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Ulnzalne littéraire

3F

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Numéro 38

Du 1'" .au 15 février 1970

Entretien avec

A. Liehm

sur la

.

Tchécoslovaquie Garaudy Simone de Beauvo· . et la vieillesse


La

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Ulnzalne littéraire

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Numéro 38

Du 1'" .au 15 février 1970

Entretien avec

A. Liehm

sur la

.

Tchécoslovaquie Garaudy Simone de Beauvo· . et la vieillesse


SOMMAIRE

a

LE LIVRE DE LA QUINZAINE

Shnone de Beauvou

La vieillesse

par Anne Fabre-Luce

li

ROMANS ..RANÇAIS

Jean Cayrol

Histoire d'une prairie

par Maurice Chavardès

ROMANS SOVIETIQUES

Ahdéjamil Nourpéissov Iouri Tynianov

La saison des épreuves La mort du Vazir·Moukhtar

par Yolande Caron par Alain Clerval

• •

Propos recueillis par Pierre Bourgeade

ENTRETIEN SECRET

Vicente Aleixandre

par Serge Fauchereau Liehm : l'intellectuel fait exploser les mythes

Propos recueillis par Gilles Lapouge par Claude Bonnefoy

Michel Butor Eugène Ionesco Elsa Triolet

Je n'ai jamais appris à écrire ou les incipit Les mots dans la peinture Découvertes La mise en mots

Louis Aragon

18

EXPOSITIONS

Dado

Un peuple de monstres

par Françoise Choay

t8

POLITIQUB

Roger Garaudy

Le grand tournant du socialisme

par Jean Didier

18 10

TBEATRB

Eugène Ionesco Jean Vauthier Witold Gombrowicz

Jeux de massacre Le sang Opérette

par Shnone Benmussa par Gilles Sandier par Lucien Goldmann

Il

14

CINBMA

La nuit des Morts-vivants

par Roger Dadoun

16

PBUILLBTON

W

par Georges Perec

Publicité littéraire : 22, rue de Grenelle, Paris-7e • Téléphone : 222-94-03.

Crédits photographiques

François Erval, Maurice Nadeau.

Conseiller : Joseph Breithach.

La Quinzaine u.-..u.

Comité de rédaction : Georges Balandier, Bernard Cazes, Françoise Choay, François Châtelet, Dominique Fernandez. Marc Ferro, Gilles Lapouge, Gilbert Walusinski. Secrétariat de la rédaction : Anne Sarraute. Courrier littéraire : Adelaide Blasquez. Rédaction, administration : '3, rue duTemple, Paris-4e. Téléphone: 887-48-58.

2

Publicité générale : au journal. Prix du n' au Canada: 75 cent... Abonnements : Un an : 58 F, vingt-trois numéros. Six mois : 34 F, douze numéros. Etudiants: réduction de 20 %. Etranger : Un an : 70 F. Six mois : 40 F. Pour tout changement d'adresse envoyer 3 timbres à 0,30 F. Règlement par mandat, chèque bancaire, chèque postal : C.C.P. Paris 15.551.53. Directeur de la publication François Emanuel. Imprimerie: Graphiques Cambo.

Printed in France

David Levine (c) Opera Mundi et New York Review p. 5 Vasco p. 7 Roger-Viollet p. 11 Gallimard Gallimard Gallimard p. 14 Skira p. 15 Skira p. 16 Robert David p. 18 Magnum p. 19 . D.R. p. 20 Gérard Amsellem p. 21 Bernand p. 22 Bernand p. 25 D.R. p.

3


LE LIVRE DB

Les bouches inutiles LA QUINZAINE

1

Simone de Beauvoir La 1'ieillesse Gallimard éd. 604 p.

Assumer Je totalité de la condition humaine, c'est refuser une vision abstraite des moments qui la constituent. Plus encore que le monde de l'enfance et celui de l'adolescence ~ que l'univers des adultes laisse se refermer sur eux-mêmes et sur • l'avenir qu'ils ont devant eux • nous nous masquons notre propre devenir qui comprend une période Insoupçonnable pour nous, la période crépus· culaire qui s'achève par. les sanglantes mathématiques de la mort •. L'essai de Simone de Beauvoir répond donc tout d'abord à une exigence de lucidité concernant la condl· tlon humaine comme totalité existentielle vécue jusqu'à son dénouement.

A cette lucidité s'ajoutent la générosité d'une cause à plaider et la gravité d'un propos qui s'attache à l'étude de l'étape la plus déshéritée et la plus négative de la présence humaine dans le monde. Comment assumer la vieillesse et se penser cet « autre » à venir dont les caractéristiques ne sont que des manques par rapport à notre réalité présente ? Qu 'y a·t.il d'inéluctable dans la vieillesse et dans quelle me8ure la société en est.elle responsable? Telles sont le8 questions auxquelles Simone de Beauvoir tente d'apporter une réponse, réponse qui est elle·même une accusation contre une société coupable d'omission et de cruauté quand il s'agit de ces « bouches inutiles» dont elle paraît seulement attendre qu'elles cessent de ternir le miroir de leur souffle. Le déclin de la vie apparaît comme une expérience existentielle totale, dont on peut considérer les diverses composantes du point de vue social et du point de vue du mode nouveau d'être·dansle·monde que constitue la vieillesse. Cette manière d'exister implique une analyse des rapports spécifiques que le vieillard entretient avec son propre corp8, avec autrui, ainsi que celle de ses modes

d'insertion par rapport à l'Hilitoire et à ses activités personnelles. Pas plus qu'on ne saurait l'isoler de l'ensemble du processus vital, la vieillesse ne ~ut être détachée du système de valeurs dans lequel l'individu évolue. Le sens de la vieillesse, « c'est le seM que les hommes accordent à leur em· tence, c'est leur système global de valeurs » qui le définit. Du point de vue ethnologique, on constate que les sociétés s'accor. dent pour exalter la vigueur et la santé ; elles redoutent le spectacle de l' « usure de la nature » et manifestent des attitudes ambiva· lentes devant la vieillesse : les individus âgés sont soit éliminés pour des raisons purement écono. miques, soit parés de prestige et de pouvoirs magiques. Il apparaît toutefois que le développement progressif des sociétés correspond à une indifférence croissante à leur égard.

Du point de vue historique, l'image brouillée et contradictoire que nous avons de la vieillesse correspond à l'histoire des classes sociales. Cette histoire n'est d'ailleurs pas distincte de celle des adultes. Elle en est plutôt le négatif, car le vieillard « n'est ni une monnaie d'échange, ni un producteur, il n'elt qu'uru! charge ». Si ct'rtaines sociétés ont accordé à la vieillesse une place privilégiée dans leur système de classes - le culte des hommes âgés en tant que saints en Chine. les assemblées religieuses comme le Sanhédrin hébreu, ou politique comme la « Gérousia J) ou « l'Aréopage » grecs - les aspects ridicules et haÏsssables de la vieillesse n'en ont toujours pas moins fait l'objet de comédies ou de satires : à côté du mythe de l'âge «serein », il y a les vieux héliastes belliqueux et lubriques; et parallèlement aux « artes moriendi JI de la fin du Moyen Age surgissent les grotesques et séniles amoureux de Boccace, précédés de l'odieuse « Célestina» de Rojas. Ce n'est qu'au xx· siècle que la vieillesse paraît moins ridiculisée et moins isolée. On la peint de manière plus réaliste (dans la Terre de Zola, ou dans un Cœur Simple de F1aubert). Mais au xx· siècle l'éclatement de la cellule familiale en tant que telle renvoie le vieillard à un nouvel exil. D ans le

La Quinzaine littéraire, du 1" au 15 février 1910

Simone de Beauvoir.

monde contemporain, seul l'individu privilégié peut prétendre à finir dignement. Quant il ne l'est pas, il est simplement un mort en 8ursis en butte aux manœuvres des générations « actives» pour l'exploiter dans son exil. Mis au rebut trop tôt par une retraite qui ne tient pas compte de 8a longévité, il végète, abandonné des 8iens et livré à une société qui lui donne juste assel: pour se maintenir à la lisière de la mort, c'e8t·à·dire « trop pour rnonrir pt pa.. asse~ pour vivrf! »... Il souffre donc à la {ois de la solitude, de l'indigence prolongée et d'une santé qui se détériore un peu plu8 chaque jour. Condamné parfois à finir comme grabataire dans les «mouroirs,. pitoyables que sont les h08pices, il doit affronter tout seul l'indi-

gnité de sa condition et l'angoisse de la mort. Le vieillard, homme ou femme, est un être dépossédé de son sens dan8 la société. Il est peu à peu privé de ses raisons de vivre quand il entre, avec la sénescence, dans un monde crépusculaire où il se sent étranger par rapport à ce qu'il croit encore être. Ceux que Sartre appelle les « irréalisables » vivent une crise d'identification tragique au cour8 de laquelle les signes ambigus ou manife8te8 de leur déchéance physique ne sont sai8is comme tels que par le regard des autres. Pour l'individu, en effet, l'âge n'existe pas; la conseÏence du « naufrage» nous vient d'autrui. (Edgar Morin 8OUligne hien aussi: « la mort, c'est


INFORMATIONS

~

9baone de . . . .voir

les autreS)1 dans l' Homme et la Mort). L'homme refuse de vieillir et, contrairement à ce que l'on croit, ses instincts l'engagent aussi dans ce refus. Pour le vieillard, le monde demenre érotique, mais ses désirs deviennent des inassouvissements répétés. Faute d'objet (son désir étant nié par la société), il se réfugie dans le fantasme. La « libération» des instincts qu'on se plaît à voir dans la vieillesse est un poncif commode dont usent les « actifs Il contre des êtres devenus inutilisables pour eux. Par rapport au temps, la vieillesse est absence de projet. Tout se situe derrière elle, tel un en-soi immuable. Etre vieux, c'est aussi être en perpétuel décalage par rapport au présent et par rapport à cette absence de devenir. C'est pourquoi les vieillards ont recours aux souvenirs pour récupérer une sorte d'identité ; on les voit devenir les proies consentantes d'images qui leur procurent l'illusion d'un pour-soi, c'est-à-dire' d'un avenir passé dont ils ne peuvent plus jouir. Mais ce faux avenir souUre d'une pauvreté essentielle due à la perte de la mémoire qui fait s'écrouler l'édifice des images ressuscitée8. Pourtant, « c'e8t le passé qui nous tient » puisque « le futur ne le lai8se pa8 rejoindre et qu'il gli8se aU88i au pa8sé » en nOU8 « Houant » dan8 notre dé8ir d'absolu et de plénitude d'être. (1) La vieillesse implique aussi un changement qualitatif de l'avenir pour l'individu. Celui-ci se trouve pris entre un avenir limité et un passé figé, il ne peut rien changer à cet état de choses qui parait le ra pprocher sans cesse de la pure contingence. Il se trouve dépassé par le savoir des autres tandis que le sien fait obstacle à son évolution intellectuelle. Le poids figé de l'acquis l'empêche de prévoir un avenir d'où il sera d'ailleurs absent. Seuls, les grands créateurs, ceux dont l'art est indéfiniment ouvert (comme la peinture et la musique) peuvent réaliser dans la vieillesse le couronnement de leur œuvre. Quant à l'écrivain, qui choisit l'imaginaire afin de communiquer une expérience personnelle sur le mode de l'universel, il voit l'inutilité de « l'invention». La crainte de se répéter, et l'approfondissement du silence intérieur qui s'installe en lui, suppriment l'espace romanesque qui était associé à une tension, à un 4

appel et à une disponibilité qu'il ne possède plus. Le vieillard aUronte donc une double finitude, celle de sa durée propre et celle de son histoire singulière. Dans ses rapports avec l'Histoire, l'homme âgé perd ses illusions mais aU8si ses enthousiasmes ; il tend à juger les situations présentes d'après de8 expériencell dont les leçon8 sont parfois périmées. Il hésite à se contester luimême, c'est-à-dire à « changer pour rester le même ». Il semble qu'il vive l'Histoire du monde à l'intérieur de sa propre histoire et que le poid8 de celle-ci l'entraine irré8istiblement vers un conservatisme politique. La vie quotidienne du vieillard est un alanguissement progrellif de8 appétit8 vitaux. Le8 ré80nances 8'émou8sent, l'inertie du corps et de l'e8prit contribuent à lui donner une vi8ion « creuse », celle de la mort de8 chose8 dan8 un monde usé par son regard. Quand il n'est pa8 la proie d'ambitions ab8traites qui redonnent à 8a vie un semblant de but, le vieillard 80mbre dans les habitudes et la routine sécun8ante qui lui procurent l'illu8ion de la totalité d'un monde à jamai évanoui. Il entretient avec les objet8 de8 rapports magique8 ; ils lui tiennent lieu d'identité, mais 8'i1S sont un refuge contre l'angoisse, il en 80nt aus8i la 80urce con8tante car « le8 autre8 Il menacent son univers et le8 chose8 qu'il y enferme. Il se sent exclu du monde des adulte8 et se venge d'eux en refusant de jouer le jeu; il se ferme aux sentiments, aux projets et intériorise son draUle. Parfois, se rendant compte à quel point il est .désormais libre par rapport au monde, il adopte des conduites « délinquantes». Il est celui qui n'a plus rien à perdre... Pour Simone de Beauvoir, la vieillesse est la plupart du temps un échec. Seules des circonstances matérielles et physiques particulièrement fastes peuvent en faire une réussite. En général, le fait de découvrir que la vie ne va nulle part et que l'existence n'est au fond qu'une « passion inutile» plonge l'être dans la tristesse. Pourtant, la vision lucide de cette dépossession devrait permettre l'authenticité souveraine de celui qui se trouve ainsi coupé de ses projets dans le monde. La maîtrise que donne l'expérience, la liberté

Fischer Verlag, à Francfort, publie la correspondance échangée durant leur vie par les deux frères Mann : Thomas, devenu le plus célèbre, et Hein· rlch, également romancier, mais sur· tout connu hors d'Allemagne par le film (l'Ange bleu) que tira Pabst de Der Unterlan, avec Marlène Dietrich. Il exista une rivalité et même une jalousie entre les deux frères dès le début de leur carrière, Thomas se mon· trant le plus agressif. La Grande Guerre les vit se placer dans des camps antagonistes, Heinrich s'attaquant au militarisme allemand - qu'il avait dé· noncé dans ses romans - et condam· nant la violation de la neutralité bel· ge, Thomas se plaçant sans réserve aux côtés de son pays en guerre. Plus fondamentalement, ils n'avaient pas la même conception de la littérature : Heinrich la voyait surtout comme une critique de l'ordre social, Thomas lui donnait une portée métaphysique. « La littérature, écrit·iI à son frère, est une voie vers la mort. Par cette voie, il est possible d'atteindre le pôle opposé : la vie". Après le riche mariage de Thomas, Heinrich se demande si cette • mort qui mène à la vie" ne passe· rait pas, pour son frère, par «le succès littéraire comme moyen de réussite sociale". Thomas Mann, en effet, a connu avec les Budclenbrooks un succès qui s'affirme avec Tonlo Kr6ger. Durant la Seconde Guerre Mondiale, Thomas trouvera une nou· velle audience aux Etats·Unis, alors

qu'Heinrich vivra dans la solitude et le souvenir amer de ses jeunes années. Pourtant, quand il apprend que Thomas doit subir une dangereuse intervention chirurgicale, il lui télégraphie son «attachement absolu. et l'Impossibilité de continuer à vivre sans lui.

8éditioll Bruno Roy, éditeur à l'enseigne de Fata Morgana (15, rue Daru, Montpellier) annonce la publication de cahiers périodiques intitulés «Sédition. et consacrés à des thèmes comme • la mort, l'utopie, le sacr', le riv., l'amour... -. Ils contribueraient à construire un ordre insurgé en un temps où sont récupérés « Breton et le sur· réalisme, Bataille et Acéphale, Gilbert Lecomte et le Grand Jeu", et que, «face à cette décomposition, toute& les fuites paraissent de mise". 125' personne nommément désignées, et qui vont de Pierre Alechinsky à Kateb Yacine, sont sommées de répondre à cet appel.

Gide ell di......_e Les Disques Lucien Adès (141. rue Lafayette, Parls·X') éditent en deux disques l'essentiel des Entretiens, d'André Gide avec Jean Amrouche, réalisés en 1949 pour la Radiodiffusion française.

. qu'il peut manife8ter par rapport à autrui et par rapport à soi-même sont des aspects positif8 de 8a condition ; mai8 ils 80nt malheureusement étouUé8 le plus souvent par le désenchantement et l'amertume irrémédiables que 8uscitent la déchéance physique, la révolte contre la finitude, et le décalage de l'être vis-à-vis de lui-même et du monde dans lequel il survit, Pour l'auteur, la vieillesse est inséparable du concept de classe des diverses sociétés et le scandale de l'indigence semble avoir été relativement pallié par des mesures étatiques dans les pays socialistes. Ce que ce livre apporte, c'est un point de vue nouveau sur la continuité et la discontinuité de l'être dans le monde : envisagée comme une phase existentielle particulière dans la totalité de la présence au monde, la vieille8se se présente comme une problématique globale de l'individu et non comme le 8impIe déclin de l'âge adulte. La 8pécifité de ses problèmes se devait d'être mise à jour et faire l'objet d'une étude 8ystématique aux

plans psychologique, physiologique, social et existentiel. C'est cela que Simone de Beauvoir a fait avec la plu8 grande objectivité po88ible dan8 cet e8sai qu'on lira comme un roman, A de très rare8 exceptions, ce travail est libre de toute allu8ion per80nnelle; les documents remplacent ici la biographie. Pourtant chacun saura reconnaître derrière l'objectivité (2) du discours la singularité d'une expérience et l'universalité d'un destin qui nous concerne tous au même titre. C'est peut-être par cet oubli de soi dan8 l'écriture, par son engagement dans le destin d'autrui, et cette manière unique qu'elle a de rester contemporaine d'ellemême, que Simone de Beauvoir réalise la forme la plus haute de la fidélité à soi. Anne Fabre.Luce 1. L'œuvre de Beckeu est la représentation ficlive de ce théâtre crépusculaire de l'homme. 2. Le cas de Lamarline « payanl ») d'une mauvaise vieillesse son auitude de réactionnaire en politique est toutefois très contestable.


ROMANS

L'im.posture FRANÇAIS

1

Jean Cayrol Histoire d'une prairie Le Seuil éd., 176 p.

On écrit toujours le même livre. Que peut en effet propager une écriture, sinon les rapports de l'écrivain avec le monde, et son angoisse, ses interrogations. son espoir? Depuis vingt-cinq ans, Jean Cayrol est ce poète, ce romancier traqué qui tente d'échapper à l'obsession du mal en apprivoisant ses souvenirs (ceux notamment de l'univers lazaréen de Mauthausen, où il fut déporté en 1942) et ses phobies (la menace eschatologique que font planer sur nos têtes science et technique). Entre le génocide nazi et le pantoclasme atomique. l'homme n'a qu'une marge de plus en plus réduite de sécurité, une parcellerefuge. une. prairie. au sens cayrolien.

Dans le texte introductif à son roman, Jean Cayrol écrit: « Une prairie, c'est un lieu commun idéal, le lieu de départ et de desti. nation ; le haut lieu et le lieu de naissance; bref, le lieu dit. Espace vivant et libre, vide et occupé, que ,la nature emploie à faire fructifier ,ou à détruire, que les hommes -conservent pour leurs exploits -comme pour leurs défaites, qui se consume de ses propres feux. » La prairie - cette prairie-là apparaît au premier plan comme la patrie convoitée, violée, défendue dans la rage, abandonnée dans la révolte ou la lassitude. Au second plan, elle est le monde, champ d'expérience et matrice de l'humanité. Allant d'un plan à l'autre, le romancier passe égale. ment d'une époque à l'autre: on se trouve ainsi tour à tour dans l'anticipation (après UDe guerre apocalyptique datée de 1999), dans un présent aux contours fluides mais aux allusions précises (Auschwitz, le Vietnam, le Biafra), dans un passé de préhistoire ou de guerres, de conquêtes, de déprédations et de dynasties européennes (François 1"", Henri VIII). La séquence d'ouverture met en scène un garçon nommé Joé et Irish Closet, fille de globe-trotter,

bavarde et fofolle, installés l'un et l'autre sous des arbres dont les ramures sont en matière plastique, dont la cime est un radar et dont les nœuds, sur les troncs, servent d'écouteurs. Par terre, une ver· dure dérisoire, achetée au mètre, en crylon, « a~émentée de hautparleurs nasillant à longueur de soirée des lettres d'amour pour militaires en danger.» Ainsi, la prairie de l'ère post-atomique et spatiale : un univers désolé, stérile, sur un qui.vive perpétuel, à mentalité concentrationnaire.

UDe ohute

.peotaoulaire Vient ensuite, en flash-back, une chute spectaculaire : celle de Joé - second Icare si on entend la chute au sens propre; Adam déchu si on l'entend au figuré suivie du mariage du héros (atmos. phère paysanne, saine ébriété, nourriture et épousée plantureuses), soudain interromnu par le crépitement des mitrailleuses : la guerre, que les buveurs viennent de stigmatiser, ravage maison et cultures. Joé, séparé de sa femme, survit, dans un monde d'apparence préhistorique. Il est pourvu d'une nouvelle compagne : Léna, mais ne doit son salut qu'à l'oubli et à l'anonymat. L'Histoire s'installant « dans l'apocrYDhe, mal fondée, anormale, et réduisant ses djstances, ses différences», Joé est en quelque sorte annulé. Personnage tvpiquement cayrolien, il revi.ent de loin, avec des gestes flottants de ressuscité, et ces yeux égarés de qui a vu l'envers de la vie. Nouveaux avatars. D'un cheval de bois aux flancs creux jaillit une armée de soudards qui veulent enlever Léna. Contrefaçon mytho. logique.. Des Peaux-Rouges lancent des flèches sifflantes... Des fumeurs de haschisch s'installent au beau milieu de la prairie... Imagerie enfantine et journalistique : c'est presque la bande dessinée, dérision de la création littéraire. Le cheval de Troie, la « belle Hélène» (Léna), les Indiens d'Amérique? De l'héroïsme par procuration, pour Joé; une féerie qui se déroule sous ses yeux, dont rien n'est crédible sinon le symbole : l'éternel comhat de l'Ange contre la Bête.

La Quinzaine littéraire, du 1" au 15 février 1970

Jean Cayrol, par Vasco.

.Dans une scène presque insoutenable, Jésus s'avance au-dessus des graminées, tenant entre ses bras son père, corps osseux, recroquevillé sur lui-même. « Il l'avait ramené du camp de Mauthausen où, reconnu comme Juif, il avait été supplicié. Une pancarte pendait à son cou, où était calligraphié en lettres gothiques: Joseph, Juif suicidé.» Pour nourrir la foule titubante de tous les affamés, de tous les estropiés, de tous les torturés de l'Histoire, Jésus multiplie des pains et des poissons, lesquels, pêchés sans doute dans la mer nippone, ou à Palomares, et contaminés par radioactivité, provoquent des morts atroces... De témoin, JOO se fait alors dé· nonciateur. Il déplore, accuse, ridiculise par un travestissement d'une noire ironie. Sur des pancartes fichées en terre, il proclame : Qui trop embrase mal éteint, ou : Si tu veux la paix, prépare en salmis la colombe. Après le passage de Jésus, il parodie le Sermo... sur la montagne : Bienheureux, les réacteurs de type américain à uranium enrichi! Bienheureux, les testicules en fibres acryliques ! Malheur aux ordinateurs qui ont des trous de mémoire! Saint Bell Téléphone, priez pour nous ! Jamais vision plus pessimiste ne nous avait été donnée par J e.an Cayrol. Cette Histoire d'une prairie nous apprend que Dieu est mort, que la terre est un univers de dér~liction totale, sans rédemp-

tion poseible. Du paradis originel. il ne reste que « certains mo· ments», par exemple qua n d l'homme « jette sur le sable fin la femme qu'il aime, ou sur un talus. ou dans le liséré d'un champ, la laisse macérer .~ous ses baisers et l'ouvre à son soleil ... » L'éternité est une « paille terrestre qui pourrit vite», et l'homme lui·même n'est qu'une « chimère» ou du « foin », ne s'organisant que pour détruire ,« toute terre qui n'a pas trahi son idéal, libre d'interpréter elle· même ses balbutiements et la· naissance de ses semailles. » De la prairie qui nous fut donnée en partage, nous avons fait un charnier. Comme Joé, nous pouvons abandonner la partie, brader le domaine en écrivant à l'entrée : cc Terrain à vendre. Libre de suite. » Et filer vers la lune. De toutes les « solutions finales», encore la moins mauvaise. A un autre niveau de lecture, la prairie sans cesse détruite et renaissante peut figurer le texte romanesque qui, se corrompant au fur et à mesure qu'il se crée, compose et décompose une « dissertation dont l'exposé est déraisonnable, les arguments périmés, la conclu.sion, une redite. » Si les « mots sont aussi des demeures » - comme l'affirmait le titre d'un recueil de poèmes publié en 1952 par Jean Cayrol ils peuvent devenir une prison. L'écrivain, refusant de s'y enfermer, les mine. Tous les moyens lui sont bons. Nous l'avons vu user de la parodie et de )a contrefacon. Le stéréotype, )e cliché, dévoyés de leur sens, lui servent de dynamite. Sans oublier la confrontation explosive de mots voisins et différents (<< faire sienne la moindre plante, la moindre plainte»). Rien de tel que ce style en porte-à·faux pour dénoncer au plan même de l'écriture l'imposture d'un monde clos, dont l'ordonnance est aussi figée qu'une syntaxe, aussi aveugle qu'un dictionnaire. Dernier état du livre unique et nécessaire que Jean Cayrol n'arrête pas d'écrire, Histoire d'une prairie confirme qu'il est l'un des très rares écrivains d'aujourd'hui à nous faire sentir, avec les mots de tous les jours, l'indicible.

Maurice Chavardès 5


BOIIANS

Une trilogie

kazakh Abdéjamil Nourpéissov

La saison des épreuves Adapté du kazakh par Iouri Kazakov trad. par Lily Denis Gallimard éd., 312 p.

Depuis plusieurs années déjà, les productions cuturelles en provenance d'U.R.S.S. s'efforcent de présenter un panorama plus complet de l'Union toute entière même si les livres originaires de Russie forment encore la majorité. Citons, entre autres, dans le domaine cinématographique, le fiJm turkhmène, l'Epreuve ou l'intéressante Chute des feuilles d'origine géorgienne. Toutes ces œuvres témoignent d'une couleur originale, mariant à la fois les exigences pro-soviétiques et l'expression d'un art neuf bien que profondément enraciné. Ce sont là d'ailleurs les caractéristiques premières de la trilogie du romancier kazakh Abdéjamil Nourpéissov dont nous connaissons maintenant deux volumes : le Crépuscule et aujourd'hui la Saison des épreuves. Pour fixer les esprits, rappelons que la république kazakh est située au sud-ouest de l'U.R.S.S. et qu'elle est aussi inconnue du Moscovite moyen que du Parisien. Si bien que l'exotisme

qui n'est pas l'un des moindres attraits de ces romans joue autant pour nous que pour le lecteur soviétique. Du reste, Lily Denis dont on sait les qualités de traductrice, les a adaptés du russe après que le romancier Iouri Kazakov les ait lui-même transcrits du Kazakh. Ces romans sont d'abord la chronique d'un groupe de nomades gardiens de troupeaux. Nous sommes, quand s'ouvre le roman, en 1914 : à force d'être maltraités par les notables kazakhs, ils ont renoncé à parcourir la steppe qui li: Heure l'absinthe amère» pour devenir pêcheurs sur les bords de la mer d'Aral. Les rivalités des clans, l'exploitation des hommes par les propriétaires de la pêcherie, la domination brutale des baïs (Kazakhs riches), tels sont les éléments de cette fresque amère, de ce tableau aux couleurs sombres de la réalité kazakh juste avant la Révolution. Si Nourpéissov insiste sur la condition féminine, c'est peut-être parce que celle-ci est le sibrne le plus net de la réalité sociale du pays : la polygamie étant de règle dans ce monde clos sur lui-même, ni l'épouse mal-aimée ou délaissée, ni les enfants n'ont le moindre recours. Tous ces héros sont-ils irrémédiablement condamnés à être et

A L'ETRANGER Hemingway

a laissé dans ses papiers posthumes un roman de sciencefiction. Sa veuve vient d'annoncer que ce livre paraîtra bientôt. En même temps, elle a déclaré que la correspondance d'Hemingway, fort importante, ne pourra être publiée avant de nombreuses années. Albert Speer

ministre de la production allemand pendant les dernières années de la guerre, qui avait été condamné à vingt ans de prison au procès de Nuremberg, vient de publier ses mémoires qui jettent une lumière nouvelle sur ces années terribles. En Allemagne, son livre a déjà vendu 150.000 exemplaires et aux Etats-Unis, les deux plus grands clubs de livres, le Book of the month club et la Literary Guild ont choisi - fait sans précédent ses mémoires comme leur livre du mois, ce qui lui assure un succès immense. Ce volume sera publié en France par Stock. Les maîtres d'aujourd'hui

est une nouvelle collection qui paraît en Angleterre et elle sera consacrée aux penseurs les plus Influents de notre époque. Les cinq premiers volumes traitent de Camus, Lévi-Strauss, Marcuse, Guevara et Fanon. Les cinq prochains seront consacrés à Chomsky, Freud, Lukacs, MacLuhan et Wittgenstein. Cette série sera publiée en France par Robert Laffont. Harcourt, Brsce,

. 6

un des plus Importants éditeurs américains, vient d'acquérir deux maisons d'éditions scientifiques en Europe. Il s'agit d'un éditeur allemand et d'un éditeur sul,se.

n'être que des victimes impuissantes et écrasées? Le prochain volume nous donnera la réponse et on peut deviner que la Révolution soviétique apportera des améliorations conséquentes. L'important n'est pas là. L'important est dans cette sève qui circule tout au long de cette chronique, dans cet élan qui la traverse, dans la puissance qui la soulève. Je ne prendrai comme exemple que le personnage d'Elamàn : c'est un simple pêcheur, poussé par les événements plutôt que les provoquant, « ballon aux mains d'Allah». Pourtant Nourpéissov en fait le contraire d'une caricature : le héros garde tOUe jours sa dignité d'homme et son porirait est haussé au niveau de l'archétype. On pense au portrait du juste dans la Maison 'de Matriona d'Alexandre Soljenitsyne. Son histoire tourne à l'épopée lorsque Elamàn, sous l'effet de la colère, commet un meurtre et est envoyé en Sibérie. L'admirable est dans le mélange réalisé par Nourpéissov de lyrisme et de didactisme moral. En Sibérie, il découvre un autre monde qui s'éveille à la politique. Il comprend que son aoul n'est pas le seul à souHrir et que l'injustice règne partout. Privé de femme comme de travail, il prend conscience de s.a condition et, à son retour, « il avait compris que son

peuple ne pouvait pas continuer à vivre sans faire sa propre révolution. Et la Révolution, ça s'apprenait chez les Russes ». Ce qui, du reste, à l'époque était vrai. Qu'en notre xx· siècle, à l'heure de Joyce et de Faulkner, à l'heure de la destruction des formes, une telle littérature qui se fonde uniquement sur le lyrisme interne, sur les racines reliant un écrivain et une terre ingrate, qu'une telle littérature puisse nous émouvoir par sa simplicité même n'est pas le moins paradoxal de ce beau roman. Près de Nourpéissov, nos écrivains dits « de nature J) semblent sophistiqués. Il s'agit vraisemblablement d'une sorte de logique des littératures dont le mé· canisme n'a encore jamais été étudié. En d'autres termes, pour l'ouvrage qui nous occupe, peutêtre peut-on conclure schématiquement que toute littérature nationale, doit fatalement, à ses débuts, produire ses Géorgiques...

y olancle Caron

Iouri Tynianov

.La mort du Vazir-Moukhtar

1

Trad. du russe par Lily Denis Gallim.ard éd., 544 p.

Auteur, avec Roman Jakobson, d'nne théorie de la littérature rassemblant les thèses des li: formalistes» russes, Tynianov est l'un des précurseurs à considérer la littérature comme un phénomène spécifique, relevant d'une science autonome. On peut lire les œuvres de fiction de Tynianov sans rien connaître des idées développées dans les écrits théoriques, comme Archaïques et Novateurs, Dostoïevsky et Gogol. Cependant, certains textes reproduits dans « Change» permettent d'apercevoir le sens que Tynianov donne à l'ironie. Il définit la parodie comme la dérision d'un genre littéraire par son anti. phrase, permettant de faire saisir le passage d'un mode d'expression au suivant, la naissance d'une forme nouvelle par destruction d'une forme ancienne. En outre, il soutient que c'est l'état du langage qui fait la société, la structure féodale de l'Empire russe et les vicissitudes de l'Histoire s'inscrivant, à leur tour, dans les avatars du discours. Dans le Lieutenant Kijé, la transcription d'un copiste maladroit donnait naissance à un offi. cier que l'arbitraire d'une décision condamnait à la Sibérie. C'est au niveau de la parole écrite et parlée que se trouvait le lieu d'une déportation abusive.

UDe vaste fresque La Mort du Vazir-Moukhtar est une vaste fresque historique située, comme le Disgracié, sous le règne de Nicolas 1er , à l'apogée du romantisme russe. Pouchkine est alors dans toute sa gloire. Le pero sonnage principal est un poète et diplomate, Alexandre Griboiedov, ballotté d'Occident en Orient pendant l'ultime année de son existence. Il est l'auteur d'une comédie célèbre, le Malheur d'avoir trop d'esprit, qui ne sera jamais représentée de son vivant. Au printemps 1828, il arrive à Saint-Pétersbourg, de Perse où il conduit les pourparlers qui aboutiront à la paix de Tourkmantchaï, cependant qu'une autre guerre se


Portrait de l'a en diplomate prépare contre les Turcs. Les am· bitions russes sur la Transcaucasie ont été en partie attisées par l'Angleterre qui joue des rivalités entre princes persans prétendants au trône, pour pouvoir, à sa guise, consolider son établissement dans les Indes. Griboiedov espère que le soutien de l'influent Paskevitch, comman· dant en chef de l'armée du Cau. .case et favori de Nicolas 1er , lui permettra de convertir le Tsar à son ambitieux projet : créer une eompagnie orientale, sous la forme .d'une sociétés de capitaux, chargée de la mise en valeur de la Géorgie. en serait le directeur. Mais il a .compté sans la méfiance hostile du ténébreux Nesselrode, cet Allemand contrefait dont Nicolas l'" a fait le chef de sa diplomatie. Griboiedov est compromettant à cause de ses sympathies pour les Décabristes, ses idées libérales, sa causticité frondeuse. En effet, trois ans plus tôt, le 14 décembre 1825, place du Sénat, éclatait la révolte de régiments mutinés qui sera affreusement réprimée. Tous ceux qui ont participé à l'insurrection seront condamnés à la forteresse ou à la maison des morts.

n

Pourtant, dès son arnvee à Saint-Pétersbourg, Griboiedov, grisé par le succès, recherché par les salons et les jolies femmes, Illonge dans le tourbillon de la vie mondaine. Et nous goûtons un vif plaisir, comme dans Guerre et Paix, au spectacle d'une société brillante. Mais s'il le couvre d'honneurs, le pouvoir n'a rien de

Grand prix de poésie de Provence Sous le haut patronage de M. André Chamson, de l'Académie française, l'Académie poétique de Provence va décerner ses Grands Prix, cet été au château de Lourmarin, villa Médicis de la Provence : Prix de 500 F pour le Manuscrit d'un jeune poète; de 250 F pour un Essai; de 125 F chacun pour des Recueils de vers classiques et non traditionnels. Règlement à demander d'urgence au président J. Mompeut, 04 - MoustiersSte-Marie. Joindre enveloppe timbrée. Le VII' • Jeu des Troubadours. aura lieu seulement en 1971. (Communiqué)

Le héros du roman de Tynianov : l'écrivain-diplomate Griboïedov, auteur de ~ Malheur d'avoir trop d'esprit

ll.

plus pressé que d'éloigner Griboiedov. Conseiller dil Collège, c'està-dire attaché d'ambassade, il est élevé au rang de Conseiller d'Etat, prié de rejoindre rapidement son nouveau poste, auprès d'AbbasMirz.a en Perse, afin de veiller à l'exécution du Traité qui prévoit la levée des kourours (monnaie persane) dont la Russie a le plus grand besoin pour mener sa campagne contre la Turquie. et la restitution des émigrés politiques et des déserteurs. Rendu à sa solitude, Griboiedov, figure de l'artiste grandi par l'échec, rejoint à petites étapes les routes du Sud. Tiflis, Tebriz, Téhéran, Homme en exil, méconnu, n'ayant pour foyer que la poussière de ses bottes, faisant sa société des hommes et des femmes de rencontre, il approfondi l'énigme de l'artiste face à son destin. En méditant sur le sens de la vie, l'amour, la mort, le bonheur et le déchirement d'être. Son accent fait l'originalité de cette œuvre, sa force et sa grandeur. La désillusion se nourrit d'ironie, le tragique affleure sous le voile de l'enjouement et du détachement. La tentation de l'Orient est le mirage d'un poète qui méprise les contingences

La Quinzaine littéraire, du 1- au 15 lévrier 1970

quand elles ne sont pas à la mesure de son imagination. Nesselrode et Nicolas 1er , qui ignorent le délabrement économi. que, les querelles intestines où se défait l'empire des Kadjars, somment le Vazir-Moukhtar de rejoin. dre Téhéran, d'obtenir du Shah l'assistance financière dont Paskevich a besoin. Mais l'Angleterre a fait tenir en sous-main au Shah d'Iran la promesse d'une alliance turque, s'il refuse de céder aux exigences russes. Et c'est ainsi que Griboiedov pris dans les rets d'une politique sur laquelle il n'a aucune prise s'achemine vers son destin. Des intrigues de sérail à la cour du Shah provoqueront l'émeute où il périt. Le traité de Tourkmantchaï, au respect duquel il a veillé avec un point d'honneur absurde et désespéré, est donc la parole qui a dé· cidé du cours des choses. Lui, le poète libéral dont l'œuvre ridiculise l'obscurantisme des Romanov, est la victime des caprices de la tyrannie. D'où la désillusion qui marque les derniers jours de Griboiedov. Tynianov a orgamse son roman épique en séquences rapides, saisies au vol, qui expriment admirable-

ment l'effervescence qui court sur la terre au-delà du sens profond qui informe les manifestations de la vie. Le défilé des hommes et des choses vues procurent un enchantement qui ne se dissipe jamais, et par les yeux d'un infatigable poète, se déploient l'accélération, le bouillonnement somptueux de l'Orient. Le pouvoir visionnaire de Tynia. nov est servi par une érudition pr~digieuse. La connaissance des desseins de la politique russe, des détours anecdotiques de l'Histoire, le tableau raffiné de l'Empire des Kadjars donnent à cette évocation une précision envoûtante. Mais jamais Tynianov ne s'est proposé de restituer l'histoire dans sa véri· té. Car selon lui, dans le tissu serré des faits, accède à la dignité d'événement ce qui a été nommé dans la poussière de signes innom· brables.

Alain Clerval 1. Avant la Mort du Vazir-Moukhtar, on avait pu lire, en français, de Tynianov : le Disgracié, roman et le Lieutenant Kijé, nouvelles, dans la même collection, aux mêmes éditions. La Mort du Vazir-Moukhtar a récemment obtenu le prix Halpérine-Kaminsky pour la belle traduction de Lily Denis.

7


uiest-ce? Pierre Bourgeade a rencontré un certain nombre d'écrivains à qui il a posé des questions inusitées. Elles ne se rapportent ni à leur vie ni à leur œuvre, mais à ce, qu'Ils ont en eux de caché, de secret, d'imaginaire, ce qu'en somme, ils ont fait passer dans leurs ouvrages, sans toujours en être conscients, et qu'ils n'auraient pas toujours envie de révéler. Il y a'l(ait là, pour la Quinzaine littéraire,

t

la possibilité d'un jeu. Oui est l'écrivain rencontré par Pierre Bourgeade? les lecteurs qui nous envoient une réponse juste, dans le délai d'un mois, bénéficient d'un abonnement de trois mois (ou, s'ils sont abonnés, voient leur abonnement prolongé de trois mois). Ceux qui auront découvert tous les écrivains interrogés (ou presque tous) recevront de la Quinzaine littéraire un cadeau.

Kafka (je cite de mémoire) : Dans le combat entre le monde et toi, seconde le monde •. Mais je pense qu'elle est d'une application difficlfe.)

.c

Pierre Bourgeade. ce jeu?

Ouel est

X. D'abord une forme, Ici particulièrement dégénérée, de poème, qu'on pourrait san s doute un peu mieux Identifier en dénombrant les questions et les' réponses et en s'interrogeant sur leur répartition; mais on ne serait pas vraiment plus avancé après. Ensuite, c'est aussi une sorte de centon, ou un dérivé lointain du cadavre exquis. P.B. Vous visions?

avez

eu

des

X. If Y a quelques années, oui, dans une grotte du Valais (Suisse), le grand saint Bernard m'est apparu dans toute sa splendeur. Rien ne saurait exprimer l'émotion qu'alors je ressentis. P.B. Vous sentez-vous dans votre état normal?

P.B. Ou'est-ce que le monde si ce n'est cette chose que nous portons dans le cœur?

X.

Ce sont (entre autres. mais cet entre autres finit par devenir primordial) des encyclopédies et des dictionnaires, tout un réseau de livres, quelque chose comme un gigantesque puzzle que l'on passe son temps à faire et à défaire; c'est-à-dire encore une fois un jeu, mais un jeu terrible: on a bea.u essayer d'en comprendre les règles, on. sait d'avance que toute stratégie nous conduira inévitablement à la défaite. (1/ existe quelque chose pourtant qui ressemble à une parade: c'est une phrase de 8

P.B.

Pourquoi pleurez-vous?

X. Je ne pleure plus guère désormais. P.B. Pourquoi le sourire de Mona Lisa était-il la plus mystérieuse de toutes les expressions humaines?

X. L'était-il vraiment? Ce qui me plaÎt surtout dans la Joconde, c'est d'abord qu'on ait pu donner quelques centaines d'explications sur son sourire, dont un nombre non négligeable de thèses de médecine (/a Joconde avait une crise de foie, la Joconde était e n c e i n t e, la Joconde avait été récemment opérée d'un bec-de-lièvre, la Joconde était un homme, la Joconde était muette, la Joconde était édentée, etc.), ensuite et surtout, que, depuis plusieurs années, les travaux de jocondologie et de jocondoe/astie aient fait des progrès suffisamment foudroyants pour rendre inutile toute contemplation de l'original: la Joconde tient maintenant dans la peinture à peu près le rôle que la vache 10 tient dans les mots croisés, ce qui n'est vraiment que justice si l'on considère la cécité à peu près totale à laquelle on est condamné en face du tableau.

p.s.

Si on éteignait le plafonnier? D'accord?

3 P.B. Oui, vous connaissant, croirait que vous aimez la foule? X. U'n de mes héros favoris (un. personnage, bien sûr, de fic-

les écrivains interrogés jusqu'à présent étaient François Mauriac, André Pieyre de Mandiargues, J.M.G. le Clézio, Nathalie Sarraute, Eugène Ionesco, Pierre Klossowski, Raymond Oueneau, Marguerite Duras, Cla~de Roy, Joyce Mansour. Oui répond aujourd'hui aux questions de Pierre Bourgeade?

tion) a dit fort justement (en anglais, mals je peux traduire) : c J'aime l'humanité; ce sont les gens que je ne peux pas blairer.. Pendant très longtemps, une de mes ambitions les plus tenaces a été de devenir parfaitement asocial. J'avais des dispositions. Mais ça me demandait tout de même· des efforts considérables et finalement j'y ai à peu près renoncé. P.B. Mais comment diable avez-vous pu gaspiller ainsi des mouches?

X. C'est le métier qui veut ça. If y a beau y avoir six pattes par mouche, c'est par milliers que nous devons les amputer si nous voulons arriver à écrire quelque chose qui se tienne. P.B. Avez - vous chose à ajouter?

que 1que

4 P.B. Ulysse n'est·i1 pas, avec ses plans, ses horaires et ses précisions, la splendide agonie d'un genre?

X.

Voilà une question comme je les aime. Elle est si belle que ce n'est même pas la peine d'y répondre. Elle est même un peu trop belle. En fait, elle ne veut pas dire grand chose. S'il s'agit d'Homère, les plans, les horaires et les précisions d'Ulysse ne me semblent pas y avoir une telle importance (s'il s'était fié à l'inspiration du moment, ça n'aurait rien changé: tout était prévu, même la météo); s'il s'agit de Joyce, parler d'agonie et de splendeur me paraÎt d'une banalité futile. P.B. Pourquoi Achille dépasse-t-il la tortue?

X. C'est un, ~imple problème d'arithmétique: Achille mesure

'1,80

m et la tortue seulement

40 cm (ce qui est déjà pas mal pour une tortue): Achille dépasse donc la. tortue de : 1,80 - 0,40 = 1,40 m. P.B. l'histoire de Bouvard et Pécuchet est-elle d'une simpli· cité trompeuse ?

X. Trompeuse, en effet, c'est bien le mot qui convient. Je n'en donnerai comme exemple que le premier paragraphe du livre (je cite encore de mémoire et il y a un adverbe dont je ne suis pas très sûr) : c Comme il faisait une chaleur de 33 degrés, le Bouvard, bourdon, était complètement désert.. On en déduit immédiatement que voilà là un Monsieur qui, vu la température ambiante, a le cafard et se sent vide. Or ce n'est pas aussi simple et même la suite du livre prouve que c'est exactement le contraire. P.B. la vie est-elle une maladie de l'esprit?

&) P.B. Ouels crimes le condUisirent au bagne maritime et quelle foi lui permit de soulever la montagne?

X. Un ange, un nom, un rêve lu qu'il osa estimer, un Ulysse, une Ophélie, un émir, un Pyrame, un gabelou, une hérésie, une noce, un semis? P.B. Pourrais·je, dans vingt ans, découvrir au bord de la mer un promeneur couvert d'un grand manteau, lui parler de l'Allemagne et de Hitler, être brusquement saisi de panique, soulever les pans de son manteau, voir à sa boutonnière la croix gammée, et bégayer: « Alors, Hitler, c'est vous? •

X. Non. Hitler, s'il existe, est


Shak••peal'8

La Joconde et le sourire Aelaille et la tortue .Hitler et les singes devenu chauve et borgne. et vous l'auriez tout de suite reconnu.

P.B. J'ai adoré des amants dont l'un avait des oreilles coupées, un autre un léger bégaiement, un autre trois doigts coupés. Dois-je voir là l'origine de mes perversités amoureuses?

X. Est-il vrai que j'aime les monstres? Un, peut-être. Mais je ne crois pas que ce soit un monstre. JI faudrait chercher ailleurs l'origine de mon goût (prononcé) pour les tératologies littéraires. P.B.

Qui êtes-vous?

n~é'ait pa•••ul•••

POEMES ELISABETHAINS

120 des plus beaux textes de la poésie métaphysique et amoureuse choisis, traduits et présentés par

PHILIPPE DE ROTHSCHILD

Préface d'André Pieyre de .andlargue. Introduction de Stephen Spender Un tour de force,qui nous vaut une nouvelle représentation émouvante, musicale et"colorée d'aprés le jeu original. Des miroirs où la poésie an· glaise se p;olonge en reflets d'images et en échos de sonorités d'une virtuosité souveraine.

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fIiII Janvier 1970 Dr S. rBBllCZI

Ps,chanal,se D

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DOMINIQUB DISAITI

L'internationale communiste

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8. VAl DBB LIIDW

La BeBglon DaDS BOD esseDce et ses manifestatioDS.

28,70r

PITITI BIBLlOTBlQUI PilOT J.CHASSBOUBT-SMIROEL

La semalité féminine'

(P.B.P. DO 147)

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IOAM CHOMSKY

Le langage et la pensée

(P.B.P.

DO 148)

4,35 P

CATHERINE VALABBBOUB

La condition étudiante

Les cieux chasseun .. IOnt cach•• PIF vous propose cie 1. chercher.

(P.B.P. DO 149)

4,35 P

ALDOUS HUILEY L'art de voir (P.B.P. DO 150)

i,80 P 1


KNTa .TI• •

• Toute une VIe Vicente Aleixandre Histoire du cœur trad. et présenté par J. Comincioli Ed. Rf'!ncontre, 160 p.

1

Né en 1898, Vicente Aleixandre appartient à une génération dont les noms de Lorca, Alberti ou Miguel Hernandez nous sont familiers. De tous ces poètes, il est celui qui est le plus proche de nos surréalistes, ses contemporains. Ses premiers recueils, et particulièrement la Destruction ou l'Amour, en 1933, laissèrent déferler une profusion d'images irrationnelles alors uniques dans la poésie espagnole; seuls, les SudAméricains Cesar Vallejo et Pablo Neruda travaillaient dans cette direction. Puis ce fut la Guerre Civile ; la poésie espagnole en fut dévastée : de ses meilleurs poètes, la plupart furent tués ou exilés. Vicente Aleixandre, l'un des rares, resta en Espagne; il laissera pourtant s'écouler dix années avant de publier un nouveau recueil, Ombre du Paradis, en 1944. D'autres volumes allaient suivre, dont Histoire du Cœur, établissant Aleixandre comme l'un des plus grands poètes en langue espagnole aujourd'hui. Au lieu de présenter un choix de poèmes tirés des différents recueils du poète, le traducteur a choisi de traduire la totalité d'Histoire du Cœur. C'était agir sagement puisque cette œuvre occupe une place centrale dans la production d'Aleixandre C'était surtout respecter la volonté du poète dont chaque recueil est tou-

jours scrupuleusement agencé, de façon à former une suite continue ayant un commencement précis, une fin nécessaire. Il y a peu de chances qu'un choix anthologique puisse jamais présenter la poésie d'Aleixandre de façon satisfaisante. Tout au long de son œuvre, le thème essentiel d'Aleixandre, comme de tant d'autres surréalistes, a toujours été l'amour. Le présent livre s'ouvre donc sur une suite de poèmes consacrés au regard partagé, à l'amour, tumulte et paix: Lorsque tu es couchée ici, Dans la pénombre de la chambre, Comme le silence qui règne après l'amour. Je monte légèrement du fond de mon repos Jusqu'à tes bords ténu.s, ternes, Qui doucement existent. Et de la main je repasse les limites délicates De ton être en retraite Et je sens la discrète vérité musicale De ton corps qui, il y a un instant, En désordre, comme un feu chantait. Or pour Aleixandre, l'amour de l'homme et de la femme c'est aussi l'amour de tous, principe vital, principe social : « De l'hori. zon d'un homme à l'horizon de tous, » disait Paul Eluard dont le nom revient sans cesse à l'esprit lorsqu'on lit Histoire du Cœur. Le poète n'est pas celui qui regarde Il sueurs et peines, et tracas, et la foule », il entre dans la foule comme un nageur dans la mer, métaphore ré('urrente dans la

M. .ur-

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seconde partie du livre, l'Ample Regard. La foule ne nivèle pas les individualités, elle ne les confond, ni ne les diminue : elle les révèle. Loin de s'y perdre, le poète s'y découvre un je multiplié : Doucement tu dérives. Tu vas sous la poussée berceuse, Comme balancé, calmé. Et tu entends une rumeur dense, Comme un cantique assourdi. Des milliers de cœurs font un seul cœur Qui t'emporte. On retrouve ici l'enthousiasme d'un Walt Whitman, chantre de la vie unanime, prêt à embrasser aussi «d'autres cieux, d'autres climats ». Cela n'a cependant rien de démesuré ; le poète n'est pas destiné à n'exprimer que des sentiments et des émotions publiques. Comme chacun dans la foule, il est resté un individu, et c'est dans cette mesure qu'il peut chanter pour d'autres individus, pour. tous. Si le poète chante pour tous (El poeta canta por todos, titre du poème dont nous avons extrait let! vers précédents), c'est grâce à l'amour, « amour, paisible séjour silencieux » permettant de « regar. der, voir, sentir, pénétrer, communier, écouter. Etre, être, exister ». Le poète est le visiteur inspiré chez les autres hommes, mais c'est chez lui, dans ses émotions privées qu'il trouve les poèmes qui ont le plus d'impact: retour au Regard de l'enfant comme plus tôt dans Ombre du Paradis, ce poème à sa mère ou ce poème bouleversant à la femme vieillissante :

Et maintenant je te regarde. Soudain de derrière toi Je t'ai regardée. Quel long regard tu as jeté au miroir où tu te fais. Tu n'y étais pas. Et une femme seule, fatiguée, Lassée comme par une longue veille qui durerait toute la vie, S'est regardée dans le miroir Et s'y est reconnue. On atteint là l'autre extrémité de l'Histoire du Cœur. On s'est acheminé à travers l'enfance et l'âge d'homme vers la vieillesse et le Regard final. C'est toute une vie en un livre que Vicente Aleixandre a déroulée pour le lecteur.

Serge Fauchereau 10

Le jour où les troupes russes envahirent la Tchécoslovaquie, en août 196B. on a pu dire que Moscou jetait ses chars contre les mots, les millions de mots qui s'étaient mis à grouiller dans le beau printemps de Prague. Et cer· tes la formule est excessive, mais il est vrai que depuis plusieurs années la parole était entrée en insurrection, à Prague, elle était sortie de ses souterrains et de ses cachots et elle avait ravagé la société stalinienne.

Les mots avaient déferlé comme une marée, ils avaient tout emporté sur leur passage et, dans les décombres de la vieille charpente, d'autres mots avaient succédé pour remplacer le système dur et glacé du sta· linisme par un socialisme qui eût respecté la face humaine. De l'aventure de ces mots. de leur révolte et de leur fête, plusieurs livres témoignent aujourd'hui. L'un des plus émouvants (1) présente le compterendu du congrès cla~estin tenu par le P.C. tchèque à la b,arbe des Russes. à partir du 22 août, dans une usine désaJ. fectée. Ce livre est beau. l'austérité des discours y est sans cesse brisée par les échos de l'orage qui tourne sur le pays. Un second livre (2), écrit par Pavel Tigrid (exilé, lui. depuis 1948) dessine J'insolite figure de Dubcek, cette espèce de saint égaré vingt ans dans le stalinisme, homme innocent, pur et faible et qui obéit à la passion de Prague plus qu'il ne la gouverne. Un troisième ouvrage (3). enfin, nous donne â entendre les mots eux-mêmes. les premières paroles de ce discours qui devait déclencher J'insurrection. C'est un journaliste des Literarni noviny, Antonin liehm, qui a organisé le volume. liehm, bien avant le printemps 68. appartenait à cette brigade d'intellectuels qui ·refusait le visage devenu monstrueux du stalinisme. Entre 1966 et 196B, donc, il interroge ses amis. Beaucoup ont le même âge que lui. la quarantaine. comme Kundera,


Liehm: «l'intellectuel fait exploser les mythes» Vaculik, Putik, mais d'autres sont plus âgés - Novomesky est né en 1904 - et d'autres plus jeunes - Pavel a un peu plus de trente ans. De sorte que trois générations dialoguent par le moyen des questions de liehm. Ces treize interviews composent un gros livre. Les conversations sont longues, sérieuses et minutieuses, intelligemment ,conduites. Chaque voix est bien timbrée et révèle sa singularité, mais l'étrange est que, sous des accents divers, on dirait qu'une seule parole s'exprime, cellelà même qui devait crier, quelques mois plus tard, dans la saison exaltée de Prague. Sartre ne s'y est pas trompé qui a donné au recueil une longue préface - le socialisme qui venait du froid: texte rageur, emporté. d'une verve amère où l'on re,trouve le ton de ses meilleures pages polémiques, la préface à Fanon, la préface à Nizan. Ja· mais Sartre n'avait proféré, sur la « Chose » qu 'est devenue l'espérance communiste, des vérités plus âpres. Laissons Sartre et interrogeons liehm lui-même, c'est· à-dire ses treize, compagnons de combat; pour lui demander d'abord, co m men t la culture et la politique se sont ,trouvé coïncider dans la Tché-coslovaquie de ces années. A.L. Il n'y a pas Identité entre politique et culture, dit liehm. Les intellectuels ne sont pas destinés à Jouer un rôle directeur dans la politique. Mais pour nombre de raisons Les unes liées à l'histoire du ,ays, les autres al:lX circonstances, les Intellectuels sont toujours obligés de se mêler de politique. En Tchécoslovaquie, pour les deux raisons, cette obligation est devenue encore plus impérieuse qu'ailleurs. Je m'explique. La société staIIInlenne, contrairement à ce ,que l'on prétend, est une société totalement apolitique. Chez nous, comme partout, le stalinisme fonctionnait en outre ,dans une société non structurée, amorphe. On vivait dans une -aorte de ténèbre, comment

tiste est anarchiste. Il est l'ennemi des pouvoirs, de tout ce qui est établi, Il prospecte l'in· connu. Sa morale est étrangère à celle de la collectivité. Il peut être hippy ou bien vivre comme un duc, Il peut être un mari exemplaire ou avoir vingt femmes, il occupe une situation singulière et solitaire.

Antonin LÛ!hrn.

dire, au milieu d'un bols et dans la nuit. On distingue mal les arbres, on entend des bruits ln· distincts et menaçants, on ne salt Jamais qui est coupable,on ne sait pas d'où vient le péril ni même sa gravité. Dans cette pénombre, quelle est la fonction de l'Intellectuel ? Il n'a pas un rôle dirigeant mais, par sa formation, il est là pour voir ce que ne voient pas e"core les autres. Les intellec· tuels ,tchèques ont allumé des lanternes, elles ont permis de voir que ce monstre terrible, qui faisait si peur, ce n'était qu'un tronçon d'arbre et que ce bruit inquiétant, c'était une souris dans un fourré. On a pu, ainsi, montrer qu'il y avait un sen· tier, une vague Issue vers la lumière. Et en effet, quand l'aube est venue, au printemps, tout lé monde a vu au grand Jour ce que les intellectuels avalent soupçonné.

Seulement, Il arrive des moments, dans la vie des sociétés, où l'intellectuel est contraint à plonger dans la politique. C'est le temps des ténèbres et des mythes. Ouand jl y a, en plus, carence 'totale de la atructure p0litique, la culture assume le rôle de la politique. L'Intellectuel s'installe à cette place laissée vacante par la politique. La seule parole de l'écrivain prend pouvoir politique, car la morale et la politique s'identi· fient dans leur absence. Il dit que ce qui est blanc n'est pas noir. Il dit qu'II ne faut pas voler ni tuer les vieux. Et comme cela ne va pas de sol, il fait- pollti· quement exploser les choses. C'est ce qui a eu lieu à Prague, non seulement à partir' de Janvier 68, mals bien avant, comme le montrent les interviews pour la plupart antérieures. Remarquez, dans l'histoire, on a des exemples analogues : au XVIIIe siècle ,français, dans le dépérissement du pouvoir monarchl· que, ce sont les intellectuels qui ont assumé la politique, fait exploser les mythes, préparé la voie. Même chose pour une par· tie du romantisme allemand. A

Vous dites que la société sta· linienne est apolitique. Mais. pour cette raison même, est-ce que les écrivains n'y étaient pas beaucoup plus politisés que ne sont des écrivains occidentaux?

A.L. Je crois que l'homme p0litique et l'écrivain remplissent deux rôles différents, antagonistes, même s'ils sont complémenta~res. Par sa nature, l'ar·

ÙI Quinzaine littéraire, du 1- au 15 /évrÛ!r 1970

Milan Kundera.

Eduard Goldstücker.

la fin de la Russie des Tsars, la parole de Tolstoi, même celle de Oostoievsky, deviennent p. roles politiques, comme auJourd'hui, dans le désert du stail· nisme, celle de Soljenitsyne. Je crois même qu'à Prague, certains ont soupçonné les écri· vains d'ambitions politiques. La liste d'un soi·disant ministèr:e avait été, il Y a longtemps, cité par la radio·Prague, avec pour premier ministre Goldstücker et pour ministres à peu près les hommes que vous avez interro-' gés? A.L. Voyons, ce n'est pas sérieux, tous ces gens-là, Ils n'avalent d'autre souel que de quit.. ter la place publique et der... trouver un statut d'écrivain. Vous savez, au printèmps 68,. J'ai rencontré un cinéaste très engagé et Je lui al dit : • Bien, maintenant, qu'est-ee que tu vas faire quand tout est permis? • et lui • Nous avons fait notre' devoir. Enfin, Je vals pouvoir me replier, peut-être faire un film sur l'amour -. Il faut ajouter cependant que l'histoire tchèque a préparé les écrivains à partager le combat politique. Je m'en explique dans le livre mals, en gros, disons que la Tchécoslovaquie est le seul pays européen qui, à partir du début duXvue siècle' n'ait pas possédé de noblesse natlo-, nale. En Tchécoslovaquie, ,c'est la culture qui a pris cette place dès la fin du XVIIIe. Nos écrt... vains ont donc une longue habi· tude d'être au service d'u..._ cau· se, le fusil à l'épaule. Cela .. provoqué des conséquences f~

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11-


INFORMATIONS

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Antonin Liehm

cheuses: par exemple l'absence d'un grand roman tchèque au XIX'. Mals le fait est que l'habi· tude de servir est si ancrée qu'en 1948·1950, quand nous avons été sollicités par le socia· IIsme, on a répondu à 80 %. Contrairement à ce qui s'est Passé dans les autres démocra· ties populaires, il n'y a pas eu d'émigration intellectuelle chez nous, ou si peu. Aujourd'hui, c'est pareil. Il y a des écrivains à l'étranger, mais ils ne songent qu'à rentrer à Prague, à repren· dre le service. Ils se sentent responsables du pays. Personne ne. se considère commit exilé. Oui, c'est une chose surprenante, cette répugnance des ·Tchèques à s'exiler, Il faudrait une longue étude sociologique. Il Y a un trait qui me frappe, dans votre livre, c'est le natio· nalisme très profond de tous ces écrivains. A.L. Il ne faut pas parler de nationalisme, c'est autre chose. Nous tenons à nos racines, à nos traditions, c'est vrai. C'est que notre indépendance est récente, elle date de 1918 et en· core, depuis, on nous l'a souvent confisquée. Si bien qu'II ne .'a· git pas de nationalisme au sens conquérant, cela ne voudrait rien dire pour un petit pays. Non, Il s'agit d'un défi : • Mal· gré tout, ce petit pays, nous l'empêcherons de sombrer -. C'est moins du nationalisme qu'une volonté de survie. C'est le même réflexe qui a fonctionné dans l'attaque du stalinisme. Notez bien : pas un :seul de ces écrivains ne révoque en doute le socialisme. N'est-ce pas encore un défi? Ce aocialisme, auquel nous avons e", avec passion et qui est devenu à vomir, eh bien, on va ,quand même en. faire quelque .chose, on va le sauver. Notre idéal de 48 a été floué. Nous nous sentons en même temps responsables et victimes. Nous prouverons que· notre Idéal a été Perverti mais que notre foi dans •• socialisme réel demeure in· tacte. Votre livre est passionnant parce que, à travers le cas tchè· que, les débats qu'il soulève 12

nous concernent tous - la pos· sibilité d'un autre modèle de socialisme, la différence des générations, le statut de l'intel· lectuel dans la société, etc. Vous·mêmes, vous êtes en France depuis près de deux ans. Est·ce qu'il vous arrive de sen· tir une sorte de coupure entre vous et les intellectuels occidentaux? A.L. La france, je la connais depuis longtemps. Si rai v.cu mes premières barricades à Prague, en 1945, J'al connu les secondes à Paris, en mal 68. Mais là n'est pas la question. Les Interlectuels français sont un peu particuliers. Ils pestent sans arrêt contre le nationalis· me, mals, dans le domaine culturel, ils Ignor.nt résolument tout ce qui n'est pas français. C'est un cas unique, mals même les Intellectuels des autres pays occidentaux ont une vision par· tlelle du monde. Il leur manque la connaissance de cette deu· xième dimension européenne qui est le monde de l'Est. Ils vlvènt dans un univers unldl· menslonnel alors que là·bas, à l'Est se poursuit depuis vingt ans, une expérience dramatique et capitale, celle du stalinisme, c'est·à-dire une volonté généreuse et détournée. Naturelle· ment, l'Intellectuel de l'Est est lui aussi privé d'une seconde dimension, celle de l'expérience occidentale, mais Il est tout de même mieux Informé de ce qui se fait chez vous que vous de ce qui se fait chez nous. Cette Ignorance est grave. C'est ce qui vous donne tant de difficul· tés à interpréter les rares ma· nlfestatlons qui vous par· viennent de l'Est. Vous lisez Soljenitsyne, vous lisez Kundera et vous croyez avoir compris mes expériences. Vous allez voir Roublev et vous n'y discernez qu'une renaissance de la reli· giosité russe. C'est peut-être Ici qu'appa· raÎt la fonction réelle d'un livre comme celui-cI : Il vous offre, à vous occidentaux, cette expérience concrète de l'Est, il défi· Ilit cette seconde dimension faute de laquelle on ne saur.lit formuler le monde contemporain. Et le jour où ces deux ex· pérlences fusionneront, on pour·

ra enfin concevoir un monde bi· dimensionnel - un monde réel. Mals, Il y a autre chose. Considérez notre histoire récen· te. Depuis quarante ans, nous avons tout subi - de la démocratie au fascisme, de la tyran· nie à la liberté, de l'espoir socialiste à sa dérision stali· nlenne, du printemps de Prague à sa nuit. La conséquence est qu'en face d'un Intellectuel français de mon âge, j'ai l'im· pression d'être terriblement vieux. Remarquez, si un écri· vain français nous reproche de n'être pas assez radicaux, Je comprends qu'il nous adresse ce reproche - oui, Je le com· prends, mals un peu comme je comprends si mon fils, âgé de vlngt-clnq ans, me faisait des reproches semblables. Cette sagesse n'est pas rési· gnation, .mais une vision sérieu· se des houles de l'histoire et de la politique. Floués encore une fois, privés de leur espé· rance', les intellectuels tchèques n'ont pas pris congé de l'espoir même si cet espoir.: est devenu plus grave et plus dur. là·bas, la nuit est revenue, elle est peut·être plus épaisse qu'elle ne le fut, mais les hommes ne sont plus les mêmes. Ils se retrouvent dans leur forêt et dans leurs ténèbres et si l'issue s'est refermée, ils se souvien· nent, ils ne marchent plus corn· me un troupeau et l'on ne pour· ra plus faire d'eux ce que l'on veut: • Ce n'était pas l'aurore, dit Sartre, ce n'était pas l'a· louette : depuis, le socialisme est retombé dans la longue nuit de son moyen âge... Restent ces voix, gerbes slovaques et tchè· ques, gerbes de souffles cou· pés, encore chaudes et vives, démenties, irréfutées -. Res· tent ces voix, leur écho dans ce livre, et cette mémoire grâce à laquelle rien sans doute ne sera plus comme avant. Propos recueillis par Gilles Lapouge ( 1) Le congrès clandestin : préface

de Jiri Pellkan. coll. Combats. Le Seuil éd. (2) La chute Irrésistible d'Alexandre Dubcek, Calmann·Lévy éd. générations, d'Antonin (3) T roi s . Liehm. Préface de J.-P. Sartre. Gallimard éd .

Le club photographique de Paris pré· sente du 15 février au 17 février une exposition consacrée aux reportages de Raymond dit Yvon. (Maison des Jeunes et de la Culture de Parls-MouHetard. 55, rue MouHetard. Paris-S'. Ouvert de 18 à 23 heu· res) . Au programme du Théâtre de Sar· trouville : Cinéma : le vendredi 6 février 1970

à 21 h., • L'Arche. de Shu Shuen; le vendredi 27 février 1970 à 21 h.• • Antonio das Mortes. de Rocha.

Glauber

Variétés: le jeudi 19 février à 21 h.; le vendredi 20 février il 21 h.: le sa· medl 21 février à 21 h., le guitariste argentin Atahualpa YupanquI. Le Centre National d'Art Contemporain Inaugure un nouveau domaine de ses activités en organisant une série d'expositions Itinérantes, à travers les musées de provinces et les maisons de la culture, consacrées aux prlncl· paux artistes contemporains. La première exposition, qui se tiendra du 10 janvier au 2 février au musée mu· nlclpal des Sables-d'Olonne, rassemble vingt œuvres de Jean Hélion choisies parmi celles que le peintre a réalisées au cours des dix dernières années.

A. paralire

"in-

Dominique Desanti, qui publie ternationale communiste dans la collection Etudes et Documents chez Payot, présente, aux Presses Universl· talres, les Lettres il Karl et Lui.. Kautsky de Rosa Luxemburg. Buchet/Chastel annonce un Henry Miller dans "Intimité de Walter Schmiele, Psychologie et alchimie de Jung, et la réédition du Karl Marx de Léon Trotsky.

8peotaele L'Orbe, Théâtre expérimental de Rouen, présentera Oratorio Concentrationnaire les 18 et 19 février à la Cité Universitaire. Ce spectacle, dans lequel s'exprime la hantise de la violence, Invente un nouveau rapport avec le spectateur, libre d'aller et venir comme il veut autour du spectacle, à qui des projecteursouvrent des aires de jeu successives. Ainsi, s'avançant ou se reculant. peut-il choisir son angle de vue et son degré de participation. Quelques grandes voix (Lautréa· mont. Salnt·Jean-de·la-Crolx...) mon· tent du texte. et affirment l'universalité de la souttrance. A Avignon l'été dernier, l'Oratorio était joué dans une cour d'école, dans laquelle les feux plongeant des miradors reconstituaient l'univers de violence subie des camps. Il sera du plus haut intérêt de le voir s'organiser aussi dans une salle.


Nouveautés

Les revues

Chez Gallimard, l'année s'ouvre sur toute une série d'importantes rééditions. Les Œuvres complètes de Georges Bataille comprendront dix volumes répartis en six tomes - plusieurs tomes étant dédoublés. Les deux premiers volumes (composant le tome ipremier) rassemblent les écrits de 8ataille de 1922 à 1940 avec, notamment, l'Histoire de l'œil (1929), l'Anus solaire (1931) et trois fragments de "Expérience intérieure : le Labyrinthe, ~e Bleu du ciel, Sacrifices.

Change (no 4). Poursuivant son étude sur les différentes composantes de la création, l'. atelier. de Change, sous la direction de Jean Pierre Faye, s'attaque aujourd'hui à l'invention et à sa subversion, la mode. De cet ensemble, on lira avec profit l'étude de Faye sur Mallarmé, la belle nouvelle de Claude allier et des inédits d'Ossip Brik, l'un des futuristes russes les plus inconnus dans notre pays. Les Temps modernes (no 281).

Martin Kay a réuni les œuvres ·complètes de l'un des représentants les plus importants du mouvement Da·da : Jacques Rigault. Les Ecrits de Jacques Rigaut comprendront des textes en partie inédits et qui se présentent souvent sous forme de courts fragments ou d'aphorismes dont certains ont parus dans la revue • Litté-rature. et d'autres ont été publiés en 1934 par Raoul Roussy de Salies dans 'un recueil intitulé Papiers Posthumes.

La Tchécoslovaquie, Madagascar, le socialisme au moment de la premièrl' guerre mondiale, tels sont les prlncl· paux sujets d'étude de ce numéro. Jacques Garelli s'en prend à Jacques Derrida à propos de la conception du temps dans la philosophie occidentale et René Leibowitz à Arthur Rubinstein sur son personnage tel qu'il apparaît dans le film de Reichenbach. Enfin, un écrivain qu'on suppose grec, Andonis Doriadis, publie un poème qui, à défaut d'être poétique, a le mérite de la véhémence et de la générosité. Métamorphoses (no 10:11).

Pour Bharata· réunit l'ensemble des études et essais que René Daumal (voir les nO 56 et 61 de la Quinzaine) a consacrés à la littérature hindoue, ainsi que les fragments de traduction qu'il nous a laissés des Upanishads, de la Bhagavad Gita, du théâtre de Bh. rata et du Rig Véda.

Rééditions Parmi les rééditions, signalons celle des Jeux africains d'Ernst Jünger (voir les nOS 65 et 86 de la Ouinzaine) ; la Maison du retour écœurant, par Pierre Mac Orlan, et la Pêche miraculeuse, par Guy de Pourtalès, deux romans parus il y a près de trente ans; les Œuvres complètes d'Antonin Artaud dont le tome l, à paraître en janvier, sera augmenté de lettres et de documents inédits. Aux éditions du Seuil nous est proposée avec Autobiographies une réédition de deux fragments autobiographiques de Pierre Emmanuel : Oui est cet homme, publié en 1948 et J'Ouvrier de la onzième heure, publié en 1953. L'ouvrage comprendra en outre un long poème inédit : Jacob. Chez le même éditeur nous sont présentées deux autres rééditions importantes : la Famille de Pascal Duar.te, chef-d'œuvre du romancier espagnol Camilo-José Cela (voir le nO 47 de la Ouinzaine), et l'Homme et la mort, par Edgar Morin (1951). Dans la collection • Liberté de l'esprit. de Cal mann-Lévy parait un ouvrage dont la première édition française date de '1947 mais auquel ses thèses prémonitoires confèrent aujourd'hui une grande actualité : l'Ere des organisateurs, par James Burnham où ce philosophe américain, affilié en 1933 à la • IV' Internationale. expose les raisons fondamentales de sa rupture avec Trotsky en 1940 et prévoit l'avènement d'une classe nouvelle, celle des dirigeants futurs d'une société qui ne sera ni capitaliste ni socialiste et vers laquelle tendent aussi bien l'URSS que les Etats-Unis.

Dans ce copieux numéro de cette revue uniquement consacrée à la poésie, les têtes d'affiche sont occupées par Léopold-Sedar Senghor, Valentine Penrose et Marcel Béalu, mais on aurait tort de ne pas lire les textes de Georges Drano, de Vera Feyder, de Claire Laffay, d'Oleg Ibrahimoff, et surtout de Jean' Laude. Nouvelle Revue Française (n° 205). C'est sur une magistrale suite de poèmes, Le Stratège, de Jean Grosjean, que s'ouvre ce numéro de janvier. Autre intérêt majeur de cette livraison: des inédits de Gide, notamment une lettre à Jean· Paulhan datant de juillet 1937 où l'on peut lire par exemole : ce Ouant à la nouvelle de Sartrè, je la tiens pour un chef-d'œu· vre. Voici longtemps que je n'avais rlPon 1:1 qui me réjouit à ce point. Ouel est donc ce nouveau Jean-Paul? Il me semble qu'on peut beaucoup attendre de lui ... Les Lettres Nouvelles (décembre 1969janvier 1970). Ce numéro s'ouvre sur une série de poèmes de Wiiliam Carlos WiI· liams dont l'importance est encore trop iÇJnorée dans notre pays. Autre pôle d'attraction : une nouvelle étonnante de Bustos Domecq, c'est-à-dire de Borges et Casares. Un texte curieux du musicien américain John Cage, un extrait du prochain roman de Geneviève Serreau et, sur le plan politique, un article très précis sur les Panthères noires de Ronald Steel complètent cet intéressant numéro. T-el Ouel (no 39). La majeure partie de cette revue est constituée par des textes inédits d'Antonin Artaud ainsi que par un commentaire de Pauie Thévenin qui a une connaissance très profonde du poète. On retiendra également l'étude de Jean Ricardou sur Raymond Roussel. J.W.

La Quinzaine littéraire, du 1- au 15 lévrier 1970

GERARD ALTBABE Oppression et libération dans l'imaginaire

CAHIERS LIBRES GERARD CHALIAND Lutte armée en Afrique (édition 1969) 8.60 ERNEST MANDEL La réponse socialiste au défi américain 8.60 GUY CARO La médecine en question 14.80 WOLFGANG ABENDROTH,

A. EMMANUEL L'échange inégal

etc.

(in.'roduc'ion de Ch. Bettelheim.)

Les communautés villageoises de la côte orientale de Madagascar

26,70

ECONOMIE ET SOCIALISME

Entretiens avec 1180 Georg Lukacs . DENIS LANGLOIS Panagoulis, le sang de la Grèce

23,70 CHRISTIAN PALLOIX Problèmes de la • croIssance en économie ouverte (Documen.'s, études et 5,90 recherches 1) 18,10 ROGER GENTIS TAMI TIDAFI Les murs de l'asile L'agriculture 5,90 algérienne et ses AMILCAR CABRAL Le pouvoir perspectives de des armes 5.90 développement (Documen's, é'udes 18.10 TEXTES A L'APPUI e' recherches 2) ELISE FREINET THEORIE Naissance d'une ALAIN BADIOU pédagogie Le concept populaire de (2 édition) 20.80 modèle 4.80 MAURICE DOBB MICHEL FICHANT et MICHEL PECHEUX Etudes sur le développement du Sur l'histoire capitalisme 26,70 des • (BOUB la direction de) sCIences 8.60 P. de COMARMOND et C.DUCHET Racisme et Société BIBLIOTHEQUE 18.10 Cl. BLANCHE·BENVENISTE SOCIALISTE et A. CHUVEL G. HAUPT et J.J. MARIE L'orthographe 18.10 Les bolcheviks .... c. WRIGHT MILLS par eux-memes 23,70 L'élite du pouvoir SAMUEL BERNsnlN BARRINGTON MOORE Jr~,70 Auguste Blanqui Les origines 23,70 sociales de la dictature et de la démocratie 26,70 JEAN·YVESPOUILLOUX Lire les "Essais" de Montaigne 5,90 ANDRE GUNDER.FRANK Le développement du sousdéveloppement 23.70. . . . . . . .~1ilI. DAMODAR D. KOSAMBI L'Inde ancienne 23,70 e

13


Les voies de Louis Aragon · Je n'ai jamais appris à écrire ou les incipit Skira éd., ] 60 p.

1 1

Michel Butor Les mots dans la peinture · Skira éd., 188 p.

1 1

Eugène Ionesco Découvertes, 130 p. · Skira éd.

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Elsa Triolet La mise en mots Skira éd., 146 p.

Voici des livres si jolis, si clairement mis en p age s qU'ils ne semblent pas nous entraîner dans l'envers des livres. De même l'œuvre achevée masque les chemins par lesquels est passé son créateur. Or c'est à un retour sur ces chemins qu'Albert Ski ra et Gaëtan Picon invitent les meilleurs écrivains d'aujourd'hui, de Michaux à Robbe-Grillet, de .Leiris à Foucault, d'Asturias à Dürrenmatt. Signés respectivement Elsa Triolet, Aragon, Ionesco et Butor, les quatre premiers volumes de leur collection « Les sentiers de la création )) témoignent de l'intérêt d'un tel projet. Mieux, ils révèlent sous

la diversité des réponses, l'unité de la collection.

magIcIen devant la foule scepti. que, à retourner ses poches.

Cette unité, certes, est d'abord extérieure, dans une présentation, presque une mise en scène très soignée qui, de la couverture au fil des pages, non pas prolonge le texte par l'image, mais confronte l'interrogation de l'écrivain sur le mouvement même de sa création avec le geste achevé du peintre - lui-même dans le cas d'Ionesco, ceux dont l'inspiration conson· nent, riment avec la leur pour Aragon ou Triolet - met en paraI. lèle deux modes d'expression, dévoile leur parenté ou leur oppO· sition, voire, à la limite, souligne leur possible fusion. Plus profon. dément, l'unité se situe au niveau même de la question en ce que celle-ci oblige chacun à revenir à ses commencements ou, comme le

Dès que la réponse prend corps, que chacun conte ou feint de conter son itinéraire, ses faux pas et ses élans, les impasses ou les voies royales dans lesquelles il ·a pu s'engager, la variété nécessai. rement s'impose. Sur les sentiers de la création, en effet, chacnn va à son pas. Mieux, le vrai créateur choisit ses sentiers, ou plutôt les invente, quitte ensuite à les par· courir jusqu'au ressassement ou à l'épuisement. Et s'il tente de les décrire, de nous montrer par quel saut il est passé de l'un à l'autre, voici qu'il les redécouvre, et avec eux sa jeunesse ou ses propres secrets, qu'il devient le héros de son propre roman ou, s'il est romancier comme Aragon ou Elsa, de l'envers de· ses romans.


la création Mais non, dira-t-on, ce n'est pas vrai. Aragon, Ionesco, certes remontent à leur enfance, à la pre· mière histoire dictée, au prem:er livre lu, Elsa Triolet aussi quand elle évoque son hilinguisme et les inventions que dans le jeu de la mise en mots une langue commu· nique à l'autre. Butor fait tout le contraire. Il refuse de parler de lui. Du Maître de Moulins à Gilles Segal, il ne parle que de peintres, il erre sur les sentiers de la créa. tion picturale. Sans doute. Son propos est hien d'analyser la ma· nière dont les signes écrits, des initiales insérées l'une dans l'autre .de la signature d'Albert Dürer .aux devises des hlasons, du nom ou .des emhlèmes des saints dans les <enluminures et fresques médiévales aux hulles des handes dessinées, à la récupération des textes imprimés dans l'art moderne, .apparaissent et jouent un rôle dans la peinture. Ainsi il montre le rapport entre la lettre et la figuration dans la peinture religieuse, entre le nom et le portrait chez Holbein, le rapprochement ,ou la distance que le titre, notam· ment dans la peinture ahstraite ,ou surréaliste, suggère ou crée ,entre la représentation plastique .et la réalité à laquelle elle renvoie ou dont elle est la négation. Mais procédant ainsi, et sans en avoir l'air, Butor nous en dit moins sur la démarche créatrice des artistes que sur sa propre méthode. Car il déchiffre ses tableaux comme dans Description de San Marco ou Mobile la cathédrale de Venise ou la réalité amerlcaine. Il nous signifie que sa poetique passe ·d'abord par une lecture des objets, .des catalogues, des œuvres ou du monde. C'est d'une autre lecture que. parle Aragon quand il avoue être le premier lecteur de ses livres. Le lecteur de ce qui s'écrit. Le copiste de l'inspiration dont le la est .donné par la première phrase. .« Comme j'ai entendu la première phrase, dit-il, (en un sens assez .différent de l'audition de réveil), j'ai lu tout le reste, je le répète, dans la foulée du son, du la trans· ''lis, mais je dénie être pour quelque chose dans le choix. C'est moi 'lui ai été choisi par mes livres: me comprendra.t-on ?» Aussi bien, est-il proche d'Elsa Triolet qui dit " moins j'y songe et plus courte est ln distance entre la pensée et la La Quinzaine littéraire, du

r

taille son chemin dans la forêt des signes, ils écoutent, ils atten· dent, ils tentent d'être à la fois l'oiseau et l'oiseleur. « Je me jette à l'eau des phrases comme on crie. Comme on a peur... » dit Aragon. « Ecrire c'est inventer, , .. , . c est Imaginer, c est Inventer et construire à la fois ... c'est découvrir ll, dit Ionesco. Et quand il affirme: « L'imagination ne peut mentir puisqu'elle se dévoile, puisqu'elle est dévoilement, puisqu'elle elft construction. L'invention est le contraire du men· ,Ilonge ll, Il rejoint l'auteur du le mentir-vrai» ou Elsa Triolet citant Klehnikov sur la couverture tle son livre : « Il ment divine·

ment. Il ment comme le rossignol la nuit. II S'ils llemhlent s'accorder, tOU8 ces écrivains s'accordent surtout pour nous dire qu'il n'y a pas de recette, qu'il est possihle pour chacun de remettre ses pas dans ses pas sur les sentiers de sa propre création, mais non de dirC' comment quitter les sentiers hattus pour trouver une écriture qui débouche sur de nouveaux paysages., Les clés qu'ils donnent, ou feignent de donner, ne valent que pour eux. Ainsi, l~ collection d'Albert Skira et Gaf;tan Picon est.elle promise à une inépuisahle variété. Claude Bonnefoy

Dessin de Ionesco.

müe e" mots» (et cette expres. sion, « la müe en mots », ne l'a· t·elle pas choisi pour titre à cause de sa consonance avec la Müe à mort afin de miéux marquer l'in· cessant croisement des deux œuvres ? ). Et Aragon, dans son essai d'une grande lucidité mais qui semhle tout de primesaut, conte, depuis ses premières tenta· tives d'enfant, la naissance de tous ses livres, l'apparition de leur première phrase (de leur « inci• pit). Il dit comment celle.ci, beaucoup plus qu'une réflexion volontaire a commandé l'organi. sation, la construction de chaque œuvre, souvent par réaction contre l'œuvre précédente, tout nouveau roman ayant pour fonction de nier ou plutôt de dépasser le roman an· térieur. « Si bien que mon histoire en tant qu'écrivain ne peut se com· prendre si l'on n'y décèle cette perpétuelle dialectique tournée contre moi· même ll.

IDOMINIQUE FERNANDEl

Lettre à Dora roman

La d6marehe d'loneBoo

"Un roman d'amour, une idylle brûlante, cette chance ne nous est pas donnée si souvent." PIERRE-HENRI SIMONde l'Académie Français Le Mond

"Un talent sans défaut." En apparence, la démarche d'Ionesco est différente, qui nous vaut une admirable évocation de la découverte du monde par l'en. fant qu'il fut et, en contrepoint, des dessins au feutre, parfois ma· l.adroits ou naïfs, mais où la mala· dresse se fait inventive. Mais sur le fond, sur le rapport de la création et du langage, du réel et de l'écriture, Ionesco n'est pas si éloigné d'Aragon ou d'Elsa Trio. let. Tandis que Butor c}échiffre,

au 15 /évM 1970

MAURICE NAD EAU Quinzaine Littéraire

"Une atmosphère d'envoûtement,une conception magique de la vie." ETIENNE LA LOU L'Express "J'ai subi, insidieusement, souterrainement,le charme équivoque de "Lettre à Dora" ... ce livre exerce un indiscutable pouvoir." FRANÇOIS NOURISSIER Les Nouvelles Littéraires

IBRASSET


EXPOSITION

Il faut aJier voir l'exposition Dado au C.N.A.C. (1). D'abord parce qu'elle situe et confirme ave.c éclat la place majeure que ce peintre occupe dans l'art actuel. Ensuite parce qu'elle offre l'occasion d'une méditation sur la ou plutôt les peintures actuelles, dont elle peut contribuer à définir l'horizon, les options et les destinations. l'œuvre de Dado est mal connue du public parisien qui l'a rencontrée à l'occasion de trois expositions espacées (2) (1958, 1964, 1967) et dans la fulgurance de quelques salons ou manifestations collectives. Aujourd'hui elle est montrée pour la première fois dans un espace à la mesure des grandes toiles où se déploie le mieux l'architectonique complexe de Dado. Il ne s'agit pas au C.N.A.C. d'une rétrospective. les organi-

Un peuple de sateurs, ont voulu montrer, à travers des toiles majeures, le travail que nous ignorions, des trois dernières années et même des derniers jours puisqu'une peinture conçue et achevée dans les quelques jours précédant le vernissage, voisine avec des œuvres dont l'élaboration s'est poursuivie pendant des années. Mais à ces toiles ils ont confronté en contre-point. groupés dans une salle unique, à à part des autres, les principaux jalons qui définissent le cheminement de Dado depuis qu'âgé de 26 ans, il quitta son Monté· négro natal pour venir en france, en 1956. Depuis, dans cet art de figures fantastiques, organisées dans un espace complexe mais non perspectif, surgies d'un dessin impitoyable sous les couleurs les plus tendres, presque précieuses, pas de mutation, ni de révolution, mais une

évolution par développement de thèmes peu à peu synthétisés. Au fil du temps, dans le surgissement progressif d'un peuple de monstres, l'univers de la regression peu à peu s'affirme, abîmant et confondant hommes, animaux, végétaux dans la puissance du minéral qui ne cesse de s'effriter pour cependant tout engloutir. Si la première toile de 1956 évoque un jeu de mé· cano et fait appel à des formes géométriques qu'on ne retrouvera plus, les bébés que le temps transformera en fœtus sont déjà présents, de même qu'une organisation compacte de l'espace qui mêle et intrique les éléments hétérogènes. Quatre années séparent cette toile du célèbre et toujours merveilleux Thomas More, premier manifeste du double thème de la pétrification et de la déréliction. A la revoir après des années, cette image conserve son pouvoir de fascination : figure dont

le visage s'estompe dans la précision d'un craquèlement qui dans le même temps lézarde et érode, tel un mur sur le point de s'écrouler, vêtements, bérets, mains. la technique est la même dans le Philosophe dont seul le fauteuil émerge ironiquement du désastre, tanais que la tête, les mains et les pieds, tout pétrifiés qu'ils soient, prolifèrent déjà comme des végétaux. la dissolution prend ensuite une forme radicale dans un moment pointilliste qui fixe sans doute désormais pour Dado le statut du détail : dans son pullulement il nie tout récit possible. Et une fois marquée la puissance engloutissante du géologique, le thème végétal s'affirme à son tour dans les années 1965-1966 en deux temps obsessionnels. D'abord dans les fœ· tus-tubercules où les « yeux » des jardiniers deviennent de véritables prunelles, dans les têtes-citrouilles aux contours découpés, dans les membres qui bourgeonnent et prennent racine. Puis dans l'envahissement des intérieurs, viscères et cervelles: c'est alors une série de toiles aux tons pastel très pâles qui semblent presqu'effacées (Le nid de chouettes ou le Bus Palladium), où dans un espace complètement rempli apparaît l'identité déirsoire de ce qu'on nomme intérieur ou extérieur, identiques rhizômes de chairs molles, roses et bleutées. Quoi de nouveau depuis 1967 ? Mêmes monstres sous de nouveaux avatars, même obsession fondamentale. Mais une expérience nouvelle et importante pour ce peintre du fantastique dont la vision s'alimente pour-

Du 2 au 21 février 1970 (de 10 à 12 h et de 14 à 18 h), sauf le dimanche GALERIE 9 9, rue des Beaux-Arts, 75-Paris-6 e Tél. ODE 00-29 ANTOINETTE MONDON présente les peintures récentes de Jean-Pierre HAMONET le lundi 2 février 1970 (Vernissage de 18 à 22 heures) La vieille femme amoureuse. 1963.

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monstres tant de quotidienneté : Dado a de l'individu Dado, c'est notre rencontré la mer ou plus exactehistoricité qui affleure dans ces ment la plage, puisqu'aussi toiles consacrées à la dégradation : puisqu'elles expriment, bien son élément est la terre, et non l'eau, ni l'air (le ciel sans la médiation des mots, le désespoir absolu devant la mort étant seulement chez lui prétexte à contraste). Les plages des dieux et la non-naissance de l'homme englué dans l'anisont pour lui l'occasion d'une nouvelle organisation de l'esmalité, la végétalité, menacé par la pétrification. pace, moins baroque, ordonnée par zones parallèles, de haut en Et c'est merveille de voir le bas et où, pour la première fois, classicisme des moyens mis au s'opère la fusion des règnes service de cette vision : virtuominéral, végétal, animal - es- sité du dessinateur (qu'il fauprit aussi - : la comparaison dra exposer un jour), maîtrise du Footballeur (1964) avec la du coloriste dont l'ironie est Locomotive (1969) est à cet nourrie des leçons du passé, égard très éclairante. Dans les XVIe et XVIIIe siècles en partideux cas, la forme centrale qui culier. se dessine sur fond de ciel est Le fait que la peinture de Dapratiquement semblable. Ce qui do nous concerne ici et maintediffère, c'est l'organisation des nant avec pareille acuité prouve éléments dont elle est formée: la pérennité d'une certaine figubeaucoup plus complexe, diverration classique. Il fait aussi sifiée, et synthétique en 1969 apparaître la répartition toujours où, de plus, une nouvelle dimen- plus accusée de la peinture acsion temporelle succède à l'antuelle. Il existe bien aujourd'hui cienne simultanéité, grâce à la deux peintures. L'une qui a vu se hiérarchisation du détail. succéder pop, op, et qui après le La cOilfrontation des œuvres mini-mal nous amènera sans récentes et anciennes dissipe au doute le maxi-mal. Branchée sur C.N.A.C. les ambiguïtés que poul'extériorité, vivant et s'épuivaient laisser naître les toiles sant au rythme exténuant de la isolées. le détail anecdotique mode vestimentaire et des perd toute autonomie, son pulmass-media, elle a pour destilulement marquant la mort du nation de structurer notre envi" sujet -. De même est balayée ronnement. (Le sens caché des la tentation d'intégrer Dado dans premiers Martial Raysse n'estla tradition du fantastique bosil pas, entre autres, l'actuelle chien ou dans la postérité du affiche de Michel Polnareff?). surréalisme. Certes il use de A cet art de la ponctuation, s'opla tératologie et d'une imagerie pose l'autre peinture qui alimenqui défie apparemment le réate la répression, la recherche du alisme de la quotidienneté. Cesens, qui est faite pour une pendant il n'y a plus dans la contemplation que l'image claspeinture de Dado ni récit, ni hissique, neutre, possède toujours toire, au service d'une idéolole pouvoir de satisfaire. Et dans gie; et if ne s'agit pas davanun accrochage de l'intell igence tage d'onirisme, d'évocation et de la splendeur duquel il faut symbolique de l'inconscient ou rendre hommage aux organisad'exploration de couches arteurs, Dado témoigne de la vitachéologiques. . lité de cette peinture-là. En fait, la vision de Dado est une cosmologie. Cosmologie Françoise Choay qui, malgré l'apparence passéiste de son écriture (et c'est là le lien essentiel avec le surréalisme) est d'une extraordinaire activité. Bien davantage que les (1) Centre National d'Art Contempoporain jusqu'au 23 février. horreurs de la guerre et de l'après-guerre évoquées dans Galerie Daniel Cordier en 1960 et l'Entretien avec Dado du cata- (2) 1964. Galerie André-François Petit IO.Ç1ue.. bien m.ieux Q.ue .1 'hi.sro.i.r.e 1967. ~~

1 LA VIE ANIMALE

24 F

2 ASTRONOMIE

26 F

préface de Paul Couderc

3 PHILOSOPHIES ET RELIGIONS 4 LE MONDE ANTIQUE

5 (a) DE L'ANTIQUITÉ A NOS JOURS: L'EUROPE 5 (b) DE L' ANTIQUIT~ A NOS JOURS: LE MONDE MOINS L'EUROPE

du 3 au 28 Février

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Encyclopédie sous la direction de Roger Caratini

vient de paraître

n° 6 VISAGES DE LA TERRE (Géographie) préface de Maurice Le Lannou. professeur au Collège de France

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POLITIQUE

Pour un socialisme démocratique

Roger Garaudy Le grand tournant du socialisme Coll. « Idées» Gallimard éd.

blème soVietique. L'accumulation démographique et technique n'est pas la seule possibilité de ce conti. nent et l'on aurait tort de -sous· estimér que la « révolution cultu· relIe » fut précisément l'acte social par lequel Mao a brisé la naissante bureaucratie dans un pays sans cadres et sous-développé - fût-ce pour la remplacer par une autre.

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On connaît le mot: • Il faut vingt ans pour. faire un homo me, ,une seconde pour le détruire•• Elargissons: il faut vingt ans pour faire un stalinien, quelques minutes pour le libérer de sa logique malade. Avec ou sans autocritique !... Regardez Roger Garaudy : saine éducation bourgeoise, teintée de christianisme et de « mauria. cisme», révélation communilte, fidélité pathétique après le «- pacte » amenant le jeune homme en camp de concentration algé. rien, député après la victoire et la résistance, leader de la pensée tho· rézienne et farouche pourfendeur d'hérétiques. Et pourtant, pour lui aussi, après Lefebvre, après Mo· rin (1), après tant d'autres, l'heure sonne de l'interrogation générale. Il est intéressant de cons· tater que le mouvement stalinien multiplie régulièrement les pré· textes: l'Espagne, la Yougoslavie, la Hongrie, la Chine, la Tchécos. lovaquie. « Détruire, dit·elle» semble dire la bureaucratie établie en place de 1;. Révolution.

Lu c pou belles de l'histoire lt

n fut un temps où ces hérétiques se perdaient dans ce que les agents du régime appelaient alors les 4( poubelles de l'histoire ». Mais il en va de ces « poubelles ~ comme de celles où Beckett loge ses pero sonnages : elles servent de tribune. On y parle souvent plus haut et plus net que du haut des loges fleuries de l' « appareil ». Ainsi, Roger Garaudy. La Tché. coslovaquie lui révèle dans une illumination fulgurante la vanité d'un système qu'il n'avait jusque là jamais mis en cause, jamais contesté, fut·ce intérieurement. Il y découvre non seulement la seule réalité ouverte au socialime mon· dial, mais aussi l'impitoyable exigence de la bureaucratie de l'appa. reil soviétique d'écraser tout ce qui se réclame du communisme au

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Roger Garaudy.

sens plein du mot, c'est·à·dire de la démocratie directe contrôlée par les intéressés eux·mêmes... Et de livre en livre, par un glis. sement rapide mais imperceptible, du Problème chinois à Pour un modèle français du socialisme (2) jusqu'à ce dernier ouvrage qui sert de plate-forme à toute l'opposjtion communiste et qui dominera son prochain Congrès, Garaudy s'éton· ne d'avoir si longtemps subi la fascination bureaucratique, et sug· gère des voies nouvelles.

Le livre est vif, aigu, aisé à lire. Le marxisme de Garaudy n'est certainement pas celui d'Althus. ser, l'actuel idéologue de la bureaucratie officielle du parti français. Le marxisme de Garaudy n'est pas philosophique, il tente d'être réaliste, c'est-à·dire léninien.

Deuxmodèl..

L'auteur examine donc les deux modèles proposés à l'avenir de la planète, le modèle américain et le modèle soviétique. C'est pour rappeler que le capitalisme dans sa phase la plus développée ne ressemble en rien au capitalisme du siècle dernier et que Je mar· xisme le plus conséquent ne

consiste pas à ramener magique. ment les sociétés en l'état ou elles étaient au temps des premières locomotives, mais à le situer dans sa vérité présente': celle de la cybernétique et de l'a'utomation. Le régime américain est devenu un complexe militaire industriel qui porte avec lui ses chances de survie et ses chances de destruc· tion ou d'évolution. Ce n'est pas en attendant que joue la loi de la (( paupérisation absolue » que s'ef. fondrera la puissance capitaliste. C'est en développant elle-même ses possibilités, en créant ou en suscitant des forces qui l'approcheront d'une originale et irrésis. tible solution démocratique. De même, l' U. R. S. S. est devenue un complexe bureaucrati. co·militaire ; ses chances de réali. ser le communisme à partir du socialisme autoritaire et accaparé par une classe dirigeante avide, bien' que non intéressée directe· ment au partage des bénéfices, sont nulles. Les efforts considérables tentés pour rattraper le retard in· dustriel entre les deux guerres ont sans doute été « payants », mais le stalinisme a eu le tort de penser que la dictature d'une classe poli. tique, aujourd'hui établie et cons· tituée, puisse encore donner un sens au communisme. Et la Chine? C'est sans doute la faiblesse du livre de Garaudy que d'escamoter le problème chinois en le faisant dépendre du pro·

Du moins, apparaît dans le livre de Garaudy cette idée qu'aucune des formules sociales et économi· ques proposées aujourd'hui aux hommes ne saurait constituer un m 0 d è 1 e ou un i d é a 1 pour lesquels les hommes dus. sent mourir et se battre. Cela permet à l'auteur de définir, à la lumière de l'exemple yougoslave et de l'exemple tchécoslovaque, une possibilité de socialisme démocratique et moderne qui intégrerait l'action réelle et critique des groupes 8OCia~x divers compe· sant ce que l'on appelle sottement (Oh! Ortega y Gasset!) les « masses» : la société vivante implique l'action critique et conti. nue des intéressés sur l'Etat et le pouvoir, combinée avec les' tech. niques libératrices.

Le masoehl.me stalinien Mais comment le communisme actuel pourrait-il admettre cette simple vérité et donner à la « gauche» française aujourd'hui pervertie et vagabonde une vitalité que le « Kriegspiel » politico-syn. dical ne saurait lui apporter? Assurément, quelque chose pèse ici qui explique ce masochisme stalinien, cette continuité dans le fanatisme (3). Certes, ne sous·esti. mons pas le cartésianisme français épris d'absolu qui, à l'exemple d'un Il gallicanisme catholique» qui ne put jamais se séparer de Rome, reste ultramontain et ohsé" dé par les vérités massives et calmes (confortables) de la Mecque. Comment s'étonner que la réalité se venge lorsque l'on veut la coucher dans le lit de Procuste ? Garaudy assure que le socialisme démocratique, celui qui constitue le Il grand tournant » actuel résul· tera d'une action commune et d'un


THEATRE

Le massacre ~ontrôle de tous les groupes so.ciaux, ce que Marx appelait contre Hegel la « société ci\cile » opposée à l'Etat et ses délégués ou commissaires de tout poil. Sans le savoir, ou le sachant peut-être, Garaudy esquisse cette synthèse de la pen. .~ée· révolutionnaire de Proudhon pt de la pensée révolutionnaire de Marx sans laquelle il ne peut exis· ter en Europe de mouvement réel, de changement radical.

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L'idéologie de l'Internationale était universaliste et en appelait à la spontanéité révolutionnaire des « masses» ; comme le fait aujourd'hui le c( maoïsme ll, la grève de 1920 en appelait à la dynamique de la base contre les appareils établis. Cinquante ans de centralisme bureaucratique ont peut-être fait des martyrs et entraîné (au nom du nationalisme russe) la victoire .contre le nazisme. Ils n'a pas fait La révolution. Une organisation qui a fourni tant de preuves de son incapacité devrait-elle être .conservée ? C'est la que tion que 'pose Garaudy. Faute d'y répondre, on devra s'attendre à d'autres ·c( Mois de Mai », d'autres retours à la contestation. Les vieux diri. geants du parti et de l'appareil, les jeunes technocrates communistes si près de s'entendre avec l'appareil bourgeois r.entralisateur français ne sont pas comme on dit .« condamnés par l'histoire », ils piétinent.

Si les survivants échappent à l'épidémie, ils seront punis d'une autre mort. Ceux qui ne sont pas morts sont mourants, les autres par peur se précipi· teront dans le suicide. La mort, accident individuel d'un rêve collectif, accident collectif d'un rêve individuel.

En définitive, la solution ne leur appartient plus. Ni Garaudy, ni ~es ennemis dans le parti ne' remporteront la victoire. Comme le disait Marx, l'homme entre dans l'histoire à reculons. Qui sait, si llemain, ce qu'on appelait le « Tiers Monde» n'imposera pas une solution qui rende également absurde l'utopie de cc science fiction » des Américains rêvant ,d'une richesse infinie et continuellement développée et celle des Soviétiques imposant un ordre bureaucratique à l'univers?

Jean Didier 1. La Somme e~t le re~te, de Lefebvre, Autocritique de Morin restent des livres Il('\uels, toujours répétables pour ce « ressassement éternel II du stalinisme. 2. Seghers, 1967 et Gallimard, 1968. 3. A la fin de la guerre, le parti corn· muniste avait attiré à soi tous les cadres et les intellectuels; la rigidité de sa politique a éloigné en quelques années tous ceux qui lui auraient assuré une dignité intellectuelle.

Eugène Ionesco Jeux de massacre Gallimard, éd. (à paraître).

La nouvelle pièce d'Ionesco a été créée au Schauspielhaus de Düsseldorf dans une mise en scène de Stroux. Le thème en est la destruction de la population d'une ville par une épidémie.

L'épidémie, comme une pluie de rayons, tombe sur la ville, touchant les uns ou les autres sans même que la contagion éta· blisse de relais apparents. La mort dans le mot qu'on prononce ou dans le pas qu'on aventure au-dehors ou dans le blottissement chez soi. La mort est un hasard objectif. Aucune garantie, rien contre cette présence. Trop de coïncidences nous ont fait abandonner la piste de la coïncidence. Les gens meurent au hasard, dit un personnage. On meurt aussi malgré soi. C'est pour cela que beau· coup de personnes, les personnes polies, meurent en s'excusant.

« Cette mort

est politique" La pièce est une succession de scènes où les personnages, appartenant à toutes les catégories sociales, projettent leur propre signification dans la mort, tentent d'humaniser l'événement en le réduisant à "histoire. La mort comme produit de la société - comme crime de la pauvreté, crime de la richesse la mort, complot contre la société, complot à l'intérieur de la société - la mort punition la mort œuvre de Dieu sans Dieu. Cette mort est politique, dit l'un d'eux. La révolte. L'action. La violence. Je ne promets pas la disparition du mal mais je promets que la signification en sera différente.

La Quinzaine littéraire, du 1- an 15 février 1970

Décor de Jacques Noël pour Jeux de massacrc.

Le sens vient de la mort du sens. Il n'y a plus de significa· tion, il n'y a que les signes indéchiffrables du mal. Mon mari me disait que la plupart des gens vivent dans l'incohérence. Ils n'ont pas de mœurs précises. Il paraît qu'ils en meurent. Si les autres pièces de Ionesco étaient autant de différentes approches de ce thème: l'angoisse de la mort, dans Jeux de massacre il n'y a aucun méan· dre, aucune démarche circulaire, mais un affrontement direct avec la mort. La menace n'a pas le temps de creuser ses galeries ni le discours de se dérouler puisque le projet n'a pas le temps de se projeter, puisque la mort tombe d'aplomb. Le rythme de la pièce est celui de l'instant renouvelé à toute allure. La répétition tue le temps. L'événement est imprévisible et pourtant ce n'est plus une surprise, dit quelqu'un, on a déjà pris l'habitude, dit quelqu'un d'autre en s'écroulant. - Il n'y a pas d'avenir Rien n'est à venir. Tout est à prévenir. - Mieux vaut prévenir que guérir. - Rien n'est vrai· ment prévisible. - Rien n'est vraiment guérissable. Pas même le prévisible. Pas même le curable, - Surtout pas le prévisible ne peut être prévu, Dans Le Roi se meurt l'agonie était un instant qui n'en finissait plus, qui durait le temps de la vie du Roi, de son éternité. A l'opposé, la cadence de la mort dans Jeux de massacre est de

toutes les secondes. L'étirement ou le rétrécissement de l'illstant ont aussi peu de valeur l'un que l'autre. Partant de ce postulat, Ionesco utilise tous les effets de raccourcis comiques. L'événement étant hors de proportions, la narration insuffisante à l'exprimer, la crédibilité dépas· sée, cela donne: En quittant 1. maison de mes amis, ils étaient deux. Je suis allé chercher le journal et je suis revenu. Je suis monté, eh bien, j'ouvre la porte et je vois onze cadavres éten· dus. Plus loin: Ce qu'il faudrait savoir, ce qu'il faut bien établir, c'est ceci: Se sont·i1s multipliés de leur vivant ou après ? En tous cas, cela s'est fait en cinq minutes. Dans une atmosphère de panique, le comique d'Jones· c9 se faufile toujours plus insidieux, toujours plus corrosif. Il est urgent de vivre, il est inutile de vivre puisqu'on n'a pas le temps de vivre. La mort à tous les coins de rues et de chambres de cette ville interrompt tout discours et le transforme en une seule pensée chargée d'impatience et d'im· puissance, en une seule inter· rogation sans réponse. L'humanité n'est que t'avortement d'un Dieu qui, lui-même, n'a pas eu le temps d'être formulé. Ionesco a rêvé cette mort collective autour de lui pour ne pas mourir seul. S'il pouvait mourir d'autre chose que de la mort, comme il serait heureux! Simone Benmussa

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Vauthier chez Maréchal à ces figurines de répertoire. il

Iean Vauthier Le sang Lyon, Théâtre du 8'

1

infuse un sang nouveau, qui n'est plus le sang répandu, celui de la cruauté voulue par la fiction théâtrale, mais celui qu'on donne, et qui est feu, vie, amour. Accoucheur d'actes et d'hommes, il découvre dans cette création une étrange communication avec ses acteurs, avec l'un d'eux surtout, Marcel Bozonnet,jeune acteur très prodigieux, au lyrisme éperdu, cassé. proche d'Artaud, c'est-à-dire avec l'acteur-Duc, cette ordure en qui il fait jaillir le sublime. Je tiens ce duo lyrique pour un des plus grands moments de théâtre que j'ai connus. Parve· nu sur ces cimes, - proches de Corneille - , de la générosité, de l'héroïsme et de l'amour, Bada, dégoûté du sang et de la cruauté, fait dévier la pièce. expédie au plus vite le scénario initial avec cadavres amoncelés - . et en rigolant. pour finir la pièce.

Voici donc l'œuvre monumentale. Depuis deux ans que Maréchal l'avait commandée à Vauthier pour sa compagnie du Cothurne, on l'attendait. De· vant une telle. richesse. une telle magnificence, une telle complexité aussi, car l'œuvre est singulièrement savante - . on admire, on écoute; on s'jnterroge aussi. « Mon.elgneur, noui tren.· formon.... ; le monde tourne et la création ne s'arrête pas·». Le démiurge qu'on voit à l'œuvre sur le théâtre est aussi un artiste, - ou un esthète : « J'ai étreint la Beauté.... je suis un musicien... Viens bâtir la Beau· té... Nous allons à l'harmonie ». Cet artiste a lu Nietzsche et Prométhée le hante : par quoi est· il conduit? « Par un appétit sans mesure, par une volonté prodigieuse, par l'amour des hasards contrôlés... Lève-toi, mon vouloir, que je sois dans mon ciel... Je ne suis qu'action ». Créer et détruire, détruire pour créer. est son essentielle passion. « Car il me faut tuer la horde permanente... Il vient changer le tout... Il fait le compte de ceux qu'il faut tuer ». Alors, c'est qui? Tamerlan? Trotsky? (C'est Audiberti qui les rapprochait). Mais le Christ et saint Paul sont aussi passés par là et la Charit~ souffle par larges bouf· fées.

Bref, le nouveau Bada a pris de la dimension. Car c'est lui qui est revenu : le poète, naguère • empêché ., est devenu acteur-metteur en scène. Quoiqu'il en dise, Vauthier n'échappe pas à Bada, non plus que Jarry n'a échappé à Ubu. Il l'avait laissé, le Don Quichotte historien, après Capitaine Bada et Badadesques, toujours aux prises avec tui-même, et le verbe. et la femme, et le monde, • personnage combattant ., prisonnier d'une impossible quête, - d'amour de poésie - , toujours empêché d'incarner dans des mots, - ces pauvres, ces glorieux mots aussi vains qu'enivrants - les formes qui peuplent son rêve. Voilà qu'au·

Le sang.

jourd'hui Vauthier semble avoir voulu le venger de son sort mal· heureux, l'arracher à sa prison et lui permettre de s'accomplir: Bada rejoint le monde.

il ne manipule encore que la création théâtrale.

le voilà donc, ce fUs de l'élisabéthain Vauthier, en train de jouer et mettre en scène une On le souhaitait, ou plutôt on horrifique tragédie dans le goût œuvre dont il souhaitait voir Vauthier échap- élisabéthain, per à Bada, se projeter sur le est l'auteur - , tragédie de la siècle, et empoigner l'Histoire vengeance, inspirée d'Hamlet et et la Cité des hommes; car, de Cyril Tourneur, avec morts avec sa démesure lyrique et entassés, sang à foison, coubouffonne, son verbe magnifi- ronnes qui tombent, ducs ou que et violent ou familier jus- rois se succédant en cascade, qu'à l'ordure, son sens du mons- une de ces tragédies où se retre et de la dérision, Vauthier percute assez bien d'ailleurs, est aujourd'hui avec Genet, le un monde de bruit et de fureur. seul dramaturge en mesure de Mais voilà que soudain, le soir nous renvoyer à travers la dé- de la • première ., ce • perturrision lyrique, l'image du monde bateur tonitruant •• possédé du qui est le nôtre. Seulement voi- démon de la vie et de la créalà : ce monde que Bada rejoint tion, se met à tout changer, à aujourd'hui, il ne le rejoint que improviser, à casser les situadans l'imaginaire, il n'en rejoint tions, à en réinventer d'autres, que la métaphore, il n'en mani- bref à violer et contester sa pule que la représentation; on pièce, obligeant du même coup a choisi pour lui comme lieu. les acteurs à se hausser à son de ses actes, non pas l'Histoire, propre niveau d'imagination, à mais une scène de théâtre; de- se dépasser, à être eux-mêmes. venu auteur-metteur en scène, à retrouver la beauté et la vie;

Evidemment, cette œuvre admirable est narcissique au suprême degré, elle est nourrie des fantasmes de Vauthier, de sa difficulté d'être et de créer. et du sens charnel que prend pour lui la création théâtrale. Evidemment, cette œuvre de 3 heures et demie, très compliquée -- chaque phrase devant à la fois « servir la pièce conventionnelle et le second thème qui la viole » comme dit Vauthier - exige du vaste public qu'elle cherche à atteindre un effort fécond mais difficile. Son outrance, sa démesure lyrique - jointe pourtant à une rigueur d'écriture proprement musicale - , son goat forcené du verbe, prennent à contrepied un public que le théâtre contemporain a rarement soumis à un tel exercice ni convié à une pareille fête. Et pourtant, on est très audelà d'une simple réflexion sur la création théâtrale, et des poncifs pirandelliens. On entend dans cette œuvre, ~ comme c'est souvent le cas aussi pour un autre dramaturge dit • réactionnaire ., Audiberti - , on entend un é.trange appel à changer la vie, et à changer l'homme; elle nous dit, cette œuvre, pour qui veut entendre, elle nous dit, comme Rimbaud, que la vraie vie est absente, et


Opérette qu'il y va de notre vie que l'imagination prenne le pouvoir, même si elle doit commencer par détruire. Cela est sans doute plu s subversif que conservateur. Ouand on entend Bada-Maréchal, dans un· aveu solennel, proclamer qu'il a agi cc pour le rire le plus grave et la vie la plus gaie, pour que les vivants échappent aux morts ", quand il clame que « tout le faux-semblant nous paraît aujourd'hui, et toutes nos vérités toujours nous attendent dans la blancheur des autres à venir n, quand surtout on l'entend à la fin, dans une incantation magnifique, faire éclater ce cri: « Je veux ce qui demeure dans la vie de nos jours, et, par-delà les siècles et ·Ies façons de vivre, je veux l'élan, les noces, les noces dans les causes inventées les plus hautes, et nommées perpétuellement perdues, et jamais expirées », on ne m'empêchera pas de trouver à ces appels fraternels un accent révolutionnaire. Je suis fatigué, depuis des années que je l'aime, de dire le génie d'acteur de Maréchal, dont la mise en scène, qui gouverne ici quelque 40 acteurs, semble construite, appelée, et comme soutenue par son jeu démesurément lyrique, dont elle est le prolongement et l'orchestration. Porteur de feu, semeur de doute, donc de vie, ivre de mots, pratiquant dans l'ivresse et la dérision la joie de casser pour construire, passant du sublime au bouffon dans un tumulte de dislocations fulgurantes, Maréchal, depuis sa rencontre avec Vauthier, continue d'animer Bada de ce souffle qui animerait la glaise (le Duc le disait). La force conjuguée de Vauthier et de Maréchal dérange, on en ricane dans les grenouillères des bureaucrates et des gens de lettres, et les journaux écoutés distillent un fiel hypocrite. La puissance créatrice fa i t peur, comme aussi l'appel à créer et à échanger la vie. Il faut bien croire que cela est subversif, puisqu'on vient de punir Maréchal en amputant sa troupe (elle, et elle seule, parmi les autres centres dramatiques) de 11 % de ses subventions. La médiocrité gagne. Gilles Sandier

Opérette.

Witold Gombrowicz

Opérette

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Traduit par C. Jelenski et G. Serreau Denoël, Lettres Nouvelles

Dans plusieurs études déjà anciennes (1) , nous avions associé le théâtre de Genet à celui de Gombrowicz comme étant dans la littérature contemporaine d'avant-garde les deux seules œuvres théâtrales importantes qui, bien que dans deux perspectives différentes, 0 n t pour sujet l'Histoire et la lutte des forces historiques. Il nous était apparu en effet qu'il y avait une étroite parenté entre les Bonnes et Yvonne, Princesse de Bourgogne, mais surtout entre le Balcon et le Mariage. Seulement, nous avions alors l'impression que Genet s'était par la suite séparé de Gombrowicz dans la compréhension du processus historique et sa transposition imaginaire. Car, si les Bonnes, le Balcon, Yvonne et le Mariage ne s'ouvraient sur aucun espoir de transfor-

La Quinzaine littéraire. du 1- au 15 février 1970

mation qualitative et niaient toute perspective d'avenir, cette perspective apparaissait dans les Nègres de Genet et, surtout, constituait la signification centrale de sa dernière œuvre, les Paravents, première pièce à héros positif et, implicitement, première pièce optimiste du théâtre français d'avant - garde dont la signification est synthétisée dès la première réplique: Rose! (...) Je vous dis rose! Le ciel est déjà rose. Dans une demi-heure le soleil sera levé... (u.) (2).

Or, depuis la rédaction de ces études, est parue la dernière pièce de Gombrowicz, Opérette (3), qui montre que la parenté entre les deux écrivains était beaucoup plus profonde que nous ne le pensions et qu'au cours des dernières années l'œuvre théâtrale de Gombrowicz avait pris le même tournant et s'était orientée dans la même direction que celle de Genet. Opérette est en effet une pièce optimiste à héros positif qui reprend l'univers d'Yvonne

et du Mariage dans la perspective de la révolte et du triomphe de la jeunesse. Le personnage central est entièrement positif: Albertinette, la jeune fille qui refuse tous les costumes dont essaient de l'habiller elle aussi bien que l'Histoire - soit les anciennes classes dominantes d'Yvonne - ici le Prince et la Princesse Himalay, le Comte Agénor ou le Baron Firulet - , soit les révolutionnaires staliniens du Mariage - représentés ici par leur dirigeant Joseph (Staline), le Professeur (marxiste) qui se met à sa disposition et les Valets qui le suivent. Le triomphe d'Albertinette qui débarrassera l'histoire de tous ses costumes (idéologiques) est dû à son alliance avec les deux jeunes Chapardeurs dont Agénor et Firulet avaient voulu se servir pour atteindre leurs buts en les calomniant par la suite et qu'ils avaient menés en laisse au grand bal qui constitue le point nodal de la pièce. Véritable chronique de mai-

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Gombrowicz

juin 1968, dans la perspective devenue commune à l'œuvre de Gombrowicz et aux jeunes, étudiants et ouvriers, qui en mai 68 ont rompu avec les valeurs anciennes et affirmé pour la première fois, dans un mouvement grandiose qui a ébranlé la société tout entière, l'existence de nouvelles forces historiques et l'espoir d'un monde vraiment humain, la pièce reprend le monde d'Yvonne : la Cour, le Prince et la Princesse, le Comte. Agénor et le Baron Firulet, le • cher Curé" qui vient de célé. brer l'office pour le • cher Bon Dieu", l'ensemble des Seigneurs préoccupés d'un seul problème, extrêmement important, il est vrai, • Les tabourets de Lord Blotton" (p. 52) ainsi que ses. gilets lI; et aussi celui du Mariage: Joseph, l'agitateur révolutionnaire, le Professeur qui se met à son service et les Valets; seulement, en ce qui concerne les personnages valables, à la place d'Yvonne, de Dieu et de l'Evêque, nous avons maintenant la jeunesse.: Albertinette et les Chapardeurs. Sur tout cela règne Maitre Fior, dictateur de la mode en Europe qui doit décider du sens de l'His.toire: Fior: (...) La mode... la mode ne peut marcher contre le temps, / Car la mode c'est le temps. La mode c'est l'Histoire! , Ai-je raison si je dis Que la mode c'est l'Histoire ? .. Le Prince: C'est l'Histoire! (pp, 58-59) Le Prince espère beaucoup de lui car Le Prince: (.oo) A l'époque où nous vivons, en ces temps socialisto-démocratiques et athéistosocialistiques, le vêtement est devenu le plus puissant bastion de la classe supérieure. (...) C'est notre façon à nous, la classe supérieure, de nous isoler de la classe inférieure. C..) (p. 32) Malheureusement, Fior est désemparé, il ne sait plus quelle serait la mode à venir ni ce qu'il doit décider. Joseph, l'ancien val et devenu révolutionnaire, propose d'organiser une fête à laquelle chacun viendra avec le costume de son choix recouvert d'un sac; à un moment choisi les sacs seront ôtés pour dévoi-

1er les différents costumes et Maitre Fior pourra choisir la solution qui lui paraîtra la plus valable. En formulant sa proposition Joseph, qui se fait encore passer pour le Comte Hufnagel, espère, bien entendu, imposer son costume. Son idée acceptée, il partira au galop, entrainant tout le monde dans la course, notamment les Valets féroces et barbares. L'acte Il nous présente le bal. Seule, Albertine d e man d e qu 'on renonce à tout vêtement (idéologique) pour atteindre à la nudité. Agénor et Firulet sont indignés. La plupart des invités perdent même la faculté de parIer d'une manière significative et ne lancent plus que des sons incohérents. Le Prince et la Princesse se préoccupent toujours des • tabourets de Lord Blotton " et, de temps en temps, reconnaissent l'un ou l'autre des invités (par exemple • Le cher Curé de notre cher Bon Dieu!", p. 81). Finalement. Firulet et Agénor lâcheront les Chapardeurs, ce qui entraînera la panique et le désordre général.

Dans l'acte III, les personnages ont perdu leur identité; quelques-uns se sont même transformés en objets: le Prince est devenu lampe, la Princesse table, le Curé femme; c'est la révolution. Tout cela débouche sur la tempête, la folie générale et la perte de toute significatian: FIor: Ce sont les masques qui se torturent. Ah ! retrouvez vos vrais visages! Tous: La tempête, la tempête! Le Général, le Banquier, la Marquise : Oujtoukoukmako-Patatou-boubou1gou-I ou1ougoulouI ! Fior (comme un dément) : Touiétouk-iiiiitoubo/i-tavatiiii ! Tous (comme des déments) : Taftatoukouiiiii-tioukalapatalou! (Vent. Tonnerre. Obscurité.) (pp. 126-127) Mais le ciel s'éclaircit et la pièce se termine par la victoire de la jeunesse; Albertinette et les Chapardeurs imposeront la nudité qu'acceptera même Maître Fior. Le rideau tombe sur la

2 février

Malatesta

Montherlant

Comédie Française

Françoise Dorin Molière

Théâtre Antoine Th. Daniel Sorano, Vlncenne

3 février Un sale égoïste L'école des femmes

4 février

Le mystire de la charlt. Péguy

St. des Champs-Elysées

de Jeanne d'Arc Zoé ou le bal de. Chlman..

André Martel

Th. de Plaisance

5 février Comment M. Mocklnpott Peter Weiss fut libéré de .es tourments

Th. Daniel Sorano, Vincennes

Le songe d'une nuit d'6t6 le.s beaux Jour.

Shakespeare Beckett

Th. des Variétés Th. Récamier

Lenz

Th. de l'Ouest Parisien

11 fl§vrler Le précepteur

19 février Molière Le Misanthrope L'év6nement - en regardant. Guy Foissy tomber le. murs

reprise par tous les personnages sauf Albertinette et les Chapardeurs qui, eux, apporteront la réponse: Les Chapardeurs: C'est nous! C'est nous! C'est nous! (p. 141) Ce schéma de l'action est assez évident pour ne pas avoir besoin d'être interprété. Soulignons seulement que sa nouvelle perspective a permis à Gombrowicz d'aller directement à l'essentiel: toutes les idées principales de la révolte de mai 1968 y sont: le rejet des valeurs de l'ancienne société et des classes dominantes, le refus du stalinisme, la dialectique du maître et de l'esclave, la réification, le nouveau sens que la jeunesse imposera à l'Histoire. On serait tenté de dire que les événements de mai ont permis à Gombrowicz de se contenter d'une transposition pre s que schématique et transparente de la réalité, en créant dans une remarquable synthèse la première expression littéraire du mouvement et des forces qui s'y sont exprimées. Seulement - et cela montre à la fois le génie de Gombrowicz et l'importance de l'étude scientifique des œuvtes littéraires pour fa compréhension de la société globale - cette pièce n'est pas une chronique mais une anticipation. Elle a été écrite et publiée en 1966... Lucien Goldmann

d'Aubervilliers

9 février

o

question de ce dernier: Fior: (oo.) Je ne comprends pas Mais que faisait-elle Dans ce cercueil? (p. 141)

Th. Daniel Sorano, Vincennes Th. de la Cité Universitaire

1. • Le théâtre de Genet. Essai d'étude sociologique. in Contributions à la Sociologie de la Connaissance, revue du Laboratoire de Sociologie de la Connaissance. Ed. Anthropos et C.N.R.S., nU 1, 1967. • Le théâtre de Gombrowicz.. Par. 9OOe, nU 212/32, Milan, 1967. 2. Les Paravents. L'Arbalète 1961, p. 13. Nous attachons une certaine Importance au fait qu'à partir de l'analyse sociologique des Paravents nous avions pu diagnostiquer dès 1966 "éclosion possible de forces historiques nou· velles et la crise à venir. 3. Opérette est actuellement représentée, Salle Gémier. dans une mise en scène de Jacques Rosner.


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La Quinzaine littéraire

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Une nuit, les morts se lèvent de leurs tombes, traquent les vivants pour les dévorer et s'approprier cette vertu unique, la Vie. Sur ce thème, George A. Romero a réalisé, avec The Night of the Living Dead, une variante du film d'horreur centrée sur la figure archétypale du mortvivant. du zombie. qu'illustrèrent, entre autres. des cinéastes c 0 m m e Jacques Tourneur (1 walked with a zombie, 1943) et tout récemment John Gilling (The Plague of the Zombie, 1966).

Rattachant cette résurrection à l'action des radiations atomiques sur le cerveau des cadavres (1), Romero a fait autre chose que mettre une touche moderniste sur un sujet traditionnel. Grâce à l'emploi pertinent des moyens spécifiquement cinématographiques et une organisation très élaborée de l'espace filmique. il invite visible· ment à une interprétation sociopolitique du film, perçu dès lors comme un modèle représentatif de l'inconscient collectif américain. Le choix du groupe des rescapés. barricadés dans une maison isolée en pleine campagne et soutenant toute une nuit les assauts des morts-vivants, est déjà significatif. La jeune fille, Barbara, qui était allée se recueillir sur la tombe de son père au cours de la première séquence, reste traumatisée et décomposée par la peur, Passive comme une opinion publique qu'on manipule, silencieuse comme la majorité de référence du président Nixon, elle est le jouet de volontés extérieures et sera dévorée par son propre frère. Elle est presque toujours filmée sous des angles obliques et insolites, le visage distordu en gros plan ou le corps inscrit dans le trajet terminal de lignes spatiales déformées. Un couple de jeunes fiancés assume, avec gentillesse et soumission, la même fonction. Ils serviront la chair fraîche à

un festin des morts-vivants, La famille américaine est représentée par un père égoïste. hargneux. raciste. lâche, hâbleur. son épouse tyrannisée et résignée, et une fillette contaminée par une morsure de mort-vivant. qui dévorera une partie du corps paternel, le bras droit, et tuera sa mère en lui lardant le corps de coups de truelle - poussant ainsi à leur extrême accomplissement des tantasmes pré-œdipiens d'une forte cohérence. Enfin, seul personnage « positif ., seule figure lumineuse de ce sombre ensemble, un Noir promène à travers le film sa longue silhouette agile et musclée, rapide et efficace, organisant la construction des barricades ou une tentative de fuite, tenant les morts-vivants à distance à l'aide d'un pied de table allumé en torche, arme phallique et puissante qu'il manipule en maître. comme le fusil que le mari jaloux cherche à lui arracher. Tandis que tous les autres personnages présentent un comportement d' é che c qui apparente le film à un long cauchemar, le Noir se distingue par des gestes précis, sombres. adéquats. " est volonté de lutte, énergie, ténacité, la véritable force de vie et d'amour opposée à l'invasion des morts-vivants. Dans ce lieu clos où la peur règne souverainement, lui seul représente une ouverture. un espoir. La description et l'organisation des statuts, rapports et tensions de cette micro-société renvoient manifestement à une vision spécifique de la société américaine et révèlent un choix politique du réalisateur.

Ce petit groupe de vivant. Ce petit groupe de vivants, liés/séparés par la peur et le désir de survivre, est plongé dans un espace qui lui est homogène: un espace fermé, étranglé donc angoissant, noué, c'està-dire nœud et lieu de la convergence, de la focalisation, des rencontres et des éclatements des contradictions internes des individus, des contradictions internes du groupe, des menaces externes représentées par les morts-vivants, et des promesses externes de secours dévelop-


Morts-vivants pées par les autorités à travers les ondes. La multiplicité des angles de prises de vues, un montage heurté, l'exploitation des axes obliques, verticaux et horizontaux de la maison, des plongées et contre· plongées, composent un espace dense, heurté, haletant, vacillant, ambigu: abri, mais abri troué, barricades poreuses par où la mort va s'infiltrer parce qu'elle est comme appelée de l'intérieur. Cet espace est comme pourri à ses deux pôles verticaux: au sommet d'un escalier gît un cadavre à la tête affreusement mutilée et décomposée, et en bas, dans la cave, se trouve étendue la fillette-zombie, dans l'attente de son heure de dépècement cannibalique; cependant qu'à son niveau horizontal, au rez-de-chaussée, la maison est le lieu strident, invivable, des affrontements hystériques ou des pétrifications catatoniques des personnages.

Un lieu promis à la déoomposition Un tel lieu ne peut qu'être promis à la décomposition: l'espace interne sera investi, à la fin du film, par les sujets de l'autre espace, les morts-vivants de l'espace du dehors, de l'espace mortifère, traité par le réalisateur en larges plans généraux, gris ou noirs, statiques, aplatis, simplement sillonnés par la progression lente, molle, vis que use, inéluctable des morts-vivants. Romero a eu la remarquable idée d'introduire une troisième valeur spatiale qui assume une indispensable fonction informative, mais surtout constitue une pièce essentielle de l'organisation structurelle du film et des perspectives d'interprétation qu'elle suggère: c'est l'espace de la télévision, capté et interrrogé par les vivants assié· gés - espace synthétique ou dialectique, qui découpe, conjugue, dynamise, noue et disjoint les deux espaces précédents : espace absent/présent, interne/ externe (l'en dehors saisi au dedans), mortifère/vivant 0 u vivable/invivable (en m ê m e temps qu'il énonce l'ampleur

des massacres, il nomme les abris et les protections).

Au oentre de la maison Logé au cœur, au centre, de l'espace interne de la maison, et se déployant en même temps, dans et autour de l'espace externe mortifère, l'espace télévisé réunit les caractéristiques antagonistes des espaces précédents et les transforme en complémentaires. Représenté par un reporter, l'armée, l'administration, la police et la défense civile, il définit la société globale comme le lieu où règnent la peur, la haine, la violence, la terreur de l'autre (tensions de l'espace interne), et comme champ où peuvent se répandre des êtres comme les mortsvivants. Il suffit d'un simple retournement de cette dernière figure pour que le thème du zombie devienne lecture d'une réal ité sociale: abandonnant l'écran, les morts-vivants deviennent les vivants-morts - vivants qui vivent quotidiennement leur mort, de la mort et dans la mort, parce que de toutes parts investis par les forces de mort. La société perçue à travers le film est une société en état de décomposition.

L'inoonsoient amérioain Dans cette perspective, le film de Romero apparaît un peu comme l'effet d'un «travail de la peur" dans l'inconscient américain. Le rapprochement des thèmes du mort-vivant, de la radioactivité atomique et de l'abri aboutit à une figure historique précise de la réalité américaine: l'abri anti-atomique comme mécanisme de défense, plus fantasmatique que réelle, contre la grande peur atomique. C'est un prêtre américain, le révérend L.S. McHugh qui dessine déjà, dans la revue hebdomadaire des Jésuites, «America ", la dynamique du film de Romero : « Si vous êtes déjà en sécurité dans votre abri, et si d'autres personnes cherchent à y pénétrer, vous pouvez les traiter comme des agresseurs, et utiliser tous les moyefls à va-

La Quinzaine littéraire, du r au 15 lévrier 1970

tre disposition pour les repousser.» (2) A plus forte raison si les agresseurs, atteints de radioactivité, sont déjà des « morts-vivants " ... Et un officier de la défense civile estimait que cc le Nevada aurait besoin d'une milice de 5.000 hommes capable de repousser une invasion des Californiens qui chercheraient à fuir l'extermination nucléaire... » (2). La séquence finale du film de Romero éclaire sur les actions qu'accompliraient ce genre de miliciens. Mais il n'y a pas que dans la réalité américaine que le thème des morts-vivants trouve son ancrage; le fond du décor (ou les sources) demeure Hiroshima et Auschwitz; dans Hiroshima mon amour, Resnais, montrant des Japonais mutilés par la radioactivité et étonnamment semblables aux morts-vivants du film de Romero, rappelle qu'après l'explosion, des espèces inconnues ou disparues sortirent de terre. Dans La Nuit des Morts· Vivants, le conseil donné par les autorités de brûler les morts-vivants et la séquence finale constituée de photos un peu floues des morts-

vivants abattus et crochetés pour être jetés dans des bra· siers font inévitablement penser à Auschwitz. Il n'y a pas loin des « atrocités" de l 'histoire à l'atroce d'un film d'horreur. Romero ne sait pas toujours doser correctement les facteurs perception - émotion - intellection si délicats à équilibrer dans le film d'horreur. Mais, satisfaisant pleinement à la loi du genre, qui est de manifester concrètement, avec chair et sang, la transgression de la mort, la Nuit des Morts·Vivants montre comment le film d'horreur peut donner à percevoir, à sentir, à saisir, à l'intérieur d'un système mythique ou fantasmatique, des obsessions historiques et sociales parfaitement caractérisées. Roger Dadoun

1. Une idée voisine est longuement exploitée dans le film d'Arthur Crabtree, Les monstres Invisibles (1958), où la pensée libérée du corps capte l'énergie atomique et se matérialise en cerVeaux-vampires. 2. Cité par Fred J. Cook, Les valltours de la guerre froide, Dossiers des Lettres nouvelles, Julliard, 1964.

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COLLECTIONS

.. Pomy" Aux quelque douze collections du Seuil et à la dizaine de revues éditées et diffusées par ses soins, viendront bientôt s'ajouter deux nouvelles collections et une revue. Sous la direction de Bruno Flamant, la collection • Points. a pour ambition première de renverser le système en vigueur dans l'édition française en s'efforçant d'instituer de nouvelles formes de collaboration entre les différents éditeurs. Axée, du moins dans ses débuts, sur des ouvrages de réflexion, • Points. reprendra au format de poche non seulement les titres du fonds mals aussi des livres parus chez d'au,tres éditeurs et qui pourront ainsi être mis à la portée des étudiants et du grand public. La production, ainsi qu'on pourra en juger par les premiers volumes à paraitre, sera articulée aütour de deux types d'ouvrages: des. clas-

slques. de la linguistique, de la critique littéraire, de la sociologie et, de façon générale, de toutes les disciplines des sciences humaines, et des études particulièrement représentatives de recherches actuelles en ces domaines. Mais. Points ., dont le rythme de parution sera de deux volumes par mols. se veut avant tout une collection ouverte. Aussi accueillera-t-elle, le cas échéant, des Inédits, voire des ouvrages de fiction qui, sous ce nouveau format et à ce tarif modique. pourraient ainsi trouver une fortune nouvelle. Premiers titres : Histoire du surr6aIIsme. par Maurice Nadeau; Une thé0rie scientifique de la culture, par B. Malinovsky; Malraux, Sartre, Camus et Bernanos, par E. Mounier ; L'homme unidimensionnel, par H. Marcuse; Ecrits 1. par J. Lacan (anthologie précédée d'une Introduction Inédite de l'auteur) ; le Phénomène humain, par

FEUILLETON

par Georges Perec

Teilhard de Chardin, ... Cols blanc:a. ..... par CW. Mllls; L1"'rature et tion. par J.-P. Richard; MythoIog . par R. Barthes. U

Poétique "

La collection • Poétique., sous la direction de G. Genette. H. Clxous et T. Todorov, est consacrée aux problè· mes théoriques de la littérature. Elle entend refléter l'évolution des études littéraires qui. après avoir longtemps fait figure de parent pauvre, ont acquis au cours de cette décennie, grâce au développement général des sciences humaines et à l'intérêt qu'a suscité dans le public les polémiques créées autour de la • Nouvelle criti· que., son autonomie, c'est-à-dIre sa méthodologie et son objet propres. A la différence de • Tel quel. ou de • Change ., • Poétique. ne se veut pas représentative des recherches d'un

groupe particulier. Son ambition est de manifester et de favoriser le renouveau actuel des études portant sur la littérature en tant que telle, dans ce qu'on a appelé sa • littéralité ., et non plus seulement dans ses circonstances extérieures ou sa fonction documentaire. Il s'agit pour elle de promouvoir une poétique ouverte dont le champ s'étend à toutes les littératures, française ou étrangères. sans exclure ces manifestations plus ou moins proches que sont le folklore et les communlcatl9ns de masse, etc. Aussi accueillera-t-elle la collaboration de nombreux auteurs étrangers dont les travaux n'étalent connus jusqu'Ici que des seuls spécialistes et dont le meilleur exemple est fourni par V. Proff. structuraliste avant la lettre dont les analyses sont considérées dans le monde entier comme fondamentales, ou par René Wellek et Austin Warren dont l'ouvrage Intitulé la Théorie Iitté· raire a été traduit en quinze langues

la plupart des habitants de W sont groupés dans quatre agglomérations que l'on nomme simplement les • villages • : il yale village W, qui est sans doute le plus ancien, celui qui fut fondé par la première génération des hommes W, et les villages Nord-W, Ouest-W et Nord-Ouest-W, respectivement situés au nord, à l'ouest et au nord-ouest de W. Ces villages sont suffisamment proches les uns des autres pour qu'un coureur à pied partant du sien à l'aube et traversant sûccessivement les trois autres soit revenu à son point de départ avant la fin de la matinée. Cet exercice est d'ail· leurs extrêmement populaire et de nombreux directeurs sportifs l'ont choisi comme prélude aux séances d'entraînement, non seule· ment pour les coureurs de fond, mais pour tous les athlètes, y compris les lanceurs, les sauteurs et les lutteurs. la route qui réunit ces villages est particulièrement étroite et l'usage s'est vite établi de pratiquer cette mise en train matinale en respectant un sens unique, en l'occurence le sens des aiguilles d'une montre. C'est évidemment un grave manquement à la règle que de courir à contre-sens. Dans la mesure où la notion de péché est, sinon inconnue à W, du moins complètement intégrée à la morale sportive (toute faute, volontaire ou involontaire, cette distinction n'ayant sur W aucun sens, entraîne automatiquement la disqualification, c'est-à-dire la défaite, sanction ici extrêmement importante et parfois même vitale), le non-respect d'un usage, quand il n'est pas lié à la compétition, ne peut avoir qu'une signification de défi : sur cette base très simple s'est échafaudé le mécanisme, assez complexe, qui régit les rencontres entre villages. Il faut, pour comprendre ce mécanisme, qui est un des piliers de la vie W, préciser quelque peu cette notion de • village. : les villages ne regroupent pas la totalité des habitants de W, mais seulement les sportifs et ceux qui, tout en ne pratiquant plus aucun sport, tout en ne participant plus aux compétitions, sont directement nécessaires aux sportifs: les directeurs d'équipe, les entraîneurs, les médecins, les masseurs, les diététiciens, etc. Ceux dont l'activité est liée non aux individus, mais à leurs combats, c'est-àdire, dans l'ordre décroissant de la hiérarchie et des responsabilités, les organisateurs, les directeurs de course, les juges et les arbitres, les chronométreurs, les gardiens, les musiciens, les por· teurs de torches et d'étendards, les lanceurs de colombes, les balayeurs de piste, les serveurs. etc., sont logés dans les stades ou dans leurs annexes. les autres, ceux dont l'activité n'est pas ou n'est plus directement en rapport avec le sport, c'est-à-dire, principalement, les vieillards, les femmes et les enfants, sont logés dans un ensemble de bâtiments situés à quelques kilomètres au


et en est à sa dixième édition aux Etats-Unis. Premiers titres : Introduction l la littérature fantastique. par T. Todorov; la Morphologie du conte, par V. Propp; la Théorie littéraire, par René Wellek et Austin W,arren: Dans la même perspective, la revue • Poétique. dont le premier numéro paraitra en février et qui sera publiée avec le concours du Service des Publications de la Sorbonne, se propose de promouvoir la connaissance de la • littéralité • aussi bien dans le monde universitaire que dans l'ensemble de ce public qui, en lisant, s'Interroge sur ce qu'est la littérature. cc

Le sens commun··

Cette collection, dirigée aux Editions de Minuit par Pierre Bourdieu, directeur du Centre de Sociologie Européenne, porte à la fois l'empreinte

d'une maison qui s'est toujours illustrée par son Indépendance d'esprit et son goilt du risque, et d'un organisme qui se situe à contre-courant des Idées dominantes de la sociologie officielle, refusant, notamment, la traditionnelle dichotomie entre théorie et emplrle, statistique et • étude du terrain -. Créée en 1968, elle a contribué à combler un certain nombre de lacunes et nous lui devons la découverte de toute une série d'ouvrages jusque-Ià méconnus en France ou, pour employer un néologIsme, • occuités. pour des raisons plus ou moins avouables : tantôt parce qu'ils prenaient le contrepled des modes régnantes, tantôt parce que pillés systématiquement par certains spécialistes qui, on le salt, ne tiennent guère dans ce cas à voir leurs sources divulguées. C'est le cas d'études telles que De l'homme, essai

sud·ouest de W et que l'on nomme la Forteresse. C'est là que se trouvent, entre autres, l'hôpital et l'Infirmerie centrale, l'asile, les maisons de jeunes, les cuisines, les ateliers, etc. Ce nom même de Forteresse vient du bâtiment central, une tour crénelée, presque sans fenêtre, construite dans une pierre grise et poreuse, une sorte de lave pétrifiée, et dont l'aspect évoquerait assez celui d'un phare. Cette tour sert de siège au Gouvernement central de W. C'est là que, dans le plus grand secret, sont prises lés plus Importantes décisions, celles qui, en particulier, concernent l'organisation des principaux Jeux, les Olympiades, les Spartakiades et les Atlantiades. Les membres du Gouvernement sont choisis parmi les organisateurs et dans le: corps des juges et arbitres, mais jamais parmi les athlètes. La gestion d'une cité sportive exige en effet une impartialité totale, et n'importe quel. athlète, quelle que soit par ailleurs son honnêteté, son sens du fair play, serait trop tenté de favoriser sa propre victoire ou, à défaut, celle de son camp, pour respecter jusqu'au bout la neutralité implacable des juges. D'une manière plus générale, aucune fonction administrative, à quelque échelon que ce soit, n'est confiée à un athlète en exercice : les villages et les stades (niveaux en quelque sorte municipaux du Gouvernement) sont gérés par des fonctionnaires nommés par le pouvoir central et généralement choisis parmi les chronométreurs et les directeurs de course (on entend pas « directeur de course un sous-organisateur responsable du déroulement régulier d'une épreuve; il convient de ne pas le confondre avec un «directeur sportif. (ou « directeur d'équipe -) responsable de l'entraînement et de la bonne condition des athlètes). En somme, sur W, un village est à peu près l'équivalent de ce qu'ailleurs on appellerait un « village olympique ., de ce qu'à Olympie même on appelait le Leonidaion, ou encore de ces camps d'entraînement où des sportifs d'un ou de plusieurs pays viennent faire des stages de mise en condition à.la veille des grandes rencOl)tres internationales. Chaque village possède, outre les logements des athlètes, des pistes d'entraînement, un gymnase, une piscine, des salles de massage, une infirmerie, etc. A mi-chemin de chaque village, se trouve un stade, de dimensions assez modestes, qui est réservé aux compétitions entre les deux villages qui lui sont connexes. A peu près au centre du quadrilatère formé par les quatre villages, se trouve le stade central, beaucoup plus important, où ont lieu les Jeux, c'est-à-dire les compétitions opposant des représentants de tous les villages, et ce que l'on nomme des « épreuves de sélection -, c'est-à-dire des rencontres opposant les villages non La Quinzaine littéraire, du 1- au 15. février 1970

d'Interprétation globale du phénomène humain primitif, par Ralph Unton: Asiles (études sur la condition sociale des malades mentaux) , par Ervlng Goffmann, dont les recherches ont opéré une véritable révolution méthodologique dans le domaine des sciences humaines; Linguistique, par Edward Sapir, œuvre d'une Importance fondamentale pour la réflexion linguistique actuelle; Essais sur le langage, par E. Cassirer, N. Trubetzkoy, E. Sapir, R. Goldsteln, etc., ensemble de textes dus à des auteurs venus d'horl· zons très différents mals qui, en dépit des clivages qui les séparent, s'efforcent de délimiter un champ conceptuel commun à l'Intérieur duquel s'est constituée la linguistique moderne; Structure et fonction dans la société primitive, par A. R. Radcliffe-Brown, structuraliste avant la lettre et ·dont les écrits, échelonnés entre 1924 et 1952, ici rassemblés, mettent en œuvre les concepts clefs des sciences de

l'homme; les tomes 1 et Il des Œuvres' complètes de Marcel Mauss. Et nous en arrivons à l'un des prin· clpaux objectifs de la collection • Le Sens Commun., qui est de donner à de jeunes chercheurs la possibilité de publier leurs premières œuvres, de permettre à des auteurs inconnus mals dont les options méthodologiques se situent à l'avant-garde de la recher· che, de faire entendre leur volx au même titre que tel ou tel auteur consacré. A paraÎtre: E. Cassirer : Œuvres complètes. E. Nadel : AnthropologIe. G. Bateson : Naven.- La culture du peuple latmul de la Nouvelle-Guinée révélée à travers l'étude d'une cérémonie Naven.

connexes. On comprend en effet que W, par exemple, peut se rencontrer quotidiennement avec Nord-W (sur le stade qui leur es~ commun à ml-chemin de W et de Nord-W) et avec Ouest-W (sur le stade à mi-chemin de W et de Ouest-W) mals n'a que peu de chance de se battre avec Nord-Ouest-W avec qui il ne partage directement aucun stade. De même, Nord-W n'a que peu d'occasions de rencontre avec Ouest-W. Il y a donc entre les villages des chances de rencontre assez différenciées. Comme cela se produit souvent, cette différence a exacerbé l'opposition des villages entre eux; par une sorte de réflexe « villageois -,les athlètes finissent par considérer les athlètes du village qui ne leur est pas connexe comme leurs pires ennemis. Les rencontres entre deux villages non connexes sont donc animées. par un esprit combattif, une agressivité, une volonté de vaincre, qui donnent à ces compétitions un attrait que les rencontres entre villages connexes et, a fortiori, les épreuves de classement à l'intérieur d'un sèul village, n'ont pas toujours. , Les compétitions, on le voit, sont donc de quatre sortes; tout en bas de l'échelle, il y a les championnats .de classement où les athlètes d'un même village gagnent le droit de participer aux rencontres inter-villages. Ensuite viennent les championnats locaux. Il y en a quatre : W contre Nord-W, W contre OuestW-, Nord-W contre Nord-Ouest-W, Ouest-W contre Nord-Ouest-W. Puis les « épreuves de sélection - qui opposent, soit W à Nord~ Ouest-W, soit Nord-W à Ouest-W. Enfin les Jeux, qui sont au nombre de trois: les Olympiades, qui ont lieu une fois par an, les Spartakiades, qui ont lieu tous les trois mois et sont, exceptionnellement, ouvertes aux athlètes non classés dans leur village; et les Atlantiades, qui ont lieu tous les mois. La date des Jeux est fixée par le Gouvernement central. Les au~ tres rencontres sont régies par le principe du défi: tous les matins, au moment du tour de mise en train, un athlète d'un des villages, désigné la veille au soir par son directeur sportif, part à contre· sens et défie le premier athlète qu'il rencontre. Trois posslbili~és peuvent se présenter: ou bien l'athlète qu'il défie est un athlète de son propre camp, et les compétitions du jour seront des cham· pionnats de classement internes; ou bien il appartient à l'un des deux villages connexes, et ce seront des championnats locaux; ou bien il appartient au village non connexe et ce sera une rencontre de sélection. (A suivre.)

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TOUS

LES

LIVRES

Livres publiés du 5 au 20 janvier 1970 ROMANS :rRANÇAIS Pierre Boulle Quia absurdum Julliard, 224 p., 15 F. Nouvelles cruelles et tendres sur l'absurdité du monde et la pérennité de la condition humaine.

A travers la chronique d'un bourg du sud-ouest de la France, une description chaleureuse et colorée d'une province en pleine mutation. • Jean Cayrol Histoire d'une prairie Seuil, 176 p., 16 F. voir notre nO p. 5

• André Dhôtel Un jour viendra Gallimard, 296 p., 20 F. Un roman où l'on Philippe Boyer retrouvera Mots d'ordre l'atmosphère Série «Change envoûtante dont Dhôtel Seuil, 224 p., 21 F. a le secret Un roman Inspiré (voir les no 31 et 72 par le «jeu du pendude la Quinzaine). .à travers les phases duquel l'auteur projette les jeux René Floriot dialectiques La vérité tient à un fil qui gouvernent Flammarion, 280 p., 16 F. nos sociétés. L'histoire, à peine Imaginaire, d'une erreur judiciaire. Bénigno Cacérès Le bourg Jean-Marie Guillaume de nos vacances Seuil, 160 p., 16 F. Marla·Teresa

Préface de J. Laurent Ch. Bourgois, 144 p. 15 F. Un premier roman qui est le récit, fait à la première personne, d'un homme qui recommence sans cesse son premier geste sexuel. Ahmadou Kourouma Les soleils des Indépendances Seuil, 208 p., 18 F. Une fresque savoureuse, mëlée de proverbes mallnkés, sur le petit peuple de la Côte-d'Ivoire. Daniel Sarne Noir est le cavalier Julliard, 176 p., 15 F. La chronique d'une famille de propriétaires ruraux ardèchols premier roman. Franck Thieriet Le Péruvien

Julliard, 256 p., 18 F. Un premier roman qui a pour cadre Nancy. et pour héros un homme qui revient au pays après trente ans d'absence. Elsa Triolet Le rossignol se tait à l'aube Gallimard, 160 p., 15 F. Une dizaine d'hommes et une femme réunis à la fin de leur vie et tous complices d'une jeunesse commune, à la recherche de ce qui est et de ce qui fut.

ROMANS ETRANGERS eJorge Luis Borges A. Bioy Casares Chroniques de Bustos Domecq Trad. de l'espagnol par F. Rosset

• Lettres NouvellesDenoël, 176 p., 17,70 F. Vingt chroniques Imaginaires à travers lesquelles deux géants des lettres' sud-américaines mettent joyeusement en pièces la • modernité -.

qui consacre la sottise et la cruauté. Hans Hellmut Klrst Il n'y il plus de patrie Trad, de l'allemand par Dorothée Tlocca Coll. «PavillonsLaffont, 352 p., 22 F. Un roman de polltlquefiction d'une actualité brûlante, tant par les milieux où se situe l'action que par les Intrigues qui s'y déroulent.

Ray Bradbury Un remède à la mélancolie Traduit de l'américain par J. Hardy Denoël, 256'p., 8,50 F. Un recueil de nouvelles • Constantin Paoustovski par l'auteur Le destin de Charles des • Chroniques LoncevlIIe et autres martiennes - et de histoires • L'homme lIIustré-. Traduit du russe par Lydia Delt et Véra Varzi Miroslav Karleja Gallimard, 308 p., 21 F. Je ne joue plus Un recueil de nouvelles Trad. du serbo-croate par l'auteur par J. Matillon de « L'histoire Seuil, 272 p., 24 F. d'une vie - (voir le nO 3 Le cri de révolte de la Quinzaine). d'un des plus grands romanciers yougoslaves actuels Magda Szabo contre un ordre social Les parents perdus

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POaSIB Georges Badin Titre, pluriel, sujet Mercure de France, 64 p., 11 F.

l. Ferlinghetti Un regard sur le monde Traduction française 'Par M. Beach et C. Pélleu Edition bilingue 'Ch. Bourgols, 224 p., 18 F. .Max Jacob Sallades suivi de Versions infernales, Fond de l'eau, Sacrifice Impérial, Rivage, les Pénitents en maillots roses Préface de C. Roy Gallimard, 280 p., 25 F. Six recueils de poèmes tirés à peu <d'exemplaires ,et aujourd'hui devenus introuvables.

Benjamin Péret Œuvres complètes Tome 1 : Le passager du transatlantique Immortelle maladie • Dormir, dormir dans les pierres • Le grand jeu • Je ne mange pas de ce pain·là • Poèmes inédits. Notice d'André Breton Nombr. illustrations. Association des amis de Benjamin Péret. Losfeld éd., 310 p.. 30,85 F. Emile Zola Les Rougon·Macquart Tome Il 73 illustrations Coll. • L'Intégrale. Seuil, 688 p.. 20 F.

BIOGRAPHIES MEMOIRES • Svetlana Alliluyeva En une seule année Trad. du russe par Nadiejda Gnedltz Lattont, 400 p., 26 F. La suite des souvenirs de la fille de Staline (voir le nO 39 de la Ouinzaine) . Louis Armand Propos ferroviaires Fayard, 248 p., 20 F. Un recueil d'Idées, de réflexions, d'anecdotes parfois dramatiques comme celles qui se rapportent au temps de la résistance, et qui toutes ont trait au monde du rail.

Robert Mallat 'St·Domlngue ,où je meurs 'suivi de Portrait d'Anne V ,Coll.• L'aube dissout les monstres· ·Plerre Jean Oswald, 128 p., 9,60 F.

Irving Stone Jack London, l'Aventurier des Mers Trad. de l'américain par Marie Matignon Stock, 330 p., 25 F. Une biographie passionnante et passionnée du grand romancier américain.

::REEDITIONS Alphonse Allais 'Œuvres Posthumes Tome VII Table Ronde, 508 p., 39 F. t'avant-dernier volume des œuvres complètes d'A. Allais, .qui reprend les contes et chroniques parues ·dans • Le sourire. de 1901 à 1905

CRITIQUB HISTOIRB LITTaRAIRE

IRené Daumal ru t'es toujours trompé Mercure de France, 256 p., 22,90 F. Un texte rare ·et des plus actuels qui éclaire :Ies positions du jeune Daumal sur le marxisme.

J.-M. Ballbé Le roman et la musique en France sous la Monarchie de Juillet Préface de P. Moreau Lettres Modernes, 286 p., 25 F. John Batchelor Existence et Imagination Trad. de l'anglais par M. Lerebu Mercure de France, 320 p., 31,20 F.

Edgar .Morin l'homme et la mort Seuil, 336 p., 18 F. Réédition d'un des plus _mportants ouvrages' .de Morin, paru en 1951.

La Quinzaine littéraire, du

r

au 15 février 1970

Un essai sur le théâtre de Monterlant.

et le traitement de la schizophrénie.

Bernanos Autour de Monsieur Ouine Ouvrage collectif sous la direction de M. Estève. Lettres Modernes, 248 p., 30 F.

Haim G. Ginott Entre parents et adolescents Trad. de l'américain par O. Werheimer Laffont, 224 p., 15 F Un guide célèbre dans le monde entier et qui aux U.S.A. en est au 50l)< mille.

des diverses tendances et écoles qui se dessinent aujourd'hui parmi les philosophes soviétiques. Julia Joyaux Le langage, cet inconnu S.G.P.P. éd. diffusion Denoël. 320 p., 31 F Une initiation à la linguistique et à la sémiotique.

qui ne rend pas compte de l'agressivité du monde moderne.

HISTOIRE

• Edouard Benes Munich Trad. du tchèque par S. Pacejka 35 illustrations Ecole Normale Stock, 460 p., 35 F Supérieure Par l'ancien Président de Saint-Cloud J Kahn-Nathan de la République Romantisme G. Trodjman • André Martinet Tchécoslovaque, et poiitique 1815·1851 Langue et fonction le sexe en questions le récit minutieux A. Colin, 374 p., 77 F. Traduit de "anglais avec la collaboration des trois journées Les communicéltions par H. et G. Walter de S. Masse, G. Sarfati qui devaient conduire présentées • Médiations. et C. Verdoux à la Seconde Guerre à l'Ecole Normale Gonthier, 208 p., 20,80 F Coll. • Femme· mondiale. Supérieure Un recueil Gonthier. 352 p., 26 F de Saint-Cloud, de conférences sur Le bilan d'une Jacques Benoit lors du Colloque la linguistique que fit expérience d'éducation Mourir pour Dantzig d'histoire littéraire André Martinet, sexuelle qui vient Table Ronde, d'avril 1966 il y a quelques années. de se dérouler dans 256p.,18F en Angleterre. certains établissements Le tragique destin Revel Elliot scolaires de la région de la Pologne: Mythe et légende parisienne. • Henri Serouya une étude historique dans le théâtre Les étapes de la qui, à travers de Racine philosophie juive Lexique de sexologie le passé récent Lettres Modernes, Antiquité hébraïque Denoël, 416 p., 15,60 F de ce pays, 'éclaire 286 p., 25 F. Grasset, 480 p., 36 F Réimpression sa problématique La pensée d'Israël dans d'un dictionnaire qui, actuelle. Ibarra toute sa multiplicité, de la bio-sociologie à la Borges et Borges de Philon au Talmud psychologie sexuelle, L'Herne, 200 p., 22 F. • B. Chevalier et à la Kabbale traite l'ensemble L'Occident Borges ou le • gal des faits sexologiques de 1280 à 1492 savoir •. humains. A. Colin, 256 p., 14,10 F BCIBNCRS Une période F. Landi-Bénos • Evelyne Sullerot de mutation, Emmanuel Roblès Droit de regard de contradictions, • Richard Feynmann ou Les Raisons Coll. • Femme. La nature de prise de conscience. de vivre Gonthier, 224 p., 15,60 F des lois physiques Coll. Jean Oswald Les réponses Trad. de l'américain Emile Coornaert 128 p., 12 F. de la célèbre sociologue par H. Isaac La Flandre française Le premier essai à tout un ensemble et J.-M. Lévy-Leblond de langue flamande critique, consacré de Questions à l'ordre c';.ms l'histoire Coll. à l'auteur du jour. • Science Nouvelle. Nombr. hors-texte de • Montserrat •. 30 ill. in-texte 408 p., 51 F 4 p. hors-texte L'histoire mouvante Jacques Viard PHILOSOPHIB Laffont, 216 p., 18 F des institutions, Les œuvres posthumes LINGUISTIQUB Par un Prix Nobel de Charles Péguy des faits et des idées de physique, au cours de avec la publication un panorama de deux millénaires. des textes de prose A. David·Neel l 'histoire des sciences du fonds orléanais En Chine physiques, de Galilée Lettres Modernes, W. O. Henderson Plon, 416 p., 27,50 F à nos jours, en même 264 p., 30 F. La révolution La philosophie chinoise temps qu'une méditation industrielle à travers deux de ses Coll. « Histoire illustrée: sur ces sciences. plus grands penseurs: de l'Europe • .Mo-Tsé et Yang-Tchou SOCIOLOGIE Flammarion, (V' siècle av. J.-C.l. PSYCHOLOGIB 216 p., 14 F ESSAIS ETHNOGRAPHIB Une des plus étonnantes: • Gottlob Frege transformations Les fondements P. Bize survenues dans de l'arithmétique Jean Cau C. Vallier l 'histoire économique Trad. de l'allemand L'agonie de la vieille Une vie nouvelle: de l'humanité: par Claude Imbert Table Ronde, le troisième âge la naissance Coll. • L'ordre 160 p., 13 F Denoël, 256 p., 29,50 F du machinisme. philosophique. Une méditation Un bilan des conquêtes Seuil, 240 p., 25 F nostalgique, de la gérontologie Traduit pour la première qui prend parfois Jacques Isorni fois en français, l'allure d'un pamphlet Histoire véridique A. Hoffer un ouvrage fondamental, entremêlé de souvenirs de la Grande Guerre H. Osmond paru en 1884, personnels, Tome 1\1 Comment vivre par le créateur 32 p. de cartes sur la démocratie. avec la schizophrénie de la logique moderne Flammarion. '. Nouvelle Bibliothèque Krishnamurti 592 p., 48 F Scientifique • Bernard Jeu Se libérer du connu Des Qrandes offensives: Flammarion, 256 p., 24 F La philosophie Trad. de l'anglais dans les plaines de l'Est Un ouvrage destiné aux soviétique Stock, 160 p., 18 F à l'enfer de Verdun. malades et aux familles, et l'Occident Pour un nouveau Mercure de France, qui explique en système de valeurs • Fernand Niel 560 p., 43,70 F langage clai.r les causes, capables de suppléer La civilisation Une photographie les symptômes des mégalithes celles d'un humanisme

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Plon, 384 p., 33,60 F Un. ouvrage de synthèse sur les q'Jelque 100.000 dolmens et menhirs aux origines mystérieuses répertoriés en' France aussi bien que dans le reste de l'Europe, en Asie et ~n Afrique.

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qui Illustre la • coupable Innocence " de la Suisse au milieu de l'Europe en feu.

critiques, scientifiques et théologiens.

Curtis Bill Pepper Jean-François Gravier Un artiste et le Pape La question régionale Ronald Seth Fayard, 196 p., 25 F Flammarion, L'histoire Smersh 240 p., 16 F de la rencontre Trad. de l'anglais Au-delà des vicissitudes par J. Brécart et de l'amitié qui naquit politiques entre Manzu et administratives, 30 Illustrations un ensemble . Stock, 300 p., 24 F et Jean XXIII à l'occasion L'historique • Giuliano Procaçcl de solutions en vue . Histoire des Italiens d'une des plus vastes de la commande d'une décentralisation • Arthur Schlesinger d'un buste en bronze. Fayard, 448 p., 30 F générale des pouvoirs entreprises d'assassinat La crise de confiance de tous les temp&, de décision. Une synthèse' Traduit de l'américain F. Rlbadeau-Dumas responsable, notamment, de l'histoire sous la direction Les magiciens de Dieu de l'exécution Henri Hartung et de l'évolution de Roland Mehl 12 p. hors-texte des peuples Ces princes Oenoë!, 312 p., 29,10 F de Trotsky. Laffont. 312 p.. 18 F qui, depuis l'an mil, du management La crise actuelle Les grands illuminés Fayard, 128 p., 15 F .Samlsdat 1 ont habité l'Italie de l'Amérique Le patronat français La volx de l'opposition des XVIII" et XIX" s. et contribué analysée par le célèbre et leurs rites magiques. au développement et les cadres devant communiste historien américain leurs responsabilités. en U.R.S.S. et à la civilisation Qui fut l'éminence grise .Paul Tillich de l'Europe. Coll .• Combats" des trois derniers Seuil, 616 p., 25 F • Théodor Herzl Théologie syst'matlque présidents des U.S.A. L'Etat juif Tome 1: Introduction, Réuni par l'équipe Oleter Wolf L'Herne, 128 p., 15 F Raison et r6v6latlon Doriot du journal • La Vérité -, Trad. de l'anglais Fayard, 448 p., 35 F un premier recueil Par le principal artisan par Fernand Ouellet des textes clandestins de l'autonomie Oue à un jeune historien Planète, 320 p., 26 F et du sentiment national allemand, qui circulent israéliens. L'œuvre majeure sous le manteau une biographie Guy Champagne de l'un des maîtres en U.R.S.S. Réédition très_ complète Après la drogue • Carlo Marighela de la théologie du numéro sl'lécial et une évocation Seuil, 240 p., 18 F protestante actuelle. Pour la libération fort vivante du climat de • La Vérité " Par l'auteur de paru récemment. du Brésil de cette époque. • J'étaiS un drogué -, Marlène Tulnlnga Traduit et présenté un violent réquisitoire Les religieuses Yves Ternon par Conrad Detrez contre la drogue Socrate Helman Grasset, 248 p., 16 F Coll. " Combats" POLITIQUB et contre les méthodes Une enquête, Seuil, 144 p., 12 F Histoire BCON'OMIB employées appuyée sur de la médecine S.S. Les principaux écrits pour la désintoxication Casterman, 232 p., 20 F des témoignages directs, du leader des guérillas des' drogués. S. Abou·Nldhal Un document hallucinant sur la révolution brésiliennes, La lutte armée arabe sur la plus fantastique silencieuse tombé au combat Congrès clandestin et l'Impérialisme perversion morale en novembre 1969. qui agite aujourd'hui Protocole secret 1: La bataille le monde que connut jamais et documents du 5 juin 1967 .J. Markiewlcz-Lagneau la médecine. des religieuses. du XIVCongrès L'Herne, 192 p., 21 F Education, égalité extraordinaire Une analyse Gabriel Vahanlan et socialisme du P.C. tchécoslovaque en profondeur La condition de Dieu Anthropos, RELIGION' (22 août 1968) des luttes passées, 174 p., 20,60 F Seuil, 176 p" 16 F présentés présentes et à venir Les problèmes posés Théorie et pratique par Jiri Pelikan Baruch du peuple arabe et une à la foi dans notre ère de la différenciation Trad. du tchèque Mon péché étude autocritique post-chrétienne. sociale par M.-B. Braud Table Ronde, des répercussions en pays socialistes. 256 p., 14 F Coll. • Combats politiques .Simone Weil Publiés Par le chroniqueur et économiques de la Attente de Dieu Politique de Nietzsche pour la première fols, religieux de • Combat ", défaite de juin 1967. Préface de J.-M. Perrin Présenté les débats de ce une méditation Fayard, 256 p., 20 F R.-J. Dupuy par . Congrès historique, sur le prêtre Gabriel Banon Où Simone Weil analyse A. Colin, 352 p., 14 F accompagné des temps nouveaux, Daniel Huguenin le sens p.rofond Un choix de textes des documents réformiste et socialiste. La parti de l'illumination qui visent et avant-projets de l'entreprise qui la fit passer à systématiser les s'y rappo.rtant. G. Cottier, A. Vogtle, Préface de M. Drancourt d'un agnosticisme conceptions politiques o Cullmann, Fayard, 154 p" 15 F anticlérical à une de Nietzsche. Bernard Millot L Malevez, K. Barth la nationalisation, recherche religieuse L'épopée Kamikaze Comprendre Bultmann l'internationalisation, qui l'absorba 16 p. de hors-texte .Anthony Sampson Seuil. 192 p., 18 F la socialisation jusqu'à sa mort. Laffont, 392 p., 28 F Les nouveaux La substance analysées sous l'angle Les origines profondes, Européens et la portée de l'entreprise les soubassements Trad. de l'anglais de la pensée et en fonction ARTS psychologiques par B. Willerwall du grand théologien des règles de ce phénomène Laffont, 384 p., 32 F protestant. de sa croissance. essentiellement nippon Par l'auteur de • John Berger l'. Anatomie que furent Art et révolution Le message spirituel Jean Esmein de l'Angleterre-. les attaques-suicides Trad. de' l'anglais de Teilhard de Chardin La révolution des aviateurs japonais par J. Bernard Texte établi culturelle au cours 80 illustrations par Claude Guénot • Gérard Sandoz Seuil, 352 p., 25 F de la Seconde Guerre • Lettres Nouvelles Seuil. 272 p., 24 F La gauche allemande les composantes mondiale. Denoël, 208 p., 21,80 F Les textes Julliard, 256 p., 18 F et les moyens Par l'auteur de du Colloque de Milan Par un correspondant d'expression d'une • La réussite et l'échec où la substance • Georges Piroué de ·l'A.F.P. et du révolution culturelle et la portée de Picasso" Le réduit national • Nouvel Observateur", Inintelligible (voir le n° 65 de la pensée de Teilhard Denoël, 184 p., 14 F une étude approfondie .à tout esprit de • La Quinzaine a). furent étudiées Un témoignage du parti actuellement non chinois et qui, un essai par une trentaine sur un épisode au pouvoir d'après l'auteur, sur le sculpteur de philosophes, de la dernière guerre en Allemagne Fédérale. a conduit à la

.le

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soviétique non-conformiste Nelzvestny. Marle-Antonolne de Helle Le Vleux·VersalIIes 30 dessins de Pierre Boudet Editions d'Art Henri Lefebvre, Versailles, 256 p., 45 F Une histoire de la ville rue par rue.

Arrabal Théâtre VIII Ars amandl • Dieu tenté par les math'matlques Ch. Bourgeois, 192 p., 20 F Deux • opéras panlques-. Jean·Pierre Bisson Le matin rouge suivi de Paroxlstlque Série " Théâtre en France " Pierre-Jean Oswald, 96 p., 7,50 F Une pièce non moins révolutionnaire par sa forme que par son contenu (voir le n° 69 de • La Quinzaine -).

HUMOUR DIV_RS Claude-Salvy Judith Paley Le livre des métiers féminins Flammarion, 368 p., 18 F Tous les renseignements nécessaires sur les métiers à domicile, les métiers à temps partiel, les métiers de recyclage. Jean Duché Pecus Laffont. 256 p., 20 F Une évocation facétieuse du sentiment religieux à travers les âges. Gérard Néry Jacques Poirier Monsieur Cyber Losfeld, 46 p., 30 F Un album de bandes dessinées pour adultes dans la grande tradition du genre. Jean Raspail Punch Caraïbe Secouons le cocotier/2 Laffont, 304 p., 15 F Le fruit d'un second voyage de Jean Raspail aux Antilles.


Livres de poche publiés du • • 5 au 20 JaDV1er 1970 LITTeRATURE Christine Arnothy J'al quinze ans ..t Je ne veux pas mourir livre de Poche Claude Aveline L'abonné de la ligne U livre de Poche Pierre Boulle planète des singeS livre de Poche

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René Boylesve La leçon d'amour dans un parc livre de Poche Gilbert Cesbron Une abeille contre la vitre livre de Poche Georges Duhamel 'Confesslons de minuit livre de Poche John Galworthy Le SlngEI blanc livre de Poche Benoite et Flora Groult Journal .\ quatre mains livre de Poche Paul Guth Saint Nalf Livre de Poche Philippe Heriat L'aralgnb du matin livre de Poche Mazo de La Roche le centenaire de Jalna Livre de Poche Jean de La Varenne Terre sauvage livre de Poche K.-A. Porter U nef des fous Livre de Poche H.-F. Rey la fête espagnole livre de Poche Albertine Sarrazin La traversière Livre de Poche Elsa Triolet Les manigances livre de Poche

POESIB Jules Laforgue Poésies complètes Préface de Pascal Pla livre de Poche

TlleATRE Max Frisch Monsieur Bonhomme et les Incendiaires Trad. de l'allemand

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par Philippe Pllliod Gallimard • Théâtre du monde entier. (Voir les nO' 18 et 48 de • La Quinzaine •.) Véra Panova Nadia Trad. du russe par G. Soria Gallimard • Théâtre du monde entier • A travers l'histoire d'un amour fidèle et malheureux, une image inattendue de la société soviétique d'aujourd'hui. Peter Weiss Comment Monsieur Mocklnpott fut libéré de ses tourments Texte français de Michel Bataillon La nuit des visiteurs Texte français d'Armand Jacob Seuil • Théâtre. Deux pièces inspirées par la tradition extrême-orientale et le jeu populaire de notre Moyen Age, par l'auteur de • L'Instruction. et de • Marat-8ade • (voi'r le n° 4 de • La Quinzaine .).

BSSAIS Max Gallo Histoire de l'Espagne franquiste Marabout Université Charles Guignebert Le monde Juif vers le temps de Jésus A. Michel • L'Evolution de l'Humanité. Mérimée Chronique du règne de Charles IX Livre de Poche Nikolaus Pevsner Génie de l'architecture européenne Livre de Poche Illustré L. et C. Sprague de Camp Les énigmes de l'archéologie Livre de Poche Stendhal De l'amour Préface de Del Litto Livre de Poche Paul van Tieghem Le romantisme dans la littérature européenne A. Michel • L'Evolution de l'Humanité.

Quinzaine littéraire, du 1-

GU

15 février 1970

• • Bilan de JanVIer

INeDITS Michel Barberousse Dictionnaire de la voile Préface de P. Vianney Seuil • Microcosme. Un dictionnaire de poche qui comprend 1.300 articles, 1sa croquis techniques et 150 photos.

LES LIBRAIRES ONT VENDU

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Clément Duval 'L'Iode Que sais-je? JaCQues G~utrat Dlctlonl'!a!re du ski Seuil • Microcosme. En 260 articles, 120 crOQuis et photos et 3 tableaux, un dictionnaire de poche à l'Intention des skieurs néophytes aussi bien que des skieurs chevronnés. Jaroslav Hasek L'école de l'humour Marabout Université Douze leçons pleines de verve sur les mécanismes, les travers et les absurdités d'une société abusive. Pierre Mathelot L'Informatique Que sais-je?

Ua.

1 Robert Sabatier

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Félicien Marceau Pierre Schoendoerffer Henri Charrière Max Qllvler-Lacamp Jorge Semprun Lucien Bodard Gilbert Cesbron Christiane Collange Eugène Le Roy

Les allumettes suédoises (Albin Michel) Creezy (Gallimard) L'adieu au roi (Grasset) Papillon (Lattont) Les feux de la colère (Grasset) La deuxième mort de Ramon Mercacler (Gallimard) Le massacre des Indiens (Gallimard) Je suis mal dens ta peau (Lattont) Madame et le management (Tchou) Jacquou le croquant (Calmann-Lévy)

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Liste établie d'après les renseignements donnés par les libraires suivants ; Biarritz, Barberousse. - Brest, La Cité. - Dijon, l'Université. - Issoudun Orléans. Jeanne d'Arc. - Paris, les AlIscans, la Hune, Jullen-Cornlc, Marbatuf: Marceau, Variété, Weil. - Rennes. les Nourritures terrestres. - Strasbourg, les Facultés et les ld6es' et les Arts. - Toulon, Bonnaud. - Tournai DecaI·, lonne. - Vichy, Royale.

Jean Mégret Le droit rural Que sais-je? Pierre Nord Jacques Bergier L'actuelle ~uerre secrète Encyclopédie Planète de Poche Michel Rochefort Catherine Bidault Mlcllèle Petit Aménager le territoire Seuil • Société • Comment remédier à l'inadaptation de l'espace où nous vivons. Gabriel Rougerie Géographie des paVS8Qes Que sais-Je? J. de Villers Le dictionnaire Marabout des pensées des auteurs du monde entier Marabout Service 5.000 citations de poètes, de romanciers, de philosophes et de savants de tous les temps et de tous les pays. Xavier Yacono Histoire de la colonisation fraOÇlllsa Que sal9-Je?

LA QUINZAINE LITTÉRAIRE VOUS

RECOMMANDE

Guillaume Apollinaire Antonin Artaud J.L. Borges et A. Bloy Casares Jean Cayrol

John Berger Maurice Blanchot Sigmund Freud Antonin lIehm O. Mannoni Laurette Séjourné

Lettres il Lou Lettres il Genlca Ath8naslou Chroniques de Bustos Domecq

Gallimard Gallimard Denoël LN

Histoire d'une prairie

Le Seuil

Art et Révolution L'entretien Infini La vie sexuelle Trois générations .Clefs pour l'Imaginaire Teotihuaean

Denoël LN Gallimard P.U.F. Gallimard Le Seuil Maspero

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Enquêtes • Interviews • Portraits Mémoires • Documents

L'Inde

Entre le journalisme et l'essai, entre le reportage et l'étude, Témoins réunit des ouvrages où les grands problèmes d'aujourd'hui apparaissent sous un angle inattendu. Il s'agit soit de documents bruts : mémoires, interviews, enregistrements au magnétophone comme Trois Générations de Antonin Liehm, Romanciers au travail, ou La Vida de Oscar Lewis, soit de récits qui livrent avec sa chaleur l'expérience toute crue de l'auteur: Un village. du Vaucluse de Laurence Wylie ou l'Aveu d'Artur London. -Des livres d'actualité que l'on pourra relire demain. Issus de tous les horizons politiques ou sociaux, littéraires ou scientifiques, ils voudraient traduire la sensibilité de notre époque et composer le dossier -de notre temps. HANNAH ARENDT

ARTUR LONDON

Eichmann à Jérusalem

L'Aveu

Rapport sur la banalité du mal.

Dans -l'engrenage du procès de Prague.

MIGUEL BARNET

ANTONIN LIEHM

Esclave à Cuba

Biographie d'un" cimarron'; du colonialisme à l'indépendance.

Dr SYDNEY COHEN

LSD 25

Préface-enquête de Jean-Francis Held.

Trois générations Entretiens sur le phénomène culturel tcliécoslovaque. Préface de Jean-Paul Sartre

V.S. NAIPAUL

L'Inde sans espoir Relation de voyage.

'MAURICE COMBE

L'Alibi

Vingt ans d'un Comité central d'entreprise.

C.G.JUNG

"'Ma vie"

pour paraître prochainement VINCENT AURIOL

Mon septennat

(1947-1954)

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Les Républicains espagnols à Mauthausen. Préface de Pierre Daix

RENE VIENET

MICHAEL HARRINGTON

Enragés et situationnistes dans le mouvement des occupations

L'Autre Amérique 9. -

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Souvenirs, rêves et pensées.

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MANUEL RAZOLA et MARIANO CONSTANTE

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Une famille porto-ricaine dans une culture de pauvreté: San Juan et New York.

Un village du Vaucluse Romanciers au travail FAULKNER - PASTERNAK - MAURIAC - E. M. FORSTER - THORNTON WILDER - HENRY MILLER - SIMENON HEMINGWAY - ROBERT PENN WARREN - LAWRENCE DURRELL - MORAVIA - NELSON ALGREN - WILLIAM STYRON - TRUMAN CAPOTE.

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La Quinzaine littéraire  

La Quinzaine littéraire propose la chronique d’ouvrages principalement contemporains, appartenant aux champs des lettres, des arts, ou des s...

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