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Entre-Deux

- revue littéraire et artistique - 2013 DiptYque #3

DiptYque

revue littéraire et artistique

Versant 1 : Entre-Deux


Première édition. Responsable éditoriale : Florence Noël 11 Rue Bois des Fosses 1350 Enines Belgique ISSN : 2033-2939 Illustration de la première de couverture : Raphaële Colombi, “Oxymore”

Achevé d’imprimer en janvier 2014 Sur presse offset numérique HP Indigo par l’Imprimerie Hengen s.à.r.l. – Luxembourg


Qui aurait pu dire que la thématique du numéro trois de DiptYque annoncerait, encore une fois, plus que son contenu mais sa destinée même. « Entre Deux » dit ce lieu de suspens, ce qu’elle a été, lieu de réflexion sur son devenir. Non pas que le projet de DiptYque ait été à un quelconque moment mis en doute. Mais que les circonstances de sa conception y aient imposé des parenthèses et quelques points de suspension. Au terme de cette latence, une évidence surgit peu à peu. Dès le numéro suivant, DiptYque se concevra de plus en plus comme une série d’anthologies, de moins en moins marquées de cette péremption propre au rythme et à la nature des revues dont la suivante efface presque la précédente.

« Là où commence ce qui disparaît : ce lieu convient au bonheur de la déchirure universelle» Serge Meurant, Vivre, in Résonnance, anthologie du Cercle de la Rotonde, éd. Mémor, 2006.

La poésie, les mots, l’art, durent et demeurent et se relisent à la lueur de tout temps, toujours justes, toujours troublants. Dans ce monde d’immédiateté, où on nous habitue à tout trouver obsolète dès sa sortie, je crois de plus en plus à une voie médiane, un chemin de traverse où l’impermanence qui nourrit nos nostalgies se conjuguera avec le durable qui ensemence nos renaissances.

Edito

A l’honneur dès la couverture et les premières pages, l’artiste peintre et photographe Raphaële Colombi nous réinitie à l’art de regarder ces lieux de passages, ces corps de passants. Recréations mixtes et intervalles où se glisse avec force notre imaginaire personnel. Des « conciliabules » de Pierre Gaudu, aux fenêtres de Chantal de Meyer, à ces humoristiques et tendres instants suspendus d’Antoine Josse, en franchissant les perspectives croisées de Marco Taillebuis nous posons de nouveaux regards sur le temps opaque de l’incertain. Puis on signe le temps des traversées, des sécantes qui nous séparent de l’horizon dans les œuvres aux ocres profonds de Valérie Buffetaud. Dans notre dossier à la Une, Anne-Lise Blanchard nous narre par petites touches la femme qui est revenue de l’enfermement au-delà des frontières biélorusses, la femme poète et écrivain qui se reconstruit, clandestine en préméditation. Avec une très belle introduction de Gérard Paris, d’Alain Wexler, de J.-C. Lemeunier et de I. Raviolo. Les récits de Chris Simon, de Mathieu Brosseau et de Mariane Brunschwig interrogent tous des moments de rupture où l’homme, la femme semble bivouaquer entre deux destins. Sylvie Durbec nous emmène dans une fascinante visite d’exposition où les visages peints dialoguent avec les visages des visiteurs, en questionnement, toujours. « Qu’en savais-je, moi, de la douleur supposée de l’artiste si ce n’est celle de notre commune humanité ? ». Roland Ladrière pose un conte, Sylvie Garcia et Sabine Huyhn des instantanés textuels auxquels les photographies de Marlène Tissot et Anne D’Huart semblent répondre. Enfin, bat au cœur de la revue, les toujours riches contributions de nos poètes à l’anthologie poétique «Entre Deux». S’y invitent de nouvelles voix aux accents surprenants, drôles, lyriques, flamboyants et troublants : Anette Luciani, Déborah Heissler, André Rougier, Marlène Tissot, Armand Dupuy, Sylvie Saliceti, Fabrice Farre, Roselyne Sibille, Yannick Torlini, Daniel Leduc, Hafsa Saifi, Mathieu Baumier, Jean-Marie Sapet, Luc Baba, Sylvie Fabre ou Marc Menu.

Florence Noël 6 décembre 2013

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Voix à la Une Chaque numéro de DiptYque s’ouvre sur une voix ou plusieurs voix particulières, voix à entendre malgré les pas qui se pressent, les cieux qui filent, les marches qu’on dévale, les trains à prendre, la vanité de tout. Voix résonnant avec la thématique du numéro. Pour ce troisième numéro de DiptYque, nous accueillons Anne-Lise Blanchard, poétesse française qui nous parle de son entre-deux moscovite, fin 2010, où elle fut retenue prisonnière puis à résidence pour absence de visa.

Anne-Lise Blanchard 5

Clandestine sans préméditation


Anne-Lise Blanchard

Anne-Lise Blanchard Clandestine sans préméditation D’un paysage à l’autre, écrire en mouvement comme on relie des pages inconnues. Le pari de nos mots échangés : celui des couleurs qui s’ignorent encore mais se devinent complémentaires. Notre désir de jumelage poétique est fait de cette matière-là à inventer ensemble.

L’aquarelle, le poème, la mort, le spirituel … 6

En découvrant la bibliographie d’Anne-Lise Blanchard, nous pouvons être saisis par quelques titres révélateurs : Le cru et le frêle – Traverser le jour blanc – Apatride vérité – Eclats – Copeaux des saisons. Trois évènements majeurs ont déclenché l’écriture chez Anne-Lise Blanchard : l’arrêt de son activité chorégraphique, la pratique de la montagne et le déchiffrage due la roche, l’écoute de la lecture à voix haute de la poésie. Sculptrice d’espace, « raccordeuse de corps », écouteuse d’enfant, Anne-Lise Blanchard va à la rencontre de la promesse et de la présence. Comme les peintres impressionnistes éveilleuse des sens, elle joue avec la lumière, altérant les paysages avec des contrastes d’ombre et de couleur, ébauche des miniatures japonaises, des tableaux sous forme d’enluminures, alternant dégradés de couleur et déplaçant à son gré les marqueurs de bruits : « Il neige il fait silence

« Soutenir l’inconnu en soi qui s’annonce, s’incarne sans pesanteur » Taille en vert

les angles s’effacent de noires arabesques souffle attentif calligraphient la ville blanche» Chemins d’eau et entrelacs Tantôt Anne-Lise Blanchard – relayant le rythme du poème par des anaphores – déploie une parole ample, généreuse (comme dans Un jour après l’autre), tantôt elle enserre une parole tronquée, fragmentée, émondée comme dans les petits recueils des éditions La Porte (Taille en vert – chanson gelée pour un lé de terre) ou alors ce sont des haïkus, qui paraphent ou croquent l’instant : « Vol flou de l’oiseau collines courbées sous la pluie le printemps se cache » Copeaux des saisons


Voix à la Une Alors l’insaisissable et le temps deviennent objet de fascination : « Cette chose insaisissable est-ce là l’instant du poème ? » Le jour se tait A d’autres moments, la vie et le poème se fondent avec la respiration de la mer : « Sa vie ne serait que long poème à la mer déroulé comme robe de baptême pour chaque génération » Traverser le jour blanc Alors nous pouvons mesurer l’importance de la lumière et du silence dans le poème d’Anne-Lise Blanchard, cette lumière qui apporte un éclairage nouveau aux gisants : « Dans la chapelle à l’écart la lumière donne voix aux secrets des gisants » Le jour se tait Si le poète donne beaucoup d’importance au sensible, à l’humain, il privilégie aussi spirituel et sacré : « Frémissement de soi encore quand le pied se déroule sur l’inabordé » Traverser le jour blanc Anne-Lise Blanchard glisse donc du visible à l’invisible, du formel à l’informel par le tamis du silence et ce travail sous-jacent, incolore mais réel :

« Qui passe au tamis de l’oreille Le silence habité des maisons et c’est l’Autre dans sa chair que nous côtoyons » Traverser le jour blanc Ce bref parcours dans l’œuvre d’Anne-Lise Blanchard n’est en rien exhaustif. D’autres thèmes la jalonnent, comme celui du merveilleux : « et des bêtes fabuleuses coiffées de lyre égrènent les chemins chapelets de poussière pâture à l’étroit des terres rudes » Plein espace vite On peut aussi évoquer cette intégration des Evangiles dans le poème par l’usage de scènes réalistes : « Dans la transe de l’hésitation elles ont touché le plein creux de ses blessures » Plein espace vite Chaque recueil, chaque poème semble révéler un nouvel aspect de la personnalité du poète, sans cesse se dirigeant vers l’« ouvert ». Gérard Paris

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Anne-Lise Blanchard

Extraits de « Suite moscovite »

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« Chère Madame, comprenez bien que ce n’est pas le droit français qui s’applique ici – Pour ce type, sûr de lui, à l’aise dans son « trois pièces » de marque, soigneusement dépareillé, tu es une demeurée -. C’est un pays souverain. Je dois reconnaître que vous avez eu un traitement d’exception, d’ailleurs nous n’avons pas été informés. Nous nous demandions où vous en étiez, le contact était rompu avec vous depuis quarante-huit heures, sans doute a-t-on verrouillé votre …. Bon, ça sera vite un mauvais souvenir. On vous réclame des papiers ? Faites donc voir : l’extrait de casier judiciaire, on peut le demander, le certificat médical, on le fait faire ici, le certificat de bonne citoyenneté, l’ambassade s’en charge aussi, laissez-nous la liste. Nous allons vous sortir d’ici, vous serez partie avant la fin de la semaine. Votre billet d’avion ? Vous allez voir avec ma collègue, vous pouvez le réserver d’ici, aujourd’hui même. Votre passeport ? Nous vous établissons un laissez-passer, nous nous chargeons de renvoyer le passeport au préfet, c’est la procédure habituelle. Au revoir et soyez rassurée, nous nous occupons de vous. » Tu es retournée dans le bureau de la consule-adjointe, vous avez consulté les départs au meilleur prix pour la fin de la semaine, et tu as dit, avec un nœud dans la gorge parce que 228 euros par la Zch Airlines, et le 3 septembre, c’est inespéré : attendons d’avoir le passeport. Elle t’a adressé plusieurs messages sur ton mobile, tu n’en as eu aucun. Elle répète que tu es la première ressortissante française à être enfermée en cellule d’isolement. Tu demandes d’effectuer ton pointage auprès du FSB depuis son bureau. Tu as rejoint Vadim qui t’attendait dans la coursive, lui as fait traduire l’entretien par Macha, l’assistante. Que ton séjour soit écourté, tu n’en as rien à faire pourvu que tu te désenglues de cette situation. Vadim fait la moue. Il fait part à Macha qui traduit de ses doutes sur l’évolution de l’affaire en non-affaire. Dans l’elektrichkom du retour, tassée entre les corps fatigués, tu rumines comment la diplomatie française peut en deux jours se débrouiller pour retourner une affaire pénale en affaire administrative quand, depuis le début de ton histoire, elle t’assène en boucle que la Russie qui te retient est un état souverain chez lui – ah, que ces gens apprécient la redondance en son onctuosité -, quand le FSB lui a soustrait les conditions de ton incarcération, quand elle n’a pas été fichue de t’envoyer un


Anne-Lise Blanchard

Rien que cela (Extraits inédits)

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Devant elle l’enfant zigzague. Il ne veut pas mettre pied à terre. Il est fier. Fier sous le soleil qui jette des étoiles dans les yeux. Elle admire ses petits mollets, tout en muscles, la détermination de son dos. Quand ils ont dépassé la côte, il se retourne. Elle se dit, il veut vérifier qu’elle est encore en selle. Puis il chante à tue-tête, elle se joint à lui. Ils ont retrouvé leur souffle, ils éjectent leur boule de tensions. Ils sont partis depuis le matin, quand la rosée mouillait la chaussée dans un mélange de terre et de bitume, le panier du pique-nique sur le porte-bagages. Il n’a jamais voulu s’arrêter. Il allait sans se retourner comme autrefois s’en allaient chercher aventure les chevaliers. Ces journées sont des promesses elle en est sûre. Ils déplient la nappe, dans la tradition, à l’ombre d’une grange de pisé. Encore dans le coup de chaleur, ils frissonnent dans la fraîcheur du pisé tandis que dans la bouche le pain fait son nid.

Elle est entrée dans l’église. Assise dans la pénombre, elle laisse couler la fraîcheur dans son corps. Des gens de tous âges, de toutes races, prient, agenouillés et recueillis. D’autres, de tous âges, de toutes races, entrent, s’agenouillent et prient. Puis avancent peu à peu des gens différents, blancs, d’âge moyen. Ils sont, on dirait, « endimanchés ». Ils choisissent avec soin leur place, pas très loin du chœur. On apporte des pupitres. On déplace les vases déposés devant l’autel. Elle ne sait pas ce qu’elle attend. Elle se laisse descendre au fond de sa fatigue. Une telle fatigue donne-t-elle plus de valeur aux jours ? C’est la fatigue d’une petite vie. Elle tourne la tête vers un glissement continu de pas sur les dalles. Ce sont presque des enfants ou ils sont déjà adultes. Les cols des chemises blanches flottent autour des cous. Les pantalons gris ressemblent à ceux que portaient autrefois les fonctionnaires, ils ne sont pas ajustés. Ils avancent en silence, parfois l’un d’entre eux secoue la tête en un rire muet, l’autre accélère pour rattraper celui qui le précède, pose une trop grande main sur son épaule. Elle regarde l’étonnante procession. Ils se sont rangés devant l’autel en un demi-cercle parfait. Les voix s’élèvent claires, pleines, fragiles, elle ne sait pas dire. Des voix venues du ciel sortent des corps disharmonieux, pas finis. Elle se tient légère sur une échelle céleste.


Pierre Gaudu

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« Son visage, du côté droit, était encore atone et contracté, et sur la joue droite, il avait le sillon d’une larme, mais d’une seule larme, involontaire, tombée de l’œil resté fixe : il voulait partir. » Dino Campana, in Chants orphiques, la rencontre de Regolo

Sylvie Durbec

La jeune fille à l’étrange pantalon mondrianesque s’est arrêtée sous son portrait, un dessin représentant un visage analogue au sien avec le même effondrement intérieur qu’on devinait dans le regard du personnage dessiné, lequel dessin était lui-même entouré d’une famille constituée d’êtres aussi lointains que celui représenté. Or il était manifeste que la fille n’était pas le modèle du tableau. Je l’avais vu arriver, gravir les escaliers avec son compagnon et découvrir avec étonnement les œuvres sur les murs. C’était la première fois qu’elle les voyait. Virevoltant d’une salle à l’autre jusqu’au moment où elle s’était bizarrement interrompue face à son portrait et là elle s’était mise à parler, interrogeant son compagnon sur le sens à donner à l’œuvre de l’artiste. En même temps que je la regardais s’attarder en face d’elle-même, j’observais attentivement le dessin. Ce visage, aux yeux creusés de cernes, se tenait face au spectateur dans une immobilité presque menaçante. Ce qui m’avait arrêté n’était pas de même nature que ce qui avait arrêté la jeune fille. Avait-elle noté l’étrange ressemblance ? Car ce qui chez elle relevait encore d’une grâce juvénile prenait, dans le tableau, un tout autre aspect. Les cheveux, par exemple, noirs et longs dans les deux cas, semblaient collés au crâne dans le dessin, les oreilles perceptibles entre les mèches, le cou engoncé dans les épaules et surtout ce regard lourd et vaguement accusateur ne ressemblaient pas à ceux du modèle. Le choix de la mine de plomb accentuait à l’évidence la noirceur du personnage représenté. Misère d’une vie, misère de toutes. Autour, sur les murs, dans d’autres cadres, des personnages composaient une sorte de famille pour ce dessin-là, pour ce personnage esseulé mais entouré. C’était d’ailleurs ce qu’expliquait la jeune fille à son compagnon. Et lui, me suis-je demandé, s’était-il rendu compte de la ressemblance entre elle et le dessin ? Bien sûr la fille avait un air vif et joyeux mais peut-être une sorte d’inconscience de ce qu’elle était

Visage de misère, visage de vie

Pour Lucy Vines

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Chantal de Maeyer

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Anthologie poĂŠtique

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Anette Luciani

Plaines 30

Sur le rebord de la fenêtre ouverte, un drap blanc. Il semble que les plaines espèrent d’autres vues Que celles de la mer Epousant la forme ondulée des couleuvres Les couleuvres languissent Elles se languissent de l’ombre verte des fougères Epousant la couleur des plaines A la fenêtre Une silhouette fine Se penche Epousée Rêves de plaines Rêves de couleuvres Rêves de rêves…


Deborah Heissler

Beijing. Par bribes qui me reviennent Palais d’été, là où s’achève la terre, à la limite entre le ciel et la terre — et rouges aussi.

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* Des saules et des murs rouges, des portes rouges, des pavillons rouges. De belles jeunes filles nobles habitant des pavillons rouges, s’appuyant contre des balustrades laquées de rouge, soupirant en pensant à leurs amants vêtus de rouge. On m’explique. Dans bon nombre de poèmes, rédigés sous la dynastie des Tang ou des Song, le pavillon rouge était situé dans le lointain, inaccessible, même pour un lettré prometteur. Rouge omniprésent. On imagine le pavillon rouge. On ne le décrit pas, au contraire du pavillon vert. *


Armand Dupuy

1. Le point loin d’un forsythia ne dit rien ne ramène rien, laisse la mémoire basse et calme. L’idée seule qu’on se fait du jaune

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Une première fin des questions

fonce avec le soir.

Et je ne sais ce qu’il suture, ce qu’il tient rassemblé de vie

2.

ce point, ni ce qu’il réconcilie.

La chambre est là – tout autour, qui rêve sans moi. La mémoire est plus fidèle que les murs

tant qu’elle dure

et

quand je dis chambre, j’entends jaune même lampe suffisante.

qui est une poche


Sylvie Saliceti Entre le volcan et le vin

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Sur les pentes aux vignes noires L’enfant pousse sa tête vers la porte basse Alors la femme s’étend à même la cendre Adossée à la potence d’une ombre À la part du soleil en boule sous les nuées ardentes Ici le serment des Tricheurs, sarment pour Caravage Là le Vésuve Par fagots sur la caldeira claire-obscure en Judée Le fils boira la coulée sur l’aiguille de lave Les téphras rouleront comme les yeux cavés pour les pendus, becquetés par les pies Va Simon de Cyrène Coucher le nouveau-né sur la Table du Silence Autour de Brancusi, le sol de cette étable est jonché de scories et chapelles Perdues sur le sein de quelle femme ? La terre attend le prochain passeur Cours par les pieds nus de l’enfant de Calabre dont la colline se lézarde sous le parfum brûlant Parle aux vignes Dismas, murmure le tanin dans les lianes Inhale le regard d’une grappe aux raisins bien mûrs Au sang âcre refermé à la lisière du ventre délivré Qui après nous vivez, voici le passage solaire de la bryone Où coule le Lacryma Christi, rouge par les yeux initiés Jour de Pâques- 25/4/2011, Bois-Luzy


« Je serais bien l’enfant abandonné sur la jetée partie à la haute mer, le petit valet suivant l’allée dont le front touche le ciel. » -Arthur Rimbaud, Enfance.

Arnaud Delcorte J’erre aux quatre coins du monde byzantin Je parcours les océans les rivages acryliques J’écume les paysages les soirs l’intérieur des garçons Pour toi j’erre sans attache blanc et sans peine Pourtant je le sais quoi que je fasse où que j’aille Tu n’es n’étais ni ne sera

LE MONDE

« Tout se fit ombre et aquarium ardent. » -Arthur Rimbaud, Bottom.

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Extraits de “Corcyra : entre bleu et ombre” CHER ARTHUR

Brillante Erythrée je vous envie mon cher Arthur Quand du dessous de mon oreiller ne sortent que des chimères De papier je vous envie et je vous suis sur le ponton fragile Vais-je tomber ou me fondre aux canopées de vos amazones M’amouracher de vos Indiens de vos Javanais de vos Gallas Bien sûr ça bien sûr et je compterai encore sur vous pour m’en tirer Car le plongeon pour lui seul en vaut la chandelle et je resterai nu Dans l’air car même l’air recèle ce secret que nous avons cherché Sans le trouver dans les enivrements les feux les tyrannies de vivre


Lucie Pasquiou

écrire pour extraire la peur qui essore mouvement lent d'essuie-glace griffures sans filet funambule livrée à des vertiges intérieurs brouillons jetés au sol papiers froissés fog mental confusion des temps rien ne passe une voix s'éteint sur une page blanche épines de ronces

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Yannick Torlini il y a des morceaux de moi des fragments. il y a des fragments de toi des pièces détachées. il y a du

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détachement dans ta façon d’habiter ta façon de meubler. il y a un mobilier obsolète qui compose le corps le tissu de soi. l’étoffe de peau fait un mauvais vêtement contre les intempéries les tempêtes d’être. être ça souffle un homme une entité humaine. l’humain ce n’est pas moi c’est je. je ne suis pas pas tout-à-fait presque.

je te tiens tu. me tiens je. te porte tu. me grandis je. te construis tu. m’édifies je. passe sur ta langue tu. me mets en mouvement je. vais d’un point à un autre tu. es le point je. suis le mouvement tu. es entière je. suis une partie.


Daniel Leduc

L

es voisins parlent de sens et de saisons par où conduire pour passer par le temps qu’il n’accapare qu’un minimum d’espace qu’il ne tombe sur le corps qu’avec discernement qu’il soit le doigt pointé sur l’horizon. La nuit ne vient qu’en prononçant son nom la neige n’est pas l’effacement du jour et ce qu’il peut pleuvoir de souffle et de soleil !

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Par l’arôme du café j’articule mes rêves florilège de spasmes et de sources légères. Avec des étrangères je voisine comme des phrases qui parlent un langage de combles et de caves. Me suis-je dit la pluie provient des vagues. J’ai marché dans la boue le cœur crotté de chair. Je me suis étendu sur l’étendue des nombres. Infinité d’étoiles. Perpétuelles passagères. Ce qui se compte n’est-il pas innombrable ?

L

a nuit précède le jour / le jour précède la nuit ainsi la marche est-elle de pénombre et de braises. La bourrasque nous pousse à résister en empruntant des chemins de traverse. Chaque pas refoule la négation d’être. Chaque pas mesure l’espace impondérable que circonscrit l’univers – échappant à la notion d’espace. Le temps s’enroule sur le temps. Et je me love dans l’instant qui soulève. Et je démultiplie les quintes et les tierces dans un chant polyphonique du rêve. Et je m’endors dans la lucidité de mon propre sommeil. L’aube s’inscrit dans la continuité des gestes. Je ne suis que ce qui précède. Ma parole est un pas. Une empreinte dans la course. Je dis ce qui fuit – et je retiens mon souffle. La marche prend le pas sur ce qui ne marche pas.


Luc Baba Je mange La croûte noire Du pain des noces Et cette confiture d’adieu

La tendresse est une araignée Aux chélicères de soie Ça n’empêchera pas mon pied de s’abattre

] [

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Plus je pense Et plus je réfléchis Pendant que tu jouis là-bas La fleur aux dents d’un Espagnol Ils sont gentils, dis-tu, Les Espagnols Oh non, dis-je en moi-même, La joue sur ton oreiller nu

] [ Enfant seul J’aimais une danseuse Elle s’absentait du siècle de pierre Où je perdais le sud et l’eau

] [

] [ Mandarine Chair à vif Rencontre de lame et de fruit L’orange sanguinaire Et son goût d’amertume Oh, ma petite épouse de table ] [ Ongle harnaché de gras rouge Petits points de sang Tranche de diable Au fond des gants Quand le soir descend Petit point de sang Le soleil rouge sur la mer C’est l’ongle de ta main Et le verre à vin rouge Sur ma table Un ongle encore De cette main d’hiver Cette main de bois mort ] [


ValĂŠrie Buffetaud

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Le dîner

marianne brunschwig

C’est parce que ce sont les vacances que je rêvasse de la sorte. D’habitude je suis comme tout le monde, pressé, fatigué. Je m’arrange des gens qui m’entourent et échange avec eux suffisamment de mots pour passer sans souci d’une journée à l’autre. Les mots trament le temps; nous y sommes tissés. Mais, pendant les vacances qui pour moi sont très longues, je ne jette plus ces ponts. Il y a déjà deux mois que je suis seul ici. Brusquement je me rappelle que je n’ai pas écrit à Julie qui, elle, me raconte ses journées dans de longues lettres circonstanciées. Je me reproche de ne pas appeler Bernard qui, je le sais, cherche à me faire une confidence. Je m’en veux de m’être contenté d’une carte conventionnelle pour remercier Claude quand elle m’a déchargé de ma classe pendant la maladie de mon fils.

Et si j’étais en passe de tomber du tissu ? J’ai le vertige.

Je suis rentré chez moi : une bicoque sous les pins dans la forêt landaise. Le vent criait et sa plainte ne m’apportait aucun souvenir des visages de mes amis. J’étais hors de leurs atteintes, comme passé dans un autre champ. Je me suis assis à ma table et j’ai allumé une pipe, plus pour me faire accroire — la pipe de nos jours est si anachronique ! — que j’étais d’humeur sereine que par réelle envie de fumer.


De là que tout était parti. De toi. Tu n’en as jamais rien su. On ne parlait pas de ça. Parlaient peu. Rien su des brouillons recommencés. De ces pages de carnets. De ces cahiers à l’écran. Rien su. Et pourtant là le point d’origine. Là que depuis d’autres s’enracinent. Rien su. Avec ça que tisser. Matière intime où l’ordinaire. Image qu’on ressasse. Que l’on approche. Une scène qu’on tente d’écrire. Du silence et des gestes. Pressentir qu’ici une clé. Un nœud où tant s’imprime. De ce que tu fus. De ce que j’ai cru. Et tous ces gouffres de distance et d’amertume. Tout était là disponible. Seuls manquaient les mots. L’œuvre du temps. Laisser resurgir la scène. Le repas de midi terminé. Café bu. Ton couteau de retour dans ta poche. Tu viens de l’essuyer. Aller retour sur la cuisse. Bleu du pantalon. Lame qui glisse entre le pouce et l’index. Poussée main droite (index majeur et annulaire). Claquement sec. Elle a enlevé ton assiette. Tu as plié ta serviette. Repoussé les miettes de pain du revers de ta main gauche. Plié ton bras droit sur la toile cirée. Posé ta tête au creux du coude. Bras gauche comme enserre. Ton dos rond. Toujours ce même gilet rouge. Il est une heure dix à ta montre. Idem au réveil posé sur le buffet. Tu perçois sans doute le cliquetis de la trotteuse. Les bruits mouillés de la vaisselle qui s’entrechoque en cuisine. Les pas du gamin qui tourne en rond autour de la table. Tu es seul. Seul avec ta fatigue. Seul avec ton rituel. Du dehors t’arrive le bruit de la nationale. Là-bas. Au-delà du jardin. Après le fer forgé des barrières noires. Tu t’endors. Perçois le glissement d’un tiroir. Couteaux y tombent. Bruit mat des dessous de plats. Ton épaule gauche s’abaisse. Se relâche. Tu bascules. Soupires large. Jusqu’à vingt. Te réveiller s’il le faut. Qu’elle s’approche. Une main sur ton dos rond. Quelques mots. L’heure d’y aller. Un entre deux cette scène. Y revenir. Recommencer. Tenter encore. Triturer. Essayer. Vouloir vaincre. Et croire qu’obstacle les mots. Matière rebelle la langue. Sans rien saisir du matériau trop lourd. Alors écrire comme on dresse un paravent. Asséner la révolte. S’être cru menaçant. Moment nécessaire que ces lignes. Tout s’y expose sans que l’on voie. Tout y explose sans savoir à quel point. Trop d’obscur jusqu’au-dedans du ventre. Trop d’amer pour comprendre. Empêtré d’indicible. Souviens-toi. Rouge / noir / blanc. Ce gosse qui tourne à pas légers. Silencieux autour de la table. Tu es là. Tu dors. Rouge / noir / blanc. S’applique aux symétries du carrelage. Curieux de ce qui là s’enchevêtre. De ce qui du rythme répété.

(entre deux)

Mathieu brosseau

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Trajet réitéré. Mystère né de peu. Un simple carrelage. D’un peu de géométrie. Et pourtant, ce qui tracé là, inaliénable et se refusant au verbe. Échappe aux mots ce qui clair au mouvement. Le corps sait. Dans ses membres. Au creux du ventre. C’est en tête que tout s’emmêle. En tête ce qui se refuse au dire. Plus tard aussi. Mais il faudra du temps pour le comprendre. L’admettre. Alors recommencer la scène. Décrire. Décrire encore. Le buffet en chêne. Les verres derrière une vitre. Les clés passées au Mirror. Le vase sous un napperon. Le dos du réveil en reflet dans la glace. Ton dos rond. Le gilet rouge. Tes bras croisés où repose ta tête. Bras levés mécaniques au passage de l’éponge puis du torchon. Dix minutes pour dormir. Sur les coups d’une heure vingt, relever lentement la tête. Repousser ta chaise en arrière. Te rendre dans la salle d’eau. Un coup au museau avec la serviette de toilette. D’un coup de peigne remettre tes cheveux en arrière. Elle t’attend, son torchon à la main. Tu l’embrasses bref du bout des lèvres. Un signe au gamin qui maintenant fait rouler ses voitures miniatures. Leurs roues plastiques sur la toile cirée. Tu refermes la porte de la salle à manger. Tes pas dans le couloir. Puis le bruit de la porte du sous-sol. Moins mat parce qu’une vitre au milieu. Vibre un peu. Tes pas dans l’escalier de ciment qui mène au sous-sol. Tu y retournes. L’usine est un peu plus haut sur la nationale. Tu dois faire un détour par la zone industrielle pour accéder au portail de l’entrée. Tu y retournes. Il le faut. Aller pousser des palettes en courant d’air sur un quai de béton… Portail de fer qui s’ouvre, trente-huit tonnes qui recule. Et qu’y penser la nuit. Insomnies d’un qui gamberge. Pour ça le sommeil court et lourd d’après manger. Parce qu’insomnies d’un trop anxieux. Parce que le boulot qu’on organise. Les chargements qui s’échelonnent. Palettes. Tas de cartons poussiéreux. Là qu’ils dorment le tantôt, les gars. Parce que les litres. Litres aux sacoches des mobylettes. Litres aux casiers du vestiaire. Les verres qu’ils lichent au comptoir avant la soupe. Le midi comme le soir. Les débusquer du sommeil. Faut bien que le boulot se fasse. Parce c’est

comme ça et pas autrement. Et que toi, leur chef d’équipe. Que les ordres ça tombe du haut et que tant pis si ça renâcle en bas. Pas le choix. Service expédition on expédie. N’attendent pas les camions. Même des chauffeurs parfois qui gueulent. Des sans conscience professionnelle. Qu’eux sont pas là pour charger. Revendiquent. Progressivement tu préfères qu’ils restent dans leur cabine. Tant qu’à faire, puisque ne veulent plus en mettre un coup maintenant. Qu’ils dorment là dans leur cabine. Qu’ils écoutent leur radio. Plutôt qu’emmerder les gars à traîner dans leurs pattes. A raconter leurs conneries que pendant ce temps-là le chargement il avance pas. De ça que tu parlais à table. D’eux. Du boulot. Et puis dodo. Descendre l’escalier. Pousser la porte donnant sur le garage. Celle qu’on appelle « la porte d’entre les deux ». Celle qui mène au sas vers l’extérieur. Aujourd’hui seulement le comprendre. Passer dans le garage. Prendre ton Solex à la main. Abaisser la béquille. Le pousser le long de la voiture. Une deux chevaux. Puis une GS. Du temps de la BX, c’était déjà la préretraite. Dernière que la Xsara. Elle qui t’aura vu vieillir inexorable. T’approcher de ta mort à petits pas diminués. Le souffle court. Pour l’instant, tu ouvres la porte du garage. Tu sors ton Solex. Refermes la porte. Remontes le jardin. Aux pieds, tes godillots. Leur fermeture éclair au milieu. Pantalon de bleu. La veste idem. Un casque blanc. L’orange des bandes réfléchissantes. Ce casque tu l’as mis au bas de l’escalier. Un miroir au dessus de l’évier où laver les légumes. Glaces triptyque. Miroir de voyage que l’on plie. Ajuster le casque. Passer la sangle sous le menton. Repousser la mèche qui glisse au front. Trois fois ton visage. De face. Trois quart droit. Trois quart gauche. Tu ne souriais pas. Concentré déjà. Sur le quai un peu. Le matin tu déposais ton casse-croûte dans l’une des sacoches. Une banane un bout de pain. Pour la pause de dix heures. Banane déposée tu ouvrais la porte de derrière. Grinçait chaque fois en hiver. Le bois gonflé. Tu vomissais ton café dans la poubelle. Chaque matin que l’usine. De ça non plus ne parlions pas. Sinon des


Anne D’HUART ENTRE JOUR ET NUIT

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Christophe Esnault

Entre chanson et poésie sonore Il faut visionner les vidéos pour voir et entendre Henri Chopin (1922 – 2008), muni d’un unique magnétophone, visage buriné et creusé évoquant la figure d’Artaud. Ses borborygmes habités et sa gestuelle d’ange déchu marquent les mémoires. Bernard Heidsieck (né en 1928), lui aussi un précurseur du genre, préfère au terme de poésie sonore celui de « poésie action ». Les éditions Al dante et POL ont été parmi les premiers en France à publier des auteurs de poésie sonore. Livres accompagnés d’un CD audio. Des auteurs qui défendent leurs textes lors de lectures publiques, accompagnés (ou non) de musiciens. On citera entre autres : Nathalie Quintaine, Charles Pennequin, Julien Blaine, Vannina Maestri, Christophe Tarkos, Christian Prigent… Quatre autres éditeurs (Le clou dans le fer, Le Dernier Télégramme, Le bleu du ciel, et Joca Seria de la collection Extraction dirigée par Chloé Delaume) ont repris pour certaines de leurs publications la formule (livre + CD). La liste n’est pas exhaustive, d’autres (petites) structures éditoriales en marge donnent à entendre la voix de poètes et de performeurs. Il existe en France une grosse poignée d’auteurs pour qui l’oralité (la mise en voix de leur texte) est le médium privilégié pour provoquer la rencontre avec des auditeurs curieux ou avertis. Quelques festivals — Expoésie (salon des revues de création, Périgueux) — ou Le Marché de la poésie (le plus institutionnel, Paris) - des lieux aussi (Le Lieu Unique, Nantes) et tant d’autres, organisent des rencontres poétiques, ouvrent des scènes, des espaces, pour les performances et lectures. Dans la plupart des grandes villes, il y a désormais des bars, librairies, locaux associatifs pour l’expression du slam. Parfois on y retrouve des acteurs de la poésie sonore ou de la chanson, la diversité des genres peut donc se côtoyer. Si on évoque la chanson, on citera parmi les chanteurs, certains de ceux qui ont puisé dans le registre poétique. Léo Ferré : Baudelaire et Verlaine. Jean-Louis Murat : Les fleurs du mal. Alain Bashung : Le Cantique des cantiques… Serge Tessot-gay pour sa part donne, dans On croit qu’on en est sorti, une force incroyable à La Peau et les os de Georges Hyvernaud. Et même si le texte n’a jamais été

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Anthologie poétique « Pas d’ici, pas d’ailleurs » ♦ fabio Scotto ♦ Marie Etienne ♦ Hélène Cixous ♦ Eric Allard ♦ Arnaud Delcorte ♦Maxime Coton

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PAR

Sabine Huyhn ♦ Sylvie Durbec ♦ Phlippe Leuckx ♦ Angèle Paoli


Nouvelle anthologie poétique francophone «pas d’ici pas d’ailleurs» par Sabine Huyhn « Pas d’ici, pas d’ailleurs », parue en août 2012 aux éditions Voix d’encre, est une anthologie poétique de voix féminines francophones contemporaines. Andrée Lacelle, Angèle Paoli, Aurélie Tourniaire et moi-même avons œuvré à ce projet colossal à partir de janvier 2010, en partenariat avec la revue Terres de femmes. Le livre s’ouvre sur une préface éclairante de la poète Déborah Heissler, séduite par le « dialogue à la fois transfrontalier et culturel », la « poésie du déracinement d’abord (« pas d’ici »), lentement consolidée et ramenée à elle-même, à un « pas d’ailleurs » (dont on ne saura jamais ni où il a commencé, ni même où il se terminera...) », et des « voix de femmes qui s’offrent à vous (ou vous résisteront) en poésie, dans l’instant et l’ici d’une langue défiant toute considération hexagonale et identitaire ». Une poésie polyphonique qui nous amène vers un no man’s land, un lieu neutre et loin des frontières, entre les terres connues et habitées, mais pas inhabitable pour autant, entre les moi et les je, un « océan qui n’a pas de limites » (Charles Dobzynski), un nomad’s land... Comme l’a écrit Henri Michaux: « il n’est pas un moi. Il n’est pas dix moi. Il n’est pas de moi. MOI n’est qu’une position d’équilibre. (Une entre mille autres continuellement possibles et toujours prêtes) ». Les textes inédits offerts par ce volume généreux reflètent, chacun à sa manière et tour à tour, fuite, envol, distance et distanciation, se soustrayant à toute catégorisation rigide. Ils offrent de magnifiques échappées poétiques sur « les flots du temps », vers « le royaume des ombres », « les cieux de l’errance », « l’île de la nitescence », « les contrées de l’intime », et « les caps de l’imaginaire », « sous une voûte de voix et d’encre » – les titres des sept différentes parties de l’ouvrage, sept thèmes regroupés sous la thématique du « nomadisme géographique, identitaire, [...] axe de rencontres de ces voix poétiques d’ici et d’ailleurs [...] déplacement et [...] dépassement [...] disant [...] cette force du poème qui déconstruit

la fausse linéarité, qui déplace les évidences et les frontières ... » (extrait du beau préambule rédigé par Aurélie Tourniaire). Ces poèmes déclinent la désertion, la quête de sens, l’éparpillement, le rassemblement, le déracinement, l’absence de limites, l’étranger/ère, la rencontre, et, bien évidemment, la création, car les pas semés de pas d’ici, pas d’ailleurs mènent avant tout à un volume de poésie contemporaine. Alors pourquoi ce choix de voix féminines ? J’ai déjà apporté des éléments de réponse à cette question dans l’introduction qui figure en tête de l’ouvrage. Si je puis me permettre, je vais en reprendre un peu le contenu ici : « L’idée de pas d’ici, pas d’ailleurs m’est venue une nuit d’hiver canadien, à Ottawa, les pieds foulant la neige. Je revenais de la soirée de lancement de l’anthologie de poésie féminine contemporaine de langue anglaise, Not A Muse (Haven Books, 2009) [...] et je réfléchissais à la place qu’occupent généralement les femmes dans les anthologies de poésie dites contemporaines : sans citer d’exemples précis, je dirai que leur étoile y brille faiblement, soit par leur absence flagrante, soit par une faible représentation [...]. De plus, d’une anthologie à l’autre, certains noms ne réapparaissent pas; ou bien ne sont retenus que les textes de poètes de grande renommée, ou encore, ne sont souvent présentes que les poètes ayant déjà quitté ce monde. De quoi rendre perplexe et donner le désir de changer les choses. Dans cette neige vierge tout restait encore à écrire. [...] Dans « The Doorway of the World, Women in Contemporary French-Language Poetry » (Beyond French Feminisms, 2003), Marie Etienne [...] souligne que la place de la femme dans la poésie française contemporaine n’est peut-être pas encore assurée [...]. Elle termine [...] en fournissant une liste des noms de poètes femmes dont elle sait qu’elles ont été publiées en France, tout en précisant aussi qu’il n’existe aucun ouvrage en France qui donne une liste des poètes francophones, pourtant nombreuses. [...] C’est donc vers toutes ces femmes poètes qui écrivent en français de par le monde [...] que nous avons voulu nous tourner. Aux côtés des poètes de renom,

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pascal Gibourg

Distances de Kafka Au regard de l’existence qu’il a menée, on ne saurait dire que Kafka ne fut pour rien dans les contrariétés qui se sont acharnées sur lui. On a prétendu que son malheur apparent était une stratégie, un moyen habile mais néanmoins coûteux d’exercer son désir en éloignant les objets qui auraient pu lui fournir une satisfaction immédiate et par là l’affaiblir. Je laisse la question ouverte pour me pencher sur la nature de cette tragi-comédie de l’atermoiement à laquelle paraît s’être identifiée sa vie, tout en constituant la matière fuyante et fascinante de ses plus grands romans. Que l’on considère sa vie familiale, amoureuse, ou professionnelle, le ver semble avoir été dans le fruit — et quelle que soit la main qui ait voulu le nourrir, il semble qu’elle l’ait plutôt empoisonné. Prenons la famille et la maison qui va avec : c’est un piège éprouvé duquel on ne sort que difficilement, même par le biais de l’œuvre, tellement les forces familiales s’opposent à la création. Sévérité du père, rigidité des habitudes, contraintes de tous ordres, bruit permanent, insupportable, et même si ramener l’œuvre à la vie est une opération critiquable, il est difficile de ne pas penser à la situation de l’écrivain quand on lit cette phrase par laquelle débute la micro-fiction qui s’appelle Vacarme : « Je suis assis dans ma chambre, au quartier général du bruit de tout l’appartement  ». Reste l’échappatoire ultime que représente La Métamorphose, issue d’une espèce singulière impliquant un devenir répugnant où la famille cesse enfin d’être omniprésente pour n’être plus qu’une image lointaine, hostile certes, mais avec laquelle le protagoniste, Gregor Samsa, n’a plus guère de rapport et de laquelle il n’attend plus rien — si ce n’est qu’elle le trahisse, puisque lui s’est révélé incapable de le faire ouvertement, cher cancrelat. Quant au bureau, au travail, s’il ne signifie pas toujours la torture ou l’empêchement d’écrire — il permet de gagner un peu d’argent et de dépendre moins du père —, il ne fut jamais synonyme d’accomplissement, ni dans la vraie vie ni dans la fiction (pensons à l’arpenteur du Château et à sa quête obstinée, systématiquement déçue, comme pourrait l’être celle d’un Quichotte du XX° siècle, ou d’un Sancho Pança1). C’était du temps perdu, mais peut-être que cette perte était nécessaire, afin que le temps de la création (l’aîon, le temps joueur qu’on oppose à chronos, le temps destructeur) paraisse d’autant plus absolu, nécessaire et fatal. Quant à l’amour, il fut omniprésent mais sur un mode singulier, contradictoire, déchirant, en un mot invivable, si ce n’est au travers de la pseudo-fiction à laquelle les mots de la correspondance donnèrent consis-

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Qu’est-ce que DiptYque ?

Diptyque est une revue littéraire et artistique annuelle créée en 2010, qui comme son nom le suggère, explore sur deux numéros deux versants d’une même thématique. Publiée sous forme papier et sous forme numérique.

DiptYque car les contributeurs sont invités à participer d’emblée aux deux numéros “miroirs” de la revue, DiptYque pour souligner sa vocation de promouvoir autant des contributions littéraires qu’artistiques (peintures, gravures, photographies, créations, collages…), DiptYque enfin, car un certain attachement à une juste représentation homme-femme est mis en oeuvre. Les appels à contributions sont très ouverts et tous types sollicités : poétiques, récits, nouvelles, chroniques, instantanés prosaïques, billets sous forme de journal, articles critiques sur un auteur ou une oeuvre, essais ou réflexions. La sélection se tiendra cependant scrupuleusement à la ligne du thème à la Une. Le tout tendant à présenter un contenu cohérent de format livre, d’un coût unitaire de 10 euros (13 euros prix librairie). La double thématique en diptyque en cours se décline selon ces deux versants : - La thématique du numéro 3 de DiptYque (présent numéro) : Entre-deux [Réflexion, micro-essai, textes poétique ou en prose, photos, oeuvres plastiques traitant de l’entre-deux, espace intermédiaire, intervalles, franchissement, mise en suspens, temps d’altérité en rencontre, tension d’éloignement, road récit, temps de pérégrination, le silence, la mise en retrait, le temps de pause .....] - La thématique du numéro 4 de DiptYque (à paraître) : Entrelacs Les soumissions sont à remettre pour le 28 février 2014. Les contributions croisées seront privilégiées. [Réflexion, micro-essai, textes poétique ou en prose, photos, oeuvres plastiques traitant de l’enlacement, les liens étroits, les entrelacs, les arabesques, les liens intimes, mystérieux ou mystiques, les jonctions, les connexions visibles ou invisibles, les destins liés,....] L’adresse de soumission est : revuediptyque@yahoo.fr Toute soumission doit comprendre une mini-bio du contributeur en deux lignes (dont le lieu de résidence, l’année de naissance), un résumé de la bibliographie et l’adresse d’un site si existant). Nous demandons d’envoyer une contribution de un à dix textes pour un ensemble ne dépassant pas trois pages A4 par numéro. Parmi ceux-ci une sélection sera opérée sur des critères de qualité et d’exigence. Les oeuvres visuelles (peintures, photographies, collages, ...) doivent être envoyées dans un format correct (min 300 DPI). L’artiste effectuera une première présélection dans ses oeuvres avant de les communiquer. Le comité de sélection est constitué de Florence Noël, Alain Valet, Marc Menu, et de tout collaborateur épisodique qu’il nous conviendra de consulter. L’éditeur responsable est : Florence Noël /11 rue Bois des Fosses/ 1350 Enines/ Belgique.

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Et l’Abonnement ? Pour s’abonner à la revue semestrielle papier « Diptyque », chaque numéro d’environ 120 pages, vous pouvez choisir la formule « papier » de 20 euros/an (qui vous proposera aussi une version numérique) ou celle « numérique » seule de 8 euros/an. Concernant l’abonnement papier, un forfait de frais de port sera désormais ajouté pour permettre la viabilité financière de la revue. Il sera de 5 euros par abonnement.

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Parrainage Économisez ces frais d’abonnements en parrainant de nouveaux abonnés. Pour ce faire, demandez à vos amis qui s’abonnent sur votre conseil (quelle que soit la formule papier ou numérique) de signaler votre nom comme parrain dans leur mail d’abonnement. Ces frais vous seront décompté sur l’abonnement courant pour autant que vous n’ayez pas encore payé ou sur l’abonnement prochain. Coût librairie La revue sera mise en dépôt dans certaines librairies. Le coût unitaire sera de 13 euros pour tenir compte de la marge prise par les libraires. Les lieux de dépôts seront signalés sur le site. Comment concrètement s’abonner ? Veuillez copier et remplir dans votre courrier électronique le formulaire ci-dessous qui reprend vos coordonnées complètes et l’envoyer à l’adresse de revuediptyque@yahoo.fr avec comme sujet «abonnement». Pour le paiement : IBAN : BE36 0016 0838 4581 BBAN : 001-6083845-81 BIC : GEBABEBB

Mettre en communication le nom et l’adresse d’abonnement et une adresse e-mail. Lors de la réception des chèques ou paiements, les abonnements seront confirmés par e-mail. Les numéros sont aussi achetable à la pièce, en cours d’année : 5 euros pièce par numéro numérique ou 13 euros pièce par numéro papier. Le surcoût est dû à la majoration des frais d’éditeur lié aux frais d’encaissement, aux frais de port, aux recommandes de tirages. Formulaire d’abonnement à renvoyer à l’adresse revuediptyque@yahoo.fr Abonnement à la revue semestrielle DiptYque : Type d’abonnement choisi (papier / numérique) : Nombre d’abonnement(s) : Parrainage : Nom : Prénom : Adresse d’abonnement: Rue et n°: Localité : Code postal : Pays :


Collaborateurs de ce numéro 3 Arnaud Delcorte est Professeur à l’Université de Louvain et aux Facultés Universitaires St Louis à Bruxelles. Il a publié deux recueils de poèmes. Il a participé au collectif « Poètes pour Haïti » à paraître à L’Harmattan. Philippe Leuckx, poète et critique littéraire et cinématographique belge, né en 1955. Il a publié une trentaine de recueils dont, entre autres “Une espèce de tourment?”, “Touché cœur”, “Sans l’armure des larmes”, “Rome rumeurs nomades”, “Selon le fleuve et la lumière” et des monographies consacrées à des poètes belges. Sylvie Fabre G. est née à Grenoble en 1951. Professeur de Lettre à Voiron dans l’Isère, elle anime régulièrement des ateliers d’écriture, publie des notes de lecture pour de nombreuses revues, réalise de très nombreux livres d’artistes et recueils de poésie. http://www.recoursaupoeme.fr/ po%C3%A8tes/sylvie-fabre-g Sylvie Durbec, écrivain, poète, traductrice française. Publiée depuis plus d’une dizaine d’années (Grandir, Fayard, Dumerchez, GramontRitter, Cousu main etc.… et traduite en italien, Fughe, aux éditions Joker) en littérature jeunesse et adulte. A reçu en octobre 2008 le prix Jean Follain pour un texte publié en 2009 chez l’éditeur Jacques Brémond, Marseille, éclats et quartiers. Anime depuis 2008 la Petite Librairie des Champs à Boulbon : http://lapetitelibrairiedeschamps.blogspot.com François Teyssandier, né en 1944 est français. Comédien, puis enseignant. A publié 3 pièces de théâtre et 2 recueils de poèmes (dont «Livres du songe» aux éd. Belfond prix Louise Labé). A publié des nouvelles dans Nota Bene, Roman, Brèves, Moebius, Rue Saint Ambroise, et des poèmes dans une vingtaine de revues en France et en Belgique. Vit à Paris et se consacre aujourd’hui entièrement à l’écriture. Cathy Garcia, née en 1970, poète, artiste interdisciplinaire, revuiste française (Nouveaux Délits, créée en 2003), vit à St Cirq-Lapopie (Lot). Dernières publications : «Eskhatiaï» (Ed de l’Atlantique), «Etats du Big Bang», Ed. Nouveaux Délits, «Trans(e)création ou l’art de sabrer le poulpe et la pulpe», Ed. Dlc. Ses blogs : http://delitdepoesie.hautetfort.com/ - http://ledecompresseuratelierpictopoetiquedecathygarcia.hautetfort. com/ Photos http://imagesducausse.hautetfort.com/ Revue Nouveaux délits : http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/ Eric Dubois, né en 1966 à Paris. Auteur, lecteur-récitant et performeur avec l’association Hélices et le Club-Poésie de Champigny sur Marne. Auteur de plusieurs recueils aux éditions Encres Vives, « Estuaires » (2006) aux éditions Hélices, « C’est encore l’hiver » aux éditions Publie.net, « Le canal », « Récurrences » (2004), « Acrylic blues »(2002) aux éditions Le Manuscrit, entre autres. Participations à de nombreuses revues, Responsable de la revue de poésie « Le Capital des Mots ». Blogueur : « Les tribulations d’Eric Dubois ». Chroniqueur dans l’émission « Le lire et le dire » sur Fréquence Paris Plurielle (106.3 fm Paris) depuis 2010. http://ericdubois.net http://le-capital-des-mots.fr Chris Simon est une auteur «mobo», franco-américaine, qui écrit en français et en anglais.En 2011, elle publie un recueil de nouvelles fantastiques «Le baiser de la mouche», chez Kirographaires (ebook à paraître en septembre 2012), puis un ebook «La couleur de l’oeil de Dieu» et devient auteure invitée chez «NumerikLivres» dans la collection «Les petites histoires à lire debout» . Chris Simon est membre du comité de lecture de la revue «Rue Saint Ambroise», rédactrice pour le magazine «Goingmobo». http://lebaiserdelamouche.wordpress.com/ Loyan (Laurent Campagnolle), né le 23 janvier 1970, à Orthez (Béarn, Pyrénées-Atlantiques), vit à Rouen. Poète, éditeur (Fondateur en 2000 des éditions d’Aldébaran) et photographe, il a publié quatre recueils notamment aux éditions Clarisse. Il expose aussi ses photographies. www.loyan.fr Luc Baba, né en 1970 à Liège, est un écrivain belge. Il a publié une dizaine de romans aux éditions uce Wilquin, Labor et Averbode. Il est également très actif dans le monde du théâtre amateur. Il est en effet comédien (plus de vingt rôles à son actif ), slameur (finaliste à Paris d’un tournoi international), animateur d’ateliers d’écriture et même chanteur. D’ailleurs, le spectacle « Brel, ça va. » fut l’un des points d’orgue du festival de Stavelot en 2004. En outre, il est professeur d’anglais à mi-temps dans une École de promotion sociale à Liège où il a créé plusieurs spectacles avec des adultes en réinsertion. http://babaluc.blogspot.be/ Matthieu Baumier est écrivain. Né en 1968, il collabore irrégulièrement à diverses revues, comme «La Revue des Deux Mondes», «La Sœur de l’Ange», «Fiction», «Famille Chrétienne» et «l’Atelier du Roman». A publié les romans «Les Apôtres du néant», Flammarion, 2002 (réédition J’ai Lu) ; «Le Manuscrit Louise B», Les Belles Lettres, 2005, ainsi que des nouvelles et de proses poétiques chez Rafael de Surtis, aux éditions éditinter, chez Syllepse, A contrario, ou encore chez Le Grand Souffle. Il est aussi auteur d’essais : «L’anti traité d’athéologie», Presses de la Renais-

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sance, 2005 ; «La Démocratie totalitaire», Presses de la Renaissance, 2007 ; «Vincent de Paul», Pygmalion / Flammarion, 2008. Participation à des collectifs et à des numéros de revues (Passage d’encres, Les Cahiers du Sens, Immédiatement, Supérieur Inconnu, Pris de Peur, Place aux Sens, Grèges, La Passe, Le bateau fantôme ; Anthologie Les poètes de l’athanor, éditions Le Nouvel Athanor ; collectif autour de La Tour du Pin, éditions Ad Solem). Yannick Torlini est né à Nancy en 1988. Poète et explorateur de la malangue, il est le fondateur du collectif «Tapages» (http://tapages.over-blog. fr/), cellule d’expérimentations autour du poème et de ses liens avec le corps, le langage, la voix. Il publie dans les revues N4728, Ouste, Dissonances, Doc(k)s, BoXon, Contre-Allées, Chroniques errantes et critiques... qui a publié de nombreux textes en revue et sous forme de recueils. Son dernier ouvrage «Paysages du corps duel», est paru aux éditions «Le Coudrier» en mars 2013. Marlène Tissot, née le 10 juin 1971 est une femme de lettres et poétesse française qui vit dans la Drôme. Elle publie des nouvelles, poésies et photographies parues dans de nombreuses revues et en recueils aux éditions Asphodèles ou La vachette alternative. En 2013 elle reçoit le prix du premier roman de Laval pour «Mailles à l’envers» aux éditions Lunatique. http://monnuage.free.fr/ Lucie Pasquiou est une poète française qui vit en banlieu parisienne. Elle jette des fragments de textes sur son blog http://la-caresse-et-le-rasoir. tumblr.com/ et des collages sur http://www.flickr.com/photos/35443906@N08 - http://brisdemots-amaryllis.blogspot.be/ Déborah Heissler est une écrivain et essayiste française, née en 1976 à Mulhouse. Elle a publié de nombreux poèmes et prose en revue et dans des collectifs (Les Cahiers slaves, Anthologie «Pas d’ici, pas d’ailleurs», ...) dans les années 2000. Son recueil de poésie « Comme un morceau de nuit, découpé dans son étoffe », Préface de Dominique Sorrente, aux Éditions Cheyne, paru en 2010 a obtenu récompensé par les prix international de poésie francophone Yvan Goll en 2011 et prix du poème en prose Louis Guillaume en 2012. Ses autres parutions « Viennent / en silence », [livre d’artiste] en collaboration avec le peintre et plasticien André Jolivet,Voltije Editions et 2013 : « Chiaroscuro », en collaboration avec le peintre et plasticien André Jolivet, éditions Æncrages & Co. http://deborahheissler.blogspot.be/ Pascal Gibourg est français, auteur d’articles de critique littéraire ou de philosophie dans différentes revues, papier ou numérique («Inculte», «Multitudes», «Inventaire-invention», «Remue.net»...), Un travail universitaire sur Maurice Blanchot, des essais sur Henri Michaux (Facultés de Michaux) ou Antoine Volodine («L’homme couvert de fourmis»), tous deux lisibles sur Publie.net. Parallèlement à ce volet théorique, il développe une écriture fictionnelle et poétique qui a donné lieu à deux publications : «Nouvelles de l’autochtone» (Filigranes, 2005) et «Rêve d’épingles» (Chemin de fer, 2009). Annette Luciani, est née en Corse en 1961. Après 17 ans passés aux Etats-Unis (elle enseignait la littérature française en Californie), elle vit en Corse où elle enseigne la langue anglaise. Titulaire d’un doctorat de littérature comparée, elle a aussi reçu deux diplômes en hypnothérapie et «sandtherapy» (thérapie par le sable). Elle a également publié 2 recueils de nouvelles fantastiques sur support CD, «Au fil de la lame» et «Histoires de bonnes femmes», chez CDLivre. Elle publie ausi sous le nom d’Amy Shark. http://www.bdfi.net/auteurs/s/samec_luciani_annette.php Christophe Esnault, est né en 1972 et vit à Chartres. On trouve ses textes figurent dans des ouvrages collectifs : «Vents contraires» (Le Castor astral), «CapharnaHome» (éditions Antidata), «Demande à Bukowski» (éditions Poussière), « Manifeste mutantiste 1.1» (éditions Caméras animales) et dans une quarantaine de revues. Co-fondateur et parolier du groupe «Le Manque». Il a réalisé plusieurs clips visibles sur YouTube («Œdipe casserole», «Mourir à Chartres»,...) ». Il est chroniqueur sur le site «Vents contraires» et co-anime la revue «Dissonances». A publié «Isabelle à m’en disloquer» aux éditions les Doigts dans la prose (2011), «L’amour ne rend pas la monnaie» chez Storylab (2012). Roselyne Sibille (1953-) vit à Salon de Provence. Ecrivain et éveilleuse d’écriture, elle voyage, enseigne et anime des ateliers d’écriture. Elle crée souvent en lien avec d’autres artistes. Citons notamment «Au chant des transparences - Lavis de BANG Hai Ja» - Éd. Voix d’encre – 2001, «Éclats de Corée» dans l’Anthologie Triages - Éd. Tarabuste - 2002 , «Trois jours d’avant-printemps au temple des sept Bouddhas» - Revue Culture coréenne n° 64 – 2003, «Versants» Éd. Théétète - 2005 , «Préludes, fugues et symphonie» - Ed. Rapport d’étape - 2006 , «Tournoiements» - Éd. Champ social - 2007 , «Lumière froissée» - Encres Liliane-Ève BRENDEL - Éd. Voix d’encre - 2010 , «Calmes aventures au Pays du Matin Calme «- Revue Culture coréenne n°80 - 2010 Roland Dauxois, peintre et auteur français vivant à Lyon, auteur de recueils dont le dernier «L’unique veine» est paru aux éditions le Vampire Actif en 2007. Participe à des expositions collectives et individuelles de peinture. Fait des lectures publiques, sur des scènes slam et à la radio. Nombreuses publications en revues. http://www.flickr.com/photos/rolanddauxois/ et http://rolanddauxois.blogspot.com/ France Burghelle-Rey est française, professeur de lettres classiques, a publié dans une vingtaine de revues, écrit près de dix recueils et collabore avec le peintre Georges Badin pour des livres d’artistes. http://france.burghellerey.over-blog.com/ Raphaële Colombi, plasticienne, née en 1963 à La Ciotat, française, habitant Paris. Allie photographie et peinture dans son travail. http://rcolombi.free.fr/ http://in-errances.blog.lemonde.fr/ Marianne Brunschwig est francaise, travaille et vit à paris, née en 1960. Spécialisée dans le genre de la Nouvelle, certaines sont publiées dans


la revue “Rue Saint Ambroise”, d’autre ont paru dans les journaux des sans-abri comme “le Réverbère” ou le journal “Le Monde. Marianne fait partie du comité de lecture de la Revue “Rue Saint Ambroise”. Sabine Huynh est née en 1972 à Saïgon, elle a grandi à Lyon, puis vécu ailleurs. Poète, écrivain, traductrice littéraire, docteur en linguistique. Poèmes et nouvelles publiés en revues et anthologies depuis l’an 2000. Premier roman, «La Mer et l’enfant», paru en France en 2013. Vit à Tel Aviv. https://sites.google.com/site/sabinehuynhspace/home Anne d’Huart est une plasticienne belge formée à l’Ecole des Arts de Braine-l’Alleud, elle se passionne pour des projets créatifs multiformes, de préférence hors des sentiers battus. Particulièrement intéressée par la lumière, elle explore actuellement de nouveaux chemins en photographie. http://www.flickr.com/photos/anne-minerve/ André Rougier est un écrivain français, écrit de la poésie, anime divers lieux réels et sur le net. Notamment son très prolifique blog «les confins» http://andrelbn.wordpress.com/ Anne-Lise Blanchard est une poète française née à Alger et vivant dans la région de Lyon, auteur après avoir été danseuse, chorégraphe puis thérapeuthe, elle a édité une vingtaine de recueils où la thématique du corps dans ses différents environnements. Pierre Gaudu est un artiste peintre et photographe français né à Fécamp, autodidacte de formation, il vit actuellement à Grenoble où il s’adonne entièrement à son art, en vit depuis plusieurs années. Depuis 1975, il participe à de nombreuses expositions. Son site : http://pierre-gaudu.over-blog.com/ Angèle Paoli est née à Bastia en 1947. Après une carrière dans l’enseignement, elle se consacre à l’écriture et à la « revue littéraire, artistique & cap-corsaire » Terres de femmes qu’elle a créée en 2004 avec son mari Yves Thomas. Elle a publié en 2007 chez A Fior di Carta, (Barrettali Haute-Corse), «Noir Écrin» et «Manfarinu, l’âne de Noël», aux éd. Les Aresquiers, «À l’aplomb du mur blanc» (2008) et «Corps y es-tu ?» (2009), «Lalla ou le chant des sables», récit-poème (éd.Terres de femmes, 2008), «Le Lion des Abruzzes», récit-poème (éd. Cousu Main, 2009) et «Carnets de marche» (Éd. du Petit Pois, Béziers, 2010). Mathieu Brosseau est un poète français né en 1977 à Lannion. Bibliothécaire, il vit en région parisienne. Il est membre des comités de rédaction des revues «L’étrangère» et «Fusées». Il est l’auteur de nombreux recueils de poésie. Ses prochains livres à paraître sont “La Confusion de Faust” aux éditions Le Dernier Télégramme (mars 2011) et “Uns” aux éditions du Castor Astral (Juin 2011, préface de Jean-Luc Nancy). Sylvie E. Saliceti, née Ecuvillon, en 1966 à Saint-Julien en Genevois Sylvie-E. Saliceti vit à Marseille. Avocate, puis notaire, elle ne cesse d’écrire en parallèle, publiant dans quelques revues d’abord (La porte des poètes, Anthologies Flammes vives, Autre Sud…) jusqu’à ce qu’elle obtienne le premier prix poétique 2007 de l’Association Internationale des Belles Lettres. Depuis elle a publié un roman et des recueils de poésie dont son dernier recueil « Lettres Tibétaines » sortira aux éditions Flammes Vives. En mars 2009, elle a été honorée du Prix de l’Alliance Française de Genève. Chantal De Maeyer, née à Bruxelles en 1964 et installée dans le Brabant Wallon à La Hulpe depuis 1978, aime à se qualifier comme photographe intimiste et humaniste. dans ses reportages et prises de vue. www.chantaldemaeyer.com Antoine Josse, né à Boulogne Billancourt le 14 février 1970; a passé toute sa scolarité en Bretagne, à Vannes (Morbihan). Diplômé du CAPES, il enseigne aujourd’hui les Arts plastiques dans une collège dans L’Eure. Dès l’age de 15 ans, il pratique le dessin et la peinture. C’est à l’age de 24 ans qu’il se lance sérieusement dans la sculpture. Expose aujourd’hui dans différentes galeries en France. http://www.facebook.com/home.php?#!/ antoine.josse1 Daniel Leduc est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages (poésie, nouvelles, jeunesse) ainsi que de nombreux articles dans les domaines du cinéma, de la musique, des arts, de la littérature. Il a été traduit dans une quinzaine de langues. Pour plus d’informations on peut se reporter à Wikipédia, de même qu’à son site personnel : www.harmattan.fr/daniel-leduc Fabrice Farre est né à Saint-Etienne (France) en 1966, il organise des lectures poétiques. Il a publié récemment dans : Incertain Regard, Pyro (26-27), Décharge (prévu pour 2011). Armand Dupuy est né en 1979. On peut le lire dans les revues Action restreinte, L’étrangère, N4728, Décharge,... Sont récemment parus «Les paensement d’Arrière-arrière-grand-maman» (Animal Graphique 2009), «Azimuts» (Coffret de 4 Fireboox avec Scanreigh, Voix éditions, 2010). De nombreux textes sont sur le net (www.remue.net ou www.publie.net). Les éditions Potentille publieront La tête, pas vite en septembre 2011. Jean-Marie Sapet est né en 1974, habite Paris, enseigne les lettres en banlieue. Sous le nom de Coddo del Porta, animateur de la revue (20062010) et du blog «Une Nuit Sous Influence» sur la musique électronique. Roland Ladrière, poète belge vivant en Walonie, de formation traducteur et juriste, Roland Ladrière a publié plusieurs recueils parmi lesquels «Hors la graine, séisme» (1998), «Aimer l’obscur» (2003) et «Exercice de la poésie» (2O04). Il a traduit récemment en français les poèmes de Salvatore Quasimodo et prépare l’édition du recueil de Franco Marcoaldi Le temps désormais compté. Comme critique littéraire, il collabore aux

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revues Triages (France) et Le Journal des poètes (Belgique). Valerie Buffetaud est née en 1962 est peintre et vit et travaille à Paris. Diplômée de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, licence d’arts plastiques, DEUG d’histoire de l’art. En 1989, céramique à l’institut d’art de Faenza, puis la Toscane où elle vit pendant quinze ans et toujours les voyages… Expositions personnelles et collectives en Europe, Symposiums internationaux, et participation régulière aux Foires internationales d’Art contemporain. Œuvres dans des collections privées en Europe, aux États-Unis, au Japon et en Australie. Représentée par les galeries : Immaginaria Arti Visive Gallery de Florence et de Berlin, elle participe régulièrement à des performances alliant peinture, musique et poésie. Expositions récentes à Berlin (Allemagne) à Florence (Italie) à Paris – Site : http://www.valerie-buffetaud.com/ Marco Taillebuis est né à Paris en 1954, il vit actuellement en Brabant Wallon en Belgique. Tour à tour percutionniste, danseur forain et comédien, il fonde, en 180 en Belgique, avec Nele Paxinou, La troupe des «Baladins du Miroir», théâtre forain au sein duquel il exerce jusqu’à ce jour son savoir-faire de metteur en scène, de comédien, d’acrobate et de musicien. La passion de la peinture s’empare de lui voilà cinq ans. Sa production est dores et déjà hétéroclite et foisonnante. Il a participé aux «Jours d’Emoi» 2002 et 2003. ses premières peintures - 1998 et 1999 Son site Web : http://ibelgique.ifrance.com/Taillebuis/) Florence Noël est une poète belge vivant dans le Brabant Wallon, née en 1973, a publié dans de nombreuses revues et anthologies, fondatrice de Francopolis, actuellement revuiste de Diptyque. http://pantarei.hautetfort.com http://diptyque.wordpress.com

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Sommaire DiptYque #3 Edito : Florence Noël (1) Artiste à la Une (2-4) Raphaële Colombi et ses Oxymores Voix à la Une (5-21) Anne-Lise Blanchard «Clandestine sans préméditation» avec des hommages de de Gérard Paris, d’Alain Wexler et d’I. Raviolo, Jean-Charles Lemeunier Nouvelles et récits de : Sylvie Durbec, Visage de misère, visage de vie (20-23) Marianne Brunschwig, Le dîner (76-78)) Mathieu Brosseau, (entre deux) (79-81) Cathy Garcia, En quittant Dunkerque (92) Laurent Ladrière, Sur un haïku du poète Bashô (86-87) Sabine Huynh, Elle, Ana Nime : ses données dans les creux des nuages* (89-90) Chris Simon, Les chardons bleus d’Annie (95-98) Anthologie poétique (29-72) de l’Entre-Deux avec Déborah Heissler, André Rougier, Eric Dubois, Marlène Tissot, Armand Dupuy, Sylvie Saliceti, Fabrice Farre, Philippe Leukcx, Sabine Huynh, Roselyne Sibille, Arnaud Delcorte, Lucie Pasquiou,

Yannick Torlini, Daniel Leduc, France Burghelle-Rey, Hafsa Saifi, Mathieu Baumier, François Teyssandier, Roland Dauxois, Laurent Campagnolle, Jean-Marie Sapet, Angèle Paoli, Luc Baba, Sylvie Fabre, Marc Menu. Chroniques de l’Entre-Deux et articles critiques de : Sylvie Durbec, Philippe Leuckx, Angèle Paoli, Sabine Huynh (99-113) Un chantier de poème de France Burghelle-Rey (117-118) Un écho littéraire à Kafka par Pascal Gibourg (119122) Entre chanson et poésie sonnore de Christophe Esnault (93-94) Au gré des pages, oeuvres des artistes : Pierre Gaudu (22, 27, 100), Chantal de Maeyer (28), Valérie Buffetaud (73-75), Anne d’Huart (83-85) Marlène Tissot (88), Antoine Josse (91-92), Marco Taillebuis (114-116).

13 euros prix libraire


Diptyque 3 : Entre deux