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Je suis même allée voir une psychanalyste. La culpabilité peut être accablante, mais j’ai appris à vivre avec elle. Tu aurais tort de croire que, cette nuit-là, dans la pluie, j’aurais dû revenir sur mes pas. Je ne pouvais pas. J’avais choisi. Je t’ai dit que je suis allé voir une psychanalyste et cela m’a été profitable. LA JOURNALISTE : Comment ça s’est passé chez la psychanalyste? TAMARE: Comment? Belle pièce, musique sympa. Elle, des manières, un parfum cher. On a commencé par parler de choses et d’autres, et finalement, rien! Elle était comme une saucisse desséchée, comme du fromage fissuré, comme une pomme flétrie. Comment pouvait-elle me comprendre? Elle a entamé un long discours, qui n’en a pas fini, et finalement m’a stupéfiée, en me disant que je pratiquais les formules de mon évasion de ma nature innées et les stratégies légitimes de ma survie. – Tamare se met à pleurer. L’homme l’embrasse avec tendresse. Tamare le repousse doucement. L’HOMME: Allez! Ne pleure pas, je suis là. TAMARE: Elle l’embrasse et lui frappe la poitrine avec ses poings. – Je ne faisais que lui répéter combien je t’aimais, et combien je pleurais. Je la regardai toucher ses cheveux, tirer nerveusement sur ses bas pour en effacer les plis, mettre un peu de salive sur son doigt pour effacer une tache sur la pointe de sa chaussure. Ensuite, mon sang s’est figé et j’ai cessé de pleurer. Mes larmes étaient des aveux, l’aveu de notre intimité, si tu veux, tandis que la psychanalyste discourait sur la dénaturation et la déshumanisation de ma perception de la nature humaine. Mais finalement, cela m’a tout de même soulagée et je lui donné un billet de 100 euros, elle l’avait bien mérité. En partant, je lui ai seulement demandé, je voulais juste savoir depuis combien de temps elle n’avait pas fait l’amour et si son moi caché prenait son pied quand elle gémissait sous le mec en en redemandant. Elle a seulement tendu ses bas et m’a répondu que notre séance était terminée. LA JOURNALISTE: Arrête! Tu te noies dans les mots! TAMARE: Tu devrais lire ses lettres. Les miennes sont détenues par la police. J’ai fait un autodafé des siennes. ça a fait un bon feu, tu sais. – Elle rit. – Après, j’ai regretté. Je lui ai demandé de me les renvoyer. Il avait dû les garder dans son ordinateur, mais il a refusé. L’HOMME: Tu ne comprends pas. Je n’avais gardé que tes lettres, pas les miennes. Je ne pouvais donc pas te les renvoyer. Et pourquoi devrais-je garder des lettres? Les lettres ne sont que des objets privés de vie. Surtout quand elles ne sont pas - 18 -

L'Interview  

piece de theatre