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À gauche de la scène, Adam est étendu, seul, nu, sur un sol rocailleux. Michel-Ange le représente comme un homme jeune, vigoureux, au corps musclé, d’une grande beauté. Sa pose alanguie et l’expression de son visage donnent l’impression qu’il vient à peine de s’éveiller. À droite, Dieu apparaît, comme en suspension dans un ciel vide – une évocation non pas du néant mais de l’infini. Il est soutenu par des anges et enveloppé d’un tissu brun, gonflé comme une voile. Le Créateur porte une fine chemise qui laisse deviner un corps puissant ; mais il a la barbe et les cheveux gris d’un sage vieillard. Alors que la pose d’Adam est statique, Dieu et ses anges sont emportés dans un mouvement symbolisant le “souffle divin”. Tout est mis en œuvre pour attirer le regard vers le centre de la fresque, vers ces deux mains, ces deux index qui se cherchent et se rejoignent, sans pour autant se toucher. Dieu éveille Adam à la vie, sans avoir besoin d’un contact direct, sa volonté seule suffit. Adam, lui, à peine éveillé, tourne intensément son regard vers son créateur. C’est dans la symétrie du geste, le même mouvement de ces deux regards et de ces deux mains, que réside la puissance évocatrice de l’œuvre. Une grande douceur, un amour mutuel, émane du visage de Dieu et de celui d’Adam. La position similaire des deux corps évoque l’idée que l’homme a été créé à l’image de Dieu. Il existe cependant un contraste entre la force divine qui anime le bras tendu de Dieu vers sa créature et l’éveil à la vie du premier homme, sa faiblesse de “nouveau-né”, matérialisée par ce bras qui repose encore nonchalamment sur son genou et cette main fléchie. Enfin, Dieu, de son bras gauche, enlace une figure féminine dont le regard est tourné vers Adam. Cette figure est généralement interprétée comme la représentation d’Ève, attendant auprès de Dieu le moment d’être elle-même créée. Une œuvre ancrée dans son temps

Michel-Ange : La Création d’Adam Michelangelo Buonarroti, dit Michel-Ange (1475-1564) Fresque de la voûte, chapelle Sixtine, Vatican (Rome) 1508-1512 H. 280 cm ; L. 570 cm Photographie prise après restauration Musées et galeries du Vatican © The Bridgeman Art Library

Une œuvre de commande

La Création d’Adam est un des neuf panneaux qui ornent la voûte de la chapelle Sixtine au Vatican. Cette chapelle doit son nom au pape Sixte IV qui la fit bâtir entre 1477 et 1483. C’est là que les cardinaux se réunissent en conclave pour l’élection d’un nouveau pape. Une large partie de sa décoration a été réalisée par Michel-Ange. Né en 1475, près d’Arezzo, Michel-Ange a travaillé essentiellement à Florence pour la famille Médicis et à Rome pour la papauté. Comme Léonard de Vinci, c’est un artiste complet, à la fois sculpteur, peintre, architecte mais aussi poète. En 1505, le pape Jules II le charge de redécorer la chapelle Sixtine endommagée par des fissures. Le chantier débute en 1508 et va durer quatre ans, pendant lesquels Michel-Ange travaille seul, peignant couché sur le dos. L’artiste conçoit un ensemble complexe comprenant neuf scènes tirées du livre de la Genèse, commençant par Dieu séparant la lumière des ténèbres et comprenant notamment la Création d’Adam, la Création d’Ève, la Tentation, la Chute d’Adam et Ève et le Déluge. Ces scènes sont entourées de représentations de Prophètes et autres personnages de l’Ancien Testament. Description de l’œuvre

Pour concevoir La Création d’Adam, Michel-Ange s’est inspiré du second récit de la Genèse (Gen 2, 7) : “Yahvé Dieu modela l’Homme avec la poussière du sol et il souffla une haleine de vie dans ses narines” (voir page 43). Mais il s’éloigne du récit biblique dans la manière de transmettre l’étincelle de vie.

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Récits de création

Dès le début du xve siècle débute en Italie une floraison artistique qui se répand ensuite dans toute l’Europe. La Renaissance renouvelle la conception de l’art en s’appuyant sur l’idéal humaniste qui affirme sa foi en l’homme et en ses capacités. Les intellectuels et les artistes redécouvrent la culture gréco-romaine qui devient pour eux source de réflexion et d’inspiration. Ils tentent d’opérer la synthèse entre les traditions antiques et la vision judéo-chrétienne du monde. L’œuvre de MichelAnge est à replacer dans ce courant. Tout en s’inspirant d’un sujet religieux, un récit biblique, le peintre exprime les idées humanistes de son temps en plaçant l’homme au centre de la création, face à Dieu. La beauté physique d’Adam et l’aspect très anthropomorphique de la représentation divine, sont ici plus païens que chrétiens, et sont inspirés directement de la statuaire antique. La parfaite connaissance de l’anatomie humaine que possède Michel-Ange est aussi à rapprocher des progrès de la science. La Renaissance est un moment important dans la découverte de la nature et l’exploration du monde. Pistes de travail

Pour attirer les regards des élèves sur les détails évoqués ci-dessus, on peut travailler avec un cache, observer et décrire l’œuvre progressivement, morceau par morceau, avant de la dévoiler complètement. En observant la façon dont Michel-Ange a peint Adam, on peut expliquer tout le travail d’études et de croquis qu’avait mené le peintre avant de réaliser son œuvre : étude des visages, des musculatures. Dans un autre temps, on peut mener un travail d’expression écrite (autonome ou en dictée à l’adulte, selon le cycle) autour de l’œuvre : demander aux élèves de rédiger un petit texte sur ce que leur inspire cette scène, imaginer un dialogue entre Adam et Dieu… Cette fresque pouvant être étudiée en lien avec le programme d’histoire et l’époque de la Renaissance, on pourra aussi approfondir les recherches sur Michel-Ange et sa peinture. Comment la redécouverte de l’Antiquité, des textes et des modèles de la mythologie grecque et romaine, a-t-elle influencé les représentations picturales ?

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Une œuvre patrimoniale

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Récits de création