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LE SUCCÈS, ÇA SE CULTIVE! 25 chroniques pour réfléchir et mieux vivre

Tome 2

Pierrette Desrosiers Psychologue


Éditeur Pierrette Desrosiers Psycoaching St-Herménégilde (QC) CANADA J0B 2W0 Canada J0B 2W0 Courriel : pierretted@lincsat.com Site web : www.pierrettedesrosiers.com © 2010, Les Éditions Pierrette Desrosiers Psycoaching Dépôt Légal Bibliothèque et Archives Nationales du Québec 2010 Bibliothèque et Archives nationales du Canada

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives nationales du Canada Desrosiers, Pierrette Le succès, ça se cultive! : 25 chroniques pour réfléchir et mieux vivre ISBN 978-2-923791-01-2 (v.2) ISBN 978-2-923791-02-9 (série) 1. Qualité de la vie au travail. 2. Relations humaines. 3. Agriculteurs – Psychologie. I. Titre HD6955.D47 2010

331.25’6

C2009-942615-3

Auteure : Pierrette Desrosiers Couverture : Christian Simard Correction : Chantal Blanchette, Nathalie Thériault Photographie : Caroline Roy (couverture) Les Comptonales - Bruce Patton Pause-café pour papa (endos)


AVIS

AUX LECTEURS

Ces chroniques se veulent un survol de différents thèmes et multiples situations qui ont alimenté mes consultations. Elles aspirent à être tantôt un éclairage, tantôt une réflexion ou encore soit des pistes de solutions, soit des stratégies ayant été expérimentées par mes clients ou ceux de collègues. Toutefois, en aucun cas, ces chroniques ne pourront remplacer l’avis d’un professionnel en ce qui concerne une situation que vous vivez. Chaque être humain étant unique et chaque circonstance particulière, il n’y a aucune formule déterminée à l’avance, mais seulement des ingrédients que l’on peut utiliser pour créer notre propre recette. Tous les noms sont fictifs, et bien que mes articles soient inspirés d’histoires réelles, les données ont été modifiées afin de conserver l’anonymat.

REMERCIEMENTS Je tiens à remercier tous ceux et celles qui m’ont lue, qui m’ont encouragée par leurs nombreux courriels et commentaires et qui continuent à m’écrire régulièrement. Merci à tous ces clients qui m’ont inspirée, et ce, parfois sans même le savoir. Par leur expérience, leur démarche et leurs réflexions, ils ont ainsi aidé des centaines de personnes à se reconnaître, à 3


briser leur isolement et à faire en sorte que plusieurs ont demandé de l’aide par la suite. Ce livre n’aurait pu exister sans toute la formidable équipe du Bulletin. Je remercie tout spécialement M. Simon Guertin, éditeur en chef, qui a signé ma préface, M. Yvon Thérien, rédacteur, qui a toujours témoigné d’une très grande ouverture d’esprit vis-à-vis de tous mes sujets. Grâce à la liberté d’écriture qu’ils m’ont accordée, sans aucune censure, ils ont contribué à briser des tabous, en offrant un véhicule qui a permis de traiter des thèmes sortant des sentiers battus. Un merci spécial à Madame Sylvie Bouchard qui révise tous mes articles. Par ailleurs, je désire témoigner de ma profonde gratitude envers mon conjoint, qui me disait depuis des années que je devrais écrire et qui a toujours su, bien avant moi, que j’écrirais, ainsi qu’envers mes enfants, Cindy, Dominic et Valérie, lesquels ont été et demeurent toujours une source inépuisable de motivation et d’inspiration. Merci finalement à tous ceux et celles qui ont bien voulu m’offrir un témoignage. L’objectif de ces chroniques est donc de mieux se comprendre ainsi que comprendre l’autre pour mieux réagir, mieux choisir et mieux vivre. Bonne lecture!

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PRÉFACE C’est avec enthousiasme que je rédige une préface pour un livre nécessaire, voire même essentiel, sur la détresse agricole écrit par Pierrette Desrosiers, première psychologue du travail et coach spécialisée, dans le monde agricole. C’est un ouvrage précieux, lequel rendra assurément de grands services à tout le monde en proie avec ce mal, qu’il soit agriculteur ou non. Ce mal, qui empoisonne trop souvent nos vies, me rappelle Les animaux malades de la peste écrit pas Jean de La Fontaine. Un mal qui répand la terreur, Mal que le Ciel en sa fureur Inventa pour punir les crimes de la terre, … Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés… La détresse agricole, un mal qui se répand comme la peste dans nos campagnes depuis maintenant une dizaine d’années, poussa « le Bulletin des agriculteurs » à offrir un support, des conseils, des pistes de solutions à ceux qui le vivaient et qui, par la même occasion, en souffraient certainement. Celui-ci, donc, approcha madame Pierrette Desrosiers pour s’attaquer à la racine du mal. Depuis presque une décennie, celle-ci dissèque des valeurs fortement ancrées telles que le succès, le prestige, la performance à tout prix, pour en extraire le mal. Ces valeurs largement répandues sur les fermes modernes ont entraîné des choix d’entreprises et des 5


choix de vie avec des conséquences parfois dramatiques, et ce, pour les hommes et les femmes qui y vivent. Au fil de ses textes, on apprend à mieux gérer son stress. Madame Desrosiers nous propose un ensemble de stratégies pour mieux relaxer, identifier ses sources de stress, communiquer de façon plus productive, afin de résoudre ses conflits, ainsi que pour s’affirmer et identifier ses idées irrationnelles. Elle explique comment développer un climat familial de même qu’une atmosphère de travail agréable et favorable à la collaboration, à la performance et au succès sain. La psychologue du travail favorise l’apprentissage des moyens à davantage se connaître et à connaître les autres, à identifier et à respecter les intérêts, les compétences et les limites de chacun pour se doter d’une entreprise qui répond à ces contraintes. Conséquemment, les rôles sont ainsi maintenus dans le bon ordre. Elle martèle d’éviter de mettre l’entreprise au premier plan. Car cette dernière doit être au service de ses propriétaires et non l’inverse. Ce livre est un outil à la fois rare et précieux, car nous y trouvons les meilleurs conseils adaptés au monde agricole, ceux d’une experte, pour mieux gérer sa vie. Je dis bravo à madame Pierrette Desrosiers. Je lui souhaite le succès qu’elle mérite avec ce livre. Je vous laisse sur cette phrase qui est sienne. « Gérer sa vie c’est faire la différence entre ce que je peux contrôler, ce que je peux influencer et sur quoi je dois lâcher prise ». Simon M. Guertin Éditeur, Le Bulletin des agriculteurs 6


COMMENTAIRES

DES LECTEURS

Je lis avec empressement toutes les rubriques écrites par Pierrette dans la revue « Le Bulletin des agriculteurs ». Les propos tenus dans ces rubriques m’aident à mieux comprendre les êtres humains et favorisent mes interventions autant comme directrice de comptes qu’en tant que conjointe d’un producteur agricole. Pierrette peut aborder tous les sujets, même les plus tabous. Son respect des êtres humains se lit dans sa plume et personne ne se sent bousculé. Je suis convaincue que les rubriques sont lues avidement par tous les abonnés de la revue. Tous les intervenants du milieu agricole auraient avantage à lire les propos de Pierrette, car ces derniers peuvent améliorer grandement nos interventions professionnelles. Rachel Lebeau, agronome et conjointe de producteur agricole Directrice de comptes, Marché agricole CFE des Samarres Plessisville, Québec

Ce recueil de textes ressemble à un cocktail dînatoire, où chacun a la possibilité de goûter à différentes bouchées de vie; découvrir en l’espace de quelques secondes une variété de situations personnelles et professionnelles très actuelles. On déguste sans avoir à assimiler toute la théorie qui se cache derrière. Les articles, truffés d’anecdotes et d’analogies simples, rendent la compréhension facile. L’auteure vulgarise l’information de façon intelligente et nous permet en quelques secondes de réfléchir. Une fois les articles mis bout à bout, on découvre un coffre garni d’outils efficaces et accessibles à tous. Bravo! Chantale Blanchette Centre de formation en édition Mini Génie Val-Morin, Québec

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Vos textes sont courts, accessibles, rafraîchissants et ils portent à la réflexion. Ils m’ont été très utiles dans l’enseignement et dans les services-conseils où j’ai une approche axée sur les personnes avant tout. Certains m’ont été profitables personnellement. Je les recommande à qui veut améliorer des aspects de sa vie, mieux comprendre les autres ou encore outiller les gens qui l’entourent. Une excellente idée de cadeau à offrir aux gens ou à soi-même! Serge Préfontaine Directeur - CETAB+ Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité et conseiller en direction d’entreprise Victoriaville, Québec

Lire les textes de Pierrette est toujours pour moi une source de réflexion. Les mots qu’elle utilise, les comparaisons qu’elle emploie me permettent de bien saisir le sujet et de le transposer dans la vie de tous les jours. Les producteurs et productrices agricoles se reconnaissent dans ce que Pierrette écrit. Merci Pierrette et surtout continue de transmettre cette énergie qui t’anime. Diane Lacroix, CGA Directrice Générale, Fédération UPA de L’Estrie Sherbrooke, Québec

Elle possède à fond sa matière, et surtout, elle a le don de maintenir notre attention en présentant des cas concrets qui collent à notre réalité. On peut mettre notre chapeau dans plusieurs situations. Ses articles ont la grande qualité d’être accessibles à tous puisqu’ils sont rédigés dans un vocabulaire non scientifique, avec des termes compréhensibles par la majorité des lecteurs. Je me réjouis à l’idée d’avoir à la maison le recueil des articles de Pierrette, parus dans « le Bulletin des Agriculteurs », puisqu’au besoin, par hasard, je vais tomber sur celui qui m’aidera à comprendre une

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situation, ou, sur l’article qui me fera évoluer, au moment où je serai disposée à mettre en application ses précieux conseils. Claire Désaulniers Ferme Pittet Inc. St-Tite, Québec

Pendant 7 ans, nous avons eu la chance au Témiscamingue d’avoir des sessions de formation avec Pierrette Desrosiers. Les petites capsules du bulletin sont pour nous des aide-mémoire et des rappels sur ses formations. Cela nous aide grandement, face aux diverses situations que l’on vit dans notre entreprise au quotidien. Toutes nos félicitations à Pierrette pour son excellent travail dans le monde agricole d’aujourd’hui. Lorraine Mondou et Michel Robert Ferme Mondou et Robert inc. St-Eugène de Guigues, Québec

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TABLE

DES MATIÈRES

PRÉFACE COMMENTAIRES DES LECTEURS PRÉAMBULE AVEZ-VOUS DES

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« UP AND DOWN » QUI VOUS FONT

15 19 23 Y A-T-IL UN MANIPULATEUR DANS VOTRE ENTREPRISE? 27 JUSQU’OÙ DEVEZ-VOUS TOLÉRER? QUEL EST VOTRE NIVEAU DE MATURITÉ ÉMOTIONNELLE? 31 EST-CE QU’UNE CRITIQUE EST TOUJOURS BONNE 35 À PRENDRE 39 DONNEZ-VOUS DES CRITIQUES CONSTRUCTIVES? POURQUOI EST-CE SI DIFFICILE DE FAIRE UN COMPLIMENT? 43 47 COMMENT ÉVALUEZ-VOUS VOTRE QUALITÉ DE VIE? 53 VOS QUALITÉS VOUS FERAIENT-ELLES « DÉFAUT »? 57 ÊTES-VOUS EN FORME? 63 FAMILLE ET AFFAIRES, QUELLES SONT VOS CHANCES DE SUCCÈS? 69 BRASSEZ-VOUS DES AFFAIRES DANS LE LIT? 73 EST-CE QUE L’HABIT FAIT LE MOINE? 77 AVEZ-VOUS LES MOYENS DE VOS AMBITIONS? 81 ÊTES-VOUS TRAVAILLANT OU... WORKAHOLIC? 89 MIEUX GÉRER LE TEMPS OU MIEUX SE GÉRER? 93 PEUT-ON ÊTRE UN AGRICULTEUR HOMOSEXUEL? AVEZ-VOUS TENDANCE À COMMENCER PAR LE 97 PLUS FACILE? 101 ÊTES-VOUS INTELLIGENT? QUEL EST LE POUVOIR DE LA VISUALISATION, 105 DANS L’ATTEINTE D’UN OBJECTIF? 109 QU’EST-CE QUE LA DÉPENDANCE À LA RAGE? 113 PRODUCTEUR AGRICOLE OU PRODUCTEUR DE VOTRE VIE? 117 QUI DÉCIDE, VOTRE RAISON OU VOS ÉMOTIONS? TRAITEZ-VOUS VOS ANIMAUX MIEUX QUE VOUS-MÊME? 123 SOUFFRIR?

AVEZ-VOUS LE JUGEMENT TROP FACILE?


PRÉAMBULE Lorsque l’on m’a demandé, il y plus de 5 ans, d’écrire mon premier article dans le Bulletin des agriculteurs, j’ai eu un premier élan d’excitation et puis tout de suite après, le doute s’est installé. J’ai hésité. Écrire, mais à qui? Quelles seraient leurs réactions? Comment pourrais-je deviner les sujets qui intéresseraient mon public, sans trop savoir qui il était? De toute façon, je ne m’étais jamais sentie très douée pour l’écriture et je ne me définissais certainement pas comme une journaliste ou une chroniqueuse. Dans ma pratique de tous les jours, j’étais habituée d’avoir un feedback direct. Que ce soit comme conférencière, formatrice ou coach, je vois, j’entends et je ressens mon public ou mes clients. Mais écrire? À la suite d’un accord qui devait être d’écrire seulement un article ou deux, je me suis retrouvée à avoir ma chronique mensuelle. J’ai donc décidé de m’engager dans ce qui s’avéra, et s’avère encore aujourd’hui, toute une expérience. Tout d’abord, j’ai décidé d’écrire pour les gens du milieu agricole, lesquels sont mes principaux clients. Toutes mes chroniques sont inspirées de mes observations, de mes réflexions et de mes interventions. Par leur vécu, plusieurs centaines de producteurs, 12


productrices, relèves et intervenants du milieu agricole me guident et m’inspirent dans mes sujets. Je n’ai pas à chercher très loin, seulement à écouter, à observer. Ces chroniques se veulent de petites capsules qui permettent aux lecteurs, entrepreneurs et intervenants du monde agricole et agroalimentaire de mieux comprendre le comportement humain, et ce, autant dans leur vie personnelle que professionnelle, comme individu, employé ou gestionnaire d’une PME. En fait, bien qu’elles soient inspirées du monde agricole, les thèmes abordés sont universels et peuvent en l’occurrence s’appliquer à tous. Dans ces courts articles, on retrouvera donc des sujets touchant autant les compétences personnelles (la discipline, l’automotivation, la gestion des émotions, le stress) que celles interpersonnelles (la communication, la gestion de conflits et d’employés). Chacun pourra donc choisir au hasard des propos qui font échos à leurs besoins, leurs attentes, leurs préoccupations ou leurs intérêts du moment.

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AVEZ-VOUS DES « UP AND DOWN » QUI VOUS FONT SOUFFRIR?

Vous avez l’impression que votre vie ressemble à un voyage en montagnes russes? Peut-être souffrez-vous de cyclothymie, une version légère du trouble bipolaire.

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L

e printemps dernier, Jean-Paul avait un grand projet : il songeait à acheter la terre du voisin. Or, depuis deux mois, il éprouve des difficultés à faire le strict minimum. Jean-Paul ne se comprend plus, il avoue qu’il a souvent des hauts et des bas sans trop savoir pourquoi. « Le problème, c’est que quand je suis high, j’oublie que je deviendrai down un peu plus tard. Et durant cette période, je fais des projets ou des investissements, que je regrette après ». Le trouble cyclothymique est un trouble de l’humeur. Celui-ci est caractérisé par des périodes de légère exultation ou de légère dépression qui ne sont pas reliées aux circonstances de la vie. En fait, cette instabilité de l’humeur est une forme ténue du trouble bipolaire (autrefois connu sous le nom de trouble maniacodépressif). Bien qu’elle soit moins sévère, la cyclothymie peut entraîner d’importantes répercussions relationnelles et financières sur la vie d’une personne. Les perturbations extrêmes et imprévues de l’humeur empêchent l’individu de fonctionner 16


normalement. Dans les périodes high, c’est comme si l’on portait des lunettes roses, tout est super. Voici quelques symptômes possibles : énergie débordante beaucoup d’idées de projets, de grandeur optimisme exagéré, tout semble possible grande tolérance face aux risques (financier, sexuel, conduite dangereuse, vitesse excessive, etc.) vulnérabilité exacerbée face à la critique, susceptibilité, agressivité ou, au contraire, humeur exaltante, rires fréquents haute estime et confiance en soi ●

En fait, un certain degré d’hypomanie peut être à l’origine du succès d’une personne dans la vie, par exemple, comme entrepreneur. Le problème, c’est que dans les périodes de dépression légère (down), l’individu n’a plus la capacité physique et psychologique de soutenir ses projets. Pendant cette période, il souffre des symptômes de la dépression sous forme légère : manque d’intérêt, manque d’énergie, perte d’estime de soi, problème de sommeil, tristesse. Entre 1 et 2 % de la population souffrirait du trouble cyclothymique. Toutefois, si l’on inclut tous les troubles de l’humeur (sévères et légers), cela représente 6 à 8 % de la population. C’est beaucoup. Par ailleurs, on retrouverait davantage de troubles de l’humeur dans la catégorie des entrepreneurs et des gestionnaires. Personnellement, j’ai rencontré des dizaines de 17


producteurs qui découvrent que ce trouble de l’humeur est la source de leurs malheurs. Évidemment, ils me consultent dans leur down, car, dans les plus beaux jours, ils ne constatent chez eux aucun problème ou presque. Il est primordial d’être en mesure de reconnaître si l’on souffre d’un trouble de l’humeur. Si vous avez des doutes pour vous-même ou un membre de votre famille, consultez votre médecin ou un psychologue. Car les conséquences relationnelles et financières peuvent être relativement importantes. Lorsque vous entreprenez un projet, demandezvous si vous aurez l’énergie et la motivation de le poursuivre dans vos périodes les plus basses. En fait, on ne devrait jamais prendre de décision au plus haut ou au plus bas de sa forme physique et psychologique, car on est alors trop optimiste ou trop défaitiste. Le niveau d’énergie, de confiance en soi et d’ambition est passablement variable en ce qui concerne chaque individu. Toutefois, chez certaines personnes, cette variation devient un handicap. Cela peut être très souffrant pour elles-mêmes et pour leur entourage. Alors, si vous avez l’impression que votre vie ressemble à un voyage en montagnes russes, allez consulter : à force d’avoir mal au cœur, on finit par être vraiment malade... et après, il faut en plus ramasser les dégâts.

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AVEZ-VOUS LE JUGEMENT TROP FACILE?

On doit essayer de comprendre l’autre avant d’essayer d’être compris.

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V

ous est-il déjà arrivé de vous sentir cheap, de ressentir de la culpabilité d’avoir jugé quelqu’un trop rapidement? Et vous est-il déjà arrivé de vous poser en victime, pour ensuite être gêné, quand vous constatez ce que d’autres vivent ou doivent endurer? Sûrement, sinon vous ne seriez pas humain. Récemment, j’ai été moi-même très, très humaine. À cause d’un problème de santé, j’ai dû être hospitalisée quelques semaines. J’ai donc expérimenté d’un peu plus près le système de santé. De façon générale, je fus agréablement surprise de la gentillesse du personnel. Toutes les infirmières, malgré leur charge importante de travail, étaient sympathiques et d’une grande délicatesse. Toutes, sauf une. Appelons-la Martine. Quand Martine est entrée dans ma chambre, cela a pris quelques secondes pour comprendre que le courant ne passait pas entre nous. Je l’ai perçue froide, distante, et franchement antipathique. Le lendemain, une infirmière devait m’accompagner pendant plusieurs heures pour une série de tests. Et voilà qu’on m’assigne 20


Martine. Là, je me suis dit que j’avais deux choix : « Ou bien c’est l’enfer avec elle pendant une journée, ou bien j’arrête de me centrer sur son attitude froide et de jouer à la victime, et je m’intéresse à elle ». Dès ma première question, Martine m’a raconté son histoire. « À 16 ans, je me suis enfuie avec mes deux sœurs cadettes pour fuir le génocide rwandais de 1994. Nous avons survécu comme on a pu dans un pays voisin, allant de camps de réfugiés en orphelinats. Pendant deux ans, on a cru que nos parents et nos petits frères avaient été tués. On a su ensuite qu’ils étaient vivants, mais on a été plusieurs années sans les revoir. » Je vous évite le détail de toutes les expériences traumatisantes vécues par ces trois jeunes filles innocentes, abandonnées et laissées à elles-mêmes. Première leçon : je pense que c’est dans ce genre de situation que l’on passe de la victimisation à la compassion. Je me disais que si j’avais vécu le dixième de cela, j’aurais probablement perdu toute ma tête. Et la dépression dans tout cela? « Je ne pouvais pas y penser, m’a répondu Martine. Je devais survivre et m’occuper de mes petites sœurs. Ce n’était pas une possibilité pour moi. » Et d’avoir perdu vos parents si jeunes, comment vivez-vous cela? « On se dit qu’on est chanceuses, car ils sont vivants, même si nous les voyons très peu ». Les parents de Martine vivent encore au Rwanda où ils ont pris en charge plusieurs neveux et nièces orphelins. 21


Deuxième leçon : après tout ce qu’elle a vécu, Martine a la capacité de dire que la vie a été bonne avec elle. De plus, Martine est une femme motivée et positive : elle travaille à temps plein, attend son troisième enfant et complète une maîtrise à l’université. C’est très gênant de se plaindre après cela. Évidemment, vous comme moi sommes humains. Il nous arrivera encore de nous asseoir sur la chaise de la victime et sur celle du jugement rapide. L’important n’est pas de ne plus jamais s’y asseoir, mais de ne pas s’y asseoir trop souvent et trop longtemps. Pour se relever rapidement de la chaise de la victime, on peut regarder ce que les autres vivent de pire que nous. Et pour se relever de la chaise du jugement rapide, on peut essayer de comprendre l’autre avant d’essayer d’être compris.

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Y A-T-IL UN MANIPULATEUR DANS VOTRE ENTREPRISE?

Ses objectifs sont simples : satisfaire ses priorités aux dépens des vôtres. Et ça peut vous coûter cher.

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«

J

e ne peux pas faire ce que je désire, ce qui me plaît. Chaque fois que j’essaie d’aborder un point, mon père se fâche, pleure ou me boude pendant des jours. » Paul se sent prisonnier des demandes et des exigences de son père. « Ça fait longtemps qu’on a compris dans la famille que, si on veut la paix, il ne faut pas le contredire. » Non seulement personne n’ose le faire, mais tous ont peu à peu oublié leurs propres besoins. En fait, après une longue discussion avec Paul, il devient clair que cette famille est sous l’emprise d’un grand manipulateur. Un manipulateur est une personne en déséquilibre. Il a très peu, sinon aucune conscience profonde de luimême. Il se perçoit beaucoup mieux qu’il ne l’est. Il s’idéalise fortement. Il nie et oublie très rapidement ses écarts, sinon il détesterait l’image qu’il aurait de luimême. L’objectif du manipulateur est simple : satisfaire ses priorités aux dépens des nôtres. Ses intérêts, ses besoins, tout passe en premier. Comment s’en protéger? D’abord, il faut reconnaître le tort qu’il nous fait subir (doute de soi, 24


perte de confiance, d’estime, isolement, impossibilité de satisfaire ses besoins sans culpabilité...). Ensuite, on doit se demander ce que l’on veut dans sa vie. Finalement, il faut s’affirmer, s’affirmer et encore s’affirmer. Mais, pour pouvoir franchir cette étape, il faut également en accepter les conséquences. Par exemple, lorsque Paul a dit à son père qu’il n’entaillerait plus les érables car il avait trop de travail et n’avait jamais aimé cela de surcroît, son père a cessé de lui parler et l’a boudé pendant un mois et demi. Lorsque Julie a poliment demandé à sa mère de cesser de lui dire comment éduquer ses enfants, celle-ci s’est mise à crier, a quitté la maison de Julie et n’a pas invité sa fille à Noël. Dans certains cas, pour survivre psychologiquement, il faudra abandonner cette relation toxique, car le manipulateur n’acceptera pas que vous décidiez de vous affirmer, d’exister. En effet, il faut être prêt à payer un certain prix pour sortir de l’emprise d’un manipulateur. Toutefois, rester sous son contrôle comporte également de son côté un large prix à payer. Voici quelques caractéristiques que possède le manipulateur (1). Plus celui-ci en possède et plus vous faites face à un grand manipulateur. ●

Il culpabilise les autres au nom du lien familial, de l’amitié, de l’amour, de la conscience professionnelle 25


Il reporte sa responsabilité sur les autres Il ne communique pas clairement ses demandes, ses besoins, ses sentiments et opinions Il change ses opinions, ses comportements, ses sentiments selon les personnes ou les situations Il fait croire aux autres qu’ils doivent être parfaits, qu’ils ne doivent jamais changer d’avis, qu’ils doivent tout savoir et répondre immédiatement aux demandes et questions Il met en doute les qualités, la compétence, la personnalité des autres : il critique sans en avoir l’air, dévalorise et juge Il sait se poser en victime pour qu’on le plaigne Il menace de façon déguisée ou pratique un chantage ouvert Il évite ou s’échappe de l’entretien, de la réunion Il mise sur l’ignorance des autres et fait croire en sa supériorité Il ment Il est égocentrique Il peut être jaloux Il ne supporte pas la critique et nie les évidences Il flatte pour vous plaire Il produit un sentiment de malaise ou de nonliberté Il nous fait effectuer des choses que nous n’aurions probablement pas accomplies de notre propre gré

Extraits du livre : Les manipulateurs sont parmi nous, de Isabelle Nazare-Aga, Éditions de l’Homme (1)

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Pierrette Desrosiers, Le succès... Tome 2