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Comme des lions a été tourné au jour le jour, sans connaître l’issue du combat, conclu par la suppression de trois mille emplois directs. Cela lui donne à la fois son intensité et sa singularité : il ne s’agit pas d’un discours a posteriori sur une lutte, mais de moments partagés avec des grévistes. Ce film est un document à la fois sur une usine, des ouvriers et une grève d’aujourd’hui. Il décape le sépia des images dépassées et porte un regard moderne sur un monde et des réalités peu connues.

FRANÇOISE DAVISSE Réalistatrice

regards. Comment avez-vous fait pour rentrer dans l’usine, gagner la confiance de ce groupe militant qui vous laisse tout voir, tout entendre ? françoise davisse.

Je voulais filmer des gens qui partent en lutte sans naïveté. Le code traditionnel est de filmer des individus qui n’ont pas d’idées au départ… et qui découvrent. Résultat, comme la plupart des gens n’ont jamais mené de lutte, les spectateurs en restent à une dénonciation des embûches. Ce n’est pas ce que je voulais. Je l’ai expliqué à ceux que je filmais, et j’ai aussi dit que je voulais faire un vrai film de cinéma, aller au bout de la forme que j’aime : filmer les gens comme si c’était des scènes de cinéma, en dialogue, en interaction. Ça tombait bien : les ouvriers d’Aulnay organisaient leur lutte en mettant toutes les questions sur la table, et en décidant collectivement. J’avais mes dialogues… et bien plus. Dans le film, comme entre eux, ils laissent tout voir et entendre. Ils m’ont permis de filmer dans l’usine, non pas sous le contrôle de la direction, mais parce qu’un lieu de lutte devient un espace public. Je filme à hauteur

114 REGARDS PRINTEMPS 2016

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Trimestriel Printemps 2016  

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