalpels et aiguilles géantes ! AUX PETITS SOINS DES BÊTES TRÉPASSÉES « Le travail que nous faisons ici serait celui d’un chirurgien esthétique qui aurait rencontré Picasso », précise André Rouillon, s’amusant de sa métaphore tout en caressant les plumes d’une palombe. La taxidermie, ou l’art de 114 { AUTOMNE 2015 } le festin

naturaliser les animaux, est une pratique spectaculaire tant par sa mise en œuvre que par l’ampleur des productions qu’elle permet de réaliser. Elle nécessite des connaissances très variées et étendues en anatomie, éthologie, sculpture, dessin, peinture, tannage et… une certaine aptitude au bricolage. De l’autre côté de ce réduit, armée d’un petit couteau très aiguisé, Stéphanie s’attaque au dépeçage d’une tête de mouflon. À ses pieds, des peaux récemment décongelées baignent dans un tanin végétal. La tâche qui s’apparente aux gestes du boucher n’effraie pas la jeune femme. André Rouillon supervise discrètement et explique la technique : « Aujourd’hui, le montage se fait sur des préformes en mousse ou des structures en fil de fer. La peau de l’animal est traitée puis remise en place sur cette structure. Le crâne, lui, est bouilli, blanchi puis paillé. » Viendront ensuite les étapes du shampooing, du brossage et du maquillage. 18 000 SPÉCIMENS EN STOCK André Rouillon est un grand monsieur de la taxidermie. Prix d’honneur Taxidermie Française, deuxième au Grand

prix des métiers d’arts et lauréat du championnat d’Europe, sa carte de visite est une longue litanie de distinctions. Quand on l’interroge sur ses quatre décennies de naturalisme, il préfère évoquer ses mémorables chasses, desquelles il a rapporté ses trophées venus d’Afrique, d’Asie, d’Amérique du Sud, sans oublier des Landes de Gascogne. « Depuis toujours, je ramasse tout ce qui court, vole ou rampe. Petit, je vivais dans le jardin. » Il passe ainsi son enfance à gratter la terre et creuser les écorces d’arbres par curiosité pure. Il apprendra plus tard les rudiments de la naturalisation avec du petit gibier. Et si, par mégarde, un insecte pénètre clandestinement à l’intérieur d’un animal, André le naturalise aussitôt. « Même les tiques ! », s’amuse Stéphanie. La maison est un sanctuaire qui n’a rien à envier aux galeries d’un muséum d’histoire naturelle. À l’étage que l’on croirait inhabité, une vie de naturaliste accumulée : reptiles, mustélidés, insectes, oiseaux en vitrines ou en liberté, papillons soigneusement rangés dans des dizaines

Après plus de 40 ans d’activité, André Rouillon a constitué une impressionnante collection de 18 000 pièces rassemblant tout ce qui rampe, saute, vole, court ou grimpe.

de boîtes entomologiques, animaux sauvages en voie d’extinction ou aujourd’hui disparus. Les spécimens les plus surprenants sont remisés dans un cagibi ou au fond du jardin, à l’abri des regards indiscrets. Plus aucun doute, nous sommes chez un collectionneur, un vrai ! « Je suis un grand fada ! J’ai débuté ma collection à l’âge de 14 ans avec des insectes, des papillons et des champignons. J’ai aujourd’hui plus de 18 000 pièces dont 1 300 mammifères et quelques pièces rares, comme ce paradisier royal. » Il cite aussi un pangolin géant, mammifère insectivore d’Afrique équatoriale. « Avec ses grosses écailles qui forment une armure blindée, c’est un animal très difficile à travailler. » VISIONS ANIMALES C’est en terminant l’école des Beaux-Arts que Stéphanie Barthes se met à explorer les rapports qu’entretiennent


Détours ///

Stéphanie Barthes, 32 ans, venue des Beaux-Arts pour exercer auprès d’André Rouillon, naturaliste éminent qui ne dit pas son âge.


/// Détours

BULLES DE SALON EXTRAITS DE LECTURE ISSUS DU > FESTIN #97 (printemps 2016)

{ Bordeaux }

AQUAVIVA L’APOCALYPSE SELON TROUILLARD Avec sa nouvelle BD Aquaviva, l’auteur et éditeur bordelais Guillaume Trouillard entame une fresque SF pessimiste qu’il porte en lui depuis longtemps. Complètement muet, cet ambitieux projet s’est avéré un défi créatif de chaque instant, au point que sa sortie tient presque du miracle.

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service d’un sous-genre pourtant bien usé de la science-fiction, le post-apocalyptique. « UN PROJET DE RIEN DU TOUT » Démarré il y a six ans, Aquaviva repose sur un fil narratif ténu. L’auteur l’appréhende d’ailleurs comme un doc animalier plus que comme une histoire en tant que telle, privilégiant à son habitude, une démarche intuitive, pour ne pas dire sensitive, face aux recettes scénaristiques éprouvées. Déjà en germe dans ses albums précédents Colibri ou La Saison des flèches, Aquaviva projette un développement industriel et consumériste devenu fou, sa manière à lui de pointer ce rapport vorace et nihiliste de l’Homme à la nature. « C’est bien beau de grignoter un département tous les dix ans sur la forêt [pour en faire des] zones d’activités, mais il va bien y avoir un terme. J’ai essayé

d’imaginer un monde où l’on est arrivé au bout du truc et où tout est entièrement fait par la main de l’homme, le pylône électrique remplace l’arbre et ainsi de suite. » Pour mettre en image cette dystopie, il va jusqu’à troquer ses traditionnelles couleurs aquarellées pour le lavis et son rendu brut, contrasté. Habitué des originaux nets exécutés sans repentir, il s’essaye aussi à « rustiner », à salir son dessin, joue des effets de textures avec des collages de lettres, de photocopies, autant de clins d’œil discrets à l’un de ses maîtres graphiques, Breccia. Quant à son héros, c’est une sorte de Tarzan d’un âge crépusculaire qui aurait troqué sa peau de bête pour un maillot de bain de marque… « Aquaviva ». Ce détail incongru est comme la signature par l’absurde d’une civilisation en perdition. Désormais le monde se réduit à une gigantesque friche urbaine parcourue de

rares survivants lookés se disputant piteusement des conserves sous l’œil de hyènes aux aguets. LA COMPLEXITÉ DU MUET L’idée de se passer du texte est venue dès l’origine, en écho à cette société dégénérée privée de langage. Le muet est pourtant une gageure. Hormis une poignée d’auteurs comme Moebius ou Shaun Tan, rares sont ceux qui s’y sont essayés sur le mode réaliste. L’auteur en saisit la raison à mesure qu’il aligne les planches. « Rien ne fonctionnait », dit-il. L’écriture impose un rythme de lecture ; sans lui, raconter la moindre action devient une épreuve tant le réalisme ne supporte pas l’outrance, le surjoué : « Comment rendre les expressions des visages, un mec qui tombe par terre, lève les yeux, un personnage qui joue la surprise ? » Résultat, des interrogations

© Guillaume Trouillard

Il y a déjà treize ans que, sur un coup de tête à la fin de ses études aux Beaux-Arts d’Angoulême, Guillaume Trouillard s’est lancé dans l’aventure de la Cerise. Avec la proverbiale inconscience de la jeunesse, l’étudiant a donné naissance à cette structure éditoriale, véritable couveuse de jeunes talents qui participent à dynamiser la scène BD actuelle. Mais derrière les Vincent Perriot, Adrien Demont ou Jérémy A. Bastian, on en oublierait presque que lui-même compte parmi les auteurs les plus emballants et originaux de sa génération. Sa dernière réalisation en est encore la preuve et combine son goût de l’expérimentation mis au

Guillaume Trouillard par lui-même.


/// Détours

GRAPHISME Une grande œuvre littéraire croise la route de graphistes de talent. Dialogue.

Le Nœud de vipères de François Mauriac SVELT STUDIO revu par

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Svelt Studio sveltstudio.com Publications : Graphisme aujourd’hui : Miscellanées, ÉSA des Pyrénées, 2012

À gauche, l’afficheprogramme dépliable réalisée pour l’édition 2013 des Allumés du verbe ; à droite, l’affiche de l'un des spectacles phares de la saison 2015-2016 de la compagnie théâtrale Vice Versa, Dans les pinces du crabe.

À gauche, le flyer réalisé pour le Fonds régional d’art contemporain d’Aquitaine ; à droite, une double-page de la revue basque Aldiz dont le Svelt Studio a conçu la charte graphique et assure la mise en page.

© Svelt Studio

Guillaume Bordenave, Nicolas Larretche et Ivan Rodriguez, respectivement originaires de Pau, Bayonne et Tarbes, sont les trois designers ambitieux qui se cachent derrière le pimpant Svelt Studio. Leur rencontre date de l’École supérieure d’art des Pyrénées à Pau en 2008 où ils préparent un diplôme national supérieur d’expression artistique. Mus par des affinités culturelles et artistiques communes ainsi que des compétences complémentaires, c’est tout naturellement qu’ils commencent à travailler de concert sur des projets d’étude. Ils prennent l’habitude de signer leurs projets communs sous le nom de « Triceps », en référence à leur « morphologie plutôt filiforme » et adoptent pour credo de « rendre la culture aux culturistes »… Ça fonctionne, et même plutôt bien… Alors, à peine diplômés, les trois amis se lancent, avec une audace certaine, dans la création de leur propre studio de graphisme qu’ils rebaptisent Svelt, moins agressif que Triceps, disent-ils, et « fleurant bon le meuble scandinave ». Encouragés par Marie Bruneau et Bertrand Genier, professeurs et créateurs du studio Presse Papier à Bordeaux, ils étrennent leur nouvelle marque avec l’association Gustave, pour qui ils réalisent les supports de communication du festival de contes Les Allumés du verbe (Gironde), de 2011 à 2013. Depuis, Svelt Studio additionne les coopérations avec les acteurs culturels de la grande région : le Frac, les festivals aquitains Musique en côte basque ou Natur’Arts, l’association Madame Toulmonde, la compagnie théâtrale Vice Versa, mais également, en ce tout début d’année, la Drac Aquitaine Limousin Poitou)Charentes pour laquelle ils conçoivent une carte de vœux animée. Svelt Studio, c’est aussi la réalisation du livre Graphisme aujourd’hui, édité par l’ÉSA des Pyrénées, – recueil de textes venant clôturer un ensemble de journées d’études organisées par Marsha Emanuel – mais aussi Aldiz, revue alternative trilingue au Pays basque, dont ils ont assuré la mise en page des deux premiers numéros. À la conception d'affiches, site web, enseignes, logos, signalétique s’ajoute, depuis deux ans, l’animation d’ateliers de découverte et d’initiation à la technique de la sérigraphie, dans les locaux du Bel Ordinaire et même, très bientôt, dans leur propre atelier, rue Tran à Pau, à mi-chemin entre le château de Pau et le musée des beaux-arts. La couverture que Svelt Studio a réalisée pour Le Nœud de vipères de François Mauriac se veut une véritable métaphore graphique de l’intrigue et des liens complexes qui unissent les personnages. Les vipères enlacent une roche froide qui représente le cœur de Louis, lequel protège amoureusement sa fortune. Le fond sombre renvoie la mort d’Isa, sa femme, mais aussi à la pression muette exercée par la famille. Les vipères, de couleurs vives, traduisent leur venimosité mais aussi la capacité de Louis, en fin de compte, à aimer. • MDLQ


Détours ///

Tirée du Traité de cuisine bordelaise Pour 6 personnes Temps de cuisson : suivant le goût 1,2 kg d´entrecôte sel & poivre Échalotes Os à moelle

D. R.

Traité de cuisine bordelaise Alcide Bontou, 8e édition, 19,50 €, 352 p., éd. Féret, 1998.

Entrecôte à la bordelaise

« L’entrecôte doit être prise de préférence du côté du filet et non du cou ; on la fait couper de l’épaisseur de deux doigts. Faire mariner avec une cuillerée d’huile, sel, poivre. Préparer une paillasse de charbon bien pris, et mettre l’entrecôte sur le grill. On prend quatre échalotes, un bon morceau de moelle de bœuf bien ferme, une petite poignée de persil, le tout bien haché ensemble. On retourne son entrecôte, on étend avec la lame du couteau le hachis préparé, et on passe de temps en temps la lame du couteau chauffée dessus pour faire fondre la moelle. Lorsque l’entrecôte est cuite, on la met sur un plat, en ayant soin de ne pas renverser le hachis qui est dessus. » Suit une anecdote sur la façon dont maîtres de chai et tonneliers font cuire l’entrecôte sur des cercles de barrique en châtaigner, puis Bontou fait sa mise en garde : « Les restaurateurs de Paris font l’entrecôte à la bordelaise avec une sauce au vin rouge ; cela ne ressemble pas du tout à l’entrecôte traditionnelle de Bordeaux, que l’on fait griller sur des braises de sarments de vignes, ou mieux, de vieilles douelles de barrique. » le festin { PRINTEMPS 2016 } 119


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Le Festin - Toute l'Aquitaine en revue - Extraits de lecture  

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