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REGARDS

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25 Oct. 2018

Magazine.

Spotlight:

Affaire Khashoggi : de la disparition Ă la crise diplomatique

Big brother:

Hongrie: interdiction

de dormir dans la rue pour les SDF


Edito La face cachée de Jamal Khashoggi

Présumément tué lors d’une ‘’opération planifiée’’ du régime saoudien, le personnage de Jamal Khashoggi reste, au même titre que sa mort, une énigme. Derrière sa disparition, le 2 octobre dernier, qui a entraîné le début d’une forte crise diplomatique, se cache un ancien compagnon de route de djihadistes et éditorialiste dissident placé sur la liste noire du régime saoudien. Jamal Khashoggi est un homme plein de contradictions et de mystères. Ancien journaliste pour de nombreux titres de presse contrôlés par l’Etat saoudien, il a, pour son dernier article, écrit un édito prônant la liberté de la presse. Avant l’arrivée au pouvoir de MBS en 2017, le neveu du marchand d’armes Adnan Khashoggi avait aussi été conseiller des princes, relais des services de renseignement saoudiens et de la CIA. Plus encore, dans les années 80, il s’était lié d’amitié avec Oussama Ben Laden, lui-aussi héritier d’une grande compagnie, et avait rejoint les Frères musulmans. Pour, quelques années plus tard, devenir le protégé du prince Turki al-Faysal, ex-patron des services secrets saoudiens qu’il suivra aussi bien au Royaume-Uni qu’aux Etats-Unis. Seulement, la rupture avec l’Arabie Saoudite provoquée par l’arrivée au pouvoir de MBS, dont il doutait de la sincérité des promesses, son rôle au Washington Post, les secrets qu’il détenait et les accusations d’autoritarisme du prince saoudien marqueront son arrêt de mort. Ironie du sort, c’est par sa propre mort que Khashoggi aura réussi à mettre à mal ce prince qui voulait le faire taire. Pour être sûrs de ne pas en perdre une miette, vous pourrez nous suivre sur notre page twitter, @RegardsMagazine. Bonne lecture, Arthus Vaillant , rédacteur en chef

La Rédaction

Valentin Colombani Katoo De Langhe Célia Demolis Clara Giannitelli Alexia Jeanney

Denis Lagouy Kévin Masegosa Baptiste Mulatier Victoria Philippe Arthus Vaillant


Sommaire

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Flash

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La vie est Belge

Spotlight

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Premier contact

Les figures de l’ombre

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La French

Le Canada, deuxième pays du monde à légaliser le cannabis

Big Brother

Bénin : l’opposant politique Sébastien Ajavon condamné à 20 ans de prison pour trafic de drogue « Aujourd’hui, nous pouvons dire qu’il n’y a plus d’Etat de droit au Bénin », a déclaré Maître Julien Bensimhon, l’un des avocats de Sébastien Ajavon, après le verdict rendu par un tribunal spécial du Bénin. L’opposant politique a été condamné à 20 ans de prison, en plus d’un mandat d’arrêt international lancé contre sa personne. La justice béninoise l’accuse notamment de trafic de cocaïne. Sébastien Ajavon a dénoncé « un coup monté » sur les ondes de Radio France International, qui auraient d’ailleurs été brouillées selon les responsables de la radio

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Comme une image

Chine : Une lune artificielle pour faire des économies d’éclairage

Facebook retire treize pages de propagande du régime birman

Afin de réaliser des économies d’énergie, le gouvernement chinois s’est lancé dans un projet pour le moins surprenant. Par le biais de la société Tian Fu New Area Science Society, la Chine va envoyer en orbite un satellite doté d’un grand miroir déployable chargé de renvoyer la lumière du soleil sur Terre. Ainsi, l’Empire du Milieu souhaite créer une ‘’lune artificielle’’ qui permettra en 2020, date de son lancement, d’éclairer la ville de Chengdu et d’économie environ 150 millions d’euros d’électricité par an.

Suite à une enquête du New York Times, la direction de Facebook a annoncé, le 15 octobre, avoir supprimé treize pages très populaires tenues par l’armée birmane. Outil de propagande par excellence, le réseau social permettait aux militaires birmans de diffuser des messages haineux envers les musulmans. Camouflé en pages ‘’peoples’’, ces dernières visaient plus particulièrement la minorité rohingya, victime de génocide selon les Nations Unies. Arthus Vaillant / Baptiste Mulatier

Flash

La consommation de cannabis à des fins récréatives est autorisée au Canada depuis le 17 octobre dernier à minuit. Cette mesure était l’une des promesses de campagne de Justin Trudeau, élu en 2015. Le Canada devient ainsi le deuxième pays du monde à prendre une telle mesure, après l’Uruguay en 2013. C’est une grande première pour un membre du G20 même si aux Etats-Unis, le cannabis récréatif est également légalisé dans huit Etats. D’autres pays tels que les Pays-Bas et l’Espagne ont eux autorisé la consommation de cannabis thérapeutique.

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Regards Libre


Que PasA ?

Affaire Khashoggi : De la disparion a la crise diplomatique Près de trois semaines après la disparition du ressortissant saoudien, Jamal Khashoggi, l’affaire a pris un nouveau tournant samedi 20 octobre. Riyad a finalement reconnu que le collaborateur du Washington Post, avait été tué dans l’enceinte du consulat d’Arabie saoudite, à Istanbul. Cette révélation engendre déjà des répercussions économiques, politiques mais aussi culturelles pour le pays désertique, actuellement isolé de la scène internationale. Quelques mois plus tôt, le principal pays de la péninsule arabique était régulièrement félicité pour son ouverture culturelle et ses nombreux projets dans le domaine du divertissement qui ne cessent de croître depuis 2016. Constructions de cinémas, ouverture d’opéras, affluence d’artistes internationaux lors de concerts, près de 5.000 événements culturels étaient attendus cette année en Arabie Saoudite. Néanmoins, c’était sans compter la disparition brutale du journaliste dissident saoudien, Jamal Khashoggi, le 2 octobre, dans les locaux du consulat de son pays à Istanbul. Une affaire qui engendre des répercussions à l’échelle mondiale

Spotlight

Suite à l’annonce de sa mort par les autorités saoudiennes, samedi 20 octobre, après plusieurs semaines de déni, le pays fait désormais face à un début de crise diplomatique, dont il n’avait plus été confronté depuis 2001. Il doit aussi affronter de nombreuses réactions internationales comme la suspension d’exportation d’armes avec l’Allemagne, la décision de boycott concernant le « Davos du désert », ou encore les changements de ton de Donald Trump. D’autres questions se posent aussi quant à l’avenir du prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohammed Ben Salmane, ainsi que les relations futures avec la Turquie, qui a promis de révéler « toute la vérité » sur le meurtre. Jamal Khashoggi a disparu le 2 octobre dernier alors qu’il se rendait au consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul, pour des démarches administratives, en vue de son prochain mariage. Filmé en train d’entrer dans les locaux, l’homme, alors âgé de 59 ans, n’a ensuite plus jamais été revu. Connu pour ses critiques envers le prince héritier, Jamal Khashoggi, s’était exilé aux États-Unis l’an passé. Il avait quitté son pays après une campagne d’arrestations de dissidents. Depuis, il a notamment écrit une série d’articles publiés dans le Washington Post, où il dénonçait notamment l’attitude de Ryad à l’égard du Qatar.

© : The Washington Institute


L’ambivalence des Etats-Unis Le régime saoudien n’est pas le seul à jouer sa crédibilité dans cette affaire. Le président américain souffle le chaud et le froid depuis l’annonce de la disparition du journaliste saoudien. Dès le début, Donald Trump, qui a fait de sa relation privilégiée avec l’Arabie Saoudite le fondement de sa politique au Moyen-Orient a tenté de trouver une sortie de crise qui sauverait la tête de son allié, Mohammed ben Salmane. L’alliance américano-saoudienne n’est pas nouvelle mais Trump la pousse très loin, quitte à fermer les yeux sur les actions répressives du jeune prince héritier. Le président américain affirme sa volonté de rendre effectif les 100 milliards de contrats d’armements, et ne souhaite prendre aucun risque qui pourrait les mettre en cause. Mais en pleine campagne électorale pour les élections de mi-mandat du 6 novembre, le résident de la Maison-Blanche doit rendre des comptes aux sénateurs qui ont réclamé l’ouverture d’une enquête officielle après la disparition du journaliste. Il alterne alors les déclarations favorables et défavorables au régime saoudien. Après avoir jugé « crédible » la version de la mort de Jamal Khashoggi annoncée par les autorités de Riyad, le président américain a changé de ton samedi. “Il y a manifestement eu tromperie et mensonges”, a-til déclaré au Washington Post, le quotidien pour lequel écrivait Khashoggi. “ Leurs histoires partent dans tous les sens”, ajoute-t-il. Trump a néanmoins fait l’éloge de Mohammed Ben Salman comme “personne forte”, capable de contrôler les différentes factions de l’Arabie saoudite et de jouer un rôle majeur dans les relations économiques américano-saoudiennes.

Légende photos : A gauche : Jamal Khashoggi tué le 2 octobre au consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul. La disparition du collaborateur du Washington Post entraîne de nombreuses répercussions sur la scène internationale. En heut à droite : Donald Trump montre un tableau des armes vendues à l’Arabie saoudite en compagnie du prince saoudien Mohamed Ben Salmane.

Un «assassinat politique» pour le président turc Erdogan Contrairement à Donald Trump, le président turc s’est fait très discret depuis le début de l’affaire. Mais au lendemain des aveux de l’Arabie saoudite sur la mort du journaliste, Recep Tayyip Erdogan a haussé le ton. Selon lui, le meurtre de Jamal Khashoggi avait été “sauvagement planifié” et promis que “rien ne resterait secret” dans cette affaire. Lors de son discours mardi 23 octobre, devant le groupe parlementaire de son parti, Erdogan a détaillé les résultats de l’enquête, parlant d’un «assassinat barbare» qui a été «planifié” des jours à l’avance. D’après les conclusions de l’enquête, trois agents saoudiens sont arrivés en Turquie la veille de la disparition, puis se sont rendus dans une forêt proche d’Istanbul puis à Yalova une ville située à 90 kilomètres d’Istanbul. Il a aussi révélé que 15 Saoudiens étaient arrivés à Istanbul le jour de la disparition du journaliste et se sont retrouvés au consulat pour “arracher le disque dur du système de vidéosurveillance”. Le président a insisté sur la nécessité de trouver le corps du journaliste. Il n’a toutefois pas donné d’éléments bien nouveaux et «toute la vérité», promise par le président turc depuis des jours lors de ce discours, n’a pas été au rendez-vous. Sa prise de parole s’est principalement résumée à des questions, très directes, à Riyad : “De qui les dix-huit personnes accusées d’avoir assassiné le journaliste dépendaient-elles ? Qui a donné les ordres ? Pourquoi l’Arabie Saoudite a-t-elle développé différentes versions des faits ? ». Il a également demandé à ce que tous les suspects soient jugés à Istanbul, réitérant sa volonté de trouver le commanditaire de cet assassinat. Se gardant bien de donner des noms, notamment celui du prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salmane. «MBS est affaibli par cette affaire. En ne le désignant pas, Erdogan contribue encore un peu à son affaiblissement», estime Didier Billion. Victoria Philippe & Célia Demolis

© : The Associated Press/ Evan

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Girl : Le garçon qui veut devenir une ballerine Le premier film de Lukas Dhont, Girl a déjà gagné de prestigieux prix lors de festivals internationaux. Après les frères Dardenne, avec Rosetta puis L’enfant, il est le deuxième réalisateur belge à recevoir la Caméra d’or. A ce jour, le film a déjà gagné 17 prix, et ce nombre va certainement encore augmenter. Le 24 février prochain, Girl représentera la Belgique aux Oscars, pour le titre de meilleur film en langue étrangère. Un rêve qui va au-delà d’un sexe Le personnage principal de Girl est Lara. Son plus grand rêve est de devenir une ballerine étoile, mais pour cela, Lara doit d’abord devenir une femme. Née garçon, elle a subi un traitement hormonal pendant qu’elle s’entraînait à l’école de ballet. Durant le film, le réalisateur insiste sur les efforts de la jeune transgenre pour réaliser son rêve et devenir ballerine ainsi que sur l’impatience pour sa dernière opération qui fera d’elle une vraie femme.

Un scénario inspiré d’une histoire vraie Le scénario de Girl est adapté d’une histoire réelle. Lara interprète le rôle de Nora Monsecour, qui avait 15 ans quand elle a décidé de devenir une femme. C’est à partir de ce moment qu’elle a voulu danser avec les filles dans l’école de ballet. Dhont a rencontré la jeune transgenre lorsqu’elle avait 18 ans. Son courage et détermination qu’elle transmettait l’ont poussé à réaliser ce biopic. Ainsi, il a travaillé sur ce film durant neuf ans, avec le suivi continu de celle qu’il considère désormais comme ‘’son héroïne’’. Un film qui suscite de nombreuses critiques Actuellement en salle en France, le film a déjà été projeté aux États-Unis et au Canada. Au sein de ces deux pays, les critiques affluaient avant même la sortie du film. En effet, une partie de la communauté transgenre ne trouvent pas correct que le rôle de Lara soit joué par un garçon, en l’occurrence Victor Polster. Le rôle aurait dû être attribué, selon eux, à une femme transgenre, plutôt qu’à un homme. Le sujet est actuellement sensible aux Etats-Unis et donne suite au débat qu’avait occasionné la participation aux auditions de Scarlett Johansson pour un rôle transgenre dans le film Rub & Tug.

© : Affiche du film

La vie est belge

Une ouverture sur le monde de la transsexualité Le portrait émouvant de Lara a pour rôle, selon Lukas Dhont d’ouvrir les yeux sur la situation des transgenres. A ce jour, il n’est pas encore possible de changer de genre dans certains pays européens et les législations autour de cette identité de genre divergent. En Europe, 34 pays, dont l’Espagne ou le Portugal exigent un diagnostic de santé mentale avant d’adapter leur législation pour les personnes transgenres. Pire, certains pays comme l’Albanie ou la Macédoine ne reconnaissent pas l’existence légale de ce genre. Katoo De Langhe


Franck Riester, le nouveau visage de la Culture

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A la suite du remaniement gouvernemental, le mardi 16 octobre, le ministère de la Culture a vu Françoise Nyssen être remerciée et remplacée par Franck Riester. Mais qui est ce précoce de la politique, élu au conseil municipal de sa ville dès 21 ans et âgé aujourd’hui de seulement 44 ans ?

Franck Riester, nouveau ministre de la Culture depuis le 16 octobre 2018.

© : Cécile Debise

Diplômé d’une école de commerce et de management urbain, Franck Riester était destiné au ministère de la Culture. Spécialiste politique, il est élu au conseil municipal de sa ville, Coulommiers, en 1995 alors qu’il n’est âgé que de 21 ans. Dans la liste de Guy Drut, auquel il succédera en 2008 à la tête de la mairie, il fera ses classes à la jeunesse et aux finances. Riester se lance en politique sous l’étendard de l’UMP (puis Les Républicains), lorsque Nicolas Sarkozy occupait le poste de président de la République. Exclu de LR, il crée son propre parti politique avec UDI-Agir, qui a soutenu Emmanuel Macron lors de l’élection présidentielle. Franck Riester est député de Seine-etMarne depuis 2007, et participera à la commission Copé sur l’audiovisuel public en 2008-2009. Il fut aussi l’un des artisans de la création de l’autorité anti piratage à la suite de ses rapports sur les projets Hadopi 1 et 2.

Précédemment à l’UMP, Franck Riester s’était mis à dos son parti dès 2011 où il avait déclaré publiquement être pour le mariage homosexuel, un projet de loi porté par François Hollande. Il est d’ailleurs l’un des premiers hommes politiques de droite à déclarer

Denis Lagouy

LA FRENCH

Un homme engagé politiquement

ouvertement son homosexualité. Nommé ministre de la Culture dans le gouvernement d’Emmanuel Macron à la suite du remaniement, Franck Riester a déjà des positions bien définies sur plusieurs sujets. Il a par exemple défendu les idées d’une suppression de la quasi-totalité de la publicité sur France Télévisions. Le nouveau ministre invite aussi les grands groupes publics et privés audiovisuels à « travailler davantage ensemble, en mobilisant des moyens communs. » Il a aussi tenu à saluer le travail réalisé par sa prédécesseur, Françoise Nyssen, notamment sur l’accès à la culture : « Regardez ce qui se fait en matière de circulation des œuvres majeures et des artistes ».


Les figures de l’ombre les

© : Paulus Ponizak

Une « ère nouvelle » pour un rockeur anti-média

Philipp Burger à été accusé à plusieurs reprises de nationalisme alors que lui-même se considère comme un simple patriote. Récemment, le chanteur a annoncé une deuxième tournée pour son nouvel album Rivalen und Rebelle, rivaux et rebelles en français, sorti en mars dernier, et l’on peut dire que les fans ont répondu présent. La moitié des places disponibles sur les quatre concerts ont été vendues en moins de deux heures après l’ouverture des ventes, selon le site officiel du groupe. Un succès non négligeable qui contredit le passé très critiqué du chanteur. Alors que Philipp Burger atteint le sommet de sa carrière, en 2011, il est soudainement pointé du doigt par les médias. Ses chansons, prônant son amour pour son pays, sont prises pour le fruit d’un nationalisme extrême. « Je ne tolère aucune critique sur ce pays sacré, qui est notre patrie », chante-til dans « Südtirol », une chanson qui lui coûtera sa nomination aux Echo 2011.

Philipp Burger… Son nom ne vous dit rien ? C’est normal. Encore méconnu en France, ce chanteur du groupe germanophone Frei.Wild est pourtant l’une des figures emblématiques du rock allemand. Issu du Sud-Tyrol en Italie, Philipp Burger forme, avec Jonas Notdurfter, Christian Fohrer et Jochen Gargitter, le groupe de rock le plus connu mais aussi le plus contesté d’Allemagne.

La tempête médiatique ravage la vie du chanteur, alors âgé de 31 ans, et fait ressurgir des faits peu avantageux pour son image, comme sa participation au parti extrémiste du Sud-Tyrol, die Freiheitlichen. « Tout le monde a fait des bêtises de jeunesse, et ceci a été la mienne », défendait-il alors face au Berliner-Zeitung. Accusé parfois de nazisme, Philipp Burger se distancie depuis ces révélations de l’extrême droite en prônant des formules anti-extrémistes classiques. Un retournement de veste qui convainc peu la presse mais qui, paradoxalement, attire de plus en plus de fans. « Nous n’acceptons pas qu’autant de branleurs dirigent notre monde » : le refrain de la chanson « Im Auftrag der Welt » (Par ordre du monde) en dit long

sur la guerre engagée entre le chanteur et les journalistes qu’il accuse de mensonges et d’acharnement. Un axe que Philipp Burger tiendra dans la majorité de ses chansons écrites depuis. « Rivalen und Rebellen est un nouvel album qui marque une nouvelle ère où rien ne pourra aller pire que ça l’a déjà été », confie l’artiste sur Rock Antenne. Un nouveau souffle, donc, avec des chansons qui parlent d’amour et de joie de vivre. Un premier pas pour apaiser les tensions, huit ans après la tourmente. Alexia Jeanney


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« Nous sommes à mi-chemin entre la brasserie et la gastronomie »

© : Radiant-Bellevue

Actuellement directeur du Radiant-Bellevue à Caluire, Victor Bosch a débuté sa carrière en tant que batteur du groupe Pulsar avant de devenir chargé de production de différents événements, de 1984 à 1989, puis directeur du Transbordeur. Egalement producteur à succès de la comédie musicale Notre-Dame de Paris, cet homme chaleureux revient, pour Regards, sur son parcours atypique. Interview.

Votre carrière a débuté sous le signe de la musique. Pouvez- vous nous expliquer?

Comment êtes-vous devenu directeur du Transbordeur ?

Autre grand temps fort de votre carrière, la production de Notre-Dame de Paris. Pourquoi avezvous décidé de vous investir sur ce projet ? C’est Guy Darmet, alors à la tête de la Maison de la danse, qui m’a présenté Luc Plamondon au Transbordeur. A l’époque ce dernier connaissait une traversée du désert : Michel Berger venait de mourir, il enchainait les échecs. Il m’a fait écouter les titres « Belles » et « Le temps des cathédrales », interprétés par Richard Cocciante. Alors que Luc Plamondon avait essuyé trois refus d’importance dans l’univers du spectacle, j’ai écouté ces chansons sans a priori et compris tout leur potentiel. J’ai alors organisé, en moins de quinze jours, un rendez-vous avec le producteur Charles Talar, qui m’a soutenu financièrement dans cette aventure. Comment avez-vous conçu la programmation du Radiant ? Quelles en sont les spécificités ? La programmation du Radiant-Bellevue à Caluire entre en résonnance avec toutes les disciplines. Si je devais réaliser une métaphore je dirais que nous sommes à mi-chemin entre la brasserie et la gastronomie. Tout le monde s’y retrouve, toutes générations confondues. Je veux que le Radiant-Bellevue soit une salle fédératrice pour toutes les générations. Le nombre d’abonnements de plus en plus conséquent prouve également que le public nous fait confiance et vient découvrir de nouveaux spectacles qu’ils n’auraient jamais eu l’occasion de voir auparavant. Propos recueillis par Kévin Masegosa

Premier contact

Au départ je voulais devenir peintre, j’étais assez doué dans ce domaine. J’ai d’ailleurs gagné un concours qui m’a permis de me rendre à Londres pendant un mois. J’ai suivi des cours spécifiques en Angleterre et arpenté les nombreuses salles de la National Gallery. Parallèlement, je fréquentais un club de musique très à la mode, UFO. On y écoutait des morceaux incroyables. Je suis ensuite revenu en France pour préparer les Beaux-Arts. Puis les évènements de 68 ont changé mon destin. J’ai commencé à rencontrer de nombreux copains au lycée, dont Sorj Chalandon, qui deviendra plus tard le chanteur de notre groupe Pulsar. Au fil des ans, la musique a commencé à prendre de plus en plus d’importance pour moi. Les évènements de 68 sont arrivés et je n’ai pas passé mon baccalauréat. 68, ce sont les évènements de la Nuit Debout, puissance un milliard ! C’était un choc culturel énorme ! Avec mes amis nous avons été bouleversés par une série de concerts de groupes importants comme Pink Floyd ou Deep Purple à la Maison de la danse. Des formations qui n’avaient pas l’importance qu’elles ont aujourd’hui. C’était un privilège de les entendre dans ce cadre, en toute intimité. De cette expérience est né notre groupe de musique Pulsar. J’ai, par la même occasion, dit adieu à toutes mes velléités en matière de peinture. La musique a pris le dessus.

En 1987, André Soulier, alors premier adjoint de Francisque Collomb, est venu me chercher quelques mois avant les élections municipales en me confiant une enveloppe d’un million d’euros dans l’objectif de séduire l’électorat jeune. Il m’a confié la réhabilitation d’une ancienne usine des eaux désaffectée. La salle a été inaugurée en 1989 par un concert du musicien français White Collar. Michel Noir, alors élu nouveau maire de Lyon, m’a reconduit dans mes fonctions.


bIG BROTHER

Hongrie : Viktor Orbán interdit aux SDF de dormir dans la rue

© : Unsplash/Mihaly Koles

En Hongrie, le gouvernement de Viktor Orbán a promulguée le 15 octobre une loi interdisant aux personnes sans domicile fixe (SDF) de dormir dans les rues. Cette mesure, votée le 20 juillet dernier, a immédiatement fait réagir la presse internationale.

« Les personnes sans-abris pourraient être condamnées à l’emprisonnement en vertu d’une loi du gouvernement d’extrême droite », entame The Independent, précisant l’orientation politique du gouvernement de Viktor Orbán. La Hongrie a en effet promulgué un amendement constitutionnel interdisant aux personnes sans domicile fixe (SDF) de vivre et de dormir dans les lieux publics. Seulement, il est rappelé dans Le Figaro que des mesures avaient déjà mises en place. En effet, jusqu’à présent ‘’les personnes sans domicile fixe étaient passibles d’une amende de 500 euros. Désormais, après trois avertissements, ils pourront faire l’objet d’une peine d’emprisonnement’’. Ainsi, le dispositif précédent prévoyait au maximum une amende, en cas de refus du travail d’intérêt général proposé à la place de la prison, solution que le magistrat est désormais en droit d’écarter avec l’appui de la loi. De son côté, le journal hongrois d’opposition Nepszava se lamente de l’hypocrisie du régime hongrois et voit en l’adoption de ‘‘ véritables valeurs chrétiennes empreintes de solida-

Ce SDF hongrois sera arrêté s’il est vu à plusieurs reprises en train de dormir dans la rue.

rité’’ dont se revendique Orbán, une manière, pour le gouvernement de traiter ‘’le problème à la racine au lieu de nettoyer les rues par la force”. « La révision donne à la police le pouvoir d’émettre des avertissements à toute personne vue vivant dans la rue », ajoute le quotidien britannique. « Une troisième désobéissance dans les 90 jours autorise son arrestation et son entrée en prison, en plus de la destruction de tous ses biens », précise ABC. En instaurant cette loi, la Hongrie aurait également d’autres intentions. En effet, The Independent explique que « outre la répression à l’égard des sansabris, cet amendement comprend des articles qui limitent considérablement les chances des réfugiés de recevoir l’asile. L’amendement vise également à protéger la culture chrétienne hongroise », des termes régulièrement employés par Viktor Orbán depuis son élection. Quant au média espagnol, il reprend les propos de quelques opposants : « Le gouvernement ment lorsqu’il dit qu’il y a des lits pour tout le monde dans les abris, on parle de 30 000 personnes et il n’y a pas plus de 11 000 lits »,

dénonce Jutka Lakatos, un ancien SDF ayant vécu sept ans dans la rue. « Quel crime ont-ils commis ? Vous ne pouvez pas criminaliser le manque de logements, il s’agit juste de personnes qui tentent de survivre ... », regrette Leilani Farha qui travaille à l’ONU. Si presque 2 000 personnes ont protesté, le 14 octobre, devant le parlement hongrois contre cette loi jugée ‘’indigne’’ et ‘’inhumaine’’, d’autres estiment que cela sera bénéfique pour le pays. En tête de file, le journal Magyar Idok, qui a tenu à répondre que “la loi n’a pas été élaborée avec l’intention de remplir encore plus les prisons, qui sont déjà surchargées. L’objectif est plutôt d’orienter les intéressés vers des institutions spécialisées, les maintenant en vie et essayant de les mener sur le chemin de la réinsertion”. Baptiste Mulatier & Arthus Vaillant


.11 affiche du film

© : Capharnaüm

Capharnaüm : Beyrouth en déroute

Le film d’une tragique réalité Par ce contraste effroyable entre la beauté des images et la pauvreté de la population, la réalisatrice montre la vie de ce jeune garçon qui doit travailler, mendier et voler pour faire vivre sa famille. Des parents vendent leurs filles à des hommes beaucoup plus âgés, en échange de quelques vivres et un peu d’argent. Ce qui est le cas dans le film pour la petite sœur de Zain. Ce n’est pas une simple histoire mais la vie de beaucoup de Libanais actuellement. Zain, de son vrai nom Zain Al Rafeea, est un enfant qui a vécu dans ces conditions. Aujourd’hui, il a trouvé refuge en suède. En décrivant les conditions précaires dans laquelle vit cet enfant, le traitement des jeunes filles et les crises migratoires, Nadine Labaki amène le spectateur dans la compassion, en l’émouvant parfois jusqu’aux larmes. Les musiques qui accompagnent les actions apportent encore plus d’émotions. Dans ce film, on retrouve l’histoire de la migration de l’orient vers l’occident. En effet, le Liban

Pour preuve, le Liban accueil un quart de la population Syrienne. Cette immigration au Liban crée des tensions entre Libanais et migrants car les migrants ont sur place des aides alimentaires auxquels les Libanais des bidonvilles n’ont pas accès. Il y a aussi des tensions entre les Syriens et les Libanais, car des attaques de kamikazes se font dans les camps de réfugiés au Liban. Certains Libanais revendique le renvoie de Syriens chez eux. Malgré des aides de l’Europe le Liban se sent un peu abandonné, car cet argent permet seulement de se maintenir à flot et, en conséquence, de ne pas pouvoir se développer comme il le devrait. Un film émouvant et bluffant de vérité, dans lequel les acteurs véhiculent des sentiments propres au drame. Nadine Labaki dépeint une triste réalité, d’un pays submergé par la pauvreté, la crise migratoire ainsi que des mœurs différentes à l’occident. La rédaction recommande ce film Clara Giannitelli

REGARD LIBRE

Nadine Labaki, nous livre son troisième long-métrage : Capharnaüm, qui a remporté le prix du Jury au Festival de Cannes 2018. Ce film dramatique, aux airs de documentaire, raconte l’histoire d’un jeune garçon libanais, Zain, d’une douzaine d’années, habitant dans un bidonville de Beyrouth. Le récit s’ouvre sur le tribunal dans lequel il décide de porter plainte contre ses parents. « Pourquoi attaquez-vous vos parents en justice ? Pour m’avoir donné la vie », répond Zain. Par un flash-back, on remonte au début de l’histoire, on voit le jeune homme travailler pour permettre à sa famille de survivre. Il se retrouve ensuite livré à lui-même lorsqu’il décide de quitter le foyer familial, suite au mariage forcé de sa soeur. En parallèle de celle de Zain, sont tracés les histoires de Rahil, une jeune femme éthiopienne en quête de papiers, qui élève son bébé Yonas, forcée de le cacher. À plusieurs reprises on voit une jeune Syrienne, mendiant en attendant un potentiel voyage vers la Suède.

se trouve être un carrefour important pour les migrants qu’ils soient originaires de Syrie, d’Éthiopie, d’Égypte, Irak et bien d’autres.


Comme une image Le Honduras met en avant le street art de Cantarranas pour attirer les touristes.

Mardi 16 octobre, une centaine de femmes iraniennes ont été autorisées à entrer dans le stade Azadi de Téhéran, pour assister à la rencontre entre l’Iran et la Bolivie. Placées dans un parcage spécial, ces femmes sont les premières à pouvoir assister à un match de football en Iran. Cette photographie a fait beaucoup réagir en Iran comme le très conservateur procureur général iranien, Mohammad Jafar Montazéri, qui a pourtant donné son accord pour cet événement : «Je suis en désaccord avec la présence de ces femmes au stade Azadi. Nous sommes un Etat islamique, nous sommes musulmans». Valentin Colombani

Regards Magazine  

Voila le deuxième numéro de notre journal étudiant.

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Voila le deuxième numéro de notre journal étudiant.

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