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« Va(r)nish Dead People » « Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle… » Seulement voilà, le miroir ne répond plus. Un filtre opaque sʼest emparé de sa surface polie. Il y en a trop des belles. Elles fleurissent – et fanent – sur tous les médias, tous les supports. Ecrans en tous genres, cinéma, télévisions, téléphones dernier cri, Mac, PC ou plasma, voici que toutes les surfaces se mettent à diffuser leur reine et leur princesse. Le miroir en a eu assez, dépassé par les évènements, à moins… quʼil nʼait décidé, derechef, de quitter ce vieil objet désuet pour se faufiler dans ces écrans, ces affiches, ces publicités. Toutes ces façades qui exploitent la crédulité et la vanité. Tous ces vernis… Ideal Chorus , le satin blanc élimé dessine des interprètes chantants, bouches ouvertes. Ce groupe idéal rassemble diverses chanteuses aux carrières et styles hétéroclites, pour certaines déjà décédées, en un chœur idéal ne pouvant quʼêtre complètement

dissonant. Le tissu est abîmé au moyen dʼune aiguille, délicatement, pour ne pas le traverser ; lʼusure laisse apparaître un léger volume pelucheux dessinant les visages de ces personnalités, encadrées dans des psychés. Oh, vanités fantomatiques… Lʼéchos de leurs voix à travers ce vernis délavé : monochrome blanc, peinture désenchantée de divas désincarnées ne survivant que dans cette improbable mise en scène aphone. La vision du motif est une part importante de ce travail ; selon lʼangle de vue, le regardeur perçoit les images en un positif/négatif et non en une picturalité mimant la chair, sorte dʼapparition sur la lisse surface chatoyante du tissu. Le rapport à la carnation disparaît, le corps nʼest présent que par sa représentation, plate et superficielle. Le cadre des miroirs, baroque au demeurant, fait allusion aux lourds cadres dorés de la peinture classique. Et puisque tout le travail dʼAïcha Hamu opère de subtils renvois entre ce qui est montré et leur représentation, il est vraisemblable que lʼartiste ait choisi ces psychés en référence à lʼune de ses divas, Nico et à sa chanson : Iʼll Be Your Mirror . Sur ces satins usés, gît la question de la surface où se meut Aïcha Hamu. Son espace est le glacis des peintres anciens. Alors toujours cette question de la peinture et encore cet écho… Vélasquez et sa Vénus . Le miroir comme surface, le satin comme aire sur laquelle quelque chose se révèle. Une toile qui nʼen est pas une, une Vénus qui nʼen est pas une, une peinture qui nʼen est pas une, un dessin qui nʼen est pas un non plus. Citations. Cʼest un re, un énième. Lʼusure sur satin convoque le rapport au dessin. Cependant, selon les termes de lʼartiste, on parle de « non dessin », dans le sens où il nʼest pas académique. En effet, les images sont projetées sur le tissu. La technique même du dessin est évincée : le support est une toile et la projection rappelle la camera obscura des peintres. Sur la blancheur, la série Shakes  joue de tremblement, dessins parkinsoniens qui se décalent en surface du papier. Là encore, le dessin est un moyen de recomposer des images, au même titre que

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lʼa été la chronophotographie au début du 20ème lʼattraction, Aïcha Hamu exalte la séduction par un siècle, et qui a inspiré le célèbre Nu Descendant double jeu plastique et iconographique. Les matières sont choisies pour leurs connotations sensuelles lʼEscalier de M. Duchamp. et leur lien au corps – qui du reste, est absent. La broderie est une surface aussi, sorte de métaphore Toutes les représentations de femmes convoquées de la peinture. Sans Titre , propose des broderies dans lʼœuvre de lʼartiste le sont pour cette idée du sur un matelas en une forme surajoutée, reprise des summum de la séduction, de femmes fatales – et Anthropométries dʼYves Klein. Plusieurs remarques tragiques : divas, actrices, mannequins. Si le travail quant à cette œuvre : le matelas lui-même est déjà dʼAïcha Hamu est envisagé comme un lavis, le rouge orné dʼun motif floral faisant échos au walldraw de lui, sʼéternise, puissant évocateur de la passion, lʼartiste et à cet univers baroque qui lui, résonne avec de la beauté et de la féminité. Les bouches sont la peinture et la décoration. Le matelas est accroché rouges , les étoffes de la pièce Dream That Money au mur et ce renversement fait penser aux actes des Can Buy , le sont aussi. Certaines installations se peintres du Nouveau Réalisme (dont Yves Klein est déploient dans des demeures et lieux luxueux. Des lʼinstigateur) ; ou encore à la figure emblématique de draps ruissellent dʼune fenêtre tel un torrent de flux Pollock et de ses dripping avec ce geste symbolique menstruels. Le lit, lieu du sexe et de lʼamour mais du renversement de la toile. Il est clair quʼAïcha Hamu aussi du sommeil et de la mort, mêle sa signification cite les Nouveaux Réalistes, en marquant toujours au carmin : déflorer la jeune vierge ou princesse estcette impossibilité de peindre par la présence de ce sʼen prendre à la peinture ? La mariée est mise à la mort, de la décomposition : la toile virginale de nue, défraîchie, usée et non peinte, sorte de désaveu Kandinsky sʼest transformée en un matelas où de lʼartiste quant à ses envies de peinture et son lʼacte dʼamour entre le peintre et la peinture a été impossibilité même de réalisation. Cette idée est consommé. Date de péremption. Cette œuvre hurle la développée différemment dans une autre œuvre Step mort de la lʼart pictural symbolisée ici par la broderie Back . Ici encore, les strates de lecture sʼaccumulent qui se transforme en asticots grouillants sur un entre détournement dʼune facture publicitaire aux cadavre, celui de la mariée… Le « ici et maintenant » relents Pop de Lichtenstein et ces sanglants pompons est remplacé par « ce fut ici et ça nʼest plus ». Cʼest textiles propres à lʼunivers de lʼartiste. lʼangoissante question : suite à Duchamp, comment Capté et ravi, notre regard se laisse prendre au piège que sont les œuvres de lʼartiste. Plastiquement réussi, décemment peindre encore ? son travail tente de nous y faire croire… Jusquʼà ce Cet acte érotique, puisque lʼérotisme est un « isme que nous y regardions à deux fois : voici quʼapparaît » de lʼart, est le corollaire de la mort qui ensemble la contrefaçon ! Un mauvais raccord a été repéré, forment le vernis glacé de lʼœuvre dʼAïcha Hamu. lʼangle de vue vient de changer, cʼest une autre Hyphen qui représente des chamans en transe nous saisie du réel. La fausse note, lʼaccro en leur surface parle de ce double aspect de lʼérotisme, également entachent ces simulacres glamour. Aïcha Hamu joue partagé par G. Bataille qui gardait toujours avec lui des images et de ce quʼelles véhiculent. Elles sont la terrible photographie dʼun supplicié chinois, entre accessibles ?! Quʼà cela ne tienne, saisissons les ! mort et extase. Il disait y voir lʼexpression parfaite de lʼéros. Cʼest ce qui est convoqué dans ces images, Et en effet, pour recomposer ses œuvres elle va frôlant lʼinvisible et touchant à la connexion entre les chercher son inspiration et glaner les icônes de vivants et les morts, la jouissance et la souffrance… son évènement plastique dans le réservoir collectif dʼimages quʼest Internet. Cʼest dans ce lieu atopique, De cet érotisme inséparable de la question de utopique, quʼelle va emprunter des visuels tous

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aussi ressassés les uns que les autres. Le web, espace-dépôt, mémoire collective, encyclopédique et universelle devient donc le vecteur conceptuel de son travail. Les recherches historiques quʼelle effectue, lʼiconographie quʼelle se réapproprie, les logiciels gratuits dont elle se sert forgent sa démarche artistique qui nʼest pas sans rapport avec celle du Pop Art dans ce lien à la publicité, aux images phares et au média de diffusion dont lʼInternet semble être un aboutissement. Cependant, cʼest un Pop Art délavé. « Plus blanc que blanc », Brillo , la lessive de Warhol a fait son œuvre, voici les années 90 ! La publicité, la tradition, la mode, la star, la femme, le chic, le glamour, le graphisme, le kitch sont les critères de sélection de ces images empruntées au « déjà-vu ». Il y a dans toute lʼœuvre un rapport aux stéréotypes : lʼesthétique baroque est attirante mais frôle le cliché, un peu comme un téléfilm plein dʼeffets, trop dʼeffets ou une excellente série Z. Consommable, consumable, customisable, ses œuvres font acte de gimmicks, Aicha Hamu sample les images de notre quotidien en une mise en scène qui relave leur identité première. Dans ce préfixe re il y a lʼidée de répétition, de retour à un état antérieur, dʼappuyer la notion à tel point que « re ! », dans le langage, est devenu un substitut à un autre « bonjour ». Ici, lʼartiste reprend des images déjà existantes, éculées, passées et qui par son truchement se retrouvent convoquées dans un présent et fonctionnent comme un référentiel plastique. Cette idée du re est également un clin dʼœil au mix musical ou au cinématographique remake et cela tombe bien puisque ce sont les principales sources de lʼartiste. Il sʼagit de remasteriser les images, de les « re quelque chose »… Cette méthode de travail nous amène à lʼidée de recomposition dʼun paysage culturel analogique aux paysages que pouvaient construire les peintres dans leur atelier, avant lʼapparition du tube de peinture.

soient, nous pouvons nous poser la question de leur raison dʼêtre, de leur fondement ? Finalement, comment lʼombre du Comte Orlock de Nosferatu en dentelle arrive tʼelle à jouxter une image de J.F.K. brodée sur skaï . Le rapport nʼest pas évident à la première lecture et il serait facile de tomber dans le piège des images et de lʼartiste : ne sont-elles pas seulement prétexte à faire des œuvres ou encore dʼautres images ?

Ideal Chorus, installation : usure sur satin blanc, bois, mousse, peinture, dimensions variables, 2008.  Iʼll Be Your Mirror, Nico and the Velvet Underground, 1967.  La Vénus au Miroir, Velasquez, huile sur toile, 122,5 x 177 cm, environ 1650.  Shakes, série de dessins : mine de plomb sur papier, dimensions variables, 2008.  Nu Descendant lʼEscalier, Marcel Duchamp, huile sur toile, 146 x 89 cm, 1912.  Sans Titre, broderie au point de poste sur matelas, 140 x 200 cm, 2005.  Anthropométrie de lʼEpoque Bleu (ANT 82), Yves Klein, pigment pur, résine synthétique sur toile, 155 x 281 cm, 1960.  Hyphen, série : empreintes dʼimages sur transcryl entre deux plaques de verre encadrées, 72,5 x 93 cm, 2008.  The Love and Terror Cult, vidéoprojection, dimensions variables, 2007.  Dream that Money can Buy, installation : usure sur satin rouge, 2008.  Step Back, impression sur papier marouflé, tissu, 290 x

200 cm, 2008.

Boîte de Savon Brillo, boîtes de contre-plaqué avec sérigraphie et acrylique, 43,2 x 43,2 x 35,6 cm chacune, 1964.

Nosferatu, dentelle noire, 1200 x400 cm, 2004.

Dans son œuvre, le rapport à lʼimage est assez  Shooting (the Single Bullet), énigmatique. En effet, toutes séduisantes quʼelles mousse, bois, 70 x 167 x 15, 2008.

broderie sur skaï, capiton,

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REVμ rencontre Aïcha Hamu "Va(r)nish Dead People"  

REVμ rédige un article critique et analytique sur lʼoeuvre dʼun artiste. Aïcha Hamu "Va(r)nish Dead People"

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