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©REUTERS

PRISME NUMÉRO 7, 17 AVRIL 2014

Comprendre la réforme des régions Dossier racisme : les cibles de la colère

BOUTEFLIKA

INVISIBLE MAIS INVINCIBLE ? L’INTERVIEW. François Servranckx, en charge du dossier Sud-soudanais pour MSF.


ret rStang ©Gautie

ÉDITO PEOPOLISATION DES POLITIQUES ET LANGUE DE BOIS

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©GautierStangret

UVET O B A S ELI

l y a peu, Ségolène Royal a fait son grand retour au gouvernement, en tant que ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie. Quelques heures après cette annonce, le Monde titrait déjà « La revanche de Ségolène Royal », en revenant sur son histoire personnelle avec le Président et rappelant sa relation conflictuelle avec l’ex-Première dame. Pourquoi ce besoin de rappeler ces scandales passés et ne pas avoir seulement parlé de ses compétences et de l’avenir de l’écologie en France ? Quelques jours plus tard, nouvelle polémique : le tweet de Valérie Trierweiler plaidant la cause de Maude Versini auprès de François Hollande. De sa visite d’Etat au Mexique, finalement, on ne retiendra que ça… Tout comme lors de sa conférence de presse du 14 janvier, où beaucoup attendaient avidement sa déclaration concernant sa relation avec Julie Gayet. Dans toute la presse française, ce genre d’informations et de polémiques font la Une. Pourtant, c’est bien de presse « respectable » dont nous parlons ; pas de journaux people à l’affût de la moindre rumeur délirante. La question qui se pose, lors des débats, est toujours la même : faut-il respecter la vie privée des personnalités politiques et plus particulièrement du Président ? Il semble, aujourd’hui, que cette question n’a plus lieu d’être. Sa vie privée, cela fait longtemps qu’on ne la respecte plus. Pas plus que celle des présidents avant lui, d’ailleurs. Les hommes politiques sont devenus des peoples comme les autres… Et ils en jouent ! Nicolas Sarkozy a bien sûr été le plus brillant dans ce domaine : footings publics, communiqués sur ses relations amoureuses… Et cette façon de faire porte un nom : la communication. Ils cherchent à nous faire croire qu’ils sont comme nous. Nicolas Sarkozy et son histoire d’amour avec Carla, François Hollande, un président « normal ». Alors, forcément, ils dévoilent leur vie « comme les autres » aux journalistes. Sans penser au retour de bâton. Car si les politiques se sont permis de dévoiler leurs « jolis secrets » aux journalistes, les journalistes, eux, considèrent qu’ils ont carte blanche pour dévoiler les côtés les plus sombres. Plus aucune limite entre le privé et le public, n’est-ce pas ? Les journalistes adorent ça : une jolie Une qui se vend bien. Oui, qui se vend bien. Car si on interroge les passants dans la rue, au sujet de la vie privée de ces politiques, la plupart répondent la même chose : « ce n’est pas ça qui va régler le problème de la crise, il y a des choses plus importantes ». Pourtant, c’est drôle ; les journaux parlant de ces affaires se sont extrêmement bien vendus, et la conférence de presse du 14 janvier a été la plus suivie du quinquennat du Président, selon le Nouvel Observateur. Alors, non, la question de la vie privée ne se pose plus ; mais celle de l’hypocrisie des politiques, des médias et des Français en général, sûrement.

MENTIONS LÉGALES PRISME, 47 RUE SERGENT MICHEL BERTHET CP606 LYON CEDEX 09 SITES WEB : @PRISMEMAGAZINE HTTP://WWW.FACEBOOK.COM/PRISMEMAGAZINE HTTP://WWW.PRISMEMAGAZINE.WORDPRESS.COM RÉDACTEUR-EN-CHEF : ELISA BOUVET SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : ALEXANDRE FESTAZ MAQUETTISTES : LÉNA AILLOUD JOURNALISTES : LÉA CARDINAL, ELISA BOUVET, IRCHADE KARI, LÉNA AILLOUD, ROMARIC HADDOU, GAUTIER STANGRET, ALEXANDRE FESTAZ, , KÉVIN CHARNAY, ANTOINE DE LONGEVIALLE, LORENZO CALLIGAROT


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SOMMAIRE

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Régions : les raisons du redécoupage

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Algérie : l’énigme Bouteflika

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Racisme : des préjugés toujours ancrés

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Interview. Soudan du Sud : MSF tire à boulets rouges sur l’ONU. Médias. Ces journalistes qui se reconvertissent en politique

SEMAINE PRISME 10 LA Ukraine : les députés en viennent aux mains.


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FRANCE

DE 22 À 12 RÉGIONS

PAS DE RÉGION RHÔNEAUVERGNE

REDÉCOUPAGE DES RÉGIONS : LES ENJEUX DE LA RÉFORME Le Premier ministre Manuel Valls a annoncé mardi dernier son intention de « réduire de moitié le nombre de régions » lors de son discours de politique générale à l’Assemblée nationale, confortant le souhait émis par François Hollande en janvier dernier. ©CHALLENGES

Cette réforme, qui comprend également la suppression des conseils départementaux (ex-conseils généraux) d’ici 2021, s’inscrit dans le vaste projet de décentralisation du gouvernement. Le but : simplifier le millefeuille territorial, qui compte 4 échelons (commune, intercommunalité département et région), afin d’étendre les pouvoirs des collectivités. Tout cela dans le souci d’éviter « les enchevêtrements, les doublons et les confusions» de compétences, dixit François Hollande, mais aussi de rendre les régions plus compétitives en terme de développement économique et d’emploi face aux voisins européens. Des économies « minimes » pour des compétences renforcées « Le grand enjeu est d'avoir des compétences strictes et identifiées, note Alain Rousset, président de l'Association des régions de France au journal Le Monde. Les sources d'économie ne se trouveront pas en redessinant la carte de France, mais dans la clarification des compétences de chaque collectivité. » Car si le Premier ministre a promis des « pouvoirs spécifiques et exclusifs » aux régions, cette réforme est également une question d’économie. Avec un déficit passé de 3,7 milliards à 9,2 milliards d'euros en un an (chiffres INSEE), les collectivités

locales ont largement contribué au dérapage des dépenses publiques en 2013. Mais devant l’argument économique, certains élus restent sceptiques. « Les régions ne pèsent que 2% de la dépense publique. Si c'est là que François Hollande veut faire des économies, il s'est trompé » peste Claude Gewerc, président du conseil régional de Picardie sur Francetv info. « Les régions sont dotées d'un budget annuel faible (30 milliards d'euros), complète René Dosière, interrogé par Le Figaro. De plus, de nombreux postes de dépenses ne sont pas réductibles comme les transports (6 milliards par an), les lycées (6 milliards) ou la formation professionnelle (5 milliards). On peut en revanche jouer sur les dépenses d'administration générale, qui s'élèvent à 2 milliards d'euros par an et par région. » Soit une économie « minime » que le député PS de l’Aisne évalue à « un milliard d’euros, au maximum ». Une réforme difficile à mettre en œuvre Depuis l’attribution des compétences aux régions par les lois Deferre de 19821983 (entretien des lycées, organisation des TER, de la formation professionnelle, des aides aux entreprises, ...), la simplification du puzzle territorial est un sujet qui revient couramment sur la table. Sans pour autant

connaître d’avancement concret. Dernière initiative en date, le comité Balladur suggérait en mars 2009 de réduire le nombre de régions de 22 à 15. Mais à l’époque, la proposition avait provoqué l’ire des élus locaux. Car si pour certaines collectivités, ce rapprochement peut paraître naturel (comme la Haute et la Basse Normandie), pour d’autres, l’angoisse d’être absorbée par une région plus puissante existe. C’est notamment le cas de la Picardie, dont la taille et l’emplacement fait craindre un démembrement. « Il faut qu’une région ait une identité, pas que ce soit un simple découpage » juge JeanJack Queyranne, président de la Région Rhône-Alpes. Mais au-delà de l’aspect identitaire, si les régions venaient à être fusionnées et à – vraisemblablement – récupérer les compétences laissées par les conseils généraux, le calendrier, lui, pose problème. La nouvelle carte des régions sera discutée après les élections régionales de mars 2015, avant une application au 1er janvier 2017. Mais la suppression des départements, elle, n’est prévue que pour 2021, soit 4 ans après la fin du quinquennat. De quoi déjà alimenter le débat pour la présidentielle de 2017. Gautier STANGRET

C’est un non. La région RhôneAlpes ne devrait pas fusionner avec l’Auvergne. Du moins, si l’on en croit leurs deux présidents de régions respectifs, Jean-Jack Queyranne et René Souchon. L’Auvergnat pense plutôt à une grande région du massif central, mais rejette l’idée d’un rapprochement avec la capitale des Gaules, qu’il jugerait « catastrophique ». Même son de cloche du côté de Lyon. Jean-Jack Queyranne estime que la région RhôneAlpes est déjà « à la bonne taille » pour peser en Europe.

PAS TOUCHE À MA RÉGION Un grand sondage Ifop paru récemment relève que 76% des Français sont fiers de leurs régions. Pour autant, ils sont 60% à se déclarer favorable à la suppression des départements, et autant pour une diminution de moitié du nombre de régions. Mais lorsque le scénario de redécoupage se précise, ils sont 54% à refuser l’agrandissement de leur région par le rattachement à la région voisine, et 51% contre l’arrivée de nouveaux départements. Par ailleurs, 74% des sondés sont défavorables au rétrécissement de leur région et 77% refusent sa disparition pure et simple.

LES RÉGIONS ENTHOUSIASMÉES PAR LA RÉFORME Le Premier ministre, Manuel Valls, a proposé il y a une semaine de diviser le nombre de régions par deux. Une réforme qu’il a placée sous le signe du volontariat, et qui a déjà fait parler quelques présidents de régions. La Bourgogne et la Franche-Comté ont ainsi fait part publiquement, mardi, de leurs volontés de se rapprocher. Les deux Normandie et la Picardie sont aussi intéressées par une fusion de leurs territoires et administrations. Les présidents régionaux concernés mettent avant les économies fonctionnelles, ainsi que l’attractivité accrue pour les entreprises.


INTERNATIONAL L’ALGÉRIE FACE À UN SCRUTIN SANS SUSPENSE

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BOUTEFLIKA, UN FANTÔME DANS LA BRUME Ce jeudi 17 avril, les Algériens sont appelés aux urnes pour désigner leur prochain président. Abdelaziz Bouteflika, candidat à un quatrième mandat, part favori malgré un état de santé plus que préoccupant. Même s’il n’a pas fait campagne personnellement et même s’il semble incapable de gouverner un pays. Une situation opaque qui soulève bon nombre de questions. Derrière toute marionnette, quelqu’un tire nécessairement les ficelles. Une guerre de cercles Dans l’ombre du président, son frère Saïd Bouteflika figure en très bonne place. Lors du premier mandat, de 1999 à 2004, il a été nommé conseiller spécial à la présidence. Régulièrement pointée

également sa place. Accusé de tremper dans plusieurs scandales financiers, il ne cesse pourtant de grappiller du pouvoir. Mais cette omniprésence dérange particulièrement l’armée algérienne, historiquement influente. Un service en particulier a pris l’habitude de se faire entendre dans les hautes sphères du pouvoir : le Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS). Même si Bouteflika s’est efforcé de s’en détacher, les militaires refusent d’abandonner leur place au cœur du système. Alors quand Saïd tend à durcir cette hostilité vis-à-vis de l’armée, forcément ça fait jaser. Au milieu de cette nébuleuse, difficile pour les Algériens d’y voir très clair. Pourtant, leur choix semble fait. Et le changement, ce n’est visiblement pas pour maintenant. ©ALGÉRIEFOCUS

C’est un arbre très fatigué qui peine à cacher une forêt d’ombres. Abdelaziz Bouteflika, 77 ans, vise un quatrième mandat présidentiel en Algérie. Une candidature improbable tant ce dernier semble affaibli depuis son accident vasculaire cérébral en avril 2013. Hospitalisé durant 80 jours en France, il ne s’est, depuis, jamais réellement exprimé en public. Tout au plus, a-t-il prononcé quelques bribes de phrases à peine audibles au moment de déposer sa candidature devant le Conseil Constitutionnel, le 3 mars dernier. Comme un muet ambitionnant de porter la voix d’un peuple. Paradoxalement, même si Bouteflika part favori, les Algériens sont loin d’être dupes. Certains, d’ailleurs, n’hésitent pas à parler de « marionnettes » et de « farce électorale ». Car en plus d’être muet, le président sortant est invisible. Il n’a animé aucun meeting durant la campagne qui s’est achevée dimanche 13 avril. A sa place, sept de ses proches ont été chargés de rencontrer et de convaincre le peuple. Pour justifier cette absence, le clan n’a d’ailleurs rien éludé. « Malade », Bouteflika aurait besoin de repos et d’une « petite rééducation fonctionnelle ». Un aveu qui inquiète plus qu’il ne rassure. Le président sortant a d’ailleurs avoué, dans une lettre, que ses « lourdes responsabilités ont eu raison d’une bonne partie de (ses) capacités ». S’il est invisible, il a en effet publié le 22 mars une lettre aux Algériens pour répondre aux contestations. « Vous tenez à ce que je voue mes dernières forces au parachèvement de la réalisation du programme pour lequel vous m'avez, chaque fois, donné mandat, écrit-il. Je suis en devoir de répondre positivement, car je ne me suis jamais, ma vie durant, dérobé à aucun devoir au service de ma patrie». Si Bouteflika s’engage à consacrer sa faible énergie à son pays, en coulisses, certains devraient amplement l’y aider.

Besoin de continuité

du doigt, l’influence qu’il exercerait sur son frère Abdelaziz se serait encore accentuée depuis les problèmes de santé de ce dernier. Soupçonné d’intervenir dans les nominations de ministres et de diplomates, il ferait également pression sur certains hommes d’affaires pour qu’ils soutiennent les campagnes du président. C’est d’ailleurs Saïd qui serait à l’origine du changement de Constitution, supprimant la limitation du nombre de mandat présidentiel à partir de 2008. En assurant la réélection de son frère, il protégerait

La révolte observée dans la rue et sur les réseaux sociaux depuis l’annonce de cette candidature ne devraient pas se traduire dans les urnes. Même si la tension qui entoure le scrutin est inhabituelle, l’argument de la stabilité, largement employé par le clan Bouteflika, devrait faire mouche. Traumatisés par une décennie de rivalité entre les groupes islamistes et l’armée à l’aube de l’an 2000, les Algériens ont peur d’un nouvel embrasement. D’autre part, les situations maliennes et syriennes, bien que différentes, sont souvent citées au rayon des écueils à éviter. Cette frilosité et l’absence, parmi les cinq autres candidats, d’un opposant convaincant joue en faveur du président sortant. Si l’Algérie a, depuis longtemps, conscience qu’une opaque forêt se cache derrière Abdelaziz Bouteflika, elle préfère quand même la brume aux incendies. Romaric HADDOU


L’écrivain Renaud Camus, théoricien du « Grand remplacement » a été condamné cette semaine pour provocation à la haine envers les musulmans. Fondateur du parti de « l’Innocense », proche de Marine le Pen, ce sexagénaire se révèle comme un véritable penseur de l’extrême droite. Il concrétise, cautionne et théorise le racisme en estimant que le peuple Français est menacé par « les envahisseurs cherchant à rendre la vie impossible aux indigènes ». Mais alors sommes-nous réellement en danger ? Le « peuple français » est-il amené à se dissoudre dans une masse cosmopolite sans identité, dépourvue de codes et de valeurs ? Le français de demain troquerat-il son sanglier et son béret contre un couscous et un boubou ? Sommesnous tous racistes ?

Racisme : se fait dès la naissance. Souvent rabaissée, les Français dits « de souche » se méfient encore de cette religion et des personnes qui y appartiennent. A l’instar des discriminations, le préjugé peut être inconscient. Quelqu’un peut ne pas vouloir être raciste et néanmoins avoir des préjugés qui finiront par se manifester, d’une manière ou d’une autre. Qui n’a jamais vu une grand-mère coller son sac contre elle si un Maghrébin a soudain l’idée de s’approcher de cette dernière ? Cette idée négative du peuple musulman

Les musulmans en France En 2012, le Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF) recense 469 actes envers des institutions ou des individus musulmans, soit une augmentation de 57,4 % en deux ans. La même année, 40 mosquées ont été la cible d’attaques et de dégradations. L’islamophobie, c’est la peur des musulmans et de tout ce qui peut les concerner. L’image sectaire de l’Islam trouve son origine dans la guerre d’Algérie. Petit à petit, les Français croient à une islamisation des modes de vie. Une angoisse qui survient de nouveau lors des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. En France, l’islam est pourtant considéré comme la seconde religion après le christianisme. En 2010, ils étaient plus de 5 à 6 millions de musulmans résidant dans le pays. De plus en plus, c’est un groupe « racial » qui émerge et non plus une religion : les Arabes. Comparables aux juifs, l’appartenance à cette communauté

n’est possible que quand il n’y a pas trop d’étrangers ». Selon elle, si les écoles sont trop remplies, les places dans les HLM prises, c’est uniquement de la faute des étrangers. Il y a une semaine, le rapport de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) affirmait que le racisme ne s’est jamais aussi bien porté en France qu’actuellement. 68 % des Français sondés pensent que si l’intégration ne fonctionne pas, les étrangers en sont les principaux responsables. Face à la crise économique et à la montée constante du chômage, les peuples jugés minoritaires, comme les musulmans ou les Roms deviennent les boucs émissaires de la société. Ce sentiment d’instabilité économique ressenti par les Français se traduit en sentiment d’insécurité. « Une autre peur émerge, celle d’être envahi, d’être dissous dans cet autre que l’on ne veut pas connaître » affirme Christine Lazerges, présidente de la CNCDH. Malgré tout, les stéréotypes, les préjugés, les discriminations et le racisme demeurent maîtres de nos comportements, et ce à notre insu. Et ailleurs ? ©RENAUD CAMUS

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INTERNATIONAL

est toujours dans les mœurs. Le rapport du CCIF 2013 affirme qu’au moins un individu est victime d’islamophobie chaque jour, en France. Au sein des politiques, censés être les défenseurs les plus ardents de la laïcité, le discours raciste se démocratise. En 2011, Chantal Brunel crée la polémique en raison de ses propos sur les immigrés : « Il faut rassurer les Français sur toutes les migrations de populations qui viendraient de la Méditerranée. Après tout, remettonsles dans les bateaux ! ». Une déclaration fracassante qui malheureusement, est loin d’être la seule de cette envergure. Véritable pourfendeuse de l’idée patriotique, Marine Le Pen n’a pas honte d’afficher ses opinions, souvent radicales, concernant les immigrés. « Il faut lutter contre le communautarisme (…) ce qui coupe de ce creuset républicain. Cela

Au Bahreïn, après les élections municipales de 2002, le nouveau maire de la capitale Manama instaure une loi de ségrégation raciale. Tous les habitants sud-asiatiques non bahreïniens sont contraints d’être relogés dans des Townships. En Malaisie, l’article 153 de la Constitution sépare clairement les Malais, communauté majoritaire du pays, et les autres populations indigènes, communément appelées Bumputras. Ces derniers ne disposent pas des mêmes avantages, notamment économiques. Le 3 mars 2013, le ministre des Transports israélien met en place des lignes de bus réservées aux usagers palestiniens travaillant dans l’Etat hébreu. Le parc d’attraction « Superland » réserve


INTERNATIONAL

où en est-on ? intégrée des ne pourront s’échapper de chacun.

6,8 ans et qu’ils que difficilement de l’inconscient Selon Jacques-

même descendant d’un mélange entre Celtes, Bretons, Germains et Etrusques) et les vagues d’immigrations successives ont

©RIZDESIGN

certains jours de visite aux Juifs israéliens et d’autres aux Arabes israéliens. L’année dernière, le journaliste américain Max Fisher a eu l’idée de dresser une carte du racisme dans le monde. Il en a déduit que l’Inde, la Jordanie, le Bangladesh et Hong Kong sont les pays les plus racistes. A contrario, les pays anglo-saxons, latins et scandinaves seraient les plus tolérants. « Je ne suis pas raciste, mais… » Que l’on accepte ou non, nous avons tous des préjugés sur les autres, du plus fervent partisan antiraciste au plus intolérant réactionnaire. Nous sommes remplis de stéréotypes envers les gros, les blondes, les Roms, les roux, les Arabes … Ce besoin de coller instinctivement des étiquettes aux autres commence dès le plus jeune âge, avec des livres pour enfants sexistes par exemple, et grandit généralement au fur et à mesure du temps, avec certaines caricatures véhiculées par les médias notamment. Plusieurs études américaines démontrent que les blancs sont indifférents à la souffrance des noirs et inversement. Daniel Katz et Kenneth Braly ont par exemple en 1933, tenté d’expliquer les origines des stéréotypes. Les deux psychologues américains ont demandé à 100 étudiants universitaires d’indiquer quels traits étaient les plus caractéristiques de dix groupes sociaux distincts. L’étude démontra un haut niveau de concordance à propos des particularités de certains groupes raciaux et ethniques, tels les noirs (décrits comme étant superstitieux par 84% des étudiants et paresseux par 75%) et les juifs (décrits comme étant perspicaces par 79%). Ils estimèrent que la majorité des stéréotypes était

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EURO DISNEY JUGÉ POUR DISCRIMINATION

La société sera prochainement jugée pour des faits qui remontent à septembre 2006. A l’époque, Euro Disney avait, par le biais d’un quotidien national gratuit, proposé des offres d’emplois à des danseurs, jongleurs, marionnettistes « de nationalité européenne ». C’est l’association SOS Racisme qui a déposé plainte et dénonce « la volonté de Disney de diminuer sa part de salariés non européens, en particulier d’origines maghrébine et africaine, pour mieux correspondre à sa clientèle, principalement européenne ».

FUSILLADE ANTISÉMITE À OVERLAND PARK

Dimanche 13 avril, une fusillade dans la ville d’Overland Park a fait trois morts. Le suspect potentiel n’est autre que Frazier Glenn Miller, surnommé « le grand dragon » du Ku Klux Klan. Il aurait appartenu au Vanguard News Network, un forum Internet néonazi qui soutient l’extermination des juifs. Selon un rabbin de la ville, le tueur aurait demandé à ses victimes si elles étaient juives avant leur tirer dessus. « Cela ressemble très fortement à un crime raciste » confirme le rabbin à la CNN. Philippe Leyens, psychologue de renom, les stéréotypes sont des « théories implicites de personnalité que partage l’ensemble des membres d’un groupe à propos de l’ensemble des membres d’un autre groupe et du sien ». Le contexte social joue également un rôle majeur dans ce processus ainsi que la notion de « normes ». Tout ce qui diffèrera de ce que chaque société véhiculera comme étant la norme, sera sujet aux caricatures. Le Français « normal » est donc traditionnellement un digne descendant Gaulois (lui-

toujours été sujettes à moqueries pour préserver cette identité gauloise. Les Polaks, les Portos, les Ritals, les Espingouins, les Youpins, les Nègres, et aujourd’hui les Bougnoules sont au cœur de toutes les attentions, surtout en ces périodes de crises où le patriotisme et le repli sur soi sont de rigueur.

Léa CARDINAL et Lorenzo CALLIGAROT

ALGÉRIE : INÉGALITÉ DES SEXES

Ces dix dernières années, les femmes algériennes se sont progressivement imposées sur le marché du travail. D’après l’Office National des statistiques, le taux d’activité des femmes a crû de 37% depuis 2000. Bien qu’elles représentent 16,6 % de la population active, les Algériennes peinent à faire évoluer les mentalités. En 1984, l’Assemblée Populaire Nationale (APN) adopte un code de la famille qui fait de la femme une « mineure à vie ». Encore aujourd’hui, les femmes sont en quête de reconnaissance et d’égalité dans le pays.


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INTERVIEW FRANÇOIS SERVRANCKX

CHARGÉ DE COMMUNICATION DE MÉDECINS SANS FRONTIÈRES À NEW YORK SUR LES DOSSIERS DU TCHAD, DE L’ETHIOPIE, ET DU SOUDAN DU SUD.

« Au Soudan du Sud, la violence continue, elle a juste disparu des radars médiatiques »

©DR

L’ONG Médecins Sans Frontières a dénoncé jeudi «l’indifférence» potentiellement «fatale» des responsables de l’ONU à l’égard des conditions de vie des Sud-Soudanais réfugiés dans le camp de Tomping à Juba, la capitale. François Servranckx fait un point sur la situation dramatique.

Votre organisation a publié un communiqué pointant le « comportement honteux des Nations Unies envers les déplacés » au Soudan du Sud, notamment dans le camp de Tomping à Juba. Pourquoi ? Les Nations-Unies ont ouvert les portes de leurs bases militaires dès la mi-décembre et l’éclatement des violences pour accueillir les réfugiés. Tout a commencé donc par une action louable. Mais malheureusement, il y a un cruel manque de réponse sur le plan humanitaire. Par exemple à Tomping, il y a 21 000 personnes qui sont exposées à des inondations car la saison des pluies commence au Soudan du Sud. Les réfugiés vivent dans des conditions déplorables, dans la promiscuité la plus totale. Le camp est surpeuplé, et cela ne peut que s’empirer si l’ONU ne se décide pas à déplacer ce camp, trop exposé. Quelles sont les conséquences de cette saison des pluies sur les populations ? Le plus gros problème est l’hygiène. Les conditions sont catastrophiques. Les maladies diarrhéiques sont très nombreuses. Le camp dispose de trop peu de toilettes pour le nombre de réfugiés. Sachant que la saison des pluies va débuter réellement dans quelques

semaines, c’est l’avenir qui est inquiétant. Il y a des risques que des maladies comme le choléra apparaissent à Tomping, et gangrènent ensuite le reste de la capitale. Quel est le constat dans les autres camps, et que demandez-vous donc à la Minuss (Mission des Nations-Unies au Sud Soudan, ndlr) ? MSF n’a pas la lumière sur tous les camps. Mais dans l’ensemble des camps sur lesquels nous intervenons, l’opération humanitaire n’est pas adéquate. Il y a une carence sur le plan alimentaire et dans l’accès aux soins. Les conditions sont mauvaises, loin des standards. Tomping n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Ce n’est pas spécialement à la Minuss que nous demandons d’agir en priorité puisqu’elle doit tout d’abord assurer le maintien de la paix, mais toutes les agences des Nations-Unies sur le plan humanitaire. Alors, sur le plan du maintien de la paix, pouvons-nous dire que la Minuss a réussi sa mission. Les violences se sont-elles apaisées depuis quelques semaines ? Absolument pas. La violence continue, elle a juste disparu des radars médiatiques.

Le pacte d’Addis-Abeba n’a pas du tout été respecté, les combats armés sont réguliers. Il s’agit bien d’une véritable situation de guerre civile. Surtout en cette période. Il y a une recrudescence des combats puisqu’il s’agit de la dernière occasion de lancer des offensives, avant la grande saison des pluies. Les camps, déjà surchargés, continuent donc de recevoir des réfugiés chaque jour ? Bien sûr. Le nombre de déplacements continue, il ne varie pas depuis la midécembre. Les réfugiés arrivent souvent par vague, puisque le conflit s’est déplacé dans d’autres Etats du pays. Il y a quelques jours j’étais au camp de Gambela en Ethiopie. 1000 Sud-soudanais par jour viennent se réfugier dans ce camp. 95% de femmes et d’enfants. Et les nouveaux arrivants sont de plus en plus mal en point car ce sont ceux qui ont eu le plus de mal à rejoindre les camps. Et le pire, c’est que sur les 900 000 personnes déplacées depuis le début des affrontements, seules 10% ont trouvé refuge dans les camps de l’ONU. Propos recueillis par Kévin CHARNAY

Un conflit politique, stratégique et interethnique Le 15 décembre, des affrontements éclatent au Soudan du Sud entre des forces de l’armée, loyales au président Salva Kiir, et celles fidèles à l’ex vice-président Riek Machar. Les combats touchent très vite les civils de plein fouet. Le conflit politique vire au conflit tribal entre les Dinka de Salva Kiir, et les Nuer de Riek Machar. De nombreux témoignages dans les deux camps font état de massacres et de viols à caractère ethnique. En quatre mois, des milliers de morts et 900 000 déplacés.Pas plus tard que mardi, le chef des rebelles Riek Machar a annoncé son intention de prendre Juba, la capitale, et ses importants champs pétroliers. Avant le conflit, le pétrole fournissait 95 % du budget du Soudan du Sud. Il a assuré que la guerre civile ne s’arrêtera pas avant la chute du « dictateur » Salva Kiir.

©REUTERS

Le camp de Tomping à Juba, zone inondables du pays.


DES CONFÉRENCES DE RÉDACTION AUX CONSEILS MUNICIPAUX

Quand les journalistes se lancent en politique Jeudi dernier, journalistes et politiques saluaient la mémoire de Dominique Baudis, décédé des suites d’un cancer. Baudis n’était pas seulement le présentateur vedette du 20 heures de TF1, le maire de Toulouse, le président du CSA et le défenseur des droits sous la présidence de Nicolas Sarkozy, mais aussi le symbole d’un phénomène qui touche le monde médiatique depuis des décennies : celui des journalistes qui se lancent en politique.

Dominique Baudis à la Mairie de Toulouse.

Noël Mamère, Dominique Baudis, François Baroin. Tous sont connus aujourd’hui pour être des hommes politiques. Mais avant d’arpenter les couloirs de l’Assemblée Nationale, ces élus étaient journalistes. Et leurs exconfrères sont de plus en plus nombreux à se réorienter en politique. Rien qu’au cours des deux dernières mandatures, une dizaine de journalistes ont quitté leurs rédactions pour se mettre au service de l’Etat. Pierre Rancé (actuel porte-parole du ministère de la justice et ancien chroniqueur judiciaire sur Europe 1), Catherine Pégard (ancienne chef du service politique du Point et conseillère politique de Nicolas Sarkozy) et Patrick Buisson (ancien journaliste à Minute et conseiller de Nicolas Sarkozy), sont quelques-uns des journalistes à avoir quitté la sphère médiatique pour entrer dans l’arène politique. Les raisons de ce changement de carrière Lorsque les intéressés sont interrogés sur leurs motivations, certains comme Françoise Giroud, justifient cet acte par l’envie d’être au service du contribuable. La co-fondatrice de l’EXPRESS avait, en effet, justifié sa nomination par le Premier ministre Jacques Chirac, au poste de secrétaire d’Etat chargée de la condition féminine en 1974 en déclarant : « Valéry Giscard d’Estaing est au pouvoir pour 7 ans. Alors moi je trouve que 7 ans c’est beaucoup, pas pour moi, vous savez moi j’avais une très jolie situation, beaucoup plus agréable que celle de ministre et beaucoup mieux payée. Mais 7 ans c’est beaucoup dans la vie des femmes. Alors s’il y a quelque petites choses qui peuvent être faites ça en vaut la peine ». Tandis que d’autres, comme Claude Sérillon s’engage en politique pour rendre service à un ami. L’ex-présentateur du JT de

France 2 et désormais ancien chargé de la communication de François Hollande, est un proche de l’actuel chef de l’Etat qu’il a rencontré dans les années 1990. Il a délaissé ses activités journalistiques, pour le conseiller durant la campagne présidentielle de 2012 et faire partie de son équipe à l’Elysée. Parmi les raisons invoquées par les journalistes pour expliquer leur changement de profession, celle de

MÊME PHÉNOMÈNE À L’ÉTRANGER

A l’étranger aussi, les journalistes quittent leurs postes pour faire de la politique. Au Québec, René Lesvêque, journaliste Québécois de l’émission « Point de Mire » et animateur radio de « Radio Canada », est devenu membre du Parti Libéral et Premier Ministre du Québec de 1976 à 1985. De l’autre côté de la frontière, c’est l’Américain Pierre Salinger, qui a troqué sa casquette de journaliste du San Francisco Chronicle pour devenir responsable de presse de la campagne de John Fitzgerald Kennedy en 1960 et porte-parole de la Maison Blanche de 1961 à 1964. Robert Ménard fait figure d’exception. Le motif de reconversion du fondateur de « Reporters sans frontières », exjournaliste de i>Télé et nouveau maire de Bézier, est son exaspération pour la classe politique et médiatique et son mépris pour le traitement réservé au FN et ses électeurs, qu’il a exprimé en ces termes : « Tout m’exaspère, tous ces ducs et duchesses de la classe politique et de l’élite médiatique qui traite les électeurs

du FN comme des crétins égarés ». Toutes ces raisons se résument, selon Jean-François Khan, fondateur de Marianne et tête de liste du Modem dans le Grand Est aux élections européennes de 2009, par la proximité sociale et culturelle entre les journalistes et le pouvoir, qui selon lui « dans leur immense majorité, sont issus du même milieu, formés à la même école, fréquentent les mêmes espaces, porteurs des mêmes valeurs, imprégnés du même discours, façonnés par la même idéologie, structurés par les mêmes références ». Quand les médias emploient des politiques comme journalistes Si certains journalistes optent pour une reconversion dans la politique, certains hommes et femmes politiques optent eux, pour une reconversion dans le journalisme. Parmi eux, l’ex-gouverneur de l’Alaska et ex-candidate Républicaine à la vice-présidence des Etats-Unis en 2008, Sarah Palin, qui est devenue éditorialiste en 2010 pour la chaîne Fox News. En France, c’est Roselyne Bachelot, ancienne ministre pendant les quinquennats de Chirac et Sarkozy, qui a été embauchée en 2012 par la chaine D8 pour devenir chroniqueuse dans l’émission « Le grand 8 ». La présence, dans les médias, de ces personnalités politiques permettent aux chaines de réaliser de bonnes audiences. Mais, à l’heure où les médias sont avant dernier, devant les partis politiques, en terme de professions qui inspirent confiance aux Français (77% des Français ne font pas confiance aux médias et 92% des Français ne font pas confiance aux partis politiques) selon un sondage Ipsos, ces reconversions contribuent à la méfiance de la population à leur égard. Irchade KARI

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MÉDIAS


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LA PHOTO DE LA SEMAINE

©Yuriy Kirnichny/AFP

LA SEMAINE PRISME

Plusieurs députés tentent de faire taire Petro Symonenko après sa déclaration sur les relations russo-ukrainiennes.

L’Ukraine vacille.

de Antoine De Longevialle

C’est presque devenu une habitude à l’Assemblée ukrainienne. Les députés en sont venus aux mains, en pleine séance, alors qu’ils débattaient des manifestations pro-russes qui se déroulent dans l’est du pays. C’est la troisième fois en deux mois qu’une telle scène se produit, mais l’évolution des événements fait que la tension est à son comble, entre les députés nationalistes du parti Svoboda, et ceux du parti communiste, qui n’ont pas cessé de soutenir le président déchu Viktor Ianoukovitch. La bagarre a éclaté lorsqu’un député communiste, Petro Symonenko, a accusé le parti nationaliste de faire le jeu de la Russie. Les propos ont visiblement choqué plusieurs de ses collègues, qui se sont littéralement jetés sur lui pour le faire taire, mettant le feu au poudre dans tout l’hémicycle. Le pays, menacé d’éclatement, fait face ces derniers jours à plusieurs soulèvements de milices pro-russes dans les régions de l’est. Ces groupes armés ont pris le contrôle de l’administration dans plusieurs villes du pays, et n’hésitent pas à mettre en place des référendums d’auto-détermination, à l’image de celui qui a permis le rattachement de la Crimée à la Russie. Samedi à Slaviansk, des homme cagoulés et armés ont pris le contrôle du QG de la police, et ont remplacé le drapeau ukrainien par celui de la Russie. Des attaques du même type ont aussi eu lieu à Kramatorsk, à Donetsk et à Louhansk. Mais les autorités ukrainiennes ont lancé une riposte anti-terroriste, dimanche matin à Slaviansk, dans le but de déloger les séparatistes.


Prisme Magazine - Numéro 7