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Une place pour tous

L’ÉDITO

Ce numéro a évidemment été conçu avant les attentats de Bruxelles. Il est néanmoins baigné des questions qu’ils soulèvent, une nouvelle fois. Elles sont de deux ordres. Une part d’entre elles concerne l’islam. Quelles analyses faisons-nous de cette religion et de cette culture ? Dans leur discussion au resto, Jean Birnbaum et Raphaël Liogier sont tombés d’accord pour dire qu’on ne peut pas rabattre la question religieuse sur les seules approches sociales, économiques, politiques. Ils se rejoignent sur la dimension proprement religieuse des motivations des djihadistes. Raphaël Liogier nous dit que naît une nouvelle religion mondialisée, le djihadisme, qui s’enracine dans l’islam en même temps qu’il s’en détache. Après les événements de Cologne, Gildas Le Dem restitue la controverse qui a divisé les féministes, et qui a été d’une grande violence. Il fracture une communauté de combat et d’idées. Françoise Vergès invite à la prudence et à ne pas s’enfermer dans des catégories qui occultent l’essentiel. Pour ne pas se laisser submerger par la peur et la haine, il faut notamment connaître l’histoire de la colonisation. Rokhaya Diallo rend compte de la naissance du mouvement “Printemps Républicain”. Ses initiateurs, dans la foulée de Manuel Valls qui pérore « expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser », affichent une indifférence violente à l’égard des inégalités, des injustices et de ce passé colonial qui persiste. Leur morgue est sans limite. Face au désarroi d’une jeunesse à la dérive, leur réponse se situe du côté d’une laïcité de combat. Ils participent à cette logique de guerre sans issue. Cet engrenage est sans fin. Il peut conduire au pire. L’autre question est celle du nihilisme ravageur d’un monde désenchanté. Des jeunes de tous milieux

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trouvent un sens à leur vie dans un engagement de mort. Tous ne sont pas englués dans la misère sociale. Mais celle-ci est un facteur de détresse bien tangible. Tous ne sont pas victimes de discrimination et de racisme. Mais le désespoir et la rancœur face à ce mur sont un puissant combustible. Par contre, aucun de ces jeunes n’a trouvé dans notre République et notre gauche son espace. On peut dater cette coupure de plusieurs années. Ce qui est nouveau, c’est qu’existe aujourd’hui une proposition qui parle à une partie d’entre eux. Daesh est notre ennemi et notre rival. Il n’y aura pas d’issue qui ne redonne une place et une espérance à chacun. C’est au cœur du propos développé par Jean Birbaum. Il n’y a pas d’avenir en dehors d’un retour de la politique pour ce qu’elle doit prendre en charge : bien moins la gestion des choses que la construction du sens d’une société. Et les mots creux n’y peuvent rien. Ce numéro met en avant le documentaire de Françoise Davisse, Comme des lions, justement pour sa restitution du réel, loin des lieux communs sur le monde ouvrier et ses luttes. Le dossier sur la déflagration numérique et la remise en cause du travail se coltine ces temps nouveaux, qui peuvent nous plonger dans plus de précarité et de solitude. Qu’une jeunesse s’y oppose dessine un autre chemin. On est prévenu : l’issue de ces luttes est devenue vitale. ■ catherine tricot, rédactrice en chef

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Trimestriel Printemps 2016  

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