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PARTAGER, RÉDUIRE, LIBÉRER, SÉCURISER LE TRAVAIL POUR LE RÉINVENTER…

Face aux mutations en cours, des réflexions, propositions, revendications s’esquissent ou s’affirment. Qu’en disent intellectuels et les spécialistes, que pensentils de deux propositions très discutées : le revenu d’existence et le salaire à vie ?  Entretiens par Marion Rousset.

DOMINIQUE MÉDA

Professeure à l’université Paris-Dauphine, directrice de l’IRISSO

MARIE-CHRISTINE BUREAU Sociologue au Lise-Cnam-CNRS

PASCAL LOKIEC

Professeur à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense

ALAIN SUPIOT

Juriste, professeur au Collège de France

UN PARTAGE CIVILISÉ DU TRAVAIL PAR DOMINIQUE MÉDA

« La voie principale me paraît être la réduction de la durée légale du travail, ou au moins la convergence de la durée normale du travail pour tous autour d’une trentaine d’heures. L’objectif est d’assurer un partage civilisé du travail en lieu et place d’un partage sauvage où certains travaillent plus de soixante heures par semaine, pendant que d’autres ne parviennent pas à accéder à l’emploi, ou se trouvent cantonnés dans des emplois d’une durée très courte et très mal payés. Atteindre cet objectif suppose que soit mis en place, parallèlement, un programme de qualification / requalification à destination de ceux qui ont été laissés dans l’emploi depuis trop longtemps sans aucune mise à niveau de leurs connaissances, de ceux qui ont été exclus de l’emploi et de ceux qui ne parviennent pas à y accéder. Cela suppose que, pour tous, une partie importante de la vie de travail soit réservée à la formation continue, de manière à éviter l’exclusion par la non qualification. Cette réduction ou convergence des durées du travail1 suppose également que nous rompions avec l’obsession des gains de productivité. S’ils ont été – et continuent parfois d’être – au cœur du progrès, ils ne le sont plus dans de nombreux cas, contribuant au contraire à détruire le sens du travail. Éviter cette intensification du travail suppose de se doter de nouveaux indicateurs de richesse, macro et micro, capables de mettre en évidence les dégâts et les bénéfices des différentes organisations du travail. La réduction de la durée hebdomadaire de travail est la seule mesure de nature à permettre un rééquilibrage des investissements domestiques et familiaux des hommes et des femmes, ainsi qu’une implication réelle de tous dans la vie citoyenne. » 1. L’économiste Jean Gadrey a calculé que la répartition du nombre actuel d’heures travaillées en France sur l’ensemble de la population active conduirait à une durée moyenne de 31 heures par personne.

58 REGARDS PRINTEMPS 2016

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Trimestriel Printemps 2016  

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