Femmes & Hommes en guerre - gender@war

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Éliane Gubin est historienne et professeure émérite à l’Université libre de Bruxelles où elle a enseigné l’histoire contemporaine. Spécialiste en histoire politique et sociale, elle a réorienté dès 1989 ses recherches vers l’histoire des femmes. Henk de Smaele est attaché au Centre d’histoire politique Power in History de l’Université d’Anvers où il enseigne l’histoire culturelle contemporaine et l’histoire du genre et de la sexualité. Tous deux président le Centre d’archives et de recherches pour l’histoire des femmes (Carhif ).

FEMMES & HOMMES 1914-1918 EN GUERRE FEMMES & HOMMES EN GUERRE

La Guerre 1914-1918 est une guerre totale qui implique les combattants et les populations civiles. Alors que les fronts militaire et civil sont souvent présentés comme deux mondes séparés, ce livre explore au contraire leur étroite dépendance. Il montre la variété des rôles des hommes et des femmes, au front et à l’arrière, et la confrontation avec les idéaux d’avant-guerre. Il renouvelle les approches classiques de la mobilisation, de la violence de guerre, du monde du travail, des soins aux blessés, de l’intimité des soldats, de la vie familiale, de l’aide humanitaire, de la résistance… Les comparaisons entre l’Allemagne, la Belgique, la France et la Grande-Bretagne mettent en outre en exergue des constantes, mais aussi des différences, surtout pour les régions occupées. Ce livre aborde enfin l’après-guerre, l’immense défi de la reconstruction pour la cohésion sociale et familiale, les nouveaux droits politiques, l’évolution du marché du travail et la place prise par les hommes et les femmes dans la mémoire du conflit.

gender@war



Femmes et hommes en guerre, 1914-1918 Gender@war

Éliane Gubin et Henk de Smaele Préface de Sophie De Schaepdrijver


Femmes et hommes en guerre, 1914-1918. Gender@war

Ce livre est édité à l’occasion de l’exposition « Gender@war 1914-1918 : femmes et hommes en guerre »

(musée BELvue, 9 septembre 2015 - 3 janvier 2016). Une initiative du Centre d’archives et de recherches pour l’histoire des femmes (Els Flour, Claudine Marissal, Marie Kympers, Barbara Slautsky) en collaboration avec le musée BELvue.

Avenue du Château Jaco, 1 - 1410 Waterloo www.renaissancedulivre.be Renaissance du Livre @editionsrl

Auteurs : Éliane Gubin et Henk de Smaele Maquette couverture : Peter Frison

En couverture : Carte postale, 1914-1918. Carhif, Bruxelles. Maquette : Grraphs

Mise en pages : Josiane Dostie D/2015.12.763/28

ISBN 978-2-507-05332-1

Le projet « Gender@war 1914-1918 » a été réalisé grâce au soutien de :


table des matières

Préface

7

Introduction

9

chapitre

1: 1914-1918 : l’Europe mobilise

14

chapitre

2: Une extrême violence

40

3: Soigner et soutenir l’effort de guerre

66

chapitre

chapitre4: chapitre

chapitre

Vivre dans un pays en guerre

98

5: Intimités

122

6: Une difficile sortie de guerre

144

Conclusions

172

Notes

177

Bibliographie sélective

187



préface

Désormais, l’histoire de la guerre n’est plus réservée aux seuls historiens militaires ; elle est devenue une branche à part entière de l’histoire sociale et culturelle, tout comme de l’histoire politique et économique. Et cela vaut tout particulièrement pour la Grande Guerre, qui fut avant tout un effort collectif colossal. Un effort qui mobilisa les sociétés tout entières et ne laissa personne indifférent – d’une adolescente de 12 ans, Elfriede Kuhr, à Schneidemühl en Prusse (aujourd’hui Piła en Pologne) à l’écrivain français Marcel Proust à Paris. Dans son Journal, Elfriede Kuhr applaudit d’abord aux victoires allemandes, mais, à la longue, elle en vient à maudire cette guerre qui ne cesse de s’étendre1 ; tandis que Marcel Proust, retranché dans le silence feutré de son appartement parisien, observe les effets de la guerre sur la société française2. Un effort interminable aussi, qui a exigé une gamme diversifiée de « mobilisations » – militaire et économique, politique et culturelle ; mobilisations spontanées, mobilisations « par le haut », mobilisations répétées3… Une guerre de cette ampleur ne pouvait être une simple parenthèse. Après le conflit, les soldats survivants rentrent dans leurs foyers, les invalides rivés à leur prothèse ; les enfants doivent se familiariser avec leur père et les femmes avec leur mari, les travailleurs quittent les usines d’armement et les habitants des régions du front commencent à déminer le sol et les champs. Reconstruction. Mais un retour à la vie d’avant est devenu totalement impensable, même en Europe de l’Ouest (en Europe de l’Est, en Russie et au Moyen-Orient, où la chute des empires a redessiné les frontières, une telle restauration est totalement impossible et les conflits s’y poursuivent). Dans le domaine de l’égalité des sexes et de la division des rôles – ce que nous appelons le genre –, plus rien n’est comme avant. Ce qui ne signifie pas, comme la conclusion du livre l’indique de façon très nette, que l’impact de la guerre ait été univoque. Les femmes ont-elles obtenu une amélioration de leur condition ou non ? La question n’est pas si simple. Non seulement la réponse se situe entre les deux, mais, surtout, le problème est ailleurs. Il s’agit de comprendre comment cette guerre a affecté le genre : qu’est-ce que les hommes et les femmes, en tant qu’hommes et femmes, attendaient-ils et

préface I

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introduction

Comment l’Europe a-t-elle pu s’infliger cela, à elle-même et au monde ? (Margaret MacMillan1)

Il y a cent ans, la Première Guerre mondiale bouleversait profondément la société héritée du xixe siècle. Aujourd’hui encore, son ampleur et son extrême violence suscitent une profonde émotion. Le temps des commémorations ravive la mémoire d’une guerre totale, impliquant les armées et la société civile, d’une brutalité extrême, associée à une culture de guerre prégnante, dont les conséquences sont profondes pour l’histoire politique, économique, sociale et culturelle du xxe siècle. Des centaines d’événements mémoriels sont organisés, en Belgique et dans les pays qui ont participé à ce conflit majeur. C’est aussi le temps des bilans. Chacun cherche à comprendre le pourquoi, le comment d’une guerre qui demeure, à bien des égards, incompréhensible et qui a fait des millions de morts, de blessés, d’invalides, de veuves et d’orphelins. Très vite d’ailleurs, des études ont paru, peu après l’armistice. Des historiens, qui étaient parfois d’anciens combattants, ont cherché à dégager le sens d’une folie meurtrière qui s’apparentait à un véritable « suicide de l’Europe ». Les thèmes abordés se sont multipliés, portant sur les origines et les responsabilités du conflit, les opérations militaires, les pertes humaines et matérielles, les atteintes morales et affectives. Chaque commémoration a apporté des accents nouveaux à une recherche qui ne s’est jamais tarie. Le cinquantième anniversaire (1968) inaugure l’ère d’une histoire visuelle et immédiate, fondée sur des archives cinématographiques et des séries de télévision qui divulguent des témoignages d’anciens combattants. La fin des années 1970 voit la Grande Guerre quitter définitivement le terrain privilégié de la politique et de la diplomatie pour se focaliser sur les aspects sociaux et sur la perspective internationale du conflit. En France, les commémorations de 1998 et de 2008 soulèvent de très vives (mais fructueuses) polémiques, qui remettent au-devant de la scène les combattants non plus comme des héros invincibles, mais comme des hommes, avec leurs faiintroduction I

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blesses, leurs peurs, leurs souffrances. Des « oubliés » de l’histoire sont sortis de l’ombre, comme les réfugiés, les exilés, les prisonniers. On découvre également la porosité d’un front militaire en connexion étroite avec le front de l’intérieur, le home front – ce qui élargit la dimension spatiale et met en lumière la participation de tous et de toutes à l’effort de guerre. Parallèlement, l’histoire des femmes et du genre se focalise très tôt sur la dimension sexuée des guerres. Elle s’attache d’abord à montrer le rôle des femmes dans le conflit, mais aussi les bouleversements de leur vie quotidienne. Comme les hommes, les femmes souffrent de la séparation, de la disparition d’êtres chers, des privations, voire de l’extrême violence. Mais elles sont aussi actrices et, comme les hommes, elles s’engagent et participent à l’effort de guerre. Car « les femmes au temps de la guerre sont aussi des femmes en guerre sur tous les fronts »1. Aujourd’hui, la somme de livres consacrés à la guerre 14-18, sous ses aspects les plus divers, est tellement énorme que plus personne « ne peut espérer la lire au cours de sa vie »2. En prévision du centenaire, diverses initiatives ont accentué encore cette floraison documentaire. Par son programme Europeana Collections 1914-1918, la Commission européenne a initié une vaste banque de données en ligne, comportant plus de 400 000 documents de toutes natures, issus de bibliothèques et centres d’archives de huit pays3. Plusieurs encyclopédies monumentales4 offrent des regards de spécialistes sur tous les domaines abordés jusqu’ici, et de grandes synthèses ont vu le jour. Placée désormais au confluent de nombreux chantiers – histoire politique, diplomatique, économique, sociale, culturelle, histoire des femmes, du genre, des sexualités –, l’histoire de la Grande Guerre est devenue une histoire totale. Mais les commémorations actuelles ravivent surtout la mémoire d’une guerre qui a bouleversé le siècle par sa brutalisation et son ampleur ; ce faisant, ces événements participent d’une volonté commune, celle de dénoncer une ère de sauvagerie inouïe. Plus de 70 millions d’hommes ont été mobilisés et se sont entre-tués durant quatre ans. Plus de 900 millions d’hommes et de femmes ont été concernés par le conflit. À la sortie de la guerre, de nombreux pays présentent une pyramide démographique profondément affectée qui va peser fortement sur les politiques d’entre-deux-guerres. La plupart des événements commémoratifs s’insèrent dans ces thématiques fortes pour dénoncer l’horreur de la guerre et faire réfléchir aux bienfaits de la paix et de la démocratie.

10 I femmes et hommes en guerre, 1914-1918


Guerre, sexe et genre Mais l’image dominante qui s’en dégage, en Belgique tout au moins, renforce aussi l’idée que la guerre est principalement une affaire d’hommes, même si l’on distingue sporadiquement des silhouettes féminines. Et cette idée est en contradiction avec la réalité d’une guerre totale, élargie à l’ensemble de la société et devenue rapidement « l’affaire de la nation entière, sexes et âges confondus »4. L’histoire de la Grande Guerre doit se lire aussi à travers le prisme de l’interdépendance entre hommes et femmes, dont les expériences de guerre se sont confrontées et ajustées, pour former le terreau des sociétés d’après-guerre. Édité à l’occasion de l’exposition Gender@war 1914-1918 : femmes et hommes en guerre (musée BELvue, septembre 2015-janvier 2016), ce livre se focalise sur les relations de genre en Belgique, en France, en Grande-Bretagne et en Allemagne. Il explore l’étroite dépendance qui n’a cessé d’exister entre le front des combats et le front intérieur, la diversité des rôles des hommes et des femmes confrontés à des situations d’exception, l’effondrement des idéaux d’avantguerre, les bouleversements dans le monde du travail, les ruptures et les continuités avec la vie « d’avant ». La perspective comparative permet de dégager des constantes dans quatre pays belligérants, mais aussi des différences, sensibles surtout dans les régions occupées5. L’ouvrage aborde aussi la sortie de guerre et le moment tant attendu des retrouvailles. Mais rappelons brièvement de quoi l’on parle quand on évoque les relations de genre, car, si la notion est bien intégrée dans la recherche historique, elle demeure parmi les orphelines de la vulgarisation. À la différence du sexe qui est une donnée biologique (on naît tous garçon ou fille), le genre réfère aux représentations sexuées, aux pratiques qui forment le canevas de l’organisation sociale. Les rôles masculins et féminins se fondent sur des qualités considérées comme innées chez l’homme et chez la femme, et qui sont censées déterminer naturellement leurs comportements différents. Puisqu’il résulte d’une construction sociale, le genre varie dans l’espace et dans le temps et peut se modifier au gré des événements. Or la guerre est un haut lieu de confrontation des genres, un moment de tension entre les sexes qu’elle sépare d’emblée, traçant une frontière entre le guerrier et la « faible » femme. La guerre est conservatrice quand elle réaffirme les stéréotypes les plus traditionnels. Mais la guerre ouvre aussi – et c’est un paradoxe – des espaces de transgression liés à la situation d’exception. C’est un temps d’émotion patriointroduction I

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tique qui nivelle les différences, qui permet de transgresser les interdits moraux et qui brouille les repères habituels. En permettant l’inversion des rôles, la guerre révèle des hommes et des femmes sous un jour nouveau et remet en cause les clichés dominants. Le retour à la paix s’accompagne alors d’aspirations nouvelles, de changements, qu’ils soient mentaux ou physiques, qui constituent de véritables défis pour reconstruire la cohésion sociale et familiale. Des revendications d’avant-guerre, mises momentanément à l’écart, resurgissent avec force, telle l’obtention de droits politiques. Le marché du travail se ressent d’une économie de guerre qui a largement bouleversé les structures anciennes. La paix revenue, hommes et femmes cherchent à retrouver leur place d’antan ou, au contraire, à s’en éloigner. C’est une telle lecture de la guerre 14-18 que ce livre propose, dans une architecture ordonnée autour d’une série de thèmes : les mobilisations, les violences, l’effort de guerre ou, au contraire, le refus de se battre, la vie dans les territoires occupés, la résistance, le maintien des liens conjugaux et familiaux, la sortie de guerre et les places respectives dans la mémoire. Cet ouvrage présente des illustrations et des documents mis en scène dans l’exposition, mais propose aussi une synthèse des relations de genre pendant et après le conflit et, in fine, suggère quelques pistes de réflexion.

12 I femmes et hommes en guerre, 1914-1918




chapitre 1

1914-1918 : l’Europe mobilise Une guerre que personne ne veut… mais que chacun croit inévitable Après un début de siècle sous haute tension (guerre des Boers, guerre de Mandchourie, guerres balkaniques…), 1914 s’annonce plutôt comme une accalmie. Mais une accalmie trompeuse, minée par les antagonismes nationaux, la constitution de deux blocs, Triple-Entente (Grande-Bretagne, France, Russie) et Triple-Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie), les ambitions impérialistes… Chaque pays se sent menacé et se lance dans une course aux armements, convaincu qu’une guerre défensive sera sous peu inévitable, qu’il doit donc s’y préparer, voire, le cas échéant, être capable d’agir le premier pour obtenir l’avantage. Dans ce climat de défiance réciproque, l’attentat de Sarajevo (28 juin) n’est pourtant pas identifié comme un danger majeur, mais plutôt comme un conflit local dans la poudrière balkanique. Un mois plus tard, en dépit d’intenses négociations diplomatiques, l’Europe marche inexorablement vers la guerre et des réactions en chaîne, de plus en plus incontrôlables, la poussent vers un véritable « suicide collectif ». Ni en France, ni en Allemagne, ni en Belgique, les socialistes, principale force d’opposition antimilitariste, n’ont – à de rares exceptions individuelles – résisté à l’enchaînement des faits : « la fidélité nationale l’emportait finalement sur toute autre communauté de destin »1. À l’Union sacrée française répond la Burgfrieden (trêve des partis) allemande : en France, deux socialistes entrent au gouvernement ; en Allemagne, députés et dirigeants syndicaux votent en grande majorité les crédits nécessaires à la guerre. Au gré des intérêts et des alliances, les puissances européennes entraînent d’autres pays dans un conflit mondial dont « personne ne voulait » et dont chacun rejette la responsabilité sur l’autre.

< Enthousiasme patriotique ? France, août 1914. Photo Jacques Moreau. © Bridgeman Images (détail). 1914-1918 : l’europe mobilise I

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Une grande « première » : mobilisations générales et levées en masse D’emblée, le déclenchement de la guerre 14-18 s’écrit dans l’exception : c’est, depuis l’instauration de la conscription obligatoire pour les hommes, la première fois que les gouvernements sont amenés à décréter une mobilisation générale, qui mènera, par le jeu des alliances, à la Première Guerre mondiale et totale de l’histoire. L’ordre de mobilisation générale est donné en Russie le 30 juillet, il entraîne immédiatement celui de l’Autriche-Hongrie (nuit du 30 au 31 juillet), puis de l’Allemagne et de la France (1er août). Bien que neutre, la Belgique décrète la mobilisation générale dès le 31 juillet ; le lendemain, les Pays-Bas, neutres également, mobilisent à leur tour et massent les troupes aux frontières. L’invasion du grand-duché du Luxembourg par l’Allemagne le 2 août, mais surtout celle de la Belgique, le 4 août, détermine la Grande-Bretagne à entrer dans la guerre. Rapidement, un nombre spectaculaire d’hommes sont appelés sous les drapeaux : en deux semaines, la France enrôle plus de 3,5 millions d’hommes et l’Allemagne lève près de 4 millions de soldats. La Belgique, en pleine réorganisation militaire, mobilise 200 000 hommes et rappelle 45 000 gardes civiques. Partout aussi, on note un afflux de volontaires : plus de 20 000 en Belgique en août 1914, 40 000 durant toute la guerre. En France, 350 000 volontaires s’engagent sur la durée de la guerre et 40 000 étrangers dans la Légion étrangère en août 1914 (surtout des Italiens et des Alsaciens, Allemands depuis 1871). L’armée allemande incorpore aussi des volontaires. Cet élan témoigne de l’adhésion de ces hommes à une guerre qu’ils jugent « légitime ». La Grande-Bretagne, qui ne pratique pas le service militaire obligatoire, ne dispose que d’une (très) petite armée de métier (environ 125 000 hommes). Sa mobilisation repose donc presque entièrement sur le volontariat (la situation est la même dans tout le futur Commonwealth). Durant deux ans, le recrutement s’effectue grâce à de vastes campagnes de propagande confiées à une commission spécialisée au sein du ministère de la Guerre. Les affiches jouent immédiatement sur un double registre – le cœur et la raison – et sur un fond de culpabilisation patriotique et de messages fortement sexués. Le rappel du devoir envers le roi et l’Empire est lancinant, mais toujours couplé à la nécessaire protection de la famille et du foyer. Dès que les atrocités commises en Belgique contre les civils sont connues, elles sont largement exploitées pour renforcer l’idée de barbarie et de danger imminent. La pression sociale est extrêmement forte ; ne pas s’engager est dénoncé comme une 16 I femmes et hommes en guerre, 1914-1918


intolérable lâcheté – qui poursuivra chaque homme jusque dans sa famille. Si elle s’adresse indifféremment aux hommes de toutes les classes sociales, la propagande vise aussi les femmes pour qu’elles encouragent les hommes à s’engager. Elles sont censées les placer face à leurs devoirs et les pousser à partir ; elles sont priées de réfréner leurs propres sentiments et de n’écouter que leur patriotisme. La Primrose League, association conservatrice créée en 1883, s’implique fortement pour assurer le succès des campagnes de recrutement. Des suffragettes ridiculisent les hommes qui hésitent à s’engager. « Papa, qu’as-tu fait durant la Grande Guerre ? » Apparemment, cette propagande Affiche britannique, 1915. Library of Congress, WWI Posters. porte ses fruits : 300 000 hommes s’enrôlent en août, un million de volontaires jusqu’à la fin de l’année. Lorsque l’élan faiblit, en 1916, la conscription obligatoire est décrétée. En permettant aux États de lever massivement des combattants en un laps de temps très court et en insufflant au conflit un objectif absolu – la défense du pays et de la famille –, la conscription obligatoire porte déjà en elle les germes d’une guerre totale. Entre 1914 et 1918, les pays en guerre mobiliseront ainsi en moyenne la moitié de leurs hommes en âge de servir, une proportion encore jamais atteinte pour un conflit de longue durée. Sous cette moyenne se cachent cependant de fortes disparités nationales : Nombre de mobilisés

% par rapport aux hommes mobilisables

13 200 000

86 %

365 000

20 %

France

7 891 000

85 %

Grande-Bretagne (+ Empire et dominions)

8 904 467

54 %

Pays Allemagne Belgique

Source : Encyclopédie de la Grande Guerre, t. 1, p. 717. 1914-1918 : l’europe mobilise I

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« Les femmes britanniques disent : partez ! » Affiche, 1915. Library of Congress, WWI Posters.


Cette mobilisation sans précédent marque l’aboutissement d’un siècle d’efforts pour modeler l’identité masculine sur le nationalisme et le patriotisme. « La levée en masse […] transforme la condition masculine. Ce qui avait été le métier de quelques-uns – porter les armes – devient la caractéristique de tous, une qualité qui distingue l’homme de l’enfant, de la femme mais aussi de l’infirme ou du vieillard […]. En un siècle l’incorporation à l’armée est devenue l’un des principaux traits de la virilité2. » Tant en France qu’en Allemagne, Soldats défendant leur patrie. Affiche allemande, 1914. l’école et, surtout, la caserne ont été le Library of Congress, WWI Posters. lieu d’apprentissage des valeurs civiques et viriles, de l’attachement au pays et d’un courage « viril » fortement héroïsé. Le service militaire est, par excellence, « un rite de passage du monde de l’enfance dominé par les valeurs féminines à l’univers de l’homme adulte »3. La caserne impose un modèle masculin se référant aux vertus belliqueuses, dans une atmosphère de violence physique et psychologique censée endurcir les cœurs et les volontés. L’homme, « le vrai », se distingue par son sens du devoir et sa capacité à défendre sa patrie et son foyer par les armes. La conscription est le creuset où se forment le soldat, mais aussi le citoyen ; le droit de vote implique le devoir de défendre sa patrie, et ces deux notions sont indissociablement liées dans l’identité masculine. Une identité que tout oppose, par contraste, à l’identité féminine ; d’ailleurs, les femmes sont absentes des casernes (sauf, parfois, dans les cuisines), et la seule figure liée au service militaire est celle de la prostituée ou de la midinette dont la fréquentation participe du passage à l’âge adulte. L’absence de service militaire féminin est aussi parmi les arguments les plus souvent invoqués avant 1914 par les adversaires du suffrage des femmes. Un troisième acteur s’invite dans cette construction de la virilité : la religion. Les Églises inculquent largement aux individus « une culture de l’obéissance et un respect de la discipline »4. En se rangeant derrière l’idée de la guerre défensive en 1914, elles sanctionnent le mythe d’une « guerre juste et sacrée »5. Pour beaucoup, la ferveur nationaliste se double d’une piété patriotique. 1914-1918 : l’europe mobilise I

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L’adhésion à la guerre et le départ des hommes Il faut aussi garder à l’esprit que, si, aujourd’hui, les sociétés européennes considèrent la guerre comme anormale, avant 1914, une « bonne » guerre apparaît encore comme le prolongement naturel de la diplomatie. Mais la guerre implique aussi une adhésion de l’opinion publique, et tous les gouvernements y ont été très attentifs. La Russie (par qui tout se déclenche) invoquera d’ailleurs son incapacité à résister à une opinion publique belliqueuse. Et tous les États veilleront, durant toute la guerre, à entretenir leur opinion publique par une propagande appropriée. Mais les « décisions cruciales de ces semaines qui conduisirent l’Europe à la guerre furent prises par un nombre d’individus étonnamment réduit (et c’étaient tous des hommes) »6. Les décideurs étaient, en effet, tous des hommes, acquis à l’idée de la virilité guerrière. En Allemagne et en Russie, les deux pays qui déclenchent le processus de guerre, les politiques sont particulièrement sensibles aux arguments des militaires. Or ceux-ci sont formés pour faire la guerre et non la paix, ils voient dans l’armée « la partie la plus noble de la nation » et dans la guerre un moyen de régénération masculine. Il flottait, dans les états-majors, comme un parfum de victoire qui allait redynamiser le pays et lui assurer gloire et suprématie… et les politiques ont capitulé devant ces arguments. Parmi la population, en France et en Allemagne, les ordres de mobilisation provoquent les réactions « classiques » : les ménagères font des provisions, les gens s’empressent de retirer leurs économies des banques. Mais, dans aucun des deux pays, il n’y a de véritable résistance à la mobilisation. L’état-major français, qui redoutait un pourcentage d’insoumis d’environ 13 % est soulagé d’en relever moins de 1,5 %. En Allemagne, la mobilisation s’effectue sans problème dans une population où l’éducation a façonné un fort sentiment d’appartenance à la camaraderie virile des hommes (Männerbund)7. Cette adhésion à la guerre revêt partout la même forme, celle d’un patriotisme défensif, car tous sont convaincus « que leur pays a été attaqué ou provoqué par un ennemi déterminé et que leur gouvernement a tout tenté pour sauver la paix »8. Guerre défensive, patriotisme exacerbé et appel à la défense de la famille constituent un mélange explosif qui exige que le conflit soit mené jusqu’à la victoire et l’anéantissement de l’ennemi, quels qu’en soient la durée et le prix. C’est une des raisons qui expliquent que les combattants tiendront aussi longtemps. 20 I femmes et hommes en guerre, 1914-1918


Mais l’adhésion ne signifie pas l’enthousiasme. Si, dans quelques grandes villes, des groupuscules nationalistes manifestent leur joie, cette ferveur est loin d’être unanime. L’image d’Épinal de soldats partant joyeux et la fleur au fusil a fait depuis long feu9. « Les photographies de foule en liesse dans les grandes capitales sont trompeuses. La guerre prit la plupart des Européens par surprise et leur réaction initiale fut le choc et l’incrédulité10. » En France, le sentiment dominant est d’abord une profonde consternation, voire une totale incompréhension : « […] la guerre, mais quelle guerre ? » se demandait-on avec effarement dans les campagnes, mal informées des tensions internationales11. Quand l’idée même de la guerre se concrétise, elle suscite un profond abattement. « L’inquiétude s’insinue en moi lentement, une sorte de crépuscule qui s’abat sur le cœur », écrit la Française Marie Escholier, en vacances dans l’Ariège avec ses enfants, quand elle prend conscience que son mari ne la rejoindra pas12. À l’émotion des premiers moments succèdent gravité, sens du devoir et détermination. Dans les gares, sur les quais, il y a des rodomontades, des manifestations cocardières, mais qui, selon l’historien Jean-Yves Le Naour, cachent le plus souvent « une angoisse mal dissimulée ». Pour masquer leur inquiétude, les hommes crânent ; les femmes pleurent. L’historien Marc Bloch, lui-même mobilisé, se souvient de ces moments poignants : « La tristesse qui était au fond des cœurs ne s’étalait point ; seulement beaucoup de femmes avaient les yeux gonflés… Les hommes pour la plupart n’étaient pas gais ; ils étaient résolus, ce qui vaut mieux13. » Mais la détermination n’empêche ni le chagrin ni la détresse, car la guerre, avant toute chose, « commence par séparer ceux qui s’aiment »14. Or près de la moitié des mobilisés français sont mariés ; et de nombreux couples consolident leurs liens à la hâte. À Paris, on enregistre 2 500 mariages entre le 2 et le 15 août 191415. La mobilisation des hommes est aussi une « catastrophe sentimentale », selon une formule du temps. Elle interfère brutalement dans les relations conjugales, diffère des fiançailles ou des mariages, ou, au contraire, pousse à régulariser des unions de fait et à légitimer des enfants naturels. Aussi, tous les gouvernements ont-ils mené des politiques conjugales pendant la guerre. À partir du 4 avril 1915, les soldats français peuvent se marier par procuration16. Les soldats belges également à partir de mai 1916. La sollicitude pour ces « couples de guerre » représente une charge potentielle pour l’État en ouvrant des droits aux éventuelles veuves et orphelins ; elle est dictée par un souci moral – préserver au maximum l’institution du mariage et de la famille –, mais aussi par un souci de stratégie militaire : l’homme se bat mieux quand il se bat pour sa femme et sa famille restées à l’arrière. 1914-1918 : l’europe mobilise I

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En Allemagne, lors de la mobilisation générale, les autorités civiles et militaires ne doutent pas un moment de la ferveur guerrière de leur opinion publique. Déjà, en novembre 1913, le Kaiser lui-même avait confié au roi Albert Ier, en visite à Potsdam, qu’en cas de guerre, on verrait « l’enthousiasme irrésistible qui, ce jour-là, entraînera le peuple allemand tout entier »17. Cet enthousiasme s’observe effectivement parmi une certaine jeunesse intellectuelle, romantique et désœuvrée, nourrie d’une littérature glorifiant la guerre sous un aspect viril et héroïque18. À Berlin, à Hambourg, des cortèges d’hommes, qui rayonnent de joie, se forment et déambulent en chantant. Ils « sont très vite récupérés et utilisés dans des publications patriotiques pour prouver qu’il existe bien en Allemagne une vaste exaltation de la guerre »19. Mais, comme en France, cet enthousiasme est minoritaire et l’appréhension succède aux bouffées nationalistes. Le ton général est plutôt à l’émotion et au sens du devoir à accomplir. Chacun croit en une guerre courte et décisive. La guerre sera courte parce que chacun se croit capable de vaincre rapidement et que personne n’envisage d’autre scénario. Personne n’imagine non plus que les États résisteraient longtemps au chaos économique produit par la guerre, ni seraient capables d’assurer sur le long terme la logistique, le matériel et le ravitaillement pour de telles masses d’hommes : oui, les soldats seront rentrés chez eux pour Noël. La Grande-Bretagne et la Belgique connaissent une expérience particulière. En Grande-Bretagne, pays très religieux et opposé à la guerre, l’opinion publique ne se sent pas concernée par les événements et, jusqu’à la dernière minute, le gouvernement britannique adopte une position attentiste qui donne à penser qu’il n’interviendra pas en cas de conflit. Le respect de la neutralité de la Belgique est toutefois la ligne rouge que l’ultimatum allemand du 2 août dépasse. Le 3 août, la Grande-Bretagne décrète à son tour la mobilisation, pour des raisons de prestige et de respect du droit international. À Londres, comme à Paris ou à Berlin, une fraction de la population « se mit à chanter des chants patriotiques, bras dessus, bras dessous »20, et les engagements volontaires se multiplient, surtout parmi les classes moyennes (40 % des engagés), sous le coup d’une émotion qui provoque un brutal retournement des esprits. Beaucoup s’enrôlent pour sauver la civilisation face à la barbarie ; un certain nombre pour vivre une aventure exceptionnelle ou remplir une « mission » sacrée sanctionnée par l’Église, d’autres, enfin, s’engagent simplement pour gagner un salaire. Ensuite, si l’afflux de volontaires persiste en dépit des premières défaites, il repose sur une motivation nettement plus rationnelle : la Grande-Bretagne ne pouvait prendre le risque de perdre la guerre et laisser l’Allemagne devenir une 22 I femmes et hommes en guerre, 1914-1918


Le départ des soldats : le patriotisme n’empêche pas la tristesse. Cartes postales allemandes, 1915. Pictura Paedagogica Online, Universität Hildesheim & Carhif, Bruxelles.

puissance dominante en Europe. La propagande joue un grand rôle dans cet enrôlement massif, mais, si elle a pu atteindre son but, non seulement en Grande-Bretagne, mais dans ses « dominions » aussi éloignés que le Canada, l’Afrique du Sud, la Nouvelle-Zélande et l’Australie, c’est parce qu’elle met en scène des clichés de la masculinité qui font sens. Car l’opinion publique ne croit que ce qu’elle est prête à croire. Jusqu’à la fin juillet, les Belges ne se sentent pas plus concernés que les Britanniques par un éventuel conflit : ils sont confiants dans leur neutralité. Même l’ordre de mobilisation générale n’affecte pas leur calme et la mobilisation se déroule « sans aucun esprit guerrier et avec docilité »21. Chacun est persuadé que l’armée belge a « pour mission de ne pas se battre »22, écrit l’historien Henri Pirenne, et n’a d’autre but que de constituer une (petite) force de dissuasion, permettant, le cas échéant, de tenir jusqu’à l’intervention des puissances garantes. L’idée même que l’Allemagne puisse s’en prendre, avec son énorme armée et sa formidable puissance militaire, à la petite Belgique « parais1914-1918 : l’europe mobilise I

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sait invraisemblable au point d’en être monstrueuse »23. Le 2 août 1914, un soldat écrit à ses parents : « On se figure que les Allemands ne viendront pas et que ce sera comme en 187024. »Le même jour, l’ultimatum allemand fait l’effet d’une bombe. Il est surtout ressenti comme une insupportable manifestation de mépris du « grand » pour le « petit ». L’humiliation fouette l’orgueil national ; l’opinion publique bascule brutalement dans une vibrante colère. Ce choc collectif intense se mue en un élan de patriotisme aussi fervent qu’inattendu. Les lettres des mobilisés témoignent de la volonté d’en découdre, concrétisée par une vague d’engagements volontaires. Partout dans les villes, les drapeaux ornent les façades, les manifestations se multiplient, des hommes et des femmes entonnent la Brabançonne. Un sentiment national, insoupçonné jusque-là, éclate avec force, à la stupéfaction de la France et de l’Allemagne. Le « patron » du Parti ouvrier belge, Émile Vandervelde, est nommé ministre d’État, le parti lui-même affirme sa volonté de se battre contre les « Barbares » et bon nombre de socialistes, pacifistes avant-guerre, s’engagent comme volontaires dans l’armée25. Mais, comme partout aussi, l’agitation s’observe surtout dans les villes. Les campagnes restent nettement en retrait – même si l’Église catholique, influente en milieu rural, se range derrière le gouvernement et soutient une « guerre sainte ». Le pays est envahi le 4 août, en l’absence de toute déclaration de guerre et les troupes allemandes avancent rapidement en dépit de la résistance belge. Dès les premières semaines, on enregistre 9 000 tués et 15 000 blessés. D’autres sont faits prisonniers et resteront dans des camps en Allemagne durant toute la guerre. Ce sont les « oubliés de l’histoire » selon la formule de l’historienne Annette Becker. Les soldats qui ont traversé la frontière des Pays-Bas, restés neutres, sont désarmés et placés dans des camps d’internement. Une confusion indescriptible règne sur le terrain des combats, mêlant d’emblée militaires et civils fuyant sur les routes. Dès les premiers jours d’août, l’occupation de la Belgique entraîne indistinctement l’ensemble du corps social dans le conflit, hommes, femmes et enfants, brouillant ainsi toute séparation entre civils et militaires. En quelques semaines aussi, la majeure partie de la Belgique est occupée, seule une petite bande de terre reste libre derrière l’Yser, et le gouvernement en exil dispose d’une toute petite enclave diplomatique en France à Sainte-Adresse près du Havre. La population belge est à l’image de son territoire, dispersée par un exode massif, divisée entre les « occupés », les Belges en territoire libre et la masse de réfugiés aux Pays-Bas, en France, en Angleterre, en Suisse. Le nord et l’est de la France (dix départements) sont également occupés, mais la popula24 I femmes et hommes en guerre, 1914-1918


La mobilisation à Anvers. Photo, août 1914. FelixArchief, Stadsarchief Antwerpen, 8706.

tion a trouvé refuge dans son propre pays. Tous les mobilisés ne courent pas les mêmes risques. Les combattants montent en première ligne (le poilu, le piot, le feldgrau, le tommy, le jass, le sammy… selon les pays), selon un certain ordre de rotation. Les dispensés de service militaire en temps de paix (séminaristes, prêtres, instituteurs) sont enrôlés comme brancardiers ; beaucoup sont également en première ligne. Mais un certain nombre de mobilisés sont affectés à l’arrière à des postes administratifs, logistiques ou sanitaires. Dans chacune des armées, environ un tiers de mobilisés est occupé dans des fonctions productives indispensables à l’effort de guerre et à l’entretien des troupes. À mesure que le conflit s’éternise, ces « privilégiés » sont considérés comme des embusqués, ils suscitent des critiques, des rancœurs, ils sont l’objet de railleries, voire d’insultes, qui remettent en cause leur masculinité. Les critiques à leur égard emploient des termes crus, des images sexuées : ce sont des « eunuques », des « femmelettes » qui, d’ailleurs, n’ont pas les faveurs des femmes, sensibles aux « vrais hommes », ceux qui se battent pour elles. En bref, « seuls les bons mâles font les bons soldats et les filles aiment les bons soldats, ceux qui ne peuvent payer l’impôt du sang sont dédaignés par elles »26. « Nous nous demandons comment on peut être embusqué, comment un homme jeune ayant des muscles, des capacités sexuelles suffisantes, un estomac passable peut-il vivre loin de la guerre, loin du danger, loin du plaisir élégant de 1914-1918 : l’europe mobilise I

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risquer son bonheur et sa vie ? Une seule explication possible : il y a deux sortes d’hommes, ceux qui ont des maîtresses et ceux que toutes les femmes trompent. L’embusqué est le type du cocu27. » La guerre mobilise donc d’emblée les identités sexuelles pour définir les normes comportementales. Les dé– faites seront doublement ressenties, comme des défaillances du devoir du soldat et comme l’impuissance des hommes à assumer leur rôle familial.

Caricature de l’embusqué et de son manque de virilité. Carte postale britannique, 1914-1918. Carhif, Bruxelles.

Inversement, les victoires sont glorifiées comme des affirmations de la virilité et de l’ardeur des combattants à défendre leurs familles. Ceux qui refusent la guerre ou qui tentent d’échapper aux combats remettent en cause la distribution très stricte des rôles et créent un « trouble dans le genre ».

La masculinité des objecteurs de conscience est aussi discréditée. Carte postale britannique, 1916. Coll. privée.

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