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r é c i t s

p r i m o r d i a u x

Présentation de la collection Au commencement des apprentissages, pourquoi, dans les familles comme dans les classes, ne pas faire entendre aux enfants la grande musique des mots ? Pourquoi ne pas leur raconter ces récits fondateurs, ces récits qui datent de la jeunesse du monde. Issus de toutes les traditions, ils se sont transmis de génération en génération, portés par la parole des hommes, contés, chantés avant d’être écrits, réécrits, traduits pour devenir accessibles à tous. Qu’ils viennent de l’Orient ancien, d’Asie ou d’Europe, d’Amérique ou d’Afrique, ces récits, qui nous parlent d’un temps où les dieux et les hommes entremêlaient leurs existences, appartiennent aujourd’hui au patrimoine de l’humanité. Nous les avons appelés récits primordiaux parce qu’ils sont à la fois premiers et fondateurs, ils portent les mythes et les croyances dont les hommes se nourrissent depuis toujours. N’ayons pas peur de les faire nôtres et de les transmettre avec nos mots, nos voix… Ainsi chaque ouvrage de cette collection propose, autour d’un thème ou d’un personnage, six récits, ou ensemble de récits, réécrits et adaptés par des spécialistes, universitaires et enseignants, pour être racontés aux enfants. En marge, de courts extraits des textes originaux sont signalés par un ■. Chacun de ces récits est encadré par un préambule qui le replace dans son contexte historique, mentionne ses sources, précise les langues originelles, et par des clés de lecture pour explorer plus avant sa signification et confronter les traditions. Raconter, c’est préparer et accompagner l’apprentissage de la lecture : l’écoute doit retenir l’intérêt et susciter la parole de l’enfant, favoriser la libre expression sur les thèmes entendus. Le récit constitue aussi une première approche du langage symbolique. À leur manière, ces récits disent quelque chose du monde et des hommes. Ils permettent de commencer à différencier ce qui est de l’ordre du savoir de ce qui relève de la croyance. En fin d’ouvrage des pistes pédagogiques sont proposées aux enseignants par des enseignants pour exploiter ces récits en classe. Et puis, il y a les images… Volontairement nous avons fait le choix de ne pas recourir aux dessins d’illustration mais de montrer des œuvres d’art, des enluminures, des peintures, des objets, de toutes origines et de toutes les époques. Ces documents nous montrent comment les récits primordiaux ont traversé les siècles et inspiré les artistes. Ces images sont commentées, l’une d’entre elles plus particulièrement, non pas qu’elle surpasse toutes les autres, mais parce qu’elle est emblématique et permet une première initiation à l’histoire des arts. Maintenant, faisons cercle autour du conteur et laissons-nous pénétrer par ces mots venus du fond des âges.

Reproduction interdite © La Documentation Française


r é c i t s

Dans la même collection Réci ts de créa ti on Khashayar Azmoudeh Cécile Becker Maud Lasseur Nathalie Toye Anna Van den Kerchove Anne Zali U l ysse Marella Nappi A b ra h a m (à paraî t re) Laurent Klein

Cette col l ecti on est réa l i sé e en col l a b ora ti on a ve c l ’ IE S R . L’Institut européen en sciences des religions (IESR) a été créé en 2002 par le ministère de l’Éducation nationale comme une composante de l’École pratique des hautes études et de sa section des sciences reli– gieuses. L’IESR est un lieu de réflexion, d’expertise, et de conseil consacré à l’histoire et à l’actualité des questions religieuses, et à la pratique de la laïcité. La participation à la mise en œuvre de l’enseignement des faits religieux à l’école laïque est au cœur des missions de l’Institut. Dans ce cadre l’IESR organise des stages de formation et contribue à des entreprises éditoriales. Dominique Borne, historien, doyen honoraire de l’inspection générale, est président du conseil de direction de l’IESR qui est dirigé par JeanPaul Willaime, directeur d’études à l’EPHE. www.iesr.fr

p r i m o r d i a u x

Dé e s s e s de l’ Oly m p e


collection que Borne

Édition gmar Rolf

ographes Kalaydjian Petitjean

L’auteur Caroline Plichon, agrégée de lettres classiques et docteur ès lettres. Auteur d’une thèse sur le Rhésos, tragédie grecque attribuée à Euripide. Elle enseigne au collège Germinal de Raismes.

Introduction D éesses… Dominique Borne

graphique e Chabaud

e en page e Gélibert

7

brication arc Guyan nick Rollo

ermes du ectuelle, uction ou entation, partielle blication, procédé ofilmage, sation...) e l’auteur nts droit st illicite ntrefaçon L. 335-2 du Code ctuelle.” alement e abusif otocopie quilibre u livre.”

aise, 2009

07505-5

Sommaire

Six récits D ém éter et Persép h on e 12

Pâri s et le s trois dée sses 24

Remerciements

A p h rodite 34

À tous les membres du comité éditorial : Bernard Boulley, responsable du département des périodiques, des collections et du conseil éditorial de la Documentation française, Colette Briffard, agrégée de lettres classiques, Philippe Claus, inspecteur général de l’Éducation nationale, Mariannick Dubois-Lazzarotto, inspectrice de l’Éducation nationale, Anna Van den Kerchove, responsable formation-recherches à l’IESR, Laurent Klein, directeur, école élémentaire, Anne Latournerie, responsable du département des éditions de la Documentation française, Marie-Pierre Meynet-Devillers, professeur de lettres, Emmanuelle Wolff, professeur des écoles, Anne Zali, conservateur général de la BNF.

A rt émis 44

Ath én a 54

H éra 64

Les plus+ pédagogiques U n e œu vre patr i mon i al e Titien, La Vénus d’Urbin 74

Pis tes p édagog i qu e s Laurent Klein Emmanuelle Wolff 77


Q

ui chante les malheurs de Déméter pleurant Perséphone, sa fille disparue Quel livre raconte le jugement de Pâris ? Comment savons-nous que la trè belle Aphrodite a aimé un mortel, Anchise ? D’où vient le récit de la vengeanc d’Artémis, vierge chasseresse et très farouche, quand Actéon la surprend au bain ? Et cel de la naissance d’Athéna ? Et les mésaventures d’Héra, épouse jalouse de Zeus, le maît de l’Olympe ? D’où viennent ces belles ou tragiques histoires de femmes et de déesses ?

Aux origines de la mythologie : des sources multiples

déesses de l’Olympe

ans le monde grec un grand nombre de monts appelés plus célèbre d’entre eux se dressait aux confins de la t de la Thessalie. Dès les poèmes homériques, l’Olympe é comme le séjour des dieux, et en particulier la deus, qualifié de maître de l’Olympe. Peu à peu, le lien ntagne et la demeure des dieux s’estompe et le terme employé de façon générale pour désigner la demeure sident les divinités, un lieu au ciel toujours bleu. e Luigi Sabatelli orne la voûte de la salle de l’Iliade du , à Florence. Autour de Zeus, qui domine la scène dene, sont rassemblés les principaux dieux et déesses du éco-romain, mais aussi des divinités mineures : la pluonnaissables aux attributs qui leur sont généralement

Héphaïstos, Aphrodite avec Éros, les trois Charites, Dionysos et Arès casqué ; au centre : les Moires, Déméter et Pan ; sur la droite : Héra, Hadès, Asclépios, Apollon et Artémis, et aussi un héros, Héracles. Cette vision néoclassique de l’univers olympien – la fresque date du début du XIXe siècle – fait cependant ressortir deux aspects de la religion grecque : le polythéisme, une multitude de dieux et de déesses se partagent le ciel grec ; l’anthropomorphisme, les dieux ont une forme humaine, des personnalités très marquées. Comme les hommes, ils banquètent, ils s’aiment, se jalousent, se querellent. Le Concile des dieux Luigi Sabatelli (1772-1850)

Énumérons, sans souci d’exhaustivité, quelques origines de ces récits. Les plus ancien textes sont des poèmes de l’époque archaïque – entre le e et le e siècle avant not ère : nos Olympiennes traversent l’Iliade et l’Odyssée, la Théogonie d’Hésiode ; certains de Hymnes, dits homériques parce qu’ils utilisent aussi l’hexamètre dactylique, leur sont cons crés. Au e siècle, les Hymnes de Callimaque, poète et érudit d’Alexandrie, chantent dieu et déesses. Plus tard, et cette fois en latin, Ovide (43 avant notre ère – 17 après) compos les Métamorphoses et fixe de nombreux mythes, à partir des œuvres des mythographe alexandrins. Les faits ou méfaits des dieux et des déesses traversent les Vies parallèles d Plutarque, Grec de Béotie (45-125 de notre ère). Athéna intervient directement pour aid Périclès à mener à bien le chantier de l’Acropole (Périclès, , 12-13) ; Aphrodite protèg Thésée. Comment, enfin, oublier l’apport de Pausanias qui voyage en Grèce au e sièc de notre ère ? Il suffit de parcourir le journal attentif de ses voyages – la Périégèse – pou constater que les dieux et les déesses sont toujours présents sur le sol grec. Pausanias, q comme Plutarque écrit en grec, recense méticuleusement les statues, les temples, les culte Il mentionne l’état des sanctuaires, il prend soin de recopier les inscriptions. Certes le mond grec parcouru par Pausanias est dorénavant dans l’Empire romain, mais si, dans la religio romaine, les noms des déesses sont transformés, elles conservent, en latin, leur place dan le panthéon, elles participent des mêmes épisodes mythiques, des mêmes aventures dan le monde des dieux ou dans celui des hommes. La mythologie explique l’origine de l’Urbs ( Ville) : des amours d’Aphrodite-Vénus et d’Anchise le Troyen naquit Énée, qui, dans l’Iliad


combat aux côtés des siens, protégé par sa mère Aphrodite. Puis le mythe est repris et augmenté par Virgile peu de temps avant les débuts de l’ère chrétienne ; l’Énéide raconte les voyages d’Énée et son installation auprès du Tibre. Virgile n’est pas le créateur du mythe : César n’avait pas eu besoin d’Énéide pour se proclamer descendant du héros et donc de Vénus (Aphrodite)… Ainsi Rome s’appropriait un destin écrit depuis plus d’un millénaire, depuis que les noms des dieux grecs apparaissent sur des tablettes en linéaire B à Cnossos au e siècle avant notre ère, depuis la mythique et indatable guerre de Troie, qui avait vu se déchirer Aphrodite (Vénus) amie des Troyens et Héra (Junon) amie des Grecs jusqu’au e siècle de notre ère quand l’empereur Théodose bannit les dieux de l’Olympe au bénéfice du Dieu unique des chrétiens. La place des récits mythiques dans la culture grecque

Nos sources sont donc multiples, et il serait vain de rechercher une sorte de doxa, la version la plus “fiable” ou la plus originelle de l’histoire de nos Olympiennes. Les mythes, qui ont d’abord circulé oralement, n’ont jamais cessé de se transformer, voire de se contredire. Certes, l’ensemble du monde grec partage un même fond culturel ; partout les petits enfants récitent l’Iliade et l’Odyssée, mais chaque cité tient à sa version des mythes. Quand les mythographes, à une époque tardive, tentent de recenser les multiples traditions et cherchent à donner une cohérence aux récits, les poètes, créateurs de mythes, continuent à imaginer des variantes aux aventures des dieux. D’une tradition à l’autre, on retrouve les grandes lignes d’un récit, mais la déesse est honorée ici en raison d’une particularité qui est ignorée là. Un temple, une simple statue, une inscription sur une fontaine signalent parfois son passage terrestre, ou la protection particulière qu’elle étend sur un lieu. Un qualificatif est souvent accolé au nom de la déesse, il signale son rôle, le domaine dans lequel les hommes pouvaient solliciter son secours. Les auteurs les plus éloignés de la poésie et du mythe ne méprisent pas pour autant ces récits. Thucydide lui-même, considéré comme le premier historien soucieux de la critique des sources et de la fiabilité des témoignages, intègre naturellement la mythique guerre de Troie dans le passé historique de la Grèce et, tout en tenant compte des quelques exagérations relevant de la liberté du poète, considère les poèmes homériques comme une source. Beaucoup plus tard, voyageant en Grèce, Pausanias explique que tel ou tel monument est la trace ou la commémoration de la manifestation terrestre d’une déesse. Si autrefois les dieux et les déesses se mêlaient aux hommes, il n’est pas exclu qu’ils se manifestent à nouveau. Ce monde est plein de divin. Aucune séparation rigoureuse des ordres entre le ciel et la terre. Les amours des dieux et des déesses en témoignent, qui convoitent – ou repoussent – les désirs des humains. Les dieux et les déesses semblent faits à l’image des hommes et des femmes,

ils aiment, haïssent, souffrent et se vengent comme eux. Mais les dieux et les déesses sont immortels, leur apparente proximité est trompeuse : le modèle divin est pour l’homme l’origine d’une splendeur dont il reçoit parfois un fugitif reflet. Aphrodite n’est pas seulement la plus belle, choisie par Pâris, elle est aussi – nous suivons ici Jean-Pierre Vernant – la Beauté, cette force splendide qui permet à tout être vivant d’accéder à une parcelle du beau. Cela s’appelle une culture. Les récits qui mettent en scène les dieux font en effet partie de l’univers familier de tous les Grecs, cet univers culturel est religieux, naturellement peuplé de dieux. Comme le dit encore Jean-Pierre Vernant, la mythologie grecque s’apparente à la littérature, les mythes sont donc du domaine de la fiction mais, poursuit-il, “entre le récit fictif et la vérité de ce qui est raconté, entre la fabulation du mythe et la réalité du divin impliqué dans la narration, il n’y a pas, aux temps archaïques de la Grèce, cette coupure, cette incompatibilité que nous sommes portés à établir”. Le récit n’est pas à prendre au pied de la lettre, il utilise toutes les voies de la littérature et de la poésie pour amuser ou émouvoir : mais les rapports de pouvoir et les codes moraux ou sociaux qui en tissent la trame sont des leçons de vie. Une manière de dire le monde et de lui donner intelligibilité : le jugement de Pâris donne une origine à la guerre de Troie, le séjour de Perséphone aux Enfers explique le rythme des saisons. Les récits mythologiques, au sein de la culture grecque, donne sens au monde, mais ce sens n’est jamais univoque. Dans l’univers mythologique chacun garde la liberté de croire. Les récits mythiques dans l’univers du polythéisme

Les Grecs n’ont pas, comme plus tard les religions monothéistes, transformé ces récits en croyances. Aucun Moïse grec n’a gravi l’Olympe pour un face-à-face avec Zeus. Ces dieux et ces déesses, aucun texte normatif, aucune Église n’enjoint de les adorer. Il arrive même qu’un auteur comique raille publiquement les déesses : dans sa Vie de Périclès, Plutarque cite un contemporain d’Aristophane, Cratinos qui, voulant railler Aspasie compagne très critiquée de Périclès, s’exclame : “Et Sodomie alors enfanta pour Cronos/Cette Héra-Aspasie, la pute aux yeux de chienne…” Cette rude appréciation atteint directement Héra et pourtant Cratinos n’est accusé d’aucun blasphème. En effet, en Grèce, aucun texte ne précise le contour des croyances obligatoires. Autrement dit, aucune assemblée panhellénique n’a cherché à mettre l’ensemble des Grecs d’accord sur un “credo”. Pour les chrétiens, au contraire, le Credo de Nicée précise au début du e siècle de notre ère quels sont les récits auxquels il faut ajouter foi : le Dieu unique en trois personnes, l’incarnation du Dieu fait homme, sa mort et sa résurrection. La religion grecque ne connaît aucune orthodoxie, aucune autorité ne demande de croire à la réalité du jugement de Pâris.


Les récits mythiques ont cependant une autre fonction. Ces déesses dont on nous raconte les aventures sont honorées dans de nombreux temples, on leur érige des statues. Deux exemples empruntés à Pausanias permettent de comprendre la nature du culte : voyageant en Attique entre Athènes et Mégare, il remarque un puits et note l’inscription encore visible qui “nous apprend que Déméter après l’enlèvement de Proserpine se reposa auprès de ce puits” (Périégèse, livre , , ). Dans l’univers des polythéismes, les dieux et les déesses ne se trouvent pas, inconnaissables, dans un lointain transcendantal ; ils sont encore parmi nous. Plus tard, Pausanias passe à Sicyone, il s’arrête devant le temple d’Aphrodite et enquête sur les rites liés au culte. La statue est toujours visible, une Aphrodite assise, d’or et d’ivoire, couronnée, elle tient un pavot d’une main, une pomme de l’autre. L’accès du temple est interdit, mais du seuil on contemple la déesse. Seules deux femmes pénétrent dans le sanctuaire, une vieille chargée de l’entretien du temple, une jeune vierge qui pendant un an est la prêtresse d’Aphrodite. Les rites sont minutieusement décrits : pour la déesse la prêtresse fait griller – très vraisemblablement sur un autel devant le temple – les cuisses d’animaux, de diverses espèces ; mais le combustible est précisément nommé (Périégèse, livre , , -). À Athènes, il est essentiel pour la survie même de la cité que la fête des Panathénées, en l’honneur d’Athéna fondatrice de la ville – nous la connaissons bien parce qu’elle déroule son ordonnance sur les frises du Parthénon – soit menée selon un rituel précis : dans la procession marchent les Ergastines, qui ont tissé le peplos dont on revêt la plus ancienne statue de la déesse, les sacrificateurs avec les béliers et les bœufs, les Canéphores qui portent les corbeilles contenant les vases sacrés, les magistrats de la cité… C’était la ville tout entière qui montait sur l’Acropole pour honorer la déesse. La religion grecque exige non l’orthodoxie de la croyance mais l’orthopraxie des gestes, c’est-à-dire leur rigoureuse conformité à un rituel établi, une erreur entraîne le risque d’impiété, et donc la possibilité d’offenser la divinité avec les conséquences que l’on imagine pour la cité. La longue vie des mythes

Les récits mythiques courent, vivants et fluctuants, dans le monde méditerranéen depuis les premiers temps grecs jusqu’à la fin du monde romain, pendant deux millénaires. Ni l’apparition du christianisme ni la fin de l’Empire romain ne les font disparaître. Les artistes prennent en charge la mémoire de ces récits et, jusqu’au e siècle, ils représentent un des thèmes favoris des peintres et des sculpteurs. La Renaissance italienne célèbre d’un même pinceau les figures de l’Olympe et les figures de la Bible ; Botticelli alterne Nativité et Naissance de Vénus. La Vénus d’Urbino de Titien est peinte en 1638, elle inspire encore en 1865 l’Olympia de Manet. Poussin représente tour à tour des sujets mythologiques et des sujets d’inspiration chrétienne. Louis XIV lui-même, qui revendique pourtant le rôle de Roi

très chrétien, se fait représenter en dieu de la guerre, victorieux naturellement, et construit Versailles autour de la symbolique du dieu Apollon. La place importante de la mythologie dans la culture antique ne disparaît pas avec la fin de l’Empire romain ; l’Occident devenu chrétien ne répudie pas la mythologie antique. Les déesses vivent longtemps, autour de la Méditerranée, elles vivent toujours dans nos imaginaires.

Le panthéon gréco-romain La liste des Olympiens, les divinités majeures du panthéon gréco-romain, est normalement fixée à 12, 6 dieux et 6 déesses, mais elle a varié selon les époques et s’étend en réalité jusqu’à 14 divinités : certains dieux y sont entrés et d’autres en sont sortis. Dieux grecs Zeus Héra Athéna Apollon Artémis Hermès Héphaïstos Hestia Arès Aphrodite Déméter Poséidon Hadès Dionysos

Équivalents romains Jupiter Junon Minerve Apollon Diane Mercure Vulcain Vesta Mars Vénus Cérès Neptune Pluton Bacchus

Domaines d’intervention

Attributs

ciel, toute-puissance ciel, mariage intelligence, sagesse, guerre, paix soleil, arts lune, chasse, chasteté commerce, éloquence feu foyer guerre amour, beauté terre, fécondité mer mort végétation, ivresse, transe, théâtre

aigle, sceptre, foudre paon, grenade chouette, égide, olivier, casque arc, lyre croissant, arc, biche ailes, caducée, pétase enclume, marteau flamme sacrée, corne d’abondance casque, armes colombe, rose, myrte gerbe, faucille trident, cheval corne d’abondance, casque vigne

r


ssy (vers 1510-1589)

Dubouché izzi

Déméter et Perséphone En préambule Les sources du mythe

L

Cérès, déesse des moissons Protégé à ses débuts par le connétable de Montmorency, le céramiste français Bernard Palissy travailla ensuite pour la famille royale : Catherine de Médicis lui demanda notamment de réaliser entre 1567 et 1572, le décor d’une grotte pour le jardin des Tuileries. Mais il doit surtout sa renommée à ses grands plats, “les bassins rustiques”, au décor animal ou végétal, en relief. Parmi l’abondante production de terres vernissées du XVIe siècle, nombre de plats lui ont été attribués, sans réelle certitude. Celui-ci montre Cérès (Déméter) en déesse des moissons. Au centre du plat, une faucille à la main, la déesse porte des gerbes de blé fraîchement coupées. À gauche, le sol brun, labouré, attend les semailles. Déméter est en effet la déesse de la terre maternelle et féconde, elle règne sur les terres cultivées et particulièrement sur celles qui donnent le blé. Elle ne doit pas être confondue avec Gaia, la terre comme élément de la création. Le nom de Déméter est plus largement associé à la nature bien présente dans le décor de la scène : verte prairie, arbre et fleurs des champs qui forment l’entourage du plat.

e récit du rapt de Perséphone et de la douleur de Déméter, sa mère, déesse de la terre fertile, appa dans l’Hymne homérique à Déméter. Les Hymnes homériques sont un recueil de poèmes, de dates, longueurs et de formes variées, dédiés à des dieux du panthéon grec. La datation des hymnes est problém tique : on les situe entre le e et le e siècle avant J.-C. S’ils ont été rangés dans le corpus homérique, c’est qu sont composés en hexamètres dactyliques – le vers caractéristique de l’épopée – et qu’on y retrouve un vo bulaire, des formules et des éléments narratifs typiques de la poésie homérique. L’Hymne homérique à Démé fait partie des quatre poèmes les plus longs et il développe ce qui est rapporté brièvement dans la Théogo d’Hésiode (v. 912-914 : “Il [Zeus] entra aussi au lit de Déméter la nourricière, qui lui enfanta Perséphone a bras blancs. Aidöneus [Hadès] la ravit à sa mère, et le prudent Zeus la lui accorda”). L’hymne raconte succe vement l’enlèvement de Perséphone par Hadès, le dieu des Enfers, la quête de Déméter qui apprend la vé par Hélios, le Soleil, l’exil sur terre de la déesse qui, sous les traits d’une vieille femme, parvient à Éleusis, u cité proche d’Athènes. Là, elle rencontre les filles du roi qui lui proposent de s’occuper de leur frère encore bé Démophon. Déméter va élever l’enfant comme un dieu, sans nourriture, en le frottant d’ambroisie et en plongeant dans le feu pour le rendre immortel. Un jour la reine Métanire, la mère de l’enfant, surprend la dée alors qu’elle tient son fils dans le feu. Sa frayeur est telle qu’elle provoque la colère de la déesse : Démoph ne deviendra pas immortel. Déméter révèle alors sa divinité et demande qu’on lui élève un temple. L’hym raconte ensuite les tentatives de Zeus pour régler la situation, la ruse d’Hadès, le retour de Perséphone sur te à mi-temps et le partage de l’année qui en découle. Il se termine par l’évocation de l’initiation aux Mystères On retrouve le récit de l’enlèvement de Perséphone (Proserpine dans le panthéon romain) au er siècle après J. au livre  des Métamorphoses du poète latin Ovide (43 av.-17 apr. J.-C.). Les Métamorphoses sont un long poè épique de 15 livres et 12 000 vers, qui commence avec la création du monde pour parvenir jusqu’à l’époq d’Auguste. C’est une œuvre mythographique, dans la lignée d’Hésiode et du poète alexandrin Callimaque, revisite les grands mythes. Dans la version que donne Ovide du mythe de Déméter et Perséphone, l’épiso à Éleusis disparaît. En revanche, Ovide, dans un entrelacement de récits, ajoute d’autres épisodes qui p la plupart racontent des métamorphoses. D’abord l’intervention de la nymphe Cyané qui essaie sans suc d’empêcher Hadès (Pluton) d’enlever la jeune fille. Sa douleur est telle qu’elle se liquéfie. Privée de parole,


pourra qu’étaler à la surface des eaux la ceinture de Perséphone pour que sa mère comprenne qu’elle a été evée. Plus tard, c’est la nymphe Aréthuse qui essaie de raisonner Déméter qui s’acharne sur la Sicile, le lieu sumé de l’enlèvement de sa fille. Ensuite, dans sa quête, la déesse Déméter, accablée de fatigue et assoiffée, contre une vieille femme et lui demande à boire. Alors qu’elle est en train d’avaler un breuvage recouvert de ne d’orge grillée, un jeune garçon se moque de son avidité. Offensée, la déesse jette le breuvage sur lui et il ransforme en lézard. Enfin Ascalaphos, le fils d’une nymphe, ayant rapporté que Perséphone avait goûté de renade aux Enfers, est transformé en hibou. us avons choisi dans le récit qui suit de suivre la ligne directrice du mythe commune aux différentes verns : l’enlèvement de Perséphone, la quête puis la colère de Déméter, l’arbitrage du conflit et sa résolution. Culte

e de Cronos et de Rhéa, et donc aussi sœur de Zeus, Déméter est la déesse de la terre féconde, la mère du in. C’est une déesse proche des hommes et son culte est associé aux rites agraires (voir Les Travaux et les rs d’Hésiode). Il était célébré à Athènes par les femmes mariées, pendant le mois des semailles, lors de la fête Thesmophories (Thesmophoros, “la législatrice”, était une épithète, un qualificatif de Déméter qui rappelait c’est grâce au don du blé que les hommes sont passés de la vie sauvage à la vie civilisée), dont Aristophane it le sujet de sa pièce du même nom. En tant que déesse de la terre, Déméter a aussi un aspect chthonien, est celle qui reçoit les morts en son sein. Par la suite cependant, ce rôle va être davantage pris en charge par fille Perséphone. e de Zeus et de Déméter, Perséphone, même une fois mariée à Hadès, reste la “Jeune fille” (Coré). C’est une nité double, à la fois puissance de vie et souveraine des morts. Sous ce dernier aspect, elle apparaît dans de mbreux mythes, comme celui d’Orphée et d’Eurydice : car elle est celle que l’on implore de relâcher l’âme des rts, c’est à elle qu’Orphée demande de lui rendre sa bien-aimée. deux déesses, la mère et la fille, étaient célébrées ensemble à Éleusis. Postérité du mythe

mythe de Déméter et Perséphone a inspiré une tragédie de Jean Claveret, Le Ravissement de Proserpine 1639 et l’opéra Proserpine de Jean-Baptiste Lully, représenté en 1680. Plus proche de nous, le poète Yves nnefoy s’est intéressé à la figure de Déméter moquée par le jeune garçon (voir le récit des Métamorphoses), ns son recueil de poèmes Les Planches courbes, paru en 2001, et dans deux articles sur une gouache d’Adam heimer, Cérès et Stellio. Cette figure de la vieille femme bafouée alors qu’elle demande à boire s’inscrit dans e réflexion du poète sur l’hospitalité.

Déméter et Perséphone avez-vous pourquoi chaque année les feuilles recommencent à jaunir, à se flétrir, pour finalement venir craquer sous nos pieds, laissant les arbres nus et tristes ? Pourquoi soudainement on ne peut plus croquer dans de beaux fruits d’été et pourquoi disparaissent les champs de blé dorés ? Savezvous pourquoi alors tout devient gris et froid ? C’est à cause de Déméter ! Oui, c’est à cause de Déméter qu’il y a maintenant des saisons, alors que jadis c’était tout le temps l’été. Car Déméter veillait à ce que toute l’année les hommes aient de quoi manger sans avoir à trop travailler. La terre était alors verte et jaune, couverte d’arbres portant toujours des fruits, de champs de blé, d’orge, d’avoine, toujours fertiles, et les hommes pouvaient dormir tranquilles, sans souci du lendemain : Déméter leur bonne mère était là. Déméter était mère au foyer des hommes mais elle avait elle-même une fille, la prunelle de ses yeux. Une charmante jeune fille aux joues fraîches comme les fleurs qui poussaient alors en abondance dans les prairies, toujours gaie et qui comblait de joie la déesse. Elle s’appelait Perséphone. Tout aurait pu durer ainsi dans un éternel été si l’amour n’était venu s’en mêler. Sous la terre dorée où règne Déméter, il existe en effet un autre royaume, aussi sombre celui-là que le premier est lumineux, car on n’y voit jamais le jour. C’est le royaume d’Hadès, le dieu des Enfers. Rares sont les fois où le ténébreux seigneur monte sur la terre, mais si ce jour-là il sort, c’est parce qu’il est inquiet : la terre tremble et il a peur qu’elle ne s’ouvre et ne laisse passer le jour chez lui. Il vient donc vérifier si le danger est réel. Lorsqu’elle le voit, Aphrodite, la déesse de l’amour, a une idée. Elle peut se vanter d’avoir fait plier sous sa loi bon nombre de mortels et d’immortels, elle, qui fait et défait les couples à son gré et qui déteste qu’on lui résiste. Elle est vexée que des déesses comme Athéna et Artémis refusent de se marier et se désintéressent complètement de l’amour. Elle veut absolument empêcher d’autres jeunes filles de suivre leur exemple et d’affaiblir encore son pouvoir. Or, Aphrodite a entendu dire que Perséphone


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sûr, a tout vu ; rien ne peut lui échapper de ce que font les dieux et les mortels. Et Hélios en effet révèle à Déméter le nom du ravisseur. Mais il tente aussi de la raisonner : Zeus, le souverain des dieux, n’est pas défavorable à cette union et Hadès est loin d’être un mauvais parti pour sa fille. Car il est maître d’un tiers du monde : si Zeus règne sur les cieux et Poséidon sur les mers, Hadès possède le royaume des morts. Déméter devrait donc bien réfléchir et cesser de se lamenter. Or, le Soleil, par ces paroles, est loin d’apaiser la déesse, bien au contraire : désormais sa douleur se mue en colère. Déméter a décidé de se venger et, pour commencer, elle déserte l’Olympe, la demeure des dieux, et se détourne des autres dieux, de Zeus qui l’a trahie en consentant à ce mariage et de ceux qui n’ont rien fait pour l’aider. Non seulement elle s’exile mais elle abandonne aussi son rôle : c’en est fini de la bonne mère nourricière qui donne des récoltes en abondance et habille la terre de vert et d’or. Les hommes ont beau creuser la terre, la retourner et s’épuiser à la

met à trembler sous ses pieds et un fracas étourdissant se fait entendre en même temps que s’ouvre un trou béant : le seigneur des morts conduisant l’attelage de ses sombres coursiers en surgit et il emporte avec lui la jeune fille. Elle a laissé tomber ses fleurs et a à peine eu le temps de se retourner vers ce qu’elle quitte

tâche rien ne pousse comme ils voudraient. Et quand ils ont réussi à obtenir de maigres plantations, elles sont balayées par de violentes tempêtes ou grillées par un soleil ardent. ■ Alors les hommes se jettent à genoux, implorant la déesse qui reste muette à leurs prières. Jamais ils n’ont connu autant d’intempéries.

et d���appeler en pleurant ses compagnes et sa mère : Hadès fouette la crinière de ses chevaux qui vole au vent tel un ruban noir et ils disparaissent. ■ Ils parcourent ainsi une grande distance avant que le dieu frappe le sol de son sceptre : il s’ouvre à nouveau pour engloutir Perséphone à jamais.

La terre est grise et désolée, les arbres nus tordent leurs branches au vent, eux aussi ressemblent à des êtres suppliants tournés vers un ciel vide. Partout, c’est le même tableau de désolation et de misère : des bêtes efflanquées, au pas chancelant, errent à la recherche du moindre brin d’herbe, des hommes, des femmes

Déméter, elle, ne sait rien de ce qui est arrivé, et elle s’inquiète terriblement car sa fille n’est pas rentrée. Elle se voile de noir et part à sa recherche, semblable à une hirondelle rasant la terre. ■ Partout où elle va, elle interroge ceux qu’elle rencontre et personne ne veut rien lui dire. Le chagrin consume

et des enfants amaigris, les joues creuses et le teint gris sont assis au seuil des maisons sans plus savoir que faire. La déesse elle-même s’est métamorphosée : elle n’a plus la beauté vermeille, les tresses en épis et les joues de pomme d’api qu’elle avait lorsqu’elle siégeait encore parmi les immortels et qu’elle ouvrait les

la déesse qui pendant neuf jours et neuf nuits ne cesse de chercher son enfant perdue, une torche à la main pour s’éclairer dans l’obscurité. Jamais elle ne s’arrête, pas même pour manger, boire ou prendre un bain. Seule la déesse Hécate a

bras pour répandre les semences ou y accueillir son enfant chérie. Ses cheveux sont maintenant tissés de fils gris et blancs, sa peau a blêmi, elle est considérablement amaigrie et diminuée, si bien qu’elle ressemble à une vieille femme et

pitié d’elle : elle a bien entendu Perséphone crier, mais elle ignore qui l’a enlevée. Elle suggère alors à Déméter d’interroger Hélios, le dieu du soleil, car lui, c’est

qu’on ne reconnaît plus en elle la taille et la prestance d’une déesse. Surtout, elle a maintenant un regard farouche et jamais plus elle ne sourit. Vêtue entière-

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ne souhaitait pas non plus se marier. Quant à Hadès, il est bien un des seuls dieux de l’Olympe qu’elle n’ait pas encore réussi à tenir en son pouvoir. L’occasion est trop belle de faire plier l’un des trois maîtres de l’univers avec Zeus, le maître du ciel, et Poséidon, le maître des mers : l’amour doit forcer les portes du royaume des morts. Aphrodite appelle donc son fils Éros, le petit dieu ailé, à qui elle confie une mission : il faut qu’Hadès tombe amoureux de Perséphone. Éros choisit alors la plus belle flèche de son carquois et c’en est fait d’Hadès ! Pendant ce temps, Perséphone, loin de se douter de ce qui se manigance contre elle, joue avec des amies de son âge à cueillir des fleurs pour en faire des colliers. Elles n’ont que l’embarras du choix dans cette prairie d’herbe douce où les lys, les narcisses et les violettes forment un tapis chatoyant sous la voûte ombreuse des grands arbres. Et le lac paisible qui repose dans cet endroit protégé leur offre un miroir pour se contempler ainsi parées. Alors que Perséphone s’approche doucement d’une fleur encore plus belle que les autres, la terre se

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appel. Alors Zeus envoie les dieux tour à tour en ambassade, et chacun s’efforce d’amadouer l’inflexible en lui promettant richesses et pouvoir. Déméter ne veut toujours rien entendre. Zeus n’a plus qu’une solution : convaincre la partie adverse. Il envoie alors l’autre messager des dieux, le rusé Hermès, demander à Hadès de renvoyer Perséphone auprès de sa mère. Hermès expose toute la situation au seigneur des morts : la colère de Déméter, la famine qui menace les hommes, les dieux négligés. Un sourire fugace éclaire le sombre visage d’Hadès avant qu’il invite sa jeune épouse à obéir aux ordres du maître de l’Olympe. En même temps qu’il lui permet de regagner la lumière du jour, il lui rappelle bien la position avantageuse qu’elle a acquise en devenant sa femme. Désormais Perséphone décide de la vie et de la mort, tous la craignent à l’égal de son époux et cherchent à s’attirer ses faveurs. Certes elle se languit de sa mère, mais Hadès a déposé à ses pieds un pouvoir que nul autre ne lui donnera. Quand elle apprend qu’elle va revoir Déméter, Perséphone bondit de joie. Vite, elle monte sur le char d’Hermès qui l’emporte à travers le ciel par dessus monts et vallées, mers et forêts, loin du royaume des morts. Elle retrouve enfin sa mère dont le cœur éclate de bonheur.

Mais le ténébreux Hadès ne comptait pas en rester là : s’il souriait, c’est qu’il savait que Perséphone lui reviendrait. Car il était dit que quiconque goûtait à la nourriture des Enfers devait y demeurer. Or, si Perséphone dans sa détresse avait dédaigné tout aliment, avant de quitter son mari, elle avait cédé à la gourmandise et savouré un grain de ce beau fruit rouge et juteux qu’est la grenade. Lorsqu’elle le révèle à sa mère, celle-ci s’arrache les cheveux de désespoir. Elle ne pourra supporter d’être séparée à nouveau et à tout jamais de sa fille. Zeus le sait et, en bon arbitre qu’il est, propose alors à Déméter une solution équitable : Perséphone partagera son temps entre sa mère et son époux ; elle passera la moitié de l’année sur terre et l’autre moitié aux Enfers. ■ Voilà pourquoi un beau jour la nature reverdit, les arbres se couvrent à nouveau de feuilles tandis que les fleurs redécorent les prairies. Tout paraît alors renaître à la vie. C’est que Déméter retrouve sa fille chérie en même temps que sa joie et son rayonnement. Mais quand Perséphone retourne dans son obscure demeure, alors tout se ternit, se racornit et s’étiole. Tout semble mourir. Tel est l’éternel cycle des saisons.

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ment de noir, elle sillonne, inconnue, la terre des hommes et les petits enfants s’écartent, effrayés, sur son passage. Les dieux sont bien ennuyés de cette situation, car elle les prive des hommages que leur rendent habituellement les mortels. De même qu’ils partagent les bonheurs des hommes lorsque les récoltes ont été bonnes et qu’on leur en offre les prémices, c’est-à-dire les premiers fruits, épis de blé, grappes de raisin, miel ou lait, ils en partagent alors les malheurs : leurs autels restent vides et nulle fête ne vient les honorer. Le son des flûtes et le fumet des gras moutons qu’on leur sacrifie ne montent plus jusqu’à eux. Si Déméter persiste dans sa colère, la race humaine s’éteindra bientôt et les dieux seront bien seuls. Zeus le sait, les autres dieux se sont plaints auprès de lui et lui ont demandé de fléchir Déméter. Il envoie d’abord la déesse Iris. Aussi rapide et légère que le vent, elle a coutume de porter des messages pour les dieux. Mais elle a beau supplier Déméter au nom de Zeus, des dieux et des hommes, celle-ci reste sourde à leur

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Ovide livre v Arbit et sa Jupit cours deux main dont s’éten deux autan mère épou


Les Déésses de l'Olympe