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Les foyers de travailleurs migrants ont été construits dans les années 50 pour accueillir une main d’œuvre nord-africaine venue reconstruire la France d’après-guerre. Plus proche de l’hôtel que de l’appartement, les chambres sont louées au mois et sont exiguës. Les salles de bains, toilettes et cuisines sont partagées. Les Chibanis, résidents de la première heure, sont maintenant remplacés par des ressortissants d’anciennes colonies sub-sahariennes (Mali, Sénégal, Mauritanie…). Il y aurait aujourd’hui près de 50 000 migrants originaires d’Afrique dans les 250 foyers de la région parisienne. La politique de réhabilitation des foyers depuis une dizaine d’année vise autant l’amélioration des conditions de logement que l’accompagnement social. Mais le changement sémantique – on ne dit plus “foyer” mais “résidence sociale” – n’a pas encore d’effet sur le réel. La plupart des foyers sont insalubres, résultat de décennies d’inaction publique. La discrimination pour et par le logement reste la norme. L’atomisation des groupes d’habitants et ses effets (sur les solidarités et les cultures) produisent des effets critiques. Les tensions montent entre résidents et gestionnaires. Phénomène récent, à la demande du gestionnaire, la force publique intervient dans des foyers où la résistance est forte. Le foyer Adoma Marc Seguin, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, a connu une rafle de plusieurs dizaines de résidents en décembre 2015, dont plusieurs envoyés en centre de rétention. Certains migrants ont été expulsés après des années passées en France. La raison ? Les habitants font la grève des loyers depuis plusieurs mois en demandant que s’achève la réfection du bâtiment et que soit réouverte la cuisine collective, seul lieu où ils peuvent se nourrir pour une somme modeste… ■ l.h.

« Nous faisons parti de l’histoire de la France. On a été invité par la France, on n’est pas là juste parce qu’il y avait de la lumière. Les tirailleurs sénégalais se sont battus pour la France. À travers cette radio, une histoire nous réunit. » Chantal Sagna, auxiliaire de vie

de moi. Pas pour les prestations sociales. » « La société française ne se rend pas compte que sans les migrants, il y a toute une partie du pays qui ne tourne plus », appuie Sylvain Bernard. La Radio des foyers s’empare de tous les sujets d’actualité, celui du changement structurel des foyers autant que des attaques terroristes qui ont touché la France en 2015. Par crainte des amalgames, une émission spéciale sur les attentats du 13 novembre 2015 est même réalisée en urgence. Après les attaques de janvier 2015, la radio avait fait place à Lassana Bathily, l’employé malien “héros” de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, et cousin de Seydou, l’un des bénévoles de la radio. Il était sanspapier et résident d’un foyer à l’époque des événements. Aujourd’hui, il a été naturalisé et vit dans un logement social. La radio s’en fait l’écho, délivrant un autre regard sur l’actualité. Un autre regard sur un foyer(super)man… ■ laurent hazgui

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Trimestriel Printemps 2016  

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