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octobre 2001 # 1

Conseil g gé énéral des Landes


L’opération un collégien, un ordinateur portable a débuté, dès la rentrée scolaire 2001-2002, avec les élèves et les professeurs des seize classes de troisième de trois établissements test, les collèges Jacques Prévert à Mimizan, Serge Barranx à Montfort-enChalosse et Jean Moulin à Saint-Paul-lès-Dax, soit 470 utilisateurs dont 90 enseignants. Cette publication trimestrielle va retracer, au fil de l’année, les différentes avancées de l’opération, susciter une réflexion autour de la proposition landaise et resti-

Ce premier numéro traite de l’arrivée des ordinateurs portables dans les collèges, et plus particulièrement celui de Saint-Paul-lès-Dax

tuer quelques réactions à chaud.

(les numéros suivants s’attacheront successivement aux établissements de Mimizan et de Montfort-en-Chalosse).

un collégien, un ordinateur portable Attaché à promouvoir l’égalité de tous et conscient du rôle de l’école dans la réalisation de cet objectif, le Conseil général des Landes s’engage dans une opération de grande ampleur de modernisation de l’équipement pédagogique de ses collèges. Avec l’accompagnement de l’Éducation nationale sur le plan pédagogique, il a décidé de doter chaque collégien et chaque enseignant du département d’un ordinateur personnel portable, de câbler les trente-deux collèges et de les équiper des outils permettant d’intégrer l’utilisation de l’informatique dans la pédagogie.

L’opération un collégien, un ordinateur portable, d’une ampleur équivalente à l’instauration de la gratuité des transports scolaires dans les Landes, représente une dépense annuelle de l’ordre de 10 millions d’euros, en 2001 essentiellement pour le câblage des collèges, les années suivantes pour l’achat des matériels. Le Conseil général des Landes s’engage donc à nouveau de façon conséquente et durable en faveur de l’éducation. Les élèves pourront ainsi bénéficier gratuitement d’un ordinateur personnel portable pour la durée de leur scolarité au collège. Les enseignants disposeront de nouvelles possibilités pour enrichir leurs pratiques pédagogiques.

Avec l’opération un collégien, un ordinateur portable, le Conseil général poursuit trois objectifs complémentaires : > relever les défis de l’égalité, en assurant l’égal accès des élèves à ces nouveaux outils dont la maîtrise leur sera indispensable dans leurs études et leur vie professionnelle et citoyenne ; > donner des clefs nouvelles d’accès à la connaissance, et favoriser de nouvelles pratiques pédagogiques ; > développer l’attractivité des Landes, en diffusant la « culture » de l’information et de la communication dans tous les foyers landais.


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Ne me dites pas que pendant ces premiers jours, ils ont laissé l’ordinateur fermé à la maison, ni qu’ils ont consulté l’internet pour y faire une recherche sur le théorème de Pythagore, je ne vous croirais pas. Gérard Cazaux


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Entretien Votre collège s’est porté volontaire pour participer à cette opération. Pour quelles raisons ? Gérard Cazaux : Il y avait dans l’établissement une « culture » de l’informatique, depuis longtemps. Nous avons ici une salle de technologie bien équipée, et plus de 40 postes informatiques en service, ce qui n’est pas si mal. Personnellement, quand j’ai entendu Henri Emmanuelli expliquer qu’il voulait éviter la fracture numérique, et rendre l’informatique accessible au plus grand nombre possible, j’ai profondément adhéré au projet. Nous avons essayé de connaître le taux d’équipement des familles de nos collégiens : près de 60 % des élèves avaient déjà accès à un ordinateur. On peut penser que c’est beaucoup, mais il reste tout de même encore plus de 40 % des enfants qui en sont écartés. Il se trouve également que nous avons dans le collège une structure complète de Segpa (Section d’enseignement général et professionnel adaptés), et aussi un cycle d’insertion professionnelle par alternance (Cippa). Ces enfants sont parmi les premiers bénéficiaires de ce plan : tant mieux. Enfin, j’avais envie d’enseigner différemment. J’ai toujours aimé me renouveler. Nous avons là une formidable occasion de le faire. Vous avez réuni les parents des élèves qui venaient de recevoir les ordinateurs. Pourquoi ? Et que leur avez-vous dit ? G.C. : Les parents sont souvent un peu inquiets pour leurs enfants : la troisième, c’est la dernière année du collège, l’année du brevet. La question qui revient souvent, c’est : « Est-ce que tout ça ne va pas pénaliser mon enfant par rapport à ces échéances?» Cette année leurs enfants vont devoir apprendre à maîtriser ces nouvelles techniques en même temps que leur évolution scolaire normale, mais je suis sûr que tout ça va leur apporter beaucoup. C’est important de rassurer les parents sur ce plan. Nous avons aussi expliqué comment fonctionne l’ensemble du dispositif, et montré le tableau numérique. Et pour rendre plus accessible ce qui semble encore un peu compliqué à certains, nous allons proposer une initiation à la bureautique de base, pour ceux qui le souhaitent. Plusieurs parents sont prêts à donner un coup de main : il est parfois plus facile de téléphoner à un autre parent d’élève pour un conseil que de se tourner vers le collège… Qu’attendez-vous pour le collège au travers de ce projet ? G.C. : Dans le collège, l’équipe est jeune, dynamique. La mise en place de cette opération a déjà beaucoup soudé les profs : avant, bien sûr, ils travaillaient ensemble, mais on peut dire maintenant qu’ils travaillent vraiment ensemble. Nous sommes en train de mettre en place quelque chose qui va changer notre façon d’être. L’intérêt, c’est de voir ce qui va se passer. Nous allons sans doute ouvrir des voies auxquelles on n’avait pas encore pensé. C’est assez exaltant. On avance les premiers, alors, bien sûr, tout cela va demander un très gros effort pour tout le monde: les enseignants et ceux qui les accompagnent, les élèves et aussi leurs parents. Quand on plonge, il faut plonger tous ensemble. Gérard Cazaux est principal du collège Jean Moulin, à Saint-Paul-lès-Dax.

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Vous êtes, avec les jeunes de votre âge, les premiers à vivre dans un monde où l’écrit et l’écran entrent dans un dialogue fécond. […] Qui aurait pu penser qu’un jour, le cartable deviendrait électronique? C’est à vous, jeunes pionniers, qu’il incombe, avec vos professeurs, d’arpenter l’immense continent qui s’ouvre sous vos pas. Jack Lang, Ministre de l’Éducation nationale


Vous allez avoir de nouveaux moyens pour travailler, apprendre, vous informer, communiquer ou vous distraire. Et votre famille pourra également utiliser votre ordinateur. Vous êtes les premiers à bénéficier de ces nouvelles méthodes; votre expérience sera déterminante pour ceux qui vont vous suivre. Je vous fais confiance pour prendre soin de ces matériels et en découvrir toutes les ressources. Henri Emmanuelli, président du Conseil général des Landes

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«Vous voulez qu’on vous apprenne madame?» J’étais ébahie, ils savent déjà… Ils n’ont pas peur face à la machine. Et en plus, ils sont valorisés […]. On n’a pas envie de faire marche arrière mais personne ne veut avancer à marche forcée. C’est au fur et à mesure de la prise en main et de la familiarisation avec ces outils que les choses vont se mettre tout naturellement en place… propos recueillis au collège Jean Moulin, lors de la rencontre du 19 septembre avec les parents


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Fabienne Saint-Germain, professeur d’histoire et géographie au

13:09: 2001 Bonsoir, avant de vous faire un compte rendu par

collège de Saint-Paul-lès-Dax, tient régulièrement une chro-

le menu de notre dernière journée de formation, je tiens à

nique de son expérience pour la partager, sur le web, avec ses

remercier les colistiers qui m’ont personnellement envoyé des

collègues enseignants. En voici quelques «feuillets» (si on peut

messages d’encouragement. Cela fait chaud au cœur et me per-

encore parler ainsi).

met de dépasser les stades de découragement par lesquels je passe de temps en temps face à l’ampleur du travail qui nous est

08:09:2001 Bonsoir, avant les vacances je vous avais tenus

demandé. ¶ Aujourd’hui donc, nous avons reçu une formation

informés de l’opération «un collégien un portable» mise en

sur ESV, un produit qui a été développé par l’université de

œuvre dans le département des Landes. Je reprends donc le fil

Strasbourg et expérimenté dans un établissement en Alsace

du propos. […] La deuxième journée de prérentrée a été entiè-

pour le niveau seconde. Le produit n’est pas tout à fait fini mais

rement consacrée à l’utilisation basique de l’outil et à des

devrait l’être dans les jours qui suivent. […] Pour ma part, je

réflexions sur son utilisation pédagogique par matière. […]

vois de multiples utilisations possibles et un archivage des don-

Tout au long de l’année nous aurons également des forma-

nées simplifié (j’ai la fâcheuse tendance de perdre les docu-

tions selon nos besoins. Plusieurs maisons d’édition sont venues

ments). Cela devrait simplifier considérablement la mutualisation

nous voir pour construire avec notre aide des manuels électro-

des travaux. Il va me falloir une ou deux semaines pour me

niques. Malgré les diverses promesses, nous n’avons aucun livre

familiariser avec le produit. De toute façon, les élèves n’auront

numérisé pour la rentrée, nos élèves auront donc le portable

pas le produit avant nous mais au minimum quinze jours après

plus les livres!!! [NDLR : pendant les premières semaines] ¶ Les

nous. ¶ Côté médias maintenant, les élèves reçoivent la visite de

élèves auront la machine le 17 septembre (plus tôt qu’on le

responsables du conseil général qui vont leur présenter le maté-

pensait). Leurs parents devront signer une convention avec le

riel. Lundi, ils ont le matériel et la TV débarque. Jeudi FR3 vient

conseil général et le collège. Des casiers sont mis à disposition

pendant une heure dans ma classe pour en tirer un documen-

pour ranger le portable pendant les récréations et les cours de

taire (cela ne m’enchante guère mais je suis public désigné par

gymnastique. Ils peuvent l’utiliser au CDI et en étude à partir

mon chef d’établissement). ¶ Ce compte rendu est peut-être

du moment où la fonction son est désactivée. Un espace privé

un peu dense mais la journée de formation l’était aussi. Lundi,

leur est réservé sur le réseau. 10:09:2001 Bonsoir, puisque les

je vous raconterai la visite de notre président du conseil géné-

membres de la liste semblent trouver un intérêt aux tribulations

ral monsieur Emmanuelli, la réaction des élèves face à la machi-

des profs landais, voici le compte rendu de ces derniers jours.

ne, mon premier cours avec les ordinateurs et le contact tant

[…] ¶ Aujourd’hui, nous avons initialisé nos portables prof au

redouté avec les médias. 21:09:2001 Bonsoir, Voilà, trois jours

réseau et cela n’a pas été sans surprises. La manipulation a

que les élèves ont leurs ordinateurs et les réactions sont diverses.

écrasé toutes les données de la messagerie. M’y étant préparée,

D’une manière générale, les enfants sont ravis, ils prennent cela

j’avais fait une copie de mon carnet d’adresses et des messages

comme un jeu. Ils n’ont aucun problème pour l’utiliser et des

archivés. Tout le monde n’avait pas pris ce soin! Nous avons éga-

élèves de Segpa ont même appris à leur prof d’anglais qui était

lement eu une démonstration du tableau interactif. Vu comme

néophyte en la matière. Pour une fois c’est eux qui apprenaient

cela, c’est magique. On peut avec le doigt actionner n’impor-

au prof!!! ¶ Nous avons pu constater un changement de com-

te quelle application, on peut écrire sur tous les documents, créer

portement de la part des troisièmes. Ils ne se bousculent plus dans

des animations et enregistrer tout son travail. Le point d’in-

les couloirs de peur d’abîmer les ordinateurs. Les autres élèves

terrogation c’est combien pèse chaque écran enregistré. À la

ne sont pas aussi conscients du problème et les risques de casse

question posée, la réponse n’a pas été très claire si ce n’est que

sont loin d’être écartés. Ils entrent en classe de manière plus

l’on enregistre sous n’importe quel format. À suivre. En tout cas,

calme. Est-ce que cela va durer… mystère. Ils ont également

je vois déjà de nombreuses applications dans le domaine de l’ex-

une attitude d’entraide que je n’avais jamais observée jusque-

plication d’œuvres d’art, l’analyse d’affiches, la construction de

là. Les habitués de la machine, aident les plus peureux sans qu’il

croquis à partir de photos de paysage et cartes. ¶ […] Dans la

y ait pour autant une situation de dominé et de dominant. ¶ Une

série anecdote. Les élèves n’ont pas encore les portables mais

ombre au tableau: des ordinateurs ont déjà planté. Une socié-

cet après midi je voulais leur monter via le vidéo-projecteur, un

té de l’extérieur est venue les réparer et la connexion au réseau

site que j’avais repéré sur internet. Fière de moi, je lance la

n’est pas toujours opérationnelle. Plusieurs appareils ont dû

machine et je ne trouve plus le favori que j’avais créé, l’initia-

être réinitialisés. Le logiciel ESV n’est pas encore opérationnel et

lisation du matin me l’avait écrasé et bien sûr je n’avais pas noté

les aides éducateurs sont débordés. ¶ Qu’à cela ne tienne, je vais

sur papier l’adresse, nul n’est parfait !! ¶ Jeudi prochain nous

essayer avec mes élèves de faire un diaporama sur la propa-

avons une demi-journée de formation sur ESV (Établissement

gande stalinienne (en utilisant un travail préparé par une col-

scolaire virtuel). J’attends cela avec impatience parce que les

lègue… la mutualisation fait peu à peu son chemin). Je vous tien-

démonstrations de juin n’étaient pas formidables. Ce conduc-

drai au courant des difficultés rencontrées. ¶ Pour finir une

teur de cours est plutôt fait pour les cours magistraux ce que

petite note d’optimisme, mon collègue de SVT qui ne connais-

nous ne faisons jamais en collège et il semblerait que pour

sait rien à l’informatique en juin, s’y est mis, y trouve un intérêt

faire ses cours avec cet outil on soit obligé d’être connecté (la

pédagogique et utilise même sans difficultés le tableau interactif.

version de septembre devrait pallier cela… à voir) C’est tout

Une belle avancée pour cet homme qui est à un an de la retrai-

pour aujourd’hui, je vous donne rendez-vous jeudi soir ou

te et qui n’a pas voulu rester à côté du progrès.

vendredi selon le volume des devoirs de mes petits.

[à suivre sur http ://www.clionautes.org]


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J’en ai même aperçu un qui envoyait un mel à son voisin de table : ô grande vertu de la technologie ! Enfin plus besoin de bavarder… Jean-Michel Loubère


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Dim.  sept.  Bon, on se lance dans les premières impressions. Je n’ai pas pris de notes et mes remarques seront peu nombreuses. Préambule : après  jours, il reste encore à venir tous les outils qu’on attend (ou presque : manuels numérisés, ESV module élève); tout est promis pour dans une quinzaine de jours, pourvu que ça soit à peu près tenu… Sinon est à craindre le découragement de certains… (profs, of course). Les petites remarques sur les problèmes techniques irritent parfois les officiels qui doivent assumer l’enthousiasme (« J’en ai assez de tous ces gens négatifs », entendais-je vociférer mon principal le soir de la rencontre parents quand la concierge lui eut signalé une borne abîmée). Côté élèves, que puis-je constater ? Mes troisièmes allument spontanément leur machine, même s’ils ne savent pas s’ils en auront besoin. Positif : cela se fait sans réelle perte de temps ; négatif : beaucoup ont tendance à fixer un écran vide alors qu’il y aurait matière à écouter et parler. On peut craindre que cela soit difficile à gérer par le prof, mais les inattentifs et/ou ceux qui regardent bouger leur fond d’écran auraient trouvé d’autres moyens de se distraire en d’autres temps (jouer au morpion, gribouiller des caricatures…) Bien que je n’aie pour l’instant jamais pratiqué d’activité qui ait nécessité l’utilisation de l’ordinateur, j’ai pu constater agréablement que quelques élèves s’en servent pour prendre leurs notes, et aussi pour chercher rapidement le sens d’un mot dans le Petit Robert… Peut-on espérer que la disponibilité de l’outil encouragera de telles pratiques d’autonomie ? ------------------Sam.  sept. , deuxième lot. . Imed A. s’est enfin servi (utilement) de son ordi, lui qui passait son temps à admirer son fond d’écran quand tous les autres (ou presque) manipulaient le texte sur lequel nous étions penchés… Le maniement semble un peu plus régulier… dans tous les sens du terme. Entre midi et  heures, beaucoup d’élèves passent leur temps libre à se connecter en étude, même par beau temps… J’en ai même aperçu un qui envoyait un mel à son voisin de table : ô grande vertu de la technologie ! enfin plus besoin de bavarder… Au moins maîtriseront-ils la messagerie (certains trop, au dire de Thomas, notre e-j technicien [NDLR : aide éducateur TICE] qui a repéré quelques boîtes contenant  à  Mo de messages…) . En attendant l’ESV, je dépose des documents (textes, images, exercices…) dans un dossier «français », le tout accompagné d’un fichier « alire.txt », contenant des indications de travail, que j’ai invité mes chers bambins à consulter. Je n’avais pas eu le temps de finir de le leur dire que quelques-un(e)s l’avaient déjà chargé et lu ! Surprise agréable pour une classe qui me semblait un peu trop… frémissante (dans le mauvais sens du terme…). Hélas (soyons un peu négatif…) quand le lendemain je leur ai proposé d’y puiser à nouveau, le réseau était en panne (ricanements de certains, désappointement de ceux qui voulaient utiliser l’outil un peu régulièrement). Cela nous contraint à toujours prévoir le travail sous deux formes ou à avoir une roue de secours en papier… . Effets > profs. Un fort désir de formation anime quelques collègues n’enseignant pas en troisième, y compris certains rétifs jusqu’alors à l’utilisation des TICE. Scène hier vers : en salle des profs : trois collègues attablés autour d’un portable. L’une, plutôt rompue au maniement, explique aux autres comment on peut déposer des docs sur le réseau pour les faire lire et/ou récupérer par les élèves. Attention générale. ------------------Jean-Michel Loubère, professeur de français à Saint-Paul-lès-Dax


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On les voit passer dans le collège, ils sont mignons: ils portent leur ordinateur bien précieusement, ils ont toujours envie de l’ouvrir. Ce matin, à la récréation de 10 heures, ils sont tous arrivés, ils avaient besoin d’une prise pour le brancher: il avait faim! Gérard Cazaux


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Ça m’inquiète un peu, tout ça. Mon fils m’a montré comment faire, mais j’en suis bien incapable. J’ai peur de casser quelque chose. Non, je ne me fais pas de souci pour mon enfant, mais pour moi, c’est un peu l’inconnu… ¶ Mes enfants ont l’habitude. Moi, il y a quatre ans, je n’avais jamais touché à un ordinateur. J’en ai un maintenant chez moi, dont je me sers pour mon travail, alors mes enfants ont l’habitude. Ils l’utilisent déjà. Pour mon fils, c’est bien. Ça va le motiver, lui donner le goût du travail. Il voit bien qu’on lui fait confiance, qu’on a beaucoup investi pour lui. Il est fier. ¶ Ses yeux brillaient ! Je n’utilise pas du tout l’informatique. Pour l’instant, je n’en ai pas tellement envie. Mais mon mari, oui, dans son travail. Mais nous n’avions, jusqu’à présent, pas d’ordinateur à la maison. Mon fils avait déjà commencé à apprendre à s’en servir en CM2. Il a continué pendant toutes ses années de collège. Maintenant, il manie vraiment très bien l’ordinateur. Son père lui demande même des conseils ! Dans la famille, il montre aussi à sa sœur, qui a 11 ans. Le jour où on leur a remis les ordinateurs au collège, c’était beau ! Le plaisir, la fierté de mon fils… ses yeux brillaient, il fallait voir ça. La première semaine, c’était un peu la folie : on ne pouvait vraiment pas l’en sortir ! Maintenant, c’est déjà un peu plus raisonnable : il n’a pas abandonné ses activités extérieures. Hier, pour un contrôle en Histoire sur la guerre de 14-18, la leçon était sue, mais il a fait une recherche en plus, de lui-même, sur l’internet. Je reconnais que c’est bien. Pour l’instant, le seul inconvénient, c’est le poids : les livres, avec l’ordinateur en plus, ça fait quand même beaucoup. ¶ Des fois, il me le laisse… Mon fils en parlait déjà depuis un moment. J’avais un peu peur que ce soit comme une console de jeu, et qu’il s’enferme avec pendant des heures dans sa chambre… finalement, non. C’est positif. Je craignais aussi pour le transport : avec tout ce qu’il trimballe, j’avais peur qu’il ne soit pas assez soigneux. Mais je vois qu’il fait très attention, qu’il se sent responsable. Au collège, ils arrivent à se passer des choses les uns aux autres. C’est aussi un moyen pour moi de me familiariser avec l’ordinateur. Des fois il me le laisse… Il me dit de faire attention (rires), c’est tout ! Je découvre, parce que mis à part les comptes, je ne voyais pas trop ce qu’on pouvait faire avec un ordinateur. Je me suis inscrit au collège pour suivre les réunions sur l’informatique.

…paroles de parents d’élèves


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paroles d’enseignants… Je n’ai pas de classe de troisième, je travaille avec les plus petits. Les ordinateurs, l’informatique… je ne suis pas du tout initiée. Je ne m’en sers pas, je suis assez loin de tout ça. Mais je suis très contente de ce qui se passe ici : je parle avec mes collègues, je me renseigne sur ce qu’ils font. C’est comme l’électricité, on ne peut pas aller contre ; on est obligé d’en tenir compte. [prof. d’espagnol] ¶ Dans mon domaine, les sciences physiques, nous utilisons déjà du matériel pour réaliser des expériences. Nous sommes dans des salles spéciales, avec des paillasses, un évier, de l’eau… Avec les ordinateurs en plus, il faut s’organiser doublement ! ¶ C’est peut-être l’avenir. Pour un prof, l’utilisation de l’outil informatique, c’est une nouvelle façon d’enseigner. Mais nous avons forcément un gros travail préalable à fournir. Ces nouveaux outils, il faut vraiment se les approprier d’abord, si on veut enseigner au travers d’eux. J’attends avec impatience l’arrivée des manuels. [prof. de physique] ¶ Lorsque j’ai été informée de ce projet, j’ai été très surprise, et ma première réaction a été négative, clairement. ¶ Il me semble que le Conseil général pouvait avoir d’autres priorités, par exemple de s’occuper un peu plus des enfants en difficulté, ou d’ouvrir d’autres classes de Segpa (Section enseignement général et professionnel adaptés). En plus, j’ai déjà vécu le Plan informatique pour tous, il y a déjà plusieurs années, et franchement, il ne m’a personnellement rien apporté. ¶ Bon, à partir du moment où c’était décidé, alors je me suis demandé ce que je pouvais faire : ne plus reprendre ma classe de troisième ? et l’année prochaine, pas la quatrième ? et ainsi de suite ? Ce n’était pas tenable, comme position. On ne peut pas toujours reculer, alors j’ai décidé de faire avec, et de chercher ce qui pouvait être positif. ¶ Hier j’ai essayé une première séance avec les ordinateurs : je leur ai demandé de se connecter sur un site qui propose des révisions. C’est vrai qu’ils n’ont aucun problème pour les manipulations : ils savent déjà. Ils ont donc travaillé sur ce site. L’avantage, c’est qu’ils avaient chacun leur question : inutile de se reposer sur ce que fait le voisin, puisqu’il ne fait pas la même chose. L’inconvénient, c’est qu’on a un peu de mal, à la fin, pour faire la synthèse. ¶ En math, il existe une quantité de logiciels éducatifs :

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encore faut-il les maîtriser avant de s’en servir en cours, ce qui suppose un apprentissage. Oui, le CRDP (Centre régional de documentation pédagogique) doit nous aider dans ce domaine, et dans celui du choix des manuels aussi. C’est tant mieux. ¶ Je trouve quand même que la grosse difficulté pour l’instant, c’est le poids des cartables : heureusement qu’il y a les casiers, mais on ne peut pas (encore) se passer des cahiers, et des livres, alors avec l’ordinateur en plus… ¶ Bien sûr, il y a l’excitation des premiers moments, on va voir si ça va retomber ou non. [prof. de maths] ¶ J’enseigne l’Histoire-Géo. Je me débrouille déjà un peu en informatique. Oui, je pense que l’ordinateur c’est un outil très intéressant pour ma matière, mais à condition d’avoir le temps de s’en servir. Et pour le moment, nous sommes quand même pris entre deux feux : il n’est pas question, en troisième, de ne pas suivre l’intégralité du programme. Je ne peux pas prendre de retard là-dessus. Mais pour se servir intelligemment du potentiel qui nous est offert, il faudrait pouvoir prendre le temps, par exemple, d’exploiter la presse pendant une semaine: ça serait très intéressant, surtout avec des troisièmes, qui sont curieux et qui peuvent exercer un jugement, de regarder comment un même événement est traité par différents journaux… ¶ Autre problème : pour le moment, nous n’avons pas encore la disposition des manuels dans les ordinateurs, ce qui relativise beaucoup l’intérêt de l’outil. Par contre, du côté des élèves, ils sont très contents: ils sont passionnés, radieux. J’en vois quelques-uns qui prennent directement des notes sur leur portable. Il faudra voir avec le temps ; on en est encore au « tout nouveau, tout beau ! ». ¶ Je m’interroge tout de même à partir de certains comportements que j’ai déjà pu noter en classe : j’ai demandé à mes élèves de faire une recherche dans l’internet sur un thème bien précis. C’est vrai qu’ils se repèrent déjà très bien, et qu’ils trouvent, à partir de deux ou trois mots-clefs, des éléments de réponse. Alors ils réagissent très vite : on clique, on copie, on imprime… c’est excitant… On en a même oublié de lire ! Ils sortent des morceaux de texte très rapidement, déjà tout rédigés, mais ont-ils vraiment fait travailler leur pensée, ont-ils cherché à comprendre le sens de ce qu’ils manipulent? ¶ Je suis persuadée que notre travail d’enseignant, c’est d’éveiller l’esprit critique et de donner le goût aux élèves de penser par eux-mêmes, et je me demande dans quelle mesure ces nou-


veaux outils ne contiennent pas des facilités qui ne nous aident pas dans ce sens. ¶ J’aimerais vraiment que nous soyons plus mieux accompagnés dans cette expérience par nos inspecteurs pédagogiques. Bien sûr, on nous propose des formations, mais uniquement sur le plan technique. Nous avons aussi besoin d’un soutien solide du point de vue de la pédagogie, et pour l’instant, nous ne sentons pas d’appui du côté de nos inspecteurs, qui devraient être à nos côtés en ce moment. [prof. d’Histoire-Géo] ¶ J’étais déjà « branchée ». Profondément convaincue qu’il est de notre obligation de nous tenir au courant de l’évolution de notre métier, j’ai suivi plusieurs stages d’informatique dans le cadre de la formation continue des professeurs. Ces stages m’ont beaucoup apporté: rencontres avec d’autres collègues, échanges et réflexions m’ont aidée dans ma démarche. ¶ Je suis très favorable à cette opération. Je faisais partie des personnes qui se sont portées volontaires pour que notre collège soit retenu parmi les premiers. La première impulsion a été lancée avec une grande détermination, c’est très important : pour avancer, c’est même obligatoire. Mais je pense quand même que tout ceci est très précipité. L’année prochaine, ça ira certainement beaucoup mieux, mais pour l’instant, nous sommes soumis à une très forte pression. ¶ On vit les choses en même temps que les élèves, alors on manque de recul. Il nous faut assimiler toutes ces nouvelles données et assumer simultanément la situation nouvelle qui se crée. Pas toujours très facile! Et puis, nous devons faire face à tous les problèmes techniques du démarrage. C’était attendu, mais à ce point… ¶ Les élèves, ça va très bien. Ils ont envie. Ils sont contents. Je remarque quand même que certains sont un peu perdus. Ceux qui n’étaient pas trop travailleurs sont pour l’instant réconfortés, bien sûr… Mais il faut veiller à ce qu’ils ne se perdent pas dans la fascination de l’outil. Nous sommes quand même là pour leur apprendre quelque chose… ¶ De très belles possibilités s’ouvrent pour l’apprentissage des langues : on pourra faire des recherches dans l’internet, envisager des correspondances scolaires. Et quand nous pourrons enfin disposer de notre manuel, on utilisera régulièrement les portables en cours. ¶ Je réfléchis beaucoup à tout ça; c’est une très belle expérience, mais il nous faut aller doucement. Nous sommes au début d’une recherche, on va voir, nous avons besoin de temps… [prof. d’espagnol]

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Au début, on n’y croyait pas trop : ce n’était pas possible. Après, en juin, ils ont mis des casiers, alors là on y a vraiment cru. Pendant l’été, j’en étais sûre, vraiment. Je me suis dit que pour le début, je ne saurais pas bien, alors j’ai préféré m’apprendre un peu. Je suis allé voir une dame, qui m’a montré ce que c’était : les icônes, la barre des outils… ¶ Si je devais faire toute une rédaction sur l’ordinateur, alors là, ça me prendrait beaucoup de temps… Je connais où sont les lettres, sur le clavier, mais je vais plus vite à la main. ¶ Oui, c’est bien : ça permet aux familles qui n’en ont pas les moyens d’avoir un ordinateur pour eux, de pouvoir s’en servir quand même… Mon père, il était content. Chez nous, on a mis les choses au clair. Mon père : « Si vous en faites (de l’ordinateur), ça sera avec Brigitte. Sinon, vous n’y touchez pas ». ¶ Au collège, l’ambiance a changé : il n’y a plus que des jeunes, et les sixièmes ils courent partout. Heureusement qu’on a les ordinateurs : comme ça, ça va.

Brigitte, collégienne, Saint-Paul-lès-Dax

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SOS PORTABLES « Voilà nos SOS portables », annonce le principal du collège quand il les présente. En réalité, tout le monde les connaît par leurs prénoms : Claire, mise à disposition par l’inspecteur d’académie, et Thomas, aide éducateur au collège de Saint-Paul-lès-Dax. Un peu plus vieux (mais à peine) que des collégiens, ils sont résolument de la génération qui tutoie les ordinateurs avec une désinvolture étonnante. Recrutés spécialement par l’inspection d’académie, ils sont là pour veiller au bon déroulement des opérations du point de vue technique. ¶ Deux jours après la remise des portables aux élèves, on ne compte déjà plus le nombre d’utilisateurs un peu désemparés qu’ils ont réussi à remettre en affinité avec leur machine… Ces passeurs sont généreux, et leurs conseils, leurs explications, ils les prodiguent tous azimuts, au fur et à mesure des besoins. Alors c’est peu de dire que dans le collège, on se les arrache: en voilà deux qui ont déjà réussi à se rendre indispensables ! Et quand on leur demande, à eux, si la pression n’est pas trop rude : «Nous sommes totalement submergés, répond Claire, mais c’est comme ça que c’est drôle ! ». Claire : « Je suis titulaire d’un BTS informatique de gestion, option administration de réseaux locaux, obtenu dans le cadre de mon emploi jeune. J’ai également réussi le concours d’adjoint administratif. J’avais déjà commencé à m’investir l’année dernière dans ce projet lors de la candidature de mon collège. Il m’était pénible de le lâcher alors que nous allions passer à la phase de réalisation. C’est pourquoi, à Hourtin où je participais à l’Université d’été de la communication, j’ai accepté la proposition de l’inspecteur d’académie qui dirigeait le séminaire de formation des aides-éducateurs de l’académie de Bordeaux. Il m’a demandé de faire partie de son équipe pour être mise à la disposition du collège. C’est un peu un rêve qui se réalise. Je cherche avant tout à me faire plaisir et je pense avoir réussi ce premier point. ¶ De plus, l’ensemble des personnes touchées par ce projet s’est montré très enthousiaste. Les élèves ont tout de suite pris en main leurs machines et les profs ont commencé à travailler très rapidement: ils ont même été très surpris par la facilité d’utilisation des différents matériels mis à leur disposition – tableau numérique interactif et vidéo-projecteurs. ¶ Je pense que le plus difficile est sans doute la partie réseau: les élèves ont un peu de mal à visualiser ce que peut être un serveur et à quoi ça sert. Il est clair que cela peut être un peu abstrait si on ne s’en est jamais servi. ¶ Concrètement, la mise en route est plutôt aléatoire mais on s’en sort bien. Personnellement je suis plutôt contente. Tout se passe bien, même s’il nous arrive de rencontrer quelques bugs.» Claire Cassagnau

Thomas: «J’avais fait une demande d’entrée en licence informatique; je n’avais pas encore eu la réponse quand on m’a parlé de cet emploi jeune. Je l’ai accepté car il me permettrait d’acquérir une certaine expérience professionnelle et de passer en même temps ma licence, ce qui correspond quasiment à de l’alternance. Par ailleurs, le projet m’intéresse beaucoup car c’est une opération nationale, une première en France et le fait d’y participer n’est qu’enrichissant pour moi et sur le CV, ça le fait :o). ¶ Les collégiens sont très intéressés par les possibilités de l’ordinateur portable. Et le fait que la section spécialisée soit également concernée (troisièmes Segpa et Cippa) réduit l’écart qui existait avec la filière générale: tout le monde est considéré au même niveau. ¶ Les élèves ont accès à un matériel assez puissant qui leur ouvre toutes les portes de la réussite scolaire; maintenant à eux de les exploiter. Quant aux professeurs, certains étaient un peu réticents, ou du moins avaient peur de ne pas savoir utiliser l’ordinateur portable; mais la plupart s’en tire bien, même très bien!! Ils s’y sont tous mis et le résultat est très encourageant!! Si tout continue comme ça, leur réussite motivera leurs collègues des 29 autres collèges des Landes. ¶ Je rajouterai que nous sommes à l’écoute des professeurs, nous les aidons quand ils ont des problèmes, mais de plus en plus, ils s’aident entre eux, ce qui permet un certain rapprochement, une certaine solidarité. ¶ Le plus difficile, c’est la maintenance informatique car tous les utilisateurs n’ont pas encore compris ce que «réseau» voulait dire, les capacités, les fonctionnalités ; mais avec le temps… ¶ Concernant les profs, avec Claire, on leur a proposé une formation à certains logiciels ou environnement (Windows 2000, Word, Excel, etc.) dans les semaines qui viennent. Sinon, il s’agit la plupart du temps d’un dépannage informatique individuel. ¶ En ce qui concerne les élèves, on pourrait appeler ça « intervention en chaîne»; je m’explique: par exemple, ces derniers jours, nous avons eu un problème de réseau, les élèves n’avaient plus accès à «mes documents» et l’un après l’autre, ils sont venus nous le dire, nous demander ce qui se passait ; ayant compris que ça allait continuer comme ça toute la journée, nous sommes allés dans les classes expliquer le problème aux élèves. Sinon, ils viennent nous voir un à un : pour l’instant il s’agit plus de problèmes d’esthétique, du style fond d’écran, images, etc. Il nous est aussi arrivé que certains ordinateurs ne fonctionnent plus, ceci étant apparemment dû à des problèmes de matériel de la responsabilité du fournisseur. Mais les appareils plantent de moins en moins. ¶ Nous commençons à respirer un peu… : o) Thomas Brançon


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un collégien, un ordinateur portable Merci à toutes les personnes qui ont accepté d’apporter leur témoignage. L’histoire continue… Toutes les informations sont sur le site :

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le journal # 1 Conseil général des Landes rue Victor Hugo – 40025 Mont-de-Marsan Cedex Tél. : 05 58 05 40 40 – Fax : 05 58 05 41 41 www.landes.org – www.landes.org/fr_vivre_nouv_techno_portables.asp Design éditorial : presse papier, Bordeaux Photographies : Vincent Monthiers Propos recueillis par Marie Bruneau. Journal composé avec les caractères Frutiger, Garamond et Emigre dans leurs différents dessins. Imprimeurs : BM, F-33610 ZI Canéjan.


Le Conseil général des Landes a décidé de doter les collégiens du département d’un ordinateur portable, de câbler ses trente-deux collèges et de les équiper de matériels pédagogiques adaptés. >> Récit en images de la distribution des ordinateurs portables, le lundi 17 septembre à Saint-Paul-lès-Dax. >> Réactions à chaud.

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édité par le conseil génral des landes