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L’exemple d’un STI : Le 511 au Québec

Géographie des transports, société de l’information & Aménagement

Monfort Antoine Master 1, Géographie / Aménagement

M. Philippe Vidal

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Le but du présent dossier était de chercher des informations sur une expérience brassant et les TIC (Technologies de l’Information et de la Communication) et les transports, dans le but d’en synthétiser les principaux tenants et aboutissants. Le seul impératif fut de trouver une initiative sortant du cadre hexagonal. Internet reste un support incontournable, cumulant et regroupant de nombreux travaux sur des thématiques très variées. Au cours de notre étude, il fallait cependant répondre à deux objectifs : d’une part trouver un sujet réaliste et concret, d’autre part parvenir à se documenter sur celui-ci. Il existe de fait des thèmes très intéressants mais parfois trop récents ou confidentiels, pour arriver à produire un travail satisfaisant. Après avoir brièvement introduit la notion de TIC, nous nous pencherons plus avant sur le contexte fédéral canadien dans ce domaine (avec en particulier l’usage croissant des STI), pour mieux saisir les expérimentations québécoises. Si l’innovation dans le monde de la communication et des connaissances est quelque chose d’ancien, la société de l’information (avec des outils devenant de plus en plus incontournables tels le Web) est de plus en plus présente dans des activités diverses. Il s’agit tout simplement de rappeler, sans en faire l’historique détaillé, que les TIC sont incontournables aujourd’hui et que le monde des transports (qu’il soit de marchandises ou de passagers) n’en est pas exclu. Ces technologies permettent d’accroître la productivité des entreprises (favorisant la baisse des coûts), d’avoir une meilleure gestion, de mieux connaître l’environnement et ainsi de fournir des réponses plus satisfaisantes aux partenaires et clients... Les établissements dotés d’équipements et/ou de personnels en liens avec les TIC peuvent acquérir un avantage concurrentiel face à d’autres firmes ou systèmes. Car bien évidemment, plus les techniques sont acquises précocement, plus les avantages retirés en seront grands. Le monde des TIC reste somme toute parfois vaste et mal défini. Cependant, les STI ont le mérite, dans notre cas, de toucher à la fois aux transports et à l’information et à la communication (toujours dans un souci de rester dans le cadre de l’innovation), entrant en résonance avec le sujet demandé. Ce sigle signifie Système de Transport Intelligent, et a une utilité dans l’optimisation des infrastructures, l’amélioration de la sécurité (routière par exemple) ou le développement des services... Nous voilà en présence de systèmes répondant à l’origine à la hausse (spectaculaire) des congestions urbaines, à l’époque où l’usage de la voiture individuelle connaissait une croissance soutenue. Les citadins s’installaient alors de plus en plus loin des centres urbains (le prix du foncier y étant trop élevé) dans l’optique d’obtenir un pavillon dans un milieu calme et essentiellement résidentiel (ce qu’on appellera le processus de périurbanisation). Ces populations restent malgré tout liées à la ville par leurs professions, ce qui engendre des migrations pendulaires (tous les jours, à heure fixe) synonymes de pollutions diverses et de perte de temps. Avant de nous intéresser aux initiatives canadiennes et québécoises, il est nécessaire d’illustrer nos propos en dévoilant un cas particulier de STI. Le télépéage est à ce titre très intéressant. Il s’agit d’un boîtier fixé sur le pare-brise d’une automobile, qui utilise une fréquence spécifique captée par un récepteur installé sur un péage au niveau d’une voie dédiée (c’est cela qui assure la transaction permettant de s’affranchir d’une taxe, comme celle qui prévaut au péage de Londres). Ainsi, il est possible de continuer de rouler à vitesse constante sans créer d’effet coupure. L’image suivante est une illustration (parmi d’autres) d’un portique de péage automatique, cas de figure concret d’un STI.

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http://www.c-s.fr/

La fin des années 90 marque la volonté des autorités canadiennes de se placer progressivement comme autorité de rang mondial au niveau des STI, en commençant par créer nationalement une bonne armature et un savoir-faire reconnu. Dans cette optique a été adopté un plan de mise en œuvre axé sur quatre objectifs : sécurité des transports, intelligence de ceux-ci, durabilité, investissements stratégiques soutenus. Nous ne détaillerons pas ce dossier en totalité mais nous pencherons sur les points ayant trait aux TIC. Après avoir expliqué des éléments de politique générale (insistant notamment sur l’intérêt de moderniser le réseau existant, ce qui passe par les nouvelles technologies), le document détaille le volet STI, que l’on peut résumer par : une approche partenariale du savoir, bâtir une armature nationale, encourager l’innovation, contribuer à instaurer un effet de dynamique à travers tout le pays, assurer un leadership mondial. Il convient donc d’intégrer un maximum d’acteurs à ces projets, du monde politique et décisionnel (gouvernement fédéral, provinces et municipalités) au secteur privé (fournisseurs et exploitants) en passant par le milieu universitaire (maillon inévitable de la recherche & développement), les consommateurs et le public au sens large. Les débouchés pourront s’opérer à l’échelle intra et inter-nationale (comme au niveau de la coopération transfrontalière avec les Etats-Unis, premier partenaire commercial du Canada), et seront sans doute multi-secteurs. Ce panel de groupements se verra associé à STI Canada, une société (à but non lucratif) mélangeant les professionnels issus des secteurs publics et privés, à même de trouver des domaines d’application aux STI. Quand le Canada sera capable de gérer une dynamique de flux afin d’exporter ses savoirs, plusieurs milliers d’emplois qualifiés pourront être crées localement. Les estimations tablaient sur 19 milliards de dollars de recettes (pour les biens et les services) en 2002, 43 milliards en 2006 et 66 milliards en 2011. Le marché total avoisinerait les 400 milliards selon une étude américaine, à raison de 200 milliards pour la seule Amérique du Nord (100 milliards pour l’Europe, autant pour le Japon). Il est tout à fait intéressant de voir que les TIC ont été promues dans une optique ambitieuse, émanant du sommet de l’Etat, où les acteurs importants ont saisi les avantages

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qu’ils y avaient à s’emparer de ce nouveau secteur. Maintenant que nous avons quelque peu appréhendé le cadre général canadien, nous pouvons passer à l’échelon inférieur : celui de la Province, en l’occurrence celle du Québec. Le 511 n’est pas une initiative propre à cette région francophone, elle a vocation à concerner le territoire national dans sa globalité. Somme toute, la situation restant encore hétérogène, nous allons prendre le cas d’une entité pilote en la matière (même si la NouvelleEcosse fut la première des provinces canadiennes à se doter d’un tel système en 2005). 511 est un numéro abrégé, court et facile à retenir, permettant d’accéder à un portail multimodal (téléphone – fixe et portable – Internet). Cette plate-forme délivre tout un panel d’informations ayant trait aux conditions de circulation, donnant à l’usager le moyen d’optimiser ses trajets (en planifiant à l’avance son parcours, préalable à des gains de temps importants). A terme, il devrait couvrir toute l’Amérique du Nord et concerne déjà certains Etats américains. Le consortium 511 (dirigé par STI Canada, que nous avons précédemment présenté) dans lequel le ministère des Transports québécois a participé, est à l’origine du projet. Il s’agit là d’un service gratuit, également joignable de partout en Amérique du Nord (via le 1 888 355-0511). Que propose t-il donc ? Si elle permet d’établir un parcours, cette prestation peut aussi s’enrichir des contributions des usagers. Ainsi, il est tout à fait réalisable de prévenir d’un incident (non répertorié) sur la voirie, ou de poster un commentaire sur le site voire de déposer une plainte ou de s’informer sur les missions du ministère responsable des transports. Prenons la configuration du site Web : toute personne peut regarder les images prises par les caméras sur les routes (utiles pour se voir la fréquentation de telle ou telle route), obtenir des informations sur le covoiturage, connaître le réseau de pistes cyclables de la Province ou encore accéder à l’ensemble des services thématiquement liés aux transports. Le 511 ne fait donc pas l’apologie de la voiture particulière, comme on pourrait le penser à première vue. Si la plate-forme reste utilisée majoritairement par ceux qui disposent d’un tel mode de transports, on s’aperçoit qu’elle propose des solutions alternatives et moins polluantes (covoiturage, vélo, transports collectifs), dans le cas où la circulation est ralentie ou bloquée. Le site est mis à jour et actualisé régulièrement (au moins deux fois par jour, sinon autant de fois qu’il y aura de travaux, accidents, embouteillages...). Pour comprendre la telle nécessité de ce service, il faut aussi s’intéresser au réseau routier local. Afin d’assurer le développement et l’entretien de ces infrastructures, les pouvoirs publics doivent tendre à :  Assurer une meilleure conservation du réseau.  Améliorer le réseau, c'est-à-dire aller plus loin que le point précédent.  Adapter ce même réseau à l’évolution des besoins en déplacement, en utilisant l’existant à son maximum. Il convient de facto d’assurer et la croissance de la région (passant par une desserte de qualité) et la sécurité auprès des automobilistes. La Province totalise 185 000 kilomètres de routes, dont 29 000 sont gérées par le Ministère des Transports (autoroutes, routes nationales, routes collectrices, ainsi que 1 200 kilomètres de voies d’accès aux ressources et 3 600 kilomètres de chemins de mine) et 92 000 par les municipalités (pour lesquels elles reçoivent des aides). Le reste du réseau (soit 60 000 kilomètres) reste propriété ou des ministères provinciaux ou des ministères fédéraux. L’ensemble est estimé à 30 milliards de dollars. Si le réseau reste de taille équivalente depuis maintenant quelques décennies, le nombre de

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véhicules l’empruntant a lui beaucoup augmenté en l’espace de quinze ans (+ 42%). La hausse la plus spectaculaire touche aux voitures individuelles (+ 68%) mais celle des poidslourds n’en demeure pas moins préoccupante (+34,5%). Préoccupante elle l’est en effet, car ces véhicules pèsent deux tonnes de plus que dans les années 70, usant d’autant plus rapidement le revêtement au sol. Or, il est avéré que le réseau québécois est l’un des plus difficile à entretenir au monde. Pourquoi ? Plusieurs critères entrent en ligne de compte : l’étendue de l’espace, une densité de population faible (dès que l’on sort de la vallée du Saint-Laurent), un climat difficile, un trafic important près des grandes agglomérations (Québec, Montréal...). Au niveau du contexte climatique, il peut être utile de se montrer précis. Les températures peuvent passer d’un extrême à l’autre très rapidement (l’écart peut être de l’ordre de 25 degrés). Pendant l’hiver, le sol se retrouve gelé, parfois profondément (entre 1,2 et 3 mètres). Les précipitations sont très importantes, tant en termes de neige que de pluie (1 000 millimètres par an). L’alternance gel / dégel déforme la chaussé à une date (le printemps) ou ses capacités sont amoindries de 40%. Le 511 est donc de première importance dans un contexte si particulier. Voilà comment se décline la page Web, proposant beaucoup de services.

http://www.quebec511.gouv.qc.ca/

Par un ensemble de fenêtres, l’usager navigue et choisit les rubriques qui l’intéressent. A gauche, les onglets sont les suivants : caméras de circulation, carte routière, covoiturage, distances routières (afin de calculer la longueur d’un trajet), état du réseau routier, haltes routières. A droite, nous sommes en présence de Québec 511 Infos Transports, camionnage, réseaux routiers voisins (canadiens : Nouveau-Brunswick, Ontario, Terre-Neuve et Labrador / américains : Vermont, Maine, New Hampshire, New York), info tempête, des liens dirigeant

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vers d’autres ressources en transport ou les renseignements généraux. Au centre, la carte permet de choisir une région. On est alors transporté vers une seconde fenêtre, de ce type :

http://www.quebec511.gouv.qc.ca/

L’exemple choisi est celui de la Gaspésie, l’une des quinze localités préalablement découpées par le 511 au Québec. On y apprend que le traversier (ferry), entre Matane et Baie Comeau est inutilisable (au moins entre 8h33 – heure de la dernière mise à jour – et 14h30) pour des raisons climatiques. Visuellement, on le remarque assez vite puisque marqué d’une couleur rouge vive. De même à l’est une portion de la route 132 est signifiée en jaune, preuve qu’il existe une contrainte, pas suffisamment forte malgré tout pour interdire toute circulation. Elle est partiellement enneigée mais la visibilité y est bonne. Enfin, des figurés ponctuels complètent le dispositif. Des panneaux de circulation servent d’avertissement, comme à Sacré-Cœur et Sainte Rose du Nord avec un affaiblissement de la route (en conséquence de quoi la circulation se fait en alternance). Pour toute information supplémentaire, il suffit de cliquer sur les éléments cartographiques (avec possibilité de zoomer). Le service téléphonique Québec 511 utilise un système de transfert automatisé du texte à la parole afin que les informations disponibles sur Internet soient identiques à celles d’autres supports. Les personnes ayant un problème d’élocution peuvent utiliser les touches du clavier de leur appareil. On peut dès lors connaître l’état du réseau routier, rapporter un incident, obtenir des renseignements généraux. Il arrive que les TIC soient classées comme de simples gadgets ou des instrument technologiques (bien qu’ici, il soit même possible de visualiser une situation via des web-cam, constamment rafraîchies). Le 511 illustre bien le fait qu’il s’agit là d’un outil incontournable dans une région difficile et soumise aux aléas. Il est aussi possible de juguler développement et évitement du danger. Ce n’est pas qu’un confort supplémentaire, c’est aussi le moyen de se déplacer en sécurité, dans les meilleures dispositions. Ce qui est particulièrement novateur ici, c’est de voir que le 511 est vu dans une optique transfrontalière, presque continentale. Qui plus est, le système se nourrit des contributions de ses usagers. Dire que le 511 revêt une acceptation sociale (voire sociétale) serait aller trop vite et trop loin, on peut malgré tout constater qu’il essaye d’intégrer toute la population du Québec, malgré qu’elle ait des

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handicaps (l’ensemble se veut multi-supports) et ne soit pas homogène en termes financiers (le service est gratuit).

Webographie

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http://fr.wikipedia.org http://www.mto.gov.on.ca/ http://www.quebec511.gouv.qc.ca/ http://www.tc.gc.ca/ http://www.itscanada.ca/ http://www.directionsmag.com/

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STI  

Systeme de transport intelligent au Quebec

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