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La Paroles Des Concerne.e.s : Mohamed

La Paroles Des Concerne.e.s : Mohamed

Je suis né avec une maladie. En Syrie, personne n’a réussi à dire à mes parents ce que j’avais réellement. Pendant des années, mes parents sont partis dans plusieurs pays arabes à la recherche d’un médecin qui puisse diagnostiquer ce que j’ai. Mais à chaque fois, on leur disait “il faut attendre, on ne peut rien faire.” Ils savaient que plus le temps passe plus la maladie devenait difficile à contrôler. Mon œil était fermé.

A mes 10 ans, on a fait une demande de visa pour la Jordanie mais sans succès, ils m’ont refusé car j’étais mineur et que je ne pouvais pas voyager tout seul.

Le principal motif qui me poussait à vouloir quitter la Syrie, c'était ma maladie. Mais en 2011, la situation était misérable. C ’était la guerre, il y avait des bombardements, c’était “invivables” j’habitais dans un bâtiment gratte-ciel, devant un emplacement de l’armée syriennes, les bâtiments voisins recevaient des bombardements. Je n'avais que 11 ans et j'ai vu de mes yeux les bombes tomber, les missiles et les avions de chasse qui passaient tout près. J’ai vécu 4 ans de guerre, au début on ne se rendait pas compte que la guerre pouvait durer mais plus le temps passe plus la vie devenait dure, le soir on ne pouvais pas prier. Le ramadan n’était plus le même. On partait à l'école et je ne me rendais pas trop compte de ce qui se passait.

Les écoles étaient parfois ciblées. Quand il y avait des bombardements, on arrêtait le cours et on descendait en bas “le plus bas possible”. Ma deuxième année de collège c’était la guerre et la troisième je n’ai pas pu la faire.

A 14 ans, j’ai quitté la Syrie avec mon père laissant derrière moi ma mère et ma famille. Je suis partie au Liban pour faire une demande de visa pour la France. Mon oncle qui y vivait déjà connaissait ma maladie et me prenait des rendez-vous par ci par là pour voir ce que j’ai. Il m’a conseillé de venir pour pouvoir être diagnostiqué le mieux et pris en charge le plus rapidement possible, c’est pour cela qu’après le refus en Jordanie, je me suis rendu avec mon père au Liban en espérant avoir le visa. Puis, je suis retourné en Syrie en attente de la réponse. Quelques mois plus tard, mon père et moi avons obtenu le visa donc on a pris un vol en direction de celle-ci.

La Mosqueé Umayyad, l'endoit préferé de Mohamed

J’avais 15 ans lorsque je suis arrivé en France. L'accueil n’était pas fameuse, je suis partie en centre de réfugiés le nombre de demandes était limité et c’était sélectif. Il fallait attendre longtemps pour “obtenir le droit de résider sur les terres françaises” ça a pris environ 1 an. Pendant ce temps, j’ai intégré le collège en 2014/2015 en classe d'accueil. J’étais content de retrouver des élèves comme moi qui vont à l’école. Mes camarades sont devenus des amis. Puis, j’ai refait une année de 3eme car je ne me sentais pas encore près à aller au lycée et j’avais des lacunes en Français. Mes professeurs me venaient en aide. Puis en fin de 3ème la professeur d’anglais m’a conseillé de partir au Lycée International de l’est parisien. Je ne connaissais pas ce lycée mais elle m’a dit que je retrouverai l’arabe là bas et j’obtiendrai un bon diplôme de bac. J’avais vraiment envie d’être accepté au Lycée parce que je voulais retrouver l’arabe. Puis j’ai été accepté et je suis sortie avec un Baccalauréat option international Arabe. C ’était une fierté pour moi, une bonne nouvelle, une réussite.

 En France, j’ai pu être prise en charge par des médecins. Ils ont diagnostiqué une maladie rare qui touche les nerfs optique et conduit à des déformations graves et l’apparition d'eczéma. On m’a fait plusieurs opérations, la première en 2014 puis chaque année on m’en fait une pour nettoyer l’infection de mon œil qui était fermé. Aujourd’hui grâce aux opérations que j’ai faites mon œil est ouvert. Le fait d’avoir pu faire des opérations et que mon œil soit ouvert était un changement énorme pour moi. Les médecins me disent que mon œil ne pourra pas être complètement guéri et que là où j’en suis c’est le mieux qu’ils puissent faire. 

Je ne veux pas retourner en Syrie tout de suite car j’aurai des difficultés à m’y intégrer. Pour le moment mes capacités ne me le permettent pas. Je ne pourrais pas travailler là-bas car il me faut plus de diplôme pour espérer obtenir un bon job. La Syrie n’est plus ce qu’elle était, plus le même patrimoine archéologique, plus de sécurité. Après ce que j’ai vécu, la “Syrie signifie à la fois nostalgie, insécurité, destruction et perte”.

En venant en France, je ne pensais pas y résider, je pensais que j’allais me soigner puis repartir mais la réalité des choses m’a poussé à y rester. J’ai pu construire une autre vie mais ce n’était pas facile surtout avec les barrières linguistiques et physiques. 

Heureusement que j’ai rencontré des personnes bienveillantes qui m’ont dirigé et m’ont permis d'avancer. Je suis fier de moi et je garde toujours espoir. Aujourd’hui, je suis étudiant en LLCER arabe littéral et j’ambitionne de faire un BTS en informatique pour devenir informaticien, travailler dans le domaine en tant que programmeur/développeur d’outils informatiques. 

Un événement marquant : j’étais par la fenêtre quand j'aperçois un barrage militaire qui arrête chaque voiture. Un conducteur ne voulait pas s’arrêter alors ils lui ont tiré dessus puis ils ont paniqué car ils ne savaient pas comment cacher cela.