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Information & Bibliothèque classifications et systèmes de recherche au service de l’usager

Mémoire de fin d'études Quentin Lambert Information Design READi Design Lab L’École de Design Nantes Atlantique 2018/2019


Mémoire de fin d’études Quentin Lambert Information Design READi Design Lab L’École de Design Nantes Atlantique 2018/2019


Mémoire de fin d’études Quentin Lambert Information Design READi Design Lab L’École de Design Nantes Atlantique 2018/2019


Information & Bibliothèque classifications et systèmes de recherche au service de l’usager


Abstract


Abstract

Français Ce mémoire, avec pour sujet « Information & Bibliothèque, classifications et systèmes de recherche au service de l’usager », présente la phase préliminaire d’analyse de mon projet de fin d’études, dans le cadre de mon Master en Information Design au READi Design Lab de L’École de Design Nantes Atlantique. Les bibliothèques ont évolué au cours des derniers millénaires pour proposer de nouveaux services et toujours plus de documents pour ses usagers. Ces derniers ont alors le besoin de s’y retrouver parmi toutes ces données pour mettre la main sur les documents qui leurs correspondent. Cette recherche vise à montrer les problèmes que les usagers rencontrent aujourd’hui dans les bibliothèques et comment nous pouvons améliorer l’expérience utilisateur pendant une recherche d’information grâce à des systèmes physiques et interactifs. Ce mémoire est une opportunité pour moi pour travailler sur les nouvelles formes de visualisation de données et d’interaction. Mots-clés : Bibliothèque, usagers, recherche, data, visualisation, recommandation, interactivité, tangible.

English This thesis about « Information & Bibliothèque, classifications et systèmes de recherche au service de l’usager », presents the preliminary phase of my end of studies project that I conducted during my Master’s Degree in Information Design at the READi Design Lab of L’École de design Nantes Atlantique. During the last millenniums, the libraries have evolved to offer new services and more content to users. The readers need to get used to this new environment, full of information, in order to find the right content for them. 9


Keywords : Library, users, research, data, visualization , recommendation, interactivity, tangible.

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Information & Bibliothèque

The purpose of this study is to highlight the problems that users are facing today in a library and how can we improve the user experience through the research process thanks to tangible and interactive systems. This thesis is an opportunity for me to work on new ways of data visualization and interaction.


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Sommaire


Sommaire

17 Introduction 23 Définition des termes 27 La Bibliothèque avec un B majuscule a. Histoire et contexte b. Les enjeux de ce lieu 49 La mauvaise expérience de l’utilisateur lors d’une recherche d’information a. Des usagers variés b. Les classifications et les problèmes qu’elles impliquent c. Le web et la folksonomie d. Les systèmes de recherche 81 La visualisation de données au service de la recherche d’information a. Les data visualisations b. De nouvelles possibilités pour l’usager 113 Conclusion 119 Bibliographie 123 Remerciements & Crédits 15


Introduction


Introduction

Nous sommes en 2018 après Jésus-Christ. Toute la planète est occupée par l’Internet… Toute ? Non  ! Un petit groupe d’irréductibles bibliothécaires résiste encore et toujours à l’envahisseur… Les bibliothécaires… vous savez, les garants des bibliothèques, ces bâtiments qui servent à garder des livres, ces bâtiments poussiéreux qui n’attirent plus personne dans nos villes, également ces bâtiments ennuyants où rien ne se passe… Pourtant, elles sont bel et bien là, et ce, depuis des millénaires. Pourquoi penser qu’elles n’ont plus leur utilité si elles perdurent et continuent à attirer ? Le Ministère de la Culture a montré grâce à une étude en 2016 que la fréquentation de ces lieux était en augmentation. 40 % des interrogés ont répondu s’être rendu dans une bibliothèque au cours de l’année précédente, ce chiffre était de 25,7 % en 1997, pourtant le nombre d’abonnés est en baisse. La technologie a redéfini notre manière de chercher et notre besoin d’information. C’est alors que les bibliothèques ont perdu leur place en tant que première source d’accès à l’information. Elles ont dû se réinventer pour proposer de nouveaux services aux usagers pour toujours être présentes. Avec la venue de nouveaux outils numériques, la recherche d’information est devenue plus simple et accessible qu’en bibliothèque. Déjà, nous avons tous à portée de main un smartphone ou un ordinateur alors qu’une bibliothèque… disons que c’est plus compliqué. Pourtant les bibliothèques continuent de fournir un nombre considérable de documents permettant de répondre à différents besoins  : s’informer, se divertir ou s’amuser… Mais qu’en est-il de l’usager parmi toutes ces données ? Ce mémoire a pour but d’étudier l’expérience utilisateur d’un usager lors d’une recherche d’information en bibliothèque. 19


Ce travail a pour but de cibler les éventuels problèmes pour l’utilisateur lors d’une recherche et de proposer à terme un nouvel outil, facilitant cette étape, qui sera alors développé avec mon projet de fin d’études.

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Information & Bibliothèque

Nous tenterons de répondre à cette question en nous concentrant sur le contexte, les usagers, leurs usages, leurs problèmes et les solutions possibles. Dans un premier temps, nous tenterons de redorer l’image des bibliothèques, souffrantes aujourd’hui d’un manque de considération. Nous retracerons leur histoire et leur évolution ce qui nous permettra de redéfinir ce qu’est une bibliothèque en 2018 et de pouvoir également dépoussiérer les enjeux d’un tel établissement au XXIe siècle. Ensuite, nous parlerons des utilisateurs de ces bâtiments. Qui sont-ils ? Que font-ils ? Pourquoi le font-ils ? Que ressentent-ils ? Nous les éplucherons comme nous épluchons un oignon et nous irons creuser du côté de la recherche d’information : quel est le problème ? Et finalement, je vous présenterai des solutions grâce à de nouvelles possibilités. Le numérique dans les années 70 a bien évolué et nous permet de faire de nouvelles choses en 2018 : de nouveaux systèmes qui ne sont pas, ou très peu exploités en bibliothèque.


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DĂŠfinition des termes


Définition des termes

Avant de rentrer dans le vif du sujet, nous devons mettre les choses au clair pour que vous poussiez me comprendre tout au long de ce mémoire. Je vais donc commencer par vous définir les termes principaux et récurrents pour éviter tout quiproquo. Comme nous le savons, la bibliothèque est le bâtiment où sont déposés, catalogués, rangés diverses collections de livres et autres documents que le public peut consulter ou emprunter [CNRTL]. C’est aussi le service public mis en place dans une ville ou un quartier, ce qui veut dire que par bibliothèque nous regroupons également le terme médiathèque qui est un type de bibliothèque où sont réunis différents médias, consultables et empruntables. Le lecteur va être la personne qui lit un livre ce qui pourrait exclure sémantiquement les individus qui viennent à la bibliothèque pour écouter de la musique [Schmidt et Etches, 2016] or CNRTL ajoute à la définition qu’il s’agit plus globalement des humains qui emploient la bibliothèque. Bien que le lecteur peut payer un abonnement, il n’est pas considéré comme un client, car ces établissements sont un service public. L’utilisateur est la personne qui se sert de la bibliothèque, plus communément appelé usager en matière d’expérience utilisateur comme nous le verrons dans la deuxième partie. Enfin, l’information concerne l’ensemble des connaissances réunies sur un sujet, ce qui peut être, dans le cas présent, les informations relatives à la bibliothèque, ses collections ou ses documents qui sont mis à disposition du public. Mais également les informations s’appliquant aux usagers, leur historique d’emprunts ou leurs centres d’intérêt…

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La Bibliothèque avec un B majuscule

a. Histoire et contexte

b. Les enjeux de ce lieu


La Bibliothèque avec un B majuscule

a. Histoire et contexte Commençons par le commencement. Les premières bibliothèques sont apparues pendant l’Antiquité, vers 4000 ans av. J.-C. [Barbier, 2013]. La première évoquée était en Mésopotamie, il s’agit du premier lieu de dépôt de textes. Mais il ne s’agissait pas de documents comme nous les connaissons aujourd’hui, il s’agissait de tablettes d’argile ou de cire sur lesquelles le contenu était gravé grâce à l’écriture cunéiforme. Cela demandait une bonne technique pour maîtriser son codage complexe. Ces tablettes servaient à raconter les épopées des rois, mais également de preuve pour la gestion de domaine par exemple, nous sommes alors dans l’aspect administratif des villes. C’est seulement vers le IIe millénaire av. J.-C. que les correspondances privées et d’affaires vont apparaître. La bibliothèque la plus ancienne et connue est la Bibliothèque d’Alexandrie, à Alexandrie même, autrefois capitale de l’Égypte. Le but d’Alexandre Le Grand était de créer une bibliothèque universelle [Oggioni, 2009], réunissant tous les manuscrits à un seul endroit : avoir un exemplaire de chaque document, c’est-à-dire avec d’autres termes, rassembler le savoir. Ce qui permettait à la lignée royale des Ptolémée d’affirmer sa puissance. Elle était construite à même Le Musée, un lieu d’enseignement et de recherche. La bibliothèque symbolisait déjà à cette époque l’accès à la connaissance. Les recueils n’étaient plus gravés sur des tablettes d’argile, mais sur du papyrus ce qui simplifiait l’utilisation, le stockage et l’entreposage bien que le support soit plus fragile. On peut donc voir l’élaboration de collections avec ce nouveau support. De plus, l’écriture cunéiforme n’est plus employée parce que ce média n’est pas en volume, les hiéroglyphes sont alors utilisés. Ils marquent le pouvoir, seul le palais du pharaon avait recours à cette technique et il existait très peu de scribes maîtrisant cette écriture. C’est pourquoi les domaines traités étaient principalement politiques, mais aussi religieux. 29


Sous l’Empire Romain, c’était la norme de posséder une collection privée de livres, notamment pour les maisons distinguées car les ouvrages étaient très chers, cela était donc réservé à une minorité. Jusqu’à cette période, mais encore pour plusieurs siècles, la lecture est limitée à une population aisée, mais également majoritairement masculine (pour une surprise, c’est une surprise !). L’idée de créer une bibliothèque universelle persistait depuis celle d’Alexandrie, Jules César a demandé une bibliothèque publique qui permettrait la diffusion de certains textes rares. Suite à son assassinat en 44 av. J.-C., le premier établissement de ce type sous l’Empire Romain apparut quelques années plus tard, en 39 av. J.-C. Elle autorisait également de stocker les butins de guerre [Barbier, 2013], l’armée romaine étant une des plus conquérantes de l’époque. Mais cela ne pouvait durer indéfiniment, l’invasion des Barbares en occident et des Arabes au Proche-Orient entraîna une très grande perte dans les bibliothèques et les ouvrages écrits. Ces populations sont très peu alphabétisées voire pas du tout. Après ces nombreuses destructions qui sont arrivées pendant l’Antiquité, il fallait translittérer les documents sur de nouveaux supports pour maintenir leur durée de vie, du papyrus au parchemin, mais une sélection était effectuée. On transcrivait uniquement ce dont on avait besoin, à cette époque. Ce qui entraîna encore une fois de nombreuses pertes de recueils au fil des siècles [Barbier, 2013]. Les ouvrages qui étaient jusqu’à maintenant sous forme de volumina (rouleau de papyrus) passent désormais sous la forme de codex (c’était un livre qui regroupait des parchemins). Le parchemin permettait une meilleure conservation. Cette 30

Information & Bibliothèque

Après différents troubles, notamment politiques, la fameuse bibliothèque d’Alexandrie s’est envolée dans un incendie, emportant toute sa mémoire écrite, mais également le rêve de la bibliothèque universelle…


La Bibliothèque avec un B majuscule

adaptation de forme conduit aussi au changement de stockage avec la possibilité de les entreposer sur des étagères comme nous les connaissons aujourd’hui. Toujours sous l’Empire Romain et en parallèle de différentes invasions, le christianisme s’impose comme religion officielle en 391 [Barbier, 2013], ce qui entraîne une réorganisation, notamment des bibliothèques pour définir les ouvrages qui traitent de croyances ou non. Grâce à la place importante que l’Église gardera pendant les siècles suivants, la lecture religieuse dominera jusqu’au XVIIIe siècle. Lors du Moyen-Âge, la communauté monastique s’élargit et donne une nouvelle dimension à l’alphabétisation grâce à la mise en avant de la lecture et de l’étude. Au Ve siècle, tous les monastères sont équipés d’une bibliothèque et d’un scriptorium. Les moines sont chargés de recopier les textes sacrés pour enrichir leur collection [Oggioni, 2009]. Ce dont il faut se rappeler, c’est que la lecture, individuelle ou collective, possède une place importante dans l’emploi du temps des moines. Ils ont alors une fonction de conserver et transmettre cette richesse spirituelle, intellectuelle et marchande au clergé, mais également à la noblesse, ce sont les deux plus puissantes catégories sociales au Moyen-Âge, car ce sont notamment eux qui détiennent la culture écrite. Le rétablissement impérial de Charlemagne, en l’an 800, s’accompagne d’une renaissance intellectuelle par l’écrit et le livre. La société chrétienne s’organise désormais autour du pouvoir de l’empereur et du pape. Les villes se développent pendant cette période avec une meilleure organisation, les écoles et institutions d’enseignement sont plus nombreuses. Ce qui entraîne une augmentation des textes grâce à une démocratisation du livre tout doucement, mais sûrement. Les documents sont écrits sur du papier, c’est plus facile à fabriquer et moins cher que le parchemin. Bien que le monde des lettres s’élargit, les femmes sont toujours interdites dans les bibliothèques (plus pour longtemps je vous le promets). 31


C’est entre le XIIe et le XIIIe siècle que les salles silencieuses apparaissent dans les bibliothèques, changeant considérablement l’utilisation du livre. Jusqu’à maintenant, il s’agissait de lecture à voix haute, les supports étaient alors grands pour plus de confort. Avec la lecture silencieuse, les documents sont devenus plus petits, découpés en chapitre pour une utilisation plus personnelle. François Dolbeau [Oggioni, 2009] nous montre que « les lecteurs restent les grands oubliés de l’histoire des bibliothèques [médiévales], alors que leurs désirs expliquent probablement la plupart des innovations enregistrées entre le VIIIe et le XVe siècle dans la fabrication des livres, la rédaction des catalogues et l’aménagement interne des locaux ». Il faut comprendre que les bibliothèques, et encore moins les documents, ne sont toujours pas en libre accès, seulement une minorité de la population peut s’y rendre et consulter certains ouvrages. Le prix des livres diminuant, mais restant élevé, ces documents précieux étaient attachés au mobilier en bibliothèque pour éviter le vol. Nous avons pu le voir à La Sorbonne dès 1338 [Oggioni, 2009]. À cette période, communiquer sur un ouvrage était entamer sa destruction, le support écrit étant cher, de nombreux lecteurs annotaient directement les livres. Il se posait dès lors la question de l’ouverture au public. Les registres d’emprunt ont été mis en place à la fin du Moyen-Âge. L’apparition de l’imprimerie typographique par Gutenberg en 1452 puis son développement permet de produire des documents en plus grandes quantités et moins chers, ce qui se répercute également sur leur prix de vente. C’est une révolution des médias qui se propage. Les métiers du livre évoluent avec 32

Information & Bibliothèque

Avec son rôle important, c’est l’Église qui s’occupe de l’archivage, surtout des documents officiels, qui sont moins élitistes pour le corps social, des actes notariaux, ce qui permet de régler des conflits. Cela autorise également d’avoir une preuve écrite.


La Bibliothèque avec un B majuscule

différentes branches d’activités, mais aussi de nouveaux ateliers typographiques naissent. Vers le XVIe siècle, la fin du catholicisme universel permet une ouverture des sujets collectionnés, ils ne sont plus uniquement religieux ou politiques, des ouvrages traitent de l’art par exemple. Le Roi continue de disposer d’une bibliothèque dans son palais, toujours dans le but de réunir tous les documents, l’objectif est encore une fois de légitimer le pouvoir : posséder des ouvrages permet de détenir le savoir et en conséquence imposer son autorité.

— Que les hommes du temps mettent leurs livres à Le catalogue des bibliothèques grandissant, on commence à disposition pour se poser la question de les « ouvrir au public ». Les choses n’ont pas beaucoup évolué depuis l’Antiquité, très peu de publics ont acquérir accès à ces établissements, seules les personnes masculines de classesrenommée sociales supérieures le peuvent. une Uniquement une cinquantaine de villes possède des bibliothèques ouvertes avant la Révolution Française. Lipseau public (1602) Entre le XVII et XVIII siècle, [Chambon, 2010] c’est le début des dons, quand C’est à partir du XVe/XVIe siècle que le terme bibliothèque est défini dans Le Robert [Barbier, 2013], comme étant un lieu réservé aux livres. Ce terme succède à Librairie qui désignait une collection plus réduite.

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les hommes décèdent, certains mettent leur collection à disposition de leur ville, dans le but de les rendre disponibles et de voir apparaître une bibliothèque. Un des premiers à faire ce geste fut le Marquis de Méjane qui légua sa collection qui comprenait entre 60 000 et 80 000 documents à sa ville, Aix, la bibliothèque naquit pour faire suite à cet événement [Chambon, 2010]. C’est le début d’une pratique où l’accès au livre n’est pas limité aux possesseurs d’ouvrages. Même si les intentions sont meilleures, il y a encore beaucoup d’illettrés à cette période donc le public reste restreint. 33


C’est entre le XIIe et le XIIIe siècle que les salles silencieuses apparaissent dans les bibliothèques, changeant considérablement l’utilisation du livre. Jusqu’à maintenant, il s’agissait de lecture à voix haute, les supports étaient alors grands pour plus de confort. Avec la lecture silencieuse, les documents sont devenus plus petits, découpés en chapitre pour une utilisation plus personnelle. François Dolbeau [Oggioni, 2009] nous montre que « les lecteurs restent les grands oubliés de l’histoire des bibliothèques [médiévales], alors que leurs désirs expliquent probablement la plupart des innovations enregistrées entre le VIIIe et le XVe siècle dans la fabrication des livres, la rédaction des catalogues et l’aménagement interne des locaux ». Il faut comprendre que les bibliothèques, et encore moins les documents, ne sont toujours pas en libre accès, seulement une minorité de la population peut s’y rendre et consulter certains ouvrages. Le prix des livres diminuant, mais restant élevé, ces documents précieux étaient attachés au mobilier en bibliothèque pour éviter le vol. Nous avons pu le voir à La Sorbonne dès 1338 [Oggioni, 2009]. À cette période, communiquer sur un ouvrage était entamer sa destruction, le support écrit étant cher, de nombreux lecteurs annotaient directement les livres. Il se posait dès lors la question de l’ouverture au public. Les registres d’emprunt ont été mis en place à la fin du Moyen-Âge. L’apparition de l’imprimerie typographique par Gutenberg en 1452 puis son développement permet de produire des documents en plus grandes quantités et moins chers, ce qui se répercute également sur leur prix de vente. C’est une révolution des médias qui se propage. Les métiers du livre évoluent avec 32

Information & Bibliothèque

Avec son rôle important, c’est l’Église qui s’occupe de l’archivage, surtout des documents officiels, qui sont moins élitistes pour le corps social, des actes notariaux, ce qui permet de régler des conflits. Cela autorise également d’avoir une preuve écrite.


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différentes branches d’activités, mais aussi de nouveaux ateliers typographiques naissent. Vers le XVIe siècle, la fin du catholicisme universel permet une ouverture des sujets collectionnés, ils ne sont plus uniquement religieux ou politiques, des ouvrages traitent de l’art par exemple. Le Roi continue de disposer d’une bibliothèque dans son palais, toujours dans le but de réunir tous les documents, l’objectif est encore une fois de légitimer le pouvoir : posséder des ouvrages permet de détenir le savoir et en conséquence imposer son autorité. C’est à partir du XVe/XVIe siècle que le terme bibliothèque est défini dans Le Robert [Barbier, 2013], comme étant un lieu réservé aux livres. Ce terme succède à Librairie qui désignait une collection plus réduite. Le catalogue des bibliothèques grandissant, on commence à se poser la question de les « ouvrir au public ». Les choses n’ont pas beaucoup évolué depuis l’Antiquité, très peu de publics ont accès à ces établissements, seules les personnes masculines de classes sociales supérieures le peuvent. Uniquement une cinquantaine de villes possède des bibliothèques ouvertes au public avant la Révolution Française. Entre le XVIIe et XVIIIe siècle, c’est le début des dons, quand les hommes décèdent, certains mettent leur collection à disposition de leur ville, dans le but de les rendre disponibles et de voir apparaître une bibliothèque. Un des premiers à faire ce geste fut le Marquis de Méjane qui légua sa collection qui comprenait entre 60 000 et 80 000 documents à sa ville, Aix, la bibliothèque naquit pour faire suite à cet événement [Chambon, 2010]. C’est le début d’une pratique où l’accès au livre n’est pas limité aux possesseurs d’ouvrages. Même si les intentions sont meilleures, il y a encore beaucoup d’illettrés à cette période donc le public reste restreint. 33


Le siècle des Lumières engendre de profonds changements dans la société. Les philosophes et intellectuels mettent en avant le savoir et l’accès à l’enseignement pour tous, il faut instruire le peuple [Barbier, 2013]. L’éducation s’organise et se développe, l’alphabétisation se généralise, pour aller vers une instruction universelle, c’est-à-dire une égalité. L’analphabétisme recule et la lecture augmente, la demande du livre accroît ce qui induit la baisse de son prix, plus de personnes peuvent ainsi se le permettre. La Révolution Française a marqué des changements décisifs pour les bibliothèques. Le peuple a pris le pouvoir sur le clergé et l’aristocratie. Les privilèges de l’Église sont désormais abolis, les biens sont confisqués, notamment les livres. C’est la naissance des archives nationales en 1790 puis départementales en 1796 et l’enrichissement des collections [Pène, 2016]. Les documents confisqués sont répertoriés en vue d’être stockés dans les bibliothèques. Sur près d’un milliard d’ouvrages traités, deux tiers furent détruits. Les bibliothèques sont désormais dites « ouvertes au public », en libre accès (pourrait-on dire «  livre-accès  »  ?). Malgré ce changement considérable, il y a principalement un évitement jusqu’au XXe siècle par le peuple, ce lieu ne faisant pas partie de leur culture. La lecture publique est utilisée pour éduquer et moraliser la population même si certains livres sont mal diffusés, voire censurés. L’idée est d’ouvrir les salles de lecture en dehors des heures de travail pour qu’un plus grand nombre puisse y accéder. 34

Information & Bibliothèque

On parle de quasi libre accès aux documents au XVIIe siècle, toujours pour une élite en marge de la population, ce qui continuera d’évoluer avec le siècle des Lumières. On a plus facilement accès aux ouvrages sur les étagères, on peut chercher librement dans les allées sans devoir s’adresser à un guichet pour obtenir un document.


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Les lecteurs peuvent toujours s’orienter vers les cabinets de lecture, mais ceux-ci s’adressent à un public plus aisé, les livres sont chers et ces établissements sont ouverts sur les horaires de travail de la classe populaire. Malgré ces démarches, les bibliothèques restent encore réservées à une clientèle élitiste, savante, notable, principalement les personnes lettrées à cette époque. Pour lutter contre cette impasse aux bibliothèques, un ensemble d’associations, partis politiques, syndicats autour de la lecture créent en 1860 les bibliothèques populaires [Chambon, 2010]. Elles ont pour but de promouvoir l’éducation populaire, elles sont ouvertes à tous, mais les collections restent contrôlées par les forces publiques. Ces bibliothèques populaires disparaissent au début du XXe siècle à cause de la concurrence portée par les bibliothèques scolaires et municipales. Ces dernières étaient de plus en plus nombreuses avec la gauche qui gagnait des municipalités dans les zones ouvrières. Eugène Morel (homme de lettres qui travailla également sur l’évolution des bibliothèques) a annoncé son but en 1920, ouvrir des bibliothèques publiques, laïques et gratuites. Lors de l’après-Seconde Guerre Mondiale, les bibliothèques prennent du retard dans leur développement, elles ne sont pas la priorité de cette phase de reconstruction. Il faudra attendre les années 60 pour que les subventions augmentent. De nouvelles bibliothèques sont dressées avec plus de moyens, on commence à promouvoir la circulation et la diffusion des documents, pas seulement la conservation. Elles sont plus innovantes et touchent des publics plus larges, elles ont désormais des sections jeunesse et discographie. C’est face à la concurrence des nouveaux médias comme la télévision qui a entraîné la baisse de la lecture entre les années 70 et 90 que les bibliothèques ont dû se diversifier, notamment en raison de la crainte de la mort du livre. 35


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Pourtant, ces lieux qui favorisent l’accès à la culture et la lecture publique connaissent un succès avec une fréquentation en hausse jusqu’aux années 90 [Oggioni, 2009], voire plus…


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b. Les enjeux de ce lieu Si les bibliothèques existent depuis l’Antiquité, c’est parce qu’elles ont eu un rôle à jouer dans la société. Mais leurs enjeux ne sont pas les mêmes qu’il y a 6 millénaires. Dès leur création, les bibliothèques avaient pour but de réunir le savoir en un même lieu, pour des raisons politiques à l’origine. On a continué de voir en elles des établissements culturels qui autorisent l’accès à la connaissance, ce qui aujourd’hui est leur fonction première : permettre l’accès à la culture, à l’information… Notamment avec des systèmes de classifications et de recherche que nous développerons dans la partie suivante. La bibliothèque est médiatrice de « l’information, diffuseur de la connaissance et permet une égalité dans l’accès au savoir » [Geroudet, Gravier, Lejeune, Pluchet, Wallon, 2012]. Elles luttent face aux inégalités d’accès au savoir et à la culture auprès de toutes les populations. Avec leur ouverture à tous les publics, notamment très prôné lors du siècle des Lumières, on veut permettre au peuple de s’instruire par lui même, lutter contre l’obscurantisme. Il s’agit là d’un enjeu éducatif pour la population. C’est un bâtiment qui est ouvert à tous. La charte du Conseil Supérieur des bibliothèques, publiée en 1991 définit ces établissements comme « l’égalité d’accès à la lecture et aux sources documentaires » afin de « permettre l’indépendance intellectuelle de chaque individu  », puis «  Les services de bibliothèque publique sont accessibles à tous, sans distinction d’âge, de race, de sexe, de religion, de nationalité, de langue ou de statut social. Des services et des documents spécifiques doivent être mis à la disposition des utilisateurs qui ne peuvent pas, pour quelque raison que ce soit, faire appel aux services ou documents courants, par exemple, les minorités linguistiques, les personnes handicapées, hospitalisées ou emprisonnées » [Chambon, 2010]. 37


Il y a alors un besoin de s’adapter face à la concurrence du web et des géants américains qui autorisent l’accès au savoir en un clic. Mais il faut également avoir conscience que tout le monde ne dispose pas d’internet chez soi et que la bibliothèque permet d’y avoir accès grâce aux outils numériques. À l’ère du numérique, beaucoup de procédures administratives doivent désormais être effectuées en ligne. Par exemple, une personne migrante qui a des documents à remplir peut y accéder simplement et gratuitement depuis la bibliothèque. Un abonnement a un certain coût que tout le monde ne peut pas se permettre, mais il faut également qu’une connexion internet soit possible. Suivant où nous nous trouvons, on observe encore aujourd’hui une inégalité dans l’accès à internet. Posséder une souscription à la bibliothèque est moins onéreuse (quand il faut se connecter pour pouvoir utiliser les services) que de devoir payer un abonnement internet auprès d’un fournisseur. Nous sommes dans l’accès au savoir à tous les niveaux, plus uniquement au papier. Face au développement du numérique, les Bibliothèques Universitaires ont également su d’adapter, bien que leur fonction première est de maintenir l’accès à l’information, elles ont repensé leur stratégie pour devenir un soutien à la recherche, renforcer la contribution à la pédagogie [Caraco, 2016]. 38

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Malgré le développement d’internet, du numérique et le changement de mentalité, il y a toujours un contact fort avec le livre en tant qu’objet. La conservation des livres est un enjeu d’avenir, une fonction de transmettre les documents écrits. En effet, le livre physique revient à un coût élevé si nous achetons tous les livres que nous voulons lire. La bibliothèque est un bon compromis dans le fait de posséder le document, mais seulement pour un certain temps, nous n’avons pas à payer les ouvrages, mais uniquement un abonnement pour emprunter. Ceci nous permet de maintenir notre attachement fort avec le livre objet comparé aux livres numériques.


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C’est là que les fonctions diffèrent avec celles des bibliothèques municipales, une BU est un espace de travail principalement et de recherche de type universitaire. Les usagers ne sont pas dans la déambulation pour dénicher un document. Ils y viennent pour trouver et travailler sur un ouvrage, pas le lire pour le loisir. Les bibliothèques permettent un lieu de sociabilité, c’est un lieu physique répondant à une nécessité d’utiliser l’information de façon partagée. Cela répond à notre besoin de rencontre, on peut dès lors se donner rendez-vous à la bibliothèque pour lire, écouter, visionner quelque chose ensemble ou faire des choses différentes tout en étant l’un à côté de l’autre. Elles permettent d’habiter les quartiers et de les organiser, car elles sont un lieu structurant, au sein de la politique sociale et urbaine des villes. La BnF qui est dans le quartier de Tolbiac, à Paris, a été construite en premier, puis se sont rajoutés dans la zone, une BU, un cinéma, des commerces… [Geroudet, Gravier, Lejeune, Pluchet, Wallon, 2012] C’est un projet porteur de valeurs qui est attractif sur le territoire. À plus petite échelle, une promesse de développement local pour des quartiers. Ces lieux permettent d’affirmer une centralité de la ville et d’éviter une banlieurisation, ils redynamisent le voisinage. Ce sont des bâtiments qui profitent aux élus, ils donnent une image positive de la ville. Les politiciens les exploitent en faisant appel à des architectes reconnus, ce qui permet de faire parler de leur établissement et de le promouvoir. L’Hérault a contacté Zaha Hadid pour leur nouveau domaine départemental, abritant la médiathèque départementale. Ces bâtiments deviennent des symboles et acquièrent de la visibilité. Ce phénomène est accru si un projet de bibliothèque touche à un projet de réhabilitation. C’est-à-dire si la bibliothèque intervient dans un lieu avec une histoire, un lieu qui a marqué la conscience collective locale. La bibliothèque aura une valeur identitaire encore plus forte. C’est pourquoi la Maison des savoirs 39


Dans le cas de l’Angleterre, les Idea Stores ont été construits dans une logique de reconquête vers 1999 [Dogliani, 2008]. Situés dans le quartier de Tower Hamlets à Londres, qui est constitué d’une riche diversité culturelle avec un fort taux de chômage et d’illettrisme. La fréquentation des bibliothèques est faible, seulement 20 % contre 50 % dans le reste du pays. Cette zone est en marge avec le quartier voisin Canary Wharf, qui est un quartier d’affaires, où les salaires sont élevés. Il s’agit de bibliothèques d’un nouveau genre qui encouragent les habitants à faire de la bibliothèque une visite quotidienne. Les horaires sont étendus, 71 heures d’ouverture sur 7 jours. La localisation est pensée pour l’usager, les bâtiments sont de haute qualité et faits pour être des lieux stimulants, amusants, opposés aux institutions académiques. Les règles sont créées dans ce sens, on peut y manger, boire, faire du bruit. Tout le système repose sur la confiance et une approche plus décontractée. On parle alors d’un lieu neutre où tout le monde est le bienvenu. Notamment avec de nouveaux services de Lifelong Learning Service, c’est-à-dire des formations continues, comme des ateliers d’alphabétisation, cours… Le but étant d’attirer les populations dans ce lieu de savoir en mettant l’image du service public au second plan (une image de mauvaise qualité). La fréquentation de ces établissements a triplé par rapport aux bibliothèques voisines. Comme l’explique Stéphane Wahnish [2011] dans son article : «  Ainsi, le livre et, plus largement, la culture sont synonymes de vitalité, d’humanité, et la dynamique liée au livre véhicule une image valorisante pour le territoire et ses habitants  ». Les bibliothèques sont un élément positif. Les bibliothèques et médiathèques font partie de la vision culturelle d’une ville. Elles dépendent donc de ses financeurs, 40

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de la ville d’Agde a installé sa bibliothèque dans un ancien lycée du XIXe siècle [Wahnich, 2011] bien connu des riverains.


La Bibliothèque avec un B majuscule

c’est-à-dire la municipalité pour les bibliothèques municipales. Bien que suivant l’orientation politique, la dimension de la culture peut varier, elle reste tout de même très importante. Dans le cas de Nantes, le budget culturel et patrimoine représente 10 % des investissements annuels de la ville. Ce chiffre concerne tous les événements qui traitent de la lecture publique, comme des festivals tels que Les Utopiales ou Atlantide, mais également des bibliothèques. Au tout début de son mandat en 2014, Madame le Maire a annoncé sa volonté de maintenir ce budget. Et les bibliothèques ne sont pas oubliées parce qu’elles représentent la porte d’entrée à la culture dans une ville, c’est le premier réseau de diffusion de la lecture à Nantes. Elles sont l’image de l’état dans un quartier ou dans une ville [Merklen, 2013]. La création d’une bibliothèque dans un quartier, défavorisé ou non, est un bon vecteur égalitaire et de démocratie autour du livre. Ne pas s’opposer aux bibliothèques et à la lecture, c’est rester démocratique et humaniste. Comme nous avons pu le constater d’un point de vue historique, où ces lieux étaient les premiers à souffrir lors des guerres avec notamment la censure. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, les autodafés effectués par les nazis en sont un bon exemple. On veut empêcher le peuple de s’instruire librement, sur des sujets libres. D’un autre point de vue, elles sont l’identité de l’État dans notre quartier, car c’est le service public de l’État, mais elles appartiennent aux municipalités. Les habitants peuvent soit s’approprier ce lieu pour qu’il fasse partie de leur environnement, soit ils verront en ce bâtiment l’État qui y impose sa culture. Ils peuvent voir en elles une tentative de transformation sociale de la part de la Ville. Il y a alors un amalgame entre les bibliothèques et l’État. En temps de crise, les individus s’en sont toujours pris aux bibliothèques [Geroudet, Gravier, Lejeune, Pluchet, Wallon, 2012]. Entre 1996 et 2013, il y eut 70 bibliothèques brûlées lors d’émeutes. C’est un phénomène de révolte qui apparaît dans les quartiers populaires de grandes villes. Celui-ci montre 41


Les nouveaux services ont commencé très tôt avec un but d’éducation des populations, comme on a pu le voir dans les Idea Stores et leur service de Lifelong Learning Service, ce qui permet de toucher de nouveaux publics avec de nouveaux usages. La bibliothèque n’est plus seulement un lieu où l’on vient lire un livre, on peut désormais venir travailler. Il s’agit de repenser l’organisation, en plaçant l’usager au centre des problématiques actuelles. Il existe aujourd’hui des partenariats avec des acteurs comme pôle emploi pour animer des ateliers de création d’un CV, se perfectionner lors de la recherche d’un emploi. Bien que Michael A. Keller dit que l’avenir des bibliothèques est lié à celui des livres et des éditions [Geroudet, Gravier, Lejeune, Pluchet, Wallon, 2012]. On remarque que la vente des livres a Bibliothèque Emillienne-Leroux, quratier du Breil, Nantes ©Moi Maison des Haubans, quartier Malakoff, Nantes ©Moi

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Information & Bibliothèque

les rapports conflictuels entre les habitants de ces quartiers et l’état. Nous avons pu le voir lors de l’été 2018 à Nantes, après la mort d’un jeune homme pendant un contrôle de police qui a mal tourné dans le quartier du Breil, plusieurs jours d’émeutes ont suivi. Au moment de ces affrontements, des commerces et voitures ont été brûlés, mais également deux bibliothèques : la Bibliothèque Emilienne-Leroux au Breil et la Maison de quartier des Haubans à Malakoff. Pourtant ces gestes ne sont pas accompagnés de discours ni d’explications. Nous parlons alors de «  violences  » faites aux bibliothèques [Wahnich, 2011], car elles ne sont pas là pour imposer quoi que ce soit, mais pour permettre à quiconque d’accéder à la culture. La bibliothèque n’est pas acteur ni responsable de ce qu’il se passe dans ces quartiers, c’est-à-dire la pauvreté, le chômage ou le racisme… D’où l’aspect inexplicable de phénomène. Le but ensuite est alors de nettoyer et reconstruire à l’identique, elles font partie des dommages collatéraux d’un moment conflictuel.


La Bibliothèque avec un B majuscule

baissé de 20 % en 2011, mais que le marché des liseuses décolle difficilement voire pas du tout. Les bibliothèques restent un lieu de conservation et d’archivage des collections qui ont été réunies lors des derniers siècles. Il faut penser le numérique comme un prolongement des documents physiques. Pour continuer de faire face au numérique, certaines bibliothèques ont décidé de produire leur contenu, par exemple la médiathèque de Rochefort qui a créé en 2014 les éditions Transbordage. Elles veulent être un passeur entre les textes anciens et la lecture numérique. Cela permet d’enrichir la proposition de la bibliothèque et de valoriser ses collections [Fritsch, 2012]. Mais comment le faire comprendre aux populations qui ne savent pas utiliser les outils numériques ? Dès l’arrivée de ces nouveaux outils et encore aujourd’hui, les bibliothèques ont proposé des ateliers d’inclusion au numérique. Bien que l’emprunt de livre et la lecture sur place soient les activités les plus importantes dans une bibliothèque, les autres activités moins importantes (mais tout de même présentes) sont les ateliers, animations et formations proposés par la bibliothèque. Certaines bibliothèques ont complètement modifié leur fonction, par exemple les Kulturhus [Geroudet, Gravier, Lejeune, Pluchet, Wallon, 2012] en Hollande, ce ne sont plus seulement des bibliothèques, mais tout un ensemble de services : administratif comme dans une mairie, accueil de réfugiés, cafétérias, office de tourisme… En voulant attirer un maximum de monde, chacun peut donc y trouver sa place. Les bibliothèques repensent leur espace et leur organisation tout en gardant leur fonction première qui est l’accès à l’information. Les têtes pensantes des bibliothèques comprennent que ce sont des lieux d’avenir, c’est pourquoi certaines municipalités continuent de développer ce secteur. En 2011, la ville de Stuttgart a dépensé 80 millions dans sa nouvelle bibliothèque municipale. Kulturhus Raatle, Pays-Bas ©Mimoa

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Bien que pour 47 % des publics il s’agit d’une grande librairie, c’est également perçu comme un espace de détente et de loisirs avant même d’être un espace pour étudier et travailler. Le monde des bibliothèques a su s’adapter à l’histoire pour être encore présent au XXIe siècle. Avec les nouveaux services mis en place et son ouverture, la bibliothèque est vue comme un troisième lieu de vie [Geroudet, Gravier, Lejeune, Pluchet, Wallon, 2012], c’est-à-dire un mélange entre notre maison et notre lieu de travail dans un esprit de communauté, de rencontre. Mais face à la concurrence des outils numériques, nous nous demandons quel est l’avenir des bibliothèques. Comme cité dans l’article « Au loin s’en vont les bibliothèques », Alain Duperrier [Geroudet, Gravier, Lejeune, Pluchet, Wallon, 2012], directeur de la bibliothèque départementale de prêt de la Gironde, rappela au dernier Salon du livre de Paris : « Il est difficile de faire disparaître une bibliothèque ». Le big data grandissant de manière exponentielle, les bibliothèques traitent de plus en plus de données. Ses informations, mais également celles de leurs usagers. Ceci est d’autant plus important pour que ses lecteurs puissent s’y retrouver et soient satisfaits.

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Information & Bibliothèque

On parlait jusque dans les années 60/70 de bibliothèque, puis est venu le terme de médiathèque en raison de la diversité des médias, il ne s’agissait plus seulement de livre. On parle aujourd’hui de « agorathèque », comme évoqué dans le projet d’établissement pour les bibliothèques de la ville de Nantes, puis repris par M. Seassau, délégué à la lecture publique et aux médiathèques, lors de notre entretien. C’est ainsi que la bibliothèque devient un lieu d’accueil et de rencontre, ouvert à tous.


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La mauvaise expérience de l’utilisateur lors d’une recherche d’information

a. Des usagers variés

b. Les classifications et les problèmes qu’elles impliquent

c. Le web et la folksonomie

d. Les systèmes de recherche


La mauvaise expérience de l’utilisateur lors d’une recherche d’information

a. Des usagers variés Par leurs nouveaux enjeux, les bibliothèques touchent un public beaucoup plus large et varié qu’au XXe siècle. Alors qu’on pensait que l’avenir des bibliothèques était en danger face à l’émergence du web, on remarque que de plus en plus d’usagers fréquentent ces établissements. Le Ministère de la Culture a mené une étude en 2016 sur les publics et usages des bibliothèques municipales. Sur les 4000 personnes interrogées, 40 % ont fréquenté un tel établissement sur l’année précédente. Ce chiffre était de 35,1 % en 2005 et 25,7 % en 1997. Si nous confondons les différents types de bibliothèques, la fréquentation est de 45 % pour les plus de 15 ans. L’étude montre que pour ne pas biaiser les données, les interviewés de moins de 15 ans ne sont pas toujours ajoutés aux résultats, car pour eux, le passage à la bibliothèque est incontournable. Cela est dû au système scolaire (partenariat avec les écoles primaires) ou comme observé sur le terrain, aux parents. On remarque néanmoins que la part des inscrits a grandement chuté depuis 1997, 69  % des usagers possédaient une carte d’abonnement alors qu’en 2016, le chiffre est descendu à 39 %. Bien que la fréquentation augmente, les abonnés diminuent. Ce qui se traduit par les nouveaux services, les usagers ne viennent plus à la bibliothèque uniquement pour pouvoir emprunter un document. Pourtant les livres empruntés ne sont pas toujours destinés à l’emprunteur, l’emprunt se fait beaucoup par personne interposée pour les enfants, soit 28 % des emprunteurs, mais également pour un autre membre de la famille, 15 %. Seulement trois quarts des usagers sont des emprunteurs dits « directs ». Bien que les jeunes soient les plus présents grâce au système scolaire, la seconde population la plus représentée est les 35-49 ans ce qui est lié à la présence d’enfants. Malgré que la tranche 15-24 ans soit la plus présente, la fréquentation 51


Les actifs sont les plus représentés avec 54 % pour les usagers réguliers, devant les retraités à 20  %. Peut-on alors dire que l’accès à la culture ait un prix ? Quand on creuse dans la part des actifs, c’est la classe agricole/commerçante/artisane et ouvrière qui fait le plus grand bon en terme de présence. Les cadres supérieurs restent néanmoins en tête. On remarque que les « autres inactifs » gagnent 6 points pour atteindre 37 % par rapport aux résultats de 2005. On voit que les classes sociales les moins favorisées sont de plus en plus présentes et réduisent le fossé avec les plus favorisées. Comme souligné dans le rapport, cela reflète les tendances dans la composition de la société française. C’est pourquoi on dit que la bibliothèque est ouverte à tous et cela se concrétise par des usagers, un public très large et diversifié. Les bibliothèques ayant pour but d’être ouvertes à tous pour permettre l’accès à l’information, il faut qu’elles soient effectivement ouvertes pour cela. Pourtant, 9 % des personnes ne fréquentent pas la bibliothèque en raison des jours et horaires de la bibliothèque qui ne conviennent pas. La question principale est : faut-il ouvrir le dimanche ? Le but est d’avoir suffisamment d’usagers. Mais prenons l’exemple 52

Information & Bibliothèque

diminue ensuite avec le début de la vie active. Plus besoin d’aller à la bibliothèque pour travailler sur un livre… Puis en s’installant et entamant une vie de famille, l’arrivée d’un enfant encourage les parents à retourner à la bibliothèque, pour lui inculper de bonnes habitudes. Lors d’un atelier Biblioremix auquel j’ai participé aux Sorinières pour leur nouvelle bibliothèque, un des participants a clairement dit qu’il venait ici pour sa fille de 3 ans. Car c’est elle qu’il va accompagner à la bibliothèque, lui n’ayant que peu d’intérêt pour cet établissement. Mais quand nous pensons que les femmes lisent plus que les hommes, nous nous trompons ! Les chiffres sont plutôt égaux quant au sexe des lecteurs, les parts des hommes et femmes sont proches, 48 et 52 %.


La mauvaise expérience de l’utilisateur lors d’une recherche d’information

de la Médiathèque de Challans qui s’est déjà posé la question. Challans est une petite ville d’environ 20 000 habitants où les commerces sont fermés le dimanche, les Challandais préfèrent passer un moment convivial en famille, entre amis ou aller sur la côte. Le fait que la médiathèque soit ouverte le dimanche ne suffirait pas à attirer un public. Nathalie Clot indique dans le livre Utile, utilisable, désirable : redessiner les bibliothèques pour leurs utilisateurs [Schmidt et Etches, 2016] que les bibliothèques veulent mettre le lecteur au centre. Et l’expérience utilisateur en bibliothèque est très fréquente, car l’usager interagit avec de nombreux services ou personnes qui peuvent impacter son expérience. Le lecteur touche ainsi au site web, au catalogue, aux bases de données, aux emails, à l’accessibilité du lieu, au personnel, à la signalétique… Et tous ces « touchpoint » peuvent mal tourner, ils sont également connectés les uns aux autres. La bibliothèque est alors définie par 3 piliers  : elle doit être utile (elle satisfait un besoin), utilisable (services, horaires...) et désirable (crée un lien avec l’usager). Bien que les bibliothèques construites fin du XXe siècle voulaient rendre accessibles tous les documents des collections avec de grandes étagères, le lecteur se retrouvait perdu parmi cellesci. On veut aujourd’hui travailler l’espace, non seulement pour l’esthétique du lieu, mais pour faciliter son utilisation par les usagers et le personnel. Nous observons une grande différence entre la Médiathèque Jacques Demy à Nantes, construite en 1985, où l’on se sent écrasé par la masse de documents et la Médiathèque Lisa Bresner, toujours à Nantes, inaugurée en 2013. Le mobilier est beaucoup plus bas, le lecteur peut voir par dessus, c’est plus espacé, moderne. Ce qui va également avec le fait que cette médiathèque est axée sur une politique plus numérique. Néanmoins, au moment de l’écriture de ce mémoire, Jacques Demy est fermé pour travaux, le but est en partie de repenser l’espace intérieur. Mais 53


Il faut également se demander comment ces usagers se documentent en bibliothèque, il y a deux cas. Le premier est quand vous savez ce que vous voulez, vous pouvez chercher sur les systèmes informatiques ou vous faire aider par un bibliothécaire. Le second est quand vous ne savez pas et vous entrez dans une exploration en déambulant dans les allées, vous laissant attirer par les graphismes d’un livre, un auteur ou un titre. Puis vous feuilletterez un document pour vous laisser ensuite attirer par le contenu. Il y a une part de sérendipité, de surprise qui est due au libre accès.

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Information & Bibliothèque

le mobilier dépend de son utilisation. Amanda Etches et Aaron Schmidt racontent leur échange avec un bibliothécaire qui ne voulait pas de chaises trop confortables, précisant qu’il parlait pour les postes informatiques destiné à une utilisation rapide.


La mauvaise expérience de l’utilisateur lors d’une recherche d’information

b. Les classifications et les problèmes qu’elles impliquent Avec leur ouverture au public à travers les siècles, toutes les collections étaient mises à leur disposition. Mais comment permettre au peuple de s’y retrouver parmi tous ces ouvrages, à l’origine réunis par une élite, pour une élite ? Les bibliothèques acquérant de plus en plus de documents ont dû organiser leur collection pour les rendre utilisables. Un besoin de classer  les ouvrages  : la taxonomie s’est alors imposée au milieu. Il s’agit de la science de la classification. À travers différentes techniques, classer des documents selon leurs caractéristiques, regrouper ou séparer des idées, faits, individus, objets… Son apparition se fait vers 1813 [Ruiz Lepores, 2011]. La classification est le résultat d’un raisonnement. Ce sont les «  différentes règles qui président au classement effectif ou qui déterminent idéalement un ordre dans les objets ». En bibliothèque, les différents classements mis en place permettent de renseigner les usagers, mais également les bibliothécaires sur les ressources à disposition. Très tôt, c’est-à-dire dès la bibliothèque d’Alexandrie, des systèmes de classifications ont été instaurés dans les bâtiments pour permettre aux visiteurs de s’approprier le contenu du lieu. Ils se basaient sur les métadonnées des ouvrages et ont nécessité un travail sur la bibliothéconomie, c’est-à-dire l’organisation de la bibliothèque. Les collections étaient organisées par un classement systématique par catégories : poètes, historiens, législateurs, orateurs, philosophes puis en subdivisions et enfin un classement des auteurs par ordre alphabétique. Chaque auteur était accompagné de Pinakès [Barbier, 2013], à savoir une table des livres avec des informations, des critiques... 55


L’ontologie est le système de représentation des connaissances. Elle permet de définir les termes à utiliser selon le champ d’information. Elle définit les termes, mais les met également en lien. Selon Jacques Chaumier [Ruiz Lepores, 2011], « une ontologie fournit le vocabulaire spécifique à un domaine de la connaissance et, suivant un degré de formalisation variable, fixe le sens des concepts et des relations qui les unissent ». Le thésaurus est la liste de termes organisés représentant les concepts d’un domaine de connaissance. C’est le langage contrôlé utilisé pendant l’indexation. Ce qui permet une homogénéité lors de cette dernière. Il peut être basé soit sur les documents (construction analytique) soit sur une source de terme comme un dictionnaire (construction synthétique). L’indexation va être globalement l’opération qui vise à décrire un livre ou un CD en utilisant le thésaurus. Un document est défini par des termes : des descripteurs, qui sont contrôlés et organisés dans le thésaurus. Fonctionnement d'un processus d'indexation INDEXATION THÉSAURUS descripteur 1 descripteur 2 descripteur 3 descripteur 4

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définit

ONTOLOGIE

applique Document descripteur 2 descripteur 3

analyse

Document descripteur 1 descripteur 4

Information & Bibliothèque

Plusieurs éléments sont indispensables pour penser cette organisation, voici une courte présentation [Ruiz Lepores, 2011] : La nécessité d’utiliser un langage documentaire, c’est-àdire un langage contrôlé et normalisé, utilisé dans un système documentaire pour l’indexation et la recherche.


— Books are for use ; Every reader his or her book ; Every book its reader ; La Classification Dewey Save theDécimale time ofa été mise en place par Melvil Dewey en 1873 alors encore étudiant, aux États-Unis [Salvan, 1954]. permet de classer des documents suivant les sujets theEllereader ; et autorise ainsi l’organisation de la bibliothèque. Elle définit 10 classes Library selon les connaissances The is aaux États-Unis à la fin du XIX siècle. D’où l’importance des parties philosophie et religion. Sa base de connaissances large fait qu’elle est mieux adaptée growing organism. pour un fond généraliste comme une bibliothèque municipale. Ces 10 classes sont alors séparées en 10 divisons puis encore en Ranganathan (1931) 10 sections [Dewey, 1976] : [Berizzi et Zweifel 2005]

La côte est définie par une notation en chiffre (d’où le terme « décimale  ») et de la marque du livre, à savoir l’auteur. Ces systèmes permettent d’organiser la bibliothèque et interviennent lors de la bibliothéconomie, c’est-à-dire l’organisation de la bibliothèque. Les classifications servent à classifier un ouvrage selon son contenu, mais la finalité étant sa position sur l’étagère. Donc à travers cet index, nous avons l’emplacement du livre, mais également son sujet.

e

400 Langues et Langages 410 Linguistique 420 Anglais et vieil anglais 430 Langues germaniques - Allemand 440 Langues romanes - Français 443 Dictionnaires de la langue française 445 Manuels de grammaire, de conjugaison et d'orthographe, Rédaction Sections

Divisions

Classes

La mauvaise expérience de l’utilisateur lors d’une recherche d’information

Ces procédés et systèmes nous ont permis de créer des classifications, il en existe de nombreuses, selon le type de bibliothèque ou encore suivant le pays. Les deux les plus utilisées sont la Classification Décimale Dewey (CDD) et la Classification Décimale Universelle (CDU) que nous allons détailler. Ce sont deux classifications dites encyclopédiques, car elles couvrent l’ensemble des connaissances, depuis leur création…

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L’ontologie est le système de représentation des connaissances. Elle permet de définir les termes à utiliser selon le champ d’information. Elle définit les termes, mais les met également en lien. Selon Jacques Chaumier [Ruiz Lepores, 2011], « une ontologie fournit le vocabulaire spécifique à un domaine de la connaissance et, suivant un degré de formalisation variable, fixe le sens des concepts et des relations qui les unissent ». Le thésaurus est la liste de termes organisés représentant les concepts d’un domaine de connaissance. C’est le langage contrôlé utilisé pendant l’indexation. Ce qui permet une homogénéité lors de cette dernière. Il peut être basé soit sur les documents (construction analytique) soit sur une source de terme comme un dictionnaire (construction synthétique). L’indexation va être globalement l’opération qui vise à décrire un livre ou un CD en utilisant le thésaurus. Un document est défini par des termes : des descripteurs, qui sont contrôlés et organisés dans le thésaurus. Fonctionnement d'un processus d'indexation INDEXATION THÉSAURUS descripteur 1 descripteur 2 descripteur 3 descripteur 4

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définit

ONTOLOGIE

applique Document descripteur 2 descripteur 3

analyse

Document descripteur 1 descripteur 4

Information & Bibliothèque

Plusieurs éléments sont indispensables pour penser cette organisation, voici une courte présentation [Ruiz Lepores, 2011] : La nécessité d’utiliser un langage documentaire, c’est-àdire un langage contrôlé et normalisé, utilisé dans un système documentaire pour l’indexation et la recherche.


La côte est définie par une notation en chiffre (d’où le terme « décimale  ») et de la marque du livre, à savoir l’auteur. Ces systèmes permettent d’organiser la bibliothèque et interviennent lors de la bibliothéconomie, c’est-à-dire l’organisation de la bibliothèque. Les classifications servent à classifier un ouvrage selon son contenu, mais la finalité étant sa position sur l’étagère. Donc à travers cet index, nous avons l’emplacement du livre, mais également son sujet. La Classification Décimale Dewey a été mise en place par Melvil Dewey en 1873 alors encore étudiant, aux États-Unis [Salvan, 1954]. Elle permet de classer des documents suivant les sujets et autorise ainsi l’organisation de la bibliothèque. Elle définit 10 classes selon les connaissances aux États-Unis à la fin du XIXe siècle. D’où l’importance des parties philosophie et religion. Sa base de connaissances large fait qu’elle est mieux adaptée pour un fond généraliste comme une bibliothèque municipale. Ces 10 classes sont alors séparées en 10 divisons puis encore en 10 sections [Dewey, 1976] : 400 Langues et Langages 410 Linguistique 420 Anglais et vieil anglais 430 Langues germaniques - Allemand 440 Langues romanes - Français 443 Dictionnaires de la langue française 445 Manuels de grammaire, de conjugaison et d'orthographe, Rédaction Sections

Divisions

Classes

La mauvaise expérience de l'usager lors d'une recherche d'information

Ces procédés et systèmes nous ont permis de créer des classifications, il en existe de nombreuses, selon le type de bibliothèque ou encore suivant le pays. Les deux les plus utilisées sont la Classification Décimale Dewey (CDD) et la Classification Décimale Universelle (CDU) que nous allons détailler. Ce sont deux classifications dites encyclopédiques, car elles couvrent l’ensemble des connaissances, depuis leur création…

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51(075)=111 5 Science naturelle 51 Mathématique (075) Manuel scolaire (forme) =111 Anglais (subdivision géographique) 37:2 37 Éducation :2 Religion (second sujet)

Ces classifications dites standards s’avéreront défectueuses dans le temps, car basées sur le savoir de leur époque de création. Nos connaissances et nos intérêts ayant changé aujourd’hui, elles sont régulièrement mises à jour en fonction de nos nouveaux sujets. L’exemple parlant est l’importance de la philosophie et de la religion au XIXe siècle, qui ne l’est plus autant aujourd’hui. Une classification de nos jours qui aurait gardé cette importance ne serait pas adaptée [Salvan, 1954]. Mais ce choix dans les classes se fait de manière neutre et générale pour que cela soit adapté au plus grand nombre. Dans la pratique, aucun usager n’est égal, aucun n’a les mêmes goûts. Donc très peu de lecteurs vont s’y retrouver dans ces classifications génériques. 58

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Quand il s’agit d’une bibliothèque avec un fonds spécialisé, comme dans les bibliothèques universitaires, c’est la Classification Décimale Universelle qui est utilisée [Dujol, 1985]. C’est une variante de la CDD, créée par Paul Otlet et Henri La Fontaine en 1895 en Belgique. Elle est majoritairement employée dans les BU en Europe. La différence est qu’elle est basée sur le savoir encyclopédique international, c’est-à-dire l’ensemble des connaissances humaines à l’international, ce qui lui permet d’être adaptée à une documentation spécialisée, car elle est plus précise. L’écriture de la côte est également différente, l’utilisation de signes donne une meilleure lisibilité. Exemples :


La mauvaise expérience de l'usager lors d'une recherche d'information

Les classifications permettent d’indexer un document selon son thème principal. Mais un livre peut traiter de plusieurs sujets… Or il n’existe pas d’interdisciplinarité ou pluridisciplinaire dans les classes. Un document est rangé suivant un seul sujet, celui qui le représente le mieux, ce qui lui octroie une place physique dans la bibliothèque alors qu’il pourrait en avoir plusieurs selon les autres sujets qu’il traite. Les romans sont les documents les plus compliqués à classer selon cette façon, car ils rentrent dans plusieurs classements, c’est pourquoi les bibliothèques extraient de leur collection les romans pour les classer à part. Leur côte s’écrit avec la lettre R pour roman ou alors SF pour Science Fiction s’ils disposent d’un fond important de SF, puis les trois premières lettres de l’écrivain. Au sein de cette partie de la bibliothèque, les documents sont classés par ordre alphabétique du nom de l’auteur et non par sujet. Bien qu’utiles pour l’organisation de la bibliothèque, c’est-à-dire utilisées par les professionnels de ces lieux, les classifications n’ont pas été pensées pour le public lors de l’élargissement du libre accès. Aujourd’hui, personne ne peut dire à quoi correspondent les chiffres d’une côte, sauf les bibliothécaires… Les usagers vont se fier à la côte pour savoir où se trouve un document, cela permet de se repérer pour poser la main sur le livre que nous cherchons. Mais cela ne nous aide pas pour avoir une idée dont traite précisément le document. Pour rendre la côte plus utile au lecteur, certaines bibliothèques vont mettre en place différents procédés. Le plus commun est la signalétique directionnelle ou sectorielle : sur chaque début de rayon, les côtes des documents sont présentes sur cette étagère avec la catégorie correspondante au chiffre. C’est le cas à la Médiathèque de Challans ou la Médiathèque Jacques Demy de Nantes. En plus de cela, vous pouvez retrouver dans le rayonnage le sujet traité sur chaque étagère. 59


Côte, Médiathèque Lisa Bresner, Nantes ©Moi Système de couleurs, Médiathèque de Challans ©Moi Espace roman, Médiathèque Jacques Demy, Nantes ©Moi Classification Roman, Médiathèque Jacques Demy ©Moi

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Une autre technique possible est l’ajout d’un code couleur sur la côte, bien plus visible, encore faut-il savoir leur sens. Beaucoup de bibliothèques ont testé cette méthode, l’ont adoptée définitivement ou non. La Bibliothèque Municipale de Challans en est équipée, mais pas pour longtemps, la classification va être repensée lors des travaux en automne 2019. La couleur permet aujourd’hui de différencier les lecteurs (jaune pour la jeunesse), le type de lecture ou à quel pôle appartient le document (vert pour la discographie). Les systèmes mis en place depuis la création du bâtiment se sont ajoutés les uns aux autres amenant à une confusion dans les rayons. Après la réorganisation, une couleur sera employée dans la côte pour définir à quel pôle appartient ce document (Littérature, Bande dessinée, jeunesse ou selon 4 pôles documentaires). L’objectif est d’ajouter sur la couverture les informations de manière plus lisible. La Médiathèque Lisa Bresner possède aussi ce système de couleur. La couleur de la côte indique à quel lecteur le document s’adresse, blanc pour les adultes, orange pour les adolescents ou encore vert pour les enfants. Puis quand il est nécessaire, une pastille est posée en plus, sa couleur montre le style littéraire, violet pour les romans policiers par exemple. Le problème auquel j’ai fait face lors de mes observations est que là où les chiffres des côtes sont définis un peu partout, les couleurs ne le sont pas, j’ai dû m’orienter vers un bibliothécaire pour demander de l’aide.


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c. Le web et la folksonomie Avec l’arrivée du numérique et du web, les professionnels des bibliothèques ont vu la fin de leur monde arriver. L’émergence du web a permis la vulgarisation du savoir auprès d’un large public [Pierre, 2010]. Il faut pouvoir dissocier le web d’internet. Le web est un service d’internet, tout comme les emails, les appels vidéo ou les messages instantanés… Internet est alors la structure qui permet à ces services de fonctionner. À l’origine créé par le Ministère de la Défense des États-Unis sous le nom d’ARPANET en 1969, son utilisation a été élargie aux scientifiques, aux chercheurs puis vers les administrations et services publics pour arriver à un usage international. Le web est l’évolution du travail de Tim Berners-Lee qui avait pour mission au CERN de créer un outil de récolte, d’archivage et de partage des données vers 1989. Le World Wide Web, plus communément appelé web apparaît dans nos foyers en France vers 1994, tardivement en raison de notre attachement fort au minitel. Il s’agissait alors du web dit « web 1.0 », qui servait à diffuser et visualiser des données, les usagers pouvaient consulter sans intervenir. Le mot web met en avant le fait que toutes les pages soient liées les unes aux autres. C’est seulement vers 2003 que le « web 2.0 » a permis d’apporter de nouveaux services à travers des mises à jour. Nous sommes ainsi entrés dans le web communautaire. Les internautes sont devenus acteurs. Il leur était alors possible d’écrire le contenu, l’éditer et le diffuser. Aujourd’hui, nous parlons de web sémantique, ce qui correspond au web organisé le rendant accessible et utilisable par le public. L’information est structurée et facile d’utilisation lors d’une recherche. 63


Le web a permis aux bibliothèques de divulguer des informations pratiques auprès de ses usagers, avec pour commencer les horaires d’ouverture. Puis l’avancement du web a autorisé de nouvelles fonctionnalités. Dès 1995, on parlait de bibliothèques virtuelles qui existaient dans un nouveau monde 3D. En 1997, le terme bibliothèque électronique apparut à cause de l’utilisation d’électricité à des fins informationnelles. Enfin, les bibliothèques numériques ont permis un codage de l’information et de dématérialiser les bibliothèques. Avec les progrès du web, les bibliothèques ont proposé de nouveaux services comme l’accès au catalogue en ligne à travers un Online Public Access Catalog (OPAC), qui peut être traduit par portail documentaire. Ce qu’on peut comparer à un portail qui permet d’identifier, acquérir, traiter, valoriser et diffuser la connaissance. Pour simplifier, faciliter l’accès à l’information de la bibliothèque. Le web a permis la création et le développement de bibliothèques numériques avec lesquelles les enjeux pour les utilisateurs sont semblables aux enjeux du web [Ly, 2013] : 64

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Bien qu’un projet militaire à l’origine avec un objectif de transfert de données, son utilisation a vite changé avec son ouverture au public. Nous pouvons faire un lien avec l’enjeu des bibliothèques, c’est-à-dire l’accès à l’information pour tous, bien que des critères se joignent comme l’accessibilité. Différents enjeux du web s’ajoutent suivant les services ou la localisation. Par exemple, Facebook, réseau social numéro un, a pour but de connecter ses usagers. Google avec son projet Loon veut développer l’accès à internet aux quatre coins du globe. D’une manière un peu moins naïve, ces entreprises ont pour but de survivre en vendant nos données personnelles. Mais ce qui est sur, c’est qu’il est plus simple de visiter un site web aujourd’hui que de se rendre à la bibliothèque [Schmidt, Etches, 2016].


La mauvaise expérience de l'usager lors d'une recherche d'information

Identifier une ressource d’intérêt, dans le sens de l’assignation d’un identifiant ; – Accéder à une ressource ; – Décrire une ressource d’intérêt selon un vocabulaire ; – Créer une ressource numérique complexe en réutilisant les ressources existantes ; – Découvrir des ressources d’intérêt en fonction de leurs métadonnées. Google fut le premier à lancer une bibliothèque numérique avec Google Print, visant à diffuser le savoir au plus grand nombre dans les années 90. Mais les autres entités, comme la BnF avec Jean Noël Jeanneney, alors conservateur, craignent plutôt le début d’un monopole commercial américain sur la culture mondiale [Oggioni, 2009]. L’Europe répliqua sa bibliothèque Numérique Européana, de même que l’UNESCO avec la bibliothèque numérique Mondiale. Il faut pouvoir penser le web comme un service et non comme un support qui remplace l’écrit. Il faut désormais voir les collections dans la continuité des ouvrages physiques. Le site web permet d’élargir l’espace, c’est le prolongement de la bibliothèque hors de ses murs. La Bnf fut la première bibliothèque à mettre en place une collection numérique en 1997 avec Gallica, le projet débuta en 1992. Les bibliothèques deviennent acteurs du web [Lapôtre, 2014]. De plus, l’élargissement de l’accès à la culture ne veut pas dire que toutes les informations sont pertinentes sur le web, nous sommes plus facilement en proie à l’info-pollution face à cette quantité de données. L’utilisateur devrait pouvoir trouver ce qu’il cherche en moins de 3 clics [Oggioni, 2009]. Et c’est également un retour en arrière d’un point de vue du service en bibliothèque. L’écran devant lequel nous nous assoyons met une barrière entre nous et les documents, tout comme quand les collections n’étaient pas en libre accès. Il fallait s’adresser à un guichet pour obtenir un ouvrage. 65


Les bibliothèques ont pu se manifester sur le web 2.0 avec les biblioblogs qui permettaient une discussion et un échange d’information entre des lecteurs et des bibliothécaires. Ils servaient pour les petites bibliothèques à communiquer avec leurs usagers. Selon l’étude menée par le Ministère de la Culture en 2016, 19 % de l’usage d’un ordinateur en bibliothèque est pour internet, viennent ensuite l’usage pour travail. Quant à la consultation du site de la bibliothèque, il s’agit en premier lieu d’avoir des informations pratiques, puis la consultation du catalogue et enfin la réservation d’un document, très proche avec la volonté d’avoir des recommandations de lecture. Les possibilités du web ont permis de créer de nouveaux usages pour la classification, ce qui est le cas de la folksonomie. L’Office québécois de la langue française la définit comme un « système de classification collaborative et spontanée de contenus internet, basé sur l’attribution de mots-clés librement choisis par des utilisateurs non spécialistes, qui favorise le partage de ressources et permet d’améliorer la recherche d’information » [Oggioni, 2009]. On parle de laisser la possibilité à l’usager d’indexer lui-même son contenu pour pouvoir le retrouver plus facilement lors d’une recherche [Ruiz Lepores, 2011]. C’est un usage qui est propre Bibliobsession, biblioblog 2005 à 2018 ©bibliobsession.net

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Information & Bibliothèque

La Bibliothèque Publique d’Information remarqua dès 2001 que les ordinateurs à disposition dans les bibliothèques ne servaient non seulement pour le catalogue mais s’étendaient également à l’utilisation d’internet. Fallait-il ouvrir les usages ou restreindre son utilisation ? Pourtant internet devint indispensable pour trouver un emploi, s’inscrire à des concours… Mais l’habitude dans l’utilisation d’internet apparut très vite, dès le début des années 2000.


La mauvaise expérience de l'usager lors d'une recherche d'information

à l’utilisateur, on est dans la subjectivité voire la sensibilité. Ce système est donc centré sur l’usager. Le terme vient de « folk  », peuple en anglais et «  sonomie  », du mot taxonomie, défini précédemment. La folksonomie a été possible grâce au web  2.0 ou le web collaboratif. On peut alors indexer du contenu qui est le nôtre ou non, et mettre en relation les usagers, nous sommes donc dans une communauté. Cette classification personnelle permet à l’utilisateur de retrouver et aux autres utilisateurs de trouver plus facilement. L’utilisation la plus frappante de la folksonomie est sur Twitter, Instagram ou encore Flickr. Les utilisateurs classifient leurs postes avec les hashtags, cela autorise de classer le post sous ce hashtag, mais également de le retrouver si l’on cherche les posts contenant ce hashtag. Ces mots-clés sont définis selon le contenu de la publication, cela permet de résumer ce qui s’y trouve. Un problème évident est que nous n’avons pas tous le même vocabulaire et les mêmes connaissances derrière un mot, ce qui amène à l’apparition de termes différents, mais égaux dans leur sens. Pour éviter ces homonymes, synonymes ou encore ambiguïtés, la solution est de vérifier les tags. Nous parlons ici de mot-clés et non-descripteurs, car ils ont été choisis selon le document, mais non définis par le thésaurus. Olivier Le Deuff définit les bonnes pratiques du taggage [Ruiz Lepores, 2011] : – L’utilisateur doit penser collectivement : les tags sont certes personnels, mais peuvent également être utilisés par d’autres ; – Employer le pluriel pour définir des catégories. Le pluriel est plus approprié, car la catégorie peut contenir différentes variations ;

Tweet et recherche selon un hashtag sur Twitter Publication et recherche selon un hashtag sur Instagram

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Information & Bibliothèque

– Ne pas employer de majuscules, à moins que le mot ne puisse être compris sans son emploi ; – Inclure des synonymes afin d’éviter les confusions ; – Observer et utiliser les conventions d’indexation des sites et des réseaux sociaux utilisés ; – Contribuer à ce que les efforts d’indexation soient efficaces en collaborant et en ajoutant des tags à d’autres ressources.


La mauvaise expérience de l'usager lors d'une recherche d'information

d. Les systèmes de recherche L’accessibilité, la diffusion, le développement du web ont amené de nouveaux enjeux pour la recherche d’information. Pour accéder à un contenu sur une page web, il faut trouver cette page. Nous utilisons pour cela les divers moteurs de recherche. Ces derniers sont tous composés de la même manière, un crawler permet de lire les pages, un indexeur pour les classer et un guichetier qui est en relation avec l’internaute, il répond à ses questions et vérifie que la demande n’a pas déjà été faite pour en ressortir la réponse. C’est grâce à ces outils, que quand on tape un motclé dans la barre de recherche, le système fait apparaître des résultats. Il faut ensuite trouver ce qui nous convient. La majorité des moteurs de recherche présentent leur réponse selon un classement simple. Les résultats sont affichés sous forme de liste ordonnée avec un critère de pertinence, le site en haut de la liste correspond le plus à la requête. Mais nous observons un manque de relation entre les résultats et pas de vue d’ensemble. Il faut passer en revue les réponses. Lors d’une recherche d’information, les usagers veulent un résultat concis, ils désirent la réponse à leur question sans devoir chercher parmi les nombreuses réponses. C’est pourquoi Google propose des réponses visibles avant les résultats de recherche. Si nous cherchons la définition de bibliothèque, elle sera disponible en haut de la liste, sans devoir aller consulter une page supplémentaire. Les moteurs de recherches se démarquent par la pertinence de leurs réponses. En tapant un simple mot, les réponses ne seront pas les mêmes d’un système à un autre. Les algorithmes des géants du web sont en cause, mais également notre façon de chercher. Il faut également mettre en lien la recherche avec le contexte de la recherche, pour une meilleure efficacité.

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Certains systèmes présentés par Mohand Boughanem et Jacques Savoy dans Recherche d’information état des lieux et perspectives [2008] nous présentent des outils proposant des visualisations suivant la recherche. Un autre classement possible est par catégorie, les résultats sont affichés par groupe de similarité avec Clusty. Le classement par « personnalité » autorise de préciser la recherche suivant un thème. On cible la recherche dans son contexte pour des réponses plus adaptées, c’est le cas de Ujiko. Enfin, TileBars permet de se démarquer, car il affiche la pertinence du résultat selon les termes utilisés tout au long du document. Dès le début de l’informatique dans les années  70, les bibliothèques ont pu s’en aider pour gérer le stockage. C’est seulement dans les années  90 que le service a été ouvert au public pour leur permettre d’accéder au catalogue, à travers les OPAC. Le système d’information cherche à regrouper toutes les fonctionnalités de la bibliothèque. Ils donnent l’accès aux différents médias, ressources et services. Ujiko ©Génération Nouvelles Technologies TileBars ©Marti A. Hearst

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Information & Bibliothèque

Il est indispensable d’améliorer la visualisation des données pour aider l’utilisateur dans l’interprétation des réponses [Boughanem, Savoy, 2008], afin de percevoir au mieux les documents correspondants à ses besoins. La visualisation est nécessaire, car l’effort cognitif est important dans l’utilisation d’une interface. Pour juger une bonne interface on retrouve des critères : – d’attention : identifier les ouvrages pertinents d’un simple coup d’œil ; – d’abstraction : pouvoir se concentrer sur une partie spécifique ; – d’intuition : comprendre le résultat d’une action possible ; – d’affordance : comprendre quels outils correspondent à quels besoins.


La mauvaise expérience de l'usager lors d'une recherche d'information

Il s’agit d’outils d’aide à la recherche qui ne dispensent pas les usagers de chercher [Collignan, 2003]. L’objectif de ces systèmes de recherche est de rendre cohérent l’accès à l’information, d’être facile d’utilisation et ergonomique. Mais ils ne restent pas satisfaisants pour les usagers lors de l’accès à la connaissance. Le lecteur doit adapter sa recherche en fonction de l’outil. Alors que le Système Intégré à la Gestion de Bibliothèque (SIBG) ne permet que de gérer la circulation des documents. Cet outil est utilisé uniquement par les employés de la bibliothèque, mais sert de base de données pour l’OPAC. Le SIGB est utilisé pour gérer le catalogue, les recherches, les prêts et les accès spécifiques [Berizzi, Zweifel, 2005]. C’est un outil pour une utilisation interne à la bibliothèque, par le personnel. Les OPAC et SIBG sont des services vendus par des fournisseurs extérieurs qui disposent de différentes offres suivant les besoins de la bibliothèque. Lorsqu’une bibliothèque veut renouveler son système, elle lance un appel d’offres et attend les réponses des fournisseurs. Le SIBG reste un outil brut visuellement qui a juste pour but d’être fonctionnel alors que l’OPAC est intégré au site web avec sa charte graphique. Pour montrer la complexité de ces outils, Amanda Etches et Aaron Schmidt [2016] demandent à leur lecteur : «  Avez-vous déjà recherché un livre dans Amazon avant d’en copier/coller la référence dans le catalogue en ligne de votre bibliothèque  ? Si oui, vous n’êtes sans doute pas le seul. » Ces géants du web nous permettent de rechercher plus facilement et de trouver ce que l’on cherche plus pertinemment grâce à leurs algorithmes plus développés. Cela va avec le fait que nous ne cherchons pas de la même manière, avec les mêmes termes, comme évoqué dans la partie sur SIGB Waterbear

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Prenons différents exemples. La Médiathèque de Challans utilise un OPAC fourni par Archimed. L’interface du portail est simple, quoiqu’un peu trop datée. La seule manière de recherche sur le système est par mot-clé sur différents champs, comme le titre, l’auteur, le sujet ou le thème, puis ils peuvent préciser dans quel pôle ils souhaitent chercher (adulte, jeunesse, musique ou cybercentre). Le premier problème est que les usagers ne savent pas s’ils doivent remplir un champ minimum ou toutes les lignes. J’ai effectué un test utilisateur avec Romain, un étudiant de 23 ans qui se rend régulièrement à la bibliothèque de Challans. Il commença par indiquer tous les critères, le portail lui renvoya la réponse « 0 document correspondant à votre recherche  ». Est-ce que cela veut dire qu’ils n’ont pas le livre ou que la recherche est mal formulée ? En réessayant avec seulement le titre, la bibliothèque dispose finalement de 24 documents correspondants. Maintenant, il fallait trouver le dernier ouvrage, car il n’est pas possible d’affiner la recherche par un quelconque filtre. Les Bibliothèques Municipales de Nantes qui sont plus importantes qu’à Challans disposent d’un système différent. Il est possible d’affiner la recherche grâce à des facettes sur le côté gauche de l’écran, pour avancer dans les différentes catégories. La recherche à facette permet de partir du général pour aller vers le spécifique en ajoutant un filtre au résultat du précédent filtre [Lapôtre, 2014]. On peut également choisir un affichage en grille plutôt que linéaire. Ce qui est plus condensé en informations, mais nous avons une vue d’ensemble sur les couvertures de livres. Consultation d'un document, OPAC Médiathèque de Challans Recherche à facette, OPAC Bibliohèques de Nantes

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le web. Encore faut-il que les lecteurs sachent chercher de la bonne manière. Utiliser le bon mot-clé au bon endroit, ce qui varie évidemment du système en face de nous.


La mauvaise expérience de l'usager lors d'une recherche d'information

Cela peut rendre la recherche plus rapide si nous connaissons ce que nous cherchons. Une fois sur la page d’un document, le site nous propose des suggestions selon ce que nous consultons. La Médiathèque de Saint-Herblain se démarque, car elle affiche les notes et commentaires des documents, non pas de leurs usagers, mais ceux du site Babelio, ils ont pu s’abonner à leur base de données. Ce qui peut être décisif dans le choix d’une future lecture. La bibliothèque donne la possibilité à ses lecteurs de laisser un commentaire sur un document pour ainsi créer une communauté, mais c’est très rare que les usagers le fassent. Peutêtre par paresse, peur de se montrer ou alors par manque de temps et d’envie. Effectivement, le retour sur un livre ne peut se faire qu’après l’avoir lu, il faudrait alors se connecter, retrouver la page web du document pour y laisser un commentaire. Pour pallier à ce souci d’inaction de la part de leur usager, elle s’est abonnée à la base de données pour fournir à ses lecteurs plus d’avis. La bibliothèque garde alors l’idée de communauté, mais une communauté autour du livre et non autour de la bibliothèque. Bien que l’informatique ait révolutionné notre accès à l’information, les données se font de plus en plus importantes, elles grandissent selon une courbe exponentielle. Les data visualisations nous permettent de voir ces données, mais également de les comprendre. En 2018, il est possible de faire plus que les infographies qui sont apparues des siècles auparavant, grâce aux nouveaux outils numériques.

Consultation d'un document, note et commentaire OPAC Bibliothèques de Saint-Herblain

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La visualisation de données au service de la recherche d’information

a. Les data visualisations

b. De nouvelles possibilités pour l’usager


La visualisation de données au service de la recherche d’information

a. Les data visualisations Les data visualisations existent depuis aussi longtemps que les hommes, bien que leurs formes aient évolué au cours des siècles. On distingue donc différentes périodes dans l’histoire des représentations graphiques. Jusqu’au XVIIe siècle, les représentations les plus courantes étaient des cartes pour montrer les points de repère, les villes, les routes, les ressources… elles sont devenues de plus en plus précises avec l’utilisation de nouveaux outils de mesures dans le temps [Friendly, 2006]. Elles sont notamment très utilisées dans le milieu de l’astronomie, pour représenter ce que nous ne maîtrisons pas encore. Michael Florent van Langren est un astronome flamand, il est également le premier à représenter des données statistiques, grâce à l’aide de douze de ses confrères et de leur estimation, il montre la distance approximative entre Toledo et Rome sur un graphique. Ce qui est collecté sous forme de liste est plus parlant sous cette forme visuellement. Après le XVIIe siècle, des cartes sont établies sur des thèmes précis comme l’économie, la géologie ou encore la médecine. C’est le début des études sociales pour informer l’État sur la population, la richesse, l’agriculture… William Playfair est considéré comme l’inventeur des représentations basiques que nous connaissons aujourd’hui comme les line, bar, circle, pie charts… pour montrer des statistiques. Il a joué un rôle majeur dans la visualisation de statistiques [Dashboard Insight, 2013]. C’est notamment le premier à confronter des données grâce à plusieurs axes. Dans son travail Chart Showing at One View the Price of the Quarter of Wheat, and Wages of Labour by the Week, from 1565 to 1821, il compare le prix du blé et le montant des salaires selon le monarque au pouvoir sur deux siècles.

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Mais c’est également la période des nouvelles visualisations. Notamment celle de Florence Nightingale qui a mis en place une rose chart pour montrer l’importance des conditions sanitaires dans la prise en charge des soldats. Ils étaient plus nombreux à mourir à l’hôpital, que sur-le-champ de bataille. Au XXe siècle, les data visualisations perdent de leur vitesse pour ensuite se relancer grâce à une prise de conscience de leur importance, elles sont plus nombreuses. Ce qui est dû en partie au développement de la psychologie comme une science [Dashboard Langren, Longitude Distance between Toledo and Rome, 1644 Playfair, Chart Showing at One View the Price of the Quarter of Wheat, and Wages of Labour by the Week, from 1565 to 1821, 1821 Snow, Cholera Outbreaks in the London Epidemic of 1854 Minard, Pertes Successives de l'Armée Française dans la Campagne de Russie 1812-13, 1869 Nightingale, Diagram of the Causes of Mortality in the Army in the East, 1858

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Au XIXe siècle, les données prennent de l’importance [Dashboard Insight, 2013], elles sont produites en plus grande quantité notamment grâce à la révolution industrielle et l’apport de nouvelles techniques. Elles jouent un rôle majeur dans de nouveaux milieux comme l’armée, la médecine, l’industrie, le commerce… Les deux exemples les plus parlants de cette période sont la carte du Dr John Snow : Cholera Outbreaks in the London Epidemic of 1854. Grâce à sa visualisation, il a permis de prouver que le choléra se rependait à travers l’eau qui était contaminée, en effet, la mortalité à cause du choléra était plus importante autour des pompes à eau. Le second exemple est la carte figurative de Charles Minard en 1869 qui retrace les Pertes Successives de l’Armée Française dans la Campagne de Russie et 1812-1813, dirigée par Napoléon. Sa représentation montre l’avancée des troupes selon leur nombre, la géographie et la température.


— Toute pensée ne s’exprime jamais que sous forme codée, c’est à dire dans un système de signes. Jacques Bertin


Mais c’est également la période des nouvelles visualisations. Notamment celle de Florence Nightingale qui a mis en place une rose chart pour montrer l’importance des conditions sanitaires dans la prise en charge des soldats. Ils étaient plus nombreux à mourir à l’hôpital, que sur-le-champ de bataille. Au XXe siècle, les data visualisations perdent de leur vitesse pour ensuite se relancer grâce à une prise de conscience de leur importance, elles sont plus nombreuses. Ce qui est dû en partie au développement de la psychologie comme une science [Dashboard Langren, Longitude Distance between Toledo and Rome, 1644 Playfair, Chart Showing at One View the Price of the Quarter of Wheat, and Wages of Labour by the Week, from 1565 to 1821, 1821 Snow, Cholera Outbreaks in the London Epidemic of 1854 Minard, Pertes Successives de l'Armée Française dans la Campagne de Russie 1812-13, 1869 Nightingale, Diagram of the Causes of Mortality in the Army in the East, 1858

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Au XIXe siècle, les données prennent de l’importance [Dashboard Insight, 2013], elles sont produites en plus grande quantité notamment grâce à la révolution industrielle et l’apport de nouvelles techniques. Elles jouent un rôle majeur dans de nouveaux milieux comme l’armée, la médecine, l’industrie, le commerce… Les deux exemples les plus parlants de cette période sont la carte du Dr John Snow : Cholera Outbreaks in the London Epidemic of 1854. Grâce à sa visualisation, il a permis de prouver que le choléra se rependait à travers l’eau qui était contaminée, en effet, la mortalité à cause du choléra était plus importante autour des pompes à eau. Le second exemple est la carte figurative de Charles Minard en 1869 qui retrace les Pertes Successives de l’Armée Française dans la Campagne de Russie et 1812-1813, dirigée par Napoléon. Sa représentation montre l’avancée des troupes selon leur nombre, la géographie et la température.


La visualisation de données au service de la recherche d'information

Insight, 2013]. Les chercheurs s’intéressent à l’aspect cognitif et la perception humaine dans la compréhension de l’information. La deuxième moitié du siècle est marquée par le développement de l’informatique qui révolutionne les data visualisation. Les nouveaux outils numériques ont permis de créer de nouvelles visualisations plus rapidement, en collectant, traitant et archivant un volume d’information plus important [Tufte, 2001]. Des chercheurs comme John W. Tukey aux États-Unis ou Jacques Bertin en France se penchent sur la science de l’information et développent de nouvelles théories dans leur milieu respectif des statistiques et des cartographies. Bertin a ainsi écrit son livre Sémiologie graphique : les diagrammes, les réseaux, les cartes en 1967, qui est devenu une référence. On compare son travail à celui de Mendeleev dans l’organisation des éléments chimiques [Friendly, 2006]. Un peu plus tard, c’est Edward Tufte qui pose les bases de la visualisation de données grâce à divers ouvrages. À l’air du big data, il est indispensable de pouvoir s’y retrouver parmi toutes ces informations, aussi bien dans les milieux publics que professionnels. Nous nous équipons désormais de dashboard pour nous aider à gérer nos services. Soulevant ainsi le problème de la protection des données [Dashboard Insight, 2013]. Les systèmes de représentations graphiques sont les meilleurs moyens utilisés pour décrire, résumer ou explorer [Tufte, 2001] un jeu de données, car il est plus simple pour nous de regarder une image que de parcourir des lignes de textes ou de chiffres. Elles ont donc pour but d’attirer l’attention du spectateur sur les données et leur sens pour les aider à réagir, elles ne sont qu’un support de communication. Nous considérons qu’une data visualisation est composée de deux parties  : l’information (data) et la représentation (visualisation). L’information va être l’ensemble de données à transmettre auprès d’une personne grâce à une visualisation 87


Jacques Bertin indique dans son ouvrage de référence Sémiologie graphique, les diagrammes, les réseaux, les cartes [2013] : « Qu’il s’agisse d’étudier les moyens, propriétés et limites du système graphique ou de rédiger un dessin, il faut d’abord séparer strictement le contenu (l’information, qui peut être téléphonée) du contenant (les moyens du système graphique) ». Nous parlons alors d’efficacité, il nous faudrait définir ce que cela veut dire pour pouvoir juger d’une visualisation efficace. Il s’agit d’un concept qui produit dans de bonnes conditions et sans autre aide, l’effet attendu [CNRTL]. Bertin décrit l’efficacité par la proposition suivante « si, pour obtenir une réponse correcte et complète à une question donnée et toutes choses égales, une construction requiert un temps d’observation plus court qu’une autre construction, on dira qu’elle est plus efficace pour cette question  ». Il met alors en comparaison deux éléments, cette visualisation sera plus efficace que celle-ci si nous avons compris plus rapidement de quoi il s’agissait. La fonction première des data visualisation est de rendre accessible et compréhensible un jeu de données. Elle aide l’utilisateur à comprendre, analyser, critiquer les informations mises à sa disposition. Elle permet de mettre en évidence des tendances et particularités [Lapôtre, 2014] qui ressortent en regardant les données dans leur ensemble. Elle autorise donc d’apprécier le contenu. Si la forme n’est pas adéquate ou efficace, nous aurons une contrainte pour assimiler l’information. Jacques Bertin précise « Seule une bonne transcription graphique permet de juger pleinement de la qualité du contenu d’une information » [2013]. D’où l’importance dans le choix de la représentation et des codes utilisés, selon le contexte de visualisation. Une visualisation s’adresse à un certain public dans un cadre précis. 88

Information & Bibliothèque

graphique pour atteindre un public. Les deux nous sont montrées et fonctionnent ensemble. Si nous changeons l’un ou l’autre, le travail perd en pertinence et en compréhension.


La visualisation de données au service de la recherche d'information

Raphaëlle Lapôtre [2014]cite ainsi dans son mémoire Johanna Drucker qui décrit « trois manières fondamentales par lesquelles l’image est amenée à devenir informative : – En offrant une analogie visuelle ou une ressemblance morphologique ; – En fournissant une image visuelle d’un phénomène non visible ; – En fournissant des conventions visuelles pour structurer des opérations ou des procédures ». Dans toutes représentations, ce qui implique également les systèmes de recherche, comme évoquées précédemment, il faut faciliter la compréhension de l’information pour ne pas surcharger cognitivement l’usager. Ce dernier a le besoin de se repérer lors de sa navigation pour appréhender son cheminement jusqu’à cette page et pouvoir revenir en arrière sans être perdu. On parle alors de coût mental de la perception, lors de la lecture, l’usager produit un effort pour comprendre. Si la visualisation est trop compliquée, l’effort sera trop important, agissant ensuite sur l’expérience utilisateur.

— We truly understand something when we can relate it to something we already Ayant travaillé sur les modes de représentation, Bertin a établi la théorie de Gestalt [Meirelles, 2013] qui définit les principes de la understand perception cognitive selon une image. L’esprit humain détecte des motifs selon différents principes de : similarité (1. regrouper par Richard Saul Wurman

ressemblance), proximité (2. regrouper par leur emplacement), continuité (3. percevoir une ligne dans une suite d’éléments), bonne forme (4. visualiser une forme simple complète à travers des éléments discontinus), familiarité (5. voir une forme familière dans des formes complexes) et destin commun (6. regrouper selon la direction).

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Jacques Bertin indique dans son ouvrage de référence Sémiologie graphique, les diagrammes, les réseaux, les cartes [2013] : « Qu’il s’agisse d’étudier les moyens, propriétés et limites du système graphique ou de rédiger un dessin, il faut d’abord séparer strictement le contenu (l’information, qui peut être téléphonée) du contenant (les moyens du système graphique) ». Nous parlons alors d’efficacité, il nous faudrait définir ce que cela veut dire pour pouvoir juger d’une visualisation efficace. Il s’agit d’un concept qui produit dans de bonnes conditions et sans autre aide, l’effet attendu [CNRTL]. Bertin décrit l’efficacité par la proposition suivante « si, pour obtenir une réponse correcte et complète à une question donnée et toutes choses égales, une construction requiert un temps d’observation plus court qu’une autre construction, on dira qu’elle est plus efficace pour cette question  ». Il met alors en comparaison deux éléments, cette visualisation sera plus efficace que celle-ci si nous avons compris plus rapidement de quoi il s’agissait. La fonction première des data visualisation est de rendre accessible et compréhensible un jeu de données. Elle aide l’utilisateur à comprendre, analyser, critiquer les informations mises à sa disposition. Elle permet de mettre en évidence des tendances et particularités [Lapôtre, 2014] qui ressortent en regardant les données dans leur ensemble. Elle autorise donc d’apprécier le contenu. Si la forme n’est pas adéquate ou efficace, nous aurons une contrainte pour assimiler l’information. Jacques Bertin précise « Seule une bonne transcription graphique permet de juger pleinement de la qualité du contenu d’une information » [2013]. D’où l’importance dans le choix de la représentation et des codes utilisés, selon le contexte de visualisation. Une visualisation s’adresse à un certain public dans un cadre précis. 88

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graphique pour atteindre un public. Les deux nous sont montrées et fonctionnent ensemble. Si nous changeons l’un ou l’autre, le travail perd en pertinence et en compréhension.


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Raphaëlle Lapôtre [2014]cite ainsi dans son mémoire Johanna Drucker qui décrit « trois manières fondamentales par lesquelles l’image est amenée à devenir informative : – En offrant une analogie visuelle ou une ressemblance morphologique ; – En fournissant une image visuelle d’un phénomène non visible ; – En fournissant des conventions visuelles pour structurer des opérations ou des procédures ». Dans toutes représentations, ce qui implique également les systèmes de recherche, comme évoquées précédemment, il faut faciliter la compréhension de l’information pour ne pas surcharger cognitivement l’usager. Ce dernier a le besoin de se repérer lors de sa navigation pour appréhender son cheminement jusqu’à cette page et pouvoir revenir en arrière sans être perdu. On parle alors de coût mental de la perception, lors de la lecture, l’usager produit un effort pour comprendre. Si la visualisation est trop compliquée, l’effort sera trop important, agissant ensuite sur l’expérience utilisateur. Ayant travaillé sur les modes de représentation, Bertin a établi la théorie de Gestalt [Meirelles, 2013] qui définit les principes de la perception cognitive selon une image. L’esprit humain détecte des motifs selon différents principes de : similarité (1. regrouper par ressemblance), proximité (2. regrouper par leur emplacement), continuité (3. percevoir une ligne dans une suite d’éléments), bonne forme (4. visualiser une forme simple complète à travers des éléments discontinus), familiarité (5. voir une forme familière dans des formes complexes) et destin commun (6. regrouper selon la direction).

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La couleur possède un rôle important, elle peut être utilisée de différentes manières. De manière pragmatique où la couleur correspond à une action réalisée par l’utilisateur (changement de couleur pour un document visité) ou sémantique où la couleur est perçue comme une métaphore (vert est un document pertinent, rouge ne l’est pas). Pour résumer, Bertin définit les fonctions d’une représentation comme : – Enregistrer l’information : créer une mémoire artificielle qui évite l’effort de la mémorisation ; – Communiquer l’information : créer une image mémorisable qui inscrira l’information dans la mémoire ; – Traiter l’information : fournir des dessins qui permettent de procéder à la simplification et de la justifier. Si nous parlons de science de l’information au sein des bibliothèques [Lapôtre, 2014] c’est qu’il y a un enjeu dans la visualisation de données qui s’y trouvent. Comme vu dans la partie  2, les outils utilisés ont pour but d’aider les usagers à travers la représentation des données de celui-ci, mais aussi celles de l’usager, les mettre en lien. Bien qu’utiles ces outils sont aujourd’hui dépassés et non optimisés pour une meilleure interaction avec les données.

Le chemin d'accès permet de se repérer dans une recherche, ici sur le site Bureau Vallée

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Plus un système de recherche renvoie un nombre de réponses élevé, plus la visualisation nécessite d’être exprimée en 2 dimensions. La visualisation en 3D apporte une désorientation et une complexité dans sa manipulation (3 axes à gérer) [Boughanem, Savoy, 2008]. Pourtant la visualisation 3D pourrait aider dans la mémorisation spatiale, car l’utilisation est plus naturelle si en lien avec le contexte de la recherche.


La visualisation de données au service de la recherche d'information

Isabel Meirelles regroupe les data visualisation dans 6 catégories [2013] que nous allons confronter au monde des bibliothèques grâce à des exemples. Les structures de hiérarchie que sont les arbres permettent d’observer l’organisation des éléments les uns suivant les autres. Ce qui reprend le système de la Classification Décimale Dewey, chaque branche est une spécialisation, se précisant par rapport à la classification globale. Le projet Biodiversity Tree, réalisé par Bestario en 2010 permet de visualiser et chercher dans les archives biologiques du Musée des Sciences Naturelles de Barcelone. La visualisation en treemap (mise au point par Ben Shneiderman en 1990) autorise de visualiser les données par catégories et sous catégories. On peut zoomer pour découvrir ces différents niveaux. L’organisation est faite non pas grâce à la CDD, mais selon les standards de Darwin, chaque séparation d’espèce permet de créer une nouvelle boîte avec d’autres espèces à l’intérieur. Alors que dans cette partie on peut seulement voir l’organisation par rapport au groupe précédent, les structures relationnelles comme les réseaux permettent de montrer les relations et connexions entre chaque élément. The Human Disease Network autorise de visualiser les maladies, les cellules touchées et les gènes en cause. Le spectateur peut alors comprendre par les connexions, le développement et la mutation d’une maladie qui peut en entraîner une autre. Dans un registre plus joyeux, le réseau permet de faire des relations entre des auteurs, leurs concepts et leurs écrits. Le lecteur peut naviguer ainsi à travers les connexions pour faire des découvertes.

Bestario, Biodiversity Tree, 2010 Goh, Cusick, Valle, Childs, Vidal et Barabási, The Human Disease Network, 2007

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Les cartes font partie des structures spatiales. Elles permettent de montrer la distribution spatiale et indiquent la position relative de chaque élément. La carte Mapping the 2010 U.S. Census montre l’évolution de la population, les changements dans les zones ethniques et d’habitation. Nous avons alors un recensement géographique des peuples aux États-Unis. Une carte permet de situer un phénomène et de le confronter avec un autre. Appliqué à une bibliothèque, un livre est défini par sa littérature, le lieu d’écriture, mais encore où l’histoire prend place, ce qui peut nous guider dans notre recherche. Enfin, en mélangeant la structure temporelle et spatiale nous avons un cadre spatiotemporel qui se dessine. Cela nous permet d’observer des changements et déplacements à travers le temps. Whisper, créé en 2012, permet de suivre la diffusion de l’information, ici appliqué à Tweeter. Pour chaque tweet, nous pouvons observer le sujet, l’horaire, le lieu, mais également pour chaque retweet. On peut voir le parcours d’une information avant qu’elle ne touche une zone. Finalement, la dernière structure pas encore évoquée est simplement le texte. Nous pouvons aujourd’hui analyser des romans,

Grubbs, Yahnke et Balog, Popular Science Archive, 2009 Bloch, Carter et McLean, Mapping the U.S. Census, 2010

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Information & Bibliothèque

Une structure temporelle comme les timelines permet de replacer les éléments dans leur contexte. La visualisation Popular Science Archive créée en 2009 permet à l’usager de faire une recherche par mot-clé à travers les archives du magazine Popular Science. Il en ressort les occurrences de ce mot dans tous les numéros, classés par année avec la couleur qui indique le nombre d’apparitions.


La visualisation de données au service de la recherche d'information

paragraphes, discours, mots grâce à l’intelligence artificielle, ce qui nous permet de créer de nouvelles visualisations. Francesco Franchi s’est appliqué à la visualisation des textes de Jorge Luis Borges en 2008 pour le magazine italien Letteratura Grafica. La représentation laisse confronter les écrits de l’auteur avec les concepts sur la droite, la géographie dans la zone circulaire et le temps sur la partie linéaire à gauche. C’est un autre point d’entrée dans les informations qui concernent un écrivain, plus simple d’accès que tout un texte.

Cao, Lin, Sun, Lazer, Liu et Qu, Whisper, 2012 Franchi, Jorge Luis Borges, 2008

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La transformation numérique nous permet de trouver plus d’informations d’un point de vue quantitatif, mais aussi qualitativement grâce aux nouvelles possibilités que regroupe un système informatique. Il est possible désormais de s’affranchir des contraintes physiques pour faire des découvertes en bibliothèques basées sur la sérendipité. Cela remet en cause le système de classification actuel qui oblige un document à se trouver à un seul endroit physique. Le numérique nous permet de nous décharger de ces contraintes pour proposer un espace multidimensionnel. Raphaëlle Lapôtre reprend David Weinberger qui précise que le numérique nous fait passer d’une classification unidimensionnelle par contrainte physique à une classification multidimensionnelle parce que nous pouvons placer un objet à plusieurs endroits de la classification [Lapôtre, 2014]. Outre l’aspect dimensionnel, l’avancement technologique de l’informatique a permis de rendre les ordinateurs intelligents. La notion d’intelligence artificielle a vu le jour grâce au mathématicien Alan Turing dans les années 1950. Il pose la question d’apporter aux machines une forme d’intelligence [Futura Science, 2015]. On considère l’intelligence artificielle comme l’ensemble des techniques mises en œuvre pour permettre à une machine d’imiter une intelligence réelle. C’est pourquoi on juge une machine intelligente quand on ne peut la différencier avec un humain grâce au test de Turing. Les milieux d’applications sont variés, les géants du web se sont lancés dès le début dans ce domaine. Notamment avec Alan Turing et ses collègues travaillant sur l'ordinateur Ferranti Mark I, 1951 ©SSPL/Getty Images

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Information & Bibliothèque

b. De nouvelles possibilités pour l’usager


La visualisation de données au service de la recherche d'information

les assistants vocaux, les analyseurs d’images, de voix ou de textes ce qui permet de classer des documents pour ensuite s’en servir lors de recommandations. Google s’est risqué à référencer tout le savoir du monde et est capable aujourd’hui de créer des liens sous forme de recommandation ou similarité. C’est ce qui s’affiche dans un encart à droite lors d’une recherche sur le moteur de recherche. En tapant « Paul Otlet » (présenté précédemment, j’espère que vous avez suivi), j’ai les informations principales qui ressortent avec les recherches associées, comme Henri la Fontaine ou Melvil Dewey. Cela nous permet de naviguer rapidement et plus loin dans le savoir. Le système derrière ces résultats est le Google Knowledge Graph [2012] qui vise à collecter les données autour de personnes et objets. L’algorithme sur les serveurs va ensuite confronter les données lors d’une recherche et créer des associations pour répondre à notre question. Les géants du streaming, comme Spotify, Netflix ou du commerce tels que Amazon, se démarquent de ce côté, mais difficile de connaître leur secret qui se cache derrière les recommandations. Spotify, le service de streaming musical suédois a créé sa réputation en partie sur l’algorithme derrière leur recommandation. Toutes les semaines, le système met à disposition une playlist «  découverte de la semaine  » qui est propre à chaque usager suivant ses données [Ciocca, 2017]. Depuis les années 2000, les services de streaming essayent de se développer dans ce domaine, d’autres ont tenté avec différentes stratégies  : création de playlists par des employés, taggage des musiques, filtre collaboratif… Le MIT fut le premier à mettre en place un algorithme basé sur l’analyse de l’audio et des paroles d’une musique. Résultats de recherche « Paul Otlet » sur Google Recommandations d'écoute selon des playlits sur Spotify

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Netflix fonctionne sur le même type de système. Ils cherchent à aider l’usager à faire des découvertes grâce à leur recommandation. À savoir que 80 % des séries visionnées sur le service ont été trouvées à l’aide de recommandation [Plummer, 2017]. Les séries et films présentés au spectateur sont classés par probabilité que l’usager apprécie ce titre. L’utilisateur sait que le premier film qui se présente à lui sera celui qu’il risque le plus d’apprécier, s’il s’engouffre plus loin dans les miniatures, la probabilité diminue [Netflix]. Ils se basent sur son comportement et ses données tels que son interaction avec le service, son historique de visionnage, les méta données d’un titre, à quel moment de la journée est-ce qu’il a regardé ce titre… Ce qui permet de créer des liens avec d’autres usagers pour faire des recommandations par similarité. Grâce à une équipe de Netflix qui tague tout le contenu du site [Plummer, 2017], les usagers sont regroupés dans des catégories par goût selon leur interaction avec le système. Aussi, une différence majeure est la sélection de titres appréciés lors de la création d’un profil ce qui permet de mettre le système en œuvre dès la première visite [Netflix]. Cette première sélection est remplacée avec le temps par les visionnages, les titres aimés ou sauvegardés. Un autre géant du web qui se démarque dans le monde de la vente est Amazon. On ne doute plus aujourd’hui du poids 102

Information & Bibliothèque

Sophia Ciocca [2017] explique dans son article qu’il y a trois types de recommandations derrière les découvertes de la semaine, un filtre collaboratif sur les goûts des usagers, si les personnes A et B ont aimé cette musique alors la personne B pourrait aimer les autres musiques de la personne A. Un autre outil mis en place est un crawler sur le web qui lit et analyse les métadonnées autour de l’actualité musicale. L’analyse des termes permet de mettre en lien la musique avec un usager et le dernier type est l’analyse musicale qui permet de déterminer les styles et classer les musiques.


La visualisation de données au service de la recherche d'information

de cet acteur dans le commerce en ligne (et peut-être, un jour en boutique avec les Amazon Go). Amazon a mis les moyens nécessaires pour développer leur intelligence artificielle qui est un élément clé pour leur vente : 35 % des ventes du site viennent des recommandations [Altitude Labs, 2018]. Ils mettent en place une expérience du shopping personnalisé pour chaque visiteur. Lorsque nous consultons la page d’un produit, nous trouvons en dessous de celui-ci plusieurs sections pour augmenter la taille du panier. Nous avons la partie « produits fréquemment achetés ensemble… » qui propose un package pour compléter votre produit. Si vous consultez un ordinateur, cette partie vous proposera une souris et un clavier. Il y a également une section « les clients ayant acheté cet article ont également acheté… » pour favoriser la découverte, il s’agit d’accessoires pour compléter la commande. Enfin, la dernière zone de recommandation met avant les «  produits similaires à cet article…  » avec des informations synthétisées pour aider l’usager à comparer. Toutes ces recommandations se font selon les données de l’utilisateur : les produits consultés, les produits ajoutés au panier, ceux qui étaient commandés pour avoir des propositions ciblées et augmenter les ventes. Le visiteur se perd dans sa navigation et se laisse convaincre par les recommandations qui ont été choisies pour lui. Nous achetons ce que nous avons trouvé en nous perdant dans les pages. Tout comme nous pouvons trouver un document en bibliothèque en nous perdant dans les rayons. David Weinberger [Lapôtre, 2014] explique la différence entre Amazon et une bibliothèque utilisant la Classification Décimale Dewey : « En soi, Amazon est aussi éloigné que possible d’une bibliothèque appliquant la classification Dewey. Dewey a créé une manière unique de regrouper les livres : Amazon tâche d’en trouver autant que possible. Melvil Dewey s’est chargé lui-même de la conception du système : Amazon, quant à lui, laisse tout le monde créer ses propres catégories, leur donner un nom amusant puis 103


Là où l’ordinateur révolutionnait les techniques dans les années 70, il fait partie aujourd’hui de notre quotidien, nous avons l’habitude d’utiliser, de nous en servir à des fins professionnelles ou personnelles. Outre le traitement des données, il a également permis de mettre en place des visualisations interactives, à défaut des statiques où l’usager se contentait de regarder, lire, comprendre pour ensuite continuer ses affaires. L’apport de l’interactivité autorise l’utilisateur d’interagir avec les données, de choisir ce qu’il veut voir, de la manière dont il veut le voir… Il a la possibilité de naviguer en temps réel dans cette source d’information. En 2018, avec les avancées majeures de l’informatique et de l’électronique, nous avons de nouveaux matériaux et outils pour proposer des représentations qui sortent d’un écran ou d’une affiche. Les data visualisations sous forme d’installations que nous pouvons appeler data installation, offrent de nouvelles possibilités dans la représentation de données. Recommandation d'achats pour un clavier sur Amazon

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Information & Bibliothèque

les publier. Dewey a privilégié la clarté et l’ordre, se prosternant devant les dieux de la métrique en créant un système basé sur des multiples de 10 : Amazon apprécie au contraire un désordre chaleureux, suggérant partout dans ses pages des manières alternatives de naviguer ainsi que des offres insolites particulières à chacun. Lorsque l’on cherche un livre dans une bibliothèque organisée sur le modèle de Dewey, on peut être très content de trouver un autre livre sur le même sujet juste à côté du premier sur l’étagère. Mais lorsque l’on cherche à acheter un livre sur Amazon, la sérendipité planifiée vous conduit vers un choix bien plus large de livres, déterminé par les éditeurs d’Amazon, les algorithmes ainsi que les autres consommateurs. Le système de Dewey privilégie la stabilité qui accompagne le monde physique — des livres sur des étagères, de l’encre blanche au dos des livres, tandis qu’Amazon se targue de sa capacité à grouper et regrouper de manière instantanée ses produits ».


La visualisation de données au service de la recherche d'information

Encore sous une forme émergente, ces dispositifs apparaissent surtout au sein d’expositions. C’est un mode d’expression pour les artistes qui cherchent à nous montrer un phénomène sous une nouvelle forme ou pour les designers qui, grâce à une interaction, favorisent la compréhension d’un sujet. La forme physique va déjà nous attirer par curiosité, car ce n’est pas la forme la plus courante d’une visualisation. Mais le fait de pouvoir déambuler dans l’installation, tourner autour, toucher, contrôler apporte une nouvelle stimulation qui nous marque de manière à nous en souvenir plus facilement. Quelques exemples plus parlants, j’ai découvert ces nouvelles représentations avec l’œuvre de David Bowen, Tele-Present Water. Ce data artiste nous montre le mouvement de l’océan Pacifique grâce à une balise sur une bouée. Ce qui n’est pas visible ou tangible pour nous prend alors forme devant nous, d’une manière poétique qui nous captive. Plus dans le monde du design, le collectif Domestic Data Streamers conçoit des installations où ce sont les usagers qui apportent les données selon un sujet précis. Plutôt que de faire une infographie avec les données d’une étude, le dispositif invite le spectateur à devenir acteur. Il n’est pas possible de prédire la forme finale de l’installation, bien qu’ils aient une idée, mais c’est se laisser surprendre par la réponse des autres, chaque installation est donc unique. Avec Data String, ils invitent les spectateurs à tracer leur réponse à un ensemble de questions, on peut voir alors des motifs sociaux prendre forme. Appliquées au monde des bibliothèques et à la recherche d’information, certains scientifiques se sont penchés sur le sujet

David Bowen, Tele-Present Water, 2011 Domestic Data Streamers, Data String, 2014

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Certains ont proposé des applications de réalité augmentée sur des tablettes tactiles comme LibARi. L’application aide l’usager à trouver sa ressource plus rapidement et à donner plus d’information en pointant un livre. Mais nous sommes dans un établissement avec un lien fort à l’objet, aux livres, au papier… La tablette tactile répondant à une contrainte technique met une barrière entre le lecteur et les documents, il regarde à travers un écran, ce dernier ajoutant de la froideur. Nous pouvons faire la même critique aux écrans tactiles, ce ne sont que des moniteurs d’ordinateur horizontaux que l’utilisateur peut contrôler avec son doigt. Ils ne révolutionnent pas la recherche d’information par rapport à ce qui existe aujourd’hui. Ils ne permettent pas de mettre en relation l’usager avec les livres, plus que ne le font déjà les OPAC sur les écrans 4/3. BiblioTouch, qui est installé à la bibliothèque de l’ENSSIB, est pensé comme une table de salon impliquant que l’on vienne prendre le temps de faire une recherche. On peut néanmoins remarquer l’interface qui est plus agréable que ce que nous avons pu voir pour les OPAC. StorySurfer est une installation interactive de recherche d’information, mais ciblant les enfants. Elle les encourage à se déplacer, faire de l’activité pendant les recherches et les place au sein de l’information grâce à une projection qui est en partie supérieure. Ils peuvent affiner leur recherche en poussant avec le pied les filtres qui sont tout autour de la zone projetée. La recherche devient plus ludique pour la jeune cible tout en les mettant en lien avec les documents.

Siddappa, LibARi, 2014 ENSSIB et BIIN, Bibliotouch, 2013

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Information & Bibliothèque

de la visualisation de données sous forme tangible, c’est-à-dire qui sort de l’écran d’ordinateur.


La visualisation de données au service de la recherche d'information

Collection driver permet de rendre la recherche tangible avec des objets connectés. L’installation est composée de deux écrans interactifs, le vertical est l’affiche du système de recherche, comparable à un OPAC où l’on peut mener son exploration. Le second écran, horizontal est comme une table qui permet de spécifier la recherche documentaire à l’aide de « tokens » qui sont des objets connectés. Ils agissent comme des filtres comme l’auteur, l’année, la langue… La recherche devient interactive et physique grâce à ces objets. Quand l’usager a trouvé ce qu’il cherchait, la machine imprime les informations du document pour que l’utilisateur puisse garder sa recherche et partir à la conquête de l’ouvrage dans l’espace de la bibliothèque. Ces projets d’étude, bien qu’intéressants, restent expérimentaux et pas suffisamment centrés sur les usagers pour qu’ils soient viables en bibliothèque. Ils permettent tout de fois de tester de nouveaux usages et façons de chercher. Cependant, perdurent dans les bibliothèques les fameux ordinateurs aux écrans 4/3.

Erikson et Lykke-olesen, Story Surfer, 2007 Hinrichs, Butscher, Müller et Reiterer, Collection Driver, 2016

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Conclusion


Conclusion

Les bibliothèques ont su évoluer au cours des derniers millénaires pour rester présentes dans la vie des habitants. Elles gardent comme fonction première le libre accès à l’information, c’est un service public qui est ouvert à tous. Puis elles ont proposé de nouveaux services à des publics plus ciblés selon des problématiques contemporaines, comme les ateliers d’alphabétisation ou de recherche d’emploi. Les bibliothèques restent aujourd’hui un enjeu majeur dans l’accès à la culture dans les quartiers et c’est pourquoi elles sont toujours aussi fréquentées et adorées des politiciens pour l’image qu’elles leur donnent. Nous avons vu que les usagers sont hétérogènes puisque la bibliothèque s’est diversifiée dans ses services. Pour rendre accessible son contenu au plus grand nombre, des classifications ont été mises en place. Bien qu’utiles pour donner une position à un document, elles restent compliquées et peu utilisées par le public. Pourtant, de nouvelles possibilités sont apparues avec le web, proposant des systèmes qui donnent à l’utilisateur plus de liberté et de personnalisation. Tout comme les moteurs de recherche dont les bibliothèques se sont emparées, une fois intégrés aux SIGB, ils facilitent la recherche et la visualisation des données de la bibliothèque pour aider le lecteur. Ces systèmes qui sont au service des visiteurs sont compliqués et datés, ce qui pose problème lors d’une recherche d’information, impactant l’expérience de l’utilisateur et la rendant mauvaise. Pourtant les technologies accessibles en 2018 permettent de créer des systèmes simplifiés et faciles d’utilisation pour les lecteurs. Bien que les premières visualisations étaient en 2D et statiques, nous pouvons rendre aujourd’hui une recherche tangible et interactive avec de nouveaux procédés. Aussi, comme ont pu le montrer les géants du web, les ordinateurs aujourd’hui nous connaissent et sont capables de nous faire des recommandations pertinentes selon nos goûts. Évitant ainsi de longs moments de recherche. 115


Aider les visiteurs dans leur recherche d’information grâce à un environnement physique et interactif pour des découvertes plus pertinentes. Il est alors question de penser un outil plus attractif et simple pour faciliter la recherche d’information et faire ainsi gagner du temps pendant celle-ci. Il est nécessaire de repenser les interactions homme-machine au sein de la bibliothèque, mais également les outils de visualisation pour permettre à l’usager de s’y retrouver parmi cette masse de documents.

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Information & Bibliothèque

Cette étude va désormais me permettre d’amorcer mon projet de fin d’études dont le but sera de résoudre les problèmes émis dans ce document, c’est-à-dire :


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Bibliographie


Livre

Mémoire ou thèse

Article

Site

Vidéo

Étude

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Remerciements & CrĂŠdits


Remerciements & Crédits

Remerciements Je commencerai ce long monologue de remerciements par l’équipe pédagogique de L’École de Design Nantes Atlantique qui m’a suivi, encadré et enseigné des choses pendant ces quatre dernières années. Particulièrement Jérôme Héno pendant mon Bachelor en design graphique, puis Grégoire Cliquet et Arnaud Le Roi pendant mon séjour à READi. Merci à Matthias Rischewski pour tout le savoir qu’il a pu me transmettre et son encadrement pour mon projet de fin d’études. Virginie Braud pour ses conseils et sa supervision pour l’écriture de ce mémoire. Enfin, merci à Quentin Chevillon de la BDLA, Emmanuelle Garcia et Stéphanie Lechêne de Mobilis, Catherine Boutin et Jean-Luc Testau (et toute l’équipe) de la Médiathèque de Challans, Daniel Bourrion de l’Université d’Angers et Aymeric Seassau de la Mairie de Nantes pour leur temps, leurs remarques et leur investissement qui ont permis de développer ce projet.

Crédits Ce mémoire est consultable en ligne à l'adresse suivante : https://issuu.com/quentlamb Ce mémoire a été imprimé par mes soins sur les papiers : – Clairefontaine Trophée 120g canari et ivoire (certifié FSC) ; – Clairefontaine Clairalfa 120g blanc (certifié PFEC) ; – Clairefontaine DCP 120g blanc (certifié FSC). Les polices utilisées sont : – L'Helvetica de Linotype : https://www.fonts.com/font/linotype/helvetica – La FF Meta Serif de Fontfont : https://fonts.adobe.com/fonts/ff-meta-serif#fonts-section

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Profile for Quentin Lambert

Information & Bibliothèque  

Information & Bibliothèque Classifications et systèmes de recherche au service de l’usager Mémoire de fin d'études Quentin Lambert Informat...

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