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l’architecte et l’agriculture urbaine De quelles façons les architectes interviennent-ils dans l’apparition, la recherche et le développement de pratiques agricoles urbaines ?

TPER - Rémi Junquera ENSA Marseille, 2016 - 2017

Encadré par Mme Muriel Girard Docteure en sociologie Maître-assistante des ENSA en SHS 1


remerciements

Je remercie Muriel Girard pour la pertinence de ses remarques et de son aide à l’élaboration de cette étude. Je remercie également Federica Gatta, Arlette Hérat et Jean-Marc Huebert, qui ont su me conseiller et me diriger à travers mes recherches. Enfin, j’exprime ma profonde gratitude aux relecteurs, Claude et Jeanine Junquera.


Sommaire

L’architecte et l’agriculture urbaine : de quelles façons les architectes interviennent-ils dans l’apparition, la recherche et le développement de pratiques agricoles urbaines ?

Introduction

7

Première partie Agriculture urbaine : des causes aux effets 1.1 État des lieux des systèmes urbains et agricoles mondiaux 1.2 Vers une définition de l’agriculture urbaine 1.3 La résurgence de l’agriculture urbaine 1.4 Les fonctions 1.5 Les acteurs

17 21 23 25 31

Deuxième partie Architecte et agriculture urbaine : Prédominance de la ferme verticale 2.1 L’architecte et l’agriculture urbaine, une relation intemporelle 2.2 Théorie de la ferme verticale 2.3 Critiques 2.4 Analyse des projets architecturaux 2.5 Critiques complémentaires

35 39 43 49 57

Troisième partie Architecte et agriculture urbaine : Au delà d’un modèle unique 3.1 L’agriculture urbaine comme socle d’une conception architecturale 3.2 Analyse des projets 3.3 Stratégies et méthodes

61 67 73

Conclusion

79

Bibliographie

85

Annexe

91


Introduction

Profondément ancré dans les débats actuels, l’alimentation suscite un intérêt grandissant de la part des institutions politiques, des producteurs et des consommateurs. Au centre de ces débats, des questions fondamentales sont posées sur la crise alimentaire mondiale, les dégâts environnementaux causés par l’agriculture et l’élevage intensif, les impacts de l’alimentation sur la santé, la qualité et la quantité des produits consommés, la malnutritions, l’obésité, l’épuisement des surfaces arables à travers le monde, ainsi que de nombreuses autres interrogations inscrites à la fois dans le présent et le futur (Charvet, 2012). De la même manière, les villes sont remises en cause quant à leurs expansions, à leur besoin grandissant d’espaces et d’énergie, tout en étant désignées comme la principale origine des désordres environnementaux et sociaux (IPCC, 2000). En parallèle, une fracture distance de plus en plus les relations entre le monde urbain et agricole pourtant interdépendants. Depuis la modernité, les villes perdent progressivement leurs liens avec leurs campagnes et tendent vers un approvisionnement alimentaire de plus en plus global et fragile (Von Thünen, 1826). Face aux problématiques de notre siècle, des alternatives apparaissent, permettant de repenser les systèmes agricoles et urbains sur lesquels se sont développées les sociétés humaines afin de définir de nouveaux modes de vies urbains. Dans cette perspective, l’agriculture urbaine semble posséder certaines caractéristiques permettant d‘enrayer les mécanismes de crise. De plus en plus présent dans les débats, les colloques et dans les médias tout public, l’agriculture en ville interroge la relation ville-nature en intégrant une dimension productive à cette dernière et en apportant de la complexité aux villes par l’apport de fonctions supplémentaires. Qu’elle soit intégrée aux villes depuis toujours ou qu’elle soit résurgence, l’agriculture urbaine permet de répondre à des besoins alimentaires et des volontés sociales, économiques et environnementales. Sollicitées par les citadins, elle permet de créer des liens sociaux entre les habitants. Il faut entendre par « résurgence » le phénomène d’une ré-application de pratiques agricoles urbaines qui, pour diverses raisons, se sont éclipsées. Ce cadre précis différencie les villes où l’agriculture urbaine a toujours un rôle important de celles où les pratiques agricoles urbaines réapparaissent pour de multiples raisons. Cette distinction établie par Christine Aubry et Jeanne Pourias1 est primordiale car elle entraîne des processus, des volontés et des besoins très différents selon les pays dans lesquels l’agriculture urbaine se situe. Dans les pays « du Sud », le processus est réactif, il résiste à un problème présent. Dans ce cadre, l’agriculture urbaine répond à un besoin, à une nécessité de produire des denrées afin d’assurer la sécurité alimentaire des citadins. À l’inverse, dans les pays « du Nord », le processus est appelé proactif, c’est à dire qu’il anticipe un problème. Les pratiques agricoles urbaines ont pour principales fonctions de générer des espaces de vie sociale, d’améliorer le cadre de vie des habitants tout en réduisant leur empreinte environnementale. L’agriculture urbaine regroupe de nombreux acteurs. Généralement issus de mouvements citoyens, elle rassemble des habitants, des professionnels agricoles ainsi que de nombreux domaines scien1 C. Aubry et J. Pourias, L’agriculture urbaine fait déjà partie du ‘‘métabolisme urbain’’, Demeter, 2013. 7


tifiques (sciences dures et « molles ») et dans de rares cas, des architectes. En effet si à l’heure actuelle, dans le domaine de la recherche, les publications centrées sur le thème de l’agriculture urbaine sont nombreuses et attestent d’une implication pluridisciplinaire, il semblerait que peu de publication soient centrées sur l’architecture ou soient à l’origine d’architecte. La plus importante implication des architectes en terme de publication sont celles d’André Viljoen et Katrin Bohn qui axent, depuis 2007, leurs réflexions et leurs projets sur la relation entre la planification urbaine et architecturale en lien avec l’agriculture urbaine. Deux ouvrages sont à l’origine de ces architectes: Continuous Productive Urban Landscapes2 et Second Nature Urban Agriculture: Designing Productive Cities3. Qu’elle soit à l’échelle urbaine ou parcellaire, la notion d’agriculture urbaine est étroitement liée à celle de l’architecture. L’histoire témoigne de cette union par l’apport d’exemples, comme les jardins suspendus de Babylone ou les constructions hydroliques de l’Empire de Darius et atteste que l’agriculture à toujours fait partie du métabolisme des villes. Aujourd’hui encore, ce lien est persistant bien que délicat à observer. L’intervention des architectes semble légitime compte tenu du contexte urbain de cette agriculture. Bien qu’elle semble moins évidente concernant l’agriculture elle-même, plusieurs architectes ont déjà ancré les racines d’une réflexion interrelationnelle. Face à ce nouveau paysage et en tenant compte de la réorientation du métier de l’architecte (Terrin, 2014), on constate que ces derniers sont actifs sur ce sujet et qu’ils ont pris part au mouvement de ré-émergence de pratiques agricoles urbaines. L’un des marqueurs de cet intérêt apparaît en 2015 dans l’Exposition Universelle de Milan, « Nourrir la planète, Énergie pour la vie » où étaient présentés aux visiteurs des travaux et des réflexions d’architectes. Mais la participation la plus visible de leur part, et ce depuis une dizaine d’années, apparaît dans des publications non scientifiques et les médias. Illustrées par des images de synthèses, car jamais construites, les fermes verticales, tours à vocation agricole, fleurissent dans l’imaginaire4 des architectes en Amérique du Nord, au Canada, à Singapour, en Chine et en France. Ces tours semblent être une projection de l’agriculture urbaine de demain, l’utopie5 architecturale d’une ville productive. Mais ce concept est loin de faire l’unanimité. Sujet à de profonds débats, de nombreuses incertitudes gravitent autour de ces tours et interrogent l’origine même des modèles urbains et agricoles développés. De plus, par sa médiatisation, le terme de ferme verticale est devenu une notion généralisée, un label marketing placé à tout ce qui pourrait ressembler à cette « innovation ». Le terme de ferme verticale entraîne un amalgame, il définit à la fois une tour architecturée à vocation agricole et des serres de production hors-sol rurales délocalisées dans un contexte urbain, qui, comme nous le verrons, ne possèdent aucun lien fondamental avec le concept. Cependant, le concept de ferme verticale n’est pas l’unique modèle développé par les architectes. Une multitude de projets « agro-architecturaux » témoignent de la prise en considération de l’agriculture urbaine par les architectes. En France notamment, plusieurs architectes participent à la synergie agricole urbaine en réalisant et en imaginant de nombreux projets. Le terme de synergie définit, par le CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales), une action dynamique de cohésion de divers éléments appartenant à un groupe, une collectivité, en vue d’un but, d’une fin commune. C’est un processus (l’agriculture urbaine) dans lequel plusieurs facteurs (les acteurs) agissent ensemble et dont la finalité est indivisible de l’action commune. Parmi les acteurs architectes, certains en ont fait un cheval de bataille, un sujet récurrent présent dans la grande majorité de leurs projets. L’Atelier d’Architecte Autogéré (AAA) et l’atelier SOA Architectes, deux agences françaises, s’attachent depuis 2001 et 2005 à lier leur discipline à l’agriculture urbaine. Ils développent, souvent 2 Viljoen & Bohn, Continuous Productive Urban Landscapes, Routledge, New-York, 2016, 302 pages. 3 Viljoen & Bohn, Second Nature Urban Agriculture: Designing Productive Cities, Routledge, New-York, 2014, 300 pages. 4 Définition du Larousse: fonction par laquelle l’esprit voit, se représente, sous une forme sensible, concrète, des êtres, des choses, des situations dont il n’a pas eu une expérience directe. Capacité d’élaborer des images et des conceptions nouvelles, de trouver des solutions originales à des problèmes 5 Définition du Larousse: construction imaginaire et rigoureuse d’une société, qui constitue, par rapport à celui qui la réalise, un idéal ou un contre-idéal (dystopie). 9


accompagnés par des acteurs provenant de différents horizons, des typologies architecturales et mettent en place de nombreux systèmes de cultures, d’expérimentations, d’innovations et conçoivent des stratégies et des méthodes d’intégration d’agriculture en ville en relation constante avec le projet architectural. L’intégration de l’architecte dans la synergie de l’agriculture urbaine encouragée par les habitants, les politiques, les scientifiques et les professionnels agricoles ouvre à une nouvelle interprétation de ce qu’est ou pourrait être l’agriculture urbaine. Problématique Face à la crise économique, sociale et environnementale, l’agriculture urbaine ré-émerge dans les villes occidentales. Impulsée par des mouvements citadins et les politiques urbaines, elle est depuis plusieurs années un champ d’expérimentation et de recherche qui suscite l’intérêt de nombreux acteurs à travers le monde, comme les agriculteurs professionnels, agronomes, économistes, sociologues et philosophes, mais aussi les urbanistes et les architectes. En France, l’origine des recherches, à la fois pratiques et théoriques, sont majoritairement issu des domaines de l’alimentation et des sciences humaines. Toutefois, les architectes sont présents et actifs dans cette dynamique d’acteurs. Ainsi, de quelles façons les architectes interviennent-ils dans l’apparition, la recherche et le développement de pratiques agricoles urbaines et quelles sont les conséquences de leur implication dans la synergie de l’agriculture urbaine ? Hypothèse Grâce à leurs capacités de conception et d’aménagement de l’espace, ainsi qu’aux outils qu’ils manipulent, les architectes posséderaient des compétences spécifiques qui leurs permettraient d’introduire des facteurs supplémentaires à l’apparition, la recherche et au développement de pratiques agricoles urbaines. Le terme d’apparition de pratiques agricoles urbaines fait référence à la création d’un espace dédié à cet usage. Ce cadre différencie les espaces n’ayant pas de fonction agricole de ceux qui en possèdent déjà une. Dans ce dernier cas on parle alors de développement ou de maintient de pratiques agricoles urbaines. La notion de recherche renvoie à deux critères distincts: la recherche fondamentale définie par le fait qu’elle porte sur des théories ou des principes de base et vise à accroître les connaissances d’un domaine, et la recherche appliquée définie comme visant à apporter des éclaircissements sur un problème donné dans une intention d’application pratique (Angers, 2000). En parallèle, la réorientation du métier de l’architecte prédisposerait ce domaine à l’ouverture des savoirs et au partage des connaissances via l’interdisciplinarité. L’architecte ferait partie d’un ensemble d’acteurs provenant de différentes disciplines qui travailleraient en collaboration pour parvenir à un objectif commun. Dans cette perspective d’ouverture interdisciplinaire aux processus de projet collaboratif, l’agriculture urbaine, sous cette nouvelle forme organisationnelle, permettrait de devenir un projet commun basé sur les besoins et les volontés des habitants parallèlement aux exigences politiques et économiques. De plus, leur aptitude de conceptualisation permettraient aux architectes de projeter un principe architectural, un médium, par lequel les autres disciplines pourraient interagir. Ainsi les architectes semblent disposés à créer des projets communs permettant la collaboration entre différentes disciplines dans le but de réaliser ou conceptualiser des projets « agro-architecturaux ». Méthode et plan Pour établir une démarche de recherche stable et féconde, nous privilégierons l’état de l’art pour l’ensemble du développement. Pour la thématique de l’agriculture urbaine, nous nous appuierons dans un premier temps sur les travaux de la Food and Agriculture Organisation for the United Nations, 2014, de Jean-Paul Charvet, 2010 (géographie agricole et rural) et de Julien Blanc, Bernadette Lizet, 2015 (ethnologues) et Françoise Dubost, 2015 (sociologue) concernant les crises alimentaires et les problématiques de l’agriculture globalisée. Nous définirons ensuite la notion d’agriculture urbaine en se référant aux travaux de Paula Nahmías et d’Yvon Le Caro, 2012 (géographes), afin de saisir de manière générale la complexité de cette notion. En parallèle nous qualifierons l’agriculture urbaine selon deux processus définies par Christine Aubry, 2013 (agronome) et Jeanne Pourias, 2013 (géo11


graphe, agronome), à savoir l’agriculture urbaine proactive et réactive. Afin de cadrer la démarche de compréhension de cette notion nous traiterons des raisons de la résurgence de l’agriculture urbaine. Ensuite, nous percerons plus en détail cette notion en qualifiant les différentes fonctions de l’agriculture urbaine en nous basant sur les travaux de Silvia Pérez-Vitoria, 2015, Isabelle Laudier et Philippe Serizier, 2015 (économistes) pour la fonction économique, Brigitte Nougarèdes, 2014 (sociologue), Christine Aubry et Jeanne Pourias, 2013 pour la fonction sociale, ainsi que Pascale Scheromm, 2013 (sociologue, géographe), Silvia Pérez-Vitoria, 2015, Awa Ba et Christine Aubry, 2013 pour la fonction environnementale. Puis, nous montrerons les différents obstacles de l’agriculture urbaine soulevés par Jean-Noël Consalès, 2003 (géographie, urbanisme). Enfin, nous porterons notre regard sur les différents acteurs de l’agriculture urbaine grâce aux les travaux de Silvia Pérez-Vitoria, 2015 et les dynamiques impulsées par les politiques urbaines. Ce chapitre ouvrira sur une nouvelle partie, où nous ciblerons l’architecte comme acteur de l’agriculture urbaine. Nous commencerons cette seconde partie en interrogent le rapport historique entre l’architecte et l’agriculture urbaine que nous prolongerons jusqu’à aujourd’hui en nous basant sur le travail des architectes André Viljoen et Katrin Bohn, 2014. Toujours dans cette dimension contemporaine, nous aborderons la réorientation du métier de l’architecte, à l’ouverture interdisciplinaire et aux nouveaux processus de conception architecturale développés par l’architecte et urbaniste Jean-Jacques Terrin, 2014. Grâce à ces bases, nous ciblerons ce travail sur le concept de ferme verticale. Nous définirons ce concept par les travaux de Dickson Despommier, 2008 (microbiologiste) et nous analyserons les critiques émises par Geneviève Savigny, 2011 (agricultrice), François Purseigle (ingénieur en agriculture et sociologie rurale), Antoine Poupart, Pierre Compère, 2012 (ingénieurs agronomes), Joëlle Salomon Cavin et Dominique Bourg, 2010 (philosophe). Afin d’approfondir le concept de ferme verticale, nous analyserons certains projets imaginés par les architectes. Un panel composé de 14 projets, sélectionnés pour leurs caractéristiques identitaires, nous offrira une vue générale sur la manière dont les architectes appliquent et interprètent ce concept. De ce panel nous catégoriserons trois idéotypes: monumental, intermédiaire et minimal. Ces idéotypes seront analysés via des projets référents. Dans le premier cas nous analyserons le projet de la Dragonfly, 2009, de l’architecte belge Vincent Callebaut et, dans le deuxième et troisième idéotype, celui de la Tour Vivante, 2005 et de la Mini ferme, 2006-2012 de l’atelier SOA Architectes. Enfin, nous développerons de nouvelles questions qui apparaissent grâce à l’analyse des projets de fermes verticales. Ces nouvelles interrogations nous permettrons d’émettre des critiques complémentaires à celles déjà avancées afin d’approfondir les incertitudes liées à ce modèle. En troisième partie, nous ouvrirons le sujet aux autres modèles « agro-architecturaux » développés par les architectes. Afin d’appréhender ces projets, nous avons pris la décision de centrer le développement sur ces deux ateliers d’architecture français, l’Atelier d’Architecture Autogéré (AAA) et SOA Architectes. Les raisons de ce choix sont liées à deux caractéristiques majeures. Dans un premier temps, outre le fait que la visibilité et l’accessibilité aux informations des projets de AAA et SOA permettent de détailler et d’enrichir le corpus d’analyse, ces deux ateliers d’architecture sont très actifs sur la thématique de l’agriculture urbaine. L’Atelier d’Architecture Autogéré comptabilise aujourd’hui une dizaine de projets, de nombreuses expositions nationales et internationales, ainsi que d’innombrables publications. L’atelier SOA Architectes a lui aussi une production considérable de concepts architecturaux et urbains (dix-sept projets), de nombreuses publications et ont créé en parallèle de ses travaux le LUA (Laboratoire d’Urbanisme Agricole), une plateforme virtuelle qui regroupe des écrits, des réflexions et des publications de plusieurs disciplines autour de la thématique de l’agriculture urbaine. Ainsi, ces deux agences peuvent être qualifiées, à l’heure actuelle, comme les « acteurs architectes » les plus investis et les plus productifs en France. Les raisons pour lesquelles nous avons choisi le territoire français sont liées à la place majeure de celui-ci en terme de production agricole à l’échelle européenne. En effet, d’après les chiffres du mémento de la statistique agricole du ministère de l’Agriculture français, la France est le premier pays européen en terme de surface agricole utilisée, avec un peu plus de 25 millions d’hectares, ainsi que le premier produc13


teur européen (végétal et animal) avec une part variable entre 17,7% et 19,3%. De plus, ce choix est en relation avec le contexte de disparition progressive des exploitations agricoles françaises qui, selon l’Agreste, s’élève à 8,5 % depuis 2010. Le poids économique, culturel et la diminution du nombre d’exploitations agricoles en France ainsi que le nombre et la richesse des projets développés par ces deux ateliers forment l’étude sur laquelle nous nous appuyons. Pour une approche plus exacte et complète de l’analyse, le redessin nous permettra de faire émerger les éléments indispensables à la compréhension des projets et à l’analyse qui en résulte. Dans certain cas, le redessin nous a permis de relever des informations qui n’auraient sûrement pas pu être dévoilées sans cet exercice, comme par exemple les contextes urbains, les rapports et les interactions entre les hommes et les cultures, ainsi que les systèmes techniques employés. De plus, un carnet de projets regroupant l’ensemble des projets de AAA et SOA, nous permettra de visualiser plus précisément les projets analysés. Il sera un outil de référencement lorsqu’un projet est évoqué dans le corps principal de ce travail. Pour finir nous synthétiserons ce développement et nous conclurons en validant ou non l’hypothèse de départ. Puis, nous mettrons en avant les éventuelles nouvelles pistes de réflexions et les ouvertures qui peuvent être faites.

15


Première partie

agriculture urbaine: des causes aux effets Avant de s’interroger sur la place de l’architecte, il est indispensable de saisir la notion d’agriculture urbaine. Pour cela, plusieurs questions forment la démarche de réflexion. En quoi consiste l’agriculture urbaine ? Pour quelles raisons est-elle appliquée ? Quels sont les conséquences de son application dans le domaine alimentaire, économique, social, environnemental et politique ? De quelles façons se matérialise-t-elle et quels sont les acteurs qui participent à cette pratique ?

1.1 État des lieux des systèmes urbains et agricoles mondiaux La crise multiforme À l’ère de « l’urbanisation du monde » (Paquot, 2016), les activités humaines ont un impact majeur sur le fonctionnement et l’équilibre naturel de la terre. L’accroissement de la population mondiale (7,3 milliards d’individus en 2015) entraîne une multiplication considérable des besoins, comme se nourrir, se protéger, se déplacer, se chauffer, etc. Basées majoritairement sur des ressources naturelles non-renouvelables en constante diminution, l’économie et la technique par laquelle l’humanité s’est développée dévoilent aujourd’hui ses limites. La crise multiforme ou crise multidimensionnel en raison de ses origines diverses et de ses impacts à la fois économiques, sociaux et environnementaux, compose une maille complexe de causes à effets tissée par des liens parfois paradoxaux comme notamment le rapport entre ville et campagne. La confrontation ville/campagne Des plus anciennes traces de jardins productifs dans la région mésopotamienne et en Égypte en 7000 av. J.C, en passant par l’Empire romain, l’époque médiévale, jusqu’à la renaissance, l’agriculture et la ville entretenaient une relation interdépendante. Le développement de l’agriculture à permis de produire plus et d’améliorer l’approvisionnement alimentaire. Grâce à elle, les systèmes sociaux se sont développés et complexifiés, tout en augmentant la population mondiale. Aujourd’hui, la confrontation entre la ville et la campagne, par extrapolation la ville et l’agriculture, est un phénomène lié à des mutations urbaines et agricoles. Jusqu’au début du XXème siècle, les villes étaient physiquement délimitées. Elles maintenaient dans leurs périphéries proches les élevages et les terrains d’agricultures nécessaires aux besoins alimentaires des citadins. Ces rapports ont évolués lorsque la modernité a apporté ses innovations techniques. Grâce à un acheminement rapide et un conditionnement des aliments de plus en plus performant (Crouzet, 1996), les villes ont pu s’étendre tout en assurant leurs approvisionnements alimentaires pour former les aires péri-urbaines que nous connaissons aujourd’hui (Vidal, 2011). L’étalement urbain (Newman & Kenworthy, 1989) a ainsi entraîné une disparition progressive des ceintures agricoles ce qui a profondément transformé les rapports ville/campagne, mais également l’agriculture. Les maraîchages de subsistances et les champs de pâturage se sont transformés en d’immenses exploitations agricoles et hangars d’élevages industriels. Aujourd’hui, grâce au marché économique mondial, les flux de circulation de biens se multiplient et se déploient à l’échelle planétaire. Les relations entre ville/campagne sont donc, non seulement de plus en plus distantes mais deviennent, en prenant exemple sur les délocalisations industrielles, des délocalisations territoriales6. Ce système ne repose plus seulement sur une importation additionnelle des denrées d’un pays à un autre, mais sur une réelle dépendance d’approvisionnement. 6 Processus qui consiste à ce qu’un pays investisseur loue ou achète des terrains agricoles d’un pays ciblé pour exploiter et renvoyer la production dans le pays investisseur. 17


World GHG Emissions Flow Chart Sector

E N E R G Y

Transportation

Electricity & Heat

End Use/Activity

13.5%

24.6%

Gas

Road

9.9%

Air Rail, Ship, & Other Transport

1.6% 2.3%

Residential Buildings

9.9%

Commercial Buildings

5.4%

Unallocated Fuel Combustion 3.5% Iron & Steel Aluminum/Non-Ferrous Metals Machinery Pulp, Paper & Printing

Food & Tobacco

Other Fuel Combustion

Industry

9.0%

10.4%

Industrial Processes 3.4%

Land Use Change 18.2%

Chemicals

4.8% 3.8%

Other Industry

5.0%

T&D Losses

1.9%

Oil/Gas Extraction, Refining & Processing

6.3%

18.3% -1.5%

Reforestation Harvest/Management Other

-0.5% 2.5% -0.6% 1.4%

Agriculture Soils

6.0%

Livestock & Manure

5.1%

HFCs, PFCs, SF6 1%

Methane (CH4) 14%

13.5%

Rice Cultivation

1.5%

Landfills Wastewater, Other Waste

2.0% 1.6%

Other Agriculture

Waste

Carbon Dioxide (CO2) 77%

1.4%

Deforestation Afforestation

Agricultural Energy Use

Agriculture

1.4% 1.0% 1.0% 1.0%

Cement

Coal Mining

Fugitive Emissions 3.9%

3.2%

3.6%

0.9%

Nitrous Oxide (N2O) 8%

Sources & Notes: All data is for 2000. All calculations are based on CO2 equivalents, using 100-year global warming potentials from the IPCC (1996), based on a total global estimate of 41,755 MtCO2 equivalent. Land use change includes both emissions and absorptions; see Chapter 16. See Appendix 2 for detailed description of sector and end use/activity definitions, as well as data sources. Dotted lines represent flows of less than 0.1% percent of total GHG emissions.

fig.1: représentation des multiples sources de pollution causées par les activitées humaines. (source: IPCC, 2000)


Pour la première fois depuis l’histoire des hommes, la population urbaine est égale à la population rurale et les estimations de la FAO annoncent qu’à l’horizon 2050, « la population mondiale avoisinera les 10 milliards d’individus dont 80% vivront en milieu urbain ». Cet accroissement continue de la population urbaine entraîne une accélération du phénomène d’étalement urbain. L’expansion des villes est à l’origine de nombreux dégâts environnementaux comme notamment la disparition des espaces de nature et agricole, l’augmentation des gaz à effet de serre en raison des déplacements motorisés (déplacement de la population et approvisionnement des denrées alimentaires), la multiplication de surfaces artificielles imperméables causant un appauvrissement des sols, etc. De plus, d’après les statistiques de l’OMS (2010), les villes sont actuellement responsables de plus de 60 % des émissions de gaz à effet de serre (fig.1) et les citadins sont particulièrement vulnérables aux conséquences du changement climatique et aux maladies chroniques liées à la pollution de l’air. La mutation des systèmes agricoles et d’élevages En parallèle, l’agriculture et l’élevage sont eux aussi à l’origine de nombreux dégâts environnementaux et sanitaires. Sous forme d’exploitation en monoculture, l’agriculture intensive entraîne une désertification des terrains agricoles, une consommation excessive en eau et en traitement chimiques qui participent à la perte de la biodiversité et à l’augmentation de la saturation de l’air. L’élevage intensif participe également à la pollution de l’air, des sols et de l’eau par l’alimentation des animaux (produit issus majoritairement de l’agriculture intensive), les déjections animales, le transport, etc. De plus, les rendements agricoles sont aujourd’hui à leur maximum, alors que la démographie ne fait qu’augmenter. Selon la FAO, à l’heure actuelle, un milliard d’êtres humains souffrent de sous-alimentation chronique et deux milliards de malnutrition et « d’ici 2050, les besoins en nourriture seront accrus de 70%. Or, aujourd’hui, 80% des terres arables mondiales sont déjà exploitées dont 15% sont improductives pour cause de saturation et salinisation des sols dues à la monoculture et à la surexploitation agricole. »7 Il manquerait d’ici 2050, l’équivalent de la surface du Brésil en terre agricole pour produire de quoi nourrir la population mondiale8. Cette perspective de crise alimentaire projète une fragilité supplémentaire quant à la sécurité alimentaire. Rappelons par ailleurs que « la sécurité alimentaire est assurée quand toutes les personnes, en tout temps, ont économiquement, socialement et physiquement accès à une alimentation suffisante, sûre et nutritive qui satisfait leurs besoins nutritionnels et leurs préférences alimentaires pour leur permettre de mener une vie active et saine »9. Le rôle néfaste de l’agriculture et de l’élevage intensif sur l’environnement, l’incapacité du système agro-alimentaire à répondre aux besoins mondiaux, la perspective d’une sécurité alimentaire défaillante dans les pays riches, mais aussi la perte de rapports entre l’agriculteur et le consommateur, l’altération de la qualité et de la diversité des produits participent à la transformation du regard des citadins porté sur ces espaces pourtant indispensables à leur survie. L’agriculture est aujourd’hui perçue comme une source de nuisances, un monde étranger dédié au marché global (Vidal, 2011). De fait, un mécanisme paradoxal s’enclenche. D’une part la population mondiale augmente entraînant des besoins alimentaires de plus en plus importants et d’autre part les villes grandissent et s’étalent sur les terrains agricoles causant la raréfaction des terres arables et ne permettent plus de produire suffisamment de denrées alimentaires nécessaires à la population. Or, ce mécanisme n’est pas un fait nouveau et son résultat non plus. L’histoire nous rappelle que certaines civilisations anciennes, comme les Mayas, ont disparu en raison d’un approvisionnement alimentaire insuffisant pour l’ensemble de la population. La surpopulation et le manque de terre arable, dût à la surexploitation, ont déclenché des guerres civiles entre différents groupes tribaux qui a conduit à leur autodestruction et la chute de leurs civilisations (Morley, 1947). Le processus qui à mené cette disparition est semblable à celui d’aujourd’hui. À un détail près, le mécanisme concerne à présent la grande majorité des établissements humains à travers le monde. 7 Food and Agriculture Organization of the United Nations, Food and Nutrition in Numbers, Rome, 2014. 8 J.P. Charvet, Atlas de l’agriculture, comment nourrir le monde en 2050 ?, Collection Atlas/Monde, Autrement, 2010, 96 pages. 9 FAO, Notes d’orientation n° 2, juin 2006, définition appliquée lors du Sommet mondial de l’alimentation de 1996. 19


Bien que ce soit devenu, selon Blanc, Lizet et Dubost « une banalité de dire que la crise est multiforme et que l’enjeu de la ‘‘durabilité’’ de la planète habitée par les humains et les autres espèces, consiste à tendre vers une maîtrise harmonieuse des facteurs économiques, sociaux et environnementaux »10, il est nécessaire de comprendre son processus en ciblant certains phénomènes et leurs interactions. Il semblerait alors qu’une partie de cette crise multidimensionnelle soit rattachée à l’urbanisme et à l’agriculture. Face à ce constat, il est nécessaire de ré-imaginer le fonctionnement urbain et agricole. Dans cette perspective, l’agriculture urbaine se développe dans de nombreuses villes du monde et témoigne d’un besoin alimentaire et économique, ainsi qu’une prise de conscience sur les impacts environnementaux préjudiciables de l’agriculture et de l’élevage intensif.

1.4 Vers une définition de l’agriculture urbaine Définir l’agriculture urbaine permet d’esquisser toute la complexité de cette notion. Il existe de nombreuses définitions, chacune mettant en évidence ses caractéristiques comme sa localisation (intra, péri-urbaine), ses fonctions interrelationelles avec la ville, ses ressources partagées avec le monde urbain, ainsi que ses différents acteurs et systèmes de production. Des débats s’engagent depuis plusieurs années afin de définir au mieux ce terme. Dans l’article « Pour une définition de l’agriculture urbaine : réciprocité fonctionnelle et diversité des formes spatiales »11, Paula Nahmías et Yvon Le Caro développent plusieurs de ces définitions: Définition de la FAO : « l’agriculture urbaine et périurbaine (AUP) se réfère aux pratiques agricoles dans les villes et autour des villes qui utilisent des ressources – terre, eau, énergie, main d’oeuvre – pouvant également servir à d’autres usages pour satisfaire les besoins de la population urbaine. L’agriculture urbaine (AU) se réfère à des petites surfaces (par exemple, terrains vagues, jardins, vergers, balcons, récipients divers) utilisées en ville pour cultiver quelques plantes et élever de petits animaux et des vaches laitières en vue de la consommation du ménage ou des ventes de proximité »12. Si cette définition fait la distinction entre agriculture urbaine et agriculture périurbaine, selon Paula Nahmías et Yvon Le Caro, elle ne prend pas en compte ni le rôle, ni le statut, ni la multiciplicité des acteurs et ne considère pas les fonctionnalités de l’agriculture au regard de la ville. Définition de Moustier (économiste et directrice de l’UMR Moisa) et Mbaye (agronome): « l’agriculture périurbaine – correspondant à l’agriculture urbaine selon la terminologie anglosaxonne – est considérée comme l’agriculture localisée dans la ville et à sa périphérie, dont les produits sont destinés à la ville et pour laquelle il existe une alternative entre usage agricole et urbain non agricole des ressources; l’alternative ouvre sur des concurrences, mais également sur des complémentarités entre ces usages : foncier bâti et foncier agricole; eau destinée aux besoins des villes et eau d’irrigation; travail non agricole et travail agricole; déchets ménagers et industriels et intrants agricoles; coexistence en ville d’une multiplicité de savoirfaire due à des migrations, cohabitations d’activités agricoles et urbaines génératrices d’externalités négatives (vols, nuisances) et positives (espaces verts). »13 Fondée sur une approche d’écologie urbaine, cette définition, selon les auteurs, ne met pas suffisamment en avant les différents acteurs qui « font » cette agriculture et semble négliger le rôle social des habitants et la dimension habitante de l’agriculture urbaine. 10 J. Blanc, B. Lizet et F. Dubost, Vivables, Vivantes et vivrières : de nouveaux espoirs pour la ville ?, Revue d’ethnoécologie n°8, 2015, p.4. 11 P. Nahmías & Y. Le Caro, Pour une définition de l’agriculture urbaine : réciprocité fonctionnelle et diversité des formes spatiales, Environnement Urbain / Urban Environment, vol. 6, 2012, p. 1-16. 12 Food and Agriculture Organization of the United Nations, The state of food insecurity in the world , Rome, 1999, 32 pages. 13 P. Nahmías & Y. Le Caro, op. cit. 21


Fonction sociale/pédagogique

Fonction environnementale Fonction économique Fonction alimentaire Agriculture urbaine réactive fig.2: deux processus d’agriculture urbaine (d’après schéma, source: Aubry & Pourias, 2013)

Agriculture urbaine proactive


L’analyse apportée par Paula Nahmías et Yvon Le Caro démontre que s’il n’est pas simple de définir l’agriculture urbaine, c’est tout d’abord en raison de son champ interdisciplinaire. Cette notion touche de nombreux domaines qui, au détriment d’une simple définition, lui confère une richesse sémantique. La définition qui semble introduire la complexité de cette notion et sur laquelle nous nous référerons pour la suite de ce développement défini l’agriculture urbaine comme: « la culture de plantes et l’élevage d’animaux pour la nourriture et d’autres usages, dans et autour de villes de dimensions variées, et des activités reliées comme la production et la fourniture d’intrants, la transformation et la vente des produits. L’agriculture urbaine est située dans ou aux franges de la ville et comprend une grande diversité de systèmes de production, depuis ceux d’auto-subsistance à l’échelle du ménage jusqu’à des systèmes entièrement dédiés à la commercialisation »14. Distinctions entre deux catégories d’agriculture urbaine Il est très important de différencier l’agriculture urbaine selon les principales motivations impulsées par les habitants. L’agriculture urbaine possède des fonctions alimentaires, économiques, environnementales et sociales qui peuvent être hiérarchisées selon si elle est située dans les villes des pays industrialisés, dits « du Nord », ou dans les villes des pays en développement, dits « du Sud ». Cette classification défendu par Christine Aubry et Jeanne Pourias15 fait apparaître deux processus d’agriculture urbaine (fig.2). Le processus d’agriculture urbaine proactive, situé dans les pays industrialisés et urbanisés, où l’approvisionnement alimentaire des villes s’organise par un réseau de grande distribution. Dans ce cadre, le rôle de l’agriculture urbaine se base sur une volonté de consommer mieux et fait appel à une production d’ordre qualitative. À l’inverse, le processus d’agriculture urbaine réactive, généralement situé dans les pays peu industrialisés et moins urbanisés, où l’approvisionnement alimentaire est majoritairement issus de l’auto-production. Ici, la fonction de l’agriculture urbaine est relative à un besoin de nourriture et fait donc appel à une production plus quantitative que qualitative. La distinction entre ces deux processus agricoles urbains permet de saisir les logiques dans lesquelles apparaît ou évolue l’agriculture urbaine. D’un côté l’agriculture urbaine réactive satisfaitun besoin alimentaire immédiat, de l’autre elle est proactive et impulsée par une volonté d’ordre social et environnemental.

1.2 La résurgence de l’agriculture urbaine «L’agriculture a toujours fait partie de l’histoire des villes. Ce qui varie, c’est plutôt la manière pour les différents acteurs que sont les habitants, les gestionnaires et l’État, de lui assigner un rôle»16. L’expression agriculture urbaine peut sembler antinomique car elle fait appel à deux univers sensiblement opposés: la ville et la campagne. En effet, si l’activé de production est très généralement liée à l’idée de campagne, elle est rarement associée à l’idée de ville. Pourtant, la proximité des villes et des campagnes ainsi que la présence d’agricultures et d’élevages intra-urbaines est, comme nous l’avons constaté, un phénomène aussi vieux que les villes elles-mêmes. Pour pratiquer l’agriculture, les hommes devaient s’établir dans des endroits précis, sur des terrains fertiles, ce qui a conduit l’homme à résider dans des logements permanents constituant ainsi au début de la vie de village (Bertman, 2003). C’est pour cette raison que l’agriculture à été considérée comme l’un des principaux facteurs de la civilisation humaine. L’agriculture urbaine n’est donc pas un phénomène récent, ce qu’il est cependant, c’est les raisons qui ont entraînée sa résurgence. 14 R. Van Veenhuizen, Cities Farming for the Future: Urban Agriculture for Green and Productive Cities, ed. René van Veenhuizen, 2006, page 2. 15 C. Aubry et J. Pourias, op. cit. 16 P. Donadieu et A. Fleury, L’agriculture, une nature pour la ville ?, Nature en ville, page 33. 23


Dimension économique Santé

Éducation

Agriculture urbaine

Dimension environnementale

Sécurité alimentaire

Dimension sociale

Loisir Aménagement urbain

fig. 3: les dimensions de l’agriculture urbaine


En France, sa réapparition se fait à partir de 1896 sous l’impulsion de l’association « La ligue du coin de terre et du foyer » fondée par l’abbé Lemire, prêtre démocrate chrétien d’origine paysanne et homme politique influent (Dubost, 1997). Selon Pascale Scheromm, cette mobilisation vise dans un premier temps à lutter contre l’alcoolisme des ouvriers provenant des campagnes pour travailler en ville. Mais le rôle alimentaire de ces jardins ouvriers apparaît pleinement durant les deux guerres mondiales où ces espaces participent à la sécurité alimentaire des familles. Cette fonction perdra peu à peu de son importance après 1945, en faveur d’une fonction de loisir liée à la pratique du jardinage. Ces jardins familiaux sont alors définis comme « des terrains divisés en parcelles, lesquelles sont affectées à des particuliers y pratiquant le jardinage pour leurs propres besoins et ceux de leur famille, à l’exclusion de tout usage commercial » (article L 561-1 du Code rural). À la fin des années 1990, une nouvelle forme de jardins collectifs fait son apparition en France, que l’on nommera les jardins partagés. Les fonctions sociales et environnementales de ces jardins s’affirmeront dans les années suivantes, notamment au cours du premier forum national du jardinage et de la citoyenneté qui s’est tenu à Lille en 1997. Cette notion de jardin partagé renvoie à « un jardin conçu, construit et cultivé collectivement par les habitants d’un quartier ou d’un village, ayant pour objet de développer des liens sociaux de proximité par le biais d’activités sociales, culturelles ou éducatives et étant accessibles au public »17. Sa qualification première s’appuie sur des valeurs de solidarité, de convivialité, de lien et de partage entre les générations et les cultures, mais aussi de respect de l’environnement. Les jardins collectifs se sont ainsi implantés dans les villes à la croisée des mouvements citoyens et des politiques d’urbanisme et d’environnement. Ils sont devenus depuis les années 1990, un enjeu de politique urbaine (Guyon, 2008), avec notamment la création d’un ministère chargé de la Ville, ainsi que treize sous-préfets. En France, l‘agriculture urbaine qui a longtemps été rejetée, considérée comme une activité marginale sans aucun espace dans les villes (Redwood, 2009), a été, depuis les années 1980, placée sur l’agenda politique comme une stratégie de « développement durable » en général, et de « villes durables » en particulier (Hamm et Al, 2003), avec notamment la création du DSQ (Développement Social des Quartiers), des ZEP (Zones d’Éducation Prioritaire) et du FSU (Fonds Social Urbain). Cette activité a été reconnue pour son apport bénéfique sur la santé de la population mondiale, pour la première fois en 1996 à la Conférence internationale des Nations Unies.

1.3 Les fonctions de l’agriculture urbaine La réapparition de l’agriculture en ville est une des réponses aux troubles entraînés par la crise. Parmi les chapitres des « Cahiers des signaux faibles, penser autrement les modes de vie en 2030  »18 publiés en décembre 2014, l’agriculture urbaine possède une place importante dans les volontés du ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie. Présente dans le chapitre « des forces de transformation agissant à l’échelle locale », l’agriculture urbaine est mise en avant pour sa fonction économique, notamment pour le développement de monnaies locales et l’impulsion de dynamiques locales en constituant ou reconstituant une infrastructure économique. Outre la dimension alimentaire, l’agriculture urbaine engage des processus aux fonctions multiples et complémentaires qui enrichissent sa complexité et justifie sa résurgence. Fonction économique L’économie entraînee par l’agriculture urbaine peut se diviser en deux systèmes: l’économie marchande et non-marchande (autoconsommation, échange, troc, etc.). À noter cependant qu’au sein d’un même espace, ces deux systèmes peuvent coexister (ça peut être le cas des jardins partagés). Selon Silvia Pérez-Vitoria19, dans la majorité des cas, les aliments sont autoconsommés, mais il arrive 17 P. Scheromm, Les jardins collectifs, entre nature et agriculture, Métropolitiques, 13 mai 2013, page 1. 18 Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, Cahiers des signaux faibles, penser autrement les modes de vie en 2030, Tome 2, décembre 2014. 19 S. Pérez-Vitoria, L’agriculture urbaine, alternative agricole ou alternative urbaine ?, Revue d’ethnoécologie 8, 2015, page  3. 25


Circuit long

Producteur

Entreprise agroalimentaire ou coopérative

Circuit court

Consommateur

Grossiste

Centrale d’achat

Grande surface

Consommateur

fig. 4: les deux grandes catégories de distribution


que la récolte soit revendue en raison d’un sur-plus de production, ce qui constitue une économiesubsidiaire. Elle peut aussi être inscrite dans une volonté de rentabilité en produisant plus d’aliment que nécessaire. Dans le cadre d’une commercialisation, celle-ci peut parfois être professionnelle. Le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) estime qu’à travers le monde, 800 millions de « paysans urbains » fournissent entre 15 et 20 % de la nourriture mondiale et environ 200 millions commercialisent leur production et donnent du travail à 150 millions de personnes (PNUD, 1996). Parmi les deux grandes catégories de distributions (fig.4), les circuits courts sont souvent utilisés pour la commercialisation des produits. Les formes de circuits courts peuvent s’opérer par ventes directes à la ferme (cueillette sur place), coopératives, points de vente collectifs des producteurs, magasins de producteurs, distributeurs automatiques ou par un système solidaire de paniers tel que les AMAPs (Associations pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne). Ce dernier lie annuellemenent un ou plusieurs producteurs à des consommateurs, unis par un contrat stipulant un type de production, une diversité et une quantité de produit (fruit, légume, viande, etc.), un rythme de livraison et un paiement à l’avance. Le prix du panier est fixé de manière équitable, il permet au producteur de couvrir ses frais de production et de dégager un revenu décent, tout en étant abordable pour le consommateur. Il est en général proche de celui d’un panier composé des mêmes produits en grande surface. Ce prix est rendu possible du fait de l’absence d’intermédiaires, d’un emballage minimum voire inexistant et de l’absence de gâchis au niveau des produits (tout ce qui est produit est consommé). Ce principe est d’une part valorisant pour le producteur et d’autre part permet de diminuer le prix des denrées en reportant les coûts sur la totalité de la production. L’AMAP, est un système de « consomm-action » (Dubuisson-Quellier et Lamine, 2004) aussi présent au Québec, aux États-Unis, en Angleterre, au Japon, en Suisse et en Belgique. Les circuits courts permettent de préserver une production et un achat local et participe ainsi à revalorisation du système économie locale. Comme le souligne Isabelle Laudier & Philippe Serizier: « l’émergence de logiques économiques plus intégrées au niveau local contribue à l’efficacité des territoires, ce qui se traduit dans certains cas par la reconstitution d’un certain nombre de filières locales en permettant une meilleure connexion entre des ressources et des besoins locaux »20. Fonction sociale Profondément ancrée dans une représentation de ville-nature, l’agriculture urbaine se présente comme un lieu médian entre ville, nature et agriculture qui peut participer à l’amélioration du cadre de vie urbain. Elle renoue les liens entre le citadin et l’agriculture, le rapport à la terre, à la nature productive, mais aussi au temps de la nature différent de celui de la ville. Comme l’indique André Torre & Lise Bourdeau-Lepage : « le développement d’une agriculture urbaine est ainsi porteur d’avantages de nature esthétique et d’embellissement de la cité ; on peut également en attendre des développements en matière de tourisme vert, ou de balades identitaires et patrimoniales dans la ville »21. Cette dimension paysagère et artistique est particulièrement vraie dans les pays du Nord22, où l’agriculture urbaine naît principalement d’une volonté sociale23. Dans cette perspective, l’agriculture urbaine permet des expérimentations sociales en créant une multiplicité de liens sociaux entre les agriculteurs professionnels et les citadins, entre les agriculteurs professionnels et amateurs, etc. Lieux d’échange et de partage, elle participe à la transmission des savoir faire et des pratiques « pour des citadins ayant oublié ou ne sachant plus comment pousse une plante ou comment un fruit se transforme en terre agricoles »24, ce qui lui confère une fonction pédagogique. C’est le cas notamment des fermes pédagogiques, qui permettent aux jeunes urbains de découvrir et d’apprendre le monde de l’agriculture. 20 I. Laudier & P. Serizier, Les circuits courts, un outil au service du développement territorial intégré, Métroropolitiques, 3 juillet 2015, page 2. 21 A. Torre & L. Bourdeau-Lepage, Quand l’agriculture s’installe en ville… Désir de nature ou contraintes économiques ?, Métropolitiques, 6 février 2013. 22 S. Pérez-Vitoria, op. cit. page 4. 23 C. Aubry et J. Pourias, op. cit. 24 S. Pérez-Vitoria, ibid. 27


Pratiquée en tant que loisir, elle permet au jardinier de se rapprocher d’une nature urbaine. Comme le dénote Pascale Scheromm, « dans certains cas le fait de jardiner relève d’un véritable engagement dans une pratique agricole, ou plus largement dans la construction d’une société où l’agriculture familiale retrouverait une place de choix »25. Cette dimension apparaît aussi dans des processus d’insertion sociale26 qui recouvrent la lutte contre la pauvreté, l’exclusion, les discriminations et favorisent l’accès aux ressources. Visions qui par ailleurs s’intègrent dans les volontés politiques de la SNDD (Stratégie Nationale de Développement Durable 2010-2013) parmi les neufs défis de stratégie nationale de développement durable dans le chapitre démographie, immigration, inclusion sociale. Fonction environnementale Les bénéfices auxquels peut contribuer l’agriculture urbaine envers l’environnement se situe d’une part dans le principe d’intégration d’espace de nature en ville et d’autre part dans la méthode de production et de distribution des aliments. Les espaces de culture en ville permettent d’améliorer la biodiversité en offrant des biotopes aux biocénoses urbains et participent à la diminution du phénomène d’îlot chaleur27. Qu’ils utilisent des méthodes agricoles de type hydroponique, permacole ou plus généralement biologiques28, les cultivateurs urbains portent une attention particulière à une méthode de production saine et responsable à la fois pour leur santé, mais aussi pour l’environnement, en réduisant ou en suppriment par exemple l’usage de certains produits nocifs. Par la production et la consommation de produits issus d’une agriculture urbaine responsable, le consommateur se retire (partiellement ou totalement) du système agro-alimentaire fortement basé sur une agriculture intensive. La filière courte et locale permet, en plus des avantages économiques, de réduire les émissions de gaz à effet de serre issus des machines agricoles, des transports entre le lieu de production et le lieu de vente et permette de créer un système de boucle fermée par le recyclage des déchets organiques. Ces déchets sont récupérés pour créer du compost qui est utilisé sur les terres agricoles comme fertilisant ce qui permet de réduire les déchets communs et supprimer l’apport de fertilisants extérieurs. Dans une problématique et un contexte très différent, l’agriculture urbaine peut faire partie d’un ensemble permettant l’équilibre environnemental local. C’est le cas notamment à la Plaine Nord d’Antananarivo en Madagascar, où Awa Ba et Christine Aubry29, qualifient la riziculture comme « le moyen le plus sûr et le moins cher de contenir les crues du fleuve et les risques d’inondation de la ville basse. Ainsi, 2000 ha de rizières sont inscrits dans le nouveau plan directeur urbain comme non urbanisables au nom de cette double fonction environnementale et alimentaire ». Les obstacles à l’agriculture urbaine À travers les villes du monde, l’agriculture urbaine se développe comme un outil multifonctionnel, à la fois inscrit dans un processus d’auto-subsistance alimentaire, notamment dans les pays du « Sud » et une démarche environnementale plus responsable ainsi qu’une ré-appropriation des espaces urbains au bénéfice d’une cohésion sociale. Cependant, l’agriculture urbaine est confrontée à de nombreux obstacles. Elle entre en compétition avec d’autres usages des sols urbains. La reconquête d’espaces libres dans le tissu urbain est difficile en raison des sols occupés, artificialisés ou médiocres pour un usage agricole. Non seulement secs, tassés, riches en nitrates et quelquefois pollués, les sols urbains sont rarement favorables à l’installation de pratiques agricoles. Une des plus importantes limites au déploiement de l’agriculture en ville est justement liée à la qualité médiocre des sols urbains. Une étude menée par l’Université Technique de Berlin montre que les aliments cultivés en ville peuvent être sujet à un fort taux de pollution notamment dans les zones de trafic 25 P. Scheromm, op. cit. 26 B. Nougarèdes, Quelles solutions spatiales pour intégrer l’agriculture dans la ville durable ? Le cas des « hameaux agricoles » dans l’Hérault, Norois n°221, 2011, page 55. 27 Phénomène d’élévation de température localisée en milieu urbain par rapport aux zones rurales voisines. Les îlots thermiques sont des microclimats artificiels provoqués par les activités humaines (centrales énergétiques, échangeurs de chaleur...) et l’urbanisme (surfaces sombres qui absorbent la chaleur, comme le goudron) 28 S. Pérez-Vitoria, op. cit. page 3. 29 A. Ba & C. Aubry, Diversité et durabilité de l’agriculture urbaine : une nécessaire adaptation des concepts ?, Norois n°221, 2011, page 11. 29


habitants, associations, agriculteurs, collectivités territoriales, agences d’entretien, entreprises privées, écoles, cantines, restaurents, architectes, paysagistes, urbanistes, chercheurs, institutions

marchand, non-marchand, les deux

Systèmes

Acteurs

champs, friches, délaissés, dalles (parking, places, etc.), toits, anciens sites industriels, pied d’immeuble

Lieux

Multiplicité des formes d’agriculture urbaines

Support de production

Productions

légumes, fruits, herbes, champignons, poissons, miel, oeuf, poules, céréales

Systèmes de distributions

cueillette sur place, troc aux plantes, marchés, système de paniers, magasin de producteurs, magasins à la ferme, grande distribution, restaurent, table d’hôte fig. 5: multiplicité des fromes d’agriculture urbaines

pleine terre, hors-sol, terre rapportée, substrats, eau


routier très élevé. Ina Säumel, responsable de l’étude, explique que « les légumes issus des jardins urbains peuvent être, en comparaison avec des productions standard des supermarchés, pollués par de multiples métaux lourds. Certains ont même dépassé les limites fixées par l’Union européenne pour l’alimentation »30. De plus, lorsque l’agriculture urbaine trouve une place dans la ville, elle s’installe souvent sur des terrains provisoirement inoccupés mais toujours menacés par la pression immobilière. Comme le souligne Jean-Noël Consalès, « ces zones de culture sont bien souvent perçues comme des réserves de terrains à bâtir, susceptibles d’engendrer de substantielles plusvalues »31. Selon lui, l’agriculture urbaine doit composer avec le territoire et établir un équilibre entre le bâti et le non-construit, instaurer des rapports de complémentarité et mettre en cohérence des logiques d’acteurs souvent opposées. Dans le cadre des jardins partagés et familiaux, la difficulté d’accession à une parcelle agricole (en raison de demandes plus importantes que les espaces disponibles) entraîne dans certain cas plusieurs années d’attente avant qu’un lopin de terre se libère. De plus, l’agriculture urbaine se heurte au fait que beaucoup d’espèces animales ou végétales ne sont pas en mesure de vivre, de pousser ou de survivre de manière spontanée sur les terrains urbains qu’elles occupent (Machon, 2011), car ces espaces sont soumis à la forte pression des citadins et à leurs nombreuses activités.

1.5 Les acteurs Trois grands acteurs peuvent être à l’origine de l’apparition d’une pratique agricole urbaine: les citadins, les professionnels agricoles et les institutions politiques. Ces trois acteurs opèrent grâce à des stratégies différentes selon s’ils se trouvent dans les pays du « Nord » ou du « Sud ». « Dans les pays du Sud, ce sont très généralement les urbains pauvres, en majorité des femmes, qui travaillent dans ce secteur »32. Dans sa dimension alimentaire, l’agriculture urbaine devient une nécessité pour répondre aux besoins vitaux des habitants. Le processus d’investissement spatial est impulsé par les habitants eux-même qui s’installent sur des terres inutilisées ou laissées à l’abandon. C’est le cas notamment de la ville de Détroit (qui démontre par ailleurs que le besoin alimentaire n’est pas seulement subit par les pays du « Sud »). Il arrive parfois que les politiques de la ville instaurent ou développent une pratique agricole urbaine, qu’elle soit à l’origine des citadins et développée par la municipalité comme par exemple la ville de Rosario en Argentine ou instaurée directement par le gouvernement et appliquée par les citoyens et les professionnels comme pour la ville de La Havanne. « Dans les pays du Nord, ce sont aussi les personnes appartenant aux milieux les plus défavorisés qui sont impliquées, mais les membres des classes moyennes s’y intéressent de plus en plus »33. Lorsqu’elle est à l’origine des citadins, l’agriculture urbaine peut prendre différentes formes d’organisation: seuls, réunis en associations ou en collectivités territoriales initiées par des habitants, des établissements privés, des établissements scolaires, ou encore des restaurateurs. Depuis plusieurs années des initiatives provenant du tissu associatif ou des riverains émergent progressivement, comme par exemple les réseaux Terres en villes, Terres de liens, ou PURPLE au niveau européen, dont l’objet est de favoriser une gestion concertée de l’agriculture et des espaces agricoles périurbains et d’encourager l’installation de paysans et d’activités agricoles à proximité des villes34. Selon Éric Duchemin : « le développement d’une vision intégrée de l’agriculture urbaine incluant l’alimentation doit être à l’ordre du jour des métropoles, mais aussi des villes, municipalités et communautés urbaines plus petites. Et pourquoi pas de villages, dont les citoyennes et citoyens n’ont pas nécessairement accès à des aliments de proximité frais et de qualité ? »35 30 Université Technique de Berlin, Wie gesund ist Gärtnern in der Stadt?, trad. (L’agriculture urbaine produit-elle des légumes de bonne qualité ?), dépêche IDW, communiqué de presse de la TU Berlin, juillet 2012. 31 J.N Consalès, Les jardins familiaux de Marseille, Gênes et Barcelone, Rives nord-méditerranéennes n°15, 2003, page 3. 32 S. Pérez-Vitoria, op. cit. page 3. 33 Ibid. 34 A. Torre & L. Bourdeau-Lepage, op. cit. 35 É. Duchemin, Agriculture urbaine: aménager et nourrir la ville, Vertigo, Canada, 2013, page 11. 31


En France, la promulgation des lois SRU de 2000 (Solidarité et Renouvellement Urbains) et les Grenelles de l’Environnement de 2007, entraînent les collectivités territoriales à maintenir et développer les pratiques agricoles urbaines et péri-urbaines. Qu’il s’agisse de documents d’urbanisme tel que le SCoT (Schémas de Cohérence Territoriale), le SRCE (schémas Régionaux de Cohérence Écologique), le PLU (Plan Local d’Urbanisme) ou des contractualisations locales comme notamment le SDRIF (Schéma Directeur de la Région Île-de-France), des dispositifs fonciers sont mis en place en faveur de l’agriculture de proximité : zones agricoles protégées, périmètres de protection et de mise en valeur des espaces agricoles et naturels périurbains, îlots fonciers, chartes foncières ou projets agri-urbains. Synthèse Les mutations économiques, sociales et environnementales induites par la crise ont permis une prise de conscience de la part des citadins sur leur vulnérabilité vis-à-vis des fluctuations et de l’instabilité du commerce agro-alimentaire mondial. Dans ce cas, l’agriculture urbaine permet une autonomie alimentaire totale ou partielle et permet de répondre aux préoccupations quant à la méthode de production, la qualité des produits et leur provenance. Dans certains cas, elle permet de faire des économies sur l’achat des denrées alimentaires et participe à une économie substantielle par la vente du surplus de production. Lorsque le système alimentaire global n’est plus en mesure de répondre aux besoins des citadins, l’agriculture urbaine devient une nécessité. La production et la récolte des denrées alimentaires deviennent un moyen de subsistance. L’agriculture urbaine permet d’augmenter la résilience urbaine en terme d’approvisionnement alimentaire. En parallèle, la réapparition d’une pratique agricole urbaine résulte d’une volonté de réduire son empreinte écologique sur l’environnement. Cultiver ses aliments diminue la demande et donc la production issus de l’agriculture industrielle. Profondément liée au désir de nature, elle participe aussi à l’apparition d’une biodiversité urbaine, à l’amélioration du cadre de vie et d’une certaine façon, contribue à la reconnexion entre citadin et nature. Certaines formes d’agriculture urbaine, comme les jardins partagés ou familiaux favorisent les échanges, le partage entre les citoyens et peuvent créer de nouvelles dynamiques et devenir des espaces fédérateurs d’un quartier. Comme le soutenait déjà Junichirô Tanizaki en 1933 : « il faut convenir qu’à l’heure actuelle le goût des villageois est infiniment plus sûr que celui des citadins et, dans un certain cas, il y a là un luxe que nous ne savons même plus imaginer. »36 Dans le contexte d’un Japon en mutation, profondément influencé par la culture occidentale et l’industrialisation, Junichirô Tanizaki soulève la distinction, qui peut être aisément transposée à notre culture et à notre époque, entre le goût des villageois, qui ont une alimentation plus sûre, en termes de qualité et de provenance, et celle des citadins qui est plus incertaine. La qualité gustative des aliments est un facteur important dans les pratiques agricoles en ville. Le goût des produits consommés à maturité devient alors « un luxe » que les urbains peuvent reconquérir. Qu’elle soit à l’origine d’une volonté ou d’un besoin instauré par des mobilisations citoyennes ou des politiques, l’agriculture urbaine se diversifie en une multitude de formes, techniques et localisations. Elle démontre ainsi une faculté d’adaptation aux lieux dans lesquels elle s’installe: sur les terrains non constructibles, les franges urbaines, les friches ou plus généralement sur les délaissés urbains. L’agriculture interstitielle structure la ville et requalifie les espaces qui n’ont pas ou plus de fonction envers la ville et ses habitants. Mais elle est également présente dans les jardins privés, au pied des immeubles, sur les toits, les terrasses et les balcons. Dans ce cas, l’agriculture urbaine s’installe dans ou autour d’un espace qualifié par une architecture. Dans cette perspective les architectes participent à ce mouvement de réflexion en proposant des concepts novateurs ou conservateurs de formes d’agricultures et de production alimentaire en ville.

36 J. Tanizaki, Éloge de l’ombre, traduit par René Sieffert, Verdier, 1978, page 83. 33


Deuxième partie

architecte et agriculture urbaine: la prédominance de la ferme verticale

Ayant appréhendé la notion d’agriculture urbaine, les rôles de l’architecte peuvent être explorés à travers des interrogations. Depuis quand le lien entre l’architecte et l’agriculture urbaine existeil ? De quelle façon ce domaine évolue-t-il ? Quelles sont les relations actuelles entre l’architecte et l’agriculture urbaine ? Comme nous le verrons, cette dernière question nous amène à une certaine prédominance du modèle de la ferme verticale. Ainsi, en quoi consiste le concept de ferme verticale ? Comment se matérialisent ces tours dans l’imaginaire des architectes ? Est-ce un modèle viable ? Quelless sont les interrogations et les critiques émises face à ce concept ?

2.1 L’architecte et l’agriculture urbaine, une relation intemporelle Regard historique L’architecture et l’agriculture ont toujours entretenu une relation forte. Témoin de cette contiguïté, les jardins suspendus de Babylone (vers 600 av. J.-C.), l’Empire perse de Darius (vers 550 av. J.-C.) où se trouvaient des constructions hydrauliques permettant d’exploiter pleinement des ressources d’eau rares (Mougeot, 1995) et les villes du Moyen Âge où l’on remarque dans les cours des abbayes et en partie arrière de certaines habitations, des potagers et des espaces de culture d’autosubsistance (Leguay, 2009; Nourry, 2008). Par la suite, plusieurs urbanistes et architectes modernes ont élaboré des plans d’aménagement en préconisant des espaces de nature et d’agriculture. Parmi les iconographies du mouvement moderne, Cerdà et le plan d’extension de la ville de Barcelone, la cité-jardin d’Howard et Le Corbusier qui conçoit en 1930 le projet de Ferme radieuse, puis plus tard celui de Village radieux. Ce dernier est composé de structures nécessaires à une vie coopérative: des logements, des étables, un silo, une grange, mais aussi des jardins potagers, un poulailler et un verger. Cette réflexion architecturale détermine le rôle majeur de l’agriculture comme un élément indivisible de l’établissement d’une société. Cette relation entre l’agriculture et l’architecte s’affirme dans l’ouvrage publié en 1945, Les Trois Établissements humains, avec l’Unité d’exploitation agricole qui définit précisément l’un de ces trois établissements qui fondent le territoire. Plus récemment, les architectes et urbanistes participent à ce mouvement en proposant d’autres concepts, comme notamment André Viljoen et Katrin Bohn. Dans l’ouvrage « Second Nature, urban agriculture »37, les auteurs proposent une exploration approfondie de l’agriculture du point de vue de la planification architecturale et urbaine. Ils favorisent le dessin de recherche, le travail sur le terrain et les études de cas pour présenter un cadre favorisant l’intégration de l’agriculture dans les villes. Ils voient en cette seconde nature, un paysage productif intégré aux processus naturels de « première nature ». Selon eux, l’interdépendance entre ces deux natures permet de fonder des systèmes alimentaires résilients. Le constat qu’ils établissent consiste à reconnaître les lois de la nature comme modèle d’une bonne conception (la santé du sol en tant que mesure de la productivité et de la richesse). Ainsi, la problématique qui les anime consiste à savoir : comment développer les interactions positives entre soutien des systèmes naturels et des communautés humaines ? Le constat d’un système agricole et urbain défaillant pourrait être, comme le soulèvent très justement Viljoen et Bohn, en partie causer par des architectes et des urbanistes. En 2007, l’American Planning Association publie son guide séminal sur la communauté et la planification alimentaire régionale. Dans celui-ci se trouvait l’une des critiques les plus remarquable jamais formulée à l’intention de la communauté des concepteurs. La critique a été déclenchée par le fait que les planificateurs ont abordé tous les éléments essentiels de l’homme : la vie, la terre, le logement, l’air et l’eau, mais avec la remarquable exception de la nourriture. Cette approche, provoquée par le travail de deux univer37 Viljoen & Bohn, Second Nature Urban Agriculture: Designing Productive Cities, Routledge, New-York, 2014. 35


sitaires américains, conclut que le système alimentaire est « étranger au domaine de la planification » (Pothukuchi et Kaufman, 2000). Comme nous l’avons vu plus haut, quelques architectes ont intégré cette dimension alimentaire, mais les actions restent rares, ponctuelles et souvent théoriques. Selon Vijoen et Bohn, bien qu’en retard, ces actions sont nécessaires et les architectes, urbanistes et concepteurs ont beaucoup à faire : « ils doivent porter sciemment le renforcement des processus de conception des paysages, des bâtiments et des infrastructures avec les nouveaux agriculteurs urbains ainsi que les besoins et désirs de l’ensemble de la population urbaine. »38 En plus de ce retard, ils ajoutent deux défis aux métiers du design urbain : le premier est de faire connaître au public les qualités et les possibilités d’une agriculture urbaine grâce à l’architecture et au paysage urbain, tant au niveau théorique que pratique. Dans ce cadre là, les professionnels de la planification et de la conception ont à leur disposition des méthodes de communication tels que les concours, les conférences, les conseils, les campagnes, les projets participatifs, les publications, les expositions et l’enseignement. Ce sont des moyens de contribuer au dialogue sur les systèmes alimentaires locaux, la résilience et la durabilité de l’urbain et des régions. Le second défi est que la pratique puisse dépasser la politique. Cependant, dans certains cas, une implication inverse apparaît, où les politiques urbaines et environnementales sont en amont du renforcement du processus de conception. Comme le soutient Pierre Donadieux: « les architectes et les urbanistes ne s’investissent dans les services environnementaux et écologiques que parce que la loi les y oblige en matière de permis de construire, par exemple pour les bâtiments à haute qualité environnementale »39. La réorientation du métier d’architecte En 1984, lors d’un discours devant le Royal Institue of British, Ivan Illich déclarait : « l’art d’habiter est une activité qui dépasse la portée de l’architecte »40. Cette phrase fait écho avec celle des deux universitaires qui critiquaient l’absence de l’architecte (et de l’urbaniste) sur les questions alimentaires. Le système de planification et de stratégie de conception serait alors défaillant. Cette remise en question des processus architecturaux et urbains est défendue par Jean-Jacques Terrin, docteur en architecte. Dans son ouvrage « Le projet du projet »41, l’architecte déplore les dispositifs de conceptions architecturaux qui n’ont fondamentalement pas changé depuis la Renaissance. À cette époque, l’architecte était assimilé à un artiste, le chef d’orchestre du groupe de spécialistes qui l’entourent. Or depuis plusieurs décennies ce groupe de spécialistes s’est agrandi. Les acteurs se sont multipliés à travers de nombreux métiers et deviennent indispensables au processus de conception. Programmistes, économistes, juristes, acousticiens, thermiciens, ainsi que bon nombre d’autres acteurs accroissent considérablement les savoirs et savoir-faire susceptibles d’intervenir sur un même projet. Selon l’auteur, le couple formé par la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’oeuvre est de plus en plus assisté. D’un côté les économistes et planificateurs facilitent les tâches de la maîtrise d’ouvrage, de l’autre les ingénieurs et autres techniciens assistent la maîtrise d’oeuvre. Cependant, l’entente et la compréhension de chacune de ses parties semble de plus en plus difficile. En conséquence, c’est une « entreprise-projet » éclatée, fractionnée et difficile à coordonner. Pourtant, deux notions émergent dans ce désordre pour enrichir le processus de conception: la collaboration et la participation. La première permet de créer un espace de dialogue, d’échange entre l’ensemble des acteurs impliqués dans un projet commun. La deuxième rend le projet accessible à des acteurs majeurs, souvent oubliés, tel que les usagers, les riverains, les commerçants, etc. Ces derniers sont par ailleurs définis par Alain Vulbeau42 comme « maîtrise d’usage» aux côtés de la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’oeuvre. Bien que ce processus soit certainement plus complexe à mettre en oeuvre, il confère à « l’équipe-projet » une source de savoirs et savoir-faire permettant de développer et 38 (traduction de l’auteur) Viljoen & Bohn, op.cit., page 11. 39 P. Donadieu, Cahiers des Tables Rondes de l’ENSAT, L’agriculture urbaine, entre terrains d’entente et champs de tension, publié par la Mission Agrobiosciences, dec. 2012, page 12. 40 I. Illich, L’art d’habiter in Dans le miroir du passé, Conférences et discours, 1978-1990, Paris , Descartes&Cie, 1994, page 64. 41 J.J. Terrin, Le projet du projet, concevoir la ville contemporaine, Éditions Parenthèses, Marseille, 2014. 42 A. Vulbeau, La maîtrise d’usage, entre ingénierie participative et travail avec autrui, Analyse des pratiques professionnelles, Théorisation des usages sociaux, Actes des séminaires CREF 2007-2010, Nanterre, Ed. 139, p 53-70. 37


d’améliorer le projet et de résoudre une partie les conflits trop souvent présents entre ces acteurs. Dans cette quête de réorientation du métier d’architecte, Jean-Jacques Terrin construit un scénario dans lequel chaque acteur est un vecteur synergique à la conception du projet. Les équipes de conceptions pluridisciplinaires fonctionnent en réseaux, leur permettant d’assembler des compétences nécessaires à la réalisation du projet. L’architecte n’est plus le chef d’orchestre omniprésent et omniscient, et il n’est pas non plus le pilote d’opération, mais une personne dotée d’une capacité d’écoute dont la principale tâche est la médiation entre les différents membres de l’équipe-projet. L’image de l’architecte seul, penché sur sa table à dessin s’efface au profit d’un espace (réel ou virtuel) de créativité interdisciplinaire en intégrant les futurs usagés et en tenant compte de leurs désirs, besoins et exigences. Selon Jean-Jacques Terrin, le projet se nourrit au fur et à mesure des échanges et des décisions collectives pour former l’identité même du projet. À partir de l’ensemble des données collectées, le projet de maîtrise d’oeuvre proprement dit peut commencer. La collaboration et la participation est continuellement présente et permet de faire avancer le projet de la phase de conception à celui de chantier. Ainsi, de nouveaux acteurs entrent sans cesse dans le réseau et interviennent dans le processus de conception et de réalisation. Lorsque la vie de l’ouvrage commence, la maintenance, les transformations ultérieures et les réhabilitations font parties intégrantes de ce même processus. Une relation contemporaine La relation contemporaine la plus manifeste entre agriculture urbaine et architecture est représentée par le concept de Ferme Verticale. Généreusement présentées dans les médias tout public, les fermes verticales interpellent, questionnent et bousculent fondamentalement les idéologies de la ville et de l’agriculture. À différentes échelles, ce concept regroupe des sujets qui suscitent de profonds intérêts de la part des politiques, des producteurs et des consommateurs. Crise alimentaire actuelle et future, protection de l’environnement, étalement urbain, amélioration du cadre de vie, agriculture urbaine, nature en ville et sécurité alimentaire sont au centre névralgique du concept de ferme verticale. Bien que théorique et jamais réalisées, les fermes verticales font apparaître un regard supplémentaire dans le milieu des sciences humaines et naturelles. Qualifiées par certains comme une utopie inquiétante et par d’autres comme une solution idéale, c’est sur un terrain hétérogène que les fermes verticales cherchent à s’implanter, contrebalancées entre « l’engouement du vert », les hautes technologies et la volonté de solutionner les différentes situations de crises. En ce sens, il semblerait que les architectes aient entendu la critique, que nous avons vu plus haut, faite à leur égard quant à leur absence dans le domaine alimentaire et qu’ils élargissent aujourd’hui leurs réflexion sur l’avenir alimentaire des villes, l’utopie d’une ville agricole. Il apparaît alors indispensable de porter un regard sur cette typologie architecturale afin de saisir de quelles façons les architectes appréhendent le rapport ville et agriculture, dans sa dimension la plus connue par le grand public.

2.2 Théorie de la ferme verticale Origine et évolution L’origine du concept de vertical farming est attribuée à Dickson Despommier, professeur en santé environnementale et microbiologie de l’université de Columbia à New York. Ces premières recherches s’orientent sur les impacts de l’environnement sur la santé, notamment la transmission des maladies provenant des espaces agricoles. Ces investigations l’ont amené en 1999 à imaginer le concept de ferme verticale. La genèse de ses réflexions porte sur la crise alimentaire mondiale annoncée par la FAO. Selon Dickson Despommier: « sans une stratégie alternative pour traiter ces problèmes, le chaos social remplacera sûrement le comportement ordonné dans la plupart des pays surpeuplés […]. Une des solutions consiste à construire des centres de productions alimentaires urbains, des fermes verticales, dans lesquels la nourriture serait continuellement cultivée à l’intérieur des bâti39


ments, dans un environnement construit […]. Si les fermes verticales devenaient une norme, sur le long terme, elles permettraient la réparation progressive de la plupart des écosystèmes endommagés sur Terre. »43 Après la publication en 2007 de la journaliste Lisa Chamberlain dans le New York Magazine44, l’intérêt porté aux fermes verticales n’a cessé de croître. Architectes, urbanistes, sociologues, ethnologues, économistes, ingénieurs agricoles, agronomes et agriculteurs s’intéressent à cette nouvelle typologie architecturale et attestant ainsi la capacité du concept à être pluridisciplinaire. Sous la forme d’image de synthèse, un grand nombre de projets de fermes verticales apparaissent sur la toile, les journaux45 et dans les émissions de télévision46 et construisent ainsi l’imaginaire des fermes verticales. Le concept d’origine s’enrichit jusqu’à se diviser en divers modèles. Ferme verticale, tour d’agriculture verticale, ferme urbaine, chacune de ces déclinaisons se défini47 par leur forme, leur production alimentaire ou encore leur programmation. Ces termes sont souvent confondus et l’usage de la notion de ferme verticale mène à un amalgame : elle définit à la fois une tour architecturée destinée à l’agriculture et l’élevage sur plusieurs étages; mais aussi à la technique d’agriculture horssol qui consiste à empiler les cultures dans de hautes étagères. Des confusions apparaissent alors dans l’utilisation des termes appropriés et aux concepts qu’ils renvoient. De plus, l’amalgame entre l’architecture et la technique met en évidence la complexité dans laquelle évolue ces fermes verticales mais aussi l’image qu’elles revoient. Concept théorique Dans ses publications The Vertical Essay 48 et The Vertical Farm: Feeding the World in the 21st Century49, le professeur Dickson Despommier développe de manière affirmative « les avantages » que possèdent les fermes verticales si elles étaient appliquées à grande échelle. L’ensemble de la théorie se base sur deux facteurs indissociables: la condition humaine et la revalorisation des écosystèmes naturels. Pour initier sa démarche de réflexion, le professeur, accompagné d’une dizaine d’élèves diplômés en Medical Ecology, propose d’implanter sur une parcelle New-yorkaise, une tour de trente étages qui totaliserait une surface d’environs 285 000 m² et pourrait ainsi subvenir aux besoins alimentaires de 50 000 personnes (en raison de 2000 calories par jour et par personne). Placées dans l’épicentre de la consommation, la construction de fermes verticales sur des parcelles abandonnées ou inoccupées permettrait d’éviter l’étalement urbain et renouerait, d’un point de vue consommateur-producteur, le lien perdu entre ville-campagne. La relocalisation des cultures en ville permettrait aux grandes étendues de terres agricoles de redevenir des paysages naturels restaurés de leurs fonctions et de leurs écosystèmes. L’alternative d’une production en ville permettrait de réduire significativement l’usage d’énergie fossile en supprimant les machines agricoles, les transports et les conditionnements des denrées alimentaires. L’empilement d’étages serait possible grâce à la culture hors-sol. Ces types d’agriculture conviendraient aux contraintes structurelles des tours compte tenu des charges considérables que représenterait une culture en pleine terre. Le « hors-sol » est largement employé aujourd’hui, il permet un rendement supérieur au rendement moyen d’une parcelle agricole extérieure de même surface. Ces cultures se développeraient dans un milieu fermé et contrôlé, ali43 (traduction de l’auteur) D. Despommier, The Vertical Essay, 2008 44 L. Chamberlain, Skyfarming, New York Magazine, 2007 45 New York Times, U.S. News & World Report, Popular Science, Le Monde, Le Nouvel Obs, Libération, La Tribune, Le Parisien 46 Édition du 13 heures de France 2, 31 juillet 2009 Benoît Laborde, Les fermes verticales, Les Villes du futur, Arte, France 2014 – 52mn 47 Ferme verticale : tour de production intensive d’agriculture hors-sol et d’élevage situées dans un contexte urbain. Tour d’agriculture verticale : tour de production d’agriculture hors-sol situées dans un contexte urbain. Agriculture verticale : technique d’agriculture consistant à l’empilement des cultures. Ferme urbaine : espace de production agricole et d’élevage situé dans un contexte urbain. 48 D. Despommier, op. cit. 49 D. Despommier, The Vertical Farm: Feeding the World in the 21st Century, ed. Picador, New York, 2010. 41


2016 2015 H

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2014 2013

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2012 2011

Publication du livre de D.Despommier

2010 A

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2009

C

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2008

K

2007

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2006

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2005

Première publication dans le NYMag

2004 D

2003 2002

B

2001 2000

A

M

D

Référencement des projets de fermes verticales étudiés p. 49

1999 E

1998

fig.6: frise chronologique

Début des recherches de D.Despommier


mentées par de l’eau et des nutriments essentiels aux plantes et grandiraient, non plus grâce aux rayons du soleil, mais grâce à des lumières artificielles. Le contrôle des agents nutritifs permettrait de fournir un nouveau rôle majeur aux industries agrochimiques en constituant des régimes alimentaires chimiquement définis pour produire une grande variété d’espèces végétales commercialement viables. Ce système permettrait aussi de supprimer tout élément ou événement nuisibles aux productions. L’environnement contrôlé des cultures supprimerait les besoins en pesticides, herbicides, antifongiques, éliminant aussi l’effet de ruissellement et permettrait aux récoltes d’être protégées des sécheresses ou des grêles dévastatrices. La création d’un écosystème artificiel permettrait de s’affranchir des saisons et favoriserait une production en continue. Ainsi, les produits pourront être récoltés tout au long de l’année. Bien que ce système soit très économe en eau, il est d’un appétit gargantuesque en électricité en raison de éclairage constant des cultures. Selon Dickson Despommier, les énergies nécessaires au fonctionnement de la ferme verticale se trouvent dans l’usage d’énergies renouvelables tels que l’énergie solaire, l’éolienne ou la méthanisation. Cette dernière permettrait à la fois de revaloriser les déchets agricoles et humains en produisant de l’énergie par biomasse mais aussi de réduire le nombre de nuisibles tels que les rats et les cafards. Ainsi l’ensemble du système de production reposerait sur un réseau en boucle fermée. Les déchets organiques deviendront énergie et les eaux usées et les eaux-vannes seront récupérées, traitées et réinjectées dans le réseau. Dickson Despommier donne à ces tours un grand rôle à jouer dans la vie sociale. Elle offriraient suffisamment de nourriture de manière durable pour nourrir confortablement toute l’humanité. Elles constitueraient un environnement qui encouragerait une vie urbaine et généreraient un état de bonne santé pour tous ceux qui choisiraient de vivre en ville. Elles permettraient de créer de nouvelles opportunités d’emplois et de devenir un important centre d’apprentissage pour les futures générations de citadins. Enfin, la ferme verticale doit être une belle architecture hautement fonctionnelle, car son rôle est aussi d’apporter un sentiment de fierté pour les habitants du quartier dans laquelle elle serait construite. De fait, « l’objectif de la construction d’une ferme verticale »50 est de se rendre désirable dans tous ses aspects, pour que chaque quartier réclame sa propre ferme verticale.

« Cependant, la ferme verticale est toujours une construction théorique, il est difficile de prévoir tous les avantages potentiels qui peuvent résulter d’une production alimentaire de cette manière. »51 La liste des « avantages » est généreusement mise en avant dans la théorie proposé par Dickson Despommier. Mais elle n’admet visiblement aucune lacune, aucun maillon faible dans sa chaîne d’actions et réactions. Cependant, ce point de vue ne fait pas l’unanimité. Malgré toutes les bonnes volontés que l’on pourrait attribuer à ces tours, l’émergence d’incohérences et de contradictions52 mènent à penser que les bases de ces tours sont encore fragiles.

2.3 Critiques Dans l’état actuel des publications, il est difficile de trouver des regards critiques sur le sujet car le concept de ferme verticale est relativement récent (fig. 6), de plus, le modèle de ferme verticale n’a jamais été construit, il n’a dans aucun cas été confronté à la réalité physique. Les projets que nous avons vu et ceux qui n’ont pas été présentés dans ce développement sont des projections mentales, de l’ordre de l’imaginaire des concepteurs. De fait, la constatation des causes à effets est moins évidente à saisir. Il faut supposer, penser par anticipation, scruter l’horizon des disciplines invoquées pour déceler toutes les incohérences contingentes.

50 D. Despommier, op. cit. The vertical Essay. 51 Ibid. 52 La notion d’incohérence est utilisée pour marquer une absence de logique. La notion de contradiction définit un état d’opposition. 43


Déficience du rapport au local Dans l’article Ferme verticale, regard paysan53, Geneviève Savigny, ingénieure en agriculture et agricultrice syndicalisée au comité de coordination de la Coordination Européenne Via Campesina met son véto sur le concept de Dickson Despommier. À travers plusieurs thèmes, elle met en doute la pertinence de celui-ci en soulevant différentes questions et incohérences. L’une des premières interrogations se porte sur le rapport au local et notamment le transport. Elle signale le besoin d’approvisionnement en matériaux tels que les pots, les bacs et autres composants qui se détériorent rapidement et qui doivent être renouvelés. Les livraisons et le transport des produits, que l’on voulait éviter, réapparaissent sous forme de transports consacrés à l’acheminement des matériaux nécessaires au fonctionnement de la ferme verticale. Nous pourrions rajouter à celà, le rayonnement urbain d’une ferme verticale de grand gabarit qui pourrait entraîner un flux de déplacement important entre les lieux de vie des citadins vers le lieu de vente située en rez de chaussée de la tour. Si l’on s’appuit sur le modèle de ferme verticale imaginé dans le concept, la tour serait implantée dans le tissus urbain New-Yorkais. Selon Dickson Despommier, une tour de 30 étages serait capable de nourrir 50000 personnes en raison de 2000Kcal par jour. Si l’on considère que la densitée urbaine New-yorkaise représente 10 653 personnes au km, une ferme verticale aurait un rayonnement de 4.69 km², soit environ 1 heure de marche. Nous pourrions donc supposer que la majorité des déplacements se feraient par transport motorisé. Ainsi deux questions s’imposent: quels impacts ces déplacements auront-ils sur la production de gaz à effet de serre et quelles conséquences auront-ils sur le trafic routier ? Un modèle alternatif dans une économie régulière Dans un second temps, l’interprétation du concept par Geneviève Savigny la mène à se questionner sur les semences et les nutriments. « Depuis des décennies et plus encore depuis l’apparition des OGM et des semences brevetées, la capacité à produire des semences, autrefois du ressort des paysans, a été captée par une poignée de firmes multinationales qui fournissent non seulement les graines mais également les produits de traitement ; c’est une des plus puissantes sources d’aliénation de l’activité agricole. »54 Par sa fonction, sa technicité et son implantation en zone urbaine, la ferme verticale apparaît comme un processus alternatif aux systèmes agricoles actuels. Mais ce processus paraît ambigu. Si d’un coté la ferme verticale se retire des lieux et modes de productions existants dans l’agriculture actuelle, ainsi qu’une partie de la structure hiérarchique d’acteurs (les intermédiaires), elle semble néanmoins dépendante du sommet de la pyramide économique et décisionnaire contrôlée par les industries agrochimiques. La logique alternative paraît alors partielle, toujours dépendante des entreprises agrochimiques en leurs offrant un nouveau rôle majeur et indétrônable. Dans cette zone d’ombre présente dans le concept, la question du social éveille alors un grand nombre d’interrogations. « Qui produit ? Pour qui ? À qui appartiennent ces lieux-outils de production ? Il n’est pas égal que ceux-ci soient gérés par un collectif d’habitants ou par Nestlé ou Monsanto ! »55 Par cette publication, Geneviève Savigny fait apparaître la capacité de ces tours à être une source de divergences d’opinions. Empreinte écologique, énergie d’usage et énergie grise Par ailleurs, François Purseigle (ingénieur en agriculture et docteur en sociologie rurale), Antoine Poupart et Pierre Compère (ingénieurs agronomes), dans l’article La ferme verticale : Image paroxystique de mondes agricoles en mutation56 signent une éloge portant à controverse. « La ferme verticale incarne tout à la fois le ‘‘triomphe de l’urbanité’’ et l’affirmation d’une question agricole qui se pose à une planète aux 3,4 milliards de citadins. »57 Selon eux, les fermes verticales témoignent de l’évolution sociotechnique déjà à l’œuvre et offrent le croisement entre les mondes urbains et agri53 G. Savigny, Fermes verticales, regard paysan, Laboratoire d’Urbanisme Agricole, 2011. 54 Ibid. 55 Ibid. 56 F. Purseigle, A. Poupart, P. Compère, La ferme verticale : Image paroxystique de mondes agricoles en mutation, Laboratoire d’Urbanisme Agricole, 2011. 57 Ibid. 45


coles. La ferme verticale devient un symbole de la transformation du rapport de l’agriculture à la ville et d’un mode de coexistence entre les villes et les mondes agricoles. Cependant, les auteurs soulignent une contradiction : « une ferme verticale pourrait avoir un rôle bien plus impactant sur l’environnement que son équivalent en plein champs. »58 Pour un bâtiment de cette envergure, le béton armé est l’un des seuls matériaux envisageable. Ce matériau nécessite beaucoup d’énergie, d’une part pour son acheminement et d’autre part pour de sa confection. De plus, parmi ces éléments, le sable constitue environ 30% de la composition d’un béton structurel, or le sable est un matériau fini soumis à la sur-exploitation donnant lieu à d’importantes réactions en chaîne écologiquement dévastatrices59. La construction d’un tel édifice représenterait un apport considérable de matériaux. De la structure aux plus petits éléments techniques nécessaires au fonctionnement d’une ferme verticale ainsi que, rappelons le, l’acheminement de ces différents composants, pourrait être paradoxalement plus impactant sur l’environnement à l’échelle de son cycle de vie que son équivalent en champ agricole. Prégnance du système industriel Joëlle Salomon Cavin (maître d’enseignement et de recherche en politiques territoriales à l’Université de Lausanne) et Dominique Bourg (philosophe), définissent ces tours comme la perversion de l’idéal moderne. Selon eux, en poussant à l’extrême la volonté de contrôler la nature, on se retrouverait dans une logique d’artificialisation partielle, voir même totale de la nature. On resterait dans une cyclicité écologique industrielle qui supprimerait toute forme d’interaction avec le sauvage: « un monde sans paysages et sans paysans, mais avec un contrôle technique se voulant sans failles... »60. Or, comme le souligne les auteurs, la conception d’une agriculture « hors-écosystème » est au antipode des conclusions du rapport de l’IAASTD61 qui oriente l’avenir de l’agriculture vers l’agroécologie. Cette dernière revêt trois acceptions: une dimension scientifique quant à l’étude des systèmes écologiques, une dimension sociale pour l’accession et le développement des petits exploitants agricoles et une dimension technique en rapport aux diverses pratiques agricoles. Dans les principes fondateurs de l’agroécologie on retrouve « l’intensification écologique » qui consiste à accroitre la diversité biologique dans les agroécosystèmes et à optimiser les interactions biologiques au sein de ces derniers. La démarche d’artificialisation et de confinement des cultures encouragée par le concept de ferme verticale semble alors en contradiction avec les volontés politiques internationnales. En définitive, l’avenir de l’agriculture paraît se diviser en deux processus: le développement du modèle agricole industrielle monofonctionel et la reconduite de ce modèle vers une agriculture multifonctionnelle basée sur les sciences de l’écologie et des pratiques agricoles soutenables. Des doutes, des questionnements, des incohérences et des contradictions ont été soulevés. Cependant, ne pourrait-on pas trouver de nouvelles incohérences présentes dans ce concept ? Pour établir de nouvelles critiques il est necessaire d’analyser des projets de fermes verticales et d’opérer dans certain cas une transversalité disciplinaire.

58 F. Purseigle, A. Poupart, P. Compère, op. cit. 59 D. Delestrac, Le sable : enquête sur une disparition, Arte, 2011, France. 60 J. Salomin Cavin et Dominique Bourg, Deux conceptions de la durabilité urbaine: ville prométhéenne versus ville orphique, Article paru dans T. Paquot, C. Younes (dir.), 2010, Philosophie de l’Environnement et milieux urbains, Armillaire, La Découverte. 61 International Assessment of Agriculture Knowledge, Science and Technology for Development est un processus participatif international d’évaluation des sciences et des technologies agricoles. Cette évaluation, lancée en Août 2002 lors du Sommet Mondial sur le Développement Durable, a été parrainée par les Nations Unies, la Banque mondiale et le Fonds pour l’environnement mondial et implique 5 agences de l’ONU: la FAO, le FEM, le PNUD, le PNUE, l’UNESCO et l’OMS. 47


A

qualification Mono-programmation

B

C

D

E

F

G

H

I

J

K

L

M

N

• •

Multi-programmation

rayonnement urbain et gabarit •

Fort (1) Moyen Faible

(2)

(3)

type de culture élevage

Au sol

Hors-sol

- hydroponie

- aquaponie

- terre

• •

conditionnement des cultures Espace fermé

Espace ouvert

• •

éclairage des cultures Naturel Artificiel

• •

interaction homme-culture •

Porosité visuelle (4) Imperméablité visuelle

(5)

énergie - photovoltaïque - éolienne - méthanisation - géothermie - récupération des EP

(1)

fig.8: tableau comparatif

• •

• • •

(2)

(3)

• •

• •

• •

• • • •

• • • • •

(4)

• •

• • •

(5)


2.4 Projets architecturaux Analyse Porter un regard sur les projets de tours agricoles permet, premièrement, de constater une hétérogénéité. Les contextes, les morphologies, les échelles, les programmes, les systèmes d’exploitation agricole, les sources d’énergie, les matériaux, sont entre autres les critères qui rendent chaque projet unique. Deuxièmement, ces projets affichent l’état d’avancement des recherches. Utopiques ou envisageables, les fermes verticales font preuve d’ubiquité et symbolisent les multiples manières de penser au futur. Afin de ne pas se perdre dans ce labyrinthe vertical, nous constituerons un panel de projets62 internationaux (fig.7) pour les comparer de manière synthétique (fig.8). Par la suite, nous répartirons l’ensemble de ces projets dans un graphique représentant en abscisse le degré d’application des concepts généraux et en ordonnée l’échelle des projets (fig.9). Idéotypes L’analyse suivante met en exergue des idéotypes qui permettent une compréhension synthétique de chaque projet. Ces idéotypes représentent les caractéristiques types des modèles de fermes verticales, ils sont une sorte de portrait générique, de famille de genre, dans lesquels chaque projet trouvent sa place. Dans le cadre de cette analyse, trois modèles apparaissent (fig.10). Nom du projet

Architecte

Lieu

Date

Coût

A

Dragonfly

Vincent Callebaut

USA, New York

2009

B

Sky Farm

Gordon Graff

Canada, Toronto

2001

C

The Living Skyscraper

Blake Kurasek

USA, Chicago

2008

D

Urban Farm

Aprilli Design Studio

Corée, Séoul

2003-2005

E

EDITT Tower

TR hamzah & Yeang

Singapour

1998-2015

F

Urban Farm Epicenter

Jungmin Nam

USA, New York

2009

G

Tour Vivante

SOA Architectes

France, Rennes

2005

98 M €

H

Hive Farm

OVA Studio

USA, New York

2014

1.5 M $

I

Harvest Green

Romses Architects

Canada, Vancouver

2014

1.5 M $

J

Plantscraper

Plantagon

Suède, Linköping

2012

10 à 20 M $

K

Agro Houssing

Knafo Klimor Architects

Chine, Wuhan

2007-2015

10 à 20 M $

L

Locavore Fantasia

WORKac

USA, New York

2008

M

Ferme sur les toits

SOA Architectes

France, Romanville

2012

N

Mini Ferme

SOA Architectes

France, Paris

2006-2012

100 M $

fig. 7: tableau d’informations des projets 62 Ces projets sont les plus les plus médiatisés, accessibles, publiés, les plus connus et reconnus par le grand public. Ils sont aussi choisis pour leurs caractères distinctifs et leurs hétérogénéités, afin de constituer une analyse regroupant l’ensemble des modèles de fermes verticales imaginés. 49


fort

A Dragonfly

B Sky Farm

C

Rayonnement urbain et gabarit

The Living Skyscraper

D Urban Farm

G Tour Vivante

J

E EDITT Tower

F Urban Farm Epicenter

H Hive Farm

I Harvest Green

Plantscraper K Agro Houssing

M Ferme sur les toits

L Locavore Fantasia

N

faible

Mini Ferme

fort

Degré d’application du concept

faible

fig.9: graphique de répartition des projets Projet analysé Idéotype monumental

Idéotype monumental : tours avec un gabarit imposant et un degré d’application du concept fort ou modéré.

Idéotype intermédiaire

Idéotype intermédiaire : tours avec un gabarit moyen et un degré d’application du concept fort ou modéré.

Idéotype minimal

Idéotype minimal : tours avec un faible gabarit et un faible degré d’application du concept.

fig.10: légende des idéotypes

Projets associés à ceux analysés


Idéotype monumental (voir carnet de projets page 5) Ce « Central Park nourricier cultivé à la verticale »63 imaginé par l’architecte belge Vincent Callebaut, est une tour haute de 600 mètres, cumulant une surface totale de 350 000m². Du rez-de chaussée au 132ème étage, des sols aux façades, chaque petit coin « vide » se remplit de végétations. Cette tour biomimétique, similaire à une aile de libellule, cherche à (re)générer un biotope urbain en ouvrant très largement l’accès aux cultures suspendues pour accueillir la faune et la flore locale. Non seulement elle invite une biodiversité écologique, mais elle invite aussi à repenser l’abri des hommes. Véritable « nichoir à éco-citoyen », elle permet à l’habitant de « cultiver son paysage immédiat afin de mieux s’enraciner dans la terre en se créant sa propre biodiversité écologique et alimentaire »64. L’aspect de la Dragonfly est pensé pour exploiter au maximum les énergies naturelles. Son programme énergétique repose en grande partie sur le système passif formé ici par une double-peau en forme de nid d’abeille. L’eau nécessaire à l’ensemble des plantes vient de deux sources différentes et complémentaires. D’une part la tour récupère et filtre les eaux pluviales et d’autre part elle recycle les eaux usées domestiques des habitants en les envoyant dans deux étangs d’aquaculture afin de les traiter biologiquement avant de les réinjecter dans le réseau hydroponique. Puisque ce système ne suffirait pas à traiter l’immense besoin en énergie, un second système d’alimentation est envisagé, celui des énergies renouvelables. L’ensemble de la façade sud reçoit des panneaux solaires permettant, selon Vincent Callebaut, de produire la moitié des besoins en électricité. Sur les côtés, trois gigantesques éoliennes à axe vertical en direction des vents dominants permettront de remplir l’autre moitié des besoins en électricité. Penser la ferme verticale à cette échelle est une première dans ce domaine architectural. L’architecte propose ici de tripler le concept fondateur. Mais par cette action, ne décuple-t-il pas les incohérences précédemment évoquées ? Parmi les nouvelles incohérences, l’usage d’une agriculture pleine terre sur l’ensemble des planchers de l’espace central, apparaît dans le descriptif du projet. Cet espace représente l’équivalent de 8,5 terrains de football recouvert d’une épaisse couche de terre. La charge reprise par la structure, sans même ajouter la charge d’exploitation est considérable et difficilement envisageable. On peut alors imaginer que ce type de construction nécessite une ingénierie lourde, l’excavation de plusieurs tonnes de terre, l’acheminement et l’élévation de cette terre à une centaine de mètres au-dessus du sol représente une somme colossale d’énergie, d’argent et de pollution. Toute cette dépense d’énergie peut-elle être compensée par quelques kilos de fruits et légumes ? Dans ce projet, l’élevage de bovin apparaît comme un marqueur fort d’une contradiction. L’architecte mentionne un espace comparable à la campagne, un espace de recueillement pour rapprocher l’homme de la nature, qui paradoxalement est purement artificielle. Si on prend en compte qu’un bovin à besoin d’un hectare de prairie pour vivre convenablement on constate que les surfaces de pâturages dans cette tour seraient insuffisants. De fait, on peut imaginer que ces bovins seront cloisonnés dans des box, bien loin de l’image champêtre de vaches broutant librement l’herbe grasse. Sans faire appel à une expertise du bilan énergétique, est-il concevable que les dispositifs mis en place puissent satisfaire l’appétit gargantuesque de cette tour ? Bien que l’intégration d’un processus passif souligne un désir d’autonomie énergétique, l’échelle du projet retire toute crédibilité à l’équilibre entre l’énergie produite et l’énergie dépensé. Au final, ce projet interpelle l’imaginaire plus que la réalité. L’esthétique de cette tour rappelle d’une certaine manière les projets futuristes du siècle dernier, une utopie à la manière d’Archigram65 remis au goût du jour. La Drangonfly incarne alors le paroxysme d’une utopie appartenant au passé et peut-être même une dystopie architecturale.

63 V. Callebaut, Dragonfly, A Metabolic Farm For Urbain Agriculture, descriptif de projet. 64 Ibid. 65 Référence revendiquée par V. Callebaut. 51


Idéotype intermédiaire (voir carnet de projets page 9) La tour vivante conçue par SOA architectes est l’une des premières tours à exprimer la mixité programmatique. Répartie sur 30 étages, cette tour de 112 mètres rassemble des logements, bureaux, productions hors-sol, un centre commercial et hypermarché, une médiathèque, une crèche et un parking en sous-sol. Le gabarit de cette tour agricole est comparable à celle imaginée par Dickson Despommier. Le système de production envisagé se répartit sur 3500 mètres linéaires de goulottes pour produire des tomates, des fraises et des salades. Ce système se rapproche aussi du concept de Dickson Despommier, à un détail près, la captation directe de l’énergie solaire par les cultures. Le système de voiles périphériques permet de maximiser les surfaces vitrées en façades pour laisser pénétrer la lumière. Cependant, pour répondre à la compétitivité et la rentabilité de ces cultures, des lampes de croissance se répartissent sur la totalité du linéaire de production impliquant ainsi un énorme besoin énergétique. On retrouve ici aussi, les mêmes captations énergétiques que dans la tour précédemment analysée. Intégrés sur les parties non vitrées de la façade sud, 4500m² de cellules photovoltaïques produisent une partie de l’électricité nécessaire. Au sommet de la tour se trouvent deux grandes éoliennes dont l’une produit l’énergie électrique manquante et l’autre active un système de pompage permettant la circulation d’eau pour l’arrosage. Les eaux de pluie et les eaux usées sont récupérées, filtrées et réinjectées dans le réseau. Pour finir, un puit canadien vient s’ajouter à l’ensemble pour réchauffer ou refroidir l’air selon la saison par un mouvement naturel de cheminée. La structure de cette tour se compose d’un noyau central de 8 mètres sur 30 mètres qui permet de porter les dalles en ceinture du noyau. Les distributions verticales et les réseaux d’énergie sont concentrés dans le bloc central permettant ainsi de libérer les surfaces au sol proches des façades. Ce projet contient visiblement l’ensemble des incohérences du concept fondateur. Cependant, il laisse entrevoir une certaine logique apportée par la mixité programmatique. On imagine un rapport direct entre producteur et consommateur, sans aucun transport, intermédiaire, ou point de vente. La mixité programmatique permet des apports mutuels entre les fonctions. De plus, le consommateur fait partie intégrante de la production agricole puisqu’il contribue à l’alimentation des plantes en produisant des déchets et donc des fertilisants. L’incohérence relevée sur la question du rapport au local s’estompe, mais reste toujours présente. Dans cette Tour Vivante, l’élevage n’a pas sa place. Selon les architectes, « nous sommes dans une logique de surconsommation de viande absolue, qui est une des raisons de la pollution énorme, car il faut nourrir ces bêtes. »66 Par cet acte, les architectes invitent à repenser le régime alimentaire des citadins. L’apparence extérieure de la Tour Vivante offre peu d’indication sur la fonction de cette tour. Cependant, l’apport de programmes communs (logement, bureau), permet à cette tour de s’intégrer plus subtilement dans la conscience des citadins, « il y a de l’habitat, tout le monde sait ce que c’est »67.

66 A. Rosenstiehl, P. Sartoux, La ville arable, fermes urbaines et tours vivantes, Agriculture métropolitaine / Métropole agricole, Cahiers thématique n°11, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, déc. 2011 67 Ibid. 53


Idéotype minimal (voir carnet de projets page 13) « Il y a toujours cette question de la taille : doit-on travailler sur de petits bâtiments ou de très grands ? »68. Dans cet autre projet de SOA Architectes, la réflexion d’une production agricole verticale mène à une échelle plus humaine et à une mise en réseau de Mini Fermes. Ces petites tours sont composées de trois espaces : un potager extérieur de 200m² dédiés à une culture traditionnelle, une structure métallique modulaire de 125m² divisée en deux dans sa hauteur pour recevoir dans ses trois à quatre étages une production agricole hors-sol en serre et un commerce de proximité au niveau du sol, destiné à la vente des produits cultivés. La faible profondeur de ces tours (10m par 10m) permet l’optimisation de l’ensoleillement. S’ajoute à ça, des planchers métalliques perforés qui laissent passer les rayons du soleil en emmagasinant la chaleur en journée pour la redistribuer la nuit. Ces structures agricoles de 16 mètres peuvent s’implanter dans différentes morphologies urbaines telles que les friches, les dents creuses, ou encore les îlots ouverts afin de requalifier des zones délaissées. Dans un contexte de résidence (logements collectifs) ces minis pôles agricoles permettent de créer un alignement, de fabriquer des rues animées dynamiques, où s’opèrent des échanges et où apparaissent de nouvelles coutumes urbaines. « Dans le cas de cultures utilisant des lampes de croissance, les Mini Fermes, en plus d’introduire une animation urbaine, apportent un éclairage nocturne créant des points de repère et mettant en valeur l’architecture de la ville. »69 D’après les concepteurs, du point de vue architectural, ces petites structures pourraient, en plus de nourrir les habitants, être à l’origine d’expressions diverses et singulières de vie urbaine. Cette opinion met en avant la valeur sociale de l’agriculture urbaine en générant des espaces de partage, de loisir, d’échange, des lieux de vie centrés sur le rapprochement entre les hommes et la nature. De plus, son fonctionnement en réseau permet de multiplier la diversité des produits et des échanges entre les habitants d’une même résidence mais aussi, en s’implantant dans des axes de circulation, à une distribution plus générale. Selon eux, la dimension socio-��conomique de ces Mini Fermes permet d’imaginer une réelle alternative, un nouveau secteur d’activité agricole urbain accessible à tous. La taille et la facilité de réplication de ces exploitations permettraient de créer de petites entreprises privées pour la vente des produits récoltés, mais aussi pour l’achat, la location ou l’exploitation de ces tours. On pourrait même envisager une contribution étatique visant l’accession par la location de ces structures. L’exploitation, la gestion, ainsi que la vente des productions agricoles génère un important besoin de main d’œuvre. Des formations courtes peuvent être mis en place pour favoriser l’emploi dans le secteur agricole aujourd’hui en détresse. D’un point de vue pédagogique, la proximité des cultures et des professionnels agricoles permettrait de renouer avec une relation oubliée entre le consommateur et le producteur. La Mini ferme laisse apparaître de nombreuses dynamiques positives face aux incohérences relevées dans le concept de ferme verticale. On peut imaginer une perspective de partage, de vie urbaine et de proximité qui pourraient insuffler une nouvelle dynamique à l’agriculture urbaine d’aujourd’hui. Ce concept fait apparaître une nouvelle source de réflexion, une nouvelle dimension d’autonomie alimentaire, loin des immenses tours de production de masse.

68 Ibid. 69 Ibid. 55


A F

N

H L

I

M

C

B

G

K J

fig.11: emplacement des projets de ferme verticale analysés en rapport à la sous nutrition dans le monde (source: FAO)

A F

C

Rapportée à la population totale en pourcentage 60,8 à 70,1 43,5 à 48,3 16,2 à 37,3 7,3 à 13,7 0,4 à 6,8 Absence de données

N

H L

I

D

E

M B

G

K J

fig.12: emplacement des projets de ferme verticale analysés en rapport au PIB (source: FMI)

E

D

En milliard de dollars 515 > 204 204 > 8 8>1 Absence de données


2.5 Critiques complémentaires Suite à l’exposé théorique du concept de ferme verticale, aux critiques déjà émises, à la lecture des projets analysés et au relevé de nouvelles incohérences et contradictions, de nouvelles questions émergent. Nous pouvons alors établir des critiques supplémentaires afin d’approfondir la complexité du concept. Modèle difficilement reproductible L’une des premières incohérences pourrait apparaître dans le fondement même du concept de ferme verticale. La tour new-yorkaise imaginée par Dickson Despommier rassemble d’impressionnantes technologies, elle fait appel à des connaissances scientifiques, à des savoir-faire nouveaux et renvoient inévitablement à d’importants fonds de financement, comme nous le montre l’estimation de la Tour Vivante qui s’élève à 98 millions d’euros hors taxe. Cette constatation s’accentue lorsque l’on s’aperçoit que la grande majorité des projets de fermes verticales sont situés dans des pays développés possédant un fort PIB et n’ayant pas ou peu de crises alimentaires (fig.11,12). Le concept de ferme verticale semble démontrer ici que son rôle est d’imaginer, comme le défini Christine Aubry et Jeanne Pourias70, une agriculture pro-active où le rôle premier n’est pas de subvenir à des besoins vitaux, mais à une volonté de produire autrement. Coût d’exploitation Présente dans le concept et dans certain projet de ferme verticale, l’éclairage des cultures par lampe UV ou LED permettrait d’accélérer la croissance des cultures en leur offrant une ressource énergétique constante. Cependant, ce système d’éclairage artificiel peut représenter un coût important en terme d’investissement. Pour développer cette critique, nous nous baserons sur la Tour Vivante de SOA. Afin d’éclairer les 7000 m² d’exploitation, il serait nécessaire d’installer environs 1500 lampes UV d’une puissance de 1000 W, ce qui représente un coût approximatif de 67 500 € (basé sur les prix du marché actuel, soit environ 45€ par lampe). En sachant que la durée de vie d’une lampe est estimée à 1000 heures, soit 40 jours, cela implique la necessité de changer de lampe 9 fois dans l’année, soit un coût de 607 500 €. En considérant le prix moyen du kWh en France à 0.144 €, l’alimentation d’une lampe serait de 144 €, soit 1300 € pour une année d’exploitation (9 lampes). Il faudrait alors, pour que l’exploitation fonctionne à son maximum, investir 607 500 € de lampes plus 1 950 000 € en énergie électrique, soit un total d’environ 2 500 000 €/an. Est-il possible alors que la vente de légume, même à l’année, puisse rentabiliser cet investissement ? Au final, le coût pour une année d’exploitation sous éclairage artificiel décrédibilise fortement le projet. Dégradation du paysage lointain Les nutriments nécessaires à la croissance des cultures hors-sol sont constitués de différents éléments, parmi eux le phosphate. Son extraction s’opère par creusement du sol qui cause des dégradations considérables sur les paysages (mines à ciel ouvert) et les écosystèmes. Si la relocalisation des cultures en milieu urbain permettait aux paysages « proches » et aux écosystèmes de revenir à leur état d’origine, le besoin de phosphate perpétuerait la dégradation des paysages « lointains ». Ainsi, l’affirmation émise par le professeur: « la ferme vertical […] permet aux grandes étendues de terres de redevenir des paysages naturels restaurés des fonctions et des services des écosystèmes » pourrait être contestée. Condition animale Très peu appréhendé dans le concept et rapidement esquissé dans les images de synthèses des projets architecturaux, le thème de l’élevage semble être un sujet délicat. En effet, si les systèmes d’agricultures hors-sol sont très largement décrits et mis en avant dans le concept et dans les projets, les informations concernant les systèmes d’élevages sont extrêmement rares. La raison de cette absence pourrait être induite par la polémique mondiale sur le bien-être animal (Porchet, 2002). 70 C. Aubry et J.Pourias, op. cit.

57


La notion de bien-être animal concerne l’amélioration de la condition animale dégradée par l’utilisation et l’exploitation des animaux par les êtres humains. L’élevage intensif, qui représente 80% des l’élevages européens, est souvent montré du doigt quant au non respect de la condition animale. Ce système se caractérise par une densité élevée de population animale dans un espace intérieur réduit, sans accès à l’extérieur et dans certain cas, sans apport de lumière naturelle. Les caractéristiques de ce procédé semblent correspondrent aux particularités de la ferme verticale puisqu’elles consistent à produire massivement, sur une surface limitée qui, dans certains cas, n’ont pas d’espace extérieur ni de lumière naturelle. Les directives de la législation mises en place à partir de 1986 dans l’Union Européenne, appliquées aux règlements relatifs à la production biologique, concernant le bien-être animal s’attachent à cinq besoins fondamentaux des animaux: l’absence de douleur, lésion ou maladie, l’absence de stress climatique ou physique, l’absence de faim, de soif ou de malnutrition, l’absence de peur et de détresse et la possibilité d’exprimer des comportements normaux, propres à chaque espèce. Parmi les directives: « l’élevage biologique devrait respecter des normes élevées en matière de bien-être animal et [...] une attention particulière devrait être accordée aux conditions de logement des animaux, aux pratiques d’élevage et aux densités de peuplement, mettre en oeuvre [...] la pratique régulière de l’exercice et l’accès à des espaces de plein air et à des pâturages, les animaux d’élevage bénéficient d’un accès permanent à des espaces de plein air »71 Ces directives de bien-être animal en élevage biologique renvoient donc à la nécessité d’offrir des espaces extérieurs aux animaux. Or, dans la majorité des projets de ferme verticale analysés incluant l’élevage, les animaux n’y on pas accès. De plus, concernant la densité de population animal, selon la PMAF (Protection Mondiale des Animaux de Ferme) et la CIWF (Compassion In World Farming), l’élevage doit respecter un ratio surface extérieur/nombre d’animaux correspondant à la catégorie de l’animal. Le besoin de surface est donc un critère essentiel à une condition de bien-être des animaux. Synthèse Dans l’évolution du regard porté sur l’agriculture d’aujourd’hui, les fermes verticales s’octroient une place de choix dans les médias tous publics. Elles sont en quelque sorte le symbole de la relation entre l’architecte et l’agriculture urbaine. Cependant, le relevé d’incohérences et de contradictions remet en cause les fondements même du concept, ainsi que sa viabilité et sa capacité à devenir un modèle alternatif. Toutefois, comme nous le démontrent les architectes, ce concept peut être interprété et appliqué à différents degrés. « Nous sommes en train de réaliser des planchers en béton pour faire pousser des tomates, est-ce vraiment pertinent ? »72 Parmi ces projets, la Mini Ferme de SOA apporte un regard différent et laisse imaginer une tour d’agriculture verticale à l’échelle humaine, plus proche d’une méthode agricole raisonnée, ayant une faible productivité certes, mais qui, par sa multiplication, peut éventuellement avoir une productivité notable. Néanmoins, si le concept de ferme verticale montre une potentielle richesse de débats et d’investigation, dans cet état d’opposition dichotomique, il ne s’en dégage visiblement aucune solution tangible. Mais la relation entre l’architecte et l’agriculture urbaine ne se limite pas à ce modèle « agro-architectural », de nombreux projets attestent d’une réflexion hétérogène sur la façon de lier l’architecture à l’agriculture en ville.

71 Règlement (CE) N° 834/2007 du conseil du 28 juin 2007, relatif à la production biologique et à l’étiquetage des produits biologiques et abrogeant le règlement (CEE) n° 2092/91, paru au journal officiel de l’Union européenne L 189 du 20/07/2007 page 1. 72 A. Rosenstiehl, P. Sartoux, op. cit. 59


Troisième partie

architecte et agriculture urbaine: au delà d’un modèle unique Si le concept de ferme verticale, avec ses incohérences et ses contradictions, est en quelque sorte le symbole de la relation entre l’architecte et l’agriculture urbaine, il n’en est pas pour autant un modèle unique. Dans ce cas : quels sont les autres modèles de projets agro-architecturaux ? Quels sont leurs caractéristiques ? Sont-ils réalisés ou imaginaires comme pour les fermes verticales ? Et par quels autres moyens les architectes intègrent-ils l’architecture à l’agriculture urbaine ?

3.1 L’agriculture urbaine comme socle d’une conception architecturale Cadre de l’analyse L’analyse suivante se compose en différentes phases. La collecte et le traitement des informations concernant les projets (voir carnet de projets) sont synthétisés sous forme d’un tableau informatif (fig.14) et d’un tableau d’analyse (fig.13) qui définit les projets selon plusieurs caractéristiques. La source des informations provient des sites internet, des portfolios, des publications et des articles diffusés par les ateliers. Le tableau, ainsi que le redessin des projets, essentiel à la compréhension de ces derniers, nous permettent de soulever des convergences et des divergences dans les propositions de projets. L’intégration d’autres architectes serait une démarche pertinente et approfondirait certainement cette base de réflexion. Toutefois, l’analyse des travaux de AAA et SOA forme dès à présent une source non négligeable d’informations notamment sur les prises de position et les multiples façons que ces architectes ont de lier l’architecture à l’agriculture urbaine. La lecture que nous souhaitons faire de cette analyse est dans un premier temps de dévoiler la grande diversité des réponses possibles liées à notre problématique. Elle vise à montrer, de façon globale, la richesse d’une recherche qui pourrait être mené à un niveau plus avancé.

61


AAA 1

2

3

4

5

6

SOA 7

8

9

10

11

12

13

14

15

16

17

18

19

20

21

22

23

24

25

total

origine du projet Offre Recherche interne Concours

Projet pilote

7 7

6 2

Réalisation Non construit Construit

• •

21 4

commanditaire Public

Privé

Public-privé

15 2

2

Équipe Pluridisciplinaire

Architecte

• •

• •

• •

14 11

Emprise au sol 200 à 1000 m²

1000 à 5000 m²

2

5000 m² et plus

• •

10 4

Hauteur Rdc à R+3

R+3 à R+12

R+12 et plus

• •

11 5

5

Principaux Materiaux Bois

Acier

Plastique

Béton

• •

7

5

5

Verre

Terre

11

2 1

Aire urbaine Centre ville

Banlieue

• •

Périphérie

• •

• •

8

• •

9

6

Contexte urbain Parcelle délaissée Coeur d’ïlot délaissé

• •

Toit bâtiment existant

6

4

Parcelle à réaménager

• •

4

3

Réaménagement parc

Espace public ext.

Espace privé ext.

2 2

1

Au dessus d’un ilot

1

Exploitation agricole

1

Tissu urbain Maison de ville Immeuble collectif Pavillonnaire Équipement public

• •

• •

10

• •

• •

5 5

• •

6

Activité économique Terrain agricole

2 1


AAA 1

2

3

SOA

4

5

6

7

8

9

10

11

12

13

14

15

16

17

18

19

20

21

22

23

24

25 total

culture accessible au public Contrôlé

Non

• •

15

8

Oui

2

14

Localisation des cultures Sol

Étage

Toiture

Façade

• •

• •

8

7 5

Technique agricole Hors-sol terre

Pleine terre

• •

Hors-sol eau

• •

16

12 4

système agricole Polyculture

Monoculture

• •

• •

• •

19 6

type d’éclairage Naturel

Artificiel

• •

24 5

Système de récolte Manuel

Mécanique

• •

• •

• •

17

6

Modèle agricole Extensif

Intensif

• •

• •

Ultra-intensif

16 8

1

type d’exploitant Habitant

Commerçant

• •

Industriel

• •

Chercheur

• •

7

6

4

1

Destination des produits Commerce

Grande distribution Autoconsommation

• •

• •

• •

8

6

4

Élevage Non

Oui

• •

• •

fig.13: tableau d’analyse des projets

63

20

5


Nom du projet

Architecte

Lieu

Date

Coût

MOA

État

1

Ecobox

AAA

Paris

2001-2006

325 K €

Public

Construit

2

Passage 56

AAA

Paris

2006

360 K €

Public

Construit

3

Ecoroof

AAA

Paris

2010

10 K €

Public

Construit

4

Espace Agro-Culturel

AAA

Paris

2010

Public

Non-construit

5

La manufacture verte

AAA

Paris

2010

Public

Non-construit

6

Villagecité

AAA

Paris

2011

Public

Non-construit

7

Agrocité

AAA

Colombes

2013

Public

Construit

8

Ecohab

AAA

Colombes

2014

Public

Non-construit

9

Village 2.0

AAA

Paris

2015

Public-privé

Non-construit

10

Wiki Village Factory

AAA

Paris

2015-2016

17 M €

Privé

Non-construit

11

La Tour Vivante

SOA

Rennes

2005

95 M €

Public-privé

Non-construit

12

Mini Ferme

SOA

Paris

2006-2012

Aucun

Non-construit

13

Ferme Tridi

SOA

Paris

2006-2012

Aucun

Non-construit

14

Cactus

SOA

Paris

2006-2012

Aucun

Non-construit

15

Ferme Montparnasse

SOA

Paris

2006-2012

Aucun

Non-construit

16

La ferme générique

SOA

(imaginaire)

2006-2012

Aucun

Non-construit

17

Superferme

SOA

Paris

2006-2012

Aucun

Non-construit

18

Urbanana

SOA

Paris

2006-2012

Aucun

Non-construit

19

Plateau de Saclay

SOA

Saclay

2007

Public

Non-construit

20

Ferme pédagogique

SOA

Rosny-sous-Bois

2009

Public

Non-construit

21

Ferme Musicale

SOA

Bordeaux

2012

Privé

Non-construit

22

Ferme sur les toit

SOA

Romainville

2012

Public

Non-construit

23

Parc Dondaines

SOA

Lille

2012

Public

Non-construit

24

Parc Bernex

SOA

Suisse, Bernex

2013

6M€

Public

Non-construit

25

Pavillon de France

SOA

Expo. de Milan

2015

15 M €

Public

Non-construit

fig.14: tableau informatif des projets

380 K €

4M€

6M€


Présentation des ateliers L’Atelier d’Architecte Autogérée (AAA) est un collectif interdisciplinaire alliant la recherche et l’action autour des questions des transformations urbaines et des pratiques culturelles, sociales et politiques. Leur stratégie se base sur une participation active des habitants, de la conception à la construction des projets architecturaux et urbains. Ces actions « micropolitiques » tendent à développer l’autogestion des espaces urbains, en ciblant leur regard sur l’environnement, la démocratie et la résilience urbaine. Fondé en 2001 comme association à but non lucratif, AAA conçoit, construit et accompagne des projets architecturaux et urbains en collaboration avec des professionnels (architectures, ingénieurs, sociologues, designers, etc.), des chercheurs, des étudiants et les usagers mêmes des lieux. Les fondateurs de l’atelier73 revendiquent cette formation associative comme un statut atypique et expérimental permettant d’inventer de nouvelles configurations de projets, plus participatives et plus démocratiques, ainsi que de construire des connections multiples entre les différentes sphères professionnelles ou non. L’atelier d’architecture autogérée fonctionne à travers un réseau pluridisciplinaire ouvert construit par l’échange des savoirs et des savoir-faire entre les différents acteurs. Par un croisement entre des compétences locales et extérieures, plus spécifiques, chaque projet est accompagné par une équipe issue du réseau pluridisciplinaire. La diversité des expérimentations menées par l’atelier témoigne d’une recherche active et ouverte sur les questions environnementales, économiques et sociales ainsi que sur la souveraineté alimentaire. Les démarches spécifiques de projets appliqués par l’atelier cible l’intervention de l’architecte comme un acteur majeur mais non exclusif à l’installation d’une agriculture urbaine. L’architecte possède le rôle de médiateur entre les multiples acteurs du projet. La pluridisciplinarité professionnelle et l’intégration des usagers aux projets architecturaux semble être un processus alternatif de planification agricole urbaine. L’Atelier SOA Architectes, créée en 2001 par deux architectes associés Pierre Sartoux et Augustin Rosenstiehl, puis rejoint en 2012 par Laurent Nguyen, intervient dans plusieurs secteurs : habitations pour particuliers, activités tertiaires, réhabilitations, petits équipements, ainsi que dans la recherche qu’ils qualifient de « responsabilité sociale de la profession d’architecte, une nécessité de développer une réflexion en phase avec les nouvelles problématiques de notre société ». SOA est impliqué dans trois domaines de recherche: la problématique carcérale, la question de l’habitat contemporain et l’agriculture urbaine. Cette dernière constitue la partie principale de leur investigation, comme en témoignent leurs nombreux projets et concepts architecturaux et urbains, ainsi que la création en 2012 du Laboratoire d’Urbanisme Agricole. Ce laboratoire est une plateforme virtuelle de réflexion et d’échange en faveur de la promotion et du développement d’un urbanisme agricole. Il se définit comme une structure de collaboration destinée à réunir les recherches, les publications, les compétences et les efforts de ses membres autour de projets novateurs. Cette initiative est née à la suite de nombreuses études de cas ainsi que des rencontres avec des agriculteurs, des philosophes, des sociologues et des agronomes. Le Laboratoire d’Urbanisme Agricole est une plateforme pluridisciplinaire qui oriente la problématique de l’agriculture urbaine vers des notions de complémentarité entre diversité environnementale et sociale. Il est le fruit de l’association entre SOA, Le Sommer Environnement (bureau d’étude spécialisé en ingénierie environnementale du bâti) et le Bureau d’Etudes de Gally (spécialisé en paysage et en innovation végétale et agricole). Les problématiques développées par LUA sont définies selon trois axes majeurs74 :

1 - La production alimentaire La question de l’alimentation est un axe pertinent à poser tant sur la question de l’éloignement toujours grandissant, tant symbolique que réel, entre production alimentaire et consommation, que sur la question de la « perte en ligne », le « gaspillage » et celle de la qualité gustative et nutritionnelle liée à la mise en culture de variétés « oubliées » par la production industrielle (préservation de la biodiversité , qualité de vie et santé). 73 Membres permanents : C. Petcou (directeur, architecte-urbaniste), D. Petrescu (architecte, chercheuse-enseignante), M. Boussière (architecte), A.L. Bourguignon (architecte), A. Querrien (sociologue-urbaniste) 74 LUA, fiche d’information, disponible sur www.lua-paris.com, consulté le 15/10/2015 65


Accessible 8%

Ultra-intensif 4% Nc 8%

Inaccessible 32%

Mécanique 20%

Intensif 32% Contrôlé 60%

Extensif 64%

Manuel 72%

graph.1: accessibilité aux espaces agricoles Hydroponie 11% Façade 12%

Autoconso. 15% Sol


2 - L’urbanisme agricole Au-delà de la mise en oeuvre de fermes agricoles, il paraît important d’interroger et de comprendre les interactions entre ville diffuse et paysage culturel et productif. La question de l’urbanisme agricole doit être pensée au regard de la rurbanisation croissante des territoires agricoles et des nouvelles hybridations qui s’opèrent. Comme développer des formes d’agricultures urbaines et paysagères, comment la question de l’agriculture peut-elle informer un projet urbain ? Comment déboucher sur des formes d’agri-urbanismes concrètes ? Comment combiner à l’échelle d’un projet urbain logiques économiques agricoles et formes d’agricultures urbaines et paysagères ? Comment l’agriculture urbaine peut-elle être une réponse appropriée et viable à la consommation des sols ? 3 - L’approche sociale Par nature transversale aux deux autres thématiques, la question sociale mérite d’être considérée notamment à travers les services produits qu’est supposée apporter l’agriculture urbaine (quels services ? quels modes d’évaluation ? quels coûts évités ? etc.). Sur un plan concret, le projet de Romainville est un cadre pertinent pour réfléchir sur la mise en place d’un nouveau standard de rénovation du logement social et aborder un ensemble de questions juridiques, constructives, foncières, thermiques, systémiques, etc.

3.2 Analyse des projets Statuts des ateliers L’une des premières complémentarités se trouve dans les statuts des agences. Comme le revendique AAA dans leur portfolio, le statut d’association leur permet de créer et d’expérimenter une configuration d’acteurs, professionnels ou non, qui prennent part aux réflexions et participent à la création du projet. Dans ce cadre, l’architecte possède un rôle de médiateur, de connecteur, entre le projet et les acteurs, ainsi qu’entre les acteurs eux-même. Cette formation pluridisciplinaire et multidimensionnelle, offre au projet une richesse basée à la fois sur des savoirs professionnels et scientifiques spécifiques, mais aussi sur les besoins et l’expérience des usagers eux-même. On retrouve dans cette formation un processus de conception et une « équipe-projet » similaire à la réorientation du métier de l’architecte définit par Jean-Jacques Terrin. Le statut de SOA quant à lui est plus « commun ». L’interdisciplinarité y est aussi appliquée mais à un degré différent. Le réseau d’acteurs participants aux projets est composé exclusivement de professionnel intervenant dans le développement de certains points spécifiques du projet. La dimension de « maîtrise d’usage » n’apparaît pas à la différence de l’atelier AAA. Les statuts de ces agences montrent clairement deux stratégies de conception et de réalisation architecturale ainsi que deux applications différentes du métier d’architecte. Les projets de ces agences sont donc, dès leur origine, inscrits dans des logiques distinctes et probablement complémentaires. Accessibilité aux espaces agricoles L’agriculture urbaine, comme nous le savons, revêt plusieurs fonctions. La fonction sociale est dépendante du rapport entretenu entre les hommes et la nature. Les espaces agricoles sont des lieux de rencontre, d’échange et de partage, des espaces de proximité avec la nature où tous les sens sont en éveil. De fait, pour que cette fonction soit pleinement remplie, les espaces de culture doivent être accessibles, au mieux par tous les citadins, sinon par les agriculteurs. Nous constatons en effet que dans majorité des projets, les espaces de culture sont accessibles mais dépendants d’un contrôle (graph.1). Cela sous-entend que les espaces agricoles peuvent être visibles depuis l’espace public, mais que l’accès y est réglementé. L’architecte se confronte alors à la question de la privatisation, de la propriété et de la sécurité (Golovtchenko, 2002). Ces thèmes sont à l’origine de nombreux débats aujourd’hui de la part de très nombreuses disciplines liées à l’urbain ou non. On re67


Accessible 8% Ultra-intensif 4% Nc 8%

Nc 8%

Inaccessible Intensif Inaccessible 32% 32% 32% Contrôlé Contrôlé 60% 60%

ible

Contrôlé 60% Extensif 64%

Inaccessible Intensif 32% 32%

Hydroponie Hydroponie 11% 11% Nc 8%

droponie 11%

Nc 8%

Nc 8%

Intensif 32% Mécanique 20%

Inaccessible 32% Mécanique Mécanique Contrôlé Intensif 20% 20% 60% 32% Extensif 64% Manuel Manuel 72% 72%

Manu 72%

Hydroponie graph.3: système de récolte 11% Hydroponie 11%

Façade 12%

Façade Façade 12% 12% Autoconso. 15%

Façade Mécanique 12% 20%

terre %

Mécanique Intensif 20% 32% Contrôlé Extensif 60% Extensif 64% 64% Manuel 72%

graph.2: modèles agricoles

ra-intensif 4%

Sol Sol 39% 39% Toiture Hors-sol terre Hors-sol terre Pleine terre 23% Extensif terre Pleine Hors-sol terre Toiture terre 50% Hors-sol 50% Pleine terre Toiture Manuel 39% 39% 64% 23% 50% 23% 50% Nc 39% 72% 31% Etage 26%

Etage 26%

Etage 26%

graph.4: support de production

Sol 39% Vente 54%

Façade 12% Autoconso. Autoconso. 15% 15% Hors-sol Sol terre Pleine terre 50% 39% 39% Toiture Vente Vente 23% 54% Nc 54% Nc 31% 31%

Autoconso. 15% Toiture 23% Nc 31%

Etage 26%

Etage 26%

graph.5: localisation des dispositifs agricoles Chercheur 4%

Chercheur 4% Public-Privé Public-Privé 8% Privé Privé 8% 8% 8% Monoculture 24% Habitant Habitant Monoculture Monoculture Exploitant Exploitant Habitant Habitant Monoculture 24% 16% 16% Exploitant Vente 24% Exploitant 16% agricole agricole 16% 24% 54% Nc agricole agricole 36% 36% Aucun 31% Public 36% Public Aucun Aucun36% 28% Polyculture Industrie28% Industrie 56% 56% 28% Industrie Industrie 76% 16% 16% 16% 16% Nc Polyculture Nc Polyculture Nc76% Polyculture Nc76% 28% 28% 28% 76% 28% Chercheur Chercheur 4% 4% Public-Privé Privé 8% 8%

Chercheur 4% Autoconso. 15%

açade 12% Sol 39%

ture

Etage 26% Polyculture 76%

Public-Privé 8%

Exploitant

Oui 20%

Privé 8%

Oui 20% Périphérie

Public-Privé 8%

Privé 8% Habitant 16%

Public 56%

Industrie 16% Aucun 28%

Nc 28%

graph.7: systèmes agricoles

graph.6: vocation des produits récoltés

Chercheur 4%

ant %i

Accessible Ultra-intensif Ultra-intensif 8% 4% 4%

Accessible Accessible Ultra-intensif 8% 8% 4%

cessible 8%

Ultra-intensif 4%

Equipement public 7% Oui Périphérie 20% Périphérie 25%

Terrain agricole Terrain agricole Terrain agricole 3% Equipement public Equipement public 3% 3%Equipement public 7% 7% 7% Oui Périphérie 20% 25% Périphérie 25%

Maison de ville

Terr


marque par ailleurs que le projet de Villagecité de AAA (6), traite directement de cette problématique et entrevoit l’agriculture urbaine comme une solution possible face au phénomène de résidentialisation. La majorité des espaces agricoles présentés par les architectes sont similaires aux formes organisationnelles des jardins familiaux, partagés et collectifs. En ce sens l’architecte reproduit et met en place un système existant avec les qualités, les défauts et les problématiques qui lui sont rattachés. Toutefois, nous remarquons que l’accessibilité aux espaces agricoles par les citadins n’est pas présente dans tous les projets. Dans huit projets sur vingt-cinq les espaces de culture ne sont accessibles que par les professionnels agricoles (industriels et agriculteurs qualifiés). La dimension sociale semble alors être en arrière plan. Dimension humaine et industrielle L’analyse met en évidence la mise en place de deux catégories distinctes de modèles agricoles: l’agriculture intensive ou extensive (graph.2). Le premier modèle favorise une forte productivité et fonctionne à partir des techniques agricoles généralement basées sur la mécanisation (graph.3). À l’inverse, le modèle extensif fait référence à un système de production agricole qui ne maximise pas la productivité. Chacun de ces modèles a une conséquence en terme de productivité agricole, d’investissement économique, de besoin de main d’oeuvre, de qualification des agriculteurs, de besoin d’énergie, etc. qui induisent des fonctions sociales, économiques, environnementales et alimentaires plus ou moins importantes. Bien que, comme nous l’avons remarqué, les fermes verticales attestent d’une application récurrente du modèle productiviste, on remarque par cette nouvelle analyse que les architectes prennent part au débat sur les modèles agricoles en considérant ces modèles, les conséquences de leurs applications, les fonctions majeure et les appliquent à différentes échelles. Les projets montrent ainsi une grande disparité en matière de support de production (graph.4), de localisation des dispositifs agricoles (graph.5) et de la vocation alimentaire de la production (graph.6). Lorsque la production est commercialisée, les architectes induisent souvent des systèmes de ventes (AMAP, commerce, grande distribution) et, sur certain projet, assurent des connections directes entre l’espace de production et lieu de vente. Les architectes prennent en considération le cycle de consommation, de la croissance du produit jusqu’à sa vente et parfois même jusqu’à sa consommation en intégrant des restaurants, des cuisines et des logements. Pour illustrer se principe, les serres du Parc Dondaines de SOA (23) sont imaginées, dessinées et matérialisées à partir du cycle alimentaire et définissent l’origine même de l’écriture architecturale. En parallèle, de nombreux projets sont multiprogrammatiques et les interactions entre les différents programmes tendent vers une recherche d’autonomie alimentaire à l’échelle du bâtiment: le lieu de vie est le lieu de production ou inversement. Cependant, il n’y a pas forcement d’interrelations directes entre les programmes, comme en témoigne le projet de Ferme musicale de SOA (21), qui rassemble des espaces de production et une salle de concert. Parfois même, à l’image du projet de ferme générique de SOA (16), l’espace de production est l’unique programme du projet. Qu’ils soient multifonctionnels ou monofonctionnels, polycultures ou monocultures (graph.7), les projets « agro-architecturaux » sont inhérents au traitement de l’échelle, à savoir humaine ou industrielle. Échelles de projets Dans cette même perspective, les architectes travaillent sur différentes échelles de projet. Cette variation s’exprime en terme de superficie et de hauteur: de 200 m² à 7 500 ha et du niveau du sol à une centaine étages. Ainsi, les gabarits de projets sont très divers et peuvent aller d’une petite intégration de potagers à l’insertion d’une tour de plusieurs dizaines d’étages. La question de l’échelle peut aussi être extrapolée en parlant d’échelle économique en raison de l’écart considérable des coûts pouvant aller de 10 000 euros jusqu’à plus de 98 millions d’euros. Cette diversité d’échelle, de gabarits, ainsi que l’intégration de différents systèmes de culture permettant une production au sol, en étage, en façade et en toiture, définissent clairement le rôle de l’architecte dans la création et l’aménagement d’espaces agricoles. Ils intègrent des systèmes techniques allant des plus ordinaires, comme l’agriculture en pleine terre, à des installations plus ingénieuses comme des façades et des toitures productives. Les architectes semblent appliquer, de façon théorique et pratique, une 69


cessible 8%

Ultra-intensif 4% Nc 8%

Mécanique 20%

Intensif 32%

ble Contrôlé 60%

Extensif 64%

Manuel 72%

roponie 11%

terre %

Façade 12% Sol 39% Hors-sol terre 50%

Toiture 23%

Vente 54%

Nc 31% Etage 26%

Chercheur 4%

Habitant 16%

ure

%

Autoconso. 15%

Public-Privé 8%

Exploitant agricole 36%

Industrie 16%

Privé 8%

Aucun 28%

Public 56%

Nc 28%

Polyculture 76%

graph.8: types d’agriculteurs Equipement public 7%

Périphérie 25%

Banlieue 40%

Economique 17%

Terrain agricole 3%

Maison de ville 35%


grande partie des systèmes agricoles existants. Ces projets s’adressent à de nombreuses personnes et aux domaines qui leurs sont raccordés (graph.8). La mise en place de certains dispositifs permet aux habitants, ou de manière générale aux agriculteurs amateurs, de jouir d’une pratique agricole en ville et des intérêts que celle-ci porte en matière de cohésion sociale et de bien-être personnel. D’autre part, l’installation de certains systèmes de cultures propose aux scientifiques et aux étudiants de devenir un support d’expérimentation et de recherche agricole et environnementale ou de réflexion sur l’amélioration du dispositif installé. Matériaux et systèmes constructifs Les gabarits des projets renvoient à la manière de faire, aux éléments constructifs et aux systèmes techniques employés. On constate ainsi une grande diversité de matériaux, bois, acier, plastique, béton, verre et de nombreuses logiques constructives qui leurs sont raccordées. En apportant un regard inverse et complémentaire à l’analyse précédente sur le béton pour les fermes verticales, le matériaux bois et plus précisément le réemploi de bois est une stratégie constructive utilisée par AAA. Leur premier projet, Ecobox (1), se base sur la réutilisation de palette de bois. Assemblée entre elles et posées à même le sol, elles permettent de créer des vides dans lesquels sont placées la terre et les cultures. Elles génèrent ainsi une plate forme de culture, de rencontre, de partage et de célébration. Selon l’organisation de ces palettes, l’espace peut être modulé et transformé afin de spécifier certains usages comme par exemple une scène, des gradins, une exposition artistique et ce toujours en lien avec le jardin. En plus de ce plateau, des modules autonomes enrichissent l’usage du lieu. Formés de bois de récupération et de palettes, ces dispositifs mobiles servent de cuisine, de bibliothèque, d’établi et de médiathèque qui se placent et se déplacent selon les besoins. Le principe constructif est simple, applicable et reproductible par tous les habitants. Les techniques employées permettent de faire appel aux habitants, à la fois dans le processus de conception et de construction. La légèreté du principe architectural permet sa réversibilité. Situé dans un coeur d’îlot délaissé, le dispositif peut être enlevé ou déplacé facilement sans coût et sans faire appel à des engins de chantier. Toujours actif, ce « jardin de récupération » démontre qu’un projet agro-architectural peut se définir comme un agencement de matériaux réemployés ou recyclés disposés de tel sorte qu’ils puissent devenir une scène de vie urbaine, dans sa dimension écologique et humaine. Échelle urbaine Toujours dans cette notion d’échelle, les gabarits des projets peuvent avoir une répercussion directe sur l’échelle urbaine. De la même façon que dans l’analyse des fermes verticales, on peut parler de rayonnement urbain. En effet, l’influence des projets peut se répandre à l’échelle d’un îlot (Ecobox, AAA, 1), d’un quartier (Passage 56, AAA, 2), d’un ensemble de quartier (Ferme Musicale, SOA, 21), d’une ville (Ferme Tridi, SOA, 13), voir même d’une région avec par exemple le projet du Plateau de Saclay de SOA (19), qui consiste à reconfigurer et réaménager les terrains agricoles existants tout en densifiant le bâti. Ou à l’inverse, le rayonnement urbain peut être très faible, comme le suppose le projet d’Ecoroof de AAA (3) en raison de sa petite échelle, de sa faible production, de sa localisation sur les toits d’un bâtiment existant et de la non-accessibilité au public. Le rayonnement urbain doit aussi être considéré par la quantité de denrées produites et les citadins concernés. Dans ce cadre, la force d’attraction d’un projet, appliqué aux citadins, peut faire varier le rayonnement de ce dernier de manière significative. Un exemple concret pour imager ce propos est la différence d’attraction entre un petit commerçant (un primeur par exemple) et une grande surface. L’un possède un rayonnement urbain court, il s’adresse plus ou moins aux habitants d’un quartier. L’autre au contraire possède un rayonnement fort, qui regroupe des habitants de plusieurs quartiers jusqu’à l’échelle d’une ville toute entière. Aire Urbaine et multiplicité des contextes urbains L’aire urbaine est définit par l’INSEE comme « un ensemble de communes, d’un seul tenant et sans enclave, constitué par un pôle urbain ». Elle est formée d’un centre-ville, d’une banlieue et d’une périphérie. Chacun des ces trois espaces possède des caractéristique identitaires notamment en 71


cessible 8%

Accessible 8%

Ultra-intensif 4% Nc 8%

ible

Intensif 32%

Inaccessible 32% Contrôlé 60%

droponie 11%

terre %

Ultra-intensif 4%

Mécanique 20%

Intensif 32%

Contrôlé 60%

Nc 8%

Extensif 64%

Mécanique 20%

Extensif 64%

Manuel 72%

Manuel 72%

Hydroponie 11% Façade 12%

Façade 12% Sol 39%

Hors-sol terre 50% Pleine terre 39%

Toiture terre Hors-sol 23% 50%

Sol 39% Toiture 23%

Etage 26%

Monoculture 24%

Habitant 16% Industrie 16% Polyculture 76%

Polyculture 76%

Vente 54%

Nc 31%

Chercheur 4% Public-Privé 8%

ExploitantHabitant 16% agricole 36%

Exploitant agricole 36% Aucun 28%

Industrie 16%

Nc 28%

Privé 8%

Oui 20%

Non 80%

Périphérie 25%

Vente 54%

Nc 31%

Public-Privé 8%

Privé 8%

Public Aucun 56% 28%

Public 56%

Nc 28%

Equipement public 7%

ui %

Autoconso. 15%

Etage 26%

Chercheur 4%

ture

Autoconso. 15%

Périphérie 25% Banlieue 40%

Non 80% Centre ville 35%

graph.9: aire urbaine

Centre ville 35%

Economique Banlieue 40% 17% Pavillonnaire 17%

Terrain agricole 3% Equipement public

Terrain agricole 3%

7%

Maison de ville 35% Economique 17%

Maison de ville 35%

Pavillonnaire 17% Immeuble collectif Immeuble collectif 21% 21%

graph.10: contexte urbain


terme de densité urbaine et bâti, de typologie architecturale, de mode d’habiter, d’espaces libres disponibles, etc. L’analyse montre une répartition relativement homogène des projets dans l’aire urbaine (graph.9). Qu’ils soient construits physiquement ou imaginés, les projets s’installent dans des tissus et des contextes urbains très différents, ce qui influence considérablement les processus d’insertion et de conception architecturale. La diversité des contextes urbains (graph.10) peuvent se lire selon deux catégories: les contextes « communs », telles que des parcelles à réaménager, des délaissés urbains, des cœurs d’îlots inutilisés et des contextes urbains plus originaux, comme la tour Cactus de SOA (14) placée au dessus d’un îlot d’habitation. Plus encore, l’insertion d’un projet peut avoir une signification et une symbolique forte. C’est le cas de la Ferme Tridi de SOA (13), une immense tour de 300 mètres qui, sans scrupule, vient « s’asseoir » sur l’église de la Madeleine à Paris. Située dans l’axe de la rue Royale, reliant le Palais Bourbon, traversant la Seine et la Place de la Concorde, l’église fait figure d’emblème, de mémoire, c’est une trace de la fin du XVIIIe siècle. Implantée ici, cette tour agricole bouscule, dérange, mais elle est au centre de l’attention. Elle exprime ainsi le nouveau paradigme de l’agriculture urbaine, le symbole d’une ville qui se confronte à de nouvelles problématiques. Évidement et heureusement peut-être, la Ferme Tridi reste dans le monde de l’imaginaire. Toutefois, le geste architectural, la logique d’intégration et le lieu à l’identité forte où elle s’intègre, démontre que les projets « agro-architecturaux » ont aussi le rôle de questionner, de faire réagir, de porter un message aux citadins et aux politiques urbaines en interrogeant la place de l’agriculture urbaine dans les villes de demain.

3.3 Stratégies et méthodes Dans le cadre restrictif d’apparition ou de maintien de pratiques agricoles urbaines, que ce soit par le manque de surface disponible, la qualité médiocre des sols, les pressions foncières ou l’installation de culture sur des réserves à bâtir, il semblerait que le domaine architectural puisse ouvrir sur des stratégies et des méthodes. Elles permettraient une coexistence, une cohabitation, entre les besoins de logements, de bâtiments et d’espaces publics, de densification urbaine et des volontés d’espaces agricoles urbains. Dans les démarches de projets analysés, plusieurs espaces urbains sont évoqués et mettent en évidence de nombreuses possibilités d’intégrations d’agriculture urbaine. Les délaissés urbains deviennent des jardins agricoles qui rassemblent les habitants, des cœurs d’îlots se transforment en centre référent d’un quartier, des toitures sans usages permettent d’installer des serres de production ou des potagers, les espaces publics sans qualification trouvent un usage, les parcelles inconstructibles accueillent des espaces de cultures mobiles, etc. Ainsi, la ville qui ne semblait disposer que de rares espaces disponibles devient un véritable nid à culture par l’alliance de la nature des espaces urbains, les typologies architecturales et les techniques de cultures. Cette alliance permet aux architectes de définir des stratégies et des méthodes d’intégrations de pratiques agricoles urbaines, ou plus précisément parcellaire. En effet, parmi l’ensemble des projets étudiés un seul, celui du Plateau de Saclay de SOA (19), ne traite pas de l’échelle parcellaire, mais d’une planification urbaine. Cet unique projet montre que les architectes peuvent prendre place aux planifications et aux transformations urbaines et par la même occasion former des groupements architectesurbanistes. Mais la constatation la plus flagrante est l’attachement, quasi totale, des architectes à travailler sur l’échelle parcellaire, l’échelle de l’architecture. Les stratégies et les méthodes d’intégrations de pratiques agricoles urbaines peuvent se décliner selon deux contextes : un espace urbain avec ou sans construction existante. De cette variation nous distinguerons les stratégies et les méthodes directes et indirectes.

73


Contexte urbain

Espace urbain sans construction Stratégies d’intégrations directes

implantation d’une nouvelle construction avec intégration d’une pratique agricole dans l’espace qualifié par la nouvelle construction

Projets N° : 2.20.25

implantation d’une nouvelle construction avec intégration d’une pratique agricole dans et/ou sur la nouvelle construction Projets N° : 10.11.13.14.16.17.18.21

implantation d’une nouvelle construction avec intégration d’une pratique agricole dans l’espace qualifié par la nouvelle construction et dans et/ou sur la nouvelle construction Projets N° : 5.6.12.23.24

Méthodes d’intégrations directes

Création du bâti avec intégration de dispostifs de culture en serre

Création du bâti avec intégration de dispostifs de culture en toiture

Création du bâti avec intégration de dispostifs de culture en façade

Projets N° : 23.24

Projets N° : 4.5.6.10

Projets N° : 5.6.9.10

Création du bâti avec intégration de dispostifs de culture en serre sur toiture Projets N° : 17.21

Création du bâti avec intégration de dispostifs de culture en étage Projets N° : 11.12.13.14.16.18

fig.16: stratégies et méthodes d’intégrations directes


Contexte urbain

Espace urbain avec construction existante Stratégies d’intégrations indirectes

intégration d’une pratique agricole dans l’espace qualifié par une construction existante

intégration d’une pratique agricole dans et/ou sur la construction existante

intégration d’une pratique agricole dans l’espace qualifié par une construction existante et dans et/ou sur la construction existante

Projets N° : 3.22.15

Projets N° : 4.8

Ajout de dispostifs de culture en toiture

Ajout de dispostifs de culture en façade

Ajout de dispostifs de culture en serre agricole par la création d’une nouvelle construction

Projets N° : 3.4.8.15

Projet N° : 4

Projet N° : 22

Méthodes d’intégrations indirectes

fig.15: stratégies et méthodes d’intégrations indirectes

Contexte d’un espace urbain qualifié par une architecture existante (fig.15) Dans ce premier cas, les stratégies s’opèrent indirectement, c’est à dire par l’ajout de pratiques agricoles soit dans l’espace extérieur qualifié par une construction existante, soit dans et/ou sur la construction existante. Ces deux stratégies peuvent se cumuler pour en former une troisième. Les méthodes d’intégration indirectes se font ainsi par l’ajout de dispositifs de cultures dans l’espace extérieur qualifié par une construction existante, soit dans et/ou sur la construction existante. On remarque alors des méthodes d’intégration indirectes en toiture, en façade ou par la construction d’une serre agricole sur la toiture du bâtiment l’existant. Contexte d’un espace urbain non qualifié par une architecture (fig.16) Ce deuxième cas fait appelle à des stratégies et des méthodes où l’intégration de surfaces de cultures est directe et inhérent à la nouvelle construction. Dans ce cas, les stratégies d’intégrations se font soit dans l’espace extérieur, soit dans et/ou sur le nouveau bâti. Ces deux stratégies peuvent être elles aussi cumulées pour en former une troisième. Dans les méthodes d’intégrations directes, les dispositifs de cultures se situent au sol, en toiture, en façade, en serre agricole et en étages soit par l’installation d’une serre soit par l’empilement d’étages formant une tour agricole. 75


Accessible 8%

Ultra-intensif 4%

Intensif 32%

Inaccessible 32%

Contrôlé 60%

Ex 6

Hydroponie 11%

-intensif 4% Nc 8%

Façade 12%

Mécanique 20%

Pleine terre 39%

Extensif 64%

Hors-sol terre 50%

Toiture 23%

Manuel 72%

Etage 26%

Chercheur 4%

çade 2%

Autoconso. 15%

Vente 54%

Nc 31%

érie

Nc 28%

Polyculture 76%

hercheur 4%

Public-Privé 8%

Exploitant agricole 36%

Privé 8%

Aucun 28%

Oui 20%

Public 56%

Périphérie 25%

Non 80%

Nc 28%

graph.11: type de commantidaire

Equipement public 7%

Terrain agricole 3%

Maison de ville

Ex a

Industrie 16%

Etage 26%

t

Habitant 16%

Monoculture 24%

Sol 39%

graph.12: présence d’élevage

Centre ville 35%

B


Parmi les méthodes d’intégrations par l’ajout de surface de culture (méthodes indirectes) certaines transforment la typologie du bâti existant, comme notamment la Ferme sur les toits de Romainville de SOA (22), qui modifie radicalement la morphologie et le fonctionnement monoprogrammatique d’une barre de logement HLM. L’intégration de serres en toiture requalifie la skyline du bâtiment et complexifie le programme en créant une « nouvelle » typologie à partir d’une construction existante. En parallèle, dans certaines méthodes d’intégrations directes, comme notamment lors de la création d’un bâti avec intégration de dispositifs de culture en étage, les projets de fermes verticales de SOA, sont eux aussi de nouvelles typologies architecturales. En effet, bien que la morphologies et le gabarit de ces projets s’apparentent à une tour, leurs fonctions, les usagers, l’esthétique et leurs natures de bâtiments de productions agricole font de ces projets des constructions inédites dans le tissu urbain. Il apparaît alors que les architectes entreprennent des recherches propres à leur domaine dans des démarches de requalification et de création typologique. Ils participent de manière « innovante » à la recherche d’intégration de pratiques agricoles en ville mais ils n’en sont pas pour autant exclusifs, au contraire. Les projets sont des moyens de rassembler de nombreux domaines. La notion de projet commun renvoi à un objet d’étude qui prend racine, mute et se développe à partir de réflexions collectives et qui ne peut exister que par l’interconnexion, l’échange et la participation de différentes disciplines. Synthèse L’analyse nous a permis de mettre en évidence les complémentarités présentées par ces deux ateliers. Parmi les convergences, nous avons constaté que plus de la moitié des projets sont à l’origine de commanditaires publics (graph.11) et que très peu de projet traite de l’élevage (graph.12), or il faut rappeler que la définition de l’agriculture urbaine prend en considération l’élevage à des fins alimentaires ou autres. En parallèle, des convergences ont été remarquées en matière de localisation des projets. Au total, dix-neuf projets se situent dans la ville de Paris ou sa région. Toutefois, compte tenu d’une analyse basée sur deux agences franciliaines, il semble légitime que la majorité des projets se situent à Paris. Il faudrait intégrer des projets d’autres agences ou architectes hors Paris pour établir un constat crédible. Enfin, dans la moitié des projets étudiés, l’architecte n’est pas le seul acteur du projet. Nous remarquerons toutefois que lorsqu’il l’est, les origines des projets sont soit des recherches internes, soit des études sans suites. Parmi les acteurs nous constatons diverses professions : artiste, scénographe, économiste, écologue, paysagiste, ingénieur et, dans le cas de l’AAA, des associations, des habitants, des étudiants et des universités. Or, si la thématique principale est l’agriculture, on constate l’absence des professionnels agricoles dans l’ensemble des 25 projets. Afin de comprendre et d’expliquer ces analogies, il serait intéressant d’intégrer d’autres architectes français à l’analyse afin de les vérifier ou de les contester. Toutefois, l’analyse met en avant une convergence importante. On constate que la recherche théorique est la principale participation des architectes dans la synergie d’agriculture urbaine. En effet, 21 projets sont des études sans suite. Ces 21 projets sont donc irréalisés, non construits et ne le seront certainement jamais.

77


CONCLUSION

La participation des architectes dans l’émergence de pratiques agricoles en ville est certaine. Ils sont à l’origine de l’apparition d’espaces agricoles en ville grâce à des procédés traditionnels ou innovants. Les cultures s’installent au sol et s’intègrent sur des surfaces hors-sol horizontales ou verticales pour permettre de multiplier les espaces de production et de donner une identité à l’espace et à l’architecture. Les projets réalisés offrent aux architectes et aux nombreux autres acteurs qui interviennent dans la conception ou dans l’usage, d’expérimenter des stratégies, des méthodes et des techniques d’intégration agricole. Dans cette perspective, on constate par l’analyse des projets que l’architecte intervient soit par l’intégration de surfaces agricoles sur une architecture existante ou dans l’espace qualifiée par celle-ci, soit par l’intégration de cultures dans la conception même d’une nouvelle architecture soit en l’intégrant sur ou dans l’architecture, soit dans l’espace définit par cette dernière. On constate également des divergences d’intentions qui diversifient les actions et les réflexions des architectes. Les contextes urbains, les gabarits de projets, les échelles de projets, les techniques et les modèles agricoles employés, les surfaces d’intégrations au sol ou hors-sol, les matériaux utilisés, les acteurs associés aux cultures et la vocation des produits sont autant de facteurs distinctifs et complémentaires dans la conception d’une architecture liée à la production agricole. Ces projets « agro-architecturaux » deviennent des socles de réflexions et d’analyses pour leurs valeurs sociales, économiques, environnementales et alimentaires. C’est une base sur laquelle les habitants et les disciplines scientifiques peuvent interagir et collaborer. Dans certain cas, les architectes ont le rôle d’intermédiaire entre les volontés des citadins et les exigences des politiques urbaines. Pour illustrer ce propos, on retrouve dans plusieurs projets construits, des jardins et des potagers qui n’ont pas nécessairement besoin de planifications architecturales pour exister, les habitants sont capables de créer ces espaces par eux-même, mais l’intervention de l’architecte est nécessaire au niveau juridique par la responsabilité décennale. Ainsi, les architectes sont tenus responsables des dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou qui le rendent impropre à sa destination (art. 1792 du Code civil) pendant les dix années qui suivent la réception des travaux (art. 2270). Ainsi, les architectes interviennent dans l’apparition de pratiques agricoles urbaines par leurs créativités, leurs connaissances sur l’aménagement des espaces, leurs statuts juridiques tout en générant un réseau pluridisciplinaire d’acteurs collaborant sur la base d’un projet commun. Les architectes interviennent aussi et surtout, dans le monde de l’imaginaire, de la recherche théorique et dans l’utopie d’une ville productive. À différents niveaux, chaque projet que nous avons abordé est audacieux: construire un réseau de différents pôles de résilience à l’échelle urbaine, poser une serre agricole sur une barre de logement, une salle de concert ou un super-marcher, aménager des milliers d’hectares pour en faire un parc urbain agricole, ou encore ériger une tour de plusieurs centaines de mètres de haut pour y cultiver des fruits et des légumes. Il semblerait que les architectes ne mettent aucune limite au développement de stratégies et de méthodes d’intégrations d’agriculture urbaine. Si certain de ces projets font appel à un futur proche, en ce sens qu’ils sont viables au niveau économique, technique et technologie, d’autres cependant sont véritablement 79


inscrits dans un futur lointain. Pour autant, ces derniers forment une ressource non négligeable d’informations, d’innovations, de stratégies d’anticipations, de logiques d’intégration et de relations entre agriculture et architecture. De la même manière que pour les projets réalisés, les architectes ne sont pas toujours exclusifs à la conception des projets. On retrouve des dynamiques d’acteurs qui participent et collaborent entre eux pour la création d’un projet commun. Toutefois, ces projets, en prenant exemple des fermes verticales, sont le symbole de la ville future pensée par les architectes. Si les fermes verticales sont aussi visibles et connus par le grand public, c’est grâce aux outils de l’architecte. Les images numériques sont accessibles au public et faciles à comprendre dans leur globalité. Cette maîtrise de l’image, de la communication, donne aux architectes la capacité de faire connaître ces tours et ainsi d’entraîner des débats dans lesquels les citadins peuvent participer. En vue des critiques concernant les fermes verticales, nous pourrions nous questionner sur la valeur de ces recherches: ces projets sont-ils de l’ordre de l’utopie ou de la dystopie ? Il semblerait que la frontière soit mince. En effet, le positionnement ambivalent des architectes, le développement de modèle agricole à échelle humaine ou industrielle et les contradictions du concept de ferme verticale font écho à deux courants de pensées radicalement opposés. D’un côté le modèle prométhéen75: le développement de la pensée rationaliste et fonctionnaliste du XVIIIème siècle, l’hyper-technique, l’industrialisation de masse, la suprématie de l’homme sur la nature, etc. De l’autre coté le modèle orphique, réinstaurer l’équilibre entre les hommes et la nature et les hommes eux-même, restaurer les écosystèmes endommagés, affirmer l’échelle du local dans un contexte moins global, rendre possible l’échange non marchande, etc. Ces deux modèles sont incontestablement d’actualité sous le nom de croissance: une production rapide, massive et continuelle, donnant aux pouvoirs économiques en place un rôle encore plus important; et de décroissance76: tendre vers une société d’abondance frugale77, une sobriété heureuse78, « moins de transport, de chaîne de production et une consommation soutenable. »79. Quels modèles voulons-nous privilégier ? Il n’est pas étonnant que les architectes s’engagent sur deux voies opposées compte tenu des désaccords entre les volontés citoyennes et celles des politiques ainsi que de l’instabilité et de l’incertitude des intentions politiques matérialisées par le développement durable80. En parallèle, la question de l’alimentation ouvre sur deux horizons distincts. L’hétérogénéité des projets rapprochant l’agriculture urbaine et l’architecture, témoignent d’une vision complémentaire quant à la manière de subvenir aux besoins vitaux des citadins. On constate que la différenciation entre agriculture urbaine proactive et réactive est applicable aux projets agro-architecturaux. Compte tenu de la situation des projets, en France, en Suisse et en Italie, l’agriculture urbaine proactive semble être la logique prédominante. En ce sens, la fonction alimentaire de l’agriculture urbaine est en arrière-plan, devancée par sa fonction sociale, environnementale et économique. Toutefois, le concept de ferme verticale semble développer en priorité la dimension alimentaire, puisqu’il tend à produire de grandes quantités de denrées alimentaires. La ferme verticale démontre ainsi une sorte de syncrétisme entre l’intégration d’une agriculture urbaine proactive et réactive. Dans ce cadre là, l’architecte questionne l’origine même de ces deux processus en émettant la possibilité d’une hybridation, une agriculture urbaine réactive dans un contexte proactif. La multiplicité des projets réalisés ou non et la participation des architectes aux initiatives citoyennes et aux volontés politiques montrent que les architectes sont présents et actifs parmi les acteurs de l’agriculture urbaine. Ainsi, la contribution essentielle des architectes est de réaffirmer que la ville de demain reste encore un choix et que ce dernier doit être débattu collectivement.

75 J. Salomin Cavin et D. Bourg, op. cit. 76 La décroissance (N. Georgescu-Roegen, 1979) est un concept économique, politique et social selon lequel la croissance économique constitue davantage une source de nuisances que de bienfaits pour l’humanité. 77 S. Latouche, Vers une société d’abondance frugale, Édition Mille et une nuits, Avril 2011, 115 pages. 78 P. Rabhi, Vers la sobriété heureuse, Édition Babel, Actes Sud, août 2013, 164 pages. 79 S. Latouche, Revue urbanisme, n°346, jan. fev. 2006, page 81. 80 J. Theys et C. Emelianoff, Les contradictions de la ville durable, Le Débat, n°113, pp. 122-135, 2001. 81


Ouvertures Comme nous l’avons remarqué, les complémentarités révélées dans l’analyse exigent des approfondissements pour être vérifiées. Toutefois, il convient de noter, en opérant une transversalité entre les projets de fermes verticales et les projets d’agriculture urbaine, que l’intégration de l’élevage dans les projets est rare. De la même manière, nous pourrions développer la complémentarité constatée sur les commanditaires majoritairement publics. Ou encore, le fait que Paris semble être le contexte urbain principal dans les démarches de projet, ainsi que l’absence d’agriculteur parmi les acteurs ralliés aux architectes. En parallèle, de la même façon que pour l’analyse du concept de fermes verticales, une analyse plus précise des autres stratégies et méthodes mises en place par les architectes pour l’intégration de pratiques agricoles en ville (potager sur les toits d’un bâtiment existant, intégration de système agricole en façade, création d’un bâtiment avec intégration de dispositifs de culture en serre sur toiture, etc.) permettrait certainement de découvrir de nouvelles problématiques et de nouveaux questionnements qui complexifieront l’analyse de départ. On préciserait alors les techniques employées, les logiques d’acteurs, les processus de conception et les obstacles rencontrés. Dans un autre cadre, reconsidérer la problématique des villes où l’agriculture urbaine existe depuis toujours offrira une nouvelle perspective de recherche. On s’interrogera alors, non pas sur le rôle des architectes dans l’apparition, la recherche et le développement de pratiques agricoles en ville (dans le cadre d’une réapparition), mais plutôt de leur présence ou non dans la création et le maintien d’une agriculture urbaine assurant la sécurité alimentaire des citadins. Cette nouvelle problématique nous entraînera de l’autre côté du miroir, dans la dimension réactive de l’agriculture urbaine. S’il semble légitime que les architectes participent à la synergie de l’agriculture urbaine dans les pays développés, pour des logiques principalement économiques, leur présence dans les pays sous-développés ou défavorisés parait moins évidente. Cette ouverture pourrait nous mener vers un constat où les architectes sont absents. Dans ce cas, une investigation pour connaître les raisons de leur absence serait tout aussi pertinente. En effet, nous avons constaté que l’architecte développe des stratégies qui lui sont propre et qui sont intrinsèquement liées aux démarches de conception architecturale. L’intervention de l’architecte offre de nouvelles possibilités d’intégration d’agriculture en ville. De fait, si les architectes sont absents dans les villes où se pratique l’agriculture urbaine réactive, nous pourrions chercher grâce aux stratégies, aux méthodes et aux outils employés par l’architecte, les potentiels qu’il y aurait à l’intervention et à l’intégration de l’architecte dans les processus d’agriculture urbaine réactive. Une troisième ouverture serait possible en partant du constat concernant le positionnement ambivalent des architectes vis-à-vis de l’agriculture urbaine: la croissance et la décroissance. Nous pouvons ainsi axer la recherche sur l’architecte et de l’agriculture urbain à travers le prisme de la soutenabilité81 architecturale, urbaine et alimentaire en relation étroite avec la décroissance. De nombreux « objecteurs de croissance » engagent des débats et contribuent à l’enrichissement de ce courant de pensée. Parmi eux, Alberto Magnaghi (architecte), Pierre Rabhi (agriculture), Serge Latouche (écolomiste), ou encore Ivan Illich (penseur et critique de la société industrielle) traitent de l’alimentation et de la ville comme des entités indivisibles et indispensable à la résilience alimentaire urbaine, à l’apparition du vivre ensemble, à la régénération des systèmes environnementaux, à l’amélioration du cadre de vie urbain, à la complexification des échanges entre l’homme et la nature et à l’amélioration des rapports sociaux. Nous avons constaté que certains projets étudiés possèdent les caractéristiques d’une architecture soutenable, comme par exemple le projet Ecobox, Passage 56 et Village 2.0 de AAA. Dans cette perspective, nous pourrions esquisser ce qui pourrait être la ville de demain, à l’opposé de la dystopie présentée par des fermes verticales, une ville soutenable, autonome, autogérée et résiliente dans sa dimension alimentaire. Quelque soit la future orientation de ce travail, « l’architecte et l’agriculture urbaine » est un sujet riche, vaste et directement lié à des préoccupations actuelles. Ainsi, le prolongement de ces recherches me mènera, je le souhaite, vers la rédaction d’une thèse. 81 La soutenabilité est un principe établi sur trois piliers, l’environnement, le social et l’économie qui vise a répondre aux 83 besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs.


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Sources internets des projets www.lua-paris.com www.soa-architectes.fr www.urbantactics.org www.verticalfarm.com www.vincent.callebaut.org

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annexe

Carnet de projets

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L'architecte et l'agriculture urbaine annexe rémi junquera