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Présentation de la collection Au commencement des apprentissages, pourquoi, dans les familles comme dans les classes, ne pas faire entendre aux enfants la grande musique des mots ? Pourquoi ne pas leur raconter ces récits fondateurs, ces récits qui datent de la jeunesse du monde. Issus de toutes les traditions, ils se sont transmis de génération en génération, portés par la parole des hommes, contés, chantés avant d’être écrits, réécrits, traduits pour devenir accessibles à tous. Qu’ils viennent de l’Orient ancien, d’Asie ou d’Europe, d’Amérique ou d’Afrique, ces récits, qui nous parlent d’un temps où les dieux et les hommes entremêlaient leurs existences appartiennent aujourd’hui au patrimoine de l’humanité. Nous les avons appelés récits primordiaux parce qu’ils sont à la fois premiers et fondateurs, ils portent les mythes et les croyances dont les hommes se nourrissent depuis toujours. N’ayons pas peur de les faire nôtres et de les transmettre avec nos mots, nos voix… Ainsi chaque ouvrage de cette collection propose, autour d’un thème ou d’un personnage, six récits, ou ensemble de récits, réécrits et adaptés par des spécialistes, universitaires et enseignants, pour être racontés aux enfants. En marge, de courts extraits des textes originaux sont signalés par un ■. Chacun de ces récits est encadré par un préambule qui le replace dans son contexte historique, mentionne ses sources, précise les langues originelles, et par des clés de lecture pour explorer plus avant sa signification et confronter les traditions. Raconter, c’est préparer et accompagner l’apprentissage de la lecture : l’écoute doit retenir l’intérêt et susciter la parole de l’enfant, favoriser la libre expression sur les thèmes entendus. Le récit constitue aussi une première approche du langage symbolique. À leur manière, ces récits disent quelque chose du monde et des hommes. Ils permettent de commencer à différencier ce qui est de l’ordre du savoir de ce qui relève de la croyance. En fin d’ouvrage des pistes pédagogiques sont proposées aux enseignants par des enseignants pour exploiter ces récits en classe. Et puis, il y a les images… Volontairement nous avons fait le choix de ne pas recourir aux dessins d’illustration mais de présenter des œuvres d’art, des enluminures, des peintures, des objets, de toutes origines et de toutes les époques. Ces documents nous montrent comment les récits primordiaux ont traversé les siècles et inspiré les artistes. Ces images sont commentées, l’une d’entre elles plus particulièrement, non pas qu’elle surpasse toutes les autres, mais parce qu’elle est emblématique et permet une première initiation à l’histoire des arts. Maintenant, faisons cercle autour du conteur et laissons-nous pénétrer par ces mots venus du fond des âges.


Dans la même collection R éci ts de cré a ti on U l ysse D ée sse s de l ’ O l y mp e A b ra h a m J é su s

Ce tte col l ecti on e st ré a l i sé e en col l a b ora ti on a ve c l ’ IE S R . L’Institut européen en sciences des religions (IESR) a été créé en 2002 par le ministère de l’Éducation nationale comme une composante de l’École pratique des hautes études et de sa section des sciences religieuses. L’IESR est un lieu de réflexion, d’expertise et de conseil consacré à l’histoire et à l’actualité des questions religieuses, et à la pratique de la laïcité. La participation à la mise en œuvre de l’enseignement des faits religieux à l’école laïque est au cœur des missions de l’Institut. Dans ce cadre, l’IESR organise des stages de formation et contribue à des entreprises éditoriales. Dominique Borne, historien, doyen honoraire de l’inspection générale, est président du conseil de direction de l’IESR qui est dirigé par JeanPaul Willaime, directeur d’études à l’EPHE. www.iesr.fr


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Ré c i t s d e l a m o rt e t d e l ’ a u -d e l à


Directeur de collection Dominique Borne Édition Dagmar Rolf assistée de Lucie Spindler Coordination, rédaction, iconographie Béatrice Kalaydjian Nathalie Petitjean Conception graphique Michelle Chabaud Mise en page Françoise Gélibert Fabrication Jean-Marc Guyan

Les auteurs Marie-Charlotte Arnauld, chercheuse associée au CEMCA (Centre français d’Études Mexicaines et Centraméricaines), Mexico ; directrice de recherches au CNRS (Laboratoire Archéologie des Amériques). Publications : “Les lieux de l’aube : occupation maya en montagne au Guatemala (300-1540 après J.-C.)” dans Journal de la Société des Américanistes, 79, 1993 ; “De Nacxit a Rabinal Achi : Estados territoriales en formación en las tierras altas mayas (Postclásico)” dans Investigadores de la Cultura Maya 3, Mexico, Publicaciones de la Universidad de Campeche, tome II, 1996. Maud Lasseur, professeur agrégé et docteur en géographie (Paris I). ATER à l’université de Perpignan. Publications : “Religions” dans Christian Seignobos (dir.), Atlas du Cameroun, Paris, Les Éditions J. A., 2006 ; “Nordistes musulmans et sudistes chrétiens s’affrontent dans les États africains”, dans Georges Courade (dir.), L’Afrique des idées reçues, Paris, Belin, 2006 ; “Mythes du pays Dogon” dans Récits de création, collection “Récits primordiaux”, Paris, La Documentation française, 2008. Évelyne Martini, agrégée de lettres modernes, inspectrice d’Académie, inspectrice pédagogique régionale de lettres, Académie de Paris. Publications : L’Homme et les mythes (avec Jean-Pierre Hammel), Paris, Hatier, 1994 ; S’initier aux religions (avec François Boespflug), Paris, Éditions du Cerf, 1999 ; a dirigé la collection “Ce qu’en disent les religions” aux Éditions de l’Atelier.

Caroline Plichon, agrégée de lettres classiques et docteur ès lettres. Auteur d’une thèse sur le Rhésos, tragédie grecque attribuée à Euripide. Publication : Déesses de l’Olympe, collection “Récits primordiaux”, Paris, La Documentation française, 2008 “Aux termes du Code de la propriété intellectuelle, toute reproduction ou représentation, intégrale ou partielle de la présente publication, faite par quelque procédé que ce soit (reprographie, microfilmage, scannérisation, numérisation...) sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.” “Il est rappelé également que l’usage abusif et collectif de la photocopie met en danger l’équilibre économique des circuits du livre.”

© Paris, Direction de l’information légale et administrative, 2010

ISBN : 978-2-11-007911-4

Anne Zali, conservateur général à la Bibliothèque nationale de France (BnF), responsable du service pédagogique. Publications : a participé au commissariat et dirigé les catalogues de trois expositions de la BnF : Naissance des Écritures (1997), La Page (2000) et Torah, Bible, Coran : livres de Paroles (2005) ; “Récits de création bibliques” dans Récits de création, collection “Récits primordiaux”, Paris, La Documentation française, 2008.

Remerciements À tous les membres du comité éditorial : Bernard Boulley, responsable du département des ressources et conseils éditoriaux de la Dila, Philippe Claus, inspecteur général de l’Éducation nationale, Danièle Cotinat, inspectrice pédagogique régionale (histoire et histoire des arts), Mariannick DuboisLazzarotto, inspectrice de l’Éducation nationale, Laurent Klein, directeur d’école élémentaire, Anne Latournerie, responsable du département des éditions de la Dila, Emmanuelle Wolff, directrice d’école maternelle, Anne Zali, conservateur général à la BnF.


Sommaire Introduction La mor t e t l ’ a u -d el à Dominique Borne 6

Six récits Croya n ces et r i te s de l ’É g y p te a n ci e n n e Anne Zali 10

L’ a u -del à e n G rèce a n ci e n n e Caroline Plichon 24

La tra di ti on ch réti en n e Anne Zali 36

V i si on de l ’a u -de l à e n In de Évelyne Martini 48

My th e s des i n di en s ma ya s Marie-Charlotte Arnauld 60

R éci ts a fr i ca i n s su r l ’or i g i n e de l a m or t Maud Lasseur 74

Les plus+ pédagogiques U n e œu vre p a tr i mo n i a l e Cathédrale d’Amiens : le portail du Jugement dernier Dominique Borne Nathalie Petitjean 84

Pi ste s p éda g ogi qu es Laurent Klein Emmanuelle Wolff 89

Comme n t u ti l i ser l es i m a ge s ? 91

S ou rces e t ressou rce s 94


L’envol de l’oiseau Bâ Ténébreuse, inquiétante est la mort, mais aussi lumineuse, éclatante et solaire. Dans l’Égypte ancienne, avant que le mort n’entre dans sa dernière demeure, son oiseau Bâ, son énergie divine – que l’on traduit improprement par “âme” –, s’échappe de son corps momifié. L’oiseau aux larges ailes s’élève, il prend son envol pour s’associer à la course de Rê, le dieu Soleil, jusqu’au plus haut du ciel. Au Nouvel Empire (1550-1080 avant J.-C.), on dote l’oiseau d’une tête humaine et même aussi de bras, parfois. Nouvelle naissance, la mort ouvre la porte des métamorphoses car l’amour du dieu sauve. À l’instar de l’oiseau aux formes innombrables, le mort est libre d’aller et de venir, il danse dans l’immensité du ciel, il est divinisé. Chaque soir pourtant, il revient dans le monde souterrain, au fond de

son sarcophage, s’unir à sa dépouille. Il tire de cette union une force de renouvellement qui lui permet chaque matin, à l’instar du soleil, de reprendre sa course. L’ombre du mort, le Shouyt, figurée par une noire silhouette, est, comme son Bâ, porteuse d’énergie, mais elle ne monte pas au ciel, elle reste attachée à celui qui vient de rejoindre l’autre monde. Jamais elle ne le quitte. Elle évoque l’idée de repos, de calme après le grand passage. Livre des Morts (détail) Papyrus peint XIXe dynastie, vers 1295-1186 avant J.-C. Le Caire, Musée égyptien © AKG-images/François Guénet


C

e livre s’ouvre sur une image sereine et inquiétante tout à la fois : un oiseau à figure humaine vole autour de l’ombre d’un mort, noire silhouette à la porte du tombeau. Cet oiseau Bâ, si présent sur les papyrus des Livres des Morts de l’ancienne Égypte, c’est l’âme du mort. Cette âme vient de quitter un corps, est-elle à la recherche d’un audelà ? Les autres images de ce livre racontent elles aussi la mort ou imaginent des mondes d’outre-tombe. Alors que dans nos sociétés, tout au moins dans ce qu’il est convenu d’appeler l’Occident, la mort n’est plus quotidienne, qu’elle se cache au fond des hôpitaux et n’apparaît au grand jour que dans les moments de catastrophe, les tremblements de terre ou les guerres, ces images nous disent au contraire que dans d’autres civilisations – et autrefois dans la nôtre – les morts font compagnie avec les vivants. À Madagascar, les familles organisent périodiquement les cérémonies du “retournement” des morts, le famadihana, elles exhument les corps de leurs proches, les promènent en les secouant dans des nattes à travers le village, puis les inhument à nouveau, avec quelques offrandes ou un linceul neuf. Ainsi ont-elles l’espoir qu’ils ne viendront pas les tourmenter. Les images et les récits rassemblés ici racontent d’autres histoires : des combats contre les dieux des Enfers, des âmes vagabondes, des jugements divins, des dieux compatissants ou vengeurs, d’infinies renaissances, des flammes dévorantes alimentées par des diables monstrueux ou des jardins édéniques parfumés et fleuris où chantent et dansent des anges. Faut-il tenter de classer les grands imaginaires de la mort ? Chez les Mayas, en Afrique, sans doute aussi dans une bonne partie de l’Asie, la mort et la vie s’entrecroisent. La vie est pensée comme un grand continuum que la mort, accident minuscule, n’interrompt pas. La mort n’est qu’un épisode de la longue chaîne – la grande roue – du vivant. Dans l’ensemble de ce qui vit, l’homme a-t-il alors une histoire distincte ? Ailleurs, les morts ne sont pas des disparus, ils restent actifs dans le monde des vivants qui doivent s’attacher leur bienveillance, et parfois même se protéger de leurs nuisances. De multiples méthodes permettent de se garder des morts : on peut veiller tout particulièrement aux funérailles, et subvenir à l’avance à tous les éventuels besoins des disparus ; l’Égypte ancienne a multiplié, comme aucune autre civilisation, ces soins prodigués aux morts. Les Grecs glissaient une obole dans la bouche du défunt, afin qu’il puisse s’acquitter du passage de l’Achéron, le fleuve des Enfers, auprès du nautonier Charon. D’autres civilisations exaltent les lignées – songeons aux interminables

La mort et l’au-delà

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généalogies de la Bible ; dans la Rome antique, chaque foyer honore l’esprit des ancêtres, personnifiés par les dieux lares. On mesure l’importance du culte des ancêtres en Afrique en recensant les nombreuses statuettes et sculptures – les poteaux des cases, par exemple – qui les représentent. Inversement, il pouvait arriver qu’un héros mort se manifeste auprès des vivants : ainsi, racontait-on à Athènes, Thésée, telle une ombre gigantesque, avait combattu les Perses – et victorieusement combattu – auprès des hoplites, à Marathon en 490 avant notre ère. Peut-on dès lors parler d’au-delà ? Chez les Mayas, les vivants luttent contre les seigneurs de Xibalba, qui règnent sur “le monde d’en dessous” : le récit met en scène les rites, les sacrifices et les gestes par lesquels ils affrontent la mort. Progressivement le monde est mis en ordre, l’environnement cosmologique est organisé : le soleil une fois réglé, l’agriculture devient possible et avec elle la nourriture et donc la vie des hommes. Il est difficile de percevoir, dans ces corps à corps sanglants, la moindre bienveillance du divin. La réflexion sur la mort, c’est vrai en Afrique comme chez les Mayas, n’entraîne pas une spéculation sur un ailleurs, elle contribue à mieux cerner la nature de l’humanité. Elle ne débouche pas sur une eschatologie, elle ne renvoie pas à un au-delà, à un autre monde, elle tente de conforter le monde quotidien. La situation est différente dans les religions monothéistes, tout particulièrement dans le cadre du christianisme et de l’islam qui installent assez tôt une séparation stricte des morts et des vivants. Certes les morts, en chrétienté, sont inhumés à proximité des églises et des corps saints ; les plus puissantes familles obtiennent, pour leurs défunts, une place dans l’église elle-même, ad sanctos ou apud sanctos disent les textes. Mais si l’on prie pour les morts, si l’on implore pour eux le secours de Marie et de tous les saints, c’est pour qu’ils intercèdent auprès de Dieu afin qu’il leur accorde la vie éternelle. Les morts sont morts, ce sont des “disparus” qui ne risquent pas de réapparaître parmi les vivants. Les monothéismes inscrivent, en effet, l’existence humaine dans un destin. La vie de chacun reproduit l’histoire même de l’humanité, depuis la faute initiale jusqu’au possible rachat. Le christianisme introduit même l’hypothèse inouïe d’un Dieu fait homme et qui connaît la mort – dont la mort elle-même est rédemptrice. De même qu’il y eut un commencement, une Genèse inventant une temporalité, de même il y aura nécessairement une fin du monde. L’au-delà est un au-delà de l’espace mais aussi du temps terrestre. L’issue n’est pas encore clairement dessinée dans les textes du Nouveau Testament et le Jugement final, dernier, doit beaucoup à l’imagination des artistes qui fixent progressivement un scénario et mettent en scène des acteurs : saint Michel, l’archange maître de la balance, saint Pierre et ses clés, naturellement préposé à être portier du paradis. L’imaginaire de l’au-delà puise à plusieurs sources, le paradis est perse, la balance égyptienne et perse. L’imaginaire musulman, proche

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Récits de la mort et de l’au-delà


de l’imaginaire chrétien, met en scène la balance et les anges, et ajoute une épreuve supplémentaire – moins fréquente dans les figurations chrétiennes : le passage du pont qui suit la pesée des actes, le pont enjambe le feu de l’enfer et il est “plus fin qu’un cheveu et plus tranchant qu’un sabre”. Dans le Coran, le jour du Jugement est “le jour du Compte”, au cou de chaque âme est suspendu le livre de sa vie. Et pour les monothéismes, l’image du Jugement final justifie le rejet des incroyants, et fonde une morale pour les croyants : faire le bien sur la terre pour “gagner” son paradis. Au sein du christianisme, Luther, en 1517, mettra violemment en évidence les dérives marchandes de cet espoir d’au-delà. Le paradis est imaginé parfois comme un retour aux origines : le jardin d’Éden initial a été perdu par le premier couple, il est retrouvé par ceux qui le méritent. Le mot du grec ancien paradeisos est emprunté au persan paridaiza, jardin irrigué. Originelle ou non, l’image du jardin est insistante, elle devient luxuriante pour l’islam. Le Coran décrit “le Jardin”, promis à ceux qui craignent Dieu : “Il y aura là des fleuves dont l’eau est incorruptible, des fleuves de lait au goût inaltérable, des fleuves de vin, délices pour ceux qui en boivent, des fleuves de miel purifié” (47,15). On reconnaît les quatre fleuves du jardin originel de la Genèse. Les nomades rêvent des sensualités de l’oasis. La littérature eschatologique juive est à l’origine des visions chrétienne et islamique de l’enfer et des châtiments réservés aux pêcheurs et, prioritairement, aux incrédules dans le monde musulman. La personnification de l’enfer en monstre, gueule ouverte, prêt à engloutir les damnés vient de la Bible, elle se retrouve sur les tympans des églises et dans la littérature musulmane. L’obscurité, le feu, l’enfermement dans les profondeurs, alors que les paradis sont “très hauts”, complètent les descriptions ou les figurations infernales… Il faudrait aussi évoquer le peuple des démons, dont l’importance est parfois si grande qu’elle aboutit à la construction d’un univers dualiste où les forces du mal tentent d’équilibrer les forces du bien dans des hérésies chrétiennes comme dans certains courants de l’islam, plus particulièrement chiite. Dans les monothéismes, chaque être humain peut espérer accéder à un autre monde, s’il a su conduire sa vie à la manière dont des sociétés humaines, sous couvert d’oukases célestes, ont décidé qu’il fallait la conduire. Dieu peut sauver tous les hommes mais ce salut ils doivent individuellement le gagner. C’est bien différent ailleurs, dans la vaste indistinction de la vie, dans la pensée des ancêtres, dans la survie de sociétés au bord de la famine. Mais, d’une manière ou d’une autre, la pensée de la mort, qu’elle s’accompagne ou non d’un espoir d’audelà, modèle les règles de vie en commun, régit les sociétés. Une exception cependant : le Sage, dans la pratique hindoue comme dans la pensée taoïste, échappe à la mort et accède à l’immortalité en se refermant si bien sur soi qu’il échappe au monde. L’au-delà est à portée d’ascèse, en chacun de nous.

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La régénération du défunt momifié Livre des Morts d’Heruben Papyrus peint 1075-945 avant J.-C. Le Caire, Musée égyptien © Aisa/Leemage

Le monde souterrain est divisé en 12 heures pendant lesquelles Rê, le dieu Soleil, voyage sur sa barque vers l’horizon oriental du ciel. À l’instar du soleil, le mort, dans son corps momifié, voyage lui aussi. À l’aube, il passe du monde souterrain de son tombeau au monde des hommes. Au cours de sa longue pérégrination, les rayons du dieu Rê baignent son corps et il boit toute la nuit la lumière à sa source pour sortir lumineux de la terre. Le disque de l’astre est entouré de deux yeux oudjat évoquant la création sous son aspect viable et complet. Pour les Égyptiens en effet le monde peut être comparé à l’œil parfait du soleil. Utilisé comme hiéroglyphe, l’œil oudjat signifie “être sain, être complet”. À sa place ici, il œuvre pour redonner au cadavre son intégrité. Le Livre des Morts résonne tout entier de cette espérance du défunt d’accompagner éternellement Rê dans son voyage nocturne pour renaître avec lui chaque matin dans l’éclat du ciel, sous la double protection d’Osiris et de Rê dont les énergies fusionnent.


Récitsde la mortet de l’au-delà