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Gabrielle Althen Pierre MĂŠzin

O r d r e Tu


Ordre Tu Po è me s

Ga br ie lle Althe n Pe int u re s

P ie r re Mé zin


I Rose, qui me regardez, présence sans son nom, rose penchée qui me tendez le monde, vous tremblez ? Et je vous prie encore, silencieuse très nue, mon admirable en vain, de penser pour moi qui pense mal à vous.


II Signe, cette rose, toute seule, contre un ciel nu, abandonné des ors mortels de l’automne. Mes mots se sont enfuis, que l’opéra majestueux des replis du silence appelle.


III La rose sort du soir, musique blanche, puissance pâle, l’instant se penche, la pensée n’acceptant plus d’être nomade.


IV Blanc sur blanc, entre deux cris de geais, la rose dodeline, dans l’air qui ne bouge pas, c’est l’hiver qui s’incline, – et l’on ne sait vers qui.


V Rose de décembre pensive et sans partage, – le nœud de l’unité.


VI Magnificence d’une discrétion dont on ne sait ni ce qui parle, ni ce qui se dérobe, une rose debout tout au bord de la nuit.


VI CrĂŠpuscule : rose taciturne, ciel fleuri.


VIII Enveloppe de silence, mutisme du solstice, le rayonnement pourtant d’une rose dans l’or absent où l’éloquence écoute.


IX Rose blanche, pas un son, lèvres instantes, – et centre juste de la brume.


X Et l’on ne savait pas que la rose était fidèle…


| Les auteurs |


Gabrielle Althen poète, d’autre part professeur émérite de l’Université de Paris-Ouest-la Défense, a publié une quinzaine de livres de poésie et un certain nombre de livres d’artistes. Parmi les derniers : La belle mendiante, suivi de René Char, Lettres à Gabrielle Althen, L’Oreille du loup 2009, La Cavalière indemne, Al Manar, et Soleil patient, Arfuyen, parus au printemps 2015, tous deux tentant d’explorer l’insituable frontière entre tragique et espérance. Elle s’intéresse aussi à la prose et a écrit des nouvelles, Le Solo et la Cacophonie, contes de métaphysique domestique, Voix d’encre, 2000, et un roman, Hôtel du vide, Aden 2002. Son œuvre de création s’accompagne d’une réflexion sur l’art et d’une pensée critique. D’où la publication de plusieurs essais, dont Dostoïevski, le meurtre et l’espérance, Le Cerf, 2006 et La Splendeur et l’Echarde, Corlevour, 2012.


D’où encore le concept qui lui tient à cœur de critique méditative et la préparation d’un livre rassemblant un certain nombre de ses articles. Elle fait partie du comité de lecture de la revue Siècle 21, a contribué à de nombreuses revues françaises et étrangères et elle est membre de plusieurs jurys de prix de poésie, (Mallarmé et Louise Labé). Elle s’intéresse à la peinture et à la musique. Revival, œuvre de Vincent Trollet, créée en 2014, a été composée à partir de l’un des poèmes de Soleil patient.


Pierre Marceau Mézin est né en 1934 au Maroc. S’installe à Paris en 1955.
 Il se met aussitôt, tout en poursuivant ses études (Droit, puis ENA), à l’étude du dessin et de la peinture dans l’atelier de Lorris Junec. Dans un texte de 2004, François Baillet a défini son parcours de la manière suivante : « Pierre Mézin, dans la maturité de son œuvre, est une sorte de peintre accoucheur désireux de récupérer les transformations et les moyens que mobilise la vie, d’accompagner et de mettre à découvert ce travail qui finit par donner naissance, par mettre au monde. Sa peinture, à la fois mimétique et maïeutique, témoigne de cette genèse et de cette palpitation. L’œuvre devient alors comme la table d’accouchement et le berceau d’une forme de vie nouvelle, accomplie, proposant la totalité de ses possibles, vie offerte que le spectateur peut adopter, reconnaître et nommer, pour faire ainsi de la toile, l’enfant de sa propre imagination. »


Dans son Dictionnaire des Arts Plastiques Modernes et Contemporains, Jean-Pierre Delarge donne de nombreux détails sur la « manière » du peintre, comme, par exemple : « Flamboyant, comme au temps des Jeunes peintres de tradition française… il mêle les plans, tournoie, empiète sur les objets bordés de couleur, insère des titres ou des lettres – et obtient un résultat abstrait malgré les figurations présentes qu'il ne délaisse jamais, dans des géométries joyeuses et ensoleillées… Cette cohérence temporelle et actuelle, provient d'une homogénéisation de morceaux épars, à la fois fondus et construits. » Dernière exposition personnelle en 2013, à la Mairie du Ve arrondissement


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Ralentir poème1 Un poème est un pont jeté en travers du temps Jean-Michel Maulpoix

Prendre le temps de lire un poème est un acte de résistance libérateur, une manière de rester dans l’instant présent, d’échapper à la fuite en avant permanente que nous impose le rythme de notre époque. C’est reprendre sa respiration avec l’inspiration des autres. La revue Ce qui reste, coéditée par Cécile A. Holdban et Sébastien de Cornuaud-Marcheteau, vous propose de marquer cette pause en vous faisant découvrir chaque semaine un auteur et un artiste (peintre, graveur, sculpteur, photographe, mais aussi pourquoi pas, musicien, cinéastre, etc).

Ralentir travaux de René Char, Paul Éluard et André Breton, recueil de trente brefs poèmes précédés de trois préfaces, 1930, José Corti 1


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© Juin 2018 — Poèmes de Gabrielle Althen, Peinture de Pierre Mézin La revue Ce qui reste pour la présente édition 16, chemin des Androns 33710 Bayon sur Gironde www.cequireste.fr — revue.cequireste@gmail.com Revue numérique hebdomadaire - ISSN 2497-2363


« Magnificence d’une discrétion dont on ne sait ni ce qui parle, ni ce qui se dérobe, une rose debout tout au bord de la nuit. » Gabrielle Althen Peintures de Pierre Mézin

Ordre Tu – Gabrielle Althen & Pierre Mézin  

« Magnificence d’une discrétion dont on ne sait ni ce qui parle, ni ce qui se dérobe, une rose debout tout au bord de la nuit. »

Ordre Tu – Gabrielle Althen & Pierre Mézin  

« Magnificence d’une discrétion dont on ne sait ni ce qui parle, ni ce qui se dérobe, une rose debout tout au bord de la nuit. »

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