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Deux fois par mois - 26 octobre 2011 - N°19 - 61ème année - 2 € - Dépôt poste à Bxl X

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Une transmission de 2 à 18 ans et plus

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Chaque jour, vous transmettez des valeurs à vos enfants… Retour du boulot, des courses, de l’école… chargé(e) comme un baudet… Petite halte devant la boîte aux lettres. C’est le mercredi du Ligueur… Vous prenez avec ce qui vous reste de main votre quinzomadaire préféré qui titre sur la transmission des valeurs. Bouf ! Beau sujet, pensez-vous, mais il vous faudra quelques heures de sofa pour lire tout ce qui s’y trouve. C’est vrai, ce numéro, annoncé dans celui du 16 mars 2011qui traitait de la punition, est notre deuxième volume consacré à des sujets dits centraux en éducation.

Parents-philosophes Cet “essentiel” à l’apparence un peu austère aborde pourtant des préoccupations qui vous sont très concrètes, très quotidiennes. Pour preuve, les pages 4, 6 et 8 où sont déclinées l’une ou l’autre situation que vous avez peut-être vécue, il n’y a pas si longtemps et éclairées par la réponse du philosophe en collaboration avec Martine Nolis (voir En savoir+p.15). Ne vous êtes-vous jamais retrouvé(e) avec votre petit devant la télé, à l’heure du JT, face à des images trop violentes ? Que lui répondez-vous lorsqu’il vous interpelle sur ce qu’il voit ? N’avez-vous jamais eu votre plus grand vous ramener une idée nauséabonde sur les trop nombreux étrangers vivant en Belgique, qu’il avait récoltée à la récré ? Vos mômes n’ontils jamais été mouchards ? Autant de situations à l’occasion desquelles vous transmettez à vos enfants, consciemment ou inconsciemment (derrière les mises en garde, les interrogations et d’éventuelles sanctions) vos valeurs, celles dont vous êtes l’héritier (l’héritière) bien sûr, mais aussi celles que vous vous êtes bâties et que vous continuez à bâtir consciencieusement, jour après jour. C’est vrai qu’au moment où vous intervenez pour recadrer vos gosses (la petite refuse de prêter son jouet, l’aîné traite les filles de “thons”, le gamin se plaint de subir une injustice…), vous ne vous imaginez pas en maître de philosophie. Et pourtant… À partir de vos expériences et avec l’aide de nos experts philosophes, nous avons tenté de mettre un peu d’ordre dans tout ce fatras aux mots parfois un peu ronflants. le Ligueur - n°19 - 26 octobre 2011

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Une valeur, keksèksa ? Mais revenons aux valeurs. Certaines sont impliquées dans l’organisation du vivre ensemble et font échos aux normes sociales. D’autres donnent à chacun de nous un sens à notre vie. Beaucoup ont les deux facettes comme celle que nous pratiquons tous avec plus ou moins de conviction : la solidarité. Fais-le parce que c’est bien. La solidarité peut exiger un vrai engagement ou n’être qu’une attitude par défaut. Prenons l’exemple du soutien financier pour Haïti, au lendemain du terrible tremblement de terre. Beaucoup (et nous fûmes de ceuxlà) ont versé de l’argent sous le coup de l’émotion, bien sûr, mais aussi parce qu’ils ont appris que faire un geste, dans ces cas-là, c’est bien. À côté de cette attitude un peu formelle (mais précieuse !), il y a des citoyens, plus rares c’est vrai, qui se sont impliqués davantage en partant làbas ou en s’assurant que l’argent envoyé était utilisé à bon escient. Cette mise en pratique donne un sens à leur vie et leur permet de se réaliser. Dimanche au travail, dimanche en famille. Les valeurs peuvent rentrer en conflit. Il y a deux ans en France, une proposition de loi souhaitait organiser l’ouverture des magasins le dimanche. Très vite, deux camps se sont retrouvés face à face : les “travailleurs du dimanche” et les “dimanches en famille”. Alors que les uns réclamaient la liberté de choix, les autres se battaient pour sauvegarder, au nom de la sacrée convivialité dominicale, le tissu familial. Et c’est la collision frontale entre l’intérêt individuel… et l’intérêt collectif (adieu rôti du dimanche, cette loi, soumise à certaines conditions, est passée en août 2009 !). La justice des uns n’est pas celle des autres. Une même valeur peut être comprise différemment et avoir des interprétations totalement opposées. Imaginons une 5 e qui prévoit, pour la rétho, un voyage scolaire à l’étranger. Pour permettre à tous les élèves d’y prendre part, le professeur leur propose de travailler pour mettre sur pied une

Transmettre des valeurs, c’est mettre en pratique des attitudes de vie.

cagnotte. Il laisse ses “vieux” ados mener le projet. À la fin de l’année, on fait les comptes : il n’y a pas assez d’argent. Face à ce constat, la classe se divise en deux : une partie des élèves crie à l’injustice car la solidarité n’a pas été respectée, l’autre partie rétorque qu’elle ne voit pas pourquoi elle aurait dû ramasser de l’argent puisqu’elle peut assurer la dépense. Pour les premiers, la justice implique que tout le monde fournisse le même effort quelles que soient les différences et ce, au nom de la solidarité ; pour les seconds, la justice exige que chacun reçoive en fonction de ce qu’il a et ce, au nom du respect des différences.

“Je ne dois pas t’obéir, même si t’es ma mère.” Parfois, pour exister comme individu, il faut s’opposer à la règle…

Parents-passeurs Il n’y a pas de vérité par rapport à la mise en pratique de nos valeurs. Tout dépend de l’environnement dans lequel chacun évolue : environnement social, culturel, économique, tous influent sur la manière dont nous allons les hiérarchiser (à ce propos, lire les pages 5, 7 et 11). Au fil des heures, des jours, à table, au moment du bain, dans la voiture, à la sortie de l’école, nous charrions des idées, des messages porteurs de ces valeurs. L’enfant lui, puise dans cette grande boîte à outils et fait sa route… Il n’y a pas de bonnes réponses, juste des esquisses que l’enfant revisitera et mettra en place. Différemment de vous, sans doute. Et c’est bien. La transmission des valeurs n’est pas un cours ex cathedra, mais se fait lors des interactions. L’enfant doit pouvoir émettre ses doutes, exprimer ses réserves… C’est ainsi qu’il deviendra adulte. Ce dossier n’a pas d’autres ambitions que vous inviter à réfléchir à cette transmission (la mission du parent la plus noble qui soit). Un dossier qui tombe à pic au lendemain d’une actualité économique et sociale agitée (la fermeture de la phase à chaud chez Arcelor Mittal à Liège, la faillite de Dexia, les délocalisations annoncées, etc.) qui ramène ces tout derniers jours à la Une des médias la question de l’argent qui aurait remplacé toutes les autres valeurs… Vraiment ?

Une valeur renvoie à d’autres : elles s’enchevêtrent, s’emboîtent…

“J’veux plus m’asseoir à côté de Laurent, il est trop bête !” Ce qui fait du bien, c’est jouir de ce que l’on a, pas du mal qu’on fait à l’autre.

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“Si le père d’Alice est au chômage, c’est parce qu’il est paresseux”

ne oreille qui traîne dans une conversation d’adultes, un raccourci pris pour une vérité, et voilà notre charmant petit Mathias, qui lance cette phrase terrible, comme si de rien n’était. C’est vrai, quoi, si son papa au chômage, ce n’est sûrement pas pour rien, il est forcément paresseux ! À vous d’intervenir : “Une minute, mon grand !” Mais attention, la réaction du parent doit bien évidemment passer au-dessus du simple constat “qu’on ne peut pas dire ça”. Certes, Mathias doit comprendre que son avis est désagréable à entendre pour les personnes concernées et, pire, sans doute infondé. Mais c’est pour vous l’occasion d’aborder la question des préjugés, des stéréotypes qu’on intègre et qui influencent notre jugement. Quel risque court-on quand on recourt à ces stéréotypes ? Pourquoi ne faut-il pas juger ? Et ce, au-delà des concepts de tolérance, d’empathie et de tous ces bons sentiments, qu’on ne veut pas ériger en concepts mais qu’on préfère aux jugements à l’emporte-pièce ?

Mathias, 9 ans un lien entre la paresse et le chômage ? Estce que quelqu’un de courageux peut être au chômage ? On peut déconstruire la phrase en l’interrogeant, pas à pas, avec l’enfant. Que l’on dise les chômeurs ou les pauvres, est-ce qu’on peut généraliser ? Non. Alors il faut préciser. Est-ce que c’est un, deux, certains beaucoup, une minorité, la plupart ? Dire “les” sous-entend “tous les”: alors, est-ce

La réponse du philosophe Il faut d’abord se poser la question : “C’est quoi, être paresseux ?” Ici, être paresseux signifie ne pas avoir envie de travailler. Mais est-ce qu’on ne peut pas avoir envie de travailler sans être paresseux ? Est-ce qu’il y a

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exact de dire une chose pareille ? “L’enfant doit être amené à se remettre en question. Et quand il l’aura compris une fois, ce sera intégré pour la suite.” Il faut donc interroger la phrase, pas spécialement interroger les valeurs, mais surtout les idées. Déjà, prendre conscience de ce qu’il pense et voir d’où viennent ces pensées : “Elles ne sortent pas de nulle part,

“Mais on tue jamais les enfants, hein Maman ?” I

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l joue sagement avec ses petites voitures tandis que vous vaquez à vos occupations d’adulte. Puis soudain, la question fuse : “Dis, maman, on ne tue jamais les enfants, hein ?” Celle-là, vous ne vous y attendiez pas ! Le voilà qui vous NL scotche avecFR DU FR/DU une question existentielle, les NL/FR notions de vie, de mort et même d’infanla quiétude du salon, assortticide, tout ça sem Sort tég s sa cadans i dit die i an n Qu’est-ce qui GOEa LE MO LE MO après-midi. GOEDK un dimanche AM BIL DK IN INS CH LIGSTE OOPST LE MO OOPSTE AM BIL S CHER ER N lui vient E pu lui passer INS CH LIGSTE bien par la tête ? D’où E u N er R kg pe a p k g u g r / pro Kilo r kg o K il o kg une question pareille ? Plusieurs pistes / au k sont possibles : un reportage au JT, une discussion de cour de récré ou le fameux assort“Je vais te tuer”, sem Sort en l’air des s sa catég cette menace i dit i die an n GOEDK LE MO que soudainement il serait LE MO AM BIL GOEDK plus populaires, IN IN L IGSTEN OOPST S CHER LE MO OOPSTE AM BIL S CHER E INS CH LIGSTE tenté de prendre au sérieux. Quoi qu’il en E N er R litr pro au pe l e i e t r er / pro Liter r li t e r it er l it r e soit, l’enfant découvre que leLit monde n’est / au l pas toujours bienveillant et s’apprête à prendre conscience de sa propre mortaassort sem Sort s sa catég i dit i die an n lité. Logiquement, il se tourne vers vous, GOEDK LE MO LE MO AM BIL GOEDK IN INSunivers LIGSTpour OOP garant de son douillet, dissiCHER LE MO OOPSTE AM BIL S CHER EN STE INS CH LIGSTE E N la p R r s p pe àl k ièce avectuk / à la pièce ro Stmignon r st u k per ses peurs. a piIl / pro Stüc ü ck èceest tellement Yacine, 6 ans ses petits yeux inquiets ! L’idée qu’il puisse craindre pour sa vie vous brise un peu le cœur et, tout d’un coup, seune angoisse m Sor assort s sa catég ti i dit die an n vous étreint : c’est vrai, lui aussi est moren proposant une réponse convaincante cette heure-là, le petit traîne encore dans GOEDK LE MO LE MO AM BIL GOEDK IN IN CH LIGSTE possible PSTE OOP LE MO OOà tel. théoriquement interrogation désarmante. le salon… Vous redoutez une nouvelle ER AM BIL S CHER STEC’est vrai, ilSest N INS CH cette L IGSTEN ER rm mè a pro pe e eter / mètrAlors, er tre / plui r m eterque l’un ou ul’autre m è t re monstre puisse vouloir faut-il question. Qu’allez-vous lui répondre s’il M eter au ro Met cacher les éventuels dans’en prendre à lui. L’horreur absolue ! Mais gers qu’il court pour l’épargner ? Trouver montre sa satisfaction de voir un “mépas le temps de s’encombrer l’esprit avec les mots pour lui dire la vérité, quitte à chant” maltraité sauvagement. Qu’il mérides idées noires, à vous de faire votre job l’effrayer ? Pas facile de l’aider à appré- tait son sort et que les souffrances qu’il assort sem Sort s sa catég i dit i die an n hender ce monde qui peut être dange- a endurées sont à la hauteur de ce qu’il GOEDK LE MO LE MO A GOEDK M INS CH BILLIG OOP INS CH OOPST sans dans la psychose et a fait subir au peuple de Lybie ? Que deSTE L S AM Bsombrer E T ER EN MOINS reux, E ILLIGS ER CHER TEN p a fl rb ro pe e es / viendra le “méchant” qui règne sur la cour o ut eille r fles F la s c h e par bouteilll’effrayer ? Dans le même ordre d’idée, nous ne pouvons nous empêcher d’in- de récré ? Va-t-il aussi être puni hors de dans sa terroger l’actualité de ces derniers jours toutes règles de justice ? Difficile d’élecatégorie et la mort spectaculaire de Kadhafi. Elle ver nos enfants au milieu du tumulte de assort sem Sort s sa catég i dit Everyday i die ne simplifie pas la tâche des parents. Si la planète qui rentre sans crier gare au an n GOEDK LE MO LE MO AM BIL GOEDK Regular IN sent pas directement en l’enfant ne se cœur de notre intimité… (Réflexions sur OOP INS CH L IG OOPST STE L S AM BIL S CHER E T EN ER M E IGSTEN HER 36 dosettes de café OINS Cdanger dansLce cas-ci, les images qui ont ces dernières questions dans le Ligueur d’abord circulé sur Internet ont été lar- du 9 novembre). gement reprises par l’ensemble des JT Vous voilà en train de vous poser toute que tout Belge, concerné par les bruits la question de l’ouverture sur le monde : � assort du monde, peut capter entre 19 et 20h quelle vision des choses allez-vous sem Sort s sa catég i dit i die an n GOEDK sur au moins LE MO trois chaînes différentes. Et à transmettre ? LE MO A GOEDK M INS CH BILLIG OOP INS O p

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elles viennent de quelqu’un, d’un contexte. Puis voir si elles sont communes au plus grand nombre et si elles tiennent la route. Pour choisir ce que je pense, je dois confronter ma pensée à celle de l’autre. Dans ce casci, ce qu’il faut interroger, c’est le lien entre chômeur et paresseux. Est-on chômeur parce qu’on le décide ? Est-ce qu’on peut être paresseux et au boulot ?” Il faut aussi pouvoir s’effacer pendant le raisonnement, laisser l’enfant réfléchir. “Mieux vaut éviter les réactions du genre : ‘Mais enfin, qu’est-ce que tu dis là ?’ ou ‘On ne peut pas dire ça’ et préférer ‘Tiens, c’est intéressant, ce que tu dis !’ et décortiquer à partir de là. Oui, certaines personnes au chômage sont paresseuses. Mais ce n’est pas parce que ça existe qu’il faut généraliser. Et puis, on peut être paresseux à certains moments et ne pas l’être à d’autres. Qui est paresseux ou méchant tout le temps et intégralement ? Et d’exemples en contre-exemples, on met cette phrase en scène pour mieux l’éclairer. Ça n’empêche pas la transmission de valeurs. On peut tout simplement dire : ‘Tu sais, nous, on pense plutôt comme ça’, voire même ‘Moi, j’aimerais bien que…’ tant que ça reste un souhait. On peut envoyer des stimuli en espérant qu’ils y adhèrent mais ça ne sert à rien de faire le forcing, ça ne marche pas. L’idéal, c’est quand l’enfant a envie d’adhérer aux valeurs parce qu’il y croit et parce que les parents sont cohérents par rapport à ces valeurs.

La réponse du philosophe

“Cette sorte de psychose peut s’installer toute seule, même sur des questions moins graves, comme ‘Tous les parents aiment leurs enfants, hein ?’ Bien qu’il y ait un consensus autour du fait que la vie d’un enfant est quelque chose de sacro-saint, on doit pouvoir répondre : ‘Oui, parfois, on tue les enfants’. Et en même temps donner les armes pour affronter le monde, sans écraser l’enfant sous un poids qu’il n’a pas à porter. L’affaire Dutroux a généré une psychose qui est un bon exemple. Là encore, il faut interroger l’idée de départ. “Peut-on généraliser ? Non. Dutroux, c’est une seule personne et on ne peut pas se méfier de tous les adultes. Alors, comment distingue-t-on les bons des mauvais ? Est-ce que ça se voit physiquement quand quelqu’un est mauvais ? Non, Marc Dutroux ressemblait plus à Monsieur-tout-lemonde qu’à un monstre. Alors comment avoir confiance, à qui peut-on faire confiance ? Mes parents, mes profs, aux prêtres, aux policiers, à la télévision, aux journaux ?” La vraie question est donc le fait que certaines personnes soient dangereuses doit-il m’empêcher d’aller vers les autres ? On en arrive au sujet de la prise de risque. “C’est comme pour se faire des amis. Impossible de savoir a priori si on va s’entendre avec quelqu’un avant de le connaître. Il faut d’abord aller vers l’autre et puis juger : a-t-il de la valeur, est-il digne de confiance ? S’enfuir, se cacher, c’est se couper du monde, c’est se couper de tous les autres. Et on ne peut se couper de tout le monde parce que certains autres sont malveillants ou dangereux. C’est une discussion très intéressante, quasiment indispensable même, à mener quand on est adulte”. Finalement, on peut rassurer l’enfant tout en lui permettant de réfléchir. On prend de la hauteur : OK, ça existe. Puis on redescend vers la réalité de l’enfant : “Est-ce que tu as à t’en faire ? Non !”

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“Donner des valeurs dans un monde marchand, c’est résister” Dans un monde économique qui pousse à la consommation, voire à l’hyperconsommation, quelles valeurs peut-on transmettre à ses enfants ? Édouard Delruelle, professeur de philosophie morale et politique à l’Université de Liège et directeur-adjoint du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, réfléchit avec nous à cette question difficile. Édouard Delruelle : “Nous sommes à la fois dans une société de l’hyperconsommation et de l’hyperproduction. Les enfants sont d’emblée confrontés à l’hyperconsommation et notamment aux objets jetables, des objets qui perdent vite leur valeur. Ils voient aussi leurs parents travailler beaucoup et être stressés. Inconsciemment, ils font parfaitement le lien entre l’aliénation dans le travail et cette autre forme d’aliénation qui est celle de la consommation. La difficulté pour les parents est de transmettre, dans ce contexte, des valeurs qui, elles, sont immatérielles. De plus, les parents euxmêmes sont des hyperconsommateurs et peuvent se retrouver en conflit avec eux-mêmes.”

des désirs. Le problème est que l’argent est devenu une fin en soi. Si un jeune dit à ses parents qu’il va choisir telles études parce qu’on y gagne beaucoup d’argent, il faut interroger ce jeune. Il veut peut-être exprimer qu’il a peur de la société dans laquelle il grandit, qu’il veut trouver une voie où il ne sera pas écrasé parce qu’il se sera donné les armes pour se construire. On peut comprendre le choix de ce jeune. Je pense qu’il y a peu de jeunes qui ont le projet de faire de l’argent pour de l’argent, même si cela existe. Il y a aussi la motivation, qui est aussi celle des parents, de trouver une bonne situation. Ce qui est respectable. Comme professeur, je suis souvent sollicité par des parents à propos des débouchés. Ma réponse : que l’enfant choisisse d’abord une voie qu’il aime, sinon il risque d’échouer vu

les exigences et, même s’il réussit, de devenir frustré et malheureux”. L’école en résistance L. L. : L’école n’est-elle pas aussi en porte-à-faux par rapport à la société quand elle prône les valeurs de l’effort et du travail ? É. D. : “L’école, dans notre société postmoderne ou hypermoderne, a un double rôle : elle doit préparer les jeunes au monde dur dans lequel nous vivons en leur permettant de devenir efficace, efficient, rentable parce que c’est ce qu’on leur demandera plus tard. Je ne dénigre pas l’idée d’une école de la réussite et de l’utilité, à condition qu’il n’y ait pas que cela. L’école doit aussi, dès le plus âge, doter l’enfant d’un esprit critique. Quand il entre à l’école, l’enfant

doit pouvoir être extrait de ce monde marchand, être dans un monde protégé. Ces deux missions de l’école sont en tension permanente et les équipes pédagogiques doivent trouver l’équilibre entre les deux. Pour développer cet esprit critique, je défends la création de cours de philosophie ou d’éducation civique. On peut faire de la philosophie avec de très jeunes enfants. Dans mon université, a été développé le projet Philo Cité Mômes dans ce but.” (Lire en page 10, l’avis de Simon, 16 ans) Les parents font-ils le poids face à Internet ? Lire la suite de cet entretien page 9. n Propos recueillis par Michel Torrekens

Sortir de la contradiction Le Ligueur : Doivent-ils se résigner pour autant ? É. D. : “Non, bien sûr. Inconsciemment, les parents savent qu’ils doivent transmettre des valeurs pour que les enfants puissent se structurer psychiquement et socialement. C’est important pour qu’une société puisse survivre. Mais les parents ont une autre tâche : préparer leur enfant au monde dans lequel nous vivons. Là aussi, ils sont partagés car ils doivent transmettre des valeurs sans doute en contradiction avec la société marchande tout en préparant leur enfant à cette société. Sauf à faire des choix radicaux et militants qui les conduisent à une certaine marginalité sociale, avec la beauté et les difficultés que cela représente.” Une société du mal-être L. L. : Ne pourrait-on pas se satisfaire des valeurs portées par cette société marchande ? É. D. : “Beaucoup de penseurs, dont Marx et Freud, ont relevé que la société marchande n’offre pas d’idéaux, de motivations existentielles aux individus. La quête du profit, de la rentabilité, de la consommation peut être un moteur pour un individu, mais un moteur qui tourne vite à vide sur le plan existentiel. Les choses ne sont pas produites et consommées en vue d’un besoin ou d’un désir, mais en vue d’être échangées. Cette machine qui tourne à vide est terrible parce qu’elle exclut ou met dans un stress énorme ceux qui ne peuvent pas posséder. C’est tout le problème du surendettement, notamment. Et même les sociétés riches ne sont pas heureuses. Quand on voit les budgets militaires, du trafic de stupéfiants, de la publicité, du marché des antidépresseurs qui se chiffrent en milliards de dollars, on constate que ce sont des budgets pour régler nos mal-êtres. La difficulté, c’est de résister à cela en posant des valeurs qui s’appuient sur une réflexion par rapport à nos désirs et nos besoins, mais sans s’exclure. Donner des valeurs, c’est introduire des repères et des limites à nos désirs, et donc de résister au flux incessant de sollicitations. Ce n’est pas évident pour les parents dont les enfants sont bombardés par la publicité.” Choisir sa vie L. L. : La consommation, c’est aussi l’argent. Estce que l’argent n’est pas devenu la première valeur ? É. D. : “Je ne suis pas de ceux qui déprécient l’argent s’il reste un moyen pour satisfaire des besoins et le Ligueur - n°19 - 26 octobre 2011

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e gamin ne manque de rien. Converse aux pieds, Superdry sur les épaules et un bon vieux Levi’s pour compléter la tenue… C’est le moment de partir à l’école, un moment toujours un peu difficile où Cyrille est “scrogneugneu”. Il a dû se lever tôt (ou plutôt sa mère a dû le sortir du lit à l’aide d’un treuil !), avaler son petit déj’ alors qu’il n’a pas faim, mais vraiment pas faim du tout, ramasser ses feuilles éparses (mais où est donc le classeur pour ranger tout ça ?) en espérant qu’il n’ait rien oublié et en plus, il devrait faire attention à ses affaires pour ne pas les perdre. “Prends soin de ton GSM”, lui dit son père, inquiet de voir l’engin déposé ici et là, au petit bonheur la chance. “On ne te l’a pas acheté juste pour que tu frimes, mais parce que ça peut t’aider de nous appeler en cas de pépin…” Là, c’en est trop pour Cyrille qui répond du tac au tac : “M’en fout de perdre mon GSM, on m’en rachètera un !” C’est à ce moment-là que le parent, stressé ou pas (lui aussi part au boulot et doit s’assurer qu’il emporte les bons dossiers !) doit avoir suffisamment de répartie pour réagir et remettre… les pendules à l’heure ! Le père de Cyrille ne fait ni une ni deux et se lance dans une diatribe contre le gaspillage, rappelle la valeur de l’argent qui ne pousse pas sous le sabot d’un cheval et souhaite vivement à son fils d’avoir comme projet d’être bien plus qu’un consommateur, d’être fier d’être un homme. Tout en exprimant son indignation face à ces paroles choquantes, le père s’interroge tout bas : “Qu’a-t-on raté comme étape dans l’éducation de mon fils pour qu’il sorte des choses pareilles ? Ne l’avons-nous pas vu grandir ? Aurait-on trop donné sans

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ntre Clara et Théo, ce n’est pas toujours l’amour fou. Il faut dire que Théo n’a pas encore 5 ans et qu’il adore s’imposer dans les jeux de sa grande sœur. Seulement, il comprend tout de travers, maltraite les poupées et renverse les dînettes. C’est normal, il est trop petit. Circonstance aggravante, c’est un garçon ! Il n’a donc rien à faire dans les activités ludiques et féminines de Clara. Laquelle, malgré une certaine patience que vous n’hésitez pas à saluer et à encourager, sature de temps en temps. Et là, bonjour les dégâts ! Quand elle décide de mettre son petit frère sur le carreau, tous les moyens sont bons. L’un des plus efficaces consiste à dénoncer ses menus méfaits, en vue de le faire punir. S’il est mis au coin, elle a la paix. Sans compter qu’il lui en voudra et n’aura plus vraiment envie de partager ses jeux, donc c’est doublement gagné. Mais vous n’êtes pas dupe de son petit manège et, bien qu’elle ait raison d’utiliser les moyens du bord pour défendre un peu son territoire, vous ne pouvez pas laisser passer son comportement. Ah, le “rapportage”! Un grand classique des familles, des classes et de tous les endroits où l’on trouve des enfants. Même juste un seul. “Madame, il a fait ça ! ”, “Monsieur, il a

“M’en fous de perdre mon GSM, on m’en rachètera un” Cyrille, 15 ans compter ? C’est vrai, ma femme et moi, nous aimons aussi consommer, mais en participant à fond à cette société de marché, n’eston pas en train d’en faire un futur adulte blasé ?” Les questions s’entrechoquent, la remise en question de l’enfant fait roi est forte… Cet incident de grand matin, même s’il crée tensions et tracas, est un moment précieux. Il va permettre aux parents de Cyrille de repréciser les valeurs qu’ils ont envie de transmettre à leur fils tout en s’interrogeant sur le propre sens qu’ils veulent donner à leur vie. Tout un travail !

Clara, 8 ans fait ça ! ”, le “rapportage”est presque devenu un réflexe pour certains. Qu’est-ce qui peut pousser à rapporter ? Cela peut sans doute s’expliquer chez les enfants méchants ou mal élevés, mais pas chez ma petite Clara, qui est tout sauf malveillante. Alors, pourquoi rapporter ? Pour un tas de raisons : nuire, embêter, vouloir se mettre en

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“Il faut s’engouffrer dans la fragilité des familles et de l’autorité pour installer les marques, nouveaux repères” (Paroles récoltées par Monique Dagnaud, sociologue et auteur d’un rapport en 2002 sur “Enfants et publicité télévisée”, lors d’une session de formation sur le thème du ciblage des enfants). Face au système économique qui s’organise, via la publicité et les marques, à faire entrer le plus tôt possible les enfants dans l’univers de la consommation,

“Mamaaaaaan, Théo a fait une bêtise !”

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La réponse du philosophe

avant, paraître zélé aux yeux de l’autorité. Ou même pour spontanément “rendre service” en dénonçant une anomalie. Maintenant, c’est à vous d’expliquer pourquoi vous ne souhaitez plus entendre ces petites délations. Et pas seulement en rappelant à la petite que la prochaine fois, c’est peut-être elle qui commettra une bêtise et que l’on grondera.

La réponse du philosophe “D’abord, il faut identifier ce que c’est une bêtise ? Un jour, j’ai vu un gosse de maternelle à qui l’on servait des pâtes à la cantine. La dame de service renverse un peu de sauce et lui s’écrie : ‘Oh, toi, tu es méchante, madame !’ C’est intéressant comme réflexion. Quand les

il y a les parents, les profs et l’ensemble des éducateurs qui rappellent qu’il faut donner à ces mêmes enfants des repères moraux et culturels pour les aider à devenir citoyen. Belle contradiction ! Mais aujourd’hui, l’économie marchande s’est emparée des désirs et de l’imaginaire de chacun d’entre nous, enfant comme adulte. Pire ! Comme parent, nous nous surprenons à acheter tantôt un jouet, tantôt une fringue ou un accessoire pour cultiver, parfois même réparer la relation avec nos enfants. D’ailleurs, les plus belles rencontres avec nos ados ne se passentelles pas souvent dans une grande surface, temple de l’hyperconsommation ? Par son matraquage, ses signaux et autres sollicitations, notre société met l’enfant et d’autant plus l’ado sous tension. Celui-ci va être dans le “toujours plus” et bientôt n’aura du plaisir qu’en apaisant sa fièvre acheteuse. Est-ce vraiment ça, le bienêtre ? Pas sûr ! On voit des gosses qui ne peuvent accéder à l’empire des marques et qui se retrouvent exclus de la communauté des pairs. D’où des vols dans les grands magasins, du trafic de GSM dérobés, du racket à la sortie des écoles, autant d’expressions des frustrations et du mal-être des jeunes qui contemplent ce monde enchanté vanté par les médias, sans un sou en poche. On souhaite réhabiliter la notion d’éducation, de responsabilité parentale, retrouver des repères ? Mettons un peu plus de distance entre nos enfants… et les valeurs associées à la marchandise.

enfants apprennent à parler, on ne leur dit pas toujours ‘Ça, c’est une tasse’ pour désigner une tasse. Ils l’entendent, et après un certain nombre de fois, la chose apparaît et ils se disent : ‘Ça doit être ça’ et rattachent le nom à un concept. Mais il y a des couacs. Quand un enfant est méchant, on lui dit : ‘Tu fais des bêtises’. Et quand il est maladroit, on lui dit aussi : ‘Tu fais des bêtises’, même s’il ne l’a pas fait exprès. Donc, il mélange les concepts et utilise le mauvais mot.” Or, les valeurs passent par les mots. “Quand un enseignant dit qu’il s’absente et que les enfants doivent rester sages, il imagine ‘immobiles et silencieux’. Après, on demande à un enfant : ‘Comment fait-on pour être gentil ?’, il répond : ‘Ne pas parler, ne pas faire de bruit’, alors qu’être gentil, ce n’est pas ça. Les mots sont chargés. Les parents parlent à leurs enfants avec des mots chargés de sens qui pour eux sont des évidences. Mais si je ne définis pas le moment, l’enfant peut y mettre n’importe quoi.” Quant au concept de délation, il faut se poser la question : est-ce que toute chose est bonne à dire ? Pourquoi, comment fautil le dire ? “On ne va pas parler de la délation comme ça. Mais parler des choses en règle générale. Il faut toujours ce passage de l’universel au particulier. Identifier les concepts, puis y réfléchir. Partir de cette situation singulière et avancer des raisons. Alors chacun peut se positionner et doit pouvoir argumenter. Nos pensées déterminent notre façon d’agir. Donc, pour agir le mieux possible, il faut revenir à ce qu’on pense, ce que pensent les autres, se poser des questions, qu’il y ait ce va-etvient pour éviter d’agir toujours de la même façon et, finalement, ne plus réfléchir à ce qu’on fait.” le Ligueur - n°19 - 26 octobre 2011

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“Avec Internet, on est dans la préhistoire du virtuel” Un nouvel acteur a surgi dans le quotidien des familles : l’ordinateur. Dans la transmission des valeurs, quelle place a-t-il prise à côté des parents, des grands-parents, de l’école, des institutions religieuses ? Édouard Delruelle : “Nous sommes à la fois dans une société de l’hyperconsommation et de l’hypercommunication. Le problème de l’Internet, c’est que l’on communique sans s’arrêter au contenu. On y trouve des valeurs et tout le contraire, jetés sans hiérarchisation, dans un flux incessant de communication, avec le meilleur comme le pire. On est dans un échange permanent. Les jeunes tchatent durant des heures avec leurs amis sur Facebook ou MSN, mais aussi avec de parfaits inconnus. Ils sont dans ce que les linguistes appellent la fonction phatique du langage, à savoir une communication qui ne sert qu’à entretenir la communication. On n’a pas grand-chose à dire, mais l’important est de le dire. Communiquer pour communiquer. Le rôle des parents est d’amener à réfléchir, à donner des buts, à hiérarchiser les contenus. Que peut-on dire sur Internet ? Que dire de soi ? Que s’interdire ?”

plutôt moins bien et doit affronter de plus grands dangers. On serait face à un monde avec moins de connaissances, moins de règles, moins de valeurs. Si c’était le cas, la société serait immonde. Chaque génération réinvente ses valeurs. Le propre d’une société moderne est de laisser aux jeunes générations la possibilité de produire quelque chose de nouveau, de réinventer le monde.” Faire confiance à l’avenir L. L. : Où se situe le rôle des parents dans cette réinvention du monde ? É. D. : “Il faut faire confiance à l’avenir, ce qui est un gros problème pour notre société. Toutes vos questions partent des angoisses des parents, posent comme

point de départ que le monde de demain serait dangereux pour nos enfants. Il faut transmettre, tout en faisant confiance à l’autonomie au sens propre, c’est-à-dire la capacité à produire soimême des règles. D’ailleurs, depuis le début de l’entretien, nous parlons des valeurs sans dire ce qu’elles sont parce que ces valeurs ne seraient peut-être pas les mêmes. Dans une société démocratique, il y a des valeurs qui sont parfois incompatibles, dont l’interprétation peut différer. Si on parle du droit à la vie, de la liberté des convictions, on en aura peut-être une définition ou des interprétations différentes. Dans une civilisation traditionnelle, le jeune atteint la maturité quand il acquiert la capacité de recevoir des règles et de

se mettre au service du groupe, d’être notamment solidaire de tout ce qui a été transmis par les anciens. Dans une société démocratique, le jeune atteint la maturité quand il parvient à s’arracher à l’autorité, à ses préjugés et à poser ses propres règles. Le rôle du parent est de transmettre à un jeune la capacité à se forger des valeurs, à entrer en débat sur celles-ci avec les autres, à accepter de se remettre en question, pour pouvoir voler de ses propres ailes sans plus référer à ses parents.” Jusqu’où exiger obéissance à un système de valeurs ? Lire page 11. n Propos recueillis par M.T.

Monde global, monde fragmenté Le Ligueur : Internet n’offre-t-il pas une magnifique ouverture sur le monde ? É. D. : “Paradoxalement, le monde de l’hypercommunication est extrêmement segmenté. Il y a une uniformisation des messages, une globalisation d’une part, et d’autre part, une forte segmentation pour répondre aux désirs des gens. Pour cela, on va cibler les différents publics. Par exemple, les jeunes, puis les jeunes urbains, ensuite les jeunes urbains homosexuels, etc. Et on va leur fournir les modes de communication ou de consommation qu’ils attendent. De sorte que les jeunes vont tout le temps sur les mêmes sites, communiquent avec les mêmes groupes. Internet a plutôt tendance à enfermer les gens dans leur communauté virtuelle. Les parents ont à faire valoir les valeurs de l’ouverture et de la curiosité.” L. L. : Voyez-vous des valeurs spécifiques portées par ce monde virtuel ? É. D. : “Avec Internet, nous sommes dans une préhistoire du virtuel. Il ne faut donc pas le critiquer trop vite. Ce monde n’est pas encore policé. On le voit dans les forums de journaux où les gens déversent leurs sentiments de haine, de façon anarchique, dans ce qui ressemble à une dictature des opinions et des sentiments. On est bien loin des valeurs. Heureusement, certains secteurs d’Internet se fixent petit à petit des règles. Certains forums proposent une charte. Le virtuel commence seulement à se civiliser. On peut penser que les parents auront de plus en plus d’outils pour proposer un usage positif d’Internet.” Nos enfants ont des ressources L. L. : L’ordinateur n’isole pas alors que transmettre des valeurs vise à améliorer le vivre ensemble ? É. D. : “Il faut s’interroger sur le mode d’échanges proposés via l’ordinateur. La grande préoccupation des parents, c’est de faire sortir leur jeune, au sens propre du terme. Qu’il quitte l’écran pour aller au jardin, dans le monde réel. Mais il ne faut pas trop penser que les enfants sont sans recul critique, sans ressources. Certains résistent. D’autres savent faire la part des choses et comprennent qu’Internet n’est ni la vraie vie, ni l’authenticité. Ils ne sont pas complètement aliénés. Les enfants négocient plus qu’on le croit avec les dangers du monde. Chaque génération trouve toujours que celle qui suit fait le Ligueur - n°19 - 26 octobre 2011

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Préparation : 20 min / Cuisson : 15 à 25 min 1. Préchauffer le four à 180 degrés. 2. Mélanger le beurre et le sucre, jusqu’à l’obtention d’un mélange mousseux et légèrement jaune. 3. Ajouter les jaunes d’œufs, un à un. Puis la farine. Incorporer délicatement les blancs d’œufs montés en neige, jusqu’à ce que tous les ingrédients soient bien mélangés. 4. Verser de la pâte jusqu’à la moitié des moules à cupcake (papier ou silicone). 5. Enfourner pour 15 à 25 minutes (une aiguille plongée dans le centre du cupcake doit en ressortir sèche) et laisser ensuite refroidir. 6. Glaçage des cupcakes: mixer 100 g de beurre avec 200 g de sucre impalpable jusqu’à obtention d’un mélange crémeux. Ajouter ensuite un extrait de café, vanille, cacao en poudre, fruits rouges écrasés… Poser le glaçage à la poche, à la douille ou à la palette (cuillère). Décorer avec des morceaux de nougats concassés, des noisettes hachées ou toute sorte de bonbons colorés.

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ara et Sophie sont inséparables. En classe, aux scouts, la semaine, le weekend : meilleures amies dans le sens fusionnel du terme. D’ailleurs, quand elles ne sont pas ensemble, elles se téléphonent, et vous vous demandez ce qu’elles peuvent bien se raconter alors qu’elles papotent déjà à longueur de journée. Aujourd’hui, vous êtes passée chercher Lara chez sa grande copine, mais, dans le silence de la voiture, vous la sentez préoccupée. Après l’une ou l’autre manœuvre d’approche plus ou moins subtile (“Ça va pas ?”, “Tu tires une drôle de tête”, “Il s’est passé quelque chose, vous vous êtes disputées ?”), Lara vide enfin son sac, un peu soulagée mais pas libérée pour autant. “Sophie sort avec Ben, elle est complètement dingue de lui. Lui, par contre… J’avais déjà entendu des rumeurs, mais je n’avais rien osé dire. Et hier, je l’ai vu embrasser une autre fille. Lara ne se doute de rien, c’est horrible, qu’est-ce que je dois faire ?” Délicate matière que ces amourettes adolescentes, dont les rebondissements n’ont rien à envier aux plus tordues des séries télévisées. Et voilà votre grande fille aux prises avec une terrible question de loyauté susceptible de vous renvoyer à vos chers cours de philo : c’est l’affrontement entre éthique de conviction contre éthique de responsabilité, Max Weber (seul compte le résultat de ses actions) contre Kant (toute vérité est bonne à dire, le monde dût-il s’écrouler). Et donc, que dire ? Pas facile. En tous cas, inutile de replonger dans un vieux sylla-

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heure du JT. Des familles sont réfugiées dans un des parcs de Bruxelles en attendant de savoir quel sort on leur réserve. Venues de loin, chassées d’un peu partout, ils n’ont pas trouvé d’autre coin pour se poser là, quelques heures. Le JT parle de drame humain. L’heure du JT chez Louise, c’est l’heure du souper. Toute la petite famille dévore la soupe. Quand soudain, Louise, pour se faire entendre, dit à voix haute et claire : “Il y a trop d’étrangers dans cette ville !” Les parents de Louise n’en croient pas leurs oreilles. D’où sort-elle des idées pareilles ? Jamais, au grand jamais on n’a exprimé en famille de telles remarques. Père et mère sont assommés. Un peu honteux aussi. Louise explique que c’est à la récré que Bertrand lui a dit que… et elle déballe tout ce qu’elle a pu entendre. Puis s’arrête et dit : “Mais au fond, c’est quoi, un étranger, papa ?” Les études qui tendent à démontrer que les enfants ont, très tôt, des préjugés racistes sont nombreuses… et très controversées. On relève cependant quelques observations qui montrent que, dès 4 ans, les enfants blancs préfèreraient les Blancs. Cette préférence irait en s’accentuant jusqu’à 7 ans, âge à partir duquel les préjugés racistes commenceraient à décliner. L’hypothèse : les réponses des plus petits, incapables de se forger une opinion personnelle, reflètent les stéréotypes en vigueur dans notre socié-

“J’ai vu sa petite amie sortir avec un autre garçon…” Lara, 17 ans bus pour tenter d’apporter une réponse définitive. D’ailleurs, est-ce vraiment souhaitable ? Gare à la tentation de mélanger valeurs et principes, ce ne serait pas rendre service à l’enfant de lui apprendre à s’arcbouter sur un principe envers et contre tout. Surtout qu’il est bien difficile de dégager une constante dans ces cas-là. Avancer qu’une solution causera à coup sûr moins de dégâts qu’une autre paraît

“Il y a trop d’étrangers dans cette ville” Louise, 12 ans té. Par contre, vers 8-9 ans, ils peuvent commencer à faire la distinction entre ce que pensent les autres et ce qu’ils croient, eux. Cette hypothèse a été vérifiée sur deux groupes d’enfants blancs d’Australie : ceux de 5-6 ans prêteraient davantage d’attributs positifs - “propre”, “sage”,” intelligent”… - aux

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certains choix sont évidents 1 à 4 heures de feu procurent 12 à 24 heures de chaleur. C'est ainsi qu'on reconnait le vrai poêle de masse ! Tulikivi est un investissement sûr pour vos économies. Vous brûlerez tous types de bois même des résineux! De nouvelles options, dont la combustion aux pellets, sont disponibles, en plus des 60 modèles de base, avec ou sans four. Possibilité d’eau chaude ou de raccord au chauffage central.

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bien présomptueux. En attendant, la petite est suspendue à vos lèvres, à l’affût du moindre de vos conseils… Déjà, vous pouvez l’aider en lui rappelant qu’elle n’a pas à porter le poids d’une situation qui s’est imposée à elle. Mais la question demeure : faut-il épargner sa copine ou rétablir la vérité en dénonçant une imposture et prendre le risque de se mêler de ce qui ne nous regarde pas ? D’un autre

enfants blancs figurant sur les photos qui leur sont montrées qu’aux enfants noirs, et davantage d’attributs négatifs à ces derniers. Leur avis personnel se confond avec l’avis de Monsieur Tout-le-Monde. À 8-9 ans, si on retrouve la même tendance à gratifier les Blancs d’attributs positifs et les Noirs d’attributs négatifs, les enfants indiquent cependant davantage un avis personnel lorsqu’ils énumèrent les adjectifs positifs alors que les adjectifs négatifs correspondraient plus à ce qui circule autour d’eux.

La réponse du philosophe “C’est quoi un étranger est la bonne question à poser”, confirme Martine Nolis. Et

côté, puisqu’elle est la personne qui a le plus d’éléments en main pour juger la situation, son contexte et ses implications, pourquoi ne pas la laisser faire son choix en âme et conscience ? Quitte à se ramasser, mais c’est ça aussi, la vie.

La réponse du philosophe Quelle question difficile ! Il n’y a pas de bonne réponse. Il faut encore une fois argumenter, voir suivant le contexte, ce que ça peut apporter de positif ou de négatif, à qui, etc. C’est du cas par cas, difficile de trouver une façon d’agir plutôt qu’une autre. “L’important, c’est que tout soit discuté, de soumettre son point de vue et que chacun évalue ce qu’il a de mieux à faire.” C’est toute la question des dilemmes moraux. “Les profs de philo obligent à faire un choix, c’est noir ou blanc. On est obligé de prendre une position, de faire un choix. Peu importe lequel, pourvu qu’il soit argumenté. De toute façon, je n’ai pas 36 000 solutions, donc je choisis A ou B : dans ce cas-ci, je dis ou pas. Et c’est la justification qui est intéressante, plus que finalement le choix en lui-même. Parce que la situation est telle que l’on est coincé. Et on est parfois coincé, dans la vie. Alors on doit questionner les idées, nuancer les implications, les termes, les concepts…” Coupe-t-on les cheveux en quatre ? Mais non, au contraire, parce que ça permet d’y voir plus clair.

de rapporter cette anecdote récoltée lors d’une de ses visites dans une classe bruxelloise. À la question : “Qui est étranger ?”, les élèves d’origine maghrébine ont tous levé le doigt alors qu’ils sont Belges et les deux, trois enfants venus de l’Europe de l’Est (et pas encore naturalisés), plutôt blonds aux yeux bleus, n’ont pas bronché. Être étranger, c’est donc être différent physiquement, c’est être étrange… L’autre jour, un papa questionne son fils en lui demandant s’il y a beaucoup d’étrangers dans sa classe et le gamin répond : “Non, je connais tout le monde.” La notion d’étranger prend ici un sens beaucoup plus large : on peut être étranger tout en étant du même groupe. Parce qu’on a d’autres coutumes, qu’on réagit autrement… Mon voisin, né dans la même ville que moi et dont les aînés habitent depuis des générations le pays… peut être un étranger pour moi. La question de l’étranger interroge aussi la notion de frontière. Quand on la traverse, les habitants de l’autre côté sont-ils nécessairement différents ? Une frontière, c’est une limite entre quoi et quoi, entre qui et qui ? N’est-elle pas là pour s’ouvrir aussi ? Enfin, il est bon de reconnaître que vivre avec l’autre qui a une autre façon d’être, c’est difficile. Qu’il soit étranger, handicapé ou tout près de nous, mais avec une autre manière d’envisager l’organisation de sa vie. Reste qu’il est important d’apprendre à cohabiter pour que la vie soit, pour chacun, plus douce. S’il existe des différences entre Louise et tout ce qui peut lui paraître étranger, il y a aussi des terrains d’entente. Pour l’aider à apprivoiser, à se sentir plus proche de “l’étranger”, ses parents peuvent l’encourager à trouver des valeurs communes entre elles et lui, des valeurs communes qui leur sont chères et qui deviendront alors… des normes. le Ligueur - n°19 - 26 octobre 2011

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air de rien, la rentrée n’est déjà qu’un lointain souvenir. Après la douce insouciance des semaines de septembre, les premiers contrôles se pointent déjà à l’horizon. Les choses se corsent, car ces matières qu’on déteste se rappellent à notre bon souvenir. Inutile de préciser que la perspective de potasser ses cours n’enchante pas Simon et qu’il attendra le dernier moment pour s’y atteler. Vous êtes donc tenté de le houspiller, histoire qu’il quitte son PC et ouvre ses cahiers. Et à peine avez-vous ouvert la bouche que sa réponse tombe comme un couperet : “Ça sert à rien d’étudier ! Je ne trouverai quand même pas de boulot !” Ou comment une excuse plutôt commode pour glander prend des airs de débats de société. Il y a la crise, d’accord. Et c’est vrai que même les parents s’en inquiètent. Des générations d’étudiants ne l’ont pourtant pas attendue pour brandir ce genre de prétexte. Et puis “tous ces trucs qu’on apprend” ne servent pas à grand-chose. La preuve : les intégrales, les volcans hawaiiens et le subjonctif imparfait, ne me faites pas croire que vous y comprenez quelque chose. En toute honnêteté, il n’a pas entièrement tort, mais là n’est pas la question. Dans cette société du plaisir, comment parvenir à lui inculquer la valeur de l’effort ?

La réponse du philosophe Étudier, pourquoi ? À quoi ça sert ? La question mérite d’être posée. “Quand un parent dit : ‘Tu dois bien travailler à l’école, comme

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écidément, Noah n’est pas partageuse. Pour la troisième fois, elle repousse brutalement son frère hors de son champ de jeu. Sa maman intervient, lui explique qu’elle peut laisser Gilles jouer avec l’une ou l’autre poupée. “Les jouets, ça se partage”, lui rappelle sa maman sentencieusement. “Quand ton frère t’invite à jouer avec ses Playmobil, tu es bien contente”, rajoute-t-elle, avec insistance. Mais Noah est sourde à tout propos. Peut-elle d’ailleurs comprendre ce que dit sa maman ? Le jeu évolue, se transforme. Noah joue depuis longtemps, si longtemps qu’elle ne s’en rappelle plus. Ses premiers jeux tournent autour de la découverte de son corps, dans le ventre de sa mère elle s’agite, suce son pouce, découvre les premiers plaisirs moteurs. Une fois née, elle pédale, fait du bruit avec sa bouche, pousse des cris… et suce toujours son pouce. Son premier jouet est son corps. Puis vient le jour où elle se met à grimper, sauter, courir, monter, descendre… bref s’exercer pour pouvoir, vers 4 ans, pédaler sur un vrai vélo. 4 ans, c’est aujourd’hui. Noah est débordante d’énergie, recherche tout ce qui est en mouvement. Maladroitement encore, avec des gestes brusques… et seule. Dans le bac à sable, au milieu de la cuisine (quand ce n’est pas entre les jambes de sa maman !), la petite s’occupe de ses petites affaires. Le jeu “ensemble” n’est pas encore possible. Noah est incapable d’accorder son jeu avec celui de son frère, elle ne peut se mettre à la place de l’autre. Égoïste, Noah ? Non, juste égocentrique, et à cet âge-là, c’est normal. Très

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“Ça sert à rien d’étudier, je ne trouverai quand même pas de boulot” Simon, 16 ans ça tu auras un bon boulot’, c’est faux. Ça ne marche pas d’office. Et on peut partir sur d’autres pistes : est-ce qu’on n’apprend qu’à l’école ? Et par extension : est-ce que quelqu’un qui n’a pas été à l’école ne sait rien ?” Bien que ce soit souvent difficile pour les parents, il faut “oser poser la question du lien entre métier et diplôme, se demander si, vraiment, le bonheur se situe là. D’autant

plus qu’actuellement, c’est devenu de nos jours une obligation d’être heureux. Alors ça vaut la peine d’entamer le dialogue avec des questions comme ‘Qu’est-ce que tu aimes apprendre, comment tu te sens le mieux ?’ Le jeune doit aussi pouvoir se demander si, finalement, toute activité doit donner du plaisir, ou peut-être faut-il parfois faire un effort pour éprouver du plaisir après ?”

Touche pas, ce sont mes jouets ! Noah, 4 ans bientôt (vers 4-5 ans), les paroles de sa maman prendront un sens. L’école aidant, elle va découvrir le plaisir d’être avec les autres. Et en douceur, Noah commencera à partager son temps, son espace, ses jouets avec son frère, avec les copains de classe. En étant “soi” au milieu d’autres “soi”. Mais en attendant… sa maman peut déjà lui parler des côtés négatifs et positifs du partage, histoire d’amener gentiment Noah à comprendre petit à petit l’importance de s’ouvrir à l’autre.

La réponse du philosophe La volonté de partage est liée à la valeur qu’on accorde à l’objet. On peut partager des jouets, on doit partager des jeux de société (sinon, on ne peut pas en profiter), mais on ne partage pas sa maman. Ou alors très difficilement. Et les adultes ? Sont-ils toujours prêts à partager aussi facilement qu’ils veulent bien le dire à l’enfant ? Au moment où on invite celui-ci à partager,

Mais même si cela part parfois d’une certaine expression du bon sens, “les attentes des parents et le poids terrible qu’ils mettent sur les épaules de leurs enfants, font qu’ils n’apprennent plus pour le plaisir, mais parce que les parents sont derrière eux.” Du coup, en cas de bon résultat, le plaisir est-il celui que l’on fait aux parents ou celle d’obtenir une bonne note ? “On ne peut pas apprendre à la place de quelqu’un, donc les parents sont très mal à l’aise quand leur gosse n’apprend pas. Alors ils mettent au point des stratégies. Comme les enseignants en classe, pour que l’enfant capte, intègre, etc. Dans ce cas-ci, l’enfant ne répond pas à son désir d’apprendre, mais à celui des adultes qui veulent qu’il apprenne. Or, ce qu’il faut, c’est encourager le désir d’apprendre. Et ce désir est personnel. L’enfant doit trouver un sens. Mais on peut transmettre un savoir alors que l’on ne peut transmettre du sens. On donne du sens aux expériences que l’on vit, de ce qu’on en retire, comment on transforme ces expériences. On dit toujours que l’expérience des autres, c’est comme un peigne pour un chauve ! Il faut absolument que l’enfant donne du sens et ait ce désir d’apprendre.” Dans les ateliers philo, en développant et en entretenant la curiosité, on développe le désir de savoir. Un désir naturel, qui vient de soi, pas des autres. Quand on développe l’habileté à penser, on peut la transférer à toutes les matières. Le plaisir n’est plus d’apprendre à jouer du triangle, par exemple, c’est de penser, de se rendre compte qu’on pense et que toute matière est accessible.

peut-être est-ce l’occasion de se retourner vers soi-même et de s’interroger… Ce qui est intéressant, c’est de questionner le partage de manière universelle, de quitter le particulier, l’événement qu’on est en train de vivre, et de se demander ce qui est en jeu pour tout le monde. Ainsi, les parents ouvrent le débat et évitent que leur enfant se sente stigmatisé. La question centrale de ce débat, c’est bien la place qu’on accorde à l’autre, l’importance qu’il a pour nous et donc, vers 4-5 ans, les premiers pas pour mieux vivre ensemble. Jouer amène aussi la notion de plaisir qui devrait être plus intense dans le partage. Car, au départ, il faut bien le reconnaître, partager n’a rien de naturel. Ce n’est que petit à petit, au gré de sa croissance, que l’enfant va avoir envie d’appartenir à un groupe et accepter les règles de ce groupe, sa manière de fonctionner… Des questions toute simples, comme “Et si tu ne partages pas, que peut-il t’arriver ?”, invitent l’enfant à comprendre que s’il ne donne pas, s’il ne reçoit pas, il risque d’être marginalisé et que l’exclusion est une sanction douloureuse. Car c’est bien au travers de soi que chacun d’entre nous construit son mode de valeurs. En grandissant, la petite Noah comprendra vite qu’elle ne pourra pas se passer de l’autre et de partager des choses avec lui.

n Pages réalisées par Myriam Katz et Mathieu Nguyen

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“La désobéissance peut être une valeur” Transmettre des valeurs est une chose, faire en sorte qu’elles soient intégrées en est une autre. Un enfant peut-il se rebeller face à elles ? Jusqu’où peut-on imposer ses valeurs à ses enfants ? Édouard Delruelle : “Le rôle des parents est d’imposer leurs valeurs, tout en sachant que l’enfant va négocier, refuser, transiger, tenter toutes sortes de stratégies.” L’obéissance est un moment Le Ligueur : Imposer, dites-vous. Où se situe l’obéissance par rapport à cette transmission ? É. D. : “La transmission des parents aux enfants est particulière. Ce n’est pas du donnant-donnant. On est dans une société qui a intégré l’idée que lorsqu’on donne, on doit nécessairement recevoir. Le miracle de la relation entre un parent et son enfant, c’est que les parents donnent sans rien attendre en retour, si ce n’est que l’enfant soit lui-même et heureux. On ne demande rien en échange : c’est la logique de l’héritage. L’obéissance est une modalité de cette transmission. On ne peut rien transmettre si on n’est pas assertif, si on n’impose pas ses valeurs, de façon claire et précise. C’est vrai aussi de la part des maîtres et cela commence dès le plus jeune âge. 2 + 2 = 4 a un caractère d’évidence, ne se discute pas. Ce caractère normatif est irréductible. Au départ, le parent impose des valeurs relativement simples autour de la politesse, de la pudeur, du silence, de la propreté. Quand mes enfants étaient plus jeunes, j’ai été d’une intransigeance absolue, sans second degré, sur des questions comme le racisme ou la beauté de certaines choses. Pour moi, il y a des choses que l’on respecte de manière inconditionnelle. Cette exigence d’obéissance n’est cependant qu’un moment. Après, on réintroduit du second degré, de la liberté… Devenus plus grands, ayant acquis d’autres références que celles des parents, les enfants peuvent réagir, résister, s’ouvrir à leurs propres valeurs.”

lonté de s’affirmer, de tester la solidité de ce que le parent transmet, de mettre le parent face à ses contradictions, ce pour quoi les enfants sont très forts. Il peut y avoir des rébellions plus destructrices, voire autodestructrices. De même qu’il faut assumer l’obéissance, il faut aussi assumer l’arrachement, le refus, la rupture. Si c’est pour aller vers d’autres repères, une autre positivité, il n’y a pas lieu de s’en inquiéter. Mais ce n’est pas facile pour le parent d’évaluer quand ce désir d’autonomie ou d’originalité n’est pas le signe d’une fuite, d’un mal-être. Notre société de l’autonomie est basée sur une transformation permanente, une évolution permanente, ce qui est à la fois très beau et terriblement angoissant, car on est dans l’instabilité permanente.”

Faire confiance à l’avenir L. L. : La désobéissance pourrait-elle être une valeur ? É. D. : “La désobéissance peut être formatrice. On a tous expérimenté à un moment donné des désobéissances qui nous ont structurés, que ce soit en famille ou à l’école. Et notamment par rapport à un des sentiments les plus forts auquel les jeunes peuvent être confrontés : le sentiment de l’injustice. Injustice à son égard ou à l’égard d’un camarade. Cette expérience est terrible, mais la désobéissance sera dans cette situation très formatrice. Sur le plan politique et social, heureusement qu’il y a des désobéissances fondées sur des valeurs, ce que l’on appelle des désobéissances civiles.

Elles peuvent alors déboucher sur des révoltes ou des révolutions comme on l’a vu dans les pays arabes. Les révolutions sont d’ailleurs souvent le fait de la jeunesse, on l’a vu en Égypte et en Tunisie. Mais que veulent ces jeunes ? Accéder à l’autonomie et à un mode de société moderne, fondé sur ses propres choix ? Avoir accès au monde de la consommation et de la communication dont on a parlé au début et dont ils ont été privés, alors qu’ils voyaient autour d’eux ce monde importé par tous les touristes venus d’Europe. Il est aussi possible que cette révolte débouche sur la réaffirmation de systèmes de valeurs plus dogmatiques et archaïques sous forme d’islamisme. L’Histoire nous le dira.” n Propos recueillis par M.T.

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La limite à ne pas dépasser

É. D. : “Je ne dis pas que cela me ferait plaisir que mes enfants optent pour des idées politiques différentes des miennes, mais si elles s’inscrivent dans un parti politique démocratique, je n’aurais pas de problèmes pour autant que l’on reste sur des fondamentaux. Moi-même, je n’ai pas les mêmes idées politiques que mon père. Je suis athée, mais j’accepterais qu’un de mes enfants soit croyant. Avec l’extrême droite, il y a rupture avec des valeurs fondamentales. Les extrémistes n’ont pas de valeurs. Ils absolutisent une appartenance, ils n’existent que dans le rejet. L’extrême droite n’est pas une des possibilités de la démocratie, c’est un échec de la démocratie. Quand un enfant opte pour l’extrême droite, il y a échec de l’éducation. Nous avons aussi présupposé que le monde des valeurs était un monde positif. Il ne faut pas oublier que des individus peuvent s’entretuer pour des valeurs et que celles-ci peuvent représenter un danger.” Une évolution permanente L. L. : Jusqu’où l’enfant peut-il dès lors se rebeller ? É. D. : “Se rebeller recouvre des réalités différentes. Il peut y avoir de la rébellion dans la vo-

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L. L. : Comment réagiriez-vous si votre enfant, dans le cadre de cette remise en question, optait pour l’extrême droite par exemple ?

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Valeurs : parlez-en avec votre cœur Pour le psychiatre Xavier Pommereau, directeur du Pôle aquitain de l’adolescent, situé à Bordeaux, et auteur de Nos ados. com en images. Comment les soigner (Odile Jacob), la transmission des valeurs ne peut intervenir que si l’adulte s’engage affectivement. Un parent cohérent Le Ligueur : Qu’est-ce qui compte le plus dans la transmission des valeurs à nos enfants ? Ce que l’on dit ? L’exemple que l’on donne ? Ou peut-être ce que l’on véhicule inconsciemment ? Xavier Pommereau : “Il y a un peu de tout ça. Prenons l’exemple d’un père qui, pendant le repas dominical, s’adresse à son fils : ‘Tu sais, dans la vie, il y a quelque chose de très important, c’est la fidélité à ses idées. Je voterai toujours de telle manière’. Imaginons que ce même père trompe sa femme sans le lui dire. Même si l’enfant, lui non plus, ne s’en est pas rendu compte, il sent bien au fond de lui que quelque chose ne tourne pas rond. À première vue, cela n’a pas grand-chose à voir avec la constance en politique. Mais il en va de la façon dont on assume la vérité. Et le malaise provoqué par la trahison est susceptible de venir parasiter la transmission de valeurs sou-

haitée par le père. Les enfants ne veulent pas des parents parfaits. C’est d’ailleurs impossible. Ils veulent que leurs paroles soient en accord avec leurs actes car il y a là quelque chose de rassurant.” L. L : Comment transmettre à notre enfant le goût du travail si les efforts qu’on a fournis tout au long de notre carrière ne nous ont pas empêché de nous retrouver au chômage et que nous en gardons une blessure cuisante ? X. P : “Il faut dans ce cas lui dire la vérité. En réalité, les humains n’ont pas spécialement envie de travailler. Mais ils mesurent assez vite qu’il faut faire des efforts, qu’il faut appuyer sur la pédale si on veut faire avancer son vélo… Il faut tout simplement garder en tête qu’on fournit d’autant plus volontiers ces efforts qu’ils sont liés à une motivation. Quand on est parent, il faut essayer de cerner ce qui peut motiver son enfant. Lorsqu’à 3 ans, il ramène de la maternelle un gros gribouillis, il ne s’agit pas de s’extasier comme s’il s’agissait de la Joconde. Il s’agit de dire des choses positives, qui peuvent l’encourager sur la voie des apprentissages : ‘Tu as bien travaillé aujourd’hui. Ça y est, tu sais tenir les feutres. Tu vois, tu n’es pas sorti de la

feuille. On va accrocher ton dessin sur le frigo comme ça, on pourra le regarder…’” Laissez parler vos émotions L. L : Dans quelle mesure la transmission de valeurs doit-elle impliquer les émotions ? X. P : “Les émotions jouent un rôle essentiel. Je parle d’ailleurs de transmission affective. A l’époque du multimédia, si les adultes veulent transmettre des valeurs ou des connaissances, ils doivent aussi faire passer les sentiments qui vont avec. Si, en tant que professeur d’histoire, j’aborde le début de la Grande guerre, en août 1914, en montrant à mes élèves une vieille carte avec des flèches et un très vieux film de mauvaise qualité où l’on voit des Poilus crapahuter dans les tranchées, je vais avoir du mal à intéresser mes élèves. Eux ont accès à des jeux vidéo où on se met à la place de la balle qui entre dans la tête du soldat… Impossible de rivaliser, sur le plan des images.” L. L : Comment faire alors pour les intéresser ? X. P : “Je peux leur montrer une très belle image de champ de blé au mois d’août. Je commence par leur demander ce qu’ils

voient. La moitié de la classe va répondre que c’est de l’herbe. Mais il y en a qui savent quand même ce qu’est un champ de blé. Puis je leur fais deviner la saison. On finit par dire qu’on est en août, juste avant la moisson. O.K. On zoome, on s’aperçoit qu’il y a par terre plein de petites fleurs rouges. Ceux qui sont déjà allés dans un champ de blé vont dire : ‘Monsieur, on sait, ce sont des coquelicots !’ Alors, je leur demande ce qu’on entend. ‘Le bourdon des insectes, le son des sauterelles’. Et là, je les tiens, je marque un silence et je reprends : ‘Eh bien, chers enfants, en août 1914, dans des champs de blé exactement comme celui-ci, situés au nord-est de la France, des jeunes gens à peine plus âgés que vous - ils avaient 18 ou 20 ans - ont été fauchés par les balles, car c’était le début de la guerre. Et à la place des taches rouges des coquelicots, c’était des taches de sang, comme dans le poème de Rimbaud, Le Dormeur du val. Je vous recommande de lire ce poème.’ Il s’agit de marquer les élèves, de leur montrer que le professeur n’est pas là juste pour compter les morts en leur disant : ‘Voilà, il y a eu tant de victimes de chaque côté’, mais qu’il se sent vraiment concerné par le sujet. Idem pour les parents !” n Propos recueillis par Joanna Peiron

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Transmettre à tous âges

Il faut parfois prendre un détour, choisir le bon moment pour la mise en pratique d’une valeur.

Avant 6-7 ans, un enfant n’est ni un menteur, ni un voleur.

Les valeurs ne sont jamais abstraites : leur mise en pratique a un impact direct sur notre vie de tous les jours.

Perdre un jeu, ce n’est pas perdre quelque chose de soi.

“L’acquisition des savoirs, l’éducation, l’émancipation… les valeurs mêmes de l’école semblent être moins prioritaires pour les parents” (Marie-Claire Blais) 14 01-15 LL 19.indd 14

Partager, vraiment ? Dans cette transmission de valeurs, il y a un grand piège : certains voudraient par exemple que l’enfant apprenne celle du partage. Mais, pour y arriver, il faut qu’il prenne conscience du sens de la propriété. Si, le parent décide à la place de l’enfant qu’il doit partager sa petite voiture, celle-ci ne lui appartient déjà plus. La voiture devient l’objet de l’adulte puisque celui-ci a tout pouvoir sur l’objet. On ne peut partager que ce qui est à soi. Le partage est une valeur importante qui se déclinera plus tard en solidarité, mais elle ne peut s’acquérir que si on a transmis la valeur de la propriété. Sinon, on obtient l’effet inverse et on développe l’égoïsme chez l’enfant qui voudra protéger ce qui lui appartient. Respect du corps. Des parents disent parfois de leur enfant de 4 ans qu’il est un menteur. On n’est pas vraiment menteur à cet âge : on fabule, on cherche les limites, pour voir jusqu’où l’on peut raconter des choses plausibles ou non. Avant 6-7 ans, un enfant n’est ni un menteur, ni un voleur. Car c’est à cet âge qu’il doit acquérir le sens de la possession, à commencer par la valeur du corps : notamment, on ne frappe pas le corps de l’autre. À 2 ans, s’il est très fâché, il va peut-être essayer de donner des coups de pied à sa mère… Il est essentiel de lui dire qu’il peut exprimer son désaccord, mais sans atteindre au corps de l’autre. Après le respect du corps de l’autre, il y a celui des affaires de l’autre. Je suis parfois frappée de voir que certaines mamans laissent l’enfant trifouiller dans leur sac à main. Après, on s’étonnera de le voir aller dans le sac à dos des autres… Ni tout noir, ni tout blanc. À cet âge, l’enfant questionne beaucoup le bien et le mal, la vie, l’amour, la mort. Les contes servent à cela. Il ne s’agit pas de tenir un discours philosophique, mais d’amener progressivement l’enfant à comprendre la relativité, que tout n’est pas blanc ou noir. Comprendre que maman n’est pas méchante, même si elle ne medonne pas un bonbon nécessite tout un travail psychique. Manque de manque. À cet âge, il est intéressant d’introduire la notion que “manquer n’est pas mourir”, notamment en n’achetant pas tout ce qui se présente. Apprendre que perdre au jeu n’est pas perdre quelque chose de soi. Apprendre à assumer la frustration. On ne forme pas assez nos petits au manque et à l’acceptation de la perte, de peur qu’ils ne fassent une crise, alors que c’est une valeur essentielle de l’humanisation (Lire En savoir +).

7-12 ans : l’intégration de la règle

Un être social. Quand on a reçu les fondements du respect de soi et de l’autre, on

bêtises. C’est cela qui rend la vie intéressante. À cet âge, l’adolescent repart de zéro. Il meurt à son enfance et naît à un corps d’adulte. Il est très déboussolé. On doit pouvoir l’accompagner dans cette traversée en témoignant de notre propre traversée qui n’a pas été nécessairement un long fleuve tranquille.

La loi en action. C’est aussi vers cet âge que la notion de loi est digérée, après avoir été mise en place auparavant. Cela ne vient pas du jour au lendemain. Une fois que le système est accepté, que l’enfant n’est plus dans la toute-puissance, il faut aussi l’agir. Il ne suffit pas d’énoncer la loi (pour ça, les parents sont très forts !), il faut encore la transmettre dans l’agir, c’est-à-dire faire assumer à l’enfant les conséquences du non-respect de la loi. Agir la loi, c’est s’y soumettre soi-même.

Responsabilité. Au niveau des valeurs, l’adolescence doit permettre d’agir dans le monde adulte. On les y amène de manière plus intellectuelle, avec des valeurs comme l’économie, la gestion d’un budget, le non-gaspillage… Des valeurs que l’on essaie d’inculquer plus tôt, mais qui ont un impact plus direct dans la vie même du grand ado. Il y a une responsabilité qui entre en jeu.

Être ensemble. Pour les parents, une des grandes difficultés de notre époque, c’est que le monde extérieur envahit terriblement les familles. Avant, on pouvait transmettre des valeurs de génération en génération, au sein de la famille. L’honnêteté, par exemple, s’oppose aujourd’hui aux messages sur l’argent facile. Les parents doivent d’autant plus parler, rester un exemple, organiser des repas de famille pour que l’enfant reste proche d’eux et n’aille pas se noyer dans le reste du monde. Le monde lointain est proche et le monde proche devient lointain, ce qui complique la transmission familiale. Le passé, pas dépassé. On transmet peu aujourd’hui car on est centré sur l’enfant qui nous fascine comme être d’avenir, au risque de nous oublier. Les parents minimisent trop le passé. Si on n’a pas de passé, on n’a pas de futur. La transmission n’est plus sexy, car toute la société met en avant la nouveauté. Or, cela intéresse l’enfant de savoir d’où il vient, ce qui le façonne. Un parmi d’autres. Si chez le petit, le respect passe par le corps, chez le plus grand, il passe par l’empathie, la capacité à se mettre à la place de l’autre, dans un monde qui prône le “Moi d’abord”. Plus ici qu’ailleurs, la transmission passe d’abord par l’exemple. Les parents qui défendent le “Moi d’abord” oublient que celui-ci entraîne le “Moi tout seul”. On a créé une jeunesse extrêmement solitaire. Le binge drinking (la biture express), le cannabis, les addictions à l’ordinateur, les suicides sont autant de symptômes que le jeune n’a pas appris à être “un parmi d’autres”.

12-18 ans : le rêve d’un idéal

Se raconter. Les parents pensent parfois que, le jeune ayant grandi, l’adolescence sera l’âge de la communication, celui où ils pourront discuter avec leur enfant. Or, l’adolescence est l’âge de la non-communication. On demande au jeune de nous raconter sa vie, de dire comment il va. Si l’on veut que son ado se raconte, on doit d’abord se raconter soi-même, à travers ce que l’on a été. Montrer que nous aussi avons été traversés par le doute, les questionnements. Comment on a compris le sens de certaines valeurs en faisant des

Un âge idéaliste. C’est aussi à l’adolescence que naissent de nouvelles idéologies, une pensée politique car c’est un âge idéaliste. La jeune génération d’indignés qui s’est rassemblée dans les villes européennes en est un exemple. À travers l’échange et le conflit, la confrontation des valeurs, les ados nous apprennent beaucoup. A contrario, cela peut aussi être l’âge du rejet des valeurs, au risque de se mettre parfois en danger. D’où l’importance de réfléchir au pourquoi de ce rejet et d’en discuter. La vie est nulle. Si le jeune rejette toutes les valeurs et qu’il a autre chose à proposer, c’est intéressant. Mais s’il les rejette parce qu’il ne veut rien, parce que la vie est nulle, ce que beaucoup disent, celui-ci est face à un vide sidéral, à une terrible solitude. On ne leur a pas appris la valeur de l’effort et de l’attente pour atteindre le bonheur. La seule chose qui a encore du sens, ce sont les sensations liées au corps. Je bois pour décoller. J’achète pour remplir le vide. Je baise sans savoir qui j’ai baisé. Si le jeune n’aime rien, c’est que l’on n’a rien transmis. Transmettre, cela ne veut pas dire que le jeune adhère à tout ce qu’on lui propose. Le travail du jeune adulte est de faire le tri entre les valeurs parentales qu’on lui a transmises et les valeurs qu’il a construites de son côté.

En savoir + Ancienne prési-

Parentalités

denteadopté de la FédéL’enfant enration difficulté belge des d’apprentissage

Marie-Josée Lambert

0-7 ans : le bien et le mal

est prêt à entrer dans le monde social. On le voit dans beaucoup de sociétés : 7 ans, c’est l’âge de raison. Dans le développement humain, on est prêt à entrer dans le monde à condition d’avoir reçu auparavant des valeurs qui font que l’on est assez armé et qui permettent à d’autres valeurs de se construire sur cette base.

Parentalités

au secours !

Je manque de psychologues, manque ! Diane Drory a publié de nombreux aimer n’est pas tout offrir ouvrages comme Cris et châtiments (2004) ou Le complexe de Moïse. Regards croisés sur l’adoption, qui vient d’être réédité. Dernier en date aux éditions De Boeck : Au secours ! Je manque de manque ! qui dénonce cette tendance très contemporaine à vouloir combler en tout et partout son enfant, au risque de passer à côté de l’apprentissage de la perte, clé de voûte d’une éducation qui cherche à humaniser.

Marie-Josée LaMbert Diplômée de l’Université du Québec à Montréal, elle est orthopédagogue et consultante auprès des familles adoptives et d’accueil dont les enfants présentent des difficultés d’apprentissage. Formatrice auprès d’intervenants des milieux scolaires et sociaux, elle donne également de nombreuses conférences au Québec. Mère adoptive, elle s’intéresse à l’impact des défis d’attachement sur le désir d’apprendre de l’enfant. Johanne LeMieUx Mère adoptive et travailleuse sociale qui a développé au Québec, depuis plus de 10 ans, l’adopteparentalité©, méthode biopsychosociale d’accompagnement des familles adoptives.

au cours des dernières années, des milliers d’enfants de divers pays ont été adoptés ou accueillis par une nouvelle famille. toutes ces petites vies ont eu à relever un défi supplémentaire, celui de bâtir une relation d’attachement avec leurs nouveaux parents. Cette construction est souvent le reflet de la fragilité caractéristique du vécu de ces enfants et témoigne ainsi de l’importance qu’occupe cette réalité dans le quotidien de nombreux intervenants. en effet, la majorité de ces enfants se retrouvent aujourd’hui sur les bancs d’école. Malheureusement, un grand nombre fait face à des difficultés d’apprentissage en lien avec le décalage cognitif causé par cette reconstruction affective. Plusieurs sont en échec ! Compte tenu du peu d’informations

véhiculées à travers le milieu scolaire sur cette réalité de l’enfance abandonnée, et parfois négligée, leurs difficultés sont traitées comme bien d’autres et beaucoup de questions demeurent ainsi sans réponse. C’est dans le but de permettre aux parents adoptifs et aux parents d’accueil de comprendre les difficultés de leur enfant que l’auteur a écrit ce livre. son objectif est aussi de sensibiliser les différents intervenants du milieu scolaire à l’impact des difficultés d’attachement sur la disponibilité à apprendre de l’enfant. tous y trouveront de nombreuses pistes d’intervention leur permettant de jouer un rôle de premier plan en accompagnant l’enfant sur le chemin de sa réussite scolaire.

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L’enfant adopté en difficulté d’apprentissage

Quelles valeurs transmettre et surtout comment les transmettre ? Y a-t-il des âges plus appropriés pour transmettre telle ou telle valeur ? Quelles sont nos chances de succès ? Petit tour des âges avec la psychologue Diane Drory.

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■ Propos recueillis par Michel Torrekens le Ligueur - n°19 - 26 octobre 2011

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Chaque premier dimanche du mois, plus de quarante musées ouvrent gratuitement leurs portes. RégulièreMarie-Claude Blais est philosophe de ment, Bernard Hennebert proposera Chaque premier dimanche du mois, l’éducation. Cours à Rouen, séminaires un focus l’un d’entre-eux. De quoi plus de sur quarante musées ouvrent à Paris. Pleine desortie curiosité, pleine préparer une belle enRégulièrefamille ! gratuitement leurs portes. d’humour. Mais elle parle d’une chose ment, Bernard Hennebert proposera sérieuse va13h mal. Les enfants Le :sur 3l’école avril, de à 18h, l’Espace un focus l’unL’absentéisme d’entre-eux. De quoi n’adhèrent plus. et l’échec photographique Contretype “fait!la préparer une belle sortie en famille sont massifs. Lagratuité violencedu nepremier se résume fête” à sa diplus àmanche, quelques chahuts etla à deuxau 1 avenue de Jonction Le 3 avril, de 13h à 18h, l’Espace trois coups deBruxelles poing à (coin la cour récré. àphotographique 1060 dede l’avenue Contretype “fait la Marie-Claude Blais fait une hypothèse. Brugmann, près de Ma à sa gratuité du campagne). premier diDepuisfête” trente ans, la famille est en état manche, au 1 avenue de la Jonction de mutation, elle n’alaplus la même vision Aujourd’hui, photographie est à 1060Et Bruxelles (coin delal’avenue de l’enfant. donc n’a plus même considérée comme un art. Les expositions Brugmann, près de Ma campagne). conception de son éducation. qui la concerne remportent un grand succès,Aujourd’hui, notammentlaauprès des jeunes photographie Marie-Claude Blais : “Faisons d’abordest ce visiteurs. considérée comme un art. Les expositions constat : il n’y a plus de connivence entre Cela neconcerne fut pas toujours le cas et Contretype qui la remportent un que grand lesété familles et l’école. L’école pense les asuccès, unnotamment précurseur. En effet, il propose auprès des jeunes familles ont abdiqué leur rôle. Quand les depuis juste trente ans des expositions visiteurs. enfants arrivent, elle est obligée dede prendre de “photographies créatives”, MapCela ne fut pas toujours le cas et Contretype en charge des apprentissages comme la plethorpe (en 1980) à Bernard Descamps asocialisation été un précurseur. Enlaeff et, il propose primaire, civilité, la maî(en 2011). depuis ans des trise de juste soi quitrente devraient avoirexpositions été pris en de “photographies créatives”, de Mapchargeactuel par les parents. Dans l’autre sens, L’écrin qui accueille ces activités est plethorpe (en 1980) à Bernard Descamps la demande de ces derniers a totalement le très bel hôtel de maître Art Nouveau éri(en 2011). changé. Pour eux,Hannon, l’école doit du biengé pour Edouard l’unoffrir des pères de être, et même du plaisir, à tous les enfants la photographie d’art en Balcon ques qui ontqui traversé le Belgique. pays et en a fait L’écrin actuel accueille ces activités est et dans le respect deflchacun. Elle doit être d’angle en formedede eur, mosaïque végéun acteur incontournable deNouveau la politique le très bel hôtel maître Art ériouverte sur la société et en réparer les maux. tale au sol, splendide cagel’un d’escalier avec dupour logement deHannon, la Région de Bruxellesgé Edouard des pères de Elle doit c’est préserver l’enfance des de enfants, fresque, l’un des rares lieux cette Capitale. la photographie d’art en Belgique. Balcon ques qui ont traversé le pays et en a fait leur insouciance. Elle ne doit pas exercer sur période prestigieuse les photos puDéfenderesse inlassable du droit audu loged’angle en forme deElle floù eur,doit mosaïque végéun acteur incontournable de la politique eux de contraintes. aider chaque blic sont autorisées (tant pour la façade ment, asplendide toujours défendu l’accès au tale auelle sol, cage d’escalier avec du logement de lui-même. la Région de Bruxellesenfant à devenir Elle aussi que pour l’intérieur durares bâtiment). logement parl’un l’acquisition et ce,doit pour les fresque, c’est des lieux de cette Capitale. préserverles la vie familiale : pas de stress, pas familles plus défavorisés également. période prestigieuse où les puDéfenderesse inlassable duphotos droit audu logede devoirs. L’acquisition des savoirs, l’éduCe 3 avril, cet Espace devient le 43e musée Travailleuse infatigable, fi ne analyste du blic sont autorisées (tant pour la façade ment, elle a toujours défendu l’accès au cation,qui l’émancipation, qui sont les valeurs belge pratique ladu gratuité “du premier contexte social et économique, elle a les inque pour l’intérieur bâtiment). logement par l’acquisition et ce, pour mêmes de l’école, viennent loin derrière. dimanche”. suffl é à l’ensemble de ses collaborateurs familles les plus défavorisés également. Ce 3 avril, cet Espace devient le 43e musée Travailleuse infatigable, fi ne analyste du Le Ligueur. : D’où vient, selon vous, cette belge qui pratique la gratuité “du premier contexte et économique, elle nouvellesocial demande des parents ? a indimanche”. suffl é à: “Nous l’ensemble ses collaborateurs M-C.B. vivonsdedepuis une trentaine d’années une profonde mutation de la fa-

mille. Nous ne pouvons la comprendre que si nous comprenons les différences entre la famille ‘moderne’que nous quittons et la famille ‘traditionnelle’qui l’avait précédée. La famille traditionnelle était une économie fermée sur elle-même. Pour des raisons de transmission de patrimoine, le mariage était contraint. Il n’y avait pas d’école. Les savoirs et les valeurs se transmettaient par l’exemple. L’enfant grandissait à côté de celui qui savait. La famille moderne est au contraire un univers ouvert. Le travail est à l’extérieur. On se marie par amour et les enfants vont à l’école pour pouvoir un jour quitter leurs parents, travailler et fonder à leur tourilune Pour célébrer cette naissance, metfamille, les pec’est-à-dire devenir autonomes. L’éducation: tits plats dans les grands. Au programme scolaire va, nonlibre plus(ou parvisite l’exemple maisgrade la découverte guidée manière méthodique, leur donner des outils, tuite célébrer à 14h30)cette de la nouvelleil exposition Pour naissance, les pedes savoirs qui vontsoit les yquatorze préparer.met Les parents Miroirs dedans l’intime, artistes de: tits plats les grands. Au programme et l’école ont le même projet pour ” la française qui ontl’enfant. exposé la Communauté découverte libre (ou visite guidée gradans le lieu au cours des dix dernières antuite à 14h30) de ladans nouvelle exposition Le public s’insère le quelques-uns privé nées etde quil’intime, ont sélectionné Miroirs soit quatorze artistes de et vice-versa de leurs clichés les plus signifi ants. la Communauté française qui ont exposé Parmi nombreuses autres activités,anredans leles lieu au cours des dix dernières L.L. : Et la famille d’aujourd’hui ne quart fonclevons qu’à l’heure pile, pendant un nées et qui ont sélectionné quelques-uns tionnerait plus comme ça ? personnalid’heure (entre 14h etplus 17h), des de leurs clichés les signifi ants. M-C.B. : “De moins en moins. La famille tés présenteront leurspour photos personnelles l’énergie nécessaire convaincre les Parmi les nombreuses autres activités, remoderne était un espace privé où indiqui ont marqué leur vie publique :les Michel divers pouvoirs de pile, tutelle de la nécessité levons qu’à l’heure pendant un quart vidus vivaient leur subjectivité. Cet espace Gheude (Le Ligueur), Hermant (RTBF), de construire un outil stable fiable, le d’heure (entre 14h et Paul 17h), des et personnaliétait tourné vers l’espace public, celui du Anne Morelli (ULB) et Riccardo Petrella (son Fonds, tout en l’adaptant aux nouveaux tés présenteront leurs photos personnelles l’énergie nécessaire pouroù convaincre les travail etlivre de vie sociale les individus dernier :laBruxelles - eau, mon amour !). besoins. qui ont marqué leur vie publique : Michel divers pouvoirs de tutelle de la nécessité sont interchangeables pour jouer des rôles Le mouvement familial vient defiable, perdre Gheude (Le Ligueur), Paul Hermant (RTBF), de construire un outil stable et le et occuper des fonctions. Dans l’espace Présentation des 43 musées belges graune militante aul’adaptant grand cœur, Anne Morelli (ULB) etlui-même, Riccardo Petrella (son Fonds, tout en auxcourageuse nouveaux privé, chacun était dans l’estuits, le 1er dimanche : www.consoloiet déterminée. dernier livre : Bruxelles eau, mon amour !). besoins. pace public il était un parmi d’autres. Or, sirs.be Pour tout cela, pour son sourire, son intelLe mouvement familial vient perdre cette distinction entre privé etde public est ligence, son rayonnement, merci Myriam, Présentation des 43 musées belges graune militante au grand cœur, courageuse en train de s’estomper. D’une part, le public ■ Bernard Hennebert mille fois merci. tuits, le dans 1er dimanche : www.consoloiet déterminée. s’insère le privé. Les familles sont de sirs.be Pour tout pour sonpar sourire, son intelmoins en cela, moins régies la coutume et ligence, sonplus rayonnement, Myriam, de plus en par le droitmerci : égalité, droit ■ Bernard mille fois merci. des enfants, etc. D’autre part,Hennebert ce qui était privé envahit l’espace public, il suffit de re-

Ba y-sitti g Ba y-sitti g =Ligue des Ba y-sitti g =Ligue des familles Ba y-sitti g =Ligue des familles =Ligue famillesdes Des parents Des baby-sitters qui cherchent formés et Des Des baby-sitters une parents solution encadrés qui cherchent formés et Des parents pour Des le baby-sitters rassurante job cherchent encadrés formés et unequi solution Une association une solution pour encadrés Des parents Des baby-sitters rassurante le job rassurante pour le de confiance et d’expérience qui cherchent formésjob et Uneune association solution encadrés Une association rassurante et d’expérience pour le job de confiance de confiance et d’expérience

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Parents-école : lephotos grand !malentendu Y’a (beaucoup) autour des valeurs Y’a (beaucoup) photos ! garder la télévision, l’intimité est exposée. Conséquence : l’espace public est sommé de prendre en compte les particularités individuelles. Qu’on soit traité de manière abstraite, comme un parmi d’autres, c’està-dire comme tout le monde, est ressenti comme dictatorial. Les parents demandent donc que l’école s’occupe ‘de leur enfant’. L’école était à la charnière de l’espace privé et de l’espace public. Elle tenait compte des particularités des enfants, mais pour leur faire intégrer les normes de l’espace public et du monde adulte. Aujourd’hui, la singularité de l’enfant prime et l’idée même de norme est inacceptable. Ce qui compte, c’est le bonheur de l’enfant.” L. L : Mais éduquer, ce n’est pas d’abord aimer ! M-C. B : “L’éducation, c’est élever l’autre. Le mouvement compris dans le mot éducation, c’est qu’un enfant est un être inachevé qui doit être élevé pour devenir un homme ou une femme indépendant. Un être autonome, c’est-à-dire un être qui peut se gouverner lui-même. Si nous pensons que, dès sa naissance, un enfant est une personne, alors l’indépendance et l’autonomie ne doivent plus être conquises. L’enfant a toujours besoin d’amour et de protection, mais plus encore d’éducation. La famille est devenue une famille-refuge qui protège l’enfant de l’extérieur au lieu de l’y conduire. Or, la liberté n’est pas donnée à la naissance. Il faut sortir de l’enfance pour devenir adulte.”

La transmission passe surtout par l’exemple. Attention, vos enfants vous regardent !

Pour supporter la différence de l’autre, il faut s’y accoutumer. Aborder la singularité de cet autre reste difficile aussi pour l’adulte.

n Michel Gheude

En savoir + Des livres et des revues • Philéas et Autobule est une revue de philosophie pour les 8 à 12 ans qui sort tous les deux mois. info@phileasetautobule.be • Les goûters philo sont édités chez Milan et s’adressent, selon les sujets, aux enfants entre 7 et 12 ans. • L’agenda de l’apprenti philosophe aux Éditions de la Martinière. Un grand calendrier au rythme des pensées des grands philosophes et poètes, joyeusement illustré par Pascal Lemaître, vieux complice du Ligueur. Des ateliers philo • Martine Nolis, (asbl Philomène), rue Vandenbussche, 15. 1030 Bruxelles. Tél. : 02/216 62 73 - philomene@belgique.com • Aline Mignon. Tél. : 0493/59 45 77 - aline. mignon@laicite.net Rendez-vous dans les Ateliers des parents de la Ligue des familles : Les parents et l’autorité le 27/10 à Molenbeek-ST-Jean, le 7/11 à Mont sur Marchienne et à Marcinelle ; le 8/11 à Jemappes, à la bibliothèque communale de Huy ; à l’école communale de Virginal ; au Centre culturel à Uccle ; au café “La Mutuelle” à Dottignies ; le 13/11 à Court-SaintEtienne • Ados et sexe, on en parle, le 5/11 à Forest • Alcool : comment gérer nos ados, le 8/11 à Marchienne-au-Pont • Ados : comment résister aux marques, le 8/11 à Huy • Autres sujets et infos complémentaires en pages 27- 28 et sur citoyenparent. be

La transmission n’est plus sexy à l’heure où l’on n’a d’yeux que pour la nouveauté.

Les grands-parents ont un rôle important : ils rapportent des histoires qui remontent à plus longtemps.

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Valeurs  

Les "essentiels" du Ligueur : les valeurs

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