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Ecole Nationale Supérieure d’Architecture et de Paysage de Lille

Séminaire d’initiation à la recherche : Archéologie du projet Sous la direction de Catherine Blain et Eric Monin 2015 - 2016

La plaque de verre ondulé : émancipation d’un « matériau de complément »

Quentin Roussel 1


Illustration page de garde : Quatrième de couverture d’une brochure publicitaire non datée (recadrée, mise en noir et blanc). Compagnie de Saint-Gobain, « VERONDULIT » Type « G » grandes ondes, brochure publicitaire monochrome, sans date, 10 p. (Archives de la compagnie de Saint-Gobain à Blois : Boîte SGV HIST 071.010 / Dossier « Verondulit doc sans date »).


Remerciements

Je tiens tout d’abord à remercier Catherine Blain et Eric Monin pour leur réel investissement dans ce séminaire et la pertinence de leur suivi.

Je remercie ensuite Anne Alonzo et Nathalie Duarte, chef de projet et documentaliste au centre d’archives Saint-Gobain à Blois, pour le temps qu’elles m’ont consacré. Elles ont rendu possible la consultation d’un précieux fonds d’archives sans lequel ce mémoire n’aurait pas eu cette consistance.

Je souhaite remercier également M. Maurice Verjot, habitant de Fontaine-lesGrès et retraité de l’entreprise Doré-Doré, qui m’a permis de visiter l’église SainteAgnès. Il a su me transmettre son savoir en véritable passionné de l’architecture et de l’histoire de ce patrimoine.

Je remercie aussi Gilles Vilain, chargé de la protection des monuments historiques à la DRAC Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, pour son engagement et la communication de ses recherches portant sur cette église.

Enfin, un grand merci à mon grand-père Daniel Flament qui s’est investi en documentant ce sujet sous un autre regard, grâce à ses archives personnelles.

Durant deux semestres, toutes ces personnes ont contribué, par leurs compétences et leur disponibilité, à rendre enrichissant et motivant ce travail de recherche.

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Avant-propos La découverte d’une publicité de Saint-Gobain1, louant la rationalité d’un nouveau produit verrier en 1950, est à l’origine de cette étude : la plaque de verre ondulé. Ce matériau, aujourd’hui disparu, renvoie directement à une esthétique familière car ce type de panneau est à présent une solution économique très répandue en matières plastiques. Ma curiosité m’a poussé à vouloir appréhender cette période charnière du passage du verre au plastique dans l’architecture et de comprendre la genèse d’un matériau aujourd’hui banalisé. La diversification des produits verriers de Saint-Gobain amène, à partir de 1932, Messieurs Boudin et Poeymirou, directeur d’usine et chef du service technico-commercial, à mettre au point des plaques de verre ondulé complémentaires aux panneaux standardisés d’amiante-ciment. Elles reprennent donc les mêmes dimensions et ondulations afin de se connecter. L’idée était d’intégrer un apport lumineux à un système de couverture légère et économique, essentiellement liée à une activité industrielle ou agricole. Dès 1938, des réalisations utilisent le verre ondulé armé (V.O.A.) mais l’éclatement de la Seconde Guerre Mondiale va mettre en sommeil ces études et repousser la commercialisation du produit à 1946. D’abord associé à la couverture, le V.O.A. s’éloigne de son but initial en profitant d’une multitude d’usages, parfois avec une valeur expérimentale. Par exemple, Michel Marot et Jean-Claude Vignes, architecte et graveur, l’ont appliqué comme élément de bardage indépendant, formant les vitraux de l’église de Fontaine-les-Grès. Saint-Gobain va progressivement faire évoluer ce produit en adoptant la dénomination « VERONDULIT » en 1952 afin de répondre aux nouveaux usages qu’en font les clients et l’ouvrir à d’autres programmes : architecture scolaire ou commerciale, logement. Mais dans les années 1960, le « VERONDULIT » doit s’adapter pour concurrencer les plastiques et le « PROFILIT ». Le « RIDOVER » est lancé afin de remplacer à terme le V.O.A. mais signe un échec commercial. Le verre ondulé disparaitra du catalogue de Saint-Gobain en 1984 après une dégradation progressive de son image. Au-delà de retracer l’historique de ce matériau grâce à la consultation des archives de Saint-Gobain, il s’agit aussi de porter un regard sur la production architecturale d’aprèsguerre à travers les questions de la standardisation et de la lumière naturelle. Le V.O.A., en tant que nouveau matériau issu de l’industrie verrière, a été capable de répondre à une grande diversité programmatique à laquelle s’intéresse cette recherche.

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Publicité de l’entreprise Saint-Gobain publiée en 1950 et 1951 dans revue L’Architecture Française (n°97-98 et 111-112).

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Fig. Marot (Michel), Eglise Sainte-Agnès, Fontaine-les-Grès (Aube), 1955-1956. Photo de Roussel (Quentin), 17 mars 2016. Photographie personnelle d’une plaque de V.O.A. mise en œuvre verticalement.

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Table des matières INTRODUCTION ................................................................................................................... 6 D’UN MATERIAU DE COMPLEMENT VERS UN MATERIAU AUTONOME ................11

I. A.

Contexte du développement du verre ondulé dans les années 1930 ..................11 1.

Volonté de la Compagnie de Saint-Gobain de diversifier ses produits verriers. ................... 11

2.

« L’architecture de lumière » comme désir de modernité. .................................................... 12

3.

Expansion de la plaque ondulée en amiante-ciment. ........................................................... 13

B. Emergence du verre ondulé entre 1932 et 1952 : applications limitées...............16 1.

Etude d’une solution d’éclairement naturel en complément de l’amiante-ciment. ................ 16

2.

Commercialisation d’un produit verrier destiné aux activités. ............................................... 20

C. Naissance du « Verondulit » en 1952 : applications multiples .............................23 1.

Nouvelles mises en œuvre éloignées de la visée initiale du produit. .................................... 23

2.

Evolution du produit permettant son insertion dans de nouveaux programmes. .................. 25

D. Caractéristiques techniques du « Verondulit » ....................................................28 1.

« Verondulit TYPE A » - verre armé, grandes ondes. ........................................................... 28

2.

« Verondulit TYPE G » - verre armé, petites ondes. ............................................................. 29

3.

« Verondulit TYPE I » - verre non armé, petites ondes. ........................................................ 30

II. UN MATERIAU DESTINE AUX ACTIVITES ET CAPABLE DE REPONDRE A UNE DIVERSITE PROGRAMMATIQUE.......................................................................................31 A. Activités agricoles et industrielles – L’éclairage naturel et rationnel des surfaces intérieures .......................................................................................................................31 1.

Usine adaptable, usine verte : nouvelles conceptions de l’usine moderne. .......................... 31

2.

Usine Renault à Flins (Yvelines), 1952. ................................................................................ 35

3.

Usine Rosy à Ruitz (Pas-de-Calais), 1961. ........................................................................... 41

4.

Un moyen économique d’augmenter l’éclairement des locaux agricoles et horticoles. ........ 51

B. Eglises – L’émergence d’une nouvelle esthétique religieuse ..............................55 1.

L’architecture religieuse moderne dans la France d’après-guerre. ....................................... 55

2.

Eglise Sainte-Agnès à Fontaine-les-Grès (Aube), 1955-1956. ............................................. 56

3.

Sacralisation d’un matériau ordinaire par Michel Marot et Jean-Claude Vignes. ................. 69

4


C. Bâtiments scolaires – Une standardisation répondant à l’effort constructif d’après-guerre.................................................................................................................75 1.

Industrialisation des constructions scolaires françaises. ....................................................... 75

2. L’ « école industrialisée », un modèle issu de la collaboration de Saint-Gobain et de l’Aluminium Français. .................................................................................................................... 77 3.

Le développement du « Verondulit » dans l’architecture scolaire. ........................................ 84

D. Décoration et cloisonnement – Une nouvelle conception des espaces intérieurs ........ .................................................................................................................................87 1.

Le « Verondulit » comme moyen de « vivre en lumière ». .................................................... 87

2.

Le « Verondulit » comme nouveau dispositif de cloisonnement. .......................................... 91

3.

Le « Verondulit » et l’éclairage artificiel, vecteurs de nouvelles ambiances. ........................ 91

III. UN MATERIAU CONFRONTE A UNE FEROCE CONCURRENCE .............................93 A.

Emergence de produits alternatifs dans les années 1960 ....................................93 1.

Modernité des panneaux plastiques ondulés. ....................................................................... 93

2.

Nouvelle esthétique du verre « Profilit ». ............................................................................... 99

B. Evolution du « Verondulit » face à cette nouvelle concurrence .........................102 1.

Un développement hésitant à partir de 1961, nouveau profil ou nouveau produit ?........... 102

2.

Naissance et échec commercial du « Ridover » : 1968-1970. ............................................ 105

3.

La fin annoncée et progressive du « Verondulit ». .............................................................. 107

C. Conditions contemporaines du verre ondulé : « préserver, restaurer, remplacer » ...................................................................................................................110 1.

La durabilité d’un matériau fragile. ...................................................................................... 110

1.

Confort actuel : adaptation des locaux ROSY - CEDATRA à Ruitz. ................................... 113

2.

Normes actuelles : évolution des « écoles industrialisées ». .............................................. 117

3.

Valeur patrimoniale : inscription de l’église Sainte-Agnès à Fontaine-les-Grès. ................ 121

CONCLUSION ...................................................................................................................126

BIBLIOGRAPHIE THEMATIQUE ......................................................................................130 SOURCES .........................................................................................................................135 ANNEXES ..........................................................................................................................142 CHRONOLOGIE ................................................................................................................159 FRISE CHRONOLOGIQUE.......................................................... Erreur ! Signet non défini.

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Introduction Le séminaire de recherche permet d'aborder la production architecturale d'aprèsguerre en France à travers l’étude d’un produit de la croissance. Il s’agit de porter un regard sur l’évolution de la plaque de verre ondulé, mais aussi les applications variées de ce nouveau matériau, issu de l’industrie verrière, à travers l’analyse de projets architecturaux l’ayant employé. Se présente ainsi l’occasion de découvrir un corpus d’édifices qui l'ont intégré dans leur mise en œuvre, de redécouvrir un patrimoine méconnu en prenant pleinement conscience de la manière dont les architectes de l'époque se sont appropriés ce produit. Le point de départ de cette étude est une publicité de 1950 pour Saint-Gobain qui vante les mérites d’un nouveau produit permettant d’utiliser « vos toitures pour éclairer vos locaux » grâce à un « éclairage rationnel » et une « pose simple & rapide » 2 : la plaque de verre ondulé armé. Jusqu’à cette découverte, je ne pensais pas que ce type de panneau translucide ondulé, aujourd’hui une solution économique en matières plastiques, avait d’abord existé en verre, un matériau plus noble mais aussi plus lourd. C’est ce qui a conduit au choix du produit comme sujet de recherche afin de comprendre, tout d’abord, l’évolution qu’il y a eu entre le verre et le plastique. Dans l’ouvrage collectif Glass in the 20th Century Architecture: Preservation and Restoration dirigé par Franz Graf et Francesca Albani, plusieurs auteurs nous informent sur le rôle du verre dans l’architecture moderne. Ainsi Ola Wedebrunn explique que la transparence est une caractéristique essentielle de cette nouvelle architecture qui cherche à effacer les limites entre intérieur et extérieur. Elle en attribue les origines au journaliste Paul Scheerbart (1863-1915) et à l’architecte Bruno Taut (1880-1938), deux Allemands qui percevaient le verre et la lumière « en tant que matières positives et universelles pouvant conduire l’humanité à un niveau culturel plus élevé ».3 De plus, Bernard Bauchet rappelle que « la période des années 1910 à 1930 voit apparaître ou se perfectionner une offre de produits verriers sans précédent » 4 en France. Mais à ce jour, aucun ouvrage n’aborde spécifiquement l’histoire du verre ondulé : les raisons de son développement puis de son arrêt, la transition qui a eu lieu entre la plaque ondulée en verre puis celle en plastique. Une investigation dans le catalogue de la bibliothèque municipale de Lille a permis de découvrir deux sources inédites, publiées par 2

Publicité de l’entreprise Saint-Gobain publiée en 1950 et 1951 dans revue L’Architecture Française (n°97-98 et 111-112). th Wedebrunn (Ola) « Glass and Light – 20 C North » dans Graf (Franz), Albani (Francesca) (dir.), Glass in the 20th Century Architecture: Preservation and Restoration, Mendrision Academy Press, Mendrisio, 2011, p. 130. 4 Ibidem, Bauchet (Bernard), « Verre & Maison de verre », p. 290-291. 3

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Saint-Gobain lors des décennies 1950 et 1960. Il s’agit de l’ouvrage technique Saint-Gobain matériaux de construction : verre, fibre de verre, matériaux de synthèse5 (1958) et de la revue architecturale Le bâtiment et Saint-Gobain (1959-1963). Ces publications recensent de nombreux matériaux, précisent les processus de fabrication, délivrent des données techniques. A travers un corpus de réalisations, elles ont pour but d’inciter à l’achat des produits de Saint-Gobain et mettent donc en avant toute une série de qualités et d’arguments positifs. La publicité de 1950 semble montrer que ce nouveau matériau aurait d’abord été conçu en lien direct avec un usage précis de l’amiante-ciment : un modèle de panneau ondulé utilisé comme couverture opaque et légère. La plaque de verre ondulé aurait donc été développée en prenant compte des caractéristiques de ce produit existant : le profil ondulé, et le principe de pose paraissent similaires. Mais quelques années plus tard, la compagnie verrière voudrait prouver dans ces publications, à travers plusieurs exemples illustrés, que le « VERONDULIT » serait capable de répondre à d’autres usages en toiture (verrière indépendante ou raccordée à la tôle galvanisée), en bardage et même en cloisonnement intérieur pour un usage « décoratif ». A travers ce mémoire de recherche, il s’agit de se demander de quelle manière le verre ondulé serait passé d’un produit verrier conçu pour un usage unique à un produit autonome : l’on passerait alors d’un produit pensé comme complément d’un matériau de construction très répandu, à une utilisation autonome offrant des possibilités plus variées aux architectes des Trente-Glorieuses. De cette manière, il est intéressant de souligner que la Compagnie de Saint-Gobain s’est réappropriée certains détournements de son produit afin de l’améliorer et de proposer à son tour d’autres utilisations. Devenu « VERONDULIT » et capable d’apparaître dans la très grande majorité des programmes de cette époque, il a ainsi permis d'apporter de nouvelles solutions au problème de la lumière naturelle dans l'architecture, notamment grâce à sa polyvalence et à la mise en place d'une nouvelle culture matérielle. Il s’agit donc de déterminer comment ce produit a répondu à la diversité des programmes de l’architecture des Trente-Glorieuses. Ce travail de recherche porte également sur l’image que véhicule ce produit industriel. La plaque de verre ondulé renvoie à une esthétique qui est familière à chacun : en effet, ce type de panneau translucide ondulé en matière plastique est présent dans de

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Compagnie de Saint-Gobain, Cadiergues (R.), Saint-Gobain matériaux de construction : verre, fibre de verre, matériaux de synthèse, Paris, R.L. Dupuy, 1958, 339 p.

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nombreuses constructions et s’achète dans tous magasins de bricolage. Ainsi, ces produits banalisés seraient une adaptation du « VERONDULIT » à travers une nouvelle matière économique et légère. Il s’agit de comprendre quelle était l’image véhiculée par ce produit verrier et quelle fut son évolution face à l’émergence des matériaux plastiques et des nouveaux produits verriers. Mais aussi de questionner les filiations qu’a pu avoir le « VERONDULIT » sur la mise au point de matériaux contemporains. Intitulé « La plaque de verre ondulé : émancipation d'un ‘’matériau de complément" », ce mémoire tend donc à répondre à une série d’interrogations inhérentes au sujet : de quelle manière ce produit verrier est-il passé d'un matériau de complément conçu pour un usage unique à un produit autonome offrant des possibilités variées ? Dans quels programmes ce produit a-t-il été utilisé par les architectes des Trente-Glorieuses ? Quelle était l'image véhiculée par ce produit verrier et quelle fut son évolution face à l'émergence des matériaux plastiques ? L’étude de sources variées permet de répondre à cette série d’interrogations. Un dépouillement des revues architecturales généralistes Architecture d’Aujourd’hui et L’Architecture Française de 1945 au milieu des années 1970 est effectué au centre de documentation de l’ENSAPL. Ces publications sont supports de publicités Saint-Gobain et éclairent l’étude sur des questions plus générales comme les procédés de préfabrication et le rôle du verre dans l’architecture d’après-guerre. D’abord épisodique afin de survoler l’ensemble de la période étudiée, le dépouillement devient systématique aux années ou numéros encadrant ceux contenant plus précisément des informations sur le sujet. Grâce à la consultation des bases de données Archirès et Sudoc, il est possible de cibler des revues spécialisées dans les matériaux verriers. Le croisement des fonds de la bibliothèque municipale de Lille et de l’école d’architecture permet de convoquer la quasitotalité des numéros de la revue Le bâtiment et Saint-Gobain (1959-1963) ainsi qu’une grande partie de ceux des revues Architecture de Lumière (1964-1973) et Courrier du verre (1966-1972). Ces publications peu critiques visent à soutenir l’industrie verrière : les deux premières sont éditées par Saint-Gobain, la suivante par l’association pour le développement de l’information et de la propagande en faveur des matériaux verriers dans la construction. Le dépouillement systématique des numéros disponibles nourrit ce mémoire de nombreux projets mettant en œuvre le verre ondulé tels que le prototype d’école industrialisée SaintGobain - Aluminium Français ou l’usine Rosy. Toutefois beaucoup de réalisations ne sont informées que par une unique photographie.

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Une telle étude exige également l’exploitation de sources plus directes avec, dans un premier temps, la consultation des archives de Saint-Gobain à Blois. Face à la longue liste de références mentionnant le verre ondulé, il est décidé de dépouiller uniquement les boîtes d’archives concernant la production française de ce produit. Plus spécialement les périodes de mise au point et celles d’entrée ou de retrait du marché afin d’établir sa chronologie. Toujours dans le contexte français, il s’agit de cibler la documentation imprimée (brochures, plaquettes publicitaires) et les photographies qui concernent principalement des projets ou programmes ayant déjà émergé lors des premières recherches : architecture agricole, industrielle, scolaire, commerciale ou administrative. Vient ensuite l’examen de documentations techniques sous forme de catalogues globaux ou de plaquettes spécifiques au verre ondulé. L’exploitation de ce fonds est aussi marquée par la consultation d’une série d’ouvrages apportant des informations sur l’histoire du verre et de la lumière naturelle dans l’architecture, mais aussi sur les caractéristiques techniques et les possibilités de mises en œuvre du verre ondulé. Ils s’intitulent Eclairage naturel et isolation : le matériau verre au service du bâtiment6 (1953), Le verre et ses applications7 (1963), Le verre et ses techniques8 (1963), Les industries verrières9 (1966). La consultation des archives personnelles de M. Daniel Flament, permet de chercher des traces du verre ondulé dans la presse grand public généraliste ou thématique : actualité (presse quotidienne régionale et hebdomadaire nationale), féminine, rurale. En plus de ce dépouillement systématique au tournant des décennies 1950 et 1960, une recherche ciblée est effectuée sur l’usine Rosy et le village de Ruitz. La constitution d’un corpus de réalisations le plus large possible est nécessaire afin d’aborder l’ensemble de ces questions et des possibilités de mise en œuvre : activités agricoles

et

industrielles,

architectures

religieuses,

bâtiments

scolaires,

logement,

commerce, décoration. Cette étape amène à enquêter plus spécifiquement au sein de fonds d’archives associés au corpus par l’exploitation de sources diverses (permis de construire, dossiers descriptifs, correspondances, articles de presse généraliste ou revues spécialisées, ouvrages, cartes postales, photographies) : fonds ancien de la médiathèque du Grand Troyes, fonds documentaire de la DRAC Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, archives

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Coulon (René André) et Centre de Documentation Saint-Gobain, Eclairage naturel et isolation : le matériau verre au service du bâtiment, Paris, R.L. Dupuy, 1953, 337 p. 7 Ingrand (Max), Le verre et ses applications, Tomes 1 & 2, Alexandrie, imp. Du Commerce, 1963, 158 p. 8 Le verre et ses techniques, Alexandrie : Imp. du Commerce, 1963, 158 p. 9 Peyches Ivan (Principal). Lajarte Stephane De (Coauteur). Jousselin C. (Coauteur). Levecque Marcel (Coauteur). Touvay Robert (Coauteur). Pillu P. (Coauteur). Chouvin M. (Coauteur). Dubois Monsieur (Coauteur). Tourneur M. (Coauteur). Herbert M. (Coauteur) et Doisneau Robert (Photographe), Les industries verrières, Paris : Dunod, 1966, 276 p.

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départementales de l’Aube et du Pas-de-Calais, archives municipales de Villeneuve d’Ascq, archives de l’Institut National de l’Audiovisuel. Enfin, les enquêtes de terrain sont l’occasion de visiter le centre social du centre-ville à Villeneuve d’Ascq, l’ancienne usine Rosy à Ruitz et l’église Sainte-Agnès à Fontaine-lesGrès. Cette partie consiste à effectuer des relevés et à s’entretenir avec les usagers ou personnes ayant un savoir spécifique sur l’un des édifices.

Une première partie est consacrée au développement du produit : le passage d'un matériau de complément à un matériau à part entière dans l'architecture des trente glorieuses. Alors qu’il est initialement mis au point en complément de l'amiante-ciment, le verre ondulé évolue pour répondre aux attentes des clients. Ensuite, l’étude d'un matériau avant tout destiné aux activités et capable de répondre à une grande diversité programmatique permet de comprendre l’évolution des usages du « VERDONULIT » en raison de sa polyvalence. Le corpus de projets témoigne des propriétés de ce produit, afin d’en dégager les qualités et les défauts. De plus, une partie montre comment le "VERONDULIT" s’est adapté pour faire face à une nouvelle concurrence causée par l’émergence de produits alternatifs. Il s’agit de revenir sur les raisons qui ont poussé Saint-Gobain à arrêter la production en questionnant l’image que véhiculait le verre ondulé. Cet arrêt induit d’aborder sur les conditions actuelles du produit à travers la question de la durabilité d’un matériau industriel. Enfin, une dernière partie est consacrée aux échos de ce produit dans la pratique contemporaine de l’architecture à travers une esthétique aujourd’hui répandue et dont il est à l’origine.

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I. D’UN MATERIAU DE COMPLEMENT VERS UN MATERIAU AUTONOME A. Contexte du développement du verre ondulé dans les années 1930 1. Volonté de la Compagnie de Saint-Gobain de diversifier ses produits verriers. La compagnie française Saint-Gobain est l’héritière de la Manufacture Royale des Glaces de Miroirs. Ce titre octroie un privilège exclusif à la Compagnie Dunoyer en octobre 1665 sous l’impulsion de Jean-Baptiste Colbert, alors ministre des finances de Louis XIV, afin que le Royaume de France ne soit plus contraint d’importer du verre de Venise10. En 1688, la compagnie concurrente Thévart reçoit le privilège royal de fabrication de glaces de grandes dimensions avec le nouveau procédé du coulage du verre en table. La dénomination actuelle de l’entreprise provient du village picard éponyme où s’était implantée, en 1692, une glacerie de la Compagnie Thévart afin de répondre aux quantités importantes de bois nécessaires à cette industrie. Les deux compagnies sont fusionnées en 1695. A la suite de la Révolution Française, la Manufacture d’Ancien Régime perd son monopole et se transforme en société anonyme. Au cours du XIXème siècle, la Compagnie de Saint-Gobain développe une activité chimique et s’ouvre à l’international. Des fusions sont aussi opérées avec des concurrents des industries verrières et chimiques. Saint-Gobain profite alors de l’émergence du verre comme matériau de construction à part entière. La période 1850-1860 connait un développement accru des produits verriers. Cela induit une « modification profonde du paysage urbain » selon Bernard Bauchet dans la partie « Verre & Maison de verre »11, de l’ouvrage collectif Glass in the 20th Century Architecture : Preservation and Restoration dirigé par Franz Graf et Francesca Albani. En effet, « la révolution industrielle et le développement des techniques » conduisent à la construction de nouveaux programmes mettant en œuvre le verre dans de grandes quantités : « gares, serres, marchés couverts, halls, passages et galeries couvertes ». De plus, les expositions internationales sont le prétexte à des projets « de glorification nationale des savoirs-faire [qui nécessitent], en raison des dimensions inhabituelles des projets et des très courts délais, une capacité de production exceptionnelle » : Crystal Palace, Galerie des machines... Selon Bernard Bauchet, « l’ancienne Manufacture Royale des Glaces arrive dans les années 1850 en position de force sur le marché français et international. » Cette position 10

«L'objectif est de battre en brèche la suprématie de la République de Venise sur le marché des miroirs en Europe.» http://www.saint-gobain350ans.com/#!/fr, L’expo #Saintgobain350 de 1665 à 2015 sur le site édité par Saint-Gobain à l’occasion des 350 ans de l’entreprise. 11 Les citations qui suivent sont extraites de cet ouvrage. Bauchet (Bernard) « Verre & Maison de verre » dans Graf (Franz), Albani (Francesca) (dir.), Glass in the 20th Century Architecture: Preservation and Restoration, Mendrision Academy Press, Mendrisio, 2011.

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dominante s’explique par la « mise au point ou le rachat de procédés permettant d’optimiser la production ». L’industrie verrière est donc capable de répondre à une demande toujours plus exigeante en quantité, qualité et dimensions. La lecture de ce texte confirme que le début du XXème siècle est marqué par une volonté de diversification des produits verriers de Saint-Gobain. Grâce à la reprise progressive de concurrents, le Laboratoire Central des Glaceries de Saint-Gobain est à l’origine, dans les années 1910 à 1930, de l’apparition ou du perfectionnement de nouveaux produits verriers. Bernard Bauchet liste des exemples qui composent cette « offre de produits verriers sans précédent » : vitres étirées ou flottées, glaces bombées, verres imprimés de sécurité, pavés de verre, dalles unies sablées, quadrillées, diamantées...

2. « L’architecture de lumière » comme désir de modernité.

La Maison de Verre de Pierre Chareau, construite entre 1928 et 1931 à Paris, se caractérise par l’emploi intensif du verre pour « qualifier les rapports entre les espaces, entre intérieurs et extérieurs, doser lumières et vues, traiter les parois ». L’architecte tire profit de presque toutes les formes de produits verriers disponibles à cette époque : « Façade en briques de verre qui isolent du dehors, diffractent la lumière de jour et diluent les ombres, châssis étroits en verre clair sertis dans les briques de verre, délimitant les vues dans les façades, écrans mobiles multiples, jeux ambigus de protection entre pièces, parois opalines des murs entre 12 hygiène et réflexion de la lumière, etc. »

A la fois innovation constructive et prouesse technique, cette maison s’inscrit dans une nouvelle pensée architecturale au sein de laquelle le verre a une importance toute particulière. Selon Walter Benjamin en 1933, « Vivre dans une maison de verre est, par excellence,

une

vertu

révolutionnaire »13.

Ce proche

du

docteur

Jean

Dalsace,

commanditaire de la maison de verre parisienne, se réfère alors au manifeste Architecture de verre, projet utopiste publié en 1914 par Paul Scheerbart : « Si nous voulons amener notre culture à un meilleur niveau, alors nous sommes obligés, bon gré mal gré, de modifier notre architecture. Et cela ne sera possible que si nous enlevons aux pièces où nous vivons leur fermeture. Mais cela nous ne le pouvons qu’en introduisant l’architecture de verre, qui ne se contente pas de laisser pénétrer dans les pièces la lumière du soleil, de la lune ou des étoiles par quelques fenêtres – mais la diffuse par le plus grand nombre possible de cloisons qui sont totalement en 14 verre.»

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Ibidem, p. 289. Benjamin (Walter), « Le Surréalisme. Le dernier instant de l’intelligentsia européenne » [1929], M. de Gandillac (trad.) revue par P. Rusch, dans Œuvres II, Paris, Gallimard, 2000, p. 113-134. Citation issue de Alloa (Emmanuel), « Architecture de la transparence », Appareil, n°1 « Le milieu des appareils », 2008. [Disponible sur http://appareil.revues.org/138, consulté le 05/05/2016.] 14 Scheerbart (Paul), L’architecture de verre, Berlin, 1914 cité dans Bock (Wolfgang) «III - L’utopiste Paul Scheerbart et l’architecture de verre », « De plain-pied avec le Temps » dans Simay (Philippe), Capitales de la modernité : Walter Benjamin et la ville, Paris, De l’Eclat, 2005, 224 p. [disponible sur 13

12


Il n’est plus question de concevoir les fenêtres comme de simples trous dans un mur, mais de penser de véritables pans vitrés, effaçant la séparation entre intérieur et extérieur. Cela renvoie évidemment aux pensées modernistes. En 1968, le Courrier du verre15 revient sur les idées corbuséennes selon lesquelles il ne faudrait plus « parler de ‘’vides’’ (la fenêtre étant un trou) et de ‘’pleins’’ (les murs) comme jadis, mais de surfaces transparentes » en transformant « radicalement l’esprit et les fonctions pour arriver à une autre expression architecturale ». L’ambiguïté de ce matériau réside dans le fait suivant : « Es ist da und es ist nicht da »16. Les baies vitrées du salon de la Villa Savoye par Le Corbusier (1928-1931), ou les pans de verre du Pavillon allemand de Barcelone par Mise van der Rohe (1929) reflètent parfaitement cette idée : le verre participe à la continuité entre intérieur et extérieur. « L’architecture contemporaine, animée par le souci de l’hygiène et le goût de la lumière, vit ‘’l’âge du verre’’, devient ‘’architecture de lumière’’. Pourtant il n’y a pas longtemps encore, le verre n’occupait qu’une place modeste dans le bâtiment. De cette évolution, l’architecte est le grand promoteur, qui, s’attachant à faire coïncider toujours davantage ses réalisations avec les préoccupations fonctionnelles dont elles procèdent, exploite efficacement les matériaux verriers mis au point par les techniques les 17 plus modernes. »

3. Expansion de la plaque ondulée en amiante-ciment. Dès 1946, l’Architecture d’Aujourd’hui décrit le processus de fabrication de produits en amiante-ciment. Il consiste à désintégrer les fibres d’amiante-ciment avant leur passage dans une machine similaire à celle utilisée pour le carton. Cela crée une feuille humide que l’on détache du cylindre de la machine puis que l’on travaille afin de lui donner la forme voulue : plane ou profilée en la positionnant sur des tôles. Pendant ce temps, la prise du ciment donne de plus en plus de résistance à la matière : toutes les mailles sont remplies intégralement par la pâte de ciment, ce qui aboutit à une texture homogène et imperméable. Cet article élogieux rappelle l’historique de ce qui est « le plus grand progrès du siècle dans le domaine des matériaux » selon Auguste Perret : « En 1892 furent réalisés les premiers mélanges d’amiante et de ciment pour toitures légères et incombustibles. Mais le procédé industriel que la fabrication française met en œuvre, date de 1900, époque à laquelle des brevets furent accordés dans tous les pays. Un ingénieur français, Lanhoffer, s’en 18 rendit acquéreur et prit une part importante dans la production industrielle de l’amiante-ciment. »

https://books.google.fr/books?id=s339AwAAQBAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onep age&q&f=false, consulté sur le 05/05/2016.] 15 « Histoires de fenêtres », Courrier du verre, n°8, mars 1968, p. 8-13. 16 Citation qui peut se traduire par « C’est là, sans être là » issue de la préface de Korn (Arthur), GLAS. Im Bau und als Gebrauchsgegenstand, Berlin, Ernst Pollack, 1929, 254 p. Citée dans Reichlin (Bruno) « How Transparent is Glass? » dans Graf (Franz), Albani (Francesca) (dir.), Glass in the 20th Century Architecture: Preservation and Restoration, Mendrision Academy Press, Mendrisio, 2011, p. 172. 17 Compagnie de Saint-Gobain, Cadiergues (R.), Saint-Gobain matériaux de construction : verre, fibre de verre, matériaux de synthèse, Paris, R.L. Dupuy, 1958, 339 p. 124. 18 Cuvillier, « L’amiante-ciment », Architecture d’Aujourd’hui, n° 5, mars-avril 1946, p. 46.

13


Cette genèse est avérée par d’autres sources qui précisent la création de Fibrociment en 1901, « la firme d’amiante-ciment la plus ancienne en France »19. En 1922, l’industriel Joseph Cuvelier installe dans le Nord la première usine française Eternit, grâce à l’achat de la marque et des brevets de l’entreprise déjà présente en Suisse (1903) et Belgique : « en un an, 9 000 tonnes d’ardoises et de plaques ondulées sont vendues, le succès est assuré »20. Cette réussite s’explique par l’adaptation du produit au contexte de l’entre-deux-guerres : « Joseph Cuvelier a compris que s’ouvre devant lui l’énorme marché de la reconstruction. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, vingt-quatre départements sont un champ de ruines [...]. Les besoins en matériaux de construction et de couverture sont immenses. Or, l’amiante-ciment est un matériau bon marché, ininflammable, se prêtant à toutes sortes de modèles, très solide : il résiste aux pressions, aux 21 frictions, à l’humidité, aux agents chimiques (moisissure, parasites). »

Toujours

selon

l’Architecture

d’Aujourd’hui,

« l’amiante-ciment

semble

particulièrement qualifié pour la couverture et le bardage des murs exposés aux vents de pluie ». Ce type de couverture légère « [s’adapte] bien aux vastes bâtiments pour des raisons de sécurité et d’économie. »22 A la suite de la première guerre mondiale, Eternit cherche à « varier et multiplier les usages » en inventant « un marché pour ce produit neuf »23. L’article démontre ainsi le potentiel de l’amiante-ciment sous d’autres formes de couverture (ardoise colorée, revêtement pare-pluie, bardage extérieur) et dans d’autres domaines : revêtement (plaque plane en revêtement de murs, plafond ; plaque colorée en décoration ; plaque superplane en cloisonnement, application industrielle), tuyaux, matériaux moulés (exemple d’une cabine de douche). Le marché est dominé par Eternit qui rachète en 1928 « deux de ses trois principaux concurrents »24 : Fibrociment et Ouralithe. Le reste du marché est conquis par Everite, filiale de Pont-à-Mousson (entreprise qui sera absorbée par Saint-Gobain en 1970). Les publicités de l’immédiat après-guerre positionnent cette plaque comme matériau idéal de la reconstruction : un exemple illustre la cohabitation de ruines et constructions neuves autour d’un clocher (fig. 1). Pour les fabricants, les Trente Glorieuses « sont une époque d’euphorie, coïncidant avec le lancement des grands programmes immobiliers » : l’amiante-ciment deviendra en 1961 le matériau de couverture leader en France. 25

19

Hardy-Hémery (Odette), Eternit et l'amiante 1922-2000 : Aux sources du profit, une industrie du risque, Paris, Presses Universitaires du Septentrion, 2005 p. 57 : Chapitre III « De l’indépendance au leadership industriel ». 20 Hardy-Hémery (Odette), « Eternit et les dangers de l’amiante-ciment, 1922-2006 », Revue d’histoire moderne et contemporaine, n°56, janvier 2009, n°56, p. 197-226 : paragraphe 3. [Disponible sur www.cairn.info/revue-d-histoiremoderne-et-contemporaine-2009-1-page-197.htm, consulté le 28/04/2016.] 21 Ibidem, paragraphe 4. 22 Cuvillier, « L’amiante-ciment », loc. cit., p. 46. 23 Hardy-Hémery (Odette), « Eternit et les dangers ... », loc. cit., paragraphe 7. 24 Hardy-Hémery (Odette), Eternit et l'amiante 1922-2000..., op. cit., p. 73. 25 Hardy-Hémery (Odette), « Eternit et les dangers ... », loc. cit., paragraphe 8.

14


Fig. 1. Sociétés everite-situbé, publicité, 1946. L’Architecture d’Aujourd’hui, n°5 « Matériaux et techniques », mars-avril 1946.

Encore en 1993 dans AMC, l’amiante-ciment est vanté par Sabine Bucquet pour « sa légèreté, sa durabilité et surtout ses qualités plastiques qui lui permettent de se jouer des formes les plus complexes et de prendre les aspects les plus divers »26. Près d’un siècle après sa création, la plaque ondulée en amiante-ciment est encore présente dans les revues spécialisées : elle est appréciée pour les mêmes qualités. Néanmoins, d’après Sabine Bucquet, « quelques précautions à prendre lors de sa manutention et de sa mise en œuvre » seraient suffisantes à ce que la fibre d’amiante « ne comporte plus aucun danger pour les usagers ». La nocivité induite par les poussières d’amiante est connue dès la fin du XIXème siècle, mais son usage n’est interdit en France qu’au 1er janvier 1997. L’Etat avait jusqu’à présent opté pour un « durcissement progressif d’une réglementation sensiblement moins restrictive que celle d’autres grands pays. » 27 « Après quelques décennies d’emplois tous azimuts, les matériaux jusque-là considérés sous le seul angle de l’efficacité et de l’adéquation performances/fonctions, se dévoilent sous un autre jour : celui de leur influence à court et long termes sur la santé. [...] Une multiplication d’évènements précipite les prises de consciences. [...] [Ils] mettent en évidence l’interaction substances 28 toxiques/pathologies/dommages environnementaux. »

Voir ANNEXE 1 : Amiante ciment ondulé - Suisse, profils des plaques ondulées (1951). Voir ANNEXE 2 : L’amiante à Saint-Gobain, extrait d’un rapport parlementaire (2005). 26

Bucquet (Sabine), « Fibres-ciment », Le moniteur architecture - AMC, n°40, avril 1993, p. 62. « Trop tard, trop vite », éditorial, Le moniteur des travaux publics et du bâtiment, n°4833, 12 juillet 1996, p. 3. 28 « Santé et architecture », Techniques et architecture, n°441, février-mars 1999, p. 108. 27

15


B. Emergence du verre ondulé entre 1932 et 1952 : applications limitées 1. Etude d’une solution d’éclairement naturel en complément de l’amiante-ciment.

Fig. 2. Compagnie de Saint-Gobain, essai d’étanchéité du verre ondulé par jet d’eau, glacerie de Saint-Gobain (Aisne), mars 1938. Archives de Saint-Gobain : CSG HIST 00012/151. Fig. 3. Gare de la Fère, 1938. Archives de Saint-Gobain : CSG HIST 00012/151. Photographie de mars 1938.

16


L’expansion de l’amiante-ciment comme matériau de couverture standardisé s’effectue en parallèle à la diversification des produits verriers de Saint-Gobain. Dans ce contexte, Messieurs L. Boudin et Poeymirou, directeur de l’usine de Saint-Gobain et chef du service technico-commercial, lancent en 1932 des recherches visant à mettre au point des plaques de verre ondulé s’intégrant dans une toiture d’amiante-ciment.29 Ils doivent « tenir compte de la technique imposée par la société ETERNIT »

30

pour développer un produit

verrier pouvant se « raccorder » avec l’amiante-ciment. Ils optent pour des caractéristiques communes au matériau existant : profil ondulé identique, pose similaire. Surtout, les modèles doivent correspondre « de préférence aux dimensions standardisées par les fabricants de fibro-ciment, [...] les plus courantes [sont] 1m525 et 1m250 sur 0m920 à 0m950 de large.». « Les applications du verre ondulé sont de deux sortes : la première est la plus courante ; elle est combinée avec l’Eternit ou l’Everit, produits de couverture opaque permettant par l’emploi du verre ondulé de donner, à l’intérieur des bâtiments une clarté qui n’existe pas et remplaçant, par conséquent, les châssis en verre qui sont prévus dans les couvertures d’Everit et Eternit. Egalement des applications 31 de toitures complétement en verre ondulé, et spécialement verre ondulé armé, peuvent être faites. »

Le verre ondulé permet d’éclairer des espaces essentiellement liés à une activité industrielle ou agricole, de plus en plus couverts par ce système léger en amiante-ciment. « L’introduction du verre ondulé sur le marché a permis, pour une moindre dépense et avec une grande facilité de pose, d’apporter, à l’intérieur des locaux, un éclairage beaucoup plus doux et dispersé. En effet, le profil même du verre, en plus de la résistance considérable qu’il donne à la plaque, provoque une dispersion des rayons lumineux telle que, par une judicieuse répartition des parties éclairantes, 32 aucune partie du local ne reste dans l’ombre. »

Les premières toitures utilisant le verre ondulé sont réalisées dès 1938 : des photographies montrent une série d’essais techniques et de réalisations, comme une intégration en damier dans une toiture ondulée (Fig. 2-3). L’entreprise a déjà conscience du potentiel commercial d’un produit dont la « vente doit être développée sérieusement, en raison des avantages qu’il présente, et du prix moins élevé de la feuille de verre ondulé par rapport aux châssis de verre vendus par les Maisons Eternit ou Everit »33. En 1939, il est possible de produire du verre ondulé grandes ondes en version armé : un treillis à maille hexagonale amplifie sa résistance et empêche l’éclatement en cas de choc. Une note interne datée du mois de mars34 annonce que des versions petites et moyennes ondes seront bientôt produites pour s’adapter aux nouveaux profils amiante-ciment. L’éclatement de la Seconde Guerre Mondiale va mettre en sommeil ces premières tentatives de vente. 29

G. Leglise, Les possibilités du verre ondulé, 12 mars 1957, p. 1. Document issu du fond d’archives de Saint-Gobain : SGV HIST 007/031, Verres ondulés armés (1957-1972). 30 Glacerie de Saint-Gobain, Note sur le verre ondulé, 21/03/1939, 3 p. Archives de Saint-Gobain : CSG HIST 00012/151. 31 Service des ventes générales, Copie d’une note du Service des VENTES GENERALES au Service Technique des Glaceries. OBJET : Verre ondulé armé et non armé, 29/04/1938, 2 p. Archives de Saint-Gobain : CSG HIST 00012/151. 32 Glacerie de Saint-Gobain, Note sur le verre ondulé, sa fabrication et son utilité, 09/03/1939, p. 1. Archives de Saint-Gobain : CSG HIST 00012/151. 33 Service des ventes générales, Copie d’une note du Service des VENTES GENERALES au Service Technique des Glaceries. OBJET : Verre ondulé armé et non armé, 29/04/1938, 2 p. Archives de Saint-Gobain CSG HIST 00012/151. 34

Glacerie de Saint-Gobain, Note sur le verre ondulé, 21/03/1939, 3 p. Archives de Saint-Gobain CSG HIST 00012/151.

17


ƒ FABRICATION

Fig. 4. Glacerie de Saint-Gobain, Fabrication continue du verre ondulé, Saint-Gobain, 9 mars 1939. Source : Glacerie de SaintGobain, Note sur le verre ondulé, sa fabrication et son utilité, 09/03/1939, p. 3. Archives de Saint-Gobain : CSG HIST 00012/151. Coupe de la première version de la machine à laminer : le couteau se trouve sur le rouleau supérieur et oblige une découpe standardisée.

Fig. 5. Glacerie de Saint-Gobain, Fabrication continue du verre ondulé et dispositif de découpe à chaud, Saint-Gobain, 9 mars 1939. Glacerie de Saint-Gobain, Note sur le verre ondulé, sa fabrication et son utilité, 09/03/1939, p. 1. Archives de SaintGobain : CSG HIST 00012/151. Coupe de la seconde version de la machine à laminer : le couteau se trouve sur le rouleau

18


Le documentaire Architecture de lumière35 rappelle la mise au point en 1932 de la technique de coulée continue par Saint-Gobain. L’ouvrage Le verre et ses techniques fait mention d’une « machine Boudin »36 pour ce système : le directeur de l’usine de SaintGobain serait l’inventeur de la coulée continue puis du verre ondulé. Le procédé de fabrication d’une plaque de verre ondulé est détaillé dans une note de la glacerie de Saint-Gobain, datée du 22 juin 1937, et l’ouvrage Saint-Gobain matériaux de construction37. Le début du procédé reprend celui de la coulée continue : « jour et nuit, les composants du verre (sable, carbonate et sulfate de soude, dolomie, calcaire et calcin) sont introduits dans le four pour ressortir à l’autre extrémité sous forme d’un ruban de glace brute qui va subir toute une série d’opérations avant d’être découpée».38 Ce ruban à la face inférieure striée est créé par une machine lamineuse à la sortie immédiate du four. Elle comprend « un rouleau de 130 et un gros rouleau dont le diamètre correspond au développement de la longueur des feuilles demandées. »39 Le rouleau principal « porte un couteau qui sectionne la feuille sur les ¾ de son épaisseur à chaque tour de rouleau. La feuille est donc laminée plane et sectionnée en partie à la longueur définitive » (Fig. 4). La feuille malléable est positionnée sur des formes où elle est « emboutie [par une contre forme] et prend ainsi les ondulations voulues. » La feuille reste sur la forme aussi longtemps que nécessaire pour éviter sa déformation ultérieure. Un coup de molette découpe la plaque froide en sortie d’étenderie grâce à l’incision laissée par le couteau inclus dans la lamineuse. En 1939, une note précise l’évolution de la méthode de découpe. En raison des « dimensions du rouleur supérieur de plus en plus gros selon la demande », les longueurs commerciales des plaques sont limitées à 1,25-1,40-1,53 m. La mise en place d’un « 2ème train » permet la découpe à chaud grâce au « petit rouleau de 60 mm de diamètre » (Fig. 5) :

« Avec ce dispositif, il devient possible de découper des feuilles de toutes longueurs à la demande de la clientèle. Il suffit pour cela de faire exécuter au rouleau coupeur une rotation d’un tour au moment voulu suivant l’indication donnée par un doigt qui, placé à la distance convenable exigée par la longueur demandée, repère le passage du sillon précédent. Jusqu’à présent le rouleau coupeur est commandé à 40 la main ; mais, par la suite [...] une commande mécanique sera réalisée. »

35

Centre français du commerce extérieur, Les actualités, « Architecture de lumière », documentaire magazine, 01 /01/1962, 9 min 38 s. [Disponible sur http://www.ina.fr/video/AFE07000106/architecture-de-lumiere-video.html, consulté le 05/05/2016] 36 La coupe schématique comporte cette mention (en haut p. 34 de l’ouvrage). Le verre et ses techniques, Alexandrie, Imp. du Commerce, 1963, 158 p. Archives de Saint-Gobain BQ 00114.1. 37 Glacerie de Saint-Gobain, Note sur la fabrication du verre ondulé, 21/06/1937. Archives de Saint-Gobain CSG HIST 00012/151. ; Compagnie de Saint-Gobain, Cadiergues (R.), Saint-Gobain matériaux de construction : verre, fibre de verre, matériaux de synthèses, Paris, R.L. Dupuy, 1958, 339 p. 38 Centre français du commerce extérieur, Les actualités, op. cit. 39 Glacerie de Saint-Gobain, Note sur la fabrication du verre ondulé, op. cit. 40 Glacerie de Saint-Gobain, Note sur le verre ondulé, sa fabrication et son utilisation, 09/03/1939, p. 3-4. Archives de Saint-Gobain CSG HIST 00012/151.

19


Cependant

le

produit

continu

d’être

commercialisé

selon

des

dimensions

standardisées jusqu’aux années 1980. Les catalogues mentionnent des livraisons exceptionnelles « pour de grandes quantités de toutes longueurs jusqu’à 300 cm ».

2. Commercialisation d’un produit verrier destiné aux activités.

Le verre ondulé est commercialisé en masse par Saint-Gobain à partir de 1946, au lendemain de la seconde guerre mondiale. A travers les publicités émises dans les revues d’architecture, l’entreprise positionne clairement son produit comme une solution rationnelle de couverture en complément de l’amiante-ciment. Ainsi les numéros de l’Architecture d’Aujourd’hui de 1946 consacrés à la préfabrication et à l’industrialisation, ainsi qu’aux matériaux et techniques, accueillent des publicités de Saint-Gobain pour le verre ondulé et Everite pour l’amiante-ciment ondulé. Tandis que les articles qui suivent reviennent en détail sur le potentiel de ces nouveaux produits41. Plus tard, en 1950, ce même type de publicité sera publié à plusieurs reprises dans la revue l’Architecture Française42. Dans les deux cas, il s’agit d’une illustration montrant une plaque de verre ondulé raccordée à un pan de toiture en amiante-ciment. L’amiante-ciment s’efface dans la pénombre, alors que le verre ondulé est mis en valeur par la clarté qu’il procure : sa translucidité permet de se rendre compte que l’espace situé en dessous est baigné de lumière naturelle. La monochromie du document - le rouge dans l’Architecture d’Aujourd’hui et l’orange dans l’Architecture Française -

accentue cette caractéristique grâce à des

couleurs vives qui attirent l’œil au milieu des autres publicités. Le slogan publicitaire et les quelques mots, qui figurent sur l’encart dédié aux revues spécialisées, appuient cette idée : « Utilisez vos toitures pour éclairer vos locaux – VERRE ONDULE ARME – ECLAIRAGE RATIONNEL, POSE SIMPLE & RAPIDE – SAINT-GOBAIN »

. 41 42

Cuvillier, « L’amiante-ciment », Architecture d’Aujourd’hui, n° 5, mars-avril 1946, p. 46-48. ; « Le verre », p. 79-81. « Verre ondulé armé », Saint-Gobain, publicité dans L’architecture Française, n°97-98, 1950.

20


Fig. 6. Saint-Gobain, « Verre ondulé armé », publicité. Source : L’Architecture d’Aujourd’hui, 1946. Publicité qui apparait dans les trois numéros suivants : n°4 - janvier 1946 - « Préfabrication et industrialisation », n°5 - mars/avril 1946 – « Matériaux et techniques », n°6 – mai/juin 1946 - « Richard J. Neutra ».

Fig. 7. Usine Sovirel, Bagneaux-sur-Loing (Seine et Marne), 1957. Source : Compagnie de Saint-Gobain, Cadiergues (R.), Saint-Gobain matériaux de construction : verre, fibre de verre, matériaux de synthèse, Paris, R.L. Dupuy, 1958, p.227. « Utilisation du VERONDULIT type A, associé à l’amiante-ciment » dans une usine de fabrication de tubes cathodiques, gérée par une filiale commune à Saint-Gobain, Boussois, Corning Glass Works.

21


Les archives de la compagnie de Saint-Gobain attestent ce positionnement initial : une enquête est par exemple réalisée en 195143 par le service technico-commercial avec pour objectif de connaître précisément les matériaux se posant en toiture (types de matériaux, quantités vendues, fabricants) afin de savoir quels types de verre ondulé développer. L’enquête s’intéresse aux trois groupes de matériaux ondulés utilisés en toitures en France : l’amiante-ciment, la tôle ondulée galvanisée, l’aluminium ondulé. Cette époque est marquée par la normalisation des profils. En ce qui concerne l’amiante-ciment, l’enquête montre que « la production totale est actuellement de l’ordre de 6.600.000 mètres carrés par an qui se fait exclusivement en onde 177 x 51. Avant-guerre, on a également fabriqué une petite onde voisine de 76 x 18 et une onde moyenne, mais elles sont actuellement abandonnées ». Ce produit correspond au « VERRE ONDULE GRANDES ONDES ». Ensuite, la tôle galvanisée profite d’une « production totale de l’ordre de 12.500.000 m² par an » répartie sur une « douzaine de maisons différentes » mais qui souffre d’un manque de matières premières. En parallèle, l’aluminium connait une « production assez faible car ce produit fait ses débuts en toiture ». Ces deux types de plaques métalliques ondulées ont un profil normalisé commun 76 x 18 qui correspond au « VERRE ONDULE PETITES ONDES ». Un document de 1957, décrivant les possibilités du verre ondulé déclare que « la fabrication du verre ondulé a été à l’origine mise au point pour réaliser des plaques de verre qui puissent venir normalement s’intégrer dans des toitures d’amiante-ciment ondulé ». Le succès de ce premier modèle « a provoqué de légitimes espoirs quant aux possibilités du système et nous avons vu démarrer le modèle 76 x 18 petites ondes analogues à la tôle ondulée, puis le décoratif, pour ne parler que du marché français. »44 .

43

G. Leglise, Service technico-commercial de la compagnie de Saint-Gobain, Verre ondulé armé – Enquête sur les matériaux ondulés pour toiture en France-Belgique-Hollande-Angleterre et Suisse, Paris, 17/12/1951. Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 043/052, Politiques et méthodes commerciales – Politiques par produits – Verres ondulés. 44 G. Leglise, Les possibilités du verre ondulé, 12/03/1957, p. 1. Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 007/031, Verres ondulés armés (1957-1972).

22


C. Naissance du « Verondulit » en 1952 : applications multiples 1. Nouvelles mises en œuvre éloignées de la visée initiale du produit. Dans son article How Transparent is Glass45, Bruno Reichlin, remarque que pour la génération d’architectes ayant débuté dans les années 1950, le verre et la transparence sont rarement traités avec autant d’attention que les autres « beaux matériaux ». Il estime que « la quête pour une transparence parfaite » fut illustrée par le pavillon Saint-Gobain de l’Exposition Internationale de Paris en 1937. Cette dématérialisation excessive aboutit au questionnement suivant : « How can we discuss texture, colour, the ‘’skin’’ and pleasant feel of a material ‘’which is non-existant’’ ? ». Alors que de manière générale le verre tend à s’effacer dans l’architecture, on peut penser qu’une certaine présence caractérise le verre ondulé. Cette propriété est induite par la forme ondulée et la texture striée du produit qui lui confèrent respectivement une épaisseur et une translucidité. Grâce à ces composantes, des jeux de lumière se créent aussi au fil de la journée. Le verre existe donc de nouveau, il possède un autre sens. Ces panneaux standardisés de verre ondulé sont, à l’origine, pensés pour se raccorder aux matériaux de couverture en amiante-ciment. Dans une moindre mesure, des couvertures entièrement constituées par ce produit sont réalisées dès la fin des années 1930, mais cette solution n’est pas réellement mise en avant par la société jusqu’alors. Pourtant, le potentiel architectural de ce produit purement rationnel va rapidement émerger tel que l’explique une note interne de Saint-Gobain en 1957 : « Comme il est d’usage pour toute nouveauté, les premières applications sont des adaptations aux contingences traditionnelles, mais lorsque le succès arrive, le produit « prend son envol », si l’on peut dire, et on trouve des débouchés que les promoteurs n’avaient pas visés. Il fait sa place, mais presque 46 toujours en bonne partie en dehors de celle prévue. »

En juin 1950, la revue Glaces et Verres fait écho, dans son n°108, d’une « application assez particulière »47 du verre ondulé armé. Il s’agit de la mise en œuvre de « parois verticales » en périphérie de l’atelier de 3 000 m² d’une tannerie dans les Pyrénées. L’architecte Charles Gaillard utilise ce matériau car il répond aux critères suivants : bonne diffusion de la lumière pour éviter les contrastes d’ombre et de clarté, aucun rayon lumineux ne doit parvenir directement sur les peaux en cours de travail, isothermie satisfaisante, bonne résistance pour supporter les tempêtes assez fréquentes dans la région. Dans ce

45

Reichlin (Bruno) « How Transparent is Glass? » dans Graf (Franz), Albani (Francesca) (dir.), Glass in the 20th Century Architecture: Preservation and Restoration, Mendrision Academy Press, Mendrisio, 2011, p. 179. 46 G. Leglise, Les possibilités du verre ondulé, 12/03/1957, p. 1. Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 007/031, Verres ondulés armés (1957-1972). 47 « Emploi du verre ondulé armé dans un atelier de tannage », Glaces et Verres, n°108, juin 1950, 2 p. Extrait issu des archives de Saint-Gobain : SGV HIST 0007/ 010.

23


projet, « les panneaux de verre ondulé sont encastrés, en haut et en bas, dans des rainures réservées à cet effet lors du coulage de l’ossature en béton armé de l’édifice ». Cependant la technique n’est pas encore réellement au point et nécessite encore l’usage des plaques d’amiante-ciment afin d’assurer la stabilité et l’étanchéité du produit verrier. « La rainure du haut est garnie de mortier de plâtre. La rainure du bas reçoit aussi des éléments de plaques ondulées d’amiante-ciment de 0 m 04 de hauteur, posées à l’extérieur à une distance de 5 mm en avant du verre ondulé. Ce vide de 5 mm est garni d’un mastic bitumeux pour assurer l’étanchéité et la plasticité du joint. Le reste de la rainure reçoit du mortier de ciment à l’extérieur et du mortier maigre de chaux à l’intérieur pour permettre une dépose aisée. Les plaques de verre ondulé se recouvrent d’une demi-onde dans le sens horizontal. Un panneau d’amiante-ciment ondulé complète le verre ondulé pour clore chaque travée sans qu’on ait eu à moduler l’ossature en béton armé d’après les dimensions du verre. »

Cette solution devait être complétée par la mise en œuvre classique du verre ondulée - incorporée à la couverture - mais « les éclairages latéraux ont été jugés tout à fait satisfaisants par la direction de l’établissement et le plafond a pu demeurer opaque ». Même si cette tentative de détournement reste encore hésitante, de nouveaux emplois du verre ondulé commencent à émerger à cette époque. Il est alors possible de constater une émancipation progressive du verre ondulé vis-à-vis des matériaux standardisés de couverture opaque.

Fig. 7 & 8. Gaillard (Charles), atelier de tannerie dans les Pyrénées, 1950. Source : Photos Jové à Pau publiées dans « Emploi du verre ondulé armé dans un atelier de tannage », Glaces et Verres, n°108, juin 1950, 2 p. Extrait issu des archives de SaintGobain : SGV HIST 0007/.010. A gauche : « Aspect extérieur des panneaux de verre ondulé », il est possible de distinguer le maillage hexagonal de l’armature métallique du verre ondulé, ainsi que le joint de la rainure inférieure, effectué à l’aide d’une section de plaque d’amiante-ciment. A droite : « Vue générale de l’atelier et de son vitrage vertical en verre ondulé », mise en œuvre du verre ondulé incorporé aux châssis béton (deux rangées successives), il est possible de distinguer cinq sections de plaque d’amiante-ciment (à l’extrémité des parois verticales).

24


2. Evolution du produit permettant son insertion dans de nouveaux programmes. Dès le début des années 1950, Saint-Gobain va progressivement adapter son produit aux demandes et nouveaux usages qu’en font ses clients. Ce développement suit les recommandations de l’enquête de 1951 précédemment citée quant aux types de profils à développer pour le marché français. En 1952, le verre ondulé adopte la dénomination commerciale « VERONDULIT » : chaque profil adopte une lettre afin de pouvoir différencier clairement chaque type. La diversification des usages du verre ondulé est déjà bien amorcée lorsque SaintGobain lance le « VERONDULIT TYPE A » (grandes ondes se raccordant avec les plaques d’amiante-ciment) et le « TYPE G » (petites ondes se raccordant avec les tôles ondulées). A noter que ces types n’existent qu’en version armée d’un treillis à maille carrée afin de répondre aux exigences techniques d’un usage en extérieur : ces modèles existaient auparavant également en version non armée, ou armée d’un maillage hexagonal. Enfin, un brevet est déposé en 1953 pour un nouveau type commercialisé la même année : le « TYPE I ». Il s’agit de la principale nouveauté car si le profil des petites ondes est repris, ce type est non armé afin de correspondre à un usage décoratif. Cet aspect du produit n’était jusqu’alors par reconnu par Saint-Gobain. A travers le lancement de ces différents types, il s’agit surtout pour Saint-Gobain de positionner clairement chaque produit sur des types d’utilisation. En se réappropriant de nouveaux usages, ou en proposant d’autres mises en œuvre, la compagnie souhaite éviter certains détournements qui pourraient être néfastes à l’image de son produit. En ce sens, des tests de résistance mécanique sont réalisés : le processus de fabrication permet de « réaliser sans difficulté des produits largement au-delà de ce qui est utilisable puisque rien, en théorie, ne s’opposerait à la vente de plaques de 10 m de long... et même plus ». Mais il faut définir une limite non franchissable dans la pratique : « C’est pour résoudre cette question et éviter les accidents et les contre-références provenant d’un emploi abusif, que nous avons entrepris des essais poussés pour connaitre la résistance des feuilles, ainsi qu’une étude générale pour donner aux concepteurs et aux utilisateurs les éléments d’appréciation 48 dans chaque cas particulier. »

De nouveaux dimensionnements sont adoptés en réponse : « des longueurs supérieures à 3m ne sont pas à recommander car les difficultés de manipulations provoqueraient des risques de choc, donc d’amorces, susceptibles de nuire à la tenue du produit ». 48

G. Leglise, Les possibilités du verre ondulé, 12/03/1957. Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 007/031, Verres ondulés armés (1957-1972).

25


D’un côté, la communication du « VERONDULIT » armé tourne autour de la très bonne résistance de

ce

produit,

ainsi

que

sa

durabilité.

Fig. 10. Photographie effectuée dans les années 1950 pour le compte de Saint-Gobain afin d’alimenter une documentation au sujet du « VERONDULIT ». Deux ouvriers d’un certain poids se tiennent debout sur une plaque de « VERONDULIT TYPE A » reposant

sur deux

tasseaux afin de montrer la grande résistance du produit. Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 0007/.010.

De l’autre, le type décoratif gagne notamment le logement des françaises.

Sa

communication

tourne alors davantage autour de la gaité et de la clarté qu’il procure dans un intérieur.

Fig. 11. Couverture d’une documentation sur le « VERONDULIT TYPE I » éditée par SaintGobain en 1955. Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 0007/.010.

26


Entre les années 1950 et 1970, Saint-Gobain édite plusieurs plaquettes publicitaires vantant les qualités de ses matériaux de construction et aborder leurs actualités grâce à un corpus de réalisations. Mais aussi des revues architecturales : Le bâtiment et Saint-Gobain, Architecture de Lumière. De plus, l’entreprise publie aussi l’ouvrage de 1958, Saint-Gobain, Matériaux de construction : verre, fibre de verre, matériaux de synthèse, qui associe descriptions architecturales et données techniques des applications possibles de ces matériaux.

Dans ces publications, le « VERONDULIT » est traité au même égard que les produits verriers plus « nobles » comme la brique de verre ou le verre « SECURIT ». L’image du verre ondulé a donc rapidement évolué. Il s’agit pour la compagnie verrière d’insister sur le fait que l’usage du verre ondulé ne se limite plus au simple hangar de la petite entreprise locale : il ne s’agit plus uniquement d’un matériau de couverture translucide connecté à un autre matériau opaque, mais d’un matériau indépendant offrant de nombreuses solutions architecturales.

A cette période, le « VERONDULIT » parvient à s’émanciper de l’amiante-ciment ou de la tôle ondulée pour devenir un produit à part entière pour s’ouvrir, par conséquent, à de nouveaux usages de nouveaux programmes. La grande diversité des thèmes associés aux publicités et documentations de cette époque prouve ce constat. Sont cités des bâtiments, serres, industries, garages, bureaux, salles de spectacles, commerces. Le fait de « vivre en lumière dans son logement » est plébiscité, tout comme « la sécurité du verre armé », etc.

Voir ANNEXE 3 : Publicités et plaquettes Voir ANNEXE 4 : Principe de pose du « VERONDULIT »

27


D. Caractéristiques techniques du « Verondulit »

49

1. « Verondulit TYPE A » - verre armé, grandes ondes.

152 cm ; 125 cm

Dimen -sions

92 x 152 cm 92 x 125 cm 109,7 x 152 cm 109,7 x 125 cm

Nbr ondes

Ep. verre

Poids

6à7

25

mm

kg

6à7

20

mm

kg

6à7 6½ mm 6à7 6½ mm

Plaque de verre coulé mise en œuvre de manière indépendante ou raccordée avec les plaques d’amiante-ciment. Applications :

toiture,

bardage,

intérieur (cloison). Verre armé d’un treillis métallique à mailles carrées (25 mm). 92 cm = 5 ondes ½ 5,1 cm + épaisseur verre 17,7 cm

109,7 cm = 6 ondes ½

49

Données techniques croisées à partir des documents suivants : - Compagnie de Saint-Gobain, Cadiergues (R.), « Verondulit armé type a », Saint-Gobain matériaux de construction : verre, fibre de verre, matériaux de synthèse, Paris, R.L. Dupuy, 1958, p. 216. - Ibidem, « Verondulit armé type g », p. 217. - Ibidem, « Verondulit type i », p. 218. - Saint-Gobain division glaces, Memento technique, 1966, p. 70-75. Archives Saint-Gobain : DOC SGV 00019. - Saint-Gobain division glaces, Memento technique, 1969, p. 81-87. Archives Saint-Gobain : DOC SGV 00019.

28


2. « Verondulit TYPE G » - verre armé, petites ondes.

Dimen -sions

Nbr ondes

82,6 x 200 cm

11

Ep. verre

Poids

6à7

33

mm

kg

Plaque de verre coulé mise en œuvre de manière indépendante ou raccordée avec la tôle ondulée normalisée : en fer galvanisé ou 200 cm

en aluminium.

Applications :

toiture,

bardage,

intérieur (cloison).

Verre armé d’un treillis métallique à mailles carrées (25 mm).

Comme

le

type

A,

la

face

inférieure de la plaque est striée, la face supérieure est lisse.

82,6 cm = 11 ondes 1,8 cm + épaisseur verre

7,6 cm

29


3. « Verondulit TYPE I » - verre non armé, petites ondes.

Dimen -sions

83 x 300 cm 83 x 200 cm 83 x 150 cm

Nbr ondes

Ep. verre

Poids

5à6

42

mm

kg

5à6

28

mm

kg

5à6

21

mm

kg

11

11

11

Plaque de verre coulé mise en 200 cm

œuvre de manière indépendante ou raccordée avec la tôle ondulée normalisée : en fer galvanisé ou en aluminium.

Applications :

toiture,

bardage,

intérieur (cloison).

Verre non armé, spécialement conçu pour un emploi décoratif.

Une

face

de

la

plaque

est

imprimée, l’autre est lisse. 82,6 cm = 11 ondes 1,8 cm + épaisseur verre

7,6 cm

30


II. UN MATERIAU DESTINE AUX ACTIVITES ET CAPABLE DE REPONDRE A UNE DIVERSITE PROGRAMMATIQUE A. Activités agricoles et industrielles – L’éclairage naturel et rationnel des surfaces intérieures 1. Usine adaptable, usine verte : nouvelles conceptions de l’usine moderne. Au tournant des années 1960, la question de la conception moderne des locaux industriels est l’objet d’une certaine attention. En 1959, le scientifique et l’ingénieur J. Escher-Desrivières et E. Vinto l’abordent dans Le bâtiment et Saint-Gobain (« La lumière naturelle à l’usine »50). Puis, en 1967, cette question est au cœur du colloque organisé par la revue Architecture de Lumière sur le thème de la lumière naturelle51. Le croisement de ces deux sources permet de comprendre la vision d’une usine moderne lors de cette période. Chaque intervenant s’oppose à l’usine du début de l’ère industrielle, « un simple abri en général obscur, assurant le clos et le couvert des machines », et au principe de « l’usine aveugle » qui coupe tout contact avec l’extérieur, obligeant l’usage permanent d’un éclairage artificiel. Ils prônent donc la mise en place d’une « architecture fonctionnelle adaptée aux établissements industriels ». Même si « la préoccupation essentielle des promoteurs de cette formule est de créer un milieu capable d’assurer une haute productivité du travail », J. Escher-Desrivières et E. Vinto déclarent que cette volonté ne peut être atteinte que si les ouvriers travaillent dans le climat intérieur « physiologiquement et psychologiquement le meilleur »52. A ce sujet, Pierrette Sartin, Chargée de Mission au Commissariat Général du Plan déclare : « Je crois que lorsqu’on a commencé à faire les premiers ateliers et les premiers magasins aveugles, ce n’était pas en réaction contre un excès de surfaces vitrées – qui n’existait pas encore – mais de façon beaucoup plus utilitaire, parce qu’on pensait que la ‘’vue’’ constituait une cause de distraction et que les 53 employés et ouvriers travaillaient d’avantage s’ils étaient enfermés – ce qui était d’ailleurs faux ! »

L’introduction de la lumière naturelle dans l’usine est d’abord considérée comme un bienfait pour la santé et le bien-être de l’homme, car « plus on est proche des conditions de vie naturelles et séculaires, moins a de peine à s’adapter »54. Un milieu artificiel devient donc lassant, monotone, à l’inverse de la vivacité d’un milieu naturel qui évolue au cours de la journée. En outre, l’éclairage naturel favoriserait le bon fonctionnement du système nerveux :

50

Escher-Desrivières (J.), Vinto (E.), « La lumière naturelle à l’usine », Le bâtiment et Saint-Gobain, n°2, novembre 1959, p. 18-31. De La Fontaine (R.), Hitier (Jacques), Hutin (André), Ingrand (Max), Legrand (J.-M.), Moreau de Balasy (François), Roa (Yves), Sartain (Pierrette), Simard (André), Sonolet (Nicole), Touvay (Robert), « Colloque lumière naturelle », Architecture de Lumière, n°16, 1967, 5 p. 52 Escher-Desrivières (J.), Vinto (E.), « La lumière naturelle à l’usine », loc. cit., p. 18. 53 Sartin (Pierrette), « Colloque lumière naturelle », loc. cit., p. 3. « Chargée de Mission au Commissariat Général du Plan ». 54 Ibidem, p. 1. « Chargée de Mission au Commissariat Général du Plan ». 51

31


Exemples de constructions industrielles modernes diffusées par J. Escher-Desrivières et E. Vinto dans « La lumière naturelle à l’usine », loc. cit. , p. 21, 27, 30.

Fig. 12. Atelier de fabrication des lampes de télévisions Sovirel, Bagneaux-sur-Loing (Seine-et-Marne), 1957. Photo de Papillon. Fig. 13. Madelain, Atelier de montage Thomson-Houston, Angers (Maine-et-Loire), 1956. Photo de Bruel. D’un côté l’atelier baigné de lumière profite de vues directes sur le paysage (toiture en « VERONDULIT »). De l’autre l’atelier est éclairé par des sheds constitués de panneaux « VERONDULIT ».

Fig. 14. Coulon (René-André), centre Thomson-Houston, Bagneux (Hauts-de-Seine),1957. Photo de Papillon. Mise en œuvre par René-André Coulon du « VERONDULIT » en vitrage vertical, complété par une bande de visibilité en glace polie. Très forte présence du verre dans un espace industriel, apportant à la fois une lumière douce (verre ondulé), ainsi qu’une vue et une aération possible (glace polie).

32


« Des travaux effectués en Italie par le professeur Didonna et aux Pays-Bas par le docteur Fortuin qui, l’un et l’autre, ont beaucoup étudié ces problèmes de lumière naturelle, il ressort qu’un certain nombre d’échanges biochimiques sont plus faciles à réaliser, qu’un certain nombre de fonctions s’accomplissent mieux – en particulier sur le plan nerveux – à la lumière naturelle qu’à la lumière artificielle – et ce, pour des raisons que l’on ne connait d’ailleurs pas entièrement. On a beau recréer, en lumière artificielle, des conditions proches de celles de la lumière naturelle, les radiations ne sont tout de même pas les mêmes, 55 en particulier en ce qui concerne les rayons ultra-violets. »

De simples ouvertures latérales ne permettent pas de répondre à la problématique architecturale de l’éclairement naturel de grands espaces. La mise en place d’ouvertures zénithales devient nécessaire pour pouvoir éclairer les parties centrales : verrière, fenêtre de toit, shed, variation de la hauteur des volumes... Comme l’affirme Max Ingrand lors de ce colloque, « la lumière naturelle est aussi un matériau de construction »56 qu’il faut savoir mettre en œuvre. Il s’agit de concevoir une nouvelle architecture de lumière, grâce à la façade et à la toiture : c’est l’émergence d’une esthétique propre à l’usine. « Les architectes ont donc été amenés à chercher d’autres solutions, répondant aux besoins des travailleurs de voir à l’extérieur et d’avoir une lumière extérieure – ce qui n’est pas du tout la même chose. Dans le premier cas, il s’agit d’avoir une transparence, dans le second cas une translucidité. Le fait de pouvoir voir à l’extérieur se ramène évidemment à des questions d’ouvertures verticales sur les façades, tandis que la translucidité peut, elle, venir soir de la façade, soit de la toiture. La translucidité, c’est-à-dire le travail à la lumière naturelle ou à la lumière artificielle, est une question de choix. Ou bien l’on dit : les gens logés sur le périmètre du bâtiment travailleront à la lumière naturelle, et on éclairera le centre à la lumière artificielle, ou bien l’on décide de tout fermer, à seule fin de mettre tout le monde d’accord – solution souvent employée aux Etats-Unis. Une troisième solution consiste à [...] utiliser la lumière zénithale, en trouvant par exemple, des architectures dont les plans de toitures ne sont pas au même niveau. [...] Il y a aussi la solution des ouvertures translucides, inclinées ou même horizontales. [...] Une ouverture verticale donne beaucoup moins de jour qu’une ouverture inclinée ou 57 horizontale de mêmes dimensions.»

Dans ce sens, les intervenants invoquent le concept de « l’usine verte », affiliée au Corbusier, qui repose sur la variation de la lumière naturelle. En opposition à « l’usine aveugle », cette idée établit qu’il est « indispensable à l’usage de ne pas séparer l’ouvrier de l’ambiance extérieure, et de le situer si possible dans le cadre d’une nature agréable »58. « Est-il utile de souligner que le verre, par ses caractéristiques originales et du fait de sa qualité spécifique, la transparence, devient alors le matériau essentiel des constructions industrielles contemporaines ? C’est lui en effet qui assure la vue du dehors. [...] Il isole sans séparer l’homme du 59 milieu extérieur, et reste le moyen courant d’utiliser l’éclairage gratuit de la lumière naturelle. »

J. Escher-Desrivières et E. Vinto présentent dans leur article une série d’usines modernes dans lesquelles la lumière naturelle joue un rôle particulier : des exemples sont reproduits ci-contre.

55

Ibidem, p. 1. « Chargée de Mission au Commissariat Général du Plan ». Ingrand (Max), « Colloque lumière naturelle », loc. cit., p. 2. « Décorateur ». 57 Legrand (J.-M.), « Colloque lumière naturelle », loc. cit., p. 2. « Architecte, Ingénieur E.C.P. ». 58 Escher-Desrivières (J.), Vinto (E.), « La lumière naturelle à l’usine », loc. cit., p. 18. 59 Ibidem, p. 20. 56

33


Usine Renault / Flins (Yvelines) / Bernard Zehrfuss (1952)

Fig. 15. Vue d’ensemble du site avec les longues lignes horizontales des ateliers et, au premier plan, les restaurants panoramiques. Source : Desmoulins (Christine), Bernard Zehrfuss, Infolio – Editions du Patrimoine, 2008, p. 50.

12. Bâtiments de montage

12

12

12

12

Fig. 16. Plan de l’usine et de la cité d’habitation. En couleur : circulations et parking. En trame rayée : la Seine. En grisé : espaces verts. Source : « Usine Renault à Flins », L’Architecture d’Aujourd’hui, n°47, 1953, p.21.

34


2. Usine Renault à Flins (Yvelines), 1952.

Le « VERONDULIT » est utilisé dans une réalisation phare du XXème siècle en France : l’usine Renault de Flins par Bernard Zehrfuss. Cet ensemble est inauguré en 1952 par la Régie Nationale des Usines Renault afin de se donner les moyens de sa croissance. Il est dédié à la fabrication de la carrosserie et au montage des voitures en grande série. Comme le souligne Christine Desmoulins, il s’agit pour l’entreprise, nationalisée lors de la Libération, d’associer

«à

un

projet

d’urbanisme

des

enjeux

constructifs,

techniques

et

60

environnementaux ».

L’immense terrain de 224 hectares était capable d’accueillir une unité de fabrication avec ses extensions et les logements nécessaires à la main d’œuvre 61 : « Située entre Flins, Elisabethville et Aubergenville, bénéficiant de la desserte de l’autoroute de l’Ouest (route Paris-Deauville), de la voie ferrée et de la voie fluviale (Seine), l’usine de Flins est tout à fait justifiée à cet emplacement exceptionnel. [...] La construction de l’usine de Flins est un des exemples de la politique d’aménagement du territoire et de décentralisation industrielle poursuivie par le Ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme. Cette usine, si elle avait été construite dans la banlieue parisienne, aurait aggravé encore une situation déjà très compromise. Elle apportera au contraire, à une région 62 semi-rurale et mal équipée, une richesse économique certaine »

Les premiers plans sont effectués de 1946 à 1951 par le bureau d’études des installations de Renault mais le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme impose à la Régie Nationale l’intervention d’un architecte, afin de se dégager d’une conception purement utilitaire. Commence alors l’intervention de Bernard Zehrfuss, Premier Grand Prix de Rome 1939, dans le « rôle de conseil pour les bâtiments industriels et le dessin des façades des ateliers », lui permettant d’effectuer toutes les modifications jugées utiles. Il aura aussi le rôle de concepteur pour les « constructions à usage social (vestiaires et restaurants) ou administratif et des logements. »63. Toutefois, l’implication de Zehrfuss dans la conception générale de l’usine semble aller au-delà de son rôle initial afin de tendre vers une véritable mission d’architecte. 60

Desmoulins (Christine), Bernard Zehrfuss, Infolio – Editions du Patrimoine, 2008, p. 44 : chapitre « L’usine Renault de Flins ». 61 « Les bâtiments, dont on achève la construction, couvriront 225.000 mètres carrés. L'usine emploiera six mille personnes lorsque sa capacité de production : emboutissage des tôles, confection des " unités ", assemblage des caisses, peinture, sellerie et montage, atteindra mille véhicules par jour : " Frégate " et " Juvaquatre " 300 kg. Ce vaste projet se double d'un plan de logements pour le personnel. La régie Rénault envisage d'en construire plus de mille en trois ans et d'arriver à deux mille au bout de cinq ans. ». « Une rapide croisière en ‘’Frégate’’ de Paris à Flins et parmi divers problèmes de l’industrie automobile », Le Monde, 3 octobre 1951. [Disponible sur http://www.lemonde.fr/archives/article/1951/10/03/une-rapide-croisiere-en-fregate-de-paris-a-flins-et-parmi-diversproblemes-de-l-industrie-automobile_2081260_1819218.html#xoTYyZrtb3CeE2y9.99, consulté le 14/04/2016]. 62 « Usine Renault à Flins », L’Architecture d’Aujourd’hui, n°47, 1953, p.21. 63

Desmoulins (Christine), Bernard Zehrfuss, op. cit., p. 45.

35


Usine Renault / Flins (Yvelines) / Bernard Zehrfuss (1952)

Fig. 17. Passerelles entre les vestiaires et les ateliers en cours de chantier. Source : « Les bâtisseurs de la modernité 1940-1975 », Le Moniteur, 2000, p. 46. Chap. « Les centres de production – La Régie nationale des usines Renault. »

Fig. 18. Vue de la rue principale : alignement des sheds en béton, symétrie des ateliers (cliché septembre 1952). Source : ibidem, p. 50.

Fig. 19. Détail d’une travée des ateliers de montage. Elévation, coupe et plan sur les sheds constitués par des voûtes minces coulées sur des coffrages métalliques montés sur des échafaudages tubulaires roulants. Source : « Usine Renault à Flins », L’Architecture d’Aujourd’hui, n°47, 1953, p.22.

36


La volonté de Renault est de se démarquer de la contraignante et vieillissante usine de l’île Seguin à Billancourt (Hauts-de-Seine, 1929)64 - usine en ville, exiguïté du site, extension interdite par le règlement d’urbanisme, strates successives, mauvaises conditions de travail et d’hygiène, saturation de la chaîne de production, concentration trop importante d’ouvriers dans un même lieu - pour construire « l’instrument de production automobile le plus moderne d’Europe »65 avec un effectif de 6 000 personnes. Bernard Zehrfuss fut, semble-t-il, marqué par la visite de l’usine de l’île Seguin. Ainsi, il jugeait important de concevoir avec les ingénieurs une succession de bâtiments spécialisés, aérés, et déployés dans un cadre naturel. C’est pourquoi « le principe monobloc [de Billancourt] fera place à une idée plus paysagère avec des rues et des espaces arborés, proche du concept des usines vertes de Le Corbusier »66. Zehrfuss accordait une attention particulière aux conditions de travail des ouvriers sur ce site jugé exceptionnel. Selon lui : « Il était souhaitable, en effet, d’éclairer naturellement les ateliers, non seulement par éclairage zénithal, mais aussi par éclairage latéral, et de trouver entre les bâtiments des espaces libres, suffisamment larges pour y prévoir des plantations. Ainsi cette ‘’usine verte’’ créait-elle un contexte propice à un travail 67 optimiste. »

A Flins, les longs bâtiments de montage sont disposés parallèlement d’est en ouest et réalisés en béton armé afin d’accueillir des chaînes de voitures sur 500 mètres de long. Il s’agit d’une juxtaposition de sheds préfabriqués constitués de voûtes minces qui offrent une trame de 8 x 20 mètres. Des ouvertures zénithales sont incorporées aux voûtes vers l’est, alors que les façades profitent de grandes surfaces vitrées au nord et au sud68. (Fig. 19) Lors de la publication du projet dans son numéro 47, L’Architecture d’Aujourd’hui souligne que l’orientation du plan masse « permet un très bon éclairage des ateliers à l’Est. »69 Un volume imposant se démarque en tête de file de l’alignement de sheds (Fig. 18). Il est également répété symétriquement, de l’autre côté de la ligne de montage. En début et fin de la chaîne, ces espaces servent au chargement et déchargement des véhicules ou encore au stockage. A l’ouest, une passerelle permet aux ouvriers de rejoindre, depuis ces volumes, les bâtiments distincts où sont se trouvent les vestiaires et réfectoires. (Fig. 17) 64

« L'usine de Billancourt trop exiguë. M. Lefaucheux a expliqué ensuite comment les 90 hectares de Billancourt, dont 70 sont déjà couverts, sont progressivement devenus trop petits. Malgré la multiplication des chaînes aériennes [...] il devient de plus en plus difficile d'éviter l'embouteillage des voies de circulation intérieure d'où s'écoule chaque jour une caravane de 750 véhicules. » Bossière (C.-G.), « Le discours de M. Lefaucheux », Le Monde, 3 octobre 1951. [Disponible sur http://www.lemonde.fr/archives/article/1951/10 /03/le-discours-de-mlefaucheux_2081001_1819218.html#oOtEg3BqsEjZR7Mm.99, consulté le 14/04/2016.] 65 Desmoulins (Christine), Bernard Zehrfuss, op. cit., p. 45., p. 44. 66 Ibidem, p. 45. 67 Note de l’architecte sur le projet. Fonds Zehrfuss / AA / CAPA Archives. Ibidem, p. 47. 68 Bernard Zehrfuss (1911-1996) La poétique de la structure. L’art et l’industrie – L’usine Renault de Flins, exposition virtuelle, Cité de l’architecture & du patrimoine. [Disponible sur http://www.citechaillot.fr/ressources/expositions_virtuelles/EXPO-ZEHRFUSS/02-PARTIE-02.html, consulté le 14/04/2016] 69 « Usine Renault à Flins », L’Architecture d’Aujourd’hui, n°47, 1953, p.24.

37


Usine Renault / Flins (Yvelines) / Bernard Zehrfuss (1952)

Fig. 20. « L’année DAUPHINE commence le 26 août », Régie Nationale Renault, publicité. Source : Paris-Match, samedi 30 octobre 1958. Archives personnelles de M. Daniel Flament. Vue de la ligne de montage de Flins avec, en haut, la transition entre le volume principal (« VERONDULIT ») et l’enchaînement des sheds. Alors que l’éclairage artificiel est éteint, les espaces de travail sont baignés de lumière naturelle grâce aux différents dispositifs verriers.

38


Ces deux travées extrêmes se caractérisent par une hauteur élevée, une large voûte (aussi en béton) et un éclairage naturel plus important. La façade reprend le principe de menuiserie des petites travées mais ne comprend pas de partie pleine : la verrière s’insère entre les poutres et poteaux en béton. (Fig. 18) L’éclairage zénithal est assuré par des plaques de « VERONDULIT » qui suivent la courbe de la voûte. (Fig. 20 & 21) Le V.O.A. n’est plus traité comme élément incorporé à une toiture d’amiante-ciment en pente, mais mis en œuvre comme une verrière indépendante. Les plaques de verre sont fixées à une structure métallique secondaire : de fins éléments sont disposés en travers de la trémie.

Fig. 21. Cliché anonyme, 1950-1957. Usine Renault de Flins, Aubergenville Bernard-Henri Zehrfuss, architecte conseil, Marcel Faure, collaborateur, Félix Del Marle, artiste. Vue intérieure des ateliers, Ektachrome, 10 x 12,5 cm, sans date, Flins, reproduite dans http://www.citechaillot.fr/ressources/expositions_virtuelles/EXPO-ZEHRFUSS/02-PARTIE-02.html : Exposition virtuelle – Bernard Zehrfuss. © Droits réservés, © Fonds Bernard Zehrfuss. Académie d'architecture/Cité de l'architecture & du patrimoine/Archives d'architecture du XXe siècle.

Ces larges ouvertures sont disposées orthogonalement à l’axe de la voûte, de manière à s’aligner sur les chaînes d’un même bâtiment. Ainsi le début et la fin des lignes de montages profitent d’un important éclairage naturel provenant de la toiture. Cette innovation technique s’inscrit dans la recherche de modernité qui caractérise l’architecture de Bernard Zehrfuss, par l’étude « d’une enveloppe adaptée aux exigences fonctionnelles »70 : « Chaque jour offre [à Bernard Zehrfuss] l’opportunité de prospecter les techniques inhabituelles et d’explorer leurs performances dans des modèles habités. Il faut profiter du large éventail de ressources qu’offre l’agitation industrielle de ces années. Tout paraît permis. Pour dépasser le « tout béton », il 71 puise de façon éclectique autant dans l’innovation que dans les mises en œuvre traditionnelles. » 70 71

Desmoulins (Christine), Bernard Zehrfuss, op. cit., p. 45., p. 19. Ibidem, p. 13.

39


Usine Rosy / Ruitz (Pas-de-Calais) / André de Saint-Font (1961)

Fig. 22. Vue du bâtiment principal de l’usine Rosy. Source : « La région de Bruay prépare son avenir », Zone Européenne de Conversion, n°48, septembre 1970. Archives départementales du Pas-de-Calais : 1 W 47957 > 2-2-1-23-1-5 - Inventaires des constructions importantes et des grands travaux inaugurés ou mis en chantier depuis 1958.

Fig. 23. Vue des ateliers à droite, du bâtiment technique à gauche. Source : « L’usine adaptable », Le bâtiment et Saint-Gobain, n°8, 1962, p. 25.

Fig. 24. B.E.T. André de SAINT-FONT, Société Rosy – Usine de Ruitz – Descriptif sommaire, février 1961, p. 2. « 2 – Destination de la construction ». Archives départementales du Pas-deCalais, 1222w3 – 2211334 (32142 ROSY).

40


3. Usine Rosy à Ruitz (Pas-de-Calais), 1961. La Société Rosy, spécialisée dans la confection de sous-vêtements féminins haut de gamme, possédait en 1960 « déjà quatre usines en France ainsi qu’un bon nombre d’ouvriers à domicile ».72 Le succès économique poussa l’entreprise à regrouper et moderniser sa production avec la construction d’une toute nouvelle usine capable de répondre à ses nouveaux objectifs de vente. Dans ce but, elle « acquit un terrain de 16 ha entre Bruay et Barlin (P.-de-C.). Le choix de cette région a été influencé par la possibilité de recruter 2.000 personnes en quatre ans, des jeunes filles pour la presque totalité. ». Ce territoire de l’ouest du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, espère une reconversion économique pour faire face à la l’arrêt progressif des dernières exploitations de charbons. Afin d’anticiper la fermeture des derniers puits, « l’une des premières zones industrielles intercommunales de France » est créée à Ruitz en 1950. L’usine Rosy est la première implantation industrielle sur ces terres gérée par le « S.A.Z.I.A.B. (Syndicat intercommunal d’aménagement des zones industrielles de l’agglomération du Bruaysis) ». La zone s’étale aujourd’hui sur les communes de Barlin, Haillicourt, Houchin et Ruitz sous la forme d’une ZAC de 266 ha qui accueillait 64 entreprises et 3 000 salariés en 2013.73 « Cette usine sera consacrée à la fabrication de gaines, de porte-jarretelles, de soutiens-gorge et tels autres précieux objets, à la fois moelleux et marmoréens que le ciel en sa clémence distribua généreusement à la gent féminine, pour le plus grand bonheur du guerrier. Cette usine renfermera dans son sein de béton, de fer, de bois, de verre, d’aluminium, mille cinq cent ouvrières souriantes, gracieuses et travailleuses occupées à produire 74 journellement un total de 30 à 40.000 pièces. » André de Saint-Font, d’œuvre, 1961.

ingénieur

et

maître

Fig. 25. Publicis – Photo MOLINARD, « Gloire de la feminité », publicité pour le modèle « Roucouleur 59 » de ROSY. Source : Marie Claire, n°67, mai 1960. Archives personnelles de M. Daniel Flament.

72

« L’usine adaptable », Le bâtiment et Saint-Gobain, n°8, 1962, p. 24-25. Les informations de ce paragraphe proviennent d’un guide édité par la communauté d’agglomération Artois Comm., actuel gestionnaire de la zone dans le cadre de sa compétence en matière de développement économique. Artois Comm., « Présentation de la ZI de Ruitz », Guide pratique de la zone industrielle de Ruitz, décembre 2013, p. 3. [Disponible sur http://www.eco.artoiscomm.fr/sites/default/files/docsjoints/Guide%20pratique%20de%20la%20zone%20industrielle%20d e%20Ruitz_0.pdf, consulté en novembre 2015] 74 Citation issue du parchemin glissé dans un étui en cuivre scellé dans une pierre de l’usine Rosy de Ruitz : « L’usine Rosy couvrira une superficie de 16 hectares », La Voix du Nord – Edition de Bruay-en-Artois, dimanche 18 et lundi 19 juin 1961. Archives personnelles de M. Daniel Flament 73

41


Usine Rosy / Ruitz (Pas-de-Calais) / André de Saint-Font (1961)

A : Bureaux / B : Passage couvert / C : Entrée du personnel, magasin des produits finis, vestiaires et sanitaires du personnel, réfectoires / D : Ateliers de couture / E : Atelier de coupe, magasin de matières premières / F : Chaufferie et service d’entretien / G : Pavillon gardien / H : Garages à vélos. Fig. 26. B.E.T. De Saint-Font, Usine de Ruitz par Bruay - Pas-de-Calais - Plan de masse et d’implantation, Paris, 20/01/1961. Archives départementales du Pas-de-Calais, 1222w3 - 2211334 (32142 ROSY).

42


Le programme de cette installation de 18.000 m² pour une surface de plancher de 24.000 m²

75

porte une grande importance au confort des ouvrières dans leur cadre de

travail. Un soin tout particulier doit être accordé aux ateliers de production, tandis que d’autres équipements viennent compléter cet « ensemble industriel de décentralisation de la société ROSY »76. Dans les ateliers de production, les impératifs sont donc les suivants :

« - Une forte concentration humaine : 1 ouvrière pour 5m², - Un niveau d’éclairement minimum élevé du plan de travail : 1.500 lux. - Un confort très poussé, étant donné que la fabrication reste essentiellement manuelle. La température optimum est de l’ordre de 22°, soit un minimum de 20 et un maximum de 24°, [...] - Un cadre reposant, en contrepartie de l’attention soutenue requise par cette industrie. [...] A priori, cet ensemble industriel se distinguerait par des services sociaux importants par rapport aux bâtiments de production. Les vestiaires, sanitaires, réfectoires, circulations, garages à deux roues, 77 entrées du personnel occuperaient une place considérable.»

La construction du projet est confiée au Bureau d’Etudes De Saint-Font78 qui met en place les bureaux dans un bâtiment de béton armé à un étage (A) et les « services sociaux » dans un bâtiment similaire à deux étages (C, Fig. 22) : avec les vestiaires au 1er et les réfectoires au 2nd. Au sud-est, le hall d’accueil et l’escalier mitoyens permettent de desservir ces étages mais également le rez-de-chaussée qui est destiné au conditionnement et au stockage des produits finis. Au nord-est, les ateliers de productions mitoyens se déploient sur le reste de la parcelle. (Fig. 23) Ils se composent d’un « magasin de matières premières » (E) ainsi que « deux halls de coupe desservant quatre halls de fabrication » (D) séparés par des « murs coupe-feu en maçonnerie »79. Le reste de la parcelle accueille les stationnements pour les vélos (H) et les voitures, un poste de gardien (G) et un bâtiment annexe contenant les services d’entretien et la chaufferie (F, Fig. 23). Afin d’améliorer le cadre de vie des usagers, tous les bâtiments sont « entourés de végétations (pelouse, arbres divers, massifs de fleurs) »80 ce qui se caractérise notamment par la plantation d’une peupleraie côté route et du dessin d’un jardin cerné par les bâtiments A, B et C.

75

Données issues de la revue Le bâtiment et Saint-Gobain une fois le projet construit (1962). Le descriptif sommaire réalisé par le B.E.T. en février 1961 déclare 18.800 m² de surface au sol et 26.400 m² de planchers. Le projet a pu évoluer après la demande de PC. 76 Appellation officielle du projet dans le PC. Archives départementales du Pas-de-Calais, 1222w3 – 2211334 (32142 ROSY). 77 « L’usine adaptable », Le bâtiment et Saint-Gobain, n°8, 1962, p. 25. 78 Les cartouches du permis de construire sont singés : « Bureau d’Etudes Techniques ANDRE DE SAINT-FONT, Ingénieur ème Conseil E.C.P., 116 avenue de Villiers 17 Paris ». « JEAN VERGNAUD : Architecte-conseil, a eu connaissance des plans de façades. » Archives départementales du Pas-de-Calais, 1222w3 – 2211334 (32142 ROSY). 79 B.E.T. André de SAINT-FONT, Société Rosy - Usine de Ruitz - Descriptif sommaire, février 1961, p. 2 : « 4 - Les différentes parties / D - Le bâtiment atelier ». Archives départementales du Pas-de-Calais : 1222w3 – 2211334 (32142 ROSY). 80 Ibidem, « 3 - Plan masse », p. 2.

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Fig. 30. Façade principale Sud-Est, bâtiments D et E.

Fig. 29. Façade principale Sud-Ouest, bâtiment C.

Fig. 27. Extrait de la coupe transversale des ateliers de découpe, bâtiment D.

Fig. 28. Coupe transversale des ateliers d’entretien, bâtiment F.

Usine Rosy / Ruitz (Pas-de-Calais) / André de Saint-Font (1961)

Source : B.E.T. André De Saint-Font, 20/01/1961. Archives départementales du Pas-de-Calais, 1222w3-2211334 (32142 ROSY).

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Les ateliers, la chaufferie et l’entretien (D, E, F) sont conçus en « Usine Adaptable, système André de SAINT-FONT »81, respectivement en ossature métallique, en bois lamellé collé et en bois cloué. Il s’agit d’un système constructif industrialisé « suffisamment souple pour s’adapter harmonieusement à chaque cas particulier ». Même si la structure diffère entre ces trois constructions, ils sont couverts d’amiante-ciment en toiture et habillés en façade d’un bardage commun en « BARDEMPAL à peau extérieure en aluminium oxydé anodiquement ». Ce « mur-rideau », présent dans chaque « Usine Adaptable », a été choisi pour sa rapidité de mise en œuvre et son aspect moderne. Ce complexe très facilement montable et démontable représente aussi un « bon isolant, tant au point de vue thermique que phonique » car cet autre produit de Saint-Gobain incorpore un panneau de fibre de verre « ISOVER » et une peau intérieure en aluminium ondulé ou en contreplaqué. L’ensemble de ces caractéristiques sont communes aux « Usines Adaptables », de même que l’utilisation massive du verre sous la forme du « VERONDULIT ». Le produit est alors employé en bandes « tant en toitures, incorporées à l’amiante-ciment, qu’en façade où elles sont posées selon le procédé INTERCO »82. Ce système « permet d’effectuer en quelques minutes, avec du personnel d’entretien, le remplacement d’une plaque cassée ou la substitution d’un ouvrant à une partie couvrante. » 83 (Fig. 27 & 28) A Ruitz, la présence du verre ondulé s’explique d’abord par un impératif d’éclairage conséquent de « 1.500 lux d’éclairement constant sur le plan de travail »84, complété par un dispositif d’éclairage artificiel. Dans les publications de Saint-Gobain, le B.E.T. De Saint-Font s’oppose à la construction d’usines aveugles et prône la mise en place de meilleures conditions de travail. Mais l’usage du « VERONDULIT » représente aussi une solution très économique dont la mise en œuvre est facilitée par rapport à un vitrage classique. Même s’il s’agit d’un procédé mis au point 30 ans plus tôt, le « VERONDULIT » reste la solution la plus simple pour incorporer un éclairage naturel à une toiture d’amiante-ciment, en raison du mariage aisé entre ces matériaux. Les toitures à double pan des ateliers sont équipées de verre ondulé grandes ondes régulièrement disposé en remplacement d’une plaque d’amiante-ciment. Une autre disposition est appliquée en toiture des bâtiments annexes : des rangées entières d’amiante-ciment sont remplacées par un bandeau en V.O.A.

81

82 83

« L’usine adaptable », Le bâtiment et Saint-Gobain, n°8, 1962, p. 26.

Ibidem, p. 26.

Ibidem, p. 21. 84 Ibidem, p. 26.

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Usine Rosy / Ruitz (Pas-de-Calais) / André de Saint-Font (1961)

Fig. 31. Une peau extérieure en aluminium oxydé anodiquement et des vitrages en « VERONDULIT ». Ateliers à gauche, annexe technique à droite.

Fig. 32. Entre autres impératifs, une forte concentration humaine et un niveau minimum d’éclairement de 1.500 lux. Vue intérieure des ateliers, postes le long du mur-rideau.

Fig. 33. La chaufferie : charpente en bois lamellé collé, bardage en BARDEMPAL, faux-plafond en SHEDISHOL. Toiture en amiante équipée de bandes de « VERONDULIT ».

Fig. 34. Coupe verticale du mur-rideau et détails.

Source des illustrations : « L’usine adaptable », Le bâtiment et Saint-Gobain, n°8, 1962, p. 24-27.

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En façade, de longues bandes de vitrage en « VERONDULIT » sont utilisées sur l’ensemble des ateliers (D, E) ainsi que l’annexe comprenant les locaux techniques (F). Il s’agit de panneaux d’1,75 m de hauteur, mis en œuvre verticalement selon le système INTERCO. Vue de l’extérieur, cette faille horizontale court sur toute la façade, et n’est interrompue par aucun élément structurel (Fig. 31). En effet, les poteaux bois ou métal sont situés au nu intérieur du mur-rideau. Aucun châssis ou compartimentage du vitrage n’est requis avec

ce

type

de

pose.

Mais

comme

le

« VERONDULIT » est obligatoirement fixe, il est nécessaire d’ajouter des parties ouvrantes, en verre plat transparent, pour assurer la ventilation des locaux. Tout de même, la mise en œuvre du verre accentue l’horizontalité des ateliers qui se déploient sur une longueur de 172 m. Le verre ondulé participe aussi au rythme vertical donné par les ondulations du bardage métallique et des plaques d’amianteciment. A l’intérieur des ateliers (Fig. 32), la translucidité du verre ondulé adoucit les limites spatiales. Paradoxalement, les ouvrières n’ont pas de vues directes sur l’environnement ; elles perçoivent néanmoins le cycle solaire et les mouvements extérieurs. Cette caractéristique est un compromis entre confort visuel et psychologique d’une part, et concentration et productivité d’autre part. Le bandeau procure une lumière douce et homogène, favorable à la perception des reliefs et des couleurs. Cette répartition uniforme de la lumière correspond donc tout à fait aux travaux de couture et permet aux ouvrières de se placer directement face au mur-rideau sans être éblouies. Dans l’article de J. Escher-Desrivières et E. Vinto consacré à la place de la lumière naturelle dans les usines, il est question de la translucidité du verre dans ce type d’espace :

« Il a été signalé aussi des incidents survenus dans certains ateliers exclusivement vitrés avec des matériaux translucides interdisant toute vue du dehors. [...] Faut-il dire que du plus simple point de vue de l’éclairagisme, l’emploi exclusif de vitrages translucides présenterait un désavantage systématique ? En aucune façon. Diffuseur de lumière, le mur translucide en assure une distribution discrète, fort agréable en soi, dans l’intimité d’un local. Ce sont pour des motifs purement psychologiques qu’il est 85 devenu courant d’y ménager des bandes de visibilité sous forme de vitrages transparents. »

85

Escher-Desrivières (J.), Vinto (E.), « La lumière naturelle à l’usine », Le bâtiment et Saint-Gobain, n°2, novembre 1959, p. 20.

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Usine Rosy / Ruitz (Pas-de-Calais) / André de Saint-Font (1961)

Fig. 35. L’usine telle qu’elle apparaitra dans quelques temps : B.E.T. A. De Saint-Font, Rosy – Usine de Ruitz – P. de C., perspective du projet, 1961. Source : « L’usine Rosy couvrira une superficie de 16 hectares », La Voix du Nord – Edition de Bruay-en-Artois, dimanche 18 et lundi 19 juin 1961. Archives personnelles de M. Daniel Flament.

Fig. 36. Vue aérienne de l’usine, photographie aérienne. Archives départementales du Pas-de-Calais : inventaires des constructions importantes et des grands travaux inaugurés ou mis en chantier depuis 1958 (1 W 47957 - 2212315).

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Le magasin des produits finis, situé au rez-de-chaussée du bâtiment C, est également baigné de lumière naturelle grâce à la mise en œuvre du « VERONDULIT » en façade, côté rue. Ce bâtiment n’utilise pas le système « usine adaptable » : il est en béton. Les panneaux de verre ondulé d’une hauteur de 2 m sont également disposés verticalement pour former un bandeau horizontal selon le procédé INTERCO. Cette fois, la structure du bâtiment est visible en façade, interrompant régulièrement la bande de verre ondulé. Ce recul au rez-de-chaussée dissocie la structure du parement et souligne la typologie du bâtiment, une barre sur pilotis (Fig. 33). A l’aube d’une profonde métamorphose économique, l’implantation de cette usine jugée futuriste est un évènement en Artois : l’édition locale de La Voix du Nord proclame que « par ses lignes modernes, son caractère sobre et élégant, coloré et discret, l’usine Rosy sera la plus belle réalisation industrielle de la région. »86 Il est aussi évoqué des « conditions de travail qui ont fait l’objet d’une étude approfondie » : André de Saint-Font « a veillé spécialement au confort visuel, d’ambiance, auditif et moral ». Lors de la cérémonie de pose de la première pierre, Messieurs Pecqueur, Raymond Derancy et Robert Cousin87 insistent sur l’importance de cette « révolution » qui est un « jalon important dans la reconversion de l'industrie ». Toujours dans ce sens, le PDG de la société valorise la modernité du projet. « Cette usine nous la voulions suffisamment vaste et moderne, afin de permettre à notre fabrication restée jusque-là sur un plan d’artisanat industrialisé, de passer à celui de la grande industrie ; suffisamment agréable et rationnellement organisée afin de répondre aux normes et aux espérances des grands ensembles industriels modernes ; suffisamment importante enfin, tant par son implantation que par sa production pour pouvoir affronter sans crainte, mais au contraire avec le meilleur des dynamisme possible, la nouvelle et dure compétition du Marché Commun. La société Rosy a eu à cœur de préserver dans ce vaste ensemble, la personnalité de chaque individu en répondant à certains impératifs humains et sociaux particuliers à notre temps. La sobre élégance des bâtiments, l’harmonie du cadre général à laquelle concourra à un grand parc avec ses arbres, ses pelouses et ses fleurs, seront autant d’éléments qui contribueront à un certain confort moral, facteur déterminant pour engendrer le goût du travail. Qu’un jour on cite en exemple, qu’on qualifie d’usine-modèle la cinquième usine Rosy à Ruitz et que cette notoriété s’étende à toute votre région, à vous tous, alors nous serons comblés. » Extrait du discours de M. Josephson, PDG de Rosy, lors de la cérémonie de pose de la première pierre 88.

86 « L’usine Rosy couvrira une superficie de 16 hectares », La Voix du Nord – Edition de Bruay-en-Artois, dimanche 18 et lundi 19 juin 1961. Archives personnelles de M. Daniel Flament. 87 Respectivement maire de Ruitz ; député-maire de Barlin, président du syndicat intercommunal à l’origine de l’implantation de l’usine dans la zone industrielle ; préfet du Pas-de-Calais. « Le préfet du Pas-de-Calais a posé la première pierre de l’usine Rosy, qui emploie 1.500 ouvrières - 2.500, peut-être », La Voix du Nord – Edition de Bruay-en-Artois, 16 juin 1961. Archives personnelles de M. Daniel Flament. 88 Ibidem.

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Toutefois, le site industriel que nous connaissons est beaucoup plus modeste qu’espéré. L’article du Bâtiment et Saint-Gobain de 1962 présente « 7.000 m² sur un programme de 18.000 m² »89 : le reste ne sera jamais construit. Les bureaux et le passage couvert (A et B) laisseront place à une pelouse. Le bâtiment en béton (C) ne sera construit qu’à moitié (40,44 m de long contre 81,22 m), alors que seulement 2 halls d’ateliers seront réalisés. La comparaison entre la photographie aérienne (Fig. 33) et la perspective du projet (Fig. 32) montre la possibilité d’une extension au nord-ouest du site. De plus, l’endroit où devait se raccorder le passage couvert reste clairement visible en façade du bâtiment C. Une première tranche du projet est réalisée en 1961, mais la société Rosy est confrontée à des problèmes économiques et ne pourra pas employer plus de 500 personnes à Ruitz, alors que l’on espérait « atteindre l’objectif de 2.500 ouvrières »90. Il n’est plus question d’agrandir ce site déjà surdimensionné face à sa production réelle. Le concurrent DIM prend le contrôle de l’entreprise en 1973 et décide, trois ans plus tard, de mettre en vente l’usine, alors que des suppressions d’emplois ont déjà eu lieu. La consultation des archives montre l’inquiétude des ouvrières et pouvoirs locaux face à cette fermeture et la suppression annoncée de nombreux emplois. En réalité, la nouvelle entité DIM - ROSY souhaite conserver l’effectif mais s’installer dans des locaux adaptés à ses capacités réelles. « Les bâtiments construits par Rosy et conçus pour un nombre de personnes beaucoup plus élevé, ne répondent plus aux besoins d’une organisation rationnelle, d’où le souhait de la direction de trouver une solution, ainsi qu’il en avait informé le comité d’entreprise en octobre 1976, permettant de conserver le personnel, et d’adapter favorablement les locaux actuellement excessifs aux besoins de la production. » 91 Monsieur Simon, PDG de DIM - ROSY .

Un repreneur du site fut trouvé : CEDATRA92, un établissement permettant à des personnes en situation de handicap de travailler afin d’assurer leur insertion sociale et professionnelle. DIM - ROSY décida de n’occuper qu’une partie des locaux. Afin de répondre aux formalités juridiques liées à la cohabitation entre une association de loi 1901 et une société commerciale, DIM - ROSY devint locataire d’un tiers de ses anciens locaux93. De cette manière, des aménagements intérieurs ont permis aux ouvrières de ROSY de cohabiter jusqu’en 2002 avec les travailleurs de CEDATRA. Voir ANNEXE 5 : Chronologie de l’usine Rosy de Ruitz et coupures de presse. Voir III. C. 2. : Confort actuel : adaptation des locaux ROSY - CEDATRA à Ruitz 89

« L’usine adaptable », Le bâtiment et Saint-Gobain, n°8, 1962, p. 25. « Le préfet du Pas-de-Calais a posé la première pierre de l’usine Rosy, qui emploie 1.500 ouvrières - 2.500, peut-être », La Voix du Nord – Edition de Bruay-en-Artois, 16 juin 1961. Archives personnelles de M. Daniel Flament. 91 Compte-rendu de la réunion du 5 septembre 1977, intervention de Monsieur Simon. Sous-Préfecture de Béthune, Zone Industrielle de Ruitz / Dim - Rosy, Béthune, 1977, p. 3. Archives départementales du Pas-de-Calais, 1224w147 – 2211441 (9M3 DIM / ROSY). 92 C.A.T. (Centre d’aide par le travail) devenu E.S.A.T. (Etablissement et service d’aide par le travail), géré par l’A.P.E.I. de Béthune (Association de parents de personnes handicapées mentales et de leurs amis). CEDATRA occupe toujours ces locaux à travers les domaines : papeterie de classement et beaux-arts, espaces verts, sous-traitance industrielle et prestations de services. www.cedatra.fr 93 « L’A.P.E.I. achèterait tout l’ensemble immobilier, en louerait une partie (conformément au plan examiné en séance) à DIM – ROSY qui verserait immédiatement une somme qui corresponde à dix années de loyer (déduit du prix de vente) ». Ibidem, p.4. 90

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4. Un moyen économique d’augmenter l’éclairement des locaux agricoles et horticoles. ƒ AGRICULTURE « L’exploitation agricole est un ensemble complexe qui comprend [notamment] les bâtiments d’exploitation qui abritent le cheptel, le matériel et les récoltes et dans lesquels est effectué une partie importante des travaux de la ferme. Il s’agit donc, ici, d’assurer non seulement le confort des humains, mais aussi celui des animaux et la bonne conservation de certaines récoltes, de réaliser d’excellentes conditions de travail. L’incidence de cet ensemble de facteurs sur l’amélioration du rendement de 94 l’exploitation est indiscutable. »

L’apport de lumière naturelle est primordial pour les bâtiments accueillant des animaux « car elle a une action éminemment favorable sur leur santé », ce qui sous-entend aussi une hausse du rendement. Ces édifices sont généralement éclairés par des ouvertures ou des baies vitrées latérales, mais il peut être intéressant de les compléter par un éclairage zénithal. Ce type d’ouverture dans la toiture a l’avantage de procurer un éclairage « plus abondant et mieux réparti » dans l’ensemble de l’espace couvert. La lumière se diffuse alors de manière homogène et en toute saison. Dans les bâtiments accueillant des animaux, comme dans les autres unités - granges, greniers, hangars - il s’agit aussi d’améliorer les conditions humaines en facilitant les tâches quotidiennes. Dans diverses documentations dédiées aux agriculteurs, Saint-Gobain positionne le V.O.A. comme la solution idéale pour faire pénétrer la lumière naturelle dans ces édifices. La compagnie met en avant la facilité de pose d’un produit économique. C’est ainsi que l’immobilité du V.O.A. devient une qualité : « Pour supprimer la manœuvre des châssis et les casses assez fréquentes qu’elle entraîne, il peut être préférable de réaliser des vitrages fixes avec un système indépendant d’aération. Ces vitrages fixes peuvent être constitués [...] par du verre ondulé armé posé en bardage vertical. [...] L’aération peut être obtenue soit par des ouvertures réglables au moyen d’une planchette basculante, soit par quelques 95 parties ouvrantes vitrées. »

En ce qui concerne les toitures, la compagnie insiste sur la complémentarité de ses produits verriers standardisés avec les matériaux de couvertures opaques utilisés. (Fig. 38) « L’éclairage naturel de ces bâtiments peut être avantageusement réalisé par la toiture : si elle est en amiante-ciment ou tôles ondulées, à l’aide de verre ondulé armé grandes ondes ou petites ondes, si elle 96 est en tuiles, à l’aide de tuiles de verre. » « Ces matériaux présentent les avantages suivants sur les châssis vitrés en toiture : Facilité de pose : suppression des châssis et du masticage ; Suppression de l’entretien : peinture des châssis et remasticage périodique ; 97 Résistance à la grêle due à leur forte épaisseur (tuiles) ou à leur forme (verres ondulés). »

Dans ce type de mise en œuvre le « VERONDULIT » n’est pas présenté comme un produit moderne ou innovant mais comme une solution la plus rationnelle possible. 94 Coulon (René André) et Centre de Documentation Saint-Gobain, Eclairage naturel et isolation : le matériau verre au service du bâtiment, Paris, R.L. Dupuy, 1953, p. 205 : « Chapitre XIII - Bâtiments agricoles ». Archives de Saint-Gobain : UF 00337. 95 Ibidem, p. 207. 96 Compagnie de Saint-Gobain, Verre et construction rurale, documentation, 1952. Archives de Saint-Gobain : DOC SGV 00013 / 005. 97 Coulon (René André) et Centre de Documentation Saint-Gobain, Eclairage naturel, op. cit., p. 207.

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Fig. 37. « Verre ondulé armé grandes ondes (type A) en sheds et en vitrage latéral dans une porcherie. Les rampants des sheds sont isolés par un matelas de fibre de verre. Architecte PECHIN.» Source : photo de Papillon Mise en œuvre indépendante du verre ondulé vis à vis du matériau de couverture de cette construction moderne en béton. Le « VERONDULIT » fait office de baie vitrée classique.

Fig. 38. « Eclairage d’un hangar à stabulation libre au moyen de plaques de ‘’VERONDULIT’’ armé. » Mise en œuvre du verre ondulé petites ondes en complément de la tôle ondulée. La conception traditionnelle de ce bâtiment, en charpente bois, montre que le « VERONDULIT » peut s’intégrer à une toiture légère existante en remplaçant ponctuellement des plaques opaques par des plaques translucides. Une transformation à moindre coût apporte une source lumineuse à cet espace.

Fig. 37. Archives Saint-Gobain - UF 00337 : Coulon (René André) et Centre de Documentation Saint-Gobain, Eclairage naturel et isolation : le matériau verre au service du bâtiment, Paris, R.L. Dupuy, 1953, p. 208. Chapitre XIII « Bâtiments agricoles ». Fig. 38. Archives Saint-Gobain - DOC SGV 00013.05 : Saint-Gobain (Collectivité Auteurs) et Papillon A. (Photographe), Verre et construction rurale, documentation, 1952. Saint-Gobain (Collectivité Auteurs) et Papillon A. (Photographe), Le verre dans les bâtiments agricoles, 1957.

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ƒ HORTICULTURE

L’utilisation agricole du verre se limite à des ouvertures zénithales ou latérales dans une architecture relativement opaque. En revanche, le verre est essentiel pour l’horticulture qui nécessite un apport lumineux et thermique conséquent à travers l’utilisation de serres : « C’est une maison de verre dans laquelle on cherche à créer des conditions soit naturelles soit artificielles, aussi près que possible des conditions optima. Ces conditions étant des conditions de lumière, de température, de degré hygrométrique et d’aération. Les serres classiques sont généralement constituées par une armature soit métallique, soit en bois reposant sur des murets de briques et on utilise pour le vitrage de ces serres, soit le verre demi-double en largeur de l’ordre de 25 ou 30 cm, soit, plus récemment du verre cathédrale [qui] peut permettre des largeurs [...] de l’ordre de 40 ou 50 cm.»

En 1955, l’exposé de M. Lefevre98 tend à démontrer que le verre ondulé « peut incontestablement apporter des nouveautés intéressantes » aux serres. La difficulté de réalisation réside dans l’étanchéité : si une serre est chauffée de l’intérieur, il faut conserver les conditions voulues et éviter tout surcoût en limitant les déperditions thermiques. Selon lui, l’étanchéité à l’air « sera plus facilement réalisée avec le V.O.A. petites ondes ; d’autres part, on peut aussi espacer les pannes plus que dans le cas des grandes ondes, ce qui est aussi un avantage. » Alors qu’à cette époque Saint-Gobain ne préconisait pas « la superposition de deux rangées successives de plaques V.O.A. petites ondes » (ce qui limitait la superficie d’une serre ou obligeait la mise en œuvre du verre en complément de la tôle). Des serres ne respectant pas ces recommandations sont étudiées avec intérêt par la compagnie. Parmi ces exemples, il y a le cas d’une toiture en verre ondulé où « sur chaque versant il a été placé 2 rangées de plaques qui se recouvrent de 14 ou 15 cm, et, entre les plaques, on a simplement posé une bande DENSO. » Le problème rencontré dans ce type de réalisation concerne le faitage : « les fabricants d’amiante-ciment grandes ondes mettent sur le marché des faitières en amianteciment » mais à cette époque aucun élément similaire en tôle ondulée (petites ondes) n’est commercialisé. Cela nécessite donc l’utilisation de solutions jugées irrationnelles comme installer un autre type de verrière en faitage (Fig. 39) ou faire dépasser un versant de V.O.A. par rapport à l’autre. (Fig. 40) De plus, la translucidité du verre diminue l’apport solaire par rapport à un verre lisse mais la largeur du panneau et le type de pose, qui nécessite moins de charpente, aboutit tout de même à « une serre beaucoup plus lumineuse ». En raison de l’ondulation et de l’armature, le « VERONDULIT » est beaucoup plus résistant à la grêle, alors que le simple vitrage se brise facilement ce qui peut détruire la culture abritée. 98

Lefevre, Les serres en verre ondulé, 1955, 3 p. Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 00046/010.

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Fig. 39. Société d’exploitation des Ets G. CORBEAU, plaquette publicitaire, 1955. Archive Saint-Gobain : SGV HIST 00046/010. Dans le cadre d’une publicité pour les Ets G. CORBEAU : mise en avant d’une serre dans laquelle le « VERONDULIT » type G est utilisé en couverture (une simple rangée par pan). Le problème de faitage est réglé par une autre verrière ouvrante qui surplombe la serre. Le soubassement en blocs-béton est surmonté d’un vitrage simple. Celui-ci est fixe aux pignons et amovibles sur les deux autres côtés.

Fig. 40. Serre, photographie, 1955. Archives SaintGobain : SGV HIST 00046/010. Fig. 41. Centre de documentation Saint-Gobain, Un progrès considérable dans la construction des serres, plaquette publicitaire, R.L. Dupuy, 1956. Archives SaintGobain : SGV HIST 00071/010. Dans le cadre d’une publicité pour la compagnie de SaintGobain : mise en avant d’une serre construite à Montluel dans l’Ain par l’entreprise CIZAIN. Le « VERONDULIT » type G est mis en œuvre en couverture (une double rangée par pan) mais aussi en bardage vertical. Les panneaux de verre reposent sur une structure métallique et sont fixés entre par des accroches ponctuelles. Le problème de faitage est réglé par le débord d’un des deux pans et la différence de hauteur. L’entre-deux est fermé par du verre dépoli texturé, appliqué à la verticale.

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Il s’opère donc progressivement une diversification des usages du V.O.A. Ceci le produit à s’ouvrir vers d’autres programmes, dont l’architecture religieuse.

B. Eglises – L’émergence d’une nouvelle esthétique religieuse 1. L’architecture religieuse moderne dans la France d’après-guerre. Le début des trente glorieuses est marqué par une réflexion liturgique qui influence profondément la conception des lieux dédiés au culte catholique. Le plan traditionnel en croix latine est délaissé au profit d’un espace adapté à une nouvelle pratique religieuse. « La seconde guerre mondiale a en effet accéléré en France la diffusion de la doctrine de la concélébration portée depuis le milieu du XIXème siècle dans notre pays mais également en Allemagne et en Suisse par le Mouvement Liturgique. Cette idée d’une liturgie partagée telle que l’entérinera 99 Vatican II en 1962-1965 était déjà bien implantée en France au début des années 1950. »

La revue dominicaine L’Art Sacré est selon Pierre Lebrun, architecte et docteur en Histoire de l'Art, « le lieu essentiel du débat critique sur la définition des conditions d’émergence d’une architecture religieuse contemporaine »100. La publication de critiques tente « d’orienter avec volontarisme les débats sur l’art et l’architecture sacrés ». Jusqu’en 1954, la ligne éditoriale du père Régamey ouvre « la commande à des artistes de ‘’génie’’ ». Puis le père Cocagnac prône une nouvelle intégration urbaine de l’architecture religieuse : « Il s’agissait de rompre avec les systèmes de référence habituels en matière d’architecture religieuse le clocher, l’abondance du décor, la monumentalité, le spectaculaire, etc. - pour leur en substituer d’autres - la pauvreté, la modestie, la banalité, l’absence de signes religieux, etc. - afin de favoriser l’émergence et la reconnaissance de nouveaux modèles d’architecture. »

Le religieux consacre début 1957 un dossier à de nouveaux plans101 : des églises modernes conçues généralement grâce « aux nouvelles possibilités plastiques » offertes par le béton laisse « libre cours à un rêve lyrique ». Des typologies sont identifiées en se basant sur des réalisations allemandes ou suisses alémaniques : ovale, circle, carré, trapèze, amphithéâtre. Le seul exemple français est l’église Sainte-Agnès à Fontaine-les-Grès qui occupe la majorité du dossier. L’architecte Michel Marot contacta le père Régamey en 1954 mais il manifesta « une certaine perplexité devant les plans triangulaires »102. Cependant, son successeur salue la « parfaite réussite »103 du projet dont la « forme nouvelle n’est pas choisie pour sa nouveauté mais pour son caractère à la fois pratique et soucieux du dispositif liturgique ». La résurgence de « la pureté, la noblesse et la sensibilité des sanctuaires anciens »104 est aussi soulignée.

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Truillet (Jonathan), Avis du conservateur des monuments historiques, Châlons-en-Champagne, 18/03/10,p.1. Centre de doc. DRAC ACAL. Pierre (Lebrun), « De la basilique de Lourdes à l’église gonflable de Montigny-lès-Cormeilles », Cahiers thématiques, n°2, 2002, p.123. 101 « A la recherche d’un plan », L’Art Sacré, n°5-6, janvier-février 1957, 24 p. Médiathèque du Grand Troyes : fonds local CL 4°14661. 102 Lebrun (Pierre), Interview de Michel Marot, architecte, Grand Prix de Rome, Paris, le 3 avril 1998. [Disponible sur http://theses.univlyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.2001.lebrun_p&part=48438 consulté le 13 novembre 2015] 103 « A la recherche d’un plan », loc. cit, p. 7. 104 « A la recherche d’un plan », loc. cit, p. 9. 100

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2. Eglise Sainte-Agnès à Fontaine-les-Grès (Aube), 1955-1956. A noter : Cette partie a pu être rédigée grâce à la visite de l’édifice le 17 mars 2016 en compagnie de M. Maurice Verjot ancien second adjoint au maire de Fontaine-les-Grès, ayant effectué sa carrière pendant 45 ans chez DD à la mise au point des nouveaux articles et à la préparation des produits pour les représentants - qui transmet son savoir en véritable passionné de l’architecture et de l’histoire de ce patrimoine. Et grâce à l’échange effectué ce même jour au site de Châlons-en-Champagne de la DRAC ACAL avec M. Gilles Vilain - Chargé de la protection des monuments historiques et Secrétaire de documentation au Pôle Patrimoine CRMH - dont l’implication a permis d’informer précisément ce bâtiment, en vue de son inscription et de son éventuel classement à l’inventaire des monuments historiques.

Fig. 42. Scalliet (Fernand), détail d’une balustrade du Familia, Fontaine-les-Grès, 1928. Photo de Bernard Galéron, « Le sigle DD est omniprésent à Fontaine-les-Grès, comme ici sur l’une des balustres de l’entrée du Familia reconstruit en 1928 par Fernand Scalliet », Fontaine-les-Grès, 2010. Source : Humbert (Jean-Louis), « Fontaine lesGrès. L’empreinte Doré-Doré », Vieilles Maisons Françaises, n°235, décembre 2010, p.49. Archives départementales de l’Aube : 11 PG 20-2010.

Fig. 43. « Chaussettes DD », publicité pour l’entreprise Doré-Doré de Fontaineles-Grès, 1956. Source : La Vie en Champagne, n°34, avril 1956. Archives départementales de l’Aube. Publicité issue d’une revue champenoise, éditée l’année d’inauguration de l’église Sainte-Agnès de Fontaine-les-Grès. Jean-Louis Humbert précise que « André Doré impose l’emploi systématique de la publicité. L’image de DD se construit à cette époque en diffusant un produit classique et de qualité qui n’exclut par le lancement de produits nouveaux » (La Vie en Champagne, n°54, avril 2008, p. 60.)

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ƒ COMMANDE Près de Troyes, Fontaine-les-Grès comporte deux parties : Fontaine, village historique ; Les Grès, « simple relais de poste sur la route de Paris, puis hameau, puis agglomération qui, en quelques années, s’est accrue plus vite que son aînée »105. Cette croissance est due à l’économie florissante de l’entreprise Doré-Doré. Jean-Louis Humbert, historien consacrant des recherches au patrimoine industriel, dresse cette chronologie : « Au début du XIXème siècle, la bonneterie apporte un complément de revenu aux cultivateurs de Champagne pouilleuse. Chaque vendredi, l’artisan paysan vient vendre sa production à Troyes et acheter la matière première. [...] En 1819, Jean-Baptiste Doré (1778-1863), artisan aux Grès [propose de mutualiser cette tâche]. Son frère Laurent Doré (1796-1881) lui succède en 1835. Il regroupe des ouvriers dans une petite structure. [...] La marque DD (Doré-Doré) est créée en 1862 par Elie Doré qui a 106 épousé sa cousine germaine du même nom et a décidé d’accoler son nom au sien. »

Le paternalisme d’André Doré (1908-1958) marque l’entreprise familiale « spécialisée dans le chaussant, bas et chaussettes ». (Fig. 43) Le succès économique de Doré-Doré métamorphose Les Grès par la construction de maisons de cadres, logements et jardins ouvriers. L’entreprise incite l’installation de nombreux commerces indépendants. Enfin, M. Humbert fait état du financement de constructions publiques siglées DD (Fig. 42) : dispensaire, maison de famille, garderie, stade, bibliothèque, atelier de théâtre, salle des fêtes... Ce patrimoine a depuis été rétrocédé en partie à la commune (équipements) et aux habitants (logements) mais une partie désaffectée tombe en ruine (installations industrielles). « Inspirée par le catholicisme social, la famille Doré porte une grande attention aux lieux de culte de la commune »107 : elle participe à l’entretien de l’église Saint-Nicolas à Fontaine (XII et XVIème siècle) qui accueillait historiquement les habitants du village. Afin de mieux répondre aux besoins de ses travailleurs, la famille Doré décide en 1922 d’installer, dans la cour d’une pension aux Grès, une chapelle qui sera agrandie en 1930. 108 En 1939, André Doré est confronté à la mort précoce de sa fille Agnès. Il décide de lui rendre hommage en utilisant l’argent de sa dot pour ériger une église éponyme. Sa construction est l’occasion d’offrir un nouveau lieu de culte « pour une population sans cesse grandissante »109. L’architecte Maurice Novarina (1907-2002) est contacté après la Seconde Guerre mondiale, mais conseille à André Doré le choix d’un jeune architecte, à ce moment aux Etats-Unis et n’ayant jamais réalisé de projet : Michel Marot, propre neveu de l’industriel. 105

« L’église Sainte-Agnès de Fontaine-les-Grès », La Vie en Champagne, n°36, juin 1956. Archives départementales de l’Aube : 5 PL 2. Humbert (Jean-Louis), « Fontaine-les-Grès, village Doré-Doré », La Vie en Champagne, n°54, avril 2008, p. 60. Archives départementales de l’Aube : 57 PL 7. 107 Humbert (Jean-Louis), « Fontaine-les-Grès. L’empreinte Doré-Doré », Vieilles Maisons Françaises, n°235, décembre 2010, p.49. Archives départementales de l’Aube : 11 PG 20-2010. 108 « L’église Sainte-Agnès de Fontaine-les-Grès », La Vie en Champagne, n°36, juin 1956. Archives départementales de l’Aube : 5 PL 2. 109 Moreira (Gaëlle), Fontaine-les-Grès, village Doré-Doré, Troyes, 2010, p. 258. Mémoire de Master 2 – Sauvegarde et valorisation du Patrimoine Culturel et Environnemental. Centre universitaire de Troyes (université de Reims). Sous la direction de Jérôme Buridant. Archives départementales de l’Aube : 36J201. 106

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Eglise Sainte-Agnès / Fontaine-les-Grès (Aube) / Michel Marot (1955-1956)

Fig. 44. Vue extérieure de l’église, côté place, vers 1956. Source : Photo CL. MOIGNARD, Rouen, 2983 - LES GRES (Aube). (Commune de Fontaine-les-Grès). Eglise Ste-Agnès – Arch. Michel Marot Grand Prix de Rome 1954, SAPDEM Paris. Archives départementales de l’Aube : 8 FI 9144.

Fig. 45. Plan masse du centre des Grès : implantation de l’église sur un terrain proche de l’usine. Source : « A la recherche d’un plan », L’Art Sacré, n°5-6, janvier-février 1957, p. 11. Médiathèque du Grand Troyes : fonds local CL 4°14661. (Annotations personnelles)

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ƒ ARCHITECTE Né à Troyes en 1926, Michel Marot débute ses études d’architecture dans l’immédiat après-guerre. Il obtient son diplôme en 1950 puis complète sa formation par des cours à l’Institut d’urbanisme de Paris grâce auxquels il reçoit une bourse pour suivre les cours de l’atelier de City Planning à l’université de Harvard. Il est notamment amené à voyager et à rencontrer Walter Gropius et Frank Lloyd Wright lors de ce séjour de deux ans aux EtatsUnis. A son retour en Europe, Michel Marot se consacre au projet de l’église Sainte-Agnès et obtient parallèlement le premier Grand prix de Rome en 1954. Lors de son séjour de trois années à la Villa Médicis : le chantier est suivi avec Michel Grandnom, un ami et architecte installé à Troyes.110 L’architecture de cette nouvelle église va allier modernité et référence à l’esthétique traditionnelle des églises paroissiales locales. Voir ANNEXE 6 : Interview de Michel Marot par François Chaslin.

ƒ IMPLANTATION L’église doit prendre place sur un terrain appartenant à André Doré, situé à l’intersection de la route Paris-Troyes, de la rue de la gare et du boulevard Doré. (Fig. 45) Elle doit pouvoir accueillir 400 fidèles et être facilement accessible aux ouvriers de la bonneterie mais également aux habitants du village, comme me l’a confirmé Maurice Verjot lors de notre visite de l’église. Michel Marot opte d’abord pour un plan rectangulaire puis polygonal lors de ses recherches. Mais il va finalement se fixer sur un plan triangulaire et équilatéral de 31,25 m de côté. Cette typologie unique à l’époque en France caractérise l’originalité du projet.

« Fontaine-les-Grès est de plan triangulaire pour des raisons non pas plastiques mais pratiques. En effet, le terrain d’assiette est triangulaire et, comme la commune désirait avoir un champ de foire, l’église conçue selon ce plan pouvait être insérée dans un angle et libérer ainsi une place où les manèges auraient la possibilité de s’installer. Je ne me sentais pas prisonnier d’une géométrie particulière et j’étais disposé à utiliser des formes triangulaires, rondes, variées suivant en cela F.L. Wright dont j’admirais 111 l’architecture et que j’avais d’ailleurs rencontré aux Etats-Unis. » Michel Marot, 3 avril 1998. 110 111

Lebrun (Pierre), Interview de Michel Marot..., op. cit. Ibidem.

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Eglise Sainte-Agnès / Fontaine-les-Grès (Aube) / Michel Marot (1955-1956) Fig. 46. Marot (Michel), Croquis de l’église de Villy-leMaréchal (Aube) accompagnant l’esquisse du premier projet de Sainte-Agnès. Source : Photo de Vilain (Gilles), 13-2bis, 2009. Centre de documentation DRAC ACAL - Site de Châlons-en-Champagne : Dossier Aube - Fontaine-les-Grès Eglise Sainte-Agnès / Sous-dossier photographies. Fig. 47-49. Série de parallèles entre le projet de Michel Marot et les églises champenoises traditionnelles. Source : « A la recherche d’un plan », L’Art Sacré, n°5-6, janvier-février 1957, p. 8-9. / p. 14-15. Médiathèque du Grand Troyes : fonds local CL 4°14661.

Fig. 47. Eglise Saint-Aventin, Creney (Aube), sans date.

Fig. 48. Eglise Sainte-Agnès, Fontaine-les-Grès (Aube), 1955.

Fig. 49. Qualités traditionnelles des églises et des constructions de la région : église, grange, marché couvert.

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ƒ MORPHOLOGIE, MATERIALITE : REGIONALISME L’église Sainte-Agnès évoque « les granges traditionnelles de l’Aube avec sa grande toiture en tuiles plates »112 qui descend très bas ; avec son porche qui « rappelle également les manèges construits souvent en saillie du mur d’une grange »113. La grande flèche couverte d’ardoises évoque aussi « l’église champenoise traditionnelle »114 qui fut la première référence de Michel Marot. En ce sens, l’architecte troyen s’oppose à l’utilisation moderne du béton brut, préférant la mise en place d’un sous bassement en pierre. Selon Yves Lescroart de l’inspection des patrimoines au collège des monuments historiques, l’usage de ces matériaux traditionnels représente de « discrets rappels des pratiques régionales »115. Lors des phases de recherche, Michel Marot s’inspire donc du « profil traditionnel de l’église des environs de Troyes » comme le montre son croquis du village de Villy-leMaréchal. (Fig. 46) Il apprécie particulièrement les églises de la région, « modestes et trapues, telles des granges en pan de bois et un grand toit de tuiles surmonté d’une flèche d’ardoises, très élancée. Ces flèches prennent d’autant plus d’importance que le pays est de plaines et les taches d’arbres assez dispersées ». Aussi, l’architecte estime qu’à l’intérieur, « ces églises de campagne baignent dans une atmosphère plus intime et plus chaude que leurs sœurs de pierre » grâce à « leur ossature et leur plafond en bois, leurs vitraux de grisaille et de jaune argent ».116 Ces déclarations de l’architecte sont mises en exergue par la revue L’Art Sacré en 1957. Dans ce reportage, la revue réalise une suite de parallèles visant à montrer le respect d’une tradition architecturale auboise. D’abord, le rapprochement de deux photographies témoigne que ce bâtiment « s’accorde au paysage avec la discrétion, la justesse et l’harmonie des vieilles églises de la région ». L’insertion paysagère de l’église de 1955 (Fig. 48) est similaire à l’église historique de Creney dans l’Aube (Fig. 47). Ensuite, une série de photographies représente les « qualités traditionnelles des églises et des constructions de la région » afin d’ancrer l’église Sainte-Agnès dans cette filiation. (Fig. 49)

112

Vilain (Gilles), Aube - Fontaine-les-Grès - Eglise Sainte-Agnès, p.1. Centre de documentation DRAC ACAL - Site de Châlons-en-Champagne : Dossier Aube - Fontaine-les-Grès - Eglise Sainte-Agnès / Sous-dossier recensement des monuments anciens de la France par Gilles Vilain. 113 Vilain (Gilles), L’église Sainte-Agnès de Fontaine-les-Grès : historique, Châlons-en-Champagne, 26 janvier 2010, p.5. 114 Commission nationale des monuments historiques, Fontaine-les-Grès (Aube) : église Sainte-Agnès. Proposition de classement au titre des monuments historiques, Paris, 14 juin 2010, p. 1. Centre de documentation DRAC ACAL - Site de Châlons-en-Champagne : Dossier Aube - Fontaine-les-Grès - Eglise Sainte-Agnès / Sous-dossier recensement des monuments anciens de la France par Gilles Vilain 115 Ibidem, p. 3. 116 « A la recherche d’un plan », L’Art Sacré, n°5-6, janvier-février 1957, p. 14-15. Médiathèque du Grand Troyes : fonds local CL 4°14661.

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Eglise Sainte-Agnès / Fontaine-les-Grès (Aube) / Michel Marot (1955-1956)

Fig. 50. Plan et coupes de l’église. Source : « A la recherche d’un plan », L’Art Sacré, n°5-6, janvier-février 1957, p. 2 ; 11. Médiathèque du Grand Troyes : fonds local CL 4°14661.

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Eglise unitarienne / Madison (Wisconsin) / Frank Lloyd Wright (1945-1951)

Fig. 51. Marot (Michel), Esquisse du premier projet de SainteAgnès. Source : photo de Vilain (Gilles), 13-1, 2009. Centre de documentation DRAC ACAL - Site de Châlons-en-Champagne : Dossier Aube - Fontaine-les-Grès - Eglise Sainte-Agnès / Sousdossier photographies.

Fig. 52. Vue extérieure du sanctuaire et de sa verrière. Source : photo de Patterson (Aaron) , 4 janvier 2009. Sou https https://www.flickr.com/photos/40875537@N04/4265137777

Fig. 53. Plan et coupes de l’église unitarienne. Source : Pfeiffer (Bruce Brooks), Futagawa (Yukio), Frank Lloyd Wright monograph. Tome 7, 1942-1950, Tokyo, Ada Edita, 1991, p. 172-173. « 324 – General plan (5031.12) / 325 – Elevations and sections (5031.15) »

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C’est principalement l’aspect régionaliste du travail de Michel Marot qu’a retenu Gilles Vilain, chargé de la protection des monuments historiques à la DRAC Alsace-ChampagneArdenne-Lorraine, dans le cadre du dossier d’inscription puis classement de l’édifice. ƒ INFLUENCES MODERNES Mais toujours selon lui, la démarche architecturale de Frank Lloyd Wright a de toute évidence joué un rôle majeur dans la conception de l’église Sainte-Agnès. Michel Marot a l’occasion de rencontrer Frank Lloyd Wright et d’apprécier son œuvre lors de son séjour aux Etats-Unis117. Gilles Vilain suppose ainsi que la visite de l’église unitarienne de Madison, construite par Wright dans le Wisconsin (1945-1951), a influencé consciemment ou non Michel Marot. Même s’il peut s’agir d’un « rapprochement fortuit de [la] part [de Gilles Vilain] en regardant des constructions de Frank Lloyd Wright », il est rappelé que l’église unitarienne de Madison dans le Wisconsin « renvoie à l’aspect d’une grange traditionnelle de cet état. »118 Dans ce sens, Michel Marot « a toujours affirmé qu’il s’était inspiré des granges de l’Aube et que le stock de tuiles plates lui avait donné l’idée de la grange » car à cette époque « les matériaux ne sont pas encore facile à trouver ». L’influence de Wright se vérifie déjà en analysant les premières esquisses de Michel Marot. La perspective d’une des versions du projet de Fontaine-les-Grès (Fig. 51) correspond nettement à la description de l’église unitarienne décrite par Frank Lloyd Wright de la manière suivante en 1953 : « Le toit est triangulaire et, en dehors de cette triangulation, ou aspiration, vous avez cette expression de la vénération, qui est là, présente, sans qu’il soit besoin de recourir à un clocher. Le toit lui-même, couvrant tout [...] dit ce que le clocher disait jadis, mais il le dit avec plus de révérence, je crois aussi 119 bien dans la forme que dans la structure. »

La lecture qu’en fait Robert Mc Carter dans son ouvrage consacré à l’architecte américain120 corrobore cette hypothèse d’interprétation. Même si le projet final de l’église Sainte-Agnès intègre un clocher culminant à 35 m, de nombreuses similitudes subsistent : sanctuaire surmonté d’une large toiture en débord, formant un haut volume prismatique, délimité par un muret en pierre prolongé dans le paysage. Surtout, c’est l’apparition de la triangulation : coupe, volume, piliers, mobilier, subdivision du triangle équilatéral en plan. 117

Information rappelée par Michel Marot lui-même lors des entretiens menés par Pierre Lebrun (1998, op. cit.) ainsi que Gilles Vilain et Jean Fusier en vue de la constitution du dossier de la DRAC (24 novembre 2009). 118

Vilain (Gilles), L’église Sainte-Agnès de Fontaine-les-Grès : historique, Châlons-en-Champagne, 26 janvier 2010, p.5. Entretien avec Hugh Downs en 1953. Futagawa (dir.) Frank Lloyd Wright Monograph 1942-1950, vol. 7, p. 172 cité dans Mc Carter (Robert), « L’espace sacré du culte », Frank Lloyd Wright, Phaidon, 2002, traduit de l’anglais par Haddad (Nordine), p.297. 119

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« Le plan [de l’église unitarienne] se compose de deux triangles équilatéraux accolés [...] Un soffite tombant en angle du plafond principal délimite seul cet espace du sanctuaire, qui occupe le triangle avant et dont le plafond s’élève de l’arrière comme les côtés, la lumière provenant de la grande verrière entourant la chaire. Le plan de l’église est contenu à l’intérieur de murs bas en pierre et couvert par un large toit en cuivre. Le plan, au niveau de la verrière de « proue », comme la section, au point culminant du toit strié, sont pliés pour former l’espace de prière, créant un volume prismatique qui renforce les implications spatiales du plan et de la section en forme de diamant ». Mc Carter (Robert), Frank Lloyd Wright, Phaidon, 2002, traduit de l’anglais par Haddad (Nordine), p.297 : « L’espace sacré du culte ».

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En plan (Fig. 50), le triangle permet une composition axée sur le chœur (3, Fig. 58), les deux autres angles étant occupés par des chapelles, dédiées à Sainte-Agnès (5, Fig. 59) et à la Vierge (6), dont les autels sont intégrés au mur périphérique. Le plancher surélevé en bois permet de distinguer les chapelles de la nef qui dispose d’un dallage en morceau d’ardoises bruts de Fumay. Aucun obstacle n’empêche la vue entre prêtre et fidèles : la position périphérique des poteaux accentue la grandeur du volume (Fig. 55). Le baptistère (7) et le confessionnal (8), dessinés par Michel Marot comme l’ensemble du mobilier, prennent place de chaque côté de l’entrée dans des espaces également triangulaires. L’autre particularité de l’église réside dans le bandeau de verre translucide, positionné entre le mur et l’imposante toiture semblant léviter. Ce dispositif est répété sur les trois côtés du plan et assure naturellement un éclairage continu dans la nef (2) et la sacristie (4). La ligne de verre est uniquement interrompue côté parvis par de massives portes en bois, dans l’axe de l’église. Le bandeau est alors déporté au 1er étage, afin d’éclairer la tribune du chant qui prend place dans le volume constituant le porche (1). Les angles sont dématérialisés grâce au décalage intérieur de la structure, le type de verre employé permet la suppression des montants : la continuité parfaite du bandeau est assurée. (Fig. 54) Cette typologie d’ouverture n’est pas sans évoquer des réalisations de Wright : l’église unitarienne de Madison (1945-1951) avec sa fenêtre en bandeau entre mur et toiture, la Fallingwater House (1935-1939) avec l’abolition des éléments structurels d’angle par le verre, la Johnson Wax Company dont le siège (1936-1939) et le laboratoire (1944) ont les angles dématérialisés par un verre sans montant (translucidité entre intérieur et extérieur). Enfin, une autre influence, cette fois avouée est Le Corbusier. Michel Marot a luimême affirmé que « pour concevoir l’éclairage de l’autel par le clocher de cette église, [il s’est], bien évidemment inspiré de Notre-Dame du Haut de Ronchamp »121. Le principe des « pièges à lumière » mis en place dans cette église, dont le chantier s’étale de 1953 à 1955, est réinterprété sous forme une baie insérée dans la face sud de la flèche entièrement évidée (Fig. 56), où les rayons du soleil se reflètent sur le lambris de la face nord (Fig. 57) puis inondent de lumière l’emplacement de l’autel (Fig. 58). « [Il est] voulu que la flèche participe le plus possible à l’atmosphère de l’intérieur de l’église : aussi, par une baie vitrée ménagée sous les abat-sons, un flot de lumière tombe sur le maître-autel fait d’une seule pierre trapézoïdale. Il semble qu’une sorte de communion entre ciel et terre soit ainsi réalisée. [...] Cette vision du sanctuaire illuminé au milieu d’un espace plus sombre, rejoint une grande tradition : celle des tours lanternes qui, depuis l’époque carolingienne avec ses grands clochers de bois, faisait tomber 122 entre nef et chœur la lumière du ciel. »

121

Lebrun (Pierre), Interview de Michel Marot..., op. cit. Eglise Sainte-Agnès. Fontaine-les-Grés Aube. 20 Kms de Troyes. Route de Paris, 1956, Imprimerie Paton, p. 5-6. Archives départementales de l’Aube : HB 1807. Auteur inconnu, texte répété également dans « L’église Sainte-Agnès de Fontaine-les-Grès », La Vie en Champagne, numéro 36, juin 1956, p.12-13. 122

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Eglise Sainte-Agnès / Fontaine-les-Grès (Aube) / Michel Marot (1955-1956)

Fig. 54. Vue d’un angle de l’église. Continuité du bandeau de verre ondulé : aucun élément structurel n’interrompt le bandeau, dématérialisation de l’angle. Source : photo de Roussel (Quentin), Fontaine-les-Grès, 17 mars 2016.

Fig. 55. Vue intérieure de la nef : l’imposante toiture semble léviter au-dessus du soubassement en pierre. L’espace est baigné d’une lumière douce provenant du vitrail. Source : photo de Vilain (Giles), Fontaine-les-Grès-églisest-Agnèscl.G.Vilain 031, Fontaine-les-Grès, 28 juillet 2009.

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Eglise Sainte-Agnès / Fontaine-les-Grès (Aube) / Michel Marot (1955-1956)

Fig. 56. Baie de verre ondulé intégrée à la flèche. Source : photo de Roussel (Quentin), Fontaine-les-Grès, 17 mars 2016.

Fig. 57. Même baie vue de l’intérieur : lanterne éclairant le chœur de l’église. Source : photo de Roussel (Quentin), Fontaine-les-Grès, 17 mars 2016.

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Eglise Sainte-Agnès / Fontaine-les-Grès (Aube) / Michel Marot (1955-1956)

Fig. 58. Chœur de l’église éclairé par la lanterne. Source : photo de Roussel (Quentin), Chœur, Fontaine-les-Grès, 17 mars 2016.

Fig. 59. Chapelle Sainte-Agnès située à l’un des angles de l’église : intégration de l’autel au sous-bassement en pierre, utilisation du poteau triangulaire comme fond. Source : photo de Vilain (Giles), 16-Fontaine-les-Grès-églisest-Agnès-cl.G.Vilain 019, Fontaine-les-Grès, 28 juillet 2009.

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3. Sacralisation d’un matériau ordinaire par Michel Marot et JeanClaude Vignes.

Fig. 60. Macadré (Jean) [ ?], Le festin de Balthazar (Vitrail de l'histoire de Daniel), Photographie d’un vitrail (grisaille rehaussée de jaune d'argent), Troyes, Eglise SaintPantaléon, 1531-1536. http://www.patrimoinehistoire.fr/Patrimoine/Troyes/Troyes-SaintPantaleon.htm.

Pour cette église, Michel Marot souhaite reproduire l’atmosphère créée par le vitrail champenois du XVIème siècle, qui se caractérise par du verre incolore peint « en grisaille et au jaune d’argent »123, comme dans l’église Saint-Pantaléon à Troyes où l’architecte a grandi. Tel ci-dessus illustré. Véronique David, ayant consacré des recherches à la question du vitrail, expose que cette volonté d’inscription dans une tradition locale est toutefois contrebalancée par un désir d’innovation, en excluant le recours à une esthétique et des techniques verrières traditionnelles. Comme il le souligne en 1998, Michel Marot fait le choix du verre ondulé de SaintGobain, afin d’éviter une mise en œuvre longue et coûteuse : « Mon souci de l’économie m’a conduit aussi à utiliser pour les vitraux, du verre ondulé armé. J’en ai acheté une plaque et j’ai réalisé un essai d’émaillage chez un petit entrepreneur qui produisait ce type de globes qui surmontaient les pompes à essence de l’époque. Cependant l’essai [de cuisson dans un petit four d’un mètre cube], satisfaisant pour une plaque, ne le fut plus lorsqu’on essaye d’en produire dix à la fois. Je pris contact avec Saint-Gobain où l’on me déclara que le verre armé casserait [le coefficient de dilatation du verre n’étant pas le même que celui du treillis métallique] et qu’il faudrait utiliser du verre ondulé non armé. Grâce aux frères Arsène-Henry j’appris que Saint-Gobain faisait des essais dans une usine située à proximité de Soissons [la verrerie de Vauxrot située à Cuffies dans l’Aisne]. Je me suis donc rendu dans cette usine où l’on émaillait des bouteilles de bière dans des arches à recuire. Une plaque de verre armé et une autre de verre non armé, disposées sur le tapis roulant entre les bouteilles, sont passées dans le four et n’ont pas cassé. L’essai était donc concluant. Mes relations avec les techniciens de cette usine ont été facilitées lorsque le directeur a su que ces expérimentations étaient destinées à l’église de Fontaine-les-Grès, commune où sa sœur travaillait dans une usine textile. [De 124 toute évidence l’usine Doré-Doré, dont les propriétaires sont les commanditaires de cette église] »

123 David (Véronique), « Les vitraux de l’église Sainte-Agnès de Fontaine-les-Grès (Aube) », La Vie en Champagne, n°55, juillet-septembre 2008, p.59. 124 Lebrun (Pierre), Interview de Michel Marot..., op. cit.

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Eglise Sainte-Agnès / Fontaine-les-Grès (Aube) / Michel Marot (1955-1956)

Fig. 61. Section de la bande de verre ondulé peint par Jean-Claude Vignes : stations du chemin de croix. Source : photo de Roussel (Quentin), Fontaine-les-Grès, 17 mars 2016.

Fig. 62. Vue depuis l’extérieur de la texture du V.O.A. peint : jeu de lumière. Source : photo de Roussel (Quentin), Fontaine-les-Grès, 17 mars 2016.

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L’emploi de ce matériau standardisé issu de l’industrie verrière est inédit dans le domaine religieux : à cette époque, il est encore récent et n’est utilisé que dans les usines et exploitations agricoles. Le détournement de la fonction initiale du produit prend une valeur expérimentale. L’ensemble du vitrage est donc réalisé grâce à des plaques armées 100x80 cm en version ondes moyennes125. Chaque type de baie comporte une méthode spécifique : les plaques formant la baie de la flèche sont brutes, celles du bandeau continu sont peintes. « Comme le procédé s’avérait satisfaisant j’ai donc demandé à un ami de Reims, Jean-Claude Vignes, 126 de me peindre ces vitraux. »

Le peintre, dessinateur et graveur Jean-Claude Vignes (1924-1996), étudie à l’Ecole des Arts Décoratifs à Paris, collabore en 1947 avec Hans Bellmer et côtoie Ellsworth Kelly lorsque ce dernier vit à Paris de 1948 à 1954. Une large part de la production de l’artiste rémois est accordée au dessin. Aussi, il conçoit au cours de sa carrière des tissus et des maquettes de livres ou disques ainsi que plusieurs décors (ballet, théâtre, cinéma).127 Il n’a jamais réalisé de vitraux lorsque Marot le contacte ; cette commande sera d’ailleurs sa seule intervention dans le domaine religieux. Sans réponse, l’architecte décide d’envoyer ses propres dessins à l’artiste : les grandes surfaces peintes en grisaille (du gris au noir) et au jaune d’argent (du jaune à l’orange) sont déjà présentes mais « les compositions, animées de personnages géométrisés sont plus raides et privilégient les lignes droites »128. Cette initiative fait réagir Vignes qui modifie les esquisses selon une esthétique plus simple, proche de l’abstraction. Il dessine des formes rondes et épurées afin d’atténuer le caractère rectiligne de la proposition de Marot qui reposait essentiellement sur le rythme vertical du verre ondulé. L’artiste apporte aération et dynamisme à cette œuvre qu’il signe en 1955. La fresque représente les quatorze stations numérotées du chemin de croix, ainsi qu’une série de saints associés au lieu et à ses habitants : « L’iconographie des verrières est définie par André Doré en lien avec le clergé. De part et d’autre de l’autel se déroulent les stations du chemin de croix rendues par de simples indications graphiques. L’espace restant, en dehors des armoiries de la confrérie des bonnetiers, évoque les saints par leurs attributs : la Vierge avec les lis des champs qui fleurit les Evangiles, sainte Agnès avec la toison de l’agneau stylisée en fond de mailles rappelant que ce pays est celui de la bonneterie, saint Eloi avec l’enclume et la tenaille (Fig. 66), saint Fiacre avec l’arbuste et la bêche. Les saints patrons d’André Doré et de sa femme, Léonie, sont rappelés par la croix en X pour saint André, la tiare et les clés pour saint Léon. La crosse et les trois enfants de la légende de saint Nicolas font allusion au vocable de l’ancienne église. Enfin, dans la sacristie, saint Gobain rappelle l’entreprise qui a rendu possible la réalisation des 129 vitraux. »

125

Type de plaque ne figurant déjà plus dans l’ouvrage recensant les matériaux Saint-Gobain en 1958. Certains profils sont uniquement étudiés ou commercialisés mais rapidement retirés du marché lors de la transition verre ondulé - « VERONDULIT ». Compagnie de SaintGobain, Cadiergues (R.), Saint-Gobain matériaux de construction : verre, fibre de verre, matériaux de synthèse, Paris, R.L. Dupuy, 1958 126 Lebrun (Pierre), Interview de Michel Marot..., op. cit. 127 Association des amis de Jean-Claude Vignes [http://www.jcvignes.com/, consulté le 12/05/2016] ; Champetier (Michelle), Vignes JeanClaude, quelques notes de biographie... [www.mchampetier.com/biographie-Jean-Claude-Vignes.html, consulté le 19/05/2016] 128 David (Véronique), « Les vitraux de l’église... », loc. cit. 129

David (Véronique), « Les vitraux de l’église... », loc. cit.

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Eglise Sainte-Agnès / Fontaine-les-Grès (Aube) / Michel Marot (1955-1956)

Fig. 63. Maquettes du chemin de croix : projet de Marot (en haut) repris par Vignes (en bas). Source : Busson (Blandine) dir., David (Véronique), Une dynastie de peintres verriers. Les Brière à Levallois-Perret, Conseil général des Hauts-de-Seine, 2010, p.14. Archives départementales de l’Aube : BM 1756.

Fig. 64. Diesnis (Andrée), Vierge à l’enfant, 1955.

Fig. 65. Diesnis (Andrée), SaintAntoine de Padoue, 1955.

Fig. 66. Vignes (Jean-Claude), Saint-Eloi, 1955. Photo personnelle, 17/03/2016.

Source 64-65 : Photo Moignard (C.) dans Cartier (Jean-Albert), « Art sacré et modernisme : l’église Sainte-Agnès de Fontaineles-Grès », Jardin des Arts, n°28, février 1957, p. 239.

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Afin de compléter cette iconographie, certains vitraux sont prévus pour servir de fond aux statues de terre cuite émaillée de la sculpteuse Andrée Diesnis (1921-1981) : Christ avec Saint Joseph, Saint Sébastien, Sainte Thérèse, Sainte Agnès (Fig. 59), Vierge à l’Enfant (Fig. 64), Saint Antoine de Padoue (Fig.65). L’artiste, aussi à l’origine des sujets de la crèche, conçoit des icônes d’une « grande simplicité et discrétion de couleur ». Elle estime que « [son] style est totalement indépendant d’une époque [et] qu’il s’intègre aussi bien au Roman qu’à un décor de verre ou d’acier s’il est pur ». Contrairement à Vignes, sa production est essentiellement liée au sacré : notamment avec la fontaine la sacristie de la chapelle de Vence, œuvre de l’architecte Auguste Perret, décorée par Matisse (19491951).130 ƒ FABRICATION DES VITRAUX La technique de production inhabituelle des vitraux s’insère dans une chaîne existante d’émaillage d’étiquettes de bouteilles de bière. La machine se compose d’un tapis roulant d’un mètre de large, déployé sur trente mètres de long, avançant « très lentement dans une arche à recuire où la température varie entre 500 et 800 degrés puis refroidit très progressivement pour éviter les casses à la sorties du four ». Afin de ne pas interrompre cette chaîne industrielle, il est nécessaire d’insérer une plaque de verre ondulé en alternance avec une série de bouteilles disposées en rangs serrés. La fresque de Jean-Claude Vignes est peinte directement sur les plaques ondulées brutes (produites de manière standardisée par Saint-Gobain sur d’autres sites131). Son atelier est installé provisoirement dans une salle voisine du four de la verrerie, afin d’effectuer la cuisson de chacune des 150 plaques constituant les vitraux de l’église Sainte-Agnès. Cette technique expérimentale induit de nombreuses casses : une quinzaine de plaques se fissure lorsqu’un ingénieur décide de cuire séparément bouteilles et plaques (nouvelles conditions modifiant la température du four), une dizaine est cassée en raison du grand froid qui touche le hall du four lors de l’hiver 1955. Certaines plaques fendues seront tout de même posées en vitrail, « sans que l’on ne constate par la suite aucune aggravation de leur état. »132 Il impose de constater l’ambivalence entre industrie et artisanat dans la collaboration réussie d’un architecte et d’un artiste autour de ce que Michel Marot qualifie en 1963 d’une « idée farfelue de vitrail »133. En partant d’une volonté d’économie et de modernité, ils sont parvenus à donner un nouveau sens à un matériau industriel, n’étant pas voué à cet usage, 130

Clinique Saint Dominique, Les sculptures à Saint-Dominique. [Disponible sur le site www.saintdo.com/etablissement/html, consulté le 19/05/2016] 131 Selon Maurice Vergot, les plaques utilisées dans cette église auraient été fabriquées à Lyon. 132 Ce paragraphe et le précédent sont rédigés à partir d’informations issues d’une partie de l’article de Véronique David, partie ellemême basée sur un écrit de Michel Marot. David (Véronique), « Les vitraux de l’église... », loc. cit.,p.62. 133 Marot (Michel), Equerre d’argent 1963, discours, p.1. Centre de documentation DRAC ACAL - Site de Châlons-en-Champagne : Dossier Aube - Fontaine-les-Grès - Eglise Sainte-Agnès / Sous-dossier documentation.

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et à l’intégrer de manière pertinente à l’architecture de cette église. Lorsque l’on se trouve dans le sanctuaire, une lumière douce et dorée émane du bandeau de verre ondulé. Le pourtour de l’église semble comme enveloppé par un fin voile dont les plis reflètent la lumière divine. En ce sens, l’armature métallique du verre est analogue au maillage du tissu et lui donne une esthétique particulière. La finesse et l’élégance de ce tissu procure une ambiance chaleureuse et poétique à ce lieu dédié en partie aux bonnetiers. Le rôle spirituel de la lumière divine est magnifié : la lanterne et le bandeau translucide assurent la protection mystique des fidèles, en créant à la fois un refuge et un lieu de vénération favorable à la prière. Le mariage entre industrie et artisanat traduit le positionnement ambivalent de Michel Marot : tout en cherchant à respecter les traditions et symboles folkloriques de la région, l’architecte qui se défini comme « très rural » avant son Grand Prix de Rome134, aspire à une architecture résolument moderne. Pour Maurice Verjot, cette double quête a permis à l’église d’être « bien acceptée par les habitants » depuis son inauguration en 1956 à nos jours. A ce sujet, Michel Marot déclare en janvier 1957 : « On a essayé de retrouver à l’intérieur, comme à l’extérieur, ces qualités traditionnelles avec des matériaux et des possibilités actuels. Tout cela pour ne pas dépayser les paroissiens. C’est ainsi que l’ossature en fer a remplacé l’ossature en bois. Le mur banché, moellons extérieurs et dalles blanches intérieures, a remplacé le pan de bois blanchi. Le sapin du Nord a pris la place du sapin de pays pour sa teinte claire et le vitrail en verre ondulé armé a remplacé le vitrail en plomb. C’est ainsi que la technique moderne a rendu plus facile de relier le clocher à l’intérieur en lui donnant le rôle de tout 135 lanterne pour éclairer l’autel, etc. »

Les qualités et l’originalité de cette église, lui ont valu l’équerre d’argent 1963 puis son permis son inscription au titre des Monuments Historiques par arrêté préfectoral le 31 mai 2010. Ces qualités ont aussi été reconnues en commission nationale le 14 juin 2010, pourtant son classement a été rejeté en raison de la « grande pauvreté » du décor des vitraux, de la « médiocrité » de la structure métallique, du « manque d’intérêt » du lambris en pin et du porche qui « ne suit plus la logique du plan en triangle ».136 Selon Gilles Vilain, ce projet met en œuvre le verre ondulé d’une manière « qui ne sera plus jamais renouvelée après Fontaine-les-Grès »137. Michel Marot utilisera toutefois de nouveau le verre ondulé armé brut dans l’église Saint Bruno à Troyes (1965). Une réalisation non monumentale et sans clocher, réalisée à partir d’une structure en béton et d’un remplissage en briques. 134

Propos de Michel Marot dans Chaslin (François), « A propos du Grand Paris – Rencontre avec Michel Marot, architecte, Grand prix de Rome 1954 », Métropolitains, émission radiophonique diffusée le 4 mars 2009 à 10h, France Culture, 1h. INA. 135 Marot (Michel), « A la recherche d’un plan », L’Art Sacré, n°5-6, janvier-février 1957, p. 14-15. Médiathèque du Grand Troyes : fonds local CL 4°14661. Qualité traditionnelles des églises et des constructions de la région. 136 Commission nationale des monuments historiques, Fontaine-les-Grès (Aube) : église Sainte-Agnès. Proposition de classement au titre des monuments historiques, Paris, 14 juin 2010, p. 1. Centre de documentation DRAC ACAL - Site de Châlons-en-Champagne. 137 DRAC Champagne-Ardenne, Inscription de l’Eglise de Fontaine-les-Grès. [Disponible sur http://www.culture.gouv.fr/champagneardenne/3documentation/nav2_eglise_fontaine_gres.html, consulté le 2 octobre 2015]

Voir ANNEXE 6 : Interview de Michel Marot par François Chaslin. Voir III. C. 4. : Valeur patrimoniale : inscription de l’église Sainte-Agnès

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C. Bâtiments scolaires – Une standardisation répondant à l’effort constructif d’après-guerre 1. Industrialisation des constructions scolaires françaises. A la suite de la Seconde Guerre Mondiale, les pays industrialisés sont confrontés à un pic de natalité et de fécondité, le fameux « Baby-Boom ». En France, ce phénomène a duré jusqu’au milieu des années 1970138, parallèlement aux gains migratoires importants139. Ce contexte démographique a donc participé à un accroissement significatif de la population140. Afin de réparer les dégradations de la guerre et de faire face à l’augmentation du nombre d’élèves et du taux de scolarisation, il a fallu construire suffisamment de bâtiments scolaires, en volume et en quantité. En raison de la politique des Zones à Urbaniser en Priorité et de son flux démographique continu - des campagnes vers la ville -, les besoins les plus importants sont liés à la construction des grands ensembles et donc de nouvelles écoles. Ainsi « on vota un accroissement des crédits du budget et de l’Equipement de l’Education nationale »141. Cette volonté politique centralisée se concrétisa par un effort constructif qu’encourage l’Etat avec des concours de « prototypes d’écoles préfabriquées [...] dès le début des années 1950. »142 Ce recours aux modèles sur l’ensemble du territoire visait à « réduire le prix de revient de la construction ainsi que les délais de livraison » tout en apportant des « conditions optimales de qualité et d’économie ». En fait, dans un souci d’ « économie maximale », « plus aucune place n’[est] accordée au luxe, seul [est] maintenu l’indispensable,

les

nouveaux

projets

[ne

répondent]

qu’aux

besoins

strictement

143

scolaires »

. Rationalité et fonctionnalisme priment, comme le souligne Michel Lainé :

« Toutes les écoles, ou presque, furent construites sur le même mode : les classes établies sur un ou plusieurs niveaux sont desservies par un long couloir donnant à chaque extrémité sur un escalier. Le choix du terrain se fait essentiellement en fonction des emplacements disponibles, et ceci est 144 particulièrement sensible lorsqu’on se rapproche des années soixante. »

Si cette forme change peu, on observe une expérimentation constructive : « L’emploi de matériaux nouveaux comme le béton armé, les matières plastiques, le développement des nouvelles techniques constructives permettant d’alléger les murs, d’allonger la distance entre les éléments porteurs a permis de mieux maîtriser la pénétration de la lumière naturelle dans les classes, on 145 a éclairci les couleurs, on les a égayées mais la forme de l’école n’a pas changée. »

138 « En France, phénomène qui désigne l’augmentation de la natalité après 1945 et a duré jusqu’au milieu des années 70 » ; INED, Baby boom, définition de l’expression dans le lexique de l’Institut National d’Etudes Démographiques. [Disponible sur https://www.ined.fr/fr/lexique/baby-boom/, consulté le 08/04/2016] 139 En raison d’une faible main d’œuvre « l’Etat et les entrepreneurs ont encouragé l’immigration étrangère, qui s’est intensifiée à la fin des années cinquante. D’autre part, la décolonisation a provoqué l’entrée de près d’un million et demi de rapatriés à partir de 1956. » Daguet (Fabienne), Division enquêtes et études démographies, INSEE, La population de la France – Une croissance sans précédent depuis 1946, INSEE Première, n°444, avril 1996. [Disponible sur http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ip444.pdf, consulté le 08/04/2016] 140 « L’excédent naturel toujours positif et les gains migratoires ont contribué à cette augmentation rapide. » Ibidem. 141 Lainé (Michel), Les constructions scolaires en France, Paris, PUF, 1996, p. 180. Chapitre II « 1945-1970 : construire beaucoup, peu cher, plus beau », « L’effort constructif ». 142 Ibidem, p. 181. 143 Ibidem, p. 176. Chapitre II « 1945-1970 : construire beaucoup, peu cher, plus beau ». 144 Ibidem, p. 183. Chapitre II « 1945-1970 : construire beaucoup, peu cher, plus beau », « L’effort constructif ». 145 Ibidem, p. 191. Chapitre III « Une maison pour l’enfant », « Une technique parfaite au service d’une pédagogie immuable ».

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« Ecole industrialisée » / Chaville (Hauts-de-Seine) / Joseph Belmont et Maurice Silvy (1959)

Fig. 67. Maquette du prototype de Chaville, 1959. Archives de Saint-Gobain : 2 PH 4213.01.

Fig. 68. Chantier : socle béton et ossature métallique terminés. Montage en cours des planchers et de la couverture. Archives de Saint-Gobain : 2 PH 4213.01. Fig. 69. Chantier : montage en cours du « mur-rideau ». Archives de Saint-Gobain : 2 PH 4213.01. Fig. 70. Détail du mur rideau achevé. Source : Le bâtiment et Saint-Gobain, n°2, novembre 1959, p. 10.

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2. L’ « école industrialisée », un modèle issu de la collaboration de Saint-Gobain et de l’Aluminium Français.

C’est dans ce contexte que Saint-Gobain et l’Aluminium Français s’associent afin de concevoir un prototype d’établissement scolaire voué à se répéter sur l’ensemble du territoire français grâce à la standardisation. Le premier exemple d’ « école industrialisée », conçue en 1958 à Chaville, est le fruit de la collaboration entre René Egger, Président de la Commission des Constructions Scolaires, et les architectes Joseph Belmont et Maurice Silvy.146 L’école ouvre ses portes le 15 septembre 1959, alors que ses « dix-huit classes de 8,75 x 7 m répondent exactement aux prescriptions techniques du Ministère de l’Education Nationale [et] permettent à la municipalité de Chaville d’accueillir près de 60 nouveaux élèves ».147 La publication de ce projet dans la revue Le bâtiment et Saint-Gobain dès le mois de novembre, précise l’intérêt de ce modèle voué à être multiplié : « Réalisée dans des conditions de rapidité et d’économie appréciables pour notre budget national, puisque ce prototype entre déjà dans le prix plafond fixé par l’Education Nationale, ce groupe scolaire est appelé à susciter, une fois connu, d’autant plus d’intérêt qu’il doit être suivi dans les mois qui viennent par la construction d’une dizaine d’écoles dans la région parisienne, suivant les mêmes procédés. »

Des photographies prises lors du chantier permettent clairement de discerner les différents éléments qui composent le bâtiment, et les étapes nécessaires à sa construction. « L’école industrialisée » se compose d’un socle en béton armé148 qui accueille le préau et les sanitaires. Il permet d’asseoir le bâtiment sur le terrain. Sur cette plateforme, une ossature métallique constituée de portiques vient s’ancrer : elle permet de larges ouvertures et donc un apport lumineux conséquent dans les salles de classes. La vue générale du bâtiment après le montage de la structure métallique montre les techniques utilisées en plancher et couverture (Fig. 68) : les éléments préfabriqués reposent directement sur l’ossature (béton, bacs aluminium). Une fois cette étape achevée, il est possible d’effectuer le montage des panneaux pleins formant les pignons, des cloisons intérieures et des radiateurs (Fig. 69). Sur cette photographie, des ouvriers sont en train de positionner une section du « mur rideau ». 146

« Un effort d’industrialisation dans les constructions scolaires : l’école de Chaville », Le bâtiment et Saint-Gobain, n°2, novembre 1959, p.4. 147 Ibidem, p.12. 148 « La construction de ce socle s’avéra trop longue et le dressage des portiques et leur fixation difficile. C’est pourquoi dès la seconde école, celle de CHAMBOURCY (Seine-et-Oise), le socle fut supprimé et les poteaux des portiques prolongés jusqu’au sol. Les piliers métalliques apparents dans les préaux furent munis d’un revêtement parechoc en bois jusqu’à 1,70 mètres de hauteur » dans « Développement et évolution des écoles industrialisées », Le bâtiment et SaintGobain, n°7, avril 1962, p.34.

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« Ecole industrialisée » / Chaville (Hauts-de-Seine) / Joseph Belmont et Maurice Silvy (1959)

Fig. 71. Vue générale de l’école en service. Source : Le bâtiment et Saint-Gobain, n°2, novembre 1959, p. 5.

Fig. 72. Extrait de la coupe transversale du prototype. ototype. Deux traitement de la séparation couloir - classe sse : cloison « VERONDULIT » au 3ème étage, fenêtre bandeau au aux autres niveaux. Le bâtiment et Saint-Gobain, n°2, novembre e 1959, p. 10.

Fig. 73. Vue intérieure du couloir du troisième étage : cloison « VERONDULIT » entre les classes et le couloir. Source : Le bâtiment et Saint-Gobain, n°2, novembre 1959, p. 10.

Voir ANNEXE 7 : Coupe de l’école industrialisée de Chaville (1958) et publicité pour le prototype (1960)

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Les éléments préfabriqués du « mur rideau » sont assemblés sur place : la partie ouvrante du vitrage est déjà positionnée mais les autres compartiments sont vides. Dans une publicité parue en 1960 dans Paris-Match, il est indiqué que l’enveloppe de ce modèle se caractérise par un « mur-rideau » composé d’un ensemble de « panneaux préfabriqués en usine [qui] arrivent sur le chantier ‘’fin prêts’’ avec leurs vitrages, leur isolement, leurs revêtements [colorés] »149. Le procédé de mise en œuvre de l’enveloppe aurait donc été amélioré dès le second chantier. Chaque case du mur rideau achevé comporte, de haut en bas, un vitrage fixe, un vitrage coulissant, un vitrage fixe et une partie pleine formant l’allège. Le système de chauffage est positionné derrière ce panneau coloré. Enfin, le dispositif de cloisonnement a la particularité d’être partiellement traité avec une mise en œuvre verticale du « VERONDULIT » : « Les séparations des locaux sont réalisées en panneaux préfabriqués de plâtre avec évidements tubulaires, simples entre classes et couloirs, doubles entre deux classes. Elles comprennent les portes, les placards et les parties hautes vitrées éclairant le couloir central. Au 3ème étage, la partie haute de la séparation classe-couloir est vitrée avec du verre ondulé armé petites ondes (« VERONDULIT type G ») dont un des gros avantages est de supprimer une grande partie de la menuiserie nécessaires aux 150 cloisons vitrées traditionnelles.»

Dans ce modèle, le « VERONDULIT » s’insère verticalement dans le dispositif de cloison qui sépare les salles de classe et la circulation centrale. La translucidité du produit apporte un éclairage naturel en second jour au couloir, alors que les salles périphériques conservent leur intimité. Seules des formes abstraites – de vagues silhouettes ou des couleurs incertaines – sont perceptibles et n’altèrent donc pas la concentration des élèves. De plus, l’ondulation contraste avec la régularité de la cloison et lui apporte dynamisme et épaisseur. On retrouve également l’ondulation dans le traitement du plafond de la circulation centrale réalisé en tôles ondulées aluminium. En raison de sa standardisation et de sa rapidité de pose, le verre ondulé correspond tout à fait aux attentes d’un tel programme qui consiste à appliquer « les procédés de l’industrie à la construction des bâtiments [en répétant] un nombre de fois suffisamment important [des éléments de construction] pour que les prix de revient obtenus par les méthodes industrielles deviennent intéressant »151. Dans le modèle de Chaville, le « VERONDULIT » n’a été appliqué qu’au dernier étage. Pourtant, aucune photographie ne montre les cloisons vitrées de manière classique aux étages précédents. Les publications et la communication qui entourent la réalisation de ce premier prototype, en ce qui concerne l’intérieur de l’édifice, insistent sur la mise en œuvre du « VERONDULIT » comme solution innovante. Ainsi le plan publié dans Le bâtiment et Saint-Gobain est celui du troisième étage qui comporte le verre ondulé. 149

Saint-Gobain et l’Aluminium Français, « Un Jeune métal – ‘’l’aluminium’’, métal des jeunes », Paris-Match, n°563, 23 janvier 1960, p.6-7. Ibidem, p.11. 151 « Un effort d’industrialisation dans les constructions scolaires : l’école de Chaville », Le bâtiment et Saint-Gobain, n°2, novembre 1959, p.9. 150

79


« Ecole industrialisée » / Chaville (Hauts-de-Seine) / Joseph Belmont et Maurice Silvy (1959)

Fig. 74. Plan du prototype de Chaville. Source : Le bâtiment et Saint-Gobain, n°2, novembre 1959, p. 14-15.

80


Il en est de même pour les réalisations ultérieures : les photographies intérieures sont prises de manière à valoriser le mur rideau et les vues vers l’extérieur d’une part et, d’autre part, à montrer la paroi opposée qui se compose de verre ondulé. Il n’est donc pas possible de savoir si ce produit a ensuite été répandu à l’ensemble des cloisons classe-couloir des nouvelles réalisations, ou si une nouvelle fois la communication de Saint-Gobain se limitait aux pièces le mettant en œuvre. Dans tous les cas, il s’agit pour la compagnie de véhiculer une nouvelle image au verre ondulé, de prouver que ses nouveaux usages lui permettent d’intégrer ce type de programme. Il n’est plus seulement question de la rationalité de ce produit, mais également des qualités architecturales et du confort qu’il procure. Saint-Gobain souligne en 1959 que « cette école-prototype répond aux impératifs d’économie et de rapidité des constructions scolaires, tout en apportant les qualités de confort et de durabilité requises. »152. Elle promeut les qualités de ces écoles « adaptables à tout terrain et à tout programme (longueur et nombre d’étages variables) » grâce à leur structure modulaire. Le modèle répond aux besoins de nombreuses communes en fonction de des effectifs : l’école de Corbeille-Essonne est de plain-pied, celle de Chaville comporte 3 étages contre 2 à Chambourcy. Ce prototype polyvalent a été adapté aussi bien en école maternelle et élémentaire, qu’en collège ou lycée. Au moins 20 groupes scolaires ont été réalisés153 : nous pouvons en recenser 4 qui servent encore aujourd’hui d’établissement scolaires. La publicité parue dans Paris-Match affirme même que « ces bâtiments sont immédiatement adaptables à la réalisation rapide de bureaux, hôtels, hôpitaux... »154. Un autre article fait état de la construction effective de laboratoires et maisons de Jeunes.155 ► 3 chemin des écoliers - Chambourcy (Yvelines) / 1959 : école élémentaire la Chataigneraie de 2 étages. Encore occupée. Deuxième modèle construit.

► 15 rue du merle - Noyon (Oise) / C. Charpentier architecte / avant 1962 : école primaire St-Exupéry, 20 classes dont 2 spécialisées. Encore occupée.

Fig. 75. Archives de Saint-Gobain : 2PH 05919

Fig. 76. Le bâtiment et Saint-Gobain, n°7, avril 1962, p. 38.

152

« Sommaire », Le bâtiment et Saint-Gobain, n°2, novembre 1959, p.2. La publicité parue en janvier 1960 dans Paris-Match fait état de « déjà 20 groupes scolaires en construction ». 154 Saint-Gobain et l’Aluminium Français, « Un Jeune métal ... », loc. cit. 155 « Développement et évolution des écoles industrialisées », Le bâtiment et Saint-Gobain, n°7, avril 1962, p.33. 153

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► Rue Charles Guérin - Sens (Yonne) / 1960 : école maternelle et élémentaire Aristide Briand de 2 étages, façade rouge, encore occupée

► Clamart (Hauts-de-Seine) / date inconnue : école.

Fig. 77. Archives de Saint-Gobain : 2 PH 05924

Fig. 78. Archives de Saint-Gobain : 2 PH 684701

► 234 rue Philippe Héron - Villefranche-sur-Saône (Rhône) / 1961-1964 : Cité scolaire Claude Bernard, Collège-Lycée-Internat réparti sur 4 bâtiments allant de 1 à 4 étages, stores intégrés au mur rideau. Encore occupé.

Fig. 79-80-81-82. Archives de Saint-Gobain : 2 PH 3224

82


► Grenoble (Isère) / Marcel Welti architecte / 1959 [?] : 2 étages, façade orange.

► Corbeille-Essonne (Essonne) / 1960 : école maternelle de plain-pied et école primaire de 2 étages.

Fig. 83. Archives de Saint-Gobain : 2 PH 03223

Fig. 86. Archives de Saint-Gobain : 2 PH 05919

Fig. 84. Le bâtiment et Saint-Gobain, n°7, avril 1962, p. 39.

Fig. 87. Archives de Saint-Gobain : 2 PH 05919

Fig. 85. Archives de Saint-Gobain : 2 PH 03223

Fig. 88. Archives de Saint-Gobain : 2 PH 05919

Voir III. C. 3. : Normes actuelles : évolution des « écoles industrialisées »

83


3. Le développement du « Verondulit » dans l’architecture scolaire. Le « VERONDULIT » n’aura pas été incorporé dans la conception d’autres modèlestypes d’établissements scolaires en France : « l’école industrialisée Saint-Gobain – l’Aluminium Français » est le seul exemple d’utilisation systématique et à échelle industrielle pour ce produit verrier. Toutefois, il a pu être utilisé d’autres manières dans des constructions scolaires ne relevant pas du modèle de bâtiment répété. Dans les exemples suivant, le « VERONDULIT » prend parfois une place plus importante que dans le prototype précédent où il se restreignait aux cloisons du dernier étage.

Fig. 89-90. Centre de formation professionnelle, Rouen, 1960. Source : Photo Ellebé. Archives Saint-Gobain 2 PH 04613.

Ainsi, par exemple, le « VERONDULIT » Type G est également appliqué verticalement en 1960 au centre de formation professionnelle de Rouen. Mais il s’agit d’une utilisation en bardage, comme façade des ateliers d’apprentissage. La structure en béton permet l’évidement total de la façade et la mise en œuvre de très grandes surfaces vitrées, à l’origine d’un apport lumineux conséquent. Une partie pleine formant allège, s’aligne à la hauteur des tables et établis. Cela donne la possibilité d’installer des postes de travail contre la façade, mais également des rangements. De plus, le stockage de matériel est effectué sans risque de choc. Une rangée fixe de plaques de verre ondulé prend ensuite place indépendamment de la structure (le verre est positionné à l’avant des poteaux). Enfin, le vide se trouvant entre la plaque ondulée et la dalle béton est traité par du verre transparent, alternant partie fixe et partie ouvrante. La mise en place des ouvrants est nécessaire afin de permettre l’aération des locaux, ce qui est impossible avec le verre ondulé. L’aile des ateliers se distingue fortement des bâtiments voisins par la mise en œuvre de cette façade. (Fig.89) Elle trouve un compromis entre ouverture et fermeture en apportant la lumière dans les ateliers, tout en troublant la perception en raison de sa translucidité.

84


Le collège Pierre Brossolette, réalisé dans les années 1960 rue René Perrochon au Havre, accueillait filles et garçons. Pour autant la mixité n’était pas appliquée, comme en témoigne son architecture de béton et de verre. La cour était initialement divisée en deux, alors que la séparation des genres s’effectuait à la cassure de l’édifice. Le Fig. 91. Traitement de la façade nord, bandeau continu en

collège bénéficiait d’une unité architecturale

verre ondulé.

globale, tout en mettant en avant la nonmixité. Sa typologie était donc une unique barre équitablement pliée en deux. Cette configuration a ensuite facilité la mise en place

de

la

mixité :

le

bâtiment

était

suffisamment grand pour le nombre d’élèves à accueillir, il a simplement fallu retirer la clôture centrale et rendre continu les couloirs, si ce n’était pas le cas. Fig. 92. Couloir éclairé par du « VERONDULIT » Type G appliqué .en bardage vertical, équipé d’un système d’aération.

Les étages se composaient d’une enfilade de classes côté cour, desservies par un unique couloir côté rue. En raison de cette disposition, le traitement des façades était complétement différent. Très ouverte sur l’extérieur, la façade sud se composait des nombreuses parties vitrées, ouvrantes ou fixes, compartimentées par des éléments en

Fig. 93. Traitement de la façade sud donnant sur les deux

béton. La façade nord était striée à chaque

cours. Vitrages fixes et fenêtres centrales basculantes.

niveau

par

un

« VERONDULIT »

bandeau type

G

continu

de

appliqué

en

bardage vertical. Le verre ondulé permettait d’apporter de la lumière tout en rendant presque aveugle cette façade donnant sur le quartier et ses barres de logements collectifs. L’activité à l’intérieur du collège était ainsi dissimulée alors que les salles et les couloirs Fig. 94. Intérieur de la salle de classe traversante : cloison donnant sur le couloir avec une partie haute vitrée. SOURCES : PAGE SUIVANTE.

bénéficiaient

d’un

éclairage

naturel

traversant : un large vitrage transparent était intégré aux cloisons séparant couloir et salles. 85


GEDE

L’édifice a été détruit en 2011156 afin de laisser place à un internat d’excellence accueillant des collégiens et des lycéens. Même si la distribution des classes n’avait pas été modifiée, les vitrages des deux façades avaient été remplacés à des périodes

inconnues.

Différentes

photographies prises avant ou lors du chantier de démolition montrent clairement que les bandeaux côté rue étaient devenues lisses. Le verre ondulé a été remplacé par un verre plat translucide. Fig. 95. Tranche du collège lors du chantier de démolition. Verre remplaçant le V.O.A. toujours en place. Source : photo de Gédé, « Le Havre, ma ville...ci-gît », Chronique Ordinaire, 05/04/201.

[http://gede-de-le-havre.blogspot.fr/2011/07/le-

havre-ma-ville_05.html , consulté le 13/04/2016]

Enfin, un lycée de Reims dispose d’un auvent sur toute sa façade. Il permet d’abriter une circulation longeant l’immense linéaire du bâtiment, ainsi que les bancs intégrés entre les poteaux de la structure béton. Le porte-à-faux donne une légèreté à cet élément qui accentue l’horizontalité et la courbe du lycée. Il s’agit de plaques de « VERONDULIT » Type G incorporées à une Fig. 96. Façade d’un lycée de garçons à Reims en 1959. Archives de Saint-Gobain : 2 PH 04613.

structure métallique légère, alors qu’une gouttière permet de récupérer les eaux de

pluies et les évacuer le long de la façade. Dans cette configuration, le verre translucide apporte une nouvelle esthétique et laisse pénétrer la lumière naturelle dans les locaux du rez-de-chaussée, ce que n’aurait pas permis un matériau opaque. ILLUSTRATIONS PAGE PRECEDENTE - Fig. 91&92 : Lycée Pierre Brossolette au Havre, réalisé par M. Vernot, dans les années 1960, Archives Saint-Gobain : 2 PH 03590. / Fig. 93 : Carte postale des années 1960. [http://gede-de-lehavre.blogspot.fr/2011/07/le-havre-ma-ville_05.html, Le Havre, ma ville... ci-gît] / Fig. 94 : Photo de classe 1963, collège Pierre Brossolette. [http://copainsdavant.linternaute.com/photo/college-pierre-brossolette-college-pierre-brossolette4057921]. 156

« 2011 : En avril, lancement des travaux de démolition du collège Pierre-Brossolette pour construire à sa place un internat dit d’excellence. » http://archives.lehavre.fr/delia-CMS/archives/site/article_id-24197/sstopic_id-/topic_id-759/topic_parent_id757/enseignement.html, Chronologies thématiques : enseignement, Archives municipales du Havre, consultable sur le site archives.lehavre.fr, consulté le 13/04/2016.

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D. Décoration et cloisonnement – Une nouvelle conception des espaces intérieurs

1. Le « Verondulit » comme moyen de « vivre en lumière ».

Comme veut en témoigner les publicités des années 1950, (Cf. Annexe 3) les nouveaux produits verriers de Saint-Gobain entrent dans les logements français. Ces publicités mettent en scène systématiquement une maîtresse de maison qui s’épanouie dans un logis où la « clarté » règne grâce aux différents produits verriers : « verre à vitres, glace à vitres, glace miroir, parois de verre »157. Ainsi, la porte standardisée translucide « CLARIT » peut être « à la fois ouverte à la lumière et fermée aux indiscrets ». Ce modèle de porte est le produit phare de la « nouvelle technique des ‘’TRANSPAROIS’’ : isoler sans obscurcir, diviser le volume spatial sans diminuer le volume visuel »158. Même si le verre ondulé n’est pas cité directement dans ces deux publicités, il peut tout à fait répondre à ces attentes. Ainsi, la publicité parue le 15 mars 1958 dans Paris Match inclue nommément le verre ondulé et les briques de verre dans la catégorie des « TRANSPAROIS » : ces matériaux permettent « d’améliorer ainsi votre intérieur » en créant « deux pièces dans une et [en divisant] le volume sans cloisonner la lumière »159. Une autre publicité de Saint-Gobain affirme : « ‘’L’architecture du renfermé’’ a fait son temps. Les parois opaques (murs ou cloisons) font place, de 160 plus en plus, grâce aux produits verriers, à des surfaces transparentes ou translucides. »

Le « VERONDULIT » est donc ouvertement positionné par Saint-Gobain comme un matériau du progrès, apportant un maximum de confort aux habitants d’un logement. Cela induit une nouvelle conception du logement pour qu’il soit baigné de lumière naturelle. Les deux exemples trouvés de logements comportant des parois en « VERONDULIT » se contentent d’une fonction qualifiée de « décorative » comme paravent ou cloison dans le séjour. On trouve aussi des exemples de balcons dont le garde-corps est habillé horizontalement par des plaques de verre ondulé. Alors que les premières brochures dédiées à la fonction décorative du verre ondulé évoquent des mises en œuvre des types A et G, Saint-Gobain commercialise à partir de 1953 un profil non armé spécialement conçu pour le type d’usage : le type I. 157

Saint-Gobain, « Clarté », publicité dans Architecture Française, n°157-158, 1955. Saint-Gobain, « Clarit », publicité dans Architecture Française, n°153-154, 1955. 159 Saint-Gobain, « Bonjour lumière ! », publicité dans Paris Match, 15/03/1958, p. 76. Archives personnelles de M. Daniel Flament. 160 Saint-Gobain, « Pour voir plus clair... », publicité dans Paris Match, 14/06/1958, p. 10. Archives personnelles de M. Daniel Flament. 158

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Fonction décorative du verre ondulé dans le logement

Fig. 97. Delaporte, paravent V.O. type A, logement, 1953. Photo Griori Zaouine. Archives (SGV HIST 00004 / 015).

Fig. 98. Chevrier, cloison V.O. type I, logement, années 1950. Archives (SGV HIST 00071 / 010).

Fig. 99. Garde-corps Type G, logement, Paris. Cadiergues (R.), Saint-Gobain matériaux de construction, 1958, p.222.

Fig. 100. Cloison living-room ; cloison cuisine-séjour (studio), 1955. Archives (SGV HIST 00071 / 010).

Fig. 101. Garde-corps V.O. type G, logement, 1953. Archives (SGV HIST 00004 / 015).

Fig. 102. Garde-corps V.O. type A, logement, 1953. Archives (SGV HIST 00004 / 015).

88


Cloisonnement translucide de bureaux ou lieux administratifs

Fig.103. Durand, Mairie de Rodez, 1955. Cloison type I. Archives (SGV 00015 / 010).

Fig.104. Grossmann (Willy), Miroiterie Danwolf, Strasbourg, 1955. Cloison type I. Archives (SGV 00015 / 010).

Fig.105. Salle d’attente, années 1950-1960. Cloison type I. Archives (2 PH 04582).

Fig.106. Bureaux, années 1950-1960. Cloison type I. Archives (2 PH 04582).

Fig.107. 108. Bureaux, années 1950-1960. Cloison type I. Archives ives (2 PH 04582).

Fig.109. Bureaux, années 1950-60. Cloison type I. Archives (2 PH 04582).

Fig.110. Berst, Banque Asch, Strasbourg, 1955. Cloison V.O. Type I. Photo Carabin. Archives (SGV HIST 00071 / 010). Fig. 111. Bureau, 1955. Cloison V.O. Type I. Photo Papillon. Archives (SGV HIST 00071 / 010).

89


Architecture commerciale : vitrines

Fig.112. Serieys, Magasin Au fil d’or à Mâcon, 1953. Dispositif d’éclairage couvert de V.O. Type A. Photo Perreault. Archives (SGV HIST 00004 / 015).

Fig.113. Pruvost, Magasin Vogue bas, Rouen, 1953. Dispositif d’éclairage couvert de V.O. Type I. Photo Ellebe. Archives (SGV HIST 00071 / 010).

Fig.114. Tomas-Berlow, Magasin, 1953. Dispositif d’éclairage couvert de V.O. Type I. Photo Papillon. Archives (UF 00337). Coulon René André (Préfacier) et Centre De Documentation Saint-Gobain (Collectivité Auteurs), Eclairage naturel et isolation : le matériau verre au service du bâtiment, Paris : R.L. Dupuy, 1953, p. 155.

Fig.115. Magasin, 30 rue Richelieu à Tours, années 1950. Bande de V.O. Type A ou I. Source : Vue Google Street View (mai 2015) consulté en mai 2016.

90


2. Le « Verondulit » comme nouveau dispositif de cloisonnement.

En raison du peu de documents trouvés, il n’est pas possible de savoir si l’usage domestique du « VERONDULIT » s’est développé au cours des années 1950 et 1960. Le caractère privé et la faible échelle de ces projets individuels restreint les recherches. En revanche, il est certain que Saint-Gobain a cherché a développé la fonction de cloisonnement translucide dans le cadre d’un programme nécessitant de nombreuses séparations : les immeubles de bureaux. Des plaquettes publicitaires sont spécialement éditées à cet effet (Cf. Annexe 3) : il s’agit de convaincre les entreprises, administrations publiques et architectes de mettre en œuvre des espaces de travail éclairés par une lumière naturelle abondante. Le verre ondulé, tout en donnant une image moderne aux espaces intérieurs, permet notamment d’éclairer les couloirs en second jour. A la manière des « écoles industrialisées », qui apparaitront en 1958, ces premières réalisations visent à éclairer des espaces de circulation habituellement plongés dans la pénombre. (Fig. 107-108-109) A l’inverse, le verre ondulé peut aussi permettre d’éclairer en second jour un local ne disposant pas d’ouverture sur l’extérieur. (Fig. 105)

3. Le « Verondulit » et l’éclairage artificiel, vecteurs de nouvelles ambiances.

L’architecture commerciale va aussi être une débouchée importante pour le verre ondulé décoratif. Dans ces programmes, le « VERONDULIT » ne sert pas à éclairer naturellement des espaces de vente, mais devient un dispositif de diffusion de lumière artificielle. Ainsi, une nouvelle typologie de vitrine semble émerger : elle comporte en partie haute un bandeau de verre ondulé rétroéclairé. De nuit, le bandeau ondulé s’illumine et fait ressortir les lettres de l’enseigne. (Fig. 112 & 113). Par un dispositif similaire, on retrouve également des intérieurs dont les murs sont habillés de panneaux de verre, derrière lesquels sont installé des néons. Enfin, on trouve des exemples inédits de mise en œuvre horizontale du verre ondulé : sur le même principe, il permet de créer des plafonds lumineux pour des espaces de bureaux. Le verre ondulé aurait même été détourné pour créer différents types de luminaires.

91


Architecture commerciale : intérieurs

Fig.116. Magasin de vêtements, années 1950-1960. Habillage mural V.O. type I. Archives (2 PH 04582).

Fig.118. Magasin de vêtements, années 1950-1960. Présentoir V.O. type I. Archives (2 PH 04582). ►

Fig.117.Valois, restaurant 1953. Habillage mural V.O. type A (SGVHIST00004/ 015).

Fig.119.Coiffeur années 1950 - 1960. Habillage V.O.type I. Archives 2 PH 04582

Dispositifs d’éclairage horizontaux

Fig. 120. Beaudoin, residence universitaire, Antony. Sous plafond V.O. Type G, 1955. Archives (SGVHIST 00071 / 010). Fig. 121. Emploi du V.O. en luminaire (plafonnier ou applique) Fig. 122. C Magasin Paris, 1955. Sous-plafond V.O. Type I. Archives (SGVHIST 00071 / 010). Fig. 123. Bloc luminaire muni de V.O. Type G, 1953. Fig. 121&123. UF 00337. Coulon René André (Préfacier) et Centre De Documentation Saint-Gobain (Collectivité Auteurs), Eclairage naturel et isolation : le matériau verre au service du bâtiment, Paris, Dupuy, 1953, p. 264-265.

92


III. UN MATERIAU CONFRONTE A UNE FEROCE CONCURRENCE A. Emergence de produits alternatifs dans les années 1960 1. Modernité des panneaux plastiques ondulés. Les matières plastiques correspondent particulièrement bien à l’industrialisation grâce à leur malléabilité qui permet de donner toute forme voulue grâce aux moules. Ce mode de fabrication permet, très rapidement et à moindre coût, de multiplier à l’infini le modèle voulu. C’est pourquoi l’utilisation des matières plastiques a été très vite adoptée comme un matériau d’architecture pour les composants du second œuvre : principalement en panneaux de façade ou de toiture. Sur le modèle des plaques de verre ondulé, des panneaux similaires en matières plastiques émergent dans les années 1950 et prennent leur essor dans les années 1960. Ces plaques sont produites par une multitude d’entreprises aux domaines variés : fabricant d’amiante-ciment (Eternit), fabricant de produits en matières plastiques (Onduline), fabricant de verre textile, verreries et leurs filiales de l’industrie des plastiques (Blanc-Misseron et Saint-Gobain). Il est donc intéressant de constater que la diversification des firmes verrières, amenées naturellement vers la chimie et le développement de matières de synthèse, crée une concurrence interne entre des produits similaires. Saint-Gobain fabrique à la fois le « VERONDULIT » et des plaques ondulées translucides en stratifié polyester – fibre de verre à travers sa filiale « FILON S.G.V. » qui se vante d’avoir « la plus importante production mondiale » dans une publicité de 1965. Une place aussi importante que le verre ondulé est donc accordée à ces plaques dans l’ouvrage de 1958 Saint-Gobain matériaux de construction : verre, fibre de verre, matériaux de synthèse161. De la même manière, les verreries de Blanc-Misseron commercialisent dans des quantités beaucoup moins conséquentes un modèle de verre ondulé « ONDULEX » mais aussi un équivalent plastiques « FIBRALEX ». Le plastique, comme symbole de la modernité des trente glorieuses, est reconnu pour sa grande légèreté qui induit des qualités indéniables face au verre : faible coût de production, facilité de manutention et mise en œuvre, sous-dimensionnement des éléments structurels (atout économique). Il est possible de percer ou redécouper des plaques directement sur chantier et sa résistance aux chocs diminue le risque de casse lors du transport ou de son usage habituel. Enfin, les industriels parviennent à mettre au point des plaques avec un large panel de coloris et des profils variés : ondes, nervures, escalier...

161

Compagnie de Saint-Gobain, Cadiergues (R.), Saint-Gobain matériaux de construction : verre, fibre de verre, matériaux de synthèse, Paris, R.L. Dupuy, 1958, 339 p.

93


Comme le verre, « un certain nombre de polymères sont, ou peuvent être rendus, transparents ou translucides ; le Plexiglas est même plus transparent que le verre »162. Les matières plastiques peuvent donc véhiculer la lumière naturelle vers l’intérieur de jour, et la lumière artificielle vers l’extérieur de nuit. Leur faible conductivité thermique les rend isolant. En revanche, les panneaux plastiques ont tendance à perdre cette caractéristique translucide ou transparente au fil du temps. Les agressions naturelles et environnementales ont tendance à jaunir le plastique pourtant incolore d’origine. De plus, cette matière se raye très facilement et a tendance à accumuler les poussières. Avec des caractéristiques techniques souvent comparables, le plastique est ainsi préféré au métal ou au verre. 1 - 1953

3 - 1955

162

4 - 1955

2 - 1958

5 - 1960

Caille (Jean-François), « Détails, matériaux plastiques », AMC, n°125, mai 2002, p. 80.

94


6 - 1960

7 - 1960

8 - 1961

9 - 1960

10 - 1961

11 - 1965

12 - 1961

13 - 1964

14 - 1969

95


15 - 1965

Fig. 124. Deux types de panneaux plastiques translucides ou transparents altérés, incorporés à une couverture en amiante-ciment. Toiture d’un atelier vue depuis les remparts, Montreuil-sur-Mer (Pas-deCalais). Source : photo de Roussel (Quentin), 14/10/2015.

96


1- ALSTHOM : PLEXIGLOS “O” Plaque translucide en plexiglas (petites et grandes ondes). Entreprise existe encore mais ne fabrique plus ce produit (devenue ALSTOM). Publicité : Architecture Française, n°133-134, 1953.

2- S.A.P.I.B.A. : STRATIVER Plaque translucide incolore ou teintée en stratifié de verre (plane, petites-grandes ondes). Entreprise existe encore mais ne fabrique plus ce produit. Spécialiste du verre synthétique à Boves dans la Somme. Publicité : Architecture Française, n°183-184, 1958.

3- ONDULINE : ONDUCLAIR Plaque translucide en stratifié polyester - fibre de verre (plane, petites-grandes ondes). Onduline fabrique encore ce produit dans l’usine de Wasquehal dans le Nord. Publicité : Architecture Française, n°151, 1955.

4- SOCIETE DES PLASTIQUES DU SUD-EST : MARCOLITE Plaque translucide ou opaque, incolore ou teintée, en polyester renforcée (plane, petitesgrandes ondes). Produit et entreprise ayant disparu. Publicité : Architecture Française, n°155-156, 1955.

5- SOCIETE DU VERRE TEXTILE Plaque translucide renforcée au verre textile (petites-grandes ondes). Produit et entreprise ayant disparu. Publicité : Architecture Française, 1960.

6-7- ETS GOUTTE-TOQUET : MAXILUX Lanterneau translucide autoportant en polyester stratifié. Produit et entreprise ayant disparu. Publicités : Architecture Française, n° 213, 1960.

8- SOLVAY & CIE Plaque translucide ou opaque, incolore ou teintée, en chlorure de polyvinyle (onde ou créneau). Entreprise existe encore mais ne fabrique plus ce produit. Publicités : Architecture Française, 1961.

9-10-11- FILON S.G.V. : SHED-LIGHT Plaque translucide en polyester nylon renforcé – fibre de verre (escalier, petites-grandes ondes). Filiale de Saint-Gobain ayant disparu sous cette forme. Publicités : Architecture Française, n°213 – 1960, 1961, 1965.

12-13-14- VERRERIES DE BLANC-MISSERON : FIBRALEX, FIBRALEX EXTRA Plaque translucide, incolore ou teintée, en polyester stratifié (plane, nervure, petites-moyennesgrandes ondes). Version EXTRA maintient la translucidité au vieillissement. Produit et

entreprise ayant disparu. Publicités : Architecture Française, 1961, 1964, n°317 – 1969.

15- ETERNIT : CLAIRFLEX Plaque translucide en polyester (petite ou grande onde). Produit encore vendu sous la même marque et le même nom. Publicités : Architecture d’Aujourd’hui, n°121, 1965.

97


Fig. 125. Glaces de Boussois, « PROFILIT », publicité, 1964. Source : L’architecture française, n°267-268, novembre-décembre 1964.

Fig. 126. Eldin (Pierre), façade sud du centre social du centre-ville, Villeneuve d’Ascq (Nord), 19731976. Relation entre chaussées hautes et basses de la Ville Nouvelle. Source : photo de Roussel (Quentin), 14 mai 2016.

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2. Nouvelle esthétique du verre « Profilit ».

ƒ NOUVEAU PRODUIT VERRIER En 1963, les Glaces de Boussois lancent la commercialisation du « PROFILIT » : un module de verre standardisé dont le profil en « U » permet la constitution de parois de grande hauteur par emboîtement successif. Dans l’étude commandée par Saint-Gobain à l’office technique des matériaux verriers (TECMAVER) en juin 1966, sur la distribution et l’emploi du verre ondulé armé, le « PROFILIT » est considéré, au même titre que le verre plan, comme un grand concurrent du « VERONDULIT » dans ses fonctions de décoration et de paroi verticale.163 Le marché s’accroit rapidement pour le « PROFILIT » au cours de cette décennie. Au détriment du « VERONDULIT », le « PROFILIT » est plus léger et peut être fabriqué en grandes longueurs. Saint-Gobain limite à 3 m la longueur d’une plaque de verre ondulé pour des raisons techniques liées à la fabrication, à la manutention et à la résistance mécanique du produit. En comparaison, un courrier interne cite des longueurs standard de 3,50 m - 5 m - 7 m pour le « PROFILIT ».164 En revanche, la faible largeur des éléments « PROFILIT » (26,2 cm) induit un plus grand nombre de joints et augmente donc les risques de mauvaise étanchéité. ƒ CENTRE SOCIAL DU CENTRE-VILLE, VILLENEUVE D’ASCQ (1973-1976) Dans le cadre de la construction de la Ville Nouvelle de Lille-Est, l’EPALE décide d’implanter un centre social à la limite nord du quartier Hôtel-de-Ville, le long de la voie ferrée Lille-Tournai, afin qu’il soit aussi dédié aux habitants du quartier Pont-de-Bois. L’architecte Pierre Eldin conçoit un bâtiment connecté aux deux niveaux de circulation de Villeneuve d’Ascq. La chaussée basse (transports en commun et véhicules) donne accès à deux locaux de mouvements pour un total de 200 m² : des salles municipales « mises à disposition des associations, groupements, familles pour les manifestations et les plus diverses, soit gratuitement, soit en location, de manière périodique ou au coup par coup »165.

163

TECMAVER, Le verre ondulé armé - distribution et emploi, juin 1966, p.30. Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 00007/031. 164 Etievant (J.P.), Division glaces – Services commerciaux – Section produits, Ridover, 10/11/1966, p. 1. Archives de SaintGobain : SGV 00005/015. 165 Compte-rendu de la réunion ‘’locaux de mouvement’’ du 24 juin 1975, p. 1. Archives municipales de Villeneuve d’Ascq : 131 13 E 91 - Dossier des correspondances.

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Centre social du centre-ville / Villeneuve d’Ascq (Nord) / Pierre Eldin (1973-1976)

Fig. 127. Façade ouest. Remplissage de la façade avec du « PROFILIT » en rezde-chaussée et au premier étage. Source : photo de Roussel (Quentin), 14 mai 2016.

Fig. 128. Façade est. La translucidité du « PROFILIT » suggère l’intérieur de l’espace : installation du système de chauffage le long de la façade de verre. Source : photo de Roussel (Quentin), 14 mai 2016.

Fig. 129. Intérieur du centre. Vue d’une salle au R+1 côté est. Le « PROFILIT » procure une lumière douce à la pièce, il n’y a pas de rapport visuel entre intérieur ou extérieur. Source : photo de Roussel (Quentin), 14 mai 2016.

100


La chaussée haute (piétons) donne accès aux deux niveaux du centre social de 483 m². Le projet intègre la passerelle de franchissement des différents axes de circulation et permet de connecter la ville haute à la ville basse grâce à une rampe et un escalier extérieurs. Les deux programmes accueillent leurs premier usagers à la rentrée scolaire 1976. L’avant-projet signé par Pierre Eldin le 15 novembre 1973 prévoit la mise en œuvre de fenêtres type ouvrant à la française, « sauf au niveau des locaux de mouvements dont les baies sont traitées en dormants ‘’PROIFILIT’’ avec châssis ouvrants à soufflet en partie supérieure. » 166 Le projet final se compose d’un volume blanc, situé à hauteur de la chaussée haute. Sous ce niveau posé sur pilotis, un second volume s’insère en retrait de la périphérie du projet. Côté voie ferrée et rue, les façades identiques se composent d’un parement de briques occultant les locaux de mouvement et formant l’allège du bandeau de fenêtres du centre social. Le remplissage des façades est et ouest est entièrement effectué en « PROFILIT » sans avoir recours à des châssis ouvrants en partie supérieure. Ces profils se déploient du sol au plafond afin de former des murs de verre translucide, d’une superficie totale de 107 m², permettant l’apport abondant d’une lumière douce dans les locaux.167

Fig. 130. Eldin (Pierre), Façade ouest du centre social

du

centre-ville,

Villeneuve

d’Ascq,

13/11/1974. Remplissage « PROFILIT » au rez-de-chaussée et au premier étage du bâtiment. Chaque étage profite d’un accès

extérieur

par

un

système de passerelle et escaliers extérieurs. Source :

Archives

municipales de Villeneuve d’Ascq : 130 13 EP 90 Dossier de remise.

166

Eldin (Pierre), « devis descriptif », E.P.A.L.E. Centre-ville. Centre social. Locaux de mouvements. 15/11/1973, p. 3. Archives municipales de Villeneuve d’Ascq : 131 13 E 91 - Dossier demande de subvention. 167 Lot n°7, partie vitrerie effectuée par l’entreprise Gadeyne à Villeneuve d’Ascq. Eléments en double parois posés dans châssis métallique, bande fibre comprimée et masticage par mastic souple. Profil PVC A8 pour joints verticaux. Eldin (Pierre), E.P.A.L.E. Centre-ville. Centre social & locaux de mouvements. Devis descriptif - quantitatif, novembre-décembre 1974, p. 38.

101


B. Evolution du « Verondulit » face à cette nouvelle concurrence 1. Un développement hésitant à partir de 1961, nouveau profil ou nouveau produit ? « ‘’Cela vaut-il la peine de faire un effort en faveur du verre ondulé en couverture ?’’ [...] Il est certain qu’un jour viendra où les plastiques auront surmonté leurs inconvénients actuels, qui sont leur mauvais vieillissement et leur danger au feu. Combien de temps leur faudra-t-il ? 5, 10, 20 ans ou plus ? Nous n’en avons aucune idée, mais ce jour-là, leur concurrence sera redoutable, et il serait dangereux d’envisager une action en supposant que le V.O.A. subsistera le jour où les plastiques seront 168 parfaits. »

Dans les années 1960, le « VERONDULIT » doit se relancer afin de concurrencer les produits similaires plastiques, encore défectueux mais adaptés aux mêmes domaines d’application. Dans ce rapport interne, Saint-Gobain semble reconnaître que la bataille du matériau translucide de couverture est perdue d’avance sur le long terme. En revanche, l’essor du « PROFLIT » dans le domaine du bardage semble constituer un renouveau de la façade en verre translucide. La compagnie tente de résoudre ce problème de double concurrence en lançant dès 1961 un long processus de développement d’un nouveau produit. Il s’agit dans un premier temps de compléter les types existants avec un autre profil (armé ou non) comme celui dit « marche d’escalier » qui ne se raccorde pas avec d’autres matériaux opaques. Des débats internes apparaissent, remettant en cause la pertinence de ces recherches : l’utilisateur ne semble pas être « à même de tirer certains avantages propres à entrainer l’emploi de ce profil [...] et relancer nos ventes de Verre Ondulé »169. Ces détracteurs préfèrent que SaintGobain se tourne vers un profil trapézoïdal qui pourrait « redonner une nouvelle jeunesse aux grandes ondes et, peut-être lutter efficacement contre le PROFILIT »170, d’autres évoquent même un raccord possible avec ce futur concurrent qui est un succès à l’étranger. Il s’agit donc de se démarquer fortement du « VERONDULIT » en renonçant à la forme sinusoïdale « devenue banale ». Il est ainsi décidé fin 1962 d’offrir au moment où le « PROFILIT » sera commercialisé « un élément présentant les mêmes avantages décoratifs tout en ayant une largeur unitaire plus grande et un pouvoir attractif aussi grand sur les

168

Rapport sur l’emploi du verre ondulé armé dans le bâtiment, à la suite d’une étude effectuée par TECMAVER pour la Compagnie de Saint-Gobain. TECMAVER (office technique des matériaux verriers), Le verre ondulé armé – Distribution et emploi, Paris, juin 1966, p. 55. Chapitre IV « Conclusions ». Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 0007 / 031 « VO Armés 1957 - 1972 ». 169 Poncet (N.), Entrepôt régional des manufactures de glaces de Saint-Gobain et de Boussois, Verre Ondulé nouveau profil, 27 avril 1962. Lettre adressée aux services commerciaux de la division glaces de Saint-Gobain. Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 00003 / 005. 170 CHEVENARD ( J.), Service commercial sud – division glaces, Verre ondulé nouveau profil, 20 avril 1962. Lettre adressée à un interlocuteur de ce même service. Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 00003 / 005.

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prescripteurs »171. Parallèlement il est prévu de modifier les verres ondulés existant en gommant « ce qu’ils ont d’un peu ‘’industriel’’, c’est-à-dire substituer aux verres actuels des verres de même onde, mais avec un dessin inférieur autre que les stries et éventuellement un autre type d’armature »172 En fonction de ce positionnement, de nouvelles consultations internes ont lieu début 1963 puis une étude de marché est effectuée en décembre afin de consulter et sonder les clients potentiels. Différents profils sont proposés lors de cette étude mais selon l’avis général de trop grandes similitudes persistent avec le « VERONDULIT »173 : il faut réussir à concevoir un matériau ayant « une portée et un module d’inertie lui permettant de grandes hauteurs d’utilisation d’un seul tenant »174 afin de se rapproche davantage du « PROFILIT ». Saint-Gobain décide de suivre ces opinions et les ingénieurs aboutissent en 1965 au dépôt du dessin du « RIDOVER », un nom qui se démarque du verre ondulé et témoigne de son application verticale. Chaque plaque comporte une « armature linéaire parallèle aux nervures constituée par 33 fils environ espacés approximativement de 26 mm »175.

Fig. 131. Propositions de nouveaux profils de verre ondulé. Source : Division Glaces / Services commerciaux S.C.A.E.I. / Section technique & industrialisation, Etude ‘’nouveau profil pour Verondulit’’, 28 décembre 1962, p. 1. Archives de SaintGobain : SGV HIST 00003 / 005.

171

Division Glaces - Services commerciaux S.C.A.E.I. - Section technique & industrialisation, Etude ‘’nouveau profil pour Verondulit’’, 28 décembre 1962, p. 1. Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 00003/005. 172 Rolland (G.), Constructions & aménagements – Division Glaces, VERONDULIT nouveau profil, 16 mai 1962. Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 00003 / 005. 173 Division glaces - Services commerciaux, Enquête verre ondulé non armé, 18 décembre 1963. Archives de Saint-Gobain : SGV 0005 / 015. 174 Destrez (P.), S.C.R. Est-Nancy, Profil Verondulit, 14 janvier 1963. Lettre envoyée à la aux services commerciaux de la division glaces de Saint-Gobain. Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 00003/005. 175 Saint-Gobain – Division vitrage – Groupe commercialisation « Etudes de marchés », Etude RIDOVER 1970 (synthèse), Septembre-Novembre 1970, p. 2. Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 00049/005.

103


Fig. 132. Saint-Gobain, Ridover, publicité, 1968. Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 00049/005.

Fig. 133. Compagnie de Saint-Gobain, D.G. E.M. Développement, Ridover, Neuilly, 1/12/1966. Profil et plan d’un panneau « RIDOVER ». Archives de Saint-Gobain : SGV 00005/015.

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2. Naissance et échec commercial du « Ridover » : 1968-1970. Le « RIDOVER » n’est mis à disposition des clients qu’en janvier 1968, plus de quatre ans après le « PROFILIT ». En juin 1970, seulement dix chantiers d’une certaine importance utilisant ce nouveau produit sont en cours ou terminés176. L’architecte JeanPierre Sevaistre est à l’origine de la réalisation emblématique de cette série de chantiers : l’usine d’incinération du Val d’Eauplet III mise en service en 1970 à Rouen. Le remplissage de la façade principale de cette installation industrielle haute de 35 mètres est effectué grâce à un bardage de 1 600 m² de « RIDOVER ». Le projet est publié à deux reprises dans la revue Le courrier du verre, afin de vanter les mérites de ce « véritable rideau de lumière »177. Le programme nécessitait le choix d’un matériau « qui laisse passer la lumière naturelle, qui ait [...], une matière, c’est-à-dire un aspect de surface permettant de dissimuler la machinerie peu esthétique d’une usine d’incinération et [...], qui soit le moins cher possible. »178 Selon cette même source, l’architecte a opté pour le « RIDOVER » en raison de sa facilité de pose qui « permet une économie importante de mastic ». Mais les archives de Saint-Gobain font état « des problèmes de pose et de casse qui ont donné lieu à plusieurs remplacements » de ce produit qui « permettait d’avoir une façade unie atténuant l’effet boîte de la construction »179. Le bâtiment est désaffecté en 2000, alors que des photographies de Thomas Boivin le montre à l’abandon fin 2008, peu avant sa destruction.180 Le « RIDOVER » est retiré des ventes cette même année 1970 : le produit, devant remplacer à terme le verre ondulé, est un échec commercial face au succès du « PROFILIT » (ventes 1969 : 6.000 m² contre 79.000 m²). Un rapport interne très sévère montre que le produit n’était pas techniquement au point et que les potentiels clients ne savaient pas vraiment à quoi il servait en raison d’informations trop floues (entre le « PROFILIT » de bardage et le « VERONDULIT » de cloison, sans possibilité de se raccorder à un profil existant).181 Surtout, la technique du verre coulé ne permettait que la production de plaques au format similaire au verre ondulé : 1 m de large pour 1,5 - 2 - 2,5 - 3 m de long182 contre une longueur allant jusqu’à 7 m pour le produit concurrent. Voir ANNEXE 8 : Statistiques de vente 176

Saint-Gobain – Division vitrage – Groupe commercialisation « Etudes de marchés », Etude RIDOVER 1970 (synthèse), SeptembreNovembre 1970, p. 18. Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 00049/005. 177 Le courrier du verre, n°15, juin 1970, p.9-10. ; Le courrier du verre, n°13, novembre 1969, p.22-23. 178 Ibidem, n°15. 179 Etude RIDOVER 1970 (synthèse), op. cit. 180 Boivin (Thomas), Usine d’incinération du Val d’Eauplet, mis en ligne le 8 décembre 2008. [Disponible sur http://www.thomasboivin.fr/2008/12/02/usine-dincineration-du-val-deauplet/, consulté en octobre 2015] 181 « Etude destinée à ‘’faire le point de la situation du RIDOVER’’, pour répondre à la question : ‘’pourquoi le RIDOVER est-il mal accueilli ?’’ ». Etude RIDOVER 1970 (synthèse), op. cit. 182 Boé (M.), Division glaces - Section produits - Groupe technique, Verondulit type N.P. ‘’Ridover’’, 11 mai 1965, p. 1. Archives de SaintGobain : SGV HIST 00005/015.

105


Usine d’incinération du Val d’Eauplet III / Rouen (Seine-Maritime) / Jean-Pierre Sevaistre (1970)

Fig. 134. Vue extérieure du bardage de « RIDOVER ». Source : Le courrier du verre, n°15, juin 1970, p.10. Fig. 135. Vue extérieure du bardage de « RIDOVER ». Source : Le courrier du verre, n°15, juin 1970, p.9.

Fig. 136. Vue intérieure du bardage de « RIDOVER » en cours de montage. Source : Le courrier du verre, n°13, 11/1969, p.23. Fig. 137. Vue extérieure de l’usine désaffectée. Source : Boivin (Thomas), Usine d’incinération du Val d’Eauplet, 8 décembre 2008. [http ://www.thomas-boivin.fr/2008/12/02/usine-dincineration-du-val-deauplet/, consulté en octobre 2015]

106


3. La fin annoncée et progressive du « Verondulit ».

Dans

le

même

temps,

de

légères

modifications

seront

opérées

sur

le

« VERONDULIT » traditionnel : baisse des prix, commercialisation de plaques percées afin de ne plus utiliser de crochets d’attaches spécifiques. Ces aménagements vont permettre un léger redressement des ventes qui néanmoins ne s’inscrira pas dans la durée.

Les différentes archives consultées confirment la première hypothèse selon laquelle ce produit verrier a souffert de la concurrence des produits plastiques similaires : il a été privé « du développement auquel il pouvait prétendre »183. Mais ces écrits témoignent aussi d’une image négative du produit liée à son esthétique industrielle, sa grande fragilité, son poids important (25 kg verre contre 3,5 à 4 kg plastique pour une plaque de 1,52 m), et sa mise en œuvre complexe qui nécessite « autour d’une demi-heure par mètre carré, soit environ [...] deux fois à deux fois et demie ceux du polyester »184. La « différence importante de prix de revient entre celui-ci et les produits concurrents »185 est également un facteur de dissuasion. Enfin, certains lui reprochent autant « les déperditions calorifiques et le rayonnement froid l’hiver que l’effet de serre l’été »186 lorsqu’il est utilisé en trop grande quantité : Saint-Gobain propose ainsi en 1958 à un entrepreneur se plaignant de la température trop élevée de ses ateliers l’été de laisser ruisseler une nappe d’eau continuelle afin d’éviter la surchauffe des plaques ondulées187.

Pourtant des qualités indéniables d’inaltérabilité, conserve la même luminosité au fil du temps, et d’incombustibilité sont reconnues. La mauvaise tenue des plastiques en cas d’incendie reste le défaut majeur de ces produits innovants. Suite à l’incendie du magasin de son usine de Rantigny en 1965, la compagnie communique en interne sur la grande résistance du V.O.A. face aux plaques d’amiante-ciment détériorées. S’il s’agissait de plaques polyester « les dommages auraient été encore plus importants ».188 Un cas similaire connu par la Société des Hydrocarbures de Saint-Denis est publié dans Le courrier du verre en mars 1968 (n°8, p.38).

183

Proposition pour la promotion des ventes du verre ondulé armé, p.1. Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 00003/005. Rapport sur l’emploi du verre ondulé armé dans le bâtiment, à la suite d’une étude effectuée par TECMAVER pour la Compagnie de Saint-Gobain. TECMAVER (office technique des matériaux verriers), Le verre ondulé armé – Distribution et emploi, Paris, juin 1966, p. 46. Chapitre III « Problèmes techniques ». Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 0007/031 « VO Armés 1957 - 1972 ». 185 Ibidem, p. 12. Chapitre I « Opinions recueillies ». 186 Ibidem, p. 36. Chapitre III « Problèmes techniques ». 187 Série de lettres datées du 31/12/1957 au 20/01/1958 entre Astra Furs et Saint-Gobain. Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 00003/005. 188 Etievant (J.P.), Le verre ondulé dans les bâtiments industriels, 06/07/1965. Archives de Saint-Gobain : SGV 00005/015 184

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Fig. 138. Incendie de l’usine de Rantigny, 1965. Archives : SGV 0005/015.

Au fil de son histoire, le « VERONDULIT » a éprouvé des difficultés à se séparer de son image primitive de matériau standardisé et économique qui renvoie directement à son application en milieu industriel ou agricole. Même s’il semble avoir connu une période de diversification, à travers « de très rares utilisations »189 non conformes aux vues initiales, le « VERONDULIT » est progressivement revenu vers ce pourquoi il a été créé : apporter de manière rationnelle un éclairage naturel dans des locaux fonctionnels. Une enquête de 1966 déclare d’ailleurs qu’il faut désormais considérer qu’il s’agit « d’un matériau uniquement de complément à utiliser en association avec l’amiante-ciment »190. Face à la modernité de ses concurrents, le produit est apparu obsolète et démodé, ce qui se traduit par un puissant rejet des professionnels du bâtiment et usagers, comme en témoigne cette même enquête : « Pendant un certain nombre d’années, au cours desquelles la fabrication n’était pas toujours parfaite, entraînant de nombreuses casses et de graves difficultés de pose, mais où il n’y avait pas de concurrence, le V.O.A. s’est acquis une ferme réputation de produit fragile, difficile à mettre en œuvre, mais irremplaçable dans certains cas. La venue des plastiques, bien qu’eux-mêmes affligés de nombreux défauts, a restreint sérieusement l’emploi du V.O.A. [...] En effet, devant la concurrence active des produits plastiques similaires, et aussi, probablement, suite aux nombreuses contre-références V.O.A., il règne un état d’esprit anti-verre ondulé, tant chez les architectes que chez les poseurs et chez 191 nombre d’utilisateurs. » 189

Ibidem, p. 11. Chapitre I « Opinions recueillies ». Ibidem, p. 36. Chapitre III « Problèmes techniques ». 191 Ibidem, p. 11. Chapitre I « Opinions recueillies ». 190

108


ƒ

ARRET PROGRESSIF DE LA PRODUCTION (1980-1984)

Ainsi, lorsque la Compagnie de Saint-Gobain connait une période de restructuration dans les années 1980 et 1990, elle cesse la production de tout un ensemble de produits verriers qui ont été pensés dans les années 1930 puis commercialisés après-guerre. L’usine Saint-Gobain arrête le 15 mars 1980 la production de « VERONDULIT » Types A & G, grandes et petites ondes192, alors que la production de verre non armé est arrêtée depuis 1972.193 Toutefois, la compagnie continue de proposer jusque dans son catalogue 1984 un verre ondulé grandes ondes produit par les verreries concurrentes de Blanc-Misseron mais vendu sous une marque de Saint-Gobain Vitrage : « VERONDULIT Type B » 194. Il s’agit d’un modèle similaire au type A de S.G.V. proposé avec une longueur maximale de 1,53 m et un treillis métallique à mailles hexagonales, au lieu de mailles carrées. Il est important de noter que les verreries de Blanc-Misseron fabriquaient déjà des plaques de verre ondulé dans les années 1960 sous la marque « ONDULEX »195. Cette production représentait une faible part de marché face au « VERONDULIT » : 77% du verre ondulé français est fabriqué par Saint-Gobain en 1966, alors que « ONDULEX » est le seul concurrent évoqué par le rapport TECMAVER cette même année. Mais la part de marché tombe à 50,7 % en 1975. Ces données sont issues d’un rapport de septembre 1976 concluant avec l’objectif d’atteindre 70% de part de marché pour le « VERONDULIT » en 1978 au détriment de Blanc-Misseron. Au vue de la position de Saint-Gobain à la fin des années 1960 et suite à l’echec du « RIDOVER » en 1970, il est également surprenant de lire que l’entreprise se fixe comme objectif « d’élargir le marché du verre ondulé au détriment du PVC et du Polyester ». Les documents consultés aux archives de Saint-Gobain n’ont pas permis de comprendre les étapes s’articulant autour des trois marqueurs temporels suivants : ces déclarations sur la concurrence en 1976, l’arrêt de la production à Saint-Gobain et la commercialisation d’un produit de Blanc-Misseron par S.G.V. décidées lors d’une réunion le 27 décembre 1979, le retrait définitif des ventes après le catalogue 1984.

192

Humblot (Gérard), Direction commerciale – Direction bâtiment – Marketing – Produits de base, Modification de notre gamme Verondulit, 08/02/1980, p.1. Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 00071/010. 193 Le type I apparait pour la dernière fois dans le catalogue 1972. Saint-Gobain Vitrage, Memento technique 72, 1972, p. 98-105. Archives de Saint-Gobain : DOC SGV 19, DOC SGV 2. 194 Saint-Gobain Vitrage, Memento technique 84, 1984, p. 198-203. Archives de Saint-Gobain : DOC SGV 19, DOC SGV 2. 195

TECMAVER (office technique des matériaux verriers), Le verre ondulé armé – Distribution et emploi, Paris, juin 1966, p. 46. Chapitre III « Problèmes techniques » - C « Description des différentes plaques de V.O.A. actuelles ». Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 0007/031 « VO Armés 1957 - 1972 ».

109


C. Conditions contemporaines du verre ondulé : « préserver, restaurer, remplacer » 1. La durabilité d’un matériau fragile. Afin de savoir s’il est préférable de préserver, restaurer ou remplacer le verre ondulé, il est important selon l’académicien Franz Graf de définir « quelles valeurs du matériau sont considérées comme essentielles et fondamentales pour le projet »196 et quelles pathologies peuvent lui être préjudiciables. Chaque intervention sur l’existant mérite donc une réponse spécifique en fonction de différents facteurs : « l’usage originel et la future utilisation prévue des bâtiments, l’état de préservation, les ressources budgétaires disponibles et leurs fluctuations »197 Comme cela a été abordé dans cette recherche, le verre ondulé est un produit qui vieillit extrêmement bien : il ne se déforme pas et sa texture incolore résiste à l’usure en restant intacte au fil du temps. En revanche, le « VERONDULIT » pâtit de sa grande fragilité : en cas de chocs thermiques ou physiques, l’armature métallique empêche la casse totale de la plaque et la chute de morceaux de verre mais pas les fissures, ni les brèches. La question de la maintenance des matériaux verriers se pose lorsque leur état de délabrement nécessite le remplacement du produit. La solution évidente serait de le reproduire à l’identique grâce aux mêmes chaînes industrielles, mais les deux fabricants français de verre ondulé ont cessé la production de ce matériau dans les années 1980. L’outil de production et le savoir-faire associé ont donc disparu, du moins partiellement. Dans ce type de cas, Franz Graf rappelle que la production du matériau recherché a pu perdurer jusque plus récemment dans d’autres pays.198 Nous savons que le verre ondulé a été fabriqué par Saint-Gobain en Belgique et en Allemagne et au moins étudié puis probablement fabriqué au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, et en Suisse. Au vu de l’implantation internationale de Saint-Gobain et de la production supposée de verre ondulé par des verreries concurrentes, il semble que ce produit ait également été commercialisé dans des pays supplémentaires. La recherche ne permet pas à ce stade de savoir si la production internationale s’est interrompue après la France ; si cela était le cas, il se pourrait que des stocks du produit puissent être trouvés dans ces pays. Il est également possible grâce à un processus de recyclage de matériaux de construction de procéder au démontage de panneaux de verre ondulé se trouvant dans des 196

Graf (Franz), « Preserve, Restore, Replace. Some (Good) Reasons to Talk about Glass » dans Graf (Franz), Albani (Francesca) (dir.), Glass in the 20th Century Architecture: Preservation and Restoration, Mendrision Academy Press, Mendrisio, 2011, p. 21. 197 Ibidem, p. 22. 198 Ibidem, p. 21.

110


bâtiments voués à la déconstruction ou destruction. Par exemple, le collectif belge ROTOR, à travers sa branche Rotor Deconstruction, effectue le démantèlement puis la vente de matériaux réutilisables issus de bâtiments en France, Belgique et Pays-Bas. Des matériaux de construction génériques (comme des fenêtres) sont inventoriés puis démontés en fonction de la demande, alors que des éléments emblématiques conçus par des architectes ou designers (comme du mobilier) sont inspectés et éventuellement restaurés dans un atelier dédié près de Bruxelles.199 ROTOR est également à l’origine du réseau OPALIS pour le réemploi des matériaux de construction : un site internet dédié aux particuliers, entrepreneurs et architectes qui souhaitent acheter, vendre, ou mettre en œuvre ces produits recyclés.200 Cependant ces solutions onéreuses et chronophages de reconstruction, qui visent à restaurer archéologiquement l’aspect initial du bâtiment, peuvent sembler disproportionnées à l’échelle du verre ondulé : un produit qui a été essentiellement appliqué en milieu industriel afin d’apporter rationnellement une lumière naturelle à l’intérieur d’espaces de production. Franz Graf délivre ainsi l’avis de Pierre Roquette, dirigeant de Saverbat

(entreprise

française spécialisée dans la fabrication de briques de verre contemporaines et la reproduction de modèles anciens) selon lequel « il est possible de trouver d’autres solutions grâce au marché contemporain »201 : cette option consiste à remplacer le verre ondulé par un autre dispositif. Dans le cas du verre ondulé, il ne peut s’agir que de panneaux plastiques ondulés reproduisant son apparence ou de produits verriers hétérogènes : double vitrage plat, « PROFILIT », briques de verre... L’option du remplacement par un autre produit permet de répondre aux difficultés auxquelles est confronté aujourd’hui « le matériau de la modernité par excellence »202 : en effet, les différentes formes de verre ne sont plus toutes adaptées à nos attentes en termes de confort. A travers ce propos, Franz Graf décrit un changement de paradigme : « Since our habits of perception with respect to natural or artificial light and temperature have changed completely dutring the twentieth century, glass is again the material most affected by these changes, with its translucency or transparency and the ease with which it accentuates warmth or allows the cold to pass through. In the case of functional conversions, it is often necessary to guarantee acoustic and 203 thermal standards which are equivalent to the most efficient buildings being constructed today. »

Quelles solutions existent pour répondre au conflit perpétuel entre le besoin de préserver ce matériau et celui d’améliorer nos conditions de vie ?

199

Rotor, Rotor Shop - Reusing building materials made easy (in beta!) – About, [disponible sur http://www.rotordeconstruction.be/about/, consulté le 19 mai 2016] 200 http://opalis.be/, page d’accueil du site opalise.be consulté le 19 mai 2016. 201 Graf (Franz), « Preserve, Restore, Replace… », op. cit., p. 21. 202 Ibidem, p. 20. 203 Ibidem, p. 23.

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Usine Rosy - CEDATRA / Ruitz (Pas-de-Calais) / B.E.T. De Saint-Font (1961)

Fig. 139. Bâtiment principal dans les années 1960. Source : « La région de Bruay prépare son avenir », Zone Européenne de Conversion, n°48, septembre 1970. Archives départementales du Pas-de-Calais : 1 W 47957 > 2-2-1-23-1-5 - Inventaires des constructions importantes et des grands travaux inaugurés ou mis en chantier depuis 1958.

Fig. 140. Bâtiment principal en 2016. Source : photo de Roussel (Quentin), Ruitz, 11 mai 2016.

Fig. 141. Détail des nouvelles menuiseries du bâtiment principal. Source : photo de Roussel (Quentin), Ruitz, 11/05/2016.

Fig. 142. Ateliers en 2016. Photo Roussel (Quentin), 07/11/2015.

Fig.143. Annexe en 2016. Photo Roussel (Quentin), 07/11/ 15.

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1. Confort actuel : adaptation des locaux ROSY - CEDATRA à Ruitz.

A partir de la fin des années 1970, l’ensemble industriel construit en 1961 à Ruitz connait une cohabitation entre l’activité textile DIM - ROSY et l’établissement de travail de personnes en situation de handicap CEDATRA. Des aménagements sont effectués afin de diviser ou réaffecter les locaux suite à ce changement de propriétaire : la confection de sousvêtements féminins se limite à un seul hall d’atelier et au magasin des matières premières, alors que CEDATRA occupe l’autre hall ainsi que l’ensemble des autres bâtiments. La cohabitation perdure jusqu’en 2002, date de fermeture de l’usine textile qui permet à CEDATRA de récupérer la partie d’atelier ne pouvant être occupée. Cette seconde entité est encore aujourd’hui l’unique propriétaire et occupante du site. Les opérations successives ont eu des incidences sur les surfaces vitrées des bâtiments. En se rendant sur le site, il est possible de constater que le rez-de-chaussée du bâtiment principal, qui accueillait initialement le magasin des produits finis DIM - ROSY, est à présent occupé par des bureaux. Le bandeau fixe de « VERONDULIT » qui éclairait cet espace de stockage est aujourd’hui remplacé par de récentes portes et châssis, fixes ou ouvrants, en épaisse menuiserie PVC blanc. (Fig. 140) Il semblerait donc que le « VERONDULIT » a été déposé de la façade lors du changement de propriétaire pour le remplacer par du verre plan transparent et des menuiseries bois ou métalliques. Ces fenêtres plus ordinaires devaient permettre à ces nouveaux espaces de travail de s’ouvrir vers l’extérieur : vue, aération. Ce second type de vitrage a ensuite été déposé à son tour afin de le remplacer par un double vitrage et une menuiserie conformes aux nouvelles normes thermiques et acoustiques, ainsi qu’aux exigences de sécurité (changement appliqué à l’ensemble des baies de ce bâtiment). (Fig. 141) Afin de correspondre aux normes incendies, des issues de secours ont également été ajoutées en façade lors de cette étape ou de la précédente, remettant en cause le principe de bandeau. La baie semble donc avoir connu trois types de vitrage en raison de changements d’usages et de normes au cours de ces 55 dernières années. Le « VERONDULIT » a été remplacé dans cet édifice pour des raisons logiques, liées à l’inadaptation probable du produit avec le fonctionnement du bâtiment, mais au détriment de la spécificité technique et esthétique du projet. Depuis la partie du site réservée aux visiteurs, il est possible de voir une section de la façade sud-est des ateliers. (Fig. 142) La partie basse de la façade semble avoir été épaissie (bardage bleu) et des traverses métalliques de même dimension courent le long de la baie. Le bandeau en verre ondulé a été remplacé par une succession de fenêtres similaires à celles décrites précédemment.

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Usine Rosy - CEDATRA / Ruitz (Pas-de-Calais) / B.E.T. De Saint-Font (1961)

Fig. 144. Intérieur de l’ancien atelier de découpe, occupé par un atelier de conditionnement et kitage par la section soustraitance industrielle de CEDATRA. Présence de « VERONDULIT » en bardage extérieur. Photographie datée des décennies 2000, 2010. Source : CEDATRA, Sous-traitance industrielle. [Disponible sur http://www.cedatra.fr/nos-services-produits/soustraitance-industrielle/, consulté le 27/12/2015]

Fig. 145. Intérieur de l’ancien magasin des matières premières de l’usine Rosy, occupé par un atelier de coupe de tuyaux par la section sous-traitance industrielle de CEDATRA. Présence de « VERONDULIT » ou de plastique en couverture. Photographie datée des décennies 2000, 2010. Source : Ibidem.

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Pourtant le site internet de CEDATRA dispose de photographies récentes montrant l’intérieur d’un atelier avec ce qu’il semble être une bande de verre ondulé. (Fig. 144) Soit le changement de menuiserie a été effectué entre temps, soit ce local se trouve en fond de parcelle ou dispose d’une ouverture dans la façade opposée. Il est à noter que le hall s’ouvrant au sud-est était occupé par CEDATRA, alors que le hall mitoyen s’ouvrant au nordouest était occupé par ROSY jusqu’en 2002. Cette cohabitation pourrait être à l’origine d’une éventuelle différence d’évolution de la façade. Au sud-est de la parcelle, le « VERONDULIT » de 1961 est toujours présent en façade du bâtiment annexe qui accueillait initialement les ateliers d’entretien. (Fig. 143) Ce local ne semble pas accueillir de personnel pendant de longues durées, il pourrait s’agir d’un local technique ne nécessitant pas le confort thermique des autres espaces clos. Ce bâtiment est toujours équipé de bandes de plaques translucides ondulées intégrées à la toiture originelle en amiante-ciment, tout comme les toitures des ateliers au second-plan qui bénéficient ponctuellement de plaques translucides. Une photographie de l’actuel atelier de découpe de tuyaux (Fig. 145), situé dans l’ancien magasin des matières premières en continuité des halls d’atelier, montre la présence d’un panneau plastique ayant jauni et d’autres panneaux n’ayant pas jaunis. Ces deux sources ne permettent pas de discerner si les panneaux n’ayant pas jaunis sont le verre ondulé initial ou du plastique de substitution.

Fig. 146. De Saint-Font (André), Usine Rosy, Ruitz, 1961. Schéma de l’état actuel du V.O.A. en bardage. Source : Roussel (Quentin), Villeneuve d’Ascq, mai 2016.

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« Ecole industrialisée » la Chataigneraie / Chambourcy (Yvelines) / Construite avant 1960.

Fig. 147. Ecole la Chataigneraie, 2014. Chambourcy Actualités, bulletin d’information communal, juillet-août-septembre 2014, p.1.

De gauche à droite et de haut en bas : Fig. 148. Classe de CE2 de Mme Mignard en 1967. Source : http://copainsdavant.linternaute.com/photo/classe-de-ce2-mmemignard-ecole-la-chataigneraie-2667719, consulté le 14/04/2016. Fig. 149. Classe de CP en 1968. Source : http://copainsdavant.linternaute.com/photo/cp-ecole-la-chataigneraie-1039672 : 1968 - CP - Ecole la châtaigneraie, consulté le 14/04/2016. Fig. 150. Classe de CE2 de Mme Bieri en 1981. Source : http://copainsdavant.linternaute.com/photo/ce2-mme-bieri-ecolebleue-ecole-la-chataigneraie-3847427 : 1981 – CE2 – Mme BIERI – Ecole Bleue – Ecole la châtaigneraie, consulté le 14/04/2016. Fig. 151. Classe en 2013. Source : Classe d’eau à l’école de la Chataigneraie à Chambourcy-SIAR, 0 :55, vidéo mise en ligne par SIARH HAUTIL [https://www.youtube.com/watch?v=M018etrD6Zo, consulté le 14/04/2016]

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2. Normes actuelles : évolution des « écoles industrialisées ».

Aujourd’hui, il semblerait que le dispositif de cloison composé de verre ondulé ait disparu des « écoles industrialisées » non détruites. En effet, les rares vues intérieures disponibles permettent de constater que les parties hautes des cloisons ont été remplacées par des panneaux de plâtres rendant complétement opaque la séparation entre les salles de cours et la circulation centrale. A l’exception de l’école Aristide Briand à Sens (Yonne) dont au moins une salle est toujours équipée de ce dispositif architectural. L’école de Chambourcy dans les Yvelines, second modèle construit, est encore aujourd’hui fréquentée par les élèves et les enseignants. Comme en témoigne le bulletin d’information communal en 2014, le bâtiment semble être resté intact à l’extérieur : menuiseries et panneaux de façades d’origine. En consultant les photos de classes disponibles sur le site internet Copains d’Avant, il est possible de constater l’évolution de l’intérieur des locaux. Deux documents montrent la cloison « VERONDULIT » en 1967 et 1968 (Fig. 148 & 149). En revanche, après 1968, plus aucune salle photographiée ne présente de « VERONDULIT » : sur 9 photographies prises en intérieur et recensée sur le site (1979-2003), toutes les salles comportent des cloisons opaques les séparant du couloir. De plus, une vidéo de 2013 montre deux salles différentes, ne comportant pas de « VERONDULIT » (Fig. 151). Même s’il n’a pas été possible de vérifier si toutes les salles étaient équipées de « VERONDULIT » dans le projet originel, il est possible de supposer que le verre ondulé a été retiré depuis. La fragilité du produit est-elle la cause de son retrait ? Aux vues de nouvelles normes ou de principes de précautions, le produit a pu être démonté suite à d’éventuels problèmes de casses exposant les usagers à un possible danger ou les locaux à des infractions. « Sur une hauteur minimale de 1 m mesurée à partir du sol fini des locaux, toutes les parois doivent être constituées de matériaux ne présentant pas de danger en cas de bris ou être convenablement protégées sur leurs faces accessibles aux enfants. Lorsqu’il y a risque de chutes, ces parois doivent en outre répondre aux règles de sécurité requises par les normes (NF P 01012, NF P 01-013, DTU 39). Des hauteurs de protection > 1 m doivent être envisagées dans plusieurs cas particuliers dont : [...] 204

Séparations locaux/circulations : hauteur minimale de protection 1,30 m »

204 Ministère de l’Education Nationale, Peymaud (Christian) - Inspection Hygiène et Sécurité - Académie Clermont-Ferrand, Référentiel pour le directeur d’école conformément à la réglementation en vigueur, 20 octobre 2010, p. 25. « Parois verticales et allèges des fenêtres », chapitre « Le risque lié au bâtiment ».

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« Ecole industrialisée » Aristide Briand / Sens (Yonne) / 1960

Fig. 152. Vue intérieure d’une classe en 1960. Archives de Saint-Gobain : 2 PH 05924.

Fig. 153. Vue intérieure d’une classe en décembre 2014. Source : Photo Sens Agence. P.D.S., « Cas de méningite à Sens : un dispositif de prévention efficace », L’Yonne, 13/12/2014. [Disponible sur http://www.lyonne.fr/yonne/actualite/2014/12/13/cas-de-meningite-a-sens-undispositif-de-prevention-efficace_11257535.html, consulté le 12/04/2016]

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Un article de presse de décembre 2014 permet une vue intérieure de l’école Aristide Briand à Sens : un bandeau de « VERONDULIT » apparait au second plan. (Fig. 153) Mais il faut souligner que la cloison en verre ondulé a subi des transformations en étant complétée par des montants en bois. Ces tasseaux horizontaux et verticaux, appliqués sur chaque face de la paroi, ne faisaient pas partie de la construction initiale. Il semblerait qu’ils aient été installés afin de renforcer la cloison ondulée : ils permettraient de maintenir les plaques de verre et éviter tout risque de chute. Cela rend également possible l’affichage de documents. Le confort thermique et acoustique entre-t-il en compte ? Lors de la visite de l’Eglise Sainte-Agnès le bruit des véhicules se propageait dans l’édifice par l’intermédiaire du verre. Il serait logique qu’en cas de cohue - interclasse, circulation des élèves -, les bruits se propagent aux classes et perturbent les cours. Toujours lors de cette visite, un très grand écart de température était ressenti entre la partie ensoleillée et la partie ombragée. Dans les « écoles industrialisées », la cloison sépare deux espaces intérieurs mais le verre ondulé peut être à l’origine d’une déperdition de chaleur vers cet espace de circulation. Cela concerne-t-il la réglementation incendie ? Suite à l’incendie criminel de 1973 qui ravagea le collège Pailleron (Paris, XIXème) « en raison de la vitesse de propagation des flammes », de nouvelles mesures sont appliquées car « la conception de l’établissement fut mise en cause » tout comme « l’utilisation des structures métalliques, incombustibles mais devenant ‘’molles’’ après un certain temps d’exposition au feu ».205 « RS CO 48 : Les vitrages des portes doivent répondre aux dispositions du DTU 39-4. DTU 39 : Les portes et parties fixes attenantes d’une largeur inférieure à 1,50 m situés en travers des axes de circulation des ERP doivent sur toute leur hauteur être vitrées avec un des produits de sécurité suivants : verres ou glaces trempés ; verres ou glaces feuilletés ; verre ou glace armé si la surface de remplissage est < à 0.50 m². Les règles applicables aux établissements d’enseignement déconseillent 206 l’emploi des verres trempés et armés et privilégient le verre feuilleté (CIVF). » « Les parois verticales des dégagements et des locaux doivent avoir un degré de résistance au feu défini [...] en fonction du degré de stabilité au feu exigé pour la structure du bâtiment ou de l'établissement. Les blocs-portes et les éléments verriers des baies d'éclairage équipant les parois verticales doivent être PF de degré une demi-heure. Toutefois, ils peuvent être PF de degré un quart 207 d'heure lorsque aucune exigence de stabilité n'est imposée à la structure de l'établissement. »

Pour éviter tout risque d’explosion du verre en raison de la chaleur, il a été préféré la solution de remplacement la plus économique possible au détriment d’un dispositif similaire dont la qualité architecturale permettait d’éclairer naturellement un espace de circulation. La typologie du bâtiment plonge à présent ce couloir central dans la pénombre.

205

Blain (Catherine), Note de bas de page n°80, Chronologie illustrée 1945-1981, Rapport final de recherche, juin 2008, 88 p. Ministère de l’Education Nationale, Peymaud (Christian) - Inspection Hygiène et Sécurité - Académie Clermont-Ferrand, Référentiel pour le directeur d’école... », op. cit., p. 17. « Matériaux verriers », chapitre « Le risque incendie ». 207 Règlement de sécurité contre l'incendie relatif aux établissements recevant du public, Livre II : Dispositions applicables aux établissements des quatre premières catégories, Titre premier : Dispositions générales, Chapitre II : Construction, Section VI - Distribution intérieure et compartimentage, CO 24 Caractéristiques des parois verticales et des portes. [Disponible sur http://www.sitesecurite.com/ERP/CO23a26.htm#Top, consulté le 12/04/2016] 206

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Eglise Sainte-Agnès / Fontaine-les-Grès (Aube) / Michel Marot (1955)

Fig. 154. Dégradation des surfaces colorées du vitrail à l’intérieur de l’église.

Fig. 155. Dégradation du joint d’étanchéité depuis l’extérieur de l’église. Création d’un jour entre les plaques.

Fig. 156. Couche de peinture à l’intérieur du l’édifice se détériorant en raison du jour entre les plaques.

Fig. 157. Fragilité des coins se trouvant en partie basse des plaques de verre ondulé armé.

Source commune : photo de Roussel (Quentin), Fontaine-les-Grès, 17 mars 2016.

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3. Valeur patrimoniale : inscription de l’église Sainte-Agnès à Fontaineles-Grès. L’utilisation exceptionnelle du « VERONDULIT » par Michel Marot et Jean-Claude Vignes dans leur projet commun du vitrail de l’église Sainte-Agnès implique une position toute autre quant à l’avenir du verre ondulé. En plus d’apporter de la lumière dans un espace intérieur, le produit est le support actif d’une œuvre d’art : il obtient donc un nouveau statut. L’église Sainte-Agnès « a été très tôt reconnue » en raison de « son plan triangulaire unique en France en 1956 » mais aussi grâce à « l’originalité et la qualité de son décor ». Elle reçoit ainsi l’Equerre d’Argent 1963 parmi « une centaine [d’églises] réalisées dans la décennie ». Surtout, l’inscription de l’édifice au titre des monuments historiques le 31 mai 2010 souligne que le vitrail est une partie intégrante de cette église qui « reflète une période de création architecturale très riche en France, entre 1950 et 1960 »208. Ces vitraux représentent donc un grand intérêt car ils nous laissent une trace du verre ondulé, un produit verrier emblématique des trente glorieuses. Ils témoignent aussi d’un processus artistique unique, mariant artisanat et industrie. Néanmoins, l’extrême fragilité du produit et sa mise en œuvre expérimentale remettent en cause sa conservation. En soi, le V.O.A. est un produit qui vieillit bien : il se nettoie très facilement et sa capacité lumineuse ne s’altère pas avec le temps. L’extérieur de l’église conserve un aspect conforme au projet de Michel Marot, alors que l’intérieur jouit encore d’une abondante lumière naturelle, colorée par les dessins de Jean-Claude Vigne. Pourtant des parties de cette fresque subissent les dégâts du temps : notamment certains grands aplats de couleurs qui ont tendance à s’effacer. (Fig. 154) Il semblerait que cette lente dégradation soit provoquée par l’exposition des plaques aux intempéries. Des auréoles d’humidité apparaissent sur certain panneaux (la couche de peinture se décolle du verre), surement en raison de la défaillance des joints d’étanchéité en caoutchouc. En toiture, le principe de pose du verre ondulé consiste à superposer la dernière onde d’une plaque sur la première de la plaque voisine (et ainsi de suite). A Fontaine-lesGrès, les plaques verticales sont juxtaposées les unes aux autres, sans chevauchement. Le raccord entre les plaques est donc assuré par un joint qui a tendance à jaunir et à se déformer avec le temps. Certains de ces joints se sont déboîtés, formant un jour entre les plaques concomitantes. (Fig. 155) La face intérieure, où est appliquée la peinture, est donc exposée à l’humidité, ce qui provoque l’écaillement de la couche colorée. (Fig. 156) Aussi, les plaques sont moins stables et les extrémités fragiles deviennent vulnérables. 208

Propos tenus par Gilles Vilain lors de son exposé en commission nationale. Commission nationale des monuments historiques, Fontaine-les-Grès (Aube) : église Sainte-Agnès. Proposition de classement au titre des monuments historiques, Paris, 14 juin 2010. Centre de documentation DRAC ACAL - Site de Châlons-en-Champagne.

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Eglise Sainte-Agnès / Fontaine-les-Grès (Aube) / Michel Marot (1955)

Fig. 158. Rôle de l’armature métallique en cas d’impact : le verre se brise mais reste en place. Altération des mailles exposées.

Fig. 159. Système d’attache des plaques. Bris laissant apparaitre le mauvais état de l’étanchéité.

Fig. 160. Report du verre ondulé en dehors de la façade. Traitement de l’intervalle.

Source commune : photo de Roussel (Quentin), Fontaine-les-Grès, 17 mars 2016.

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De nombreux impacts, volontaires ou non, et de tailles variées sont à déplorer (balle, jet de pierre). Ils témoignent de la grande fragilité du verre mais aussi du rôle essentiel que joue l’armature métallique en cas de choc. Celle-ci empêche au verre de se briser complétement et de tomber en de nombreux morceaux. (Fig. 158) Cependant le rôle de l’armature est plus limité aux angles inférieurs des plaques qui représentent un point sensible du mode de pose choisi. Contrairement au V.O.A. de l’usine de Ruitz ou des écoles industrialisées, dont la mise en œuvre se rapproche d’un verre plat incorporé à un châssis, celui de Fontaine-lesGrès n’est pas inclus dans le plan de la façade. La plaque de verre reportée à l’extérieur de l’édifice est appliquée verticalement. Elle est plus longue que la hauteur de la baie et dépasse donc sur la partie haute du sous-bassement en pierre. Visuellement, le V.O.A. se détache du mur : cet espace permet l’ancrage de deux crochets qui maintiennent les plaques en porte-à-faux. (Fig. 159) Afin de maintenir le verre et d’assurer le clos de l’édifice, le tableau en béton se prolonge vers l’extérieur et adopte le même profil ondulé. Une bande d’étanchéité assure la liaison entre le verre et le béton. (Fig. 160) Ce dispositif cause aujourd’hui un double problème : le porte-à-faux expose la partie basse du V.O.A. à de grands risques de casse alors que la dégradation du joint et du béton créent des problèmes thermiques et d’humidité, comme précédemment évoqué. Fig. 161. Schémas de principe de mise en œuvre du verre ondulé. Roussel (Quentin), mai 2016

Plaque V.O.A.

Joint d’étanchéité (inter plaques)

Finition du mur selon le profil ondulé (béton)

Joint d’étanchéité (entre plaque et béton)

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ƒ ADAPTATION ET REMPLACEMENT Lors de la visite de l’église, en plein après-midi d’une journée très ensoleillée du mois de mars, il était à noter le grand écart de température ressentie entre la partie de la nef éclairée par le soleil et la partie ombragée. Dans la sacristie, un espace pourtant plus étroit et bas de plafond, la température diminuait encore d’un cran. Cet, espace, tout comme la chaufferie, sont installés dans la pointe nord de triangle mais profitent du même principe de vitrage que le reste de l’église. Les dispositifs de chauffage d’appoint témoignent des basses températures que peut atteindre ce local. Une modification de l’espace a pourtant déjà eu lieu par le passé : des plaques de verre coulissantes doublent le verre ondulé. Il s’agit de plaques de simple épaisseur, insérées dans un système de rainure afin qu’au montant ne vienne détériorer le principe du bandeau de verre continu. Cet ajout se fond complétement dans le décor et permet l’entretien du vitrail. De plus, le dispositif peut atténuer les sons extérieurs : toujours lors de cette visite, les bruits de la circulation automobile lointaine et du vent léger se propageaient à l’intérieur de l’édifice par l’intermédiaire du verre ondulé.

Fig. 162. Dispositif de double vitrage dans la sacristie. Roussel (Quentin), mai 2016

Fig. 163. Casse d’une plaque, contreplaqué provisoire. Photo de Vilain (Gilles), Fontaine-les-Grès-églisest-Agnèscl.G.Vilain 004, 27/07/09.

Aujourd’hui, la mairie possède encore core plaques de V.O.A. intactes ou défectueuses de la série de 1955, mais n’ayant pas été posées à l’époque. Elle a donc la possibilité d’effectuer le remplacement du V.O.A. en cas de gros dégât, mais ne peut en aucun cas préserver l’ensemble du vitrail, dont une part importante a connu des casses minimes. Afin de trouver une solution de remplacement durable au V.O.A., il est possible de s’intéresser aux vitraux réalisés par l’artiste américain Robert Morris entre 1997 et 2001 : « dans le cadre d’une commande publique initiée par la direction aux Arts Plastiques et la direction de l’Architecture et du Patrimoine, [il] a conçu un ensemble de dix-sept vitraux, réalisés sous sa direction par les Ateliers Duchemin »209. A la différence de Fontaine-les-Grès, où ont été utilisées des plaques standardisées, il s’agit ici de fabriquer des panneaux spécialement conçus pour l’ancienne cathédrale de Marguelone (Hérault). 209

Adnot (Philippe), Herold (Michel), L’art du vitrail – L’Aube remarquable, Conseil général de l’Aube, 2014, p. 52. Archives départementales de l’Aube : BM 1880.

124


Premièrement, les dimensions des panneaux correspondent à celles des baies existantes. Deuxièmement, chaque plaque

comporte

une

ondulation

spécifique : « Robert Morris a pensé ses vitraux tel une vague [...] se développant sur l’ensemble des baies, la baie d’axe en étant l’épicentre. » La photographie du panneau d’essai montre une esthétique très similaire au verre ondulé, même s’il s’agit ici d’ondes irrégulières et d’un verre transparent.

D’ailleurs, Véronique David

invoque cet exemple en conclusion de son article consacré aux vitraux de l’église Sainte-Agnès210.

Elle

suggère

que

la

technique du verre thermoformé employée à Marguelone peut être utilisée pour Fig. 164. Morris (Robert), panneau d’essai pour les vitraux de l’ancienne cathédrale, Maguelone (Hérault), 1997-2001. Source : Adnot (Philippe), Herold (Michel), L’art du vitrail – L’Aube remarquable, Conseil général de l’Aube, 2014, p. 52. Archives départementales de l’Aube : BM 1880.

reproduire

les

l’identique.

Ceci

plaques afin

ondulées de

à

respecter

fidèlement le projet originel de Michel Marot, qui s’inscrit dans un contexte technique et économique particulier.

Dans un autre sens, on peut supposer que les propriétés mécaniques contemporaines du verre pourraient donner de nouvelles possibilités : suppression de l’armature métallique, longueur de plaque proche du bandeau ininterrompu, suppression ou invisibilité des joints intermédiaires, performances thermiques et acoustiques. Il s’agirait d’adapter le bâtiment aux attentes contemporaines (sécurité, confort thermique et acoustique), tout en concrétisant la volonté de Michel Marot et Jean-Claude Vignes de mettre au point un véritable rideau de lumière. La même question peut ensuite se poser quant à la fresque peinte sur le verre : faut-il reproduire à l’identique l’œuvre du défunt Jean-Claude Vignes, qui est une part intégrante du projet ? Plusieurs solutions existent : reproduction par la même technique d’émaillage ou par un procédé de sérigraphie du verre, commande d’une nouvelle fresque, mise en place d’un verre transparent, translucide, coloré, texturé... 210

David (Véronique), « Les vitraux de l’église Sainte-Agnès de Fontaine-les-Grès (Aube) », La Vie en Champagne, n°55, numéro spécial, juin 2008, p.58-63.

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Conclusion

Intitulé « La plaque de verre ondulé : émancipation d'un ‘’matériau de complément" », ce mémoire tend à répondre à une série d’interrogations inhérentes au sujet : de quelle manière ce produit verrier est-il passé d'un matériau de complément, conçu pour un usage unique, à un produit autonome, offrant des possibilités variées ? Dans quels programmes ce produit a-t-il été utilisé par les architectes des trente glorieuses ? Quelle était l'image véhiculée par ce produit verrier et quelle fut son évolution face à l'émergence des matériaux plastiques ? La recherche montre que ce nouveau matériau a d’abord été conçu dans les années 1930 en lien direct avec un usage précis de l’amiante-ciment : un modèle de panneau ondulé utilisé comme couverture opaque et légère. La plaque de verre ondulé a donc été développée en prenant compte des caractéristiques de ce produit existant : profil ondulé identique, principe de pose similaire. De cette manière, ce nouveau produit issu de l’industrie verrière était essentiellement destiné à intégrer un dispositif d’éclairage naturel aux toitures des usines et bâtiments agricoles. Mais à la suite de sa commercialisation, le produit gagna progressivement en autonomie au cours des années 1950, s’éloignant ainsi de sa visée initiale. Dans un premier temps, des détournements sont effectués de manière expérimentale par des usagers de ce produit. La Compagnie de Saint-Gobain prit alors conscience du potentiel commercial que représentait la diversification du type de pose du verre ondulé. Elle décida de se réapproprier certains détournements afin d’améliorer son produit et de proposer à son tour d’autres utilisations. Cela se concrétisa par l’adoption du nom commercial « VERONDULIT » en 1952 et la mise en place de différents types de verre : grandes ondes armées, petites ondes armées ou non. Par cette étape, le verre ondulé devint un matériau à part entière dans l’architecture des trente glorieuses. A travers de nombreuses publications, la compagnie verrière souhaita montrer que le « VERONDULIT » était capable de répondre à d’autres usages en toiture (verrière indépendante ou raccordée à la tôle galvanisée), en bardage, en cloisonnement intérieur et même en usage « décoratif ». Ainsi, le verre ondulé était aussi bien utilisé dans des usines que dans des églises, écoles, commerces, bureaux, logements. La présence du « VERONDULIT » dans des programmes si variés était induite par la polyvalence de ce panneau de verre. Il permettait ainsi d’apporter de nouvelles solutions au problème de la lumière naturelle dans l’architecture.

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Néanmoins, le bilan de cette diversification semble plus contrasté. En interne, SaintGobain a reconnu que ces nouveaux usages n’avaient représenté qu’une infime part de la production de « VERONDULIT ». Aux yeux de chacun, l’onde de ce produit véhiculait une image industrielle, liée à ses premières applications rationnelles et économiques. Aussi, le produit a rapidement été malmené par une double concurrence qui s’est intensifiée dans les années 1960. Elle s’est caractérisée par un ensemble d’atouts que n’avait pas le verre ondulé. D’une part, le « PROFILIT » renouvelait l’esthétique du bardage en verre et offrait de nouvelles possibilités architecturales grâce à de longues portées. De l’autre, les panneaux plastiques plaisaient pour leur modernité, leur grande résistance mécanique, leur très faible poids et leur coût minime. Même dans son domaine de prédilection, l’éclairage incorporé à la couverture ondulée d’espaces industriels ou agricoles, le « VERONDULIT » fut détrôné par les panneaux plastiques. L’émergence de ces nouveaux produits fut donc fatale pour le verre ondulé : elle révéla les défauts d’un matériau qui n’avait jusqu’alors aucun équivalent sur le marché. Certaines tentatives d’adaptation ou de renouvellement du produit échouent, d’autres aboutissent à une brève période de regain qui toutefois n’empêchera pas la mort du verre ondulé en 1984. Néanmoins, cette archéologie du verre ondulé apporte des connaissances sur un matériau de la croissance issu de l’industrie verrière. La recherche révèle la complexité et la richesse de ce produit en termes de culture matérielle, ainsi que son insertion dans un contexte architectural mais aussi politique et économique. Aussi, il est intéressant de constater que le verre ondulé connait des échos dans la pratique contemporaine du projet architectural. Se pose aujourd’hui la question de la conservation ou du remplacement d’un matériau industriel dont la fabrication a cessé, et d’autre part, de sa filiation à travers des produits contemporains similaires. En effet, le « VERONDULIT » est à l’origine de l’esthétique aujourd’hui très répandue de matériaux ondulés, translucides ou transparents. A la manière du verre ondulé lorsqu’il était encore produit, le panneau plastique est essentiellement aujourd’hui une solution d’éclairage économique qui s’est banalisée. Toutefois, des architectes comme Rem Koolhaas ont décidé de le détourner. Ainsi le Kunsthal de Rotterdam inauguré en 1992 utilise des matériaux très hétérogènes : une partie du projet met en œuvre le panneau ondulé en grande quantité et de différentes manières (sous-face extérieure, façade transparente ou translucide, paroi et porte translucide en intérieur...). Koolhaas joue sur l’ambiguïté de ce matériau en intégrant des dispositifs de rétroéclairage ou de fenêtre en second jour derrière une plaque transparente. A noter que la façade Est du projet est traitée en « PROFILIT » ou équivalent. 127


Kunsthal / Rotterdam / Rem Koolhaas – OMA (1987-1992)

Photos de Roussel (Quentin), Rotterdam, 25 octobre 2015.

MAS / Anvers / Neutelings & Riedijk (1999-2011)

Photos de Roussel (Quentin), Anvers, 21 septembre 2012.

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En ce qui concerne le verre, l’architecte néerlandais met en œuvre une forme contemporaine de verre ondulé à la Casa da Musica de Porto (1999-2005). Il s’agit ici de rompre avec la forme classique des salles de concert aveugles et tournées sur elles-mêmes, pour s’ouvrir vers la ville et d’autres espaces du bâtiment via des grandes baies de verre ondulé. Ce matériau est également utilisé en 2011 par les architectes de l’agence Neutelings & Riedijk au Museum Aan de Stroom d’Anvers. Il s’agit de « plaques de verre cintrées en S de 5,5 mètres de hauteur et 1,80 mètres de largeur, dont les ondulations atteignent 60 centimètres »211 : ce nouveau produit est donc un mélange entre l’ondulation du « VERONDULIT » et la hauteur du « PROFILIT ». Au MAS, la légèreté et la discrétion du verre s’opposent aux masses suspendues qui accueillent des salles d’exposition. Cette imposante tour en grès rouge s’apparente à un immense bloc sculpté, dont la cavité continue est délimitée de l’extérieur par une peau ondulante en verre. Dans une toute autre dimension, on retrouve un bandeau de verre discontinu à la manière de l’église SainteAgnès. Cet espace hélicoïdal, menant du parvis à une terrasse dominant la ville, est conçu comme une promenade urbaine publique tournant autour d’un noyau central. Chaque étage offre une vue inédite sur Anvers et l’Escaut à travers le prisme du verre ondulé qui peut transformer les perspectives ou refléter le paysage urbain selon l’angle de vue adopté. Ainsi, le choix du verre ondulé pourrait s’expliquer par son esthétique qui renvoie directement à un plan d’eau animé, tel les bassins historique qui entourent ce musée notamment dédié à l’histoire portuaire de la ville.

Afin d’enrichir ce travail, il n’est pas négligeable de vouloir se tourner vers des sources techniques n’étant pas affiliées à Saint-Gobain. Il s’agirait de confirmer ou de réfuter des commentaires très élogieux à visée publicitaire. Il peut s’agir de fabricants concurrents, de revendeurs ou d’entreprises du bâtiment ayant côtoyé le matériau. Dans ce sens, la rencontre de différents architectes ou ingénieurs, ayant mis en œuvre du verre ondulé ou des produits similaires de l’après-guerre aux années 1980, serait la bienvenue. Il semblerait aussi pertinent d’interroger les usagers de ces édifices afin de connaître le souvenir qu’elles gardent d’espaces éclairés, naturellement ou artificiellement, par l’intermédiaire de ce produit translucide. Enfin, il faudrait également échanger avec les gestionnaires de ces constructions pour comprendre les raisons qui les motivent à remplacer ou non ce produit disparu par un dispositif contemporain. 211

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Numéros consultés : 40 (1993), 125 (2002), 204 (2 011).

- Archiscopie (2000 - ) Numéro consulté : 111 (2012).

- Architecture d’aujourd’hui (1930 - ) Numéros consultés : 4, 5, 6 (1946), 44 (1952), 47 (1953), 71 (1957), 78 (1958), 86 (1959), 94 (1961), 119 (1965), 121 (1965), 122 (1965), 137 (1968), 141 (1968), 148 (1970), 158 (1971), 164 (1972).

- Architecture de lumière (1964-1973) Numéros consultés : 11 (1964), 12, 13, 14, 15, 16, 17, 19, 20, 25, 26 (1973).

- Architecture de lumière, le courrier du verre (1973-1974) - Bâtir : revue technique de la fédération nationale du bâtiment (1950-1975) - Cahiers thématiques Numéros consultés : 2 (2002), 10 (2010).

- Chambourcy Actualités Numéro consulté : juillet-août-septembre (2014).

- Colonnes - D’Architectures (1989 - ) Numéros consultés : 72-79 (1997)

- Glaces et verres (1927-1966) - L’architecture française (1940-1975). Numéros consultés : 97-98 (1950), 111-112 (1951), 125-126 (1952), 133-134 (1953), 135-136 (1953), 151-152 (1955), 153-154 (1955), 155-156 (1955), 157-158 (1955), 163-164 (1956), 179-180 (1957), 183-184 (1958), 213-214 (1960), 215-216 (1960), 217-218, 267-268 (1964), 305-306 (1968), 317-318 (1969), 329-330 (1970), 331-332

- L’art sacré (1947-1969) Numéros consultés : 5-6 (1957).

- La revue de l’aluminium (1945-1969) - La technique laitière (1952-1985) - La vie en Champagne (1953 - ) Numéros consultés : 34-36 (1956), 54-55 (2008), 81 (2015).

- Le bâtiment et Saint-Gobain (1959-1963) Numéros consultés : 1 (1959), 2 (1959), 4, 6, 7 (1962), 8 (1962), 10 (1963).

- Le bulletin Péchiney (1950-1971) - Le courrier du verre (1966-1972) Numéros consultés : 8 (1968) à 24 (1972).

- Le Jardin des Arts (1954-1973) Numéro consulté : 28 (1957).

- Le Monde (1944 - ) - Le moniteur des travaux publics et du bâtiment (1903 - ) Numéro consulté : 4810, 4833 (1996).

- Les cahiers techniques du bâtiment (1980 - ) Numéros consultés : 185 (1997), 211 (2000).

-

Marie-Claire Panneaux de façade et murs-rideaux (1959-1966) Paris Match (1949 - ) Vieilles maisons françaises (1959 - )

Numéro consulté : 235 (2010).

- Zone Européenne de Conversion (1961 - 1978) Numéro consulté : 48 (1970).

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¾ Sophie Lucas - Lucas (Sophie), Entretien avec Michel Marot, enregistrement sonore, vendredi 14 mars 2014. Enregistrement sonore complet de l’entretien avec Michel Marot, alimentant le mémoire de Sophie Lucas : Lucas (Sophie), Le verre textile : histoire croisée de la création d’un matériau et de la recherche d’une nouvelle plastique architecturale, ENSAPL, Lille, 2014. ¾ Archives personnelles de M. Daniel Flament - Compte-rendu du conseil municipal de la commune de Ruitz (Pas-de-Calais) en date du 28/09/1962. - La Voix du Nord (1941 - ) « L’usine Rosy couvrira une superficie de 16 hectares », La Voix du Nord – Edition de Bruayen-Artois, dimanche 18 et lundi 19 juin 1961. « Le préfet du Pas-de-Calais a posé la première pierre de l’usine Rosy, qui emploie 1.500 ouvrières - 2.500, peut-être », La Voix du Nord – Edition de Bruay-en-Artois, 16 juin 1961. - Marie-Claire (1937 - ) Numéros consultés : 67 (1960)

- Paris-Match (1949 - ) Numéros consultés : 465 (1958) à 469, 471, 472, 476 à 483, 486, 490, 494, 496, 498, 500, 515 (1959), 563, 585 (1960), 591 à 595, 597 à 600, 611, 614 (1961) à 617, 619, 621.

- Rustica – Journal universel de la campagne (1928 - ) Numéros consultés : série n°6 (26 numéros) du n°27 (03/07/1955) au n°51 (18/12/1955).

¾ Archives de l’Institut National de l’Audiovisuel consultées à l’INAtheque à Lille - Chaslin (François), « A propos du Grand Paris – Rencontre avec Michel Marot, architecte, Grand prix de Rome 1954 », Métropolitains, émission radiophonique diffusée le 4 mars 2009 à 10h, France Culture, 1h. « A 34’15, Michel Marot évoque ses activités rurales lorsqu’il était jeune ; son intérêt pour l’architecture rurale ; évocation de son parcours professionnel ; son séjour aux Etats-Unis ; à 39’, comment il a obtenu le Grand prix de Rome en 1954 ; ses travaux sur le paysage ; à 42’, il décrit l’église Sainte-Agnès à Fontaine-les-Grès (Aube) qu’il a construite. »

¾ Archives de la compagnie de Saint-Gobain consultées au centre d’archives de l’entreprise à Blois Archives CSG HIST 00012/151 - Fabrication et utilisation du verre ondulé armé ou non armé. 1937-1940. 1937-1942 CSG HIST 00007/020 Europe. Glacerie de Franière (Belgique) : compte rendu de visite, plan, rapport, note et correspondance relatifs aux : - Démarrage de la fabrication du verre ondulé (Verondulit), 1955-1957. 1951-1960 SGV HIST 00003/005 Verre ondulé : - Pose du verre ondulé armé : note ; plan. 1951-1958. - Fixation par crochets des plaques ondulées posées en toiture : brevet d'invention ; note relative à l'examen des brevets. 1956. - Verre ondulé armé : note relative aux renseignements techniques ; plan. 1958-1960. - Etude d'un nouveau profil Verondulit : note. 1961-1963. 1951-1963

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SGV 00005/015 SGV 00071/020 SGV HIST 00004/004 Promotion et publicité : - Elaboration du mémento des produits à destination des architectes et des sociétés : fiche de renseignements des sociétés ; brochure sur les méthodes de pose du Verondulit ; correspondance. 1960. 1959-1964 SGV HIST 00004/015 Verre ondulé - Choix du nouveau profil Verondulit : étude ; dépliant sur les nouveaux emplois du verre ondulé armé Verondulit ; tableau des prévisions de ventes de la Compagnie de Saint-Gobain pour 1963 ; tableau sur la détermination du taux de la prime de fin d’année ; correspondance. 1957-1964. - Proposition du nouveau tarif pour le verre ondulé armé : étude ; questionnaire effectué auprès d’utilisateurs en ce qui concerne le choix du nouveau profil ; tarif national de revente des ardoise, panne et verre ondulé ; catalogue du tarif Verondulit types A et G ; correspondance. 1961-1963. 1957-1964 SGV HIST 00005/015 Verres coulés, verres ondulés : - Fabrication : note ; schéma de chaussage du verre ondulé ; croquis du verre ondulé type G. 1960-1965. - Essais : compte rendu ; photographie ; note. 1964-1967. - Méthode de pose, accessoires : note ; correspondance ; plan de crochet et plan de pose des crochets ; plaquette Pegumatic de pose des crochets pour verres ondulés armés (VOA). 1964-1965. - Tarif Verondulit, 1961-1964. - Utilisation, norme : fiche commerciale du Verondulit armé ; norme Verondulit ; note ; notice sur le Verondulit armé types A et G. 1956-1964. - Prix de revient, rentabilité : note, 1965. - Brevets et marques : note ; brevet. 1950-1965. - Enquêtes sur l'utilisation du verre ondulé non armé : compte rendu ; note. 1963. - Références : note ; photographie du magasin de l'usine de Rantigny (Oise) après incendie. 1965. - Réclamations : compte rendu de visite ; correspondance. 1956-1964. - Nouveaux profils : étude ; dessin ; note. 1963-1964. - Ridover : fiche technique ; note ; compte rendu d'essais ; plan. 1965-1967. - Verondulit armé type A 6 ondes 1/2 : note ; correspondance. 1964-1965. A noter : Mentions de chantiers dans les dossiers : - Références ; - Réclamations. 1950-1967 SGV HIST 00007/031 - Glacerie de Saint-Gobain. Réunion verre ondulé : compte rendu de réunion, 1962. - Verre ondulé armé (VOA), Verondulit, Ridover et Profilit. Commercialisation et techniques de pose : courbe des ventes sur le marché français pour 1947-1957 ; état des stocks du VOA type D anglo-hollandais à la Glacerie de Saint-Gobain, 1957 ; étude sur de nouveaux profils de verres ; étude de TECMAVER sur l'emploi du VOA dans le bâtiment, 1966 ; plan de nouveaux profils ; compte rendu de réunion ; note ; correspondance ; brochure. 1957-1972 SGV HIST 00043/052 Politique produits : - Verre ondulé armé (Verondulit) : fiche technique "produit" ; étude de prix ; tarif ; compte rendu de réunion ; schéma de pose, 1956-1962 ; enquête relative aux matériaux ondulés pour toiture en Angleterre, Belgique, France, Pays Bas et Suisse, 1951 ; notice technique ; note. 1951-1969. 1951-1972 SGV HIST 00046/010 Serre : - Verre ondulé (Verondulit) : plaquette ; photographie ; exposé ; note. 1955. 1955-1969 SGV HIST 00049/005 Verre profilé (Ridover, Verondulit, U Glass) : tarif ; plaquette et étude relatives au Ridover ; note. 1966-1978 SGV HIST 00049/005 Verre ondulé (armé et non armé Verondulit) : tarif ; plaquette ; note. 1938-1970 SGV HIST 00071/010 - Verre ondulé armé (bardage vertical) : note sur l'emploi du verre ondulé armé. 1950. - Verondulit (verre ondulé armé) : plaquette publicitaire et publicité, 1952-1979 ; notice technique, 1963-1966 ; rapport et note technique, notice de pose avec plan et fiche produit, 1951-1980. - Verre ondulé pour toiture (verre plat à onde) : * Argumentaire de vente, s.d. * Plaquette publicitaire, s.d. * Les possibilités du verre ondulé : note technique, 1953. * Technique de pose : note technique, 1940 et 1956. * Fabrication du verre ondulé à cinq ondes et demie : note technique, 1979. 1940-1980 SGV HIST 00071/030 Office technique des matériaux verriers (TECMAVER) : - Verre à serre : brochure publicitaire, s.d.

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- Annuaire rassemblant l'ensemble des questions touchant la miroiterie et la vitrerie qui peuvent intéresser prescripteurs, promoteurs et entrepreneurs, 1973. - Liste des entreprises titulaires des certificats de qualité miroiterie-vitrerie, 1970. - Devis descriptif type des travaux de miroiterie et de vitrerie : plaquette, 1968. - Spécification pour la mise en œuvre des matériaux verriers dans le bâtiment : plaquette, 1968. - Le verre ondulé armé. Distribution et emploi : étude de marché, 1966. 1966-1973 CSG 00956/193 - 8748. Moulage : tarif, nouveau tarif (verre ondulé armé), 1965. 1964-1967 CSG 00956/305 - 10079. Notices de poses : brochure verre ondulé, accessoires vendus par Auxiglass, 1971. 1969-1971

Ouvrages BQ 00114.1 Le verre et ses techniques, Alexandrie : Imp. du Commerce, 1963, 158 p. BQ 00114.2 Ingrand Max (Collaborateur), Le verre et ses applications, Alexandrie : Imp. du Commerce, 1963, 158 p. U 00549 Peyches Ivan (Principal). Lajarte Stephane De (Coauteur). Jousselin C. (Coauteur). Levecque Marcel (Coauteur). Touvay Robert (Coauteur). Pillu P. (Coauteur). Chouvin M. (Coauteur). Dubois Monsieur (Coauteur). Tourneur M. (Coauteur). Herbert M. (Coauteur) et Doisneau Robert (Photographe), Les industries verrières, Paris : Dunod, 1966, 276 p. UF 00337 Coulon René André (Préfacier) et Centre De Documentation Saint-Gobain (Collectivité Auteurs), Eclairage naturel et isolation : le matériau verre au service du bâtiment, Paris : R.L. Dupuy, 1953, 337 p.

Documentation imprimée DOC SGV 00001.04 Compagnie De Saint-Gobain. Centre De Documentation (Collectivité Auteurs) Feuillets publicitaires édités par le Centre de Documentation Matignon en 1955 avec les 4 logos verre-chimie-isolants-matières plastiques : - au cinéma comme ailleurs, nous sommes à l'âge du verre... à l'extérieur: façades en Transglace... et Verondulit, à l'intérieur : rideaux et tissus en tissu de verre.... - les applications modernes de la glace et du verre vous permettent de "vivre en lumière"... des miroirs... des briques de verre... des cloisons Verondulit... des portes Clarit... 1955 DOC SGV 00001.12 Compagnie De Saint-Gobain. Centre De Documentation (Collectivité Auteurs) Feuillets publicitaires édités par le Centre de Documentation Matignon en 1960 : - à partir du verre en fusion, Saint-Gobain fabrique... Verondulit 1960 DOC SGV 00013.04 Saint-Gobain (Collectivité Auteurs). Chevojon A. (Photographe) et Papillon A. (Photographe) - verre & industries alimentaires 1 ex., 1953 - verre et bâtiments industriels 2 ex., 1953 - isolation des usines textiles 1 ex., 1953/1957 1953-1957 DOC SGV 00013.05 Saint-Gobain (Collectivité Auteurs) et Papillon A. (Photographe) - Verre et construction rurale 2 ex., 1952 - le verre dans les bâtiments agricoles 2 ex., 1957 - bâtiments agricoles 1 ex., 1954 1952-1957 DOC SGV 00013.06 Saint-Gobain (Collectivité Auteurs). Papillon A. (Photographe) et Chevojon A. (Photographe) - Le verre dans l'installation des bureaux 1956 DOC SGV 00013.07 Saint-Gobain (Collectivité Auteurs) et Papillon A. (Photographe) - Verre et architecture de lumière 1953-1955 DOC SGV 00013.15 Saint-Gobain (Collectivité Auteurs) - Verondulit type G 1957 DOC SGV 00015.10 Compagnie De Saint-Gobain. Centre De Documentation (Collectivité Auteurs) Documentation sur le Verondulit : - les possibilités du verre ondulé (2 ex.,1957/1958) - Verondulit (1 ex., s.d.) - un perfectionnement aux méthodes de poses du Verondulit type G en toiture (1 ex., 1957) 1955-1958

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Photographies 2 PH 03223 Groupe scolaire Ampère II à Grenoble par M. Welti en septembre 1965 et collège en 1961 : construction industrialisée avec façade de type mur-rideau, allèges en Emalit et fenêtres en Triver. Vues intérieures : porte en verre imprimé, salle de classe avec élèves, couloirs avec cloisons en Verondulit. Vues intérieures d'une école de Grenoble : utilisation des produits Listral et verre ondulé 1961-1970 2 PH 03224 Lycée de type construction industrialisée à Villefranche-sur-Saône entre 1961 et 1964 : ossature métallique en montage et bâtiment achevé. Utilisation des produits Emalit, mur-rideau, Triver, Thermolux et Verondulit en cloison intérieure, fenêtres et allèges 1960-1970 2 PH 03554 Ecole de type construction industrialisée à Montfermeil en 1960 : utilisation des produits Emalit en allèges sur murs-rideaux et cloisons en Verondulit. 1960-1960 2 PH 03590 Lycée Pierre Brossolette et collège type construction industrialisée au Havre, réalisé par M. Vernot, dans les années 1960 : utilisation des produits Emalit en allège et Verondulit pour les cloisons 1960-1970 2 PH 04213.01 Ecole industrialisée de Chaville construite selon le procédé Saint-Gobain Aluminium Français (SGAF), architecte René Egger, 1959 : façade-rideau avec grille de façade en allège d'aluminium, allèges en verre émaillé trempé Emalit, vitrages isolants préfabriqués Triver, isolation en fibre de verre ISOVER, étapes de construction des terrassements aux finitions (clichés n°1173, 1181bis) 1959-1959 2 PH 04213.02 Ecole industrialisée de Chaville construite selon le procédé Saint-Gobain Aluminium Français (SGAF), architecte René Egger, 1959 : façade-rideau avec grille de façade en allège d'aluminium, allèges en verre émaillé trempé Emalit, vitrages isolants préfabriqués Triver, isolation en fibre de verre ISOVER, reportage sur les étapes de construction des terrassements aux finitions. 1959-1959 2 PH 04570 Usine Rosy de Ruitz en 1962 : la façade est en aluminium associé à un vitrage en Verondulit 1960-1970 2 PH 04578 Toitures en Verondulit sur des hangars pour avions à Melsbroeck en Belgique en 1954 1950-1960 2 PH 04582 Applications diverses du produit Verondulit type I dans les années 1950 et 1960 : cloisons et murs dans des bâtiments administratifs, guichets de caisse à Chantereine et un magasin 1950-1970 2 PH 04591 Verondulit types A et G : vues prises en studio dans les années 1960 1960-1970 2 PH 04592 Immeuble de la Compagnie Thomson Houston à Bagneux en 1958 : utilisation du produit Verondulit en bardage au rez-dechaussée 1958-1958 2 PH 04597 Usine Fruchauf à Auxerre dans les années 1960 : utilisation du produit Verondulit armé en façade, fourni par Hamelin et réalisation par A. de Saint-Font 1960-1970 2 PH 04604 Présentation du produit Verondulit type I en 1956 1956-1956 2 PH 04611 Eglise Sainte-Agnès à Fontaine des Grès en 1965 : utilisation du produit Verondulit en façade 1960-1970 2 PH 04613 Façade d'un lycée de garçons à Reims en 1959 : utilisation du produit Verondulit pour un auvent longeant toute la façade 1950-1960 2 PH 04644 Bâtiments des Charbonnages Unis, près de Mons, dans les années 1950 : utilisation du produit Verondulit en bardage vertical 1950-1960 2 PH 05919 Ecole de type construction industrialisée à Corbeil Essones en 1961, réalisée par la société Saint-Gobain Aluminium Français : façades en mur rideau avec allège en aluminium et Emalit. Vues intérieures d'une salle de jeux avec cloisons en Verondulit 1960-1970 2 PH 05924 Ecole de type construction industrialisée à Sens dans les années 1960, réalisée par la société Saint-Gobain Aluminium Français : vue intérieure d'une classe avec cloisons en Verondulit 1960-1970 2 PH 06847.01

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Références commerciales de Saint-Gobain Vitrage de constructions scolaires et médicales : - Ecole de Clamart, s.n., s.d. : salle de classe équipée de Verondulit (cliché n°1266) - Centre d'Apprentissage, Puteaux, s.n., 1956 : sheds en Verondulit (cliché n°6243 / 05 203 56 3) 1954-1956 2 PH 06847.02 Références commerciales de Saint-Gobain Vitrage entre 1955 et 1965 de constructions scolaires : - Hôpital militaire Beguin à Saint-Mandé : Listral et Verondulit armé - Hôpital Le Vignotier à Lyon : Névada, Verondulit et Listral 1955-1965

¾ Archives départementales du Pas-de-Calais consultées au centre d’archives Georges Besnier à Arras Photographies

1 W 47957 > 2-2-1-23-1-5 Inventaires des constructions importantes et des grands travaux inaugurés ou mis en chantier depuis 1958 : Ruitz – Usine des Gaînes Rosy – Vue aérienne de l’usine. « La région de Bruay prépare son avenir », Zone Européenne de Conversion, n°48, septembre 1970. Reconversion : Extension et implantation d’industries dans le secteur de Bruay-Auchel. 1964-1970

Archives 1224 W 147 > 2-2-1-14-4-1 Dossier économique. Diverses coupures de presse, fiches des renseignements généraux à propos de la situation économique de l’usine et des mouvements sociaux (grèves, syndicats). Transfert du CAT de Beuvry à Ruitz avec la création de 60 places en plus. / 9. M3 DIM/ROSY : Acquisition de l’usine par l’HPA/AFDPED (mars 1977). Correspondance, réunions, promesses d’achats, plans de transformation du bâtiment. 1977 1222 W 3 > 2-2-1-13-3-4 32142 ROSY : Ensemble industriel de décentralisation de la société ROSY – Usine de Ruitz par Bruay – Pas-de-Calais. Bureau d’études techniques A. de SAINT FONT. Permis de construire : ensemble de plans et coupes, descriptif sommaire. Demande, avis favorable, arrêté du maire. 1961

¾ Archives départementales de l’Aube consultées à Troyes Cartes postales 8 FI 4884 - Fontaine-les-Grès (Aube), l’Eglise, Edit. Marquis, Troyes. 8 FI 4885 - Fontaine-les-Grès (Aube), l’Eglise, Flogny, phot., Savières (Aube). 8 FI 9143 - 2983 - LES GRES (Aube). (Commune de Fontaine-les-Grès). Eglise Ste-Agnès – Arch. Michel Marot Grand Prix de Rome 1954. Photo CL. MOIGNARD, Rouen. SAPDEM Paris. 8 FI 9144 - Ibidem. 8 FI 9145- 2980 - LES GRES (Aube). (Commune de Fontaine-les-Grès). Eglise Ste-Agnès – Arch. Michel Marot Grand Prix de Rome 1954. Photo CL. MOIGNARD, Rouen. SAPDEM Paris. 8 FI 9146- 2994 - LES GRES (Aube). (Commune de Fontaine-les-Grès). Eglise Ste-Agnès – Arch. Michel Marot Grand Prix de Rome 1954. Photo CL. MOIGNARD, Rouen. SAPDEM Paris.

Ouvrages HB 1807 Eglise Sainte-Agnès. Fontaine-les-Grés Aube. 20 Kms de Troyes. Route de Paris. 1956. Imprimerie Paton. 36J201 Moreira (Gaëlle), Fontaine-les-Grès, village Doré-Doré, Troyes, 2010. Mémoire de Master 2 – Sauvegarde et valorisation du Patrimoine Culturel et Environnemental. Centre universitaire de Troyes (université de Reims). Sous la direction de Jérôme Buridant. BM 1756 Busson (Blandine) dir., David (Véronique), Une dynastie de peintres verriers. Les Brière à Levallois-Perret, Conseil général des Hauts-de-Seine, 2010. BM 1880 Adnot (Philippe), Herold (Michel), L’art du vitrail – L’Aube remarquable, Conseil général de l’Aube, 2014.

Articles 11 PG 20-2010 Humbert (Jean-Louis), « Fontaine-les-Grès. L’empreinte Doré-Doré », Vieilles Maisons Françaises, n°235, décembre 2010, p.46-49. 1241 PL532 Raynaud (Pierre), « DD et Fontaine-les-Grès vivaient l’un pour l’autre », Libération-Champagne, mercredi 26 juillet 2006, p.2.

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5 PL 2 « L’église Sainte-Agnès de Fontaine-les-Grès », La Vie en Champagne, numéro 36, juin 1956, p.12-13. 57 PL 7 - Humbert (Jean-Louis), « Fontaine-les-Grès, village Doré-Doré », La Vie en Champagne, n°54, avril 2008, p.60-61. - David (Véronique), « Les vitraux de l’église Sainte-Agnès de Fontaine-les-Grès (Aube) », La Vie en Champagne, n°55, numéro spécial, juin 2008, p.58-63. 57 PL 10 Humbert (Jean-Louis), « Dix questions à ... Jean-Pascal Lemeunier », La Vie en Champagne, n°81, janvier-mars 2015, p.56-59.

¾ Archives municipales de Villeneuve d’Ascq 130 13 EP 90 Dossier de remise / dossier contentieux étanchéité des menuiseries : construction d’un centre social & locaux de mouvements. 131 13 EP 91 Dossier demande de subvention / dossier des correspondances : construction d’un centre social & locaux de mouvements. 9 EP 73 Dossier demande de subvention : construction d’un centre social & locaux de mouvements. 5 W 128

¾ Fonds documentaire de la DRAC Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine au sujet de l’église Sainte-Agnès de Michel Marot, constitué par M. Gilles Vilain, Chargé de la protection des monuments historiques et Secrétaire de documentation – Pôle Patrimoine – CRMH. Consulté au site de Châlons-en-Champagne. Ouvrages

e

Galli (Roland), Patrimoine du XX siècle en Franche-Comté, Besançon, Néo éditions, septembre 2009. CA 220 Callias Bey (Marine), David (Véronique), Herold (Michel), Vitrail, peinture de lumière, Lieux Dits, juin 2006, 184 p.

Articles David (Véronique), Protection du mobilier de l’église Sainte-Agnès de Fontaine-les-Grès dans l’Aube, 6 p. Desmoulins (Christine), « Michel Marot, les couleurs de la modernité », Vieilles Maisons Françaises, n°246, novembre 2012, p.27-29. Gori (Vincent), « La cité du vitrail - Le vitrail en constante évolution », L’est éclair, 8 juin 2014. Laville (Jean-François), « Doré-Doré : le catholicisme social à Fontaine-les-Grés », L’est éclair, lundi 26 septembre 2011, p.2. Waser (Marie-France), « Fontaine-les-Grès : Une transaction immobilière sans précédent dans la commune », Libération Champagne, 3 octobre 2001. « Fontaine-les-Grès : Sainte-Agnès, un monument historique », L’est éclair, 20 août 2010. « Fontaine-les-Grès : L’église Sainte-Agnès a 50 ans », L’est éclair, 28 septembre 2006. « Fontaine-les-Grès : L’église Sainte-Agnès va fêter ses cinquante ans », L’est éclair, 4 juin 2006. « Le groupe Doré Doré en cessation de paiement », Le Monde, jeudi 24 octobre 2002, p.23. « Stade, logements, l’église... Un patrimoine qui change de mains », Libération Champagne, 26 juillet 2006.

Documentation et archives Dossier de protection au titre des monuments historiques de l'égliseSainte-Agnès de Fontaine-les-Grès (Aube) - Sous dossier : « arrêté ». Inscription au titre des Monuments Historiques en 2010. - Sous dossier : « recensement des monuments anciens de la France par Gilles Vilain ». Description de l’édifice, chronologie précise, bibliographie, comptes rendus des commissions. - Sous dossier : « photographies ». Reproduction de photographies de l’église datées de juillet 2009. Photographies d’archives personnelles de Michel Marot : esquisses / plans / coupes / maquettes du projet. - Sous dossier : « documentation ». Cartes postales. Correspondances : équerre d’argent, biographie de Michel Marot.

Photographies M. GILLES VILAIN – 27 et 28 juillet 2009 – Fontaine-les-Grès (Aube) - Série de 245 photographies numériques de l’église moderne Sainte-Agnès à Fontaine-les-Grès(1955) : alentours, extérieur, intérieur dont espaces annexes, charpente, mobilier, détails, vitraux. - Série de 21 photographies numériques de l’église ancienne Saint-Nicolas de Fontaine-les-Grès : extérieurs, intérieurs, vitraux.

- Série de 4 photographies d’un équipement de l’usine Doré-Doré à Fontaine-les-Grès : extérieur, détail.

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ANNEXE 1 : Amiante ciment ondulé Suisse, profil d’une plaque ondulée (1951). Leglise, Service technico-commercial de la compagnie de Saint-Gobain, Verre ondulé armé – Enquête sur les matériaux ondulés pour toiture en France-Belgique-Hollande-Angleterre et Suisse, Paris, 17/12/1951. Archives de SaintGobain : SGV HIST 043/052, Politiques et méthodes commerciales – Politiques par produits - Verres ondulés. Planche issue de la partie consacrée à l’amiante-ciment : les profils « grandes ondes » et « petites ondes » correspondent également aux profils français. La société Eternit étant implantée dans ces deux pays.

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ANNEXE 2 : L’amiante à Saint-Gobain, extrait d’un rapport parlementaire (2005) Dériot (Gérard), Godefroy (Jean-Pierre), Mission commune d’information, première partie « Un drame évitable ? », sous parties « I. Une différence singulière face à une menace connue de longue date / A. L’utilisation intensive de l’amiante en France / 2. Les raisons de son utilisation intensive : le ‘’magic mineral’’ », Le drame de l’amiante en France : comprendre, mieux réparer, en tirer des leçons pour l’avenir, rapport d’information n°37 (2005-2006), Paris, Sénat, 26 octobre 2005. http://www.senat.fr/rap/r05-037-1/r05-037-15.html, travail parlementaire consultable sur le site senat.fr, mis en ligne le 26/10/2005, consulté le 28/04/2016. « Le matériau à base d'amiante le plus répandu est l'amiante-ciment. Il s'agit du matériau le plus utilisé en France dans le second oeuvre depuis la fin des années 1960, et c'est aussi l'un des matériaux de couverture les plus répandus dans le monde. L'amiante à Saint-Gobain La compagnie Saint-Gobain a occupé un rôle leader sur le marché français et même au-delà, grâce à ses filiales, aux Etats-Unis et au Brésil en particulier, où elle avait acquis des mines d'amiante. Au cours de son audition, M. Claude Imauven, directeur général adjoint de la Compagnie et directeur du pôle produits pour la construction, a retracé l'histoire de l'amiante à Saint-Gobain. Saint-Gobain comporte trois branches historiques : - la branche canalisation, essentiellement la société Saint-Gobain PAM, anciennement Pont-à-Mousson ; - la branche isolation, connue en France essentiellement avec Saint-Gobain Isover ; - les activités de la branche matériaux de construction, en grande partie héritière du passif d'utilisation de l'amiante. L'amiante est entré dans le groupe avec la société Everitube qui fabriquait des tuyaux et des plaques en amianteciment, lors de la fusion avec Pont-à-Mousson en 1970. Pont-à-Mousson, qui fêtera ses 150 ans en 2006, a toujours été axée sur la fonte. Au début du XX e siècle, une concurrence avait vu le jour, essentiellement avec la société française Everite, qui commençait à mettre sur le marché des produits, de moins bonne qualité que la fonte, mais bien meilleur marché, qui étaient les tuyaux d'amiante-ciment. Ces tuyaux, utilisés pour l'assainissement et l'adduction d'eau potable, constituaient une concurrence redoutable pour Pont-à-Mousson. Les directions de l'époque ont jugé qu'il fallait réagir et prendre pied sur ce segment de marché. La première usine avait été créée, en dehors de Saint-Gobain, par Everite en 1917. Il s'agissait de Bassens, mais les titres ont été acquis par Pont-à-Mousson en 1933. En 1924 a été créée l'usine de Dammarie-les-Lys. Il y a alors eu fusion entre Everite et la société Sitube, avec la création d'Everitube, partie de Pont-à-Mousson. Une troisième usine est créée en 1964 par Everitube, l'usine de Descartes, puis une quatrième en 1966, Andancette. Ce sont les quatre premières usines historiques, destinées à fabriquer des tuyaux qui venaient compléter la gamme de Pont-à-Mousson. En 1971, l'usine de Saint-Etienne-du-Rouvray est créée et, en 1972, après la fusion avec Saint-Gobain, on assiste à des reclassements de titres. Everitube quitte Pont-à-Mousson et devient partie de Saint-Gobain Industries, avec différents changements de noms, et élargissement de la gamme à des produits de couverture. Des restructurations internes conduisent, en 1981, à l'arrêt et à la fermeture de Saint-Etienne-du-Rouvray, de SaintEloy-les-Mines en 1984, de Bassens en 1987. A ce moment, Everitube, qui ne fabrique plus de tubes, prend le nom d'Everite et, en 1989, la dernière usine qui fabriquait des tuyaux, Andancette, change à nouveau de propriétaire interne au sein de Saint-Gobain, revenant à Pont-à-Mousson. En 1993, Dammarie-les-Lys ferme et, en 1996, la production d'amiante-ciment cesse à Descartes, puis l'usine d'Andancette ferme, en raison de l'interdiction de l'amiante à compter du 1er janvier 1997. La partie amiante-ciment relevait de la branche matériaux de construction, qui représentait environ 10 % du chiffre d'affaires. « La part de l'amiante-ciment à l'intérieur des matériaux de construction a toujours représenté quelques pour cent du chiffre d'affaires » selon M. Claude Imauven. Il y a actuellement entre 250 et 300 cas de salariés ou anciens salariés de Saint-Gobain touchés par une maladie causée par l'amiante. »

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ANNEXE 3 : Publicités et plaquettes 1- 1946

2- 1950

4- 1953

5- 1955

8- 1955

9- 1955

3- 1950

6- 1955

10- 1956

7- 1955

11- 1956

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12- 1958

13- 1958

15- 1960

16- 1960

18-

19-

14- 1958

17- 1960

20- 1968

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SGV HIST 00013 / 005. (1952, 2 p.)

SGV HIST 00013 / 005. (1953, 4 p.)

SGV HIST 00013 / 004. (1953, 4 p.)

SGV HIST 00004 / 015. (1953, 6 p.)

SGV HIST 00013 / 004. (1953, 4 p.)

SGV HIST 00049 / 005. (1971, 6 p.)

1- Architecture d’Aujourd’hui, n°4, janvier 1946 ; n°6, mai-juin 1946. 2- L’architecture française, n°97-98, 1950. 3- Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 00071 / 010. 4- L’architecture française, n°135-136, 1953. 5- Archives de Saint-Gobain : SGV 00001 / 004. 6- Archives de Saint-Gobain : SGV 00001 / 004. 7- Archives de Saint-Gobain : SGV 00001 / 004. 8- Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 00071 / 010. 9- Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 00071 / 010. 10- Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 00071 / 010. 11- Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 00071 / 010. 12- Paris Match, n°466, samedi 15/03/1958, p. 76. Archives personnelles de M. Daniel Flament. 13- Paris Match, n°479, samedi 14/06/1958, p. 10. Archives personnelles de M. Daniel Flament. 14- Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 00071 / 010. 15- Moniteur des Travaux Publics, novembre 1960 ; Usine Nouvelle, novembre 1960. Archives de Saint-Gobain : SGV 00001 / 012. 16- Moniteur des Travaux Publics, août-septembre 1960 ; Usine Nouvelle, juillet-août,-septembre 1960. Archives de Saint-Gobain : SGV 00001 / 012. 17- Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 00071 / 010. 18- Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 00071 / 010. 19- Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 00071 / 010. 20- Archives de Saint-Gobain : SGV HIST 00049 / 005.

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ANNEXE 4 : Principe de pose du « VERONDULIT »

V.O.A. Type A

Source : Coulon René André (Préfacier) et Centre De Documentation Saint-Gobain (Collectivité Auteurs), Eclairage naturel et isolation : le matériau verre au service du bâtiment, Paris : R.L. Dupuy, 1953, p. 267-271. Archives de Saint-Gobain : UF 00337

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V.O.A. Type G.

Source : Ibidem, p. 272.

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ANNEXE 5 : Chronologie de l’usine Rosy de Ruitz et coupures de presse. 212 Fin 01/1961 : Elaboration des documents graphiques du projet par le B.E.T. De Saint-Font. En parallèle, Rosy transforme un bâtiment mis à disposition par les Houillères du Nord à Bruay-en-Artois en centre d’apprentissage pour sa future main d’œuvre féminine. 17/02/1961 : Demande de PC effectuée par le B.E.T. André De Saint-Font. 22/03/1961 : Avis favorable de la mairie de Ruitz. 19/05/1961 : Arrêté du maire de Ruitz. 16/06/1961 : Dépôt de la première pierre de l’usine par le préfet en présence des élus et acteurs économiques locaux ainsi que du président de la société Rosy. 13/11/1961 : Lancement d’une partie de la production. 1961 : Bâtiment pour 1600 salariés, occupé par 500 personnes. 15/01/1969 : « 375 ouvrières sur 450 de la firme Rosy, à Ruitz à Ruitz (Pas-de-Calais), ont fait grève deux heures, [aujourd’hui], à l'appel des syndicats, pour protester contre la cadence de fabrication imposée. ». Source : « Conflits sociaux », Le Monde, 17/01/1969. Article consulté sur lemonde.fr le 23/05/2016. http://www.lemonde.fr/archives/article/1969/01/17/conflits-sociaux_2421719_1819218.html#SPPrpSM1W3bqFxMD.99.

12/1973 : La société ROSY est absorbée par DIM au cours de l’année 1973 pour devenir la nouvelle entité DIM - ROSY S.A. au mois de décembre. 1975 : 360 travailleuses sur le site de Ruitz. 10/1976 : Mise en vente du bâtiment par la société DIM - ROSY. Février - mars 1977 : Grève des ouvrières de l’usine DIM - ROSY de Ruitz. « Remous provoqués [...] par la divulgation prématurée et non préparée de la cession de l’usine DIM - ROSY. D’une part, en effet l’association des parents de l’enfance inadaptée était à la recherche d’un ensemble immobilier permettant le transfert du C.A.T. installé à Beuvry dans des locaux insuffisants et ne répondant pas aux normes de sécurité. D’autres part, la société DIM - ROSY avait mis en vente [...] l’usine de Ruitz apte à recevoir plus d’un millier de personnes et qui n’en employait plus que 250 environ.». 26/07/1977 : Promesse d’achat entre la société DIM - ROSY et l’A.P.E.I. de Béthune. Acquisition du bâtiment par l’A.P.E.I. 232 travailleuses sur le site de Ruitz. 05/09/1977 : Tenue d’une réunion, « sous la présidence du sous-préfet, consacrée aux modalités d’une éventuelle acquisition par l’A.P.E.I. de l’usine DIM - ROSY ». En présences de représentant locaux, du président de l’A.P.E.I., du directeur du C.A.T. Beuvry et du PDG de DIM - ROSY. 20/09/1977 : Le C.A.T. « CEDATRA » transmet au Sous-Préfet de Béthune un « plan conforme à la promesse d’achat du 26 juillet 1977 ». Il prévoit une première phase où DIM - ROSY occupe un tiers des locaux et CEDATRA le reste, puis une seconde phase entièrement occupée par CEDATRA. 08/11/1977 : L’A.P.E.I. de Béthune espère procéder l’an prochain au transfert du C.A.T. de Beuvry à Ruitz dans une partie des locaux des Ets DIM - ROSY. Cela permettra la création de 60 places en plus. 12/02/1978 : Jacques Mellick, maire de Béthune, parle de la « prochaine implantation du C.A.T. à Ruitz ». 2001 : L’usine DIM - Rosy de Ruitz est menacée de fermeture par la direction du groupe, invoquant des « problèmes de compétitivité ». Conflits sociaux. 2002 : Arrêt de l’activité DIM - ROSY à Ruitz et suppression des 160 derniers emplois. 2016 : CEDATRA est toujours l’actuel occupant des lieux. 212

Chronologie réalisée à partir du dossier économique des archives départementales (1224w147 - 2211441), des articles La Voix du Nord précédemment cités et d’une revue de presse locale non référencée (article du début des années 1960) issue du site internet histoires-de-chtis.com. http://www.histoires-de-chtis.com/index-photo-3547-Photos_rosy-a-bruayretrospective-partie-1.php : « Rosy à Bruay, rétrospective partie 1 », Cavaz, mis en ligne le 28/12/2005, consulté le 22/04/2016. (Cliquer sur la flèche en bas de l’article pour accéder aux reproductions).

Selon les documents, il est mention alternativement de l’A.P.E.I. de Béthune ou Beuvry, deux communes qui étaient fusionnées à l’époque.

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« Le préfet du Pas-deCalais a posé la première pierre de l’usine Rosy, qui emploie 1.500 ouvrières 2.500, peut-être », La Voix du Nord – Edition de Bruayen-Artois, 16 juin 1961. Archives personnelles de M. Daniel Flament.

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« L’usine Rosy couvrira une superficie de 16 hectares », La Voix du Nord – Edition de Bruay-en-Artois, dimanche 18 et lundi 19 juin 1961. Archives personnelles de M. Daniel Flament.

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ANNEXE 6 : Interview de Michel Marot par François Chaslin. Chaslin (François), « A propos du Grand Paris – Rencontre avec Michel Marot, architecte, Grand prix de Rome 1954 », Métropolitains, émission radiophonique diffusée le 4 mars 2009 à 10h, France Culture, 1h. Source : archives de l’Institut National de l’Audiovisuel consultées à l’INAtheque à Lille _______________________________

DESCRIPTION DU CONTENU PAR L’INA : à 34'15, Michel Marot évoque ses activités rurales lorsqu'il était jeune ; son intérêt pour l'architecture rurale ; évocation de son parcours professionnels ; son séjour aux Etats unis ; à 39', comment il a obtenu le Grand prix de Rome en 1954 ; ses travaux sur le paysage ; à 42', il décrit l'église Sainte-Agnès à Fontaineles-Grès (Aube) qu'il a construite. _______________________________

« Michel Marot : Avant d’être Prix de Rome, j’étais très rural. [Il a étudié à l’atelier Leconte puis l’a repris. Enseignant de 1965 à 1995, pendant 30 ans. Il a eu une bourse et a été à Harvard : changement considérable, il a connu Gropius (urbanisme).]

Michel Marot : L’urbanisme m’avait intéressé, d’ailleurs à l’école des Beaux-Arts, j’avais fait ça comme d’autres mais très peu. Mes amis, mes copains, me disaient « Mais qu’est-ce que tu vas faire de l’urbanisme ? Y’a que les imbéciles qui font ça ! » Donc c’était très négligé. Et moi je trouvais ça essentiel après la guerre, on voyait bien ce qui allait devenir : l’architecture de masse, des problèmes massifs que l’on avait à traiter. Donc j’ai eu la bourse grâce à l’urbanisme. François Chaslin : Est-ce que ça vous a transformé ? Parce que vous êtes resté combien de temps, un an ou deux là-bas ? M.M. : Un an. F.C. : Puis vous revenez à Paris et vous passez le prix de Rome et le remportez. Vous êtes bien entre deux cultures tout à fait différentes l’une de l’autre. M.M. : Là-bas il y avait les moyens, on était bien installé, alors qu’aux Beaux-Arts c’était le camping. J’ai trouvé que ce qui manquait aux Beaux-Arts c’était tous les moyens et le cadre comme j’avais aux Etats-Unis. J’ai fait un grand tour aux Etats-Unis et j’ai vu que tout était mieux financièrement donc je me disais d’abord les finances. […] J’ai pris mon pied aux Beaux-Arts […] F.C. : Sujet du Grand Prix de Rome : un centre de recherche africaine à Canau, Nigéria britannique. M.M. : C’était assez intéressant. [Il fallait imaginer le projet sans aucun document (il imaginait une forêt vierge alors que quasiment désertique). Michel Marot devient ensuite l’architecte de la Villa Médicis en tant que bâtiment en chef des bâtiments civils (3 ans à peu près) : endroit qui l’emporte vers l’orient, pas les ruines antiques romaines. Ca renvoie à la couleur (aquarelle à la couleur).]

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Moi je suis… le ruralisme fait que je suis le paysage. [Composition dans le paysage] Je pensais que la France allait se décentraliser. F.C. : Après la guerre vous avez construit toute sorte de choses, notamment des églises, la plus célèbre étant la première que vous ayez construite. Puis vous en avez construit ensuite à Bar-le-Duc, à Champagne-sur-Seine, l’église Saint-Jean Bosco à Meaux, etc. La plus célèbre c’est Sainte-Agnès à Fontaine-les-Grès dans l’Aube près de Troyes, près de l’endroit où vous étiez né, qui vous a valu l’équerre d’argent longtemps après qu’elle a été achevée (6-7 ans après, c’est assez curieux, on donnait les prix longtemps après). C’est un bâtiment assez curieux parce que, il est une sorte de bâtiment pyramidal avec un toit à 4 pentes et un clocher très très haut, le clocher est en ardoise, le toit du bâtiment pyramidal est en béton armé recouvert de tuilettes anciennes. M.M. : Non, non, non c’est en métal. F.C. : Ah c’est en métal ! M.M. : Oui, oui, c’est une ossature métallique. F.C. : Oui, et recouverte de tuilettes anciennes, donc là on est dans un jeu étonnant aussi. M.M. : Ecoutez, moi j’ai toujours fait l’architecture avec ce que j’ai, avec les gens que j’ai autour de moi etc. D’abord il y avait un stock de tuiles, y avait un terrain triangulaire, etc. C’est donné par le contexte. J’ai eu cette opération, d’ailleurs je vais le dire, parce que on avait confié cette opération à Novarina, mais Novarina a dit « Mais vous connaissez ce jeune qui est aux Etats-Unis ? » il fait « Pourquoi vous l’utilisez pas ? Il est du terroir, prenez le. » Donc grâce à Novarina j’ai fait cette église et donc j’ai fait avec ce que j’avais : un terrain qui avait une forme, un stock de tuiles, enfin j’essayais d’être économique et pis me relier aux granges de l’Aube et les églises avec des clochers pointus, j’ai essayé de marier tout ça. Alors le clocher pointu, j’ai fait participer à l’intérieur en mettant la lumière qui monte du haut, j’avais visité en même temps à la même époque Ronchamp qui se construisait, donc tout ça… J’observe, je prends, je copie, j’aménage. »

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ANNEXE 7 : Coupe de l’école industrialisée de Chaville (1959) et publicité pour le prototype (1960) Source : Le bâtiment et Saint-Gobain, n°2, novembre 1959, p. 14-15.

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ANNEXE 7 : Coupe de l’école industrialisée de Chaville (1959) et publicité pour le prototype (1960) Source : Paris Match, n°563, 23 janvier 1960, p. 6-7.

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ANNEXE 8 : Statistiques de vente - V.O.A., VERONDULIT A-G-I, RIDOVER, PROFILIT.

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Issues de différentes archives de Saint-Gobain : SGV HIST 049.05 (1967-1970) Dossier « Etude de synthèse Ridover (1970) ». Section études de marché du groupe commercialisation ; SGV HIST 007.31 (1957-1972) Graphique des « ventes de verres ondulés sur le marché français, joint à un courrier du 4 janvier 1957 (objet « verres ondulés », direction générale).

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Données « Profilit » non disponibles à cette période

Données non disponibles à cette période


Chronologie Publicités / Projets / Concurrents 1665 : Le titre de « Manufacture Royale des Glaces de Miroirs » est octroyé à la Compagnie Dunoyer sous l’impulsion de Jean-Baptiste Colbert (ministre des finances de Louis XIV). Objectif : le Royaume de France ne doit plus être contraint d’importer du verre de Venise. 1688 : La compagnie concurrente Thévart reçoit le privilège royal de fabrication de glaces de grandes dimensions avec le nouveau procédé du coulage du verre en table. 1692 : Une glacerie de la Compagnie Thévart s’implante dans le village de Saint-Gobain (Aisne) afin de répondre aux quantités importantes de bois nécessaires à cette industrie. 1695 : Les compagnies Dunoyer et Thévart sont réunies, elles prennent progressivement le nom de Compagnie de Saint-Gobain.

1830 : A la suite de la Révolution Française, la Manufacture d’Ancien Régime perd son monopole et se transforme en société anonyme. ème

XIX siècle : Développement d’une activité chimique et ouverture à l’international. Fusions avec des concurrents issus des industries verrières et chimiques.

1932 : Coulée continue. Messieurs Boudin (directeur de l’usine de Saint-Gobain) et Poeymirou (chef du service technico-commercial) veulent mettre au point des plaques de verre ondulé pouvant s’intégrer dans des toitures d’amiante-ciment ondulé. Début des études visant le développement de ce produit. 1933 : 1934 : 1935 : Fibre de verre. 1936 : 1937 : 1938 : Réalisation des premières toitures en verre ondulé armé. 1939-1945 : Mise en sommeil de ces études. 1946 : Commercialisation du « VERRE ONDULE ARME ». 1947 : 1948 : 1949 : 1950 : La production du verre ondulé dépasse les 100.000 m². Recherche d’une dénomination commerciale pour le verre ondulé (« Ondolux »). Publicité « Verre ondulé armé » (L’architecture Française n°97-98) ; Publicité « Verre ondulé pour toiture ». 1951 : Etude de marché des matériaux ondulés pour toiture en France / Belgique / Pays-Bas / Angleterre / Suisse. 1952 : Choix de la dénomination des « différents types de verre ondulé qui ont ou vont être mis en vente sur le marché français ou à l’exportation » :

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Verre ondulé armé « VERONDULIT TYPE A » : onde 177x51 armé dite « grandes ondes » Verre ondulé « VERONDULIT TYPE B » : onde 177x51 non armé dite « grandes ondes »* Verre ondulé armé « VERONDULIT TYPE D » : onde 146x44 armé dite « onde hollandaise »* Verre ondulé « VERONDULIT TYPE E » : onde 146x44 non armé dite « onde hollandaise »* Verre ondulé armé « VERONDULIT TYPE G » : onde 76x18 armé dite « petites ondes » Verre ondulé « VERONDULIT TYPE H » : onde 76x18 non armé dite « petites ondes » * Types de verre ondulé destinés à l’exportation uniquement. Commercialisation du « VERONDULIT TYPE A » et du « VERONDULIT TYPE G ». Usine Renault / Flins / Bernard-Henri Zehrfuss. 1953 : Dépôt des brevets du « VERONDULIT TYPE I ». Commercialisation du « VERONDULIT TYPE I ». Publicité « Un tour d’horizon des produits verriers » (L’architecture Française n°135-136). 1954 : 1955 : Démarrage de la fabrication du « VERONDULIT » en Belgique (Franière). Eglise Sainte-Agnès / Fontaineles-Grès / Michel Marot Architecte. Publicité « 2 solutions pour l’éclairage de vos bâtiments » ; Publicité « Dans les salles de spectacles modernes, le matériau VERRE est irremplaçable » ; Publicité « Les applications modernes de la GLACE et du VERRE vous permettent de vivre en lumière » ; Publicité « Verre armé = sécurité ». 1956 : Atelier de montage Thomson-Houston / Angers / Madelain Architecte ; Centre d’apprentissage / Puteaux. Publicité « Un progrès considérable dans la construction des serres ». Publicité « La lumière augmente le rendement du bétail ». 1957 : Usine Thomson Houston / Bagneux / R.A. Coulon Architecte. ; Usine Sovirel / Bagneux-sur-Loing. 1958 : Ecole industrialisée / Grenoble (Isère) / Welti Architecte ; Usine Fruehauf / Auxerre. Publicité « Dans ce garage : clarté et sécurité ». 1959 : Arrêt de la fabrication du « VERONDULIT » à Franière. Ecole industrialisée / Chaville (Seine et Oise) / René Egger, Belmont, Silvy Architectes. ; Lycée des garçons / Reims. 1960 : Ecole industrialisée / Sens ; Ecole industrialisée / Corbeil Essonne. Publicité « Immeuble - Verre ondulé armé VERONDULIT » (Moniteur des Travaux Publics novembre – Usine Nouvelle novembre) ; Publicité « Hangar - Verre ondulé armé VERONDULIT » (Moniteur des Travaux Publics août, septembre – Usine Nouvelle juillet, août, septembre) ; Publicité « Verre en fusion - Verre ondulé armé VERONDULIT ». 1961 : Etude d’un nouveau profil de « VERONDULIT » afin de relancer ce produit verrier dans un marché encombré par les matériaux plastiques et marqué par l’arrivée prochaine du « PROFILIT ». Usine Rosy / Ruitz Bureau d’études SAINT-FONT. 1962 : 1963 : Etude de marché : consultation et sondage auprès des différents services de Saint-Gobain et des clients afin de choisir le nouveau profil de « VERONDULIT » : proposition de 6 profils différents. Commercialisation du « PROFILIT » (B.S.N.). 1964 : 1965 : Saint-Gobain célèbre son troisième centenaire. Dépôt d’un « modèle de dessin de profil de verre ondulé ». Le « VERONDULIT NOUVEAU PROFIL » devient « RIDOVER ». Baisse des prix du « VERONDULIT » afin de concurrencer les produits plastiques. 1966 : Nouveau mode de pose du « VERONDULIT » : possibilité de percer les plaques au lieu d’utiliser des attaches. Etude TECMAVER sur l’utilisation et l’avenir du verre ondulé armé (étude d’opinion). 1967 : Commercialisation en fin d’année du « RIDOVER » afin de relancer le verre ondulé. 1968 : « RIDOVER » mis à disposition des clients en janvier. Publicité « Nouveau... pour bardage et cloisons verre profilé RIDOVER grande largeur, pose instantanée par emboîtement et clippage ».

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1969 : 6 000 m² de « RIDOVER » vendus contre 80 000 m² de « PROFILIT ». Dernière apparition du « RIDOVER » dans le catalogue Saint-Gobain. 1970 : Etude de marché destinée à « faire le point de la situation du RIDOVER, pour répondre à la question : pourquoi le RIDOVER est-il mal accueilli ? ». Mise en service de l’usine d’incinération du Val d’Eauplet III / Rouen / Jean-Pierre Sevaistre Architecte. En juin, 10 chantiers d’une certaine importance utilisant le « RIDOVER » étaient en cours ou terminés (problèmes répétés de pose et de casse). 1971 : 1972 : Dernière apparition du « VERONDULIT TYPE I » dans le catalogue Saint-Gobain. 1973 : 1974 : 1975 : 1976 : 1977 : 1978 : 1979 : 1980 : Dernière apparition du « VERONDULIT TYPE A et TYPE G » dans le catalogue Saint-Gobain. Arrêt de la production du verre ondulé armé à l’usine de Saint-Gobain (la production du « VOA GRANDES ONDES » est maintenant assurée par les verreries de Blanc Misseron et achetée par Saint-Gobain). 1981 : Apparition du « VERONDULIT TYPE B » dans le catalogue Saint-Gobain. 1982 : 1983 : 1984 : Dernière apparition du « VERONDULIT TYPE B » dans le catalogue Saint-Gobain.

2000 : Arrêt de l’usine d’incinération du Val d’Eauplet III / Rouen / Jean-Pierre Sevaistre Architecte.

2009 : Destruction de l’usine d’incinération du Val d’Eauplet III / Rouen / Jean-Pierre Sevaistre Architecte. 2010 : Inscription aux Monuments Historiques de l’Eglise Sainte-Agnès / Fontaine-les-Grès / Michel Marot Architecte. 2011 : 2012 : Arrêt de l’atelier de montage Thomson-Houston / Angers / Madelain Architecte.

2015 : Saint-Gobain célèbre ses 350 ans.

1960 – 1965 : Les plastiques conquièrent le marché des locaux industriels. Baisse très nette des ventes de VOA. 1965 – 1970 : Reprise des ventes de VOA en raison d’une désaffection des plastiques.

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Frise chronologique

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Le mémoire porte sur l’émancipation d’un « matériau de complément » : la plaque de verre ondulé mise au point par Saint-Gobain dès 1932. Ce produit initialement conçu en complément du panneau amiante-ciment, reproduit ses dimensions afin d’intégrer un apport lumineux à ce système de couverture légère, principalement utilisé en industrie et agriculture. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, le verre ondulé apparait sur le marché et s’éloigne progressivement du but initial en offrant une multitude d’usages, parfois avec une valeur expérimentale (verrière indépendante, bardage, cloison, décoration...). La diversification est incitée par l’évolution du produit devenu « VERONDULIT » (1952) : il s’ouvre à de nouveaux programmes (logement, école, église...). Ce matériau, aujourd’hui disparu, renvoie à l’esthétique des panneaux plastiques. Cela suggère d’appréhender le passage du verre au plastique dans l’architecture et de comprendre la genèse d’un matériau économique répandu. Il s’agit de retracer l’histoire du verre ondulé en portant un regard sur l’architecture des trente glorieuses à travers le prisme de la standardisation et de la lumière naturelle.

This dissertation concerns the empowerment of a “complementary material”: the corrugated glass panel created by Saint-Gobain Company since 1932. At first, this product was designed as a complement to the fibre cement panel. It reproduces its size to integrate a light input to this lightweight roofing system, mainly used in industry and agriculture. After World War II, wavy glass appears on the market and slowly moving away from its original purpose by offering a multitude of uses, sometimes with an experimental value (independent glass roof, siding, partition wall, decoration…). Diversification is incited by the evolution of this product became « VERONDULIT » (1952): it opens to new programs (housing, school, church…). Now extinct, this material refers to the aesthetic of plastic panels. That leads to apprehend the transition from glass to plastic in architecture and understand the genesis of a widespread economical material. It’s about to trace the history of wavy glass with a look at the architecture of The Glorious Thirty through the prism of standardization and natural light.

LUMIERE – VERONDULIT – VERRE SAINT-GOBAIN – STANDARDISATION 163

La plaque de verre ondulé : émancipation d'un "matériau de complément"  

ENSAPL - Mémoire de recherche (Archéologie du projet) : Architecture / Histoire / Saint-Gobain / Verre / VERONDULIT / Lumière / Standardisat...

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