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TOUS UBÉRISÉS BENJAMIN CORIAT : ÉCONOMIE DU PARTAGE VS L’ÉCONOMIE DE LA PRÉDATION Les logiciels libres, Wikipedia, l’autopartage ou les garderies autogérées reposent sur une aspiration citoyenne, sur la volonté de partager des savoirs ou des ressources, de minimiser la consommation ou de reconstituer de la sociabilité. Pour Benjamin Coriat, Uber a mené une OPA idéologique sur l’économie collaborative. Il s’agit d’une économie de la prédation, captant l’essentiel des richesses qui devraient aller aux salariés, à leur protection sociale, à la contribution à la société sous forme d’impôts. Les producteurs – appelons-les les travailleurs – sont les dindons de la farce. La montée du travail à la demande nous plonge dans une ère préindustrielle 2.0, faite d’une cohorte fragmentée de travailleurs indépendants, répondant aux fluctuations de la demande d’un travail à la tâche, chacun devant apporter ses outils de production (voiture, ordinateur, logiciels) et au besoin s’endettant pour cela. Ils sont soumis, d’une part (notamment dans le cas des productions dématérialisées), à une concurrence directement mondialisée et, d’autre part, à la pression des clients qui, par exemple, attribuent publiquement des notes d’appréciation de leur travail (qualité, rapidité, prix, servilité), notes qui conditionnent leur activité future. Les gouvernements restent muets pour contrer cette prédation. Pourtant, les transactions étant numérisées et les acheteurs et vendeurs identifiés, les bases d’une taxation et d’un contrôle existent. À lire Le Retour des Communs. La crise de l’idéologie propriétaire, sous la direction de Benjamin Coriat, Éditions les Liens qui libèrent.

AMAZON MECHANICAL TURK : UNE AGENCE D’INTÉRIM MONDIALE Sur cette plate-forme, des particuliers, des universités, des entreprises grandes et petites proposent des tâches à réaliser à distance, souvent répétitives mais encore difficile à mécaniser : traduire une fiche produit, attribuer des mots-clés à des images, retranscrire un enregistrement audio, etc. Pour réaliser ces tâches, étudiants, chômeurs, salariés en quête de revenus complémentaires du monde entier sont en concurrence directe. Les missions sont ainsi proposées et réalisées à des prix de misère : il est difficile d’atteindre quatre  dollars de l’heure aux États-Unis. Exemple  : taguer des images pour 0,02 centimes l’unité. Et les exécutants sont notés ! Inutile de dire que les transactions échappent à tout contrôle et à toute fiscalité.

FISCALITÉ : AMAZON JOUE SELON LES RÈGLES En 2013, Amazon Grande-Bretagne recevait plus de subventions de l’État pour installer ses entrepôts qu’il ne payait d’impôt. Selon le Guardian, un lanceur d’alerte, cadre d’une entreprise qui vendait des CD à Amazon, l’avait révélé : les contrats étaient discutés en Angleterre par un cadre anglais de la multinationale. Les CD étaient édités et pressés en Grande-Bretagne, et ensuite vendus par Amazon pour l’essentiel à des Anglais. Mais les factures étaient émises par Amazon Luxembourg, un paradis fiscal au cœur de l’Europe. Amazon le crie haut et fort : ils jouent selon les règles (fiscales). Oui. Et c’est bien le problème.

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Trimestriel Printemps 2016  

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