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Nuit ValĂŠrie Canat de Chizy Colette Reydet


Nuit Po è me s

Valérie Canat de Chizy Encre s

Colette Reydet


les grains de sable s’amalgament forment des cristaux les mots sont pleins de courants d’air novembre la mince Êpaisseur de la veste les feuilles mortes je me recroqueville un peu plus au coin du chat


tisane du soir infusion de plantes tiraillements à l’intérieur la nuit arrive à pas de loup elle hume la bonne odeur du potimarron mis à cuire dans la cuisine toute chaude


l’homme assis ne parle pas la langue du pays pourtant je sens le dialogue dÊpasser les paroles froid sur le dos il soulève une couverture dessous sont blottis une chienne et son petit


les mots tombent je tombe dans la nuit le silence se peuple d’ombres les liens sont rompus par quel bout accrocher quelle phrase langue dÊliÊe les visages forment un cordon ils enserrent le cou


la peau palpite de tant de lumières une ville à elle seule brille dans la nuit noire aux dents blanches c’est elle que l’on voit danser autour du feu dialoguer avec les astres


la paume de la main se pose sur l’écorce des réseaux invisibles circulent j’ai perdu la parole je cherche mes mots je voudrais ne communiquer que par signes


si le froid tenaille les corps allongés sur le trottoir je tremble sous les pics qui m’agressent de l’intérieur j’invente une tanière où passer l’hiver


personne ne me connaît pas même toi je suis démultipliée j’ai mille vies la peau du lézard s’arrache sèche au soleil j’opère des transmutations dans le chaudron


je me suis heurtée à quelque chose de dur dans l’espace un roc se dresse ce n’est pas ma nuit quelque chose de sombre noir comme du charbon me laisse traces sur les mains


les doigts dÊtricotent la lumière le chat frotte son museau contre mon nez façon esquimau tant de liens me relient aux autres faisceaux invisibles


pourtant le rire n’éclate pas je reste à l’écart le regard penché vers l’intérieur des plages de silence où marcher des heures durant


la neige volette petits flocons piquants sur la ville les trains ne circulent plus je marche la nuit m’enveloppe je voudrais ne jamais arriver


je voudrais marcher des heures marcher indĂŠfiniment les doigts de la nuit tissent une ĂŠcharpe autour de mon cou je marche parĂŠe des atours de la ville princesse des mille et une nuits


février les jours s’agrandissent comme les yeux d’un enfant la clarté du matin la clarté du soir se rapprochent de l’émerveillement


le sentiment de finitude m’enveloppe la nuit a étendu ses grandes mains je suis noire de toutes les étoiles accumulées en moi je m’abreuve de la distance des astres


| Les auteurs |


Valérie Canat de Chizy Née en 1974, vit à Lyon. Devenue sourde à l'âge de 4 ans, elle a trouvé dans la poésie un moyen d'explorer et de dépasser la bulle du silence, et de se sentir reliée au monde. Depuis 2006, elle a publié une vingtaine de recueils de poèmes et deux récits. Elle collabore à la revue Verso et au site Terre à ciel, et est présente dans de nombreuses revues de poésie. Dernières publications : –– Le poème correspondant (avec Marie-Noëlle Agniau), La Porte, 2017 –– L'écriture la vie, Le Petit rameur, 2017 –– Je murmure au lilas (que j'aime), Éditions Henry, 2016 –– La clarté jaune du soleil, Les éditions du Petit Flou, 2016 –– L'étoffe de la nuit, livre d'artiste avec Gilbert Desclaux, 2016 –– Poetry, Jacques André éditeur, 2015 –– Le bruit des abeilles (avec Cécile Guivarch), La porte, 2014 –– Muraille de Chine, Pré # carré, 2014 [verrementhe.blogspirit.com ]


Colette Reydet Née en 1962 en Bourgogne, vit actuellement en Savoie. Architecte de formation, elle a exercé ce métier pendant quelques années. Depuis 1994, elle expose régulièrement en galerie, principalement en Savoie et Haute-Savoie et anime des ateliers d'art plastique dans les écoles, associations et institutions. Elle réalise également des illustrations (Éditions des Correspondances), des livres d'artiste en collaboration avec des auteurs (Hervé Bougel, Perrin Langda, Jean-Jacques Marimbert, Emmanuel Merle...) et des couvertures de recueils (Éditions Pré #carré, Éditions Rhubarbe).


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Ralentir poème 1 Un poème est un pont jeté en travers du temps Jean-Michel Maulpoix

Prendre le temps de lire un poème est un acte de résistance libérateur, une manière de rester dans l’instant présent, d’échapper à la fuite en avant permanente que nous impose le rythme de notre époque. C’est reprendre sa respiration avec l’inspiration des autres. La revue Ce qui reste, coéditée par Cécile A. Holdban et Sébastien de Cornuaud-Marcheteau, vous propose de marquer cette pause en vous faisant découvrir chaque semaine un auteur et un artiste (peintre, graveur, sculpteur, photographe, mais aussi pourquoi pas, musicien, cinéastre, etc). Ralentir travaux de René Char, Paul Éluard et André Breton, recueil de trente brefs poèmes précédés de trois préfaces, 1930, José Corti 1


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© Mai 2018 — Poèmes de Valérie Canat de Chizy Illustrations de Colette Reydet La revue Ce qui reste pour la présente édition 16, chemin des Androns 33710 Bayon sur Gironde www.cequireste.fr — revue.cequireste@gmail.com Revue numérique hebdomadaire - ISSN 2497-2363


« le sentiment de finitude

m’enveloppe

la nuit a étendu ses grandes mains je suis noire de toutes les étoiles accumulées en moi... » Nuit Poèmes de Valérie Canat de Chizy Illustrations de Colette Reydet

Nuit – Valérie Canat de Chizy & Colette Reydet  

« le sentiment de finitude m’enveloppe la nuit a étendu ses grandes mains je suis noire de toutes les étoiles accumulées en moi... »

Nuit – Valérie Canat de Chizy & Colette Reydet  

« le sentiment de finitude m’enveloppe la nuit a étendu ses grandes mains je suis noire de toutes les étoiles accumulées en moi... »

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