Issuu on Google+

p. 4

Pinera, le triomphe Mercredi 16 décembre 2009 l

LE PARODIEN

«Les drames sans images, sans visages, ont peine à atteindre la conscience collective» - Jacques Chirac

Prix : 1€00

p. 13

Johnny Halliday, le portrait l www.leparodien.fr

Peut mieux faire Handball La victoire de la classe biberon

Playmobil page 6

Immigration De nouvelles expulsions page 16

Jouet préféré depuis 35 ans page 14

DR

PLAN GRAND FROID


EDITORIAL Par Grégory Rozières Alors que les températures chutent, on a l’occasion de voir que les plus démunis sont toujours à la rue, alors qu’il y a deux ans - une éternité - Nicolas Sarkozy leur promettait de leur trouver un logement à tous. N’ayant pas réussi à prévenir, le gouvernement veut guérir. Lancement d’un plan grand froid bien huilé, associations à l’appui, c’est promis, la crise économique n’influencera pas l’aide accordée à ceux qui n’ont rien. Mais la question la plus importante n’est peutêtre pas de savoir si l’Etat peut engager les même moyens qu’a l’accoutumé. L’année 2009 a été marquée par une destruction d’emploi et une augmentation de la pauvreté comme on n’en a pas connu depuis 10 ans. Et la tendance n’est pas à la baisse. Un tel climat ne risquerait-il pas d’entraîner une hausse du nombre de SDF? La question mérite d’être posée. Pourtant, aucun responsable politique ni aucune association ne soulève ce point. Les victimes du froid ne seraient pas celles de la crise, affirme le gouvernement. Espérons-le, car si le financement du plan Grand froid n’a pas diminué en 2009, il n’a pas non plus augmenté.

2

Plan grand froid, édition 2009

DR

Les Dossiers de la rédaction - SOCIETE

Le niveau 2 du plan Grand froid se généralise en France. Un plan d’urgence qui n’a pas été affecté par la crise économique. Mais qui reste perfectible.

S

econd Noël de crise, l’inquiétude est de mise. Chargé de Mission hébergement au ministère des Affaires sociales, Pascal Noblet assure que la crise n’aura pas de conséquences sur le plan Grand froid de cet hiver. « Le niveau 2 du plan a été décrété. Ce qui veut dire que 5 000 places vont êtres créées, et que les accueils de jours seront désormais ouvert la nuit pour les sans-abris jusqu’à la fin de l’hiver ». Si le niveau 3 est déclenché, c’est près de 8 000 places qui seront disponibles dans divers lieux publics (6000 places en 2007, à peine plus en 2008). Cet hiver, cinq gymnases, trois mairies et six véhicules municipaux seront mis à disposition. Crise ou pas crise, le plan Grand froid est rôdé. Même avec une chute plus que brutale des températures, les structures de chaque départements ont rapidement été mises en place. Mobilisation gouvernementale insuffisante « Chaque année le plan Grand froid monopolise toutes les équipes de travail. Le but étant de sauver le plus de vies possible », précise Pascal Noblet. Malgré cela, la semaine dernière, six personnes sont décédées dans la rue.

Ce mardi, un nouveau décès est venu s’ajouter à ce triste constat. Selon le décompte des « Morts de la rue », la mort de ces sans-abris porte à 327 le nombre de décès cette année. Pour réduire le nombre de décès dûs au froid et à la misère, les mesures du plan Grand froid sont nombreuses. Le 115, numéro d’urgence, permet de contacter le Samu pour signaler les sans-abri (en 2008, 400 000 appels reçus). Les gymnases, casernes, et autres bâtiments publics, dits hébergement de « mise à l’abri » peuvent être ouverts. Et enfin, les maraudes des associations Emmaüs, Les enfants du canal, l’association Aux captifs de la libération et Aurore. Malgré tout, de nombreux SDF refusent encore et toujours de se faire aider. Passer une ou plusieurs nuits entassés les uns sur les autres, la peur de se faire voler ses affaires, telles sont les raisons qui les poussent à vouloir rester dans la rue. Didier Cusserne, délégué général d’Emmaüs, estime que son association est là pour offrir ce que les pouvoirs publics et les ministères n’offrent pas. A Paris, Emmaüs prévoit 3 000 places, précisant, pour aller dans le sens des sans-abris récalcitrants, que les conditionsd’hébergement sont souvent dérangeantes

Une organisation retravaillée chaque année Depuis 2005, chaque mois de novembre, des réunions ont lieu une fois par semaine entre le service météorologique et les responsables ministériels du plan Grand froid. « Chaque année, une circulaire est rédigée avant le lancement du plan. On l’envoie aux préfets des régions et des départements, pour qu’ils organisent les structures d’accueil et d’hébergement dont ils disposent » explique Geneviève Castaing, Inspectrice générale des affaires sanitaires et sociales. Si le nombre de places proposées par le ministère augmente chaque année, ce n’est jamais assez. Cette année, les églises et les mairies de quartiers ouvrent leurs portes aux plus démunis. L’organisation et le déploiement du plan Grand froid ne présente pas de failles apparentes. Mais à y regarder de plus près, si les logements temporaires d’urgence déployés pour le plan Grand froid répondent à la demande, le manque de place dans les logements sociaux est toujours aussi important. Et en avril, quand le plan s’arrêtera, il y aura toujours autant de gens à la rue. Et pas uniquement à cause de la crise .PB

Mercredi 16 décembre 2009


« Il faudrait 2150 places d’hébergement en plus »

A plan grand froid, petits effets. A l’heure où les thermomètres plongent dans le négatif, Didier Cusserne, délégué général de l’association Emmaüs, dresse un état des lieux sans concession de la politique de l’hébergement en France. Selon quels critères décide-ton de mettre en place ce plan grand froid ? Les critères sont normalement liés à la température. A côté des critères météorologiques, il s’agit en réalité d’un ensemble d’appréciations beaucoup plus subjectives et complètement politiques. Les responsables politiques se mettent à ouvrir des centres d’hébergement complémentaires lorsqu’ils ont peur d’être embêtés par des citoyens touchés par la situation des personnes sans abris. En novembre 2008, quand on a découvert des morts dans le bois de Vincennes,

la population s’est largement émue de la question. Les responsables politiques ne pouvaient pas passer à travers et ont décidé à ce moment là, précisément, d’ouvrir des places d’hébergement précaire. Ces places ont ensuite été fermées au mois de mars, lorsqu’il s’est mis à faire un peu plus beau. Le niveau 2 du plan grand froid est-il en passe d’être décrété à Paris ? Oui. D’autant que la mise en place des dispositifs liés au grand froid sont l’objet de décisions quotidiennes. Ce plan consiste à ouvrir des places d’hébergement

supplémentaires, qui ne sont malheureusement pas des vraies places d’hébergement mais plutôt de mise à l’abri. Les cinq gymnases ouverts par la municipalité représentent 290 places supplémentaires. Tous ces dispositifs qui sont mis en place durant l’hiver mériteraient d’être transformés en véritables places d’hébergement. 2150 places d’hébergement précaires sont prévues pour cet hiver. Il en faudrait le même nombre en permanence. Car, les personnes sans abris n’ont pas besoin d’être à l’abri uniquement quand il fait froid. Remarquez-vous tout de même des avancées en matière de politique d’hébergement et de logement? Il y a un nouveau ministre en charge du logement (Benoît Apparu a remplacé Christine Boutin en juin 2009), qui se démène pour essayer de changer les choses. Mais, à l’heure actuelle, on ne voit pas arriver les moyens concrets qui permettraient la mise en œuvre d’une nouvelle politique. Le problème de fonds n’a pas été résolu : plus personne ne doit être contraint de dormir à la rue. En mai 2006, Nicolas Sarkozy

Sebastien Godefroy

SOCIETE - Les Dossiers de la rédaction

déclarait que s’il était élu, il souhaitait que « d’ici deux ans plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d’y mourir de froid »… La promesse n’est pas tenue. Il disait encore l’année dernière que chaque personne devait pouvoir être accueillie, avoir une chambre, prendre une douche… Malheureusement, ces chambres n’existent pas, ces douches n’existent pas. Cela fait partie des discours que les hommes politiques tiennent régulièrement. Une bonne volonté qui ne donne pas les moyens aux plus exclus de trouver une place dans la société. Propos recueillis par Laurence Texier

Reportage

Une maison dans la rue L’affaire de la mise en ligne des courriels des chercheurs du CRU (Centre de Recherches sur le Climat) a parasité l’ouverture du sommet de Copenhague lundi. Les climato-sceptiques ont saisi l’occasion pour décrier les études menées sur le réchauffement climatique.

I

ls sont nombreux ce matin ceux qui poussent la porte du 35 rue Bichat. Un café, un thé, une douche chaude et des vêtements à laver, tous viennent dans le même but. Avec la mise en place du plan grand froid dans de nombreux départements, tout s’accélère. L’endroit a été réquisitionné et huit lits seront installés à la hâte comme premières mesures d’urgence. Pour l’heure, le centre est ouvert de 9 heures à 12 heures 30. Paradoxalement, la fréquentation ne semble pas plus importante avec l’arrivée de l’hiver. « Les

centres d’accueil de nuit offrent des petits-déjeuners, les personnes viennent moins dans notre centre. D’habitude 140 personnes font la queue depuis six heures du matin » confirme Dominique, un des édu cateurs. L’ambiance qui règne dans la salle d’accueil est plutôt sereine. Les hommes qui sont là sont majoritairement Afghans. Peu d’entre eux parle le français. Ahmade Omid est en France depuis cinq ans après son départ d’Afghanistan, un passage par Calais et une détention en prison, il dort sur une

Mercredi 16 décembre 2009

péniche trouvée par l’association Emmaüs. « Je prend des cours de français ici pour réussir à m’en sortir. Ici on nous aide juste pour le logement » explique-t-il. « Etre français ne suffit pas » Une fois arrivé, les sans-abris s’inscrivent sur une liste pour pouvoir prendre une douche, aller sur internet et consulter un médecin. En attendant, tout le monde se retrouve autour d’une boisson chaude. Certains se parlent, se retrouvent, d’autres observent, silencieux. Pour Marjorie, 31 ans,

être une Française dans la rue n’est pas plus facile pour s’en sortir: « Il existe surtout des centres pour les hommes exclusivement ou pour les femmes avec des enfants ». Après avoir passé quatre années dans la rue, la jeune trentenaire a trouvé un appartement mais une histoire d’amour l’a reconduit dans la rue. « Il faudrait un vrai budget consacré à la réhumanisation des SDF, mais ça ne rapporte pas donc l’Etat s’en fout », juge Marjorie avant de partir en quête d’un logement pour la nuit. Johanna Amselem

3


Le

Parodien

monde

Election

Pinera, le Berlusconi chilien Sebastian Pinera a devancé Eduardo Frei de presque 15 points, lors du premier tour des élections présidentielles au Chili. Les deux hommes aux tempéraments diamétralement opposés connaitront leur sort demain. D’ici là, toutes les suppositions sont permises.

« Entre Pinera et Frei, on peut compter les voix, pas les dollars »

Trois question à... Guillermo Saavedra Guillermo Saavedra est vice-président de la chambre Franco-chilienne du commerce et de l’Industrie. Il présente les points forts et les faiblesses des candidats

4

Un combat de personnalité A ce stade, ce n’est plus de politique dont on parle, c’est de la personnalité des hommes en campagne. Alors qu’elle quitte le pouvoir, Michelle Bachelet garde une popularité record : 75 à 80 % dans les sondages récents. Une estime qui n’a pas profité au principal candidat du centre-gauche, Eduardo Frei. « Pinera est quelqu’un qui représente le changement, explique Sebastien Velut, professeur à l’Institut des Hautes Etudes de l’Amérique latine, contrairement à Eduardo Frei qui a déjà été président…. Et qui n’est pas très charismatique. » Le vainqueur du premier tour, lui, fascine. « Pinera c’est surtout l'investisseur principal de LAN, d'une chaine de télévision hertzienne, et de l’équipe de foot COLOCOLO, c'est l'équipe n°1 du pays ..., décrypte quant à lui Xavier Bezelin, expatrié depuis quelques mois à Valparaiso. Ces entreprises fonctionnent et les gens partent de ce constat pour croire

Sebastian Pinera, le Berlusconi chilien fascine grâce à sa réussite personnelle. qu'il va aider le Chili. Une premier tour avec 44 % des bonne partie de la population voix, mais il ne possède auregarde sa chaine de télévi- cune réserve de voix théosion et est influencée par ses rique », précise Sebastien programmes. » Le personnage Velut. n’est pas sans rappeler Sylvio Eduardo Frei qui a obtenu Berlusconi : le même pouvoir, 29,62% des voix, peut, quant le même charisme… les à lui, espérer récupérer les mêmes scandales financiers. voix du candidat indépendant, Celui dont la fortune est éva- Marco Enriquez-Ominami (un luée à 1,2 milliard de dollars ex-socialiste) et du commuest aussi surnommé "la loco- niste Jorge Arrate. Ils engranmotive." geaient, au terme du premier C’est donc une bataille qui se tour du scrutin, respectivejoue entre deux hommes plus ment 20,12% et 6,21% des que deux programmes, et qui suffrages. Le résultat de jeudi n’est pas encore finie. n’est donc pas écrit d’avance. « Certes Pinera a remporté le MK

DR

L

e score au premier tour des élections présidentielles au Chili, dimanche dernier, de Sebastian Pinera n’est pas une victoire de la droite à proprement parler. C’est une victoire personnelle. Déjà parce que, économiquement parlant, le système n’a pas changé depuis Pinochet. Il est depuis longtemps libéral. Augusto Pinochet avait développé, dès 1974, un néo-libéralisme à la chilienne composé de privatisations, de déréglementations, de libéralisations et de politiques monétaristes. Depuis, la Concertation de gauche au pouvoir n’a fait que poursuivre ces actions menées par la junte militaire. Ce n’est pas, à proprement parler un retour de la droite. En réalité elle a toujours été au coude-à-coude avec la gauche. Le 15 janvier 2006, Pinera échoue face à Michelle Bachelet avec un score de 46,5 % des voix mais si on avait cumulé les résultats des deux candidats de droite, ils auraient devancés la gauche.

en lice à la présidentielle.

la même façon les dollars.

Pourquoi est-ce que la popularité de Michelle Bachelet n’a pas profité au candidat de centre gauche, Eduardo Frei ? Frei est déjà passé par le pouvoir et il n’a pas su marquer positivement le pays. Il est vu comme un homme peu intelligent, intéressé aux affaires et aussi riche que Pinera. On peut compter les voix entre les deux hommes, mais ce n’est pas sûr qu’on puisse compter de

Que pense les gens de Pinera ? Il est plutôt synonyme de réussite… Il faut dire que depuis Pinochet, la culture politique, qui était très importante au Chili, a beaucoup perdu. Tous les médias sont contrôlés. Par exemple, Pinera a été impliqué dans plusieurs scandales financiers, … ce qui est pratiquement passé sous silence lors de la campagne électorale.

Alors, c’est un vote sans surprise qui se joue ? On peut quand même relever la percée d’EnriquezOminami. Plus qu’une victoire personnelle, cela montre surtout le rejet du peuple pour la Coalition de gauche, qui n’offre plus aucune alternative. Mais il n’était pas prêt à être président… pour le moment.

Marie Koenig

Mercredi 16 décembre 2009


monde

Le

Parodien

Grèce

Un plan radical pour éviter le naufrage

A

u bord du gouffre avec un déficit qui devrait atteindre 12,7 % du PIB cette année (alors que les critères de Maastricht imposent un maximum de 3% du PIB), la Grèce se retrouve dans l’obligation de couper dans les grandes largeurs. «Nous devrons tous perdre de notre confort», a prévenu Georges Papandréou. Le Premier ministre a annoncé lundi des «mesures douloureuses» destinées à «éviter le naufrage». Premier poste concerné, les dépenses de santé. Celles-ci seront diminuées de 10 % dès l’année pro-

chaine. Par ailleurs, seuls les fonctionnaires gagnant moins de 2000 euros par mois pourront prétendre à des augmentations de salaire supérieures à l'inflation. Parmi les autres mesures, la rigueur sera particulièrement de mise pour le secteur bancaire. Les banques publiques ne verseront aucun bonus alors que ceux du secteur privé seront taxés, eux, à hauteur de 90%. «Papandréou a aujourd’hui les mains libres pour annoncer de telles mesures» explique Chloé Anne Vlassopoulou, enseignant-chercheur à la faculté de Droit et de Science Poli-

Mercredi 16 décembre 2009

tique d’Amiens. «Pour la population, les chiffres catastrophiques de l’économie nationale, avec une dette qui pourrait atteindre 125% de son PIB l'an prochain, justifient à eux seuls ces décisions drastiques. D’autant plus que la majorité des Grecs estiment que la situation actuelle est imputé en grande partie au gouvernement conservateur, qui a laissé la corruption et l’évasion fiscale se développer». Autre mesure phare, la Grèce va procéder à la privatisation d'actifs publics non essentiels à l'Etat et introduire une taxe sur les bénéfices du

DR

Pour ramener le déficit public sous la barre des 3 % du PIB d'ici 2013, le Premier ministre Georges Papandréou a annoncé lundi le lancement d’un plan national. Les dépenses de santé seront réduites de 10%, les bonus bancaires taxés à 90% et une rigueur salariale sera mise en place dans la fonction publique.

capital et les compagnies offshore. Mais la partie n’est pas gagnée pour autant. Au pouvoir depuis octobre, le gouvernement socialiste de Papandréou devra surtout enrayer le déficit de crédibilité qui touche actuellement le pays. La semaine dernière, les agences de notation (instituions chargées de noter la solvabilité des Etats) ont à nouveau baissé la note de sa dette à long terme en la faisant passer de A- à BBB+. Vincent Girard

5


Le

Parodien

social

Immigration

Silence, on expulse !

Un nouveau charter d’Afghans devait décoller hier vers Kaboul, avec à son bord onze migrants. Alors que Claude Guéant a confirmé la nouvelle, le ministre de l’Immigration demeure silencieux.

E

ric Besson n’a pas tenu parole : un nouveau charter d’Afghans devait prendre son envol hier, direction Kaboul. Mais cette fois-ci, la reconduite passe presque inaperçue. Le Ministère de l’Immigration s’est fait extrêmement discret sur le sujet, si bien que c’est la Cimade (service d’aide aux migrants) qui a dévoilé l’information le week-end dernier. Selon l’association, une des seules habilitées à intervenir dans les centres de rétention, 9 Afghans détenus depuis une vingtaine de jours à Coquelles et 2 autres Afghans retenus à Lille, se seraient vu notifier, samedi, leur renvoi par la police aux frontières (PAF). Le 21 octobre dernier, trois Afghans arrêtés lors du démantèlement de la « jungle » de Calais avaient été renvoyés avec 24 autres migrants dans leur pays, lors d’un vol groupé organisé par Londres et Paris. La nouvelle avait suscité une véritable polémique et s’était propagée dans les médias et le débat politique à une allure fulgurante. Le ministre des Affaires Etrangères Bernard Kouchner s’était même désolidarisé de son collègue. Face à cette déferlante médiatique, Eric Besson avait réagi et assuré qu’il n’y aurait « pas d’autres retours dans les jours qui viennent si la situation continuait à se dégrader » en Afghanistan, pays toujours en guerre. Le ministre aurait-il changé

6

d’avis ? Il est resté en tout cas bien silencieux, refusant de confirmer ou infirmer les propos de la Cimade. C’est Claude Guéant, le secrétaire général de l’Elysée, qui a confirmé le vol, mardi matin au micro de RTL, ajoutant qu’il ne voyait pas « pourquoi la France ne le ferait pas, alors que le RoyaumeUni reconduit chaque année plus d'un millier d'Afghans». Confusion programmée ? Eric Besson souhaitait-il éviter de salir un peu plus son image déjà bien ternie ? C’est ce que semble penser Vincent Lenoir, secrétaire général de l’association Salam (Soutenons Aidons Luttons Agissons pour les Migrants) : « Je pense qu’il voulait éviter le battage médiatique de la dernière fois », assure-t-il. Mais bien plus que le silence, c’est le mensonge que déplore la Cimade. L’organisation estime que les Afghans « ont été trompés par plusieurs de leurs interlocuteurs – dont un juge qui leur avait indiqué qu’ils n’avaient rien à craindre ». Autour de cette confusion – programmée ? – la mobilisation a du mal à se mettre en place. Certes, certaines associations, comme Salam, ont appelé à manifester et sont descendues dans les rues de Calais dès dimanche soir, devant le centre de rétention de

Onze Afghans vont être expulsés dans les prochains jour.

Coquelles, pour s’opposer au renvoi des onze Afghans. France Terre d’Asile et le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples) ont également condamné tout renvoi forcé. Mais le mouvement ne connaît pas l’ampleur de la dernière fois. « On a appris la nouvelle samedi matin seulement, explique Vincent Lenoir. Il a donc été difficile de mobiliser les gens. » Peut-on parler d’indifférence ? « Pour moi, c’est surtout une indifférence de la part des médias qui ont peu relaté l’information. Et si la population n’est pas informée, elle ne peut pas se mobiliser ». Cette tiédeur dans la mobilisation s’explique aussi par la période : « Noël n’est jamais favorable », déplore Vincent Lenoir. Enfin, cette reconduite n’est plus une première

« Les Afghans ont été trompés par plusieurs de leurs interlocuteurs »

: « La dernière fois, il y a eu plus d’échos car c’était un précédent ; aujourd’hui le tabou est déjà brisé. » « Protection temporaire » Malgré tout, quelques voix se sont élevées. Françoise Hostalier, députée UMP du Nord, a sollicité un moratoire au président de la République et au ministre de l’Immigration afin de retarder le renvoi des onze réfugiés en Afghanistan « tant que la sécurité n’y sera pas assurée ». Le Parti socialiste enfin, a demandé, lundi, la mise en place d’une « protection temporaire » pour les Afghans réfugiés. Silence volontaire de la part d’Eric Besson ou couac gouvernemental, la confusion a en tout cas servi à étouffer dans l’œuf le mouvement de contestation contre les charters d’Afghans. Ce qui ne sera pas pour desservir le plan de communication de l’Elysée. Laura Beheulière

Mercredi 16 décembre 2009


Le

social

Parodien

Mobilisations

Pas de trêve à la grève

P

as de reprise pour le RER A. Les syndicats et la direction de la RATP ont tenté hier, en vain, de trouver une issue au mouvement social entamé il y a six jours sur la ligne A du RER. Face à « un vrai blocage et une provocation de la part de la direction », le mouvement pourrait même s’intensifier estime Michael, un conducteur de métro syndiqué à la CGT. La ligne B du RER a d’ailleurs rejoint les rangs des grévistes ce mardi. Mais avec un impact bien moindre pour les usagers. En moyenne, 75 % des trains ont circulé tout au long de la journée. « Le mouvement est entre les mains de la direction. Les conducteurs ne cesseront pas pour Noël à moins que la direction ne décide de nous écouter », estime Fabien Cortes, délégué à Sud-RATP. Remontés, les syndicats de la RATP, unis pour réclamer une prime de 120 à 150 euros par mois pourraient bien faire parler d’eux quelques temps encore. Et faire mentir l’adage présidentiel selon lequel « quand il

y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit ». Beaubourg tient tête au Ministère de la culture. Quatre semaines que le Centre Pompidou demeure portes closes. Le personnel du musée avait initié le mouvement le 24 novembre pour protester contre les suppressions d’emplois prévus dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques (RGPP). Alors que le Louvre, l’arc de triomphe et autres musées et monuments nationaux ont rouvert, le musée du centre parisien tient le piquet de grève et prévoit de rembourser les billets pré-vendus. Fronde autour de Delanoë. 10% des agents municipaux de la ville de Paris étaient hier en grève selon la mairie de Paris. Le mouvement lancé par une intersyndicale rassemblant CFDT, CGT, CFTC, FO, visait à protester contre la politique sociale de Bertrand Delanoë, concernant l’évolution de carrière minimum et la gestion des effectifs. Une grève express, qui n’a eu que peu de consé-

DR

A dix jours de Noël, le climat social n’est pas à la fête. Tour d’horizon des grèves et des mobilisations en cours où à venir.

quences pour les Parisiens puisque seules 41 crèches étaient fermées sur les 439 que compte la capitale. Les enseignants battent le pavé. 13,39% de grévistes en primaire et 12,26% dans les collèges et lycées. La journée de mobilisation des enseignants a réuni hier des organisations du secteur éducatif et de l’enseignement supérieur, autour de manifestations dans plusieurs villes de France. Objet de leur mécontentement : la réforme de la formation des maîtres, qui prévoit notamment une réduction des stages. Il s’agissait d’« une première action pour prendre la température », estime Thierry Cadart,

secrétaire général du CGENCFDT. Si le mouvement risque fort de ne pas survivre aux vacances scolaires, de nouvelles actions sont à prévoir une fois passée la trêve de Noël. Les distributeurs d’argent en panne sèche ? C’est ce qu’il pourrait bien se passer, dès le 21 décembre si le personnel chargé d’alimenter les distributeurs automatiques de billets n’obtient pas la prime de risque qu’il revendique, au même titre que les convoyeurs de fonds. Une panne de liquidités qui pourrait elle aussi venir gâcher les fêtes, à Paris comme en province. Laurence Texier

« On risque de faire durer le conflit Noël ou pas » Trois questions à Alain Beszin Alain Beszin est délégué départemental de la branche RER de Force Ouvrière (FO). Quelle est la situation actuelle après six jours de grèves sur le RER A ? On ne peut pas dire qu’on aille vers une sortie. Nous avons une base de négociation claire mais l’entreprise (RATP) a opté pour un autre chemin de discussions. Lors des négociations d’hier, les syndicats et la direction sont restés bloqués sur leurs posi-

Mercredi 16 décembre

tions. Le mouvement ne faiblit pas. Les trains ne sont d’ailleurs conduits que par des cadres. Il doit y avoir un ou deux conducteurs non grévistes, et encore, je ne suis pas sûr. Les assemblées se sont réunies ce matin. Elles ont décidé à l’unanimité que le mouvement sera reconduit au moins jusqu’à demain [aujourd’hui, mercredi]. En lançant un mouvement de cette ampleur à la veille des fêtes de fin d’année, l’objectif est-il comme l’a affirmé Roger Karoutchi de

« profiter des fêtes » ? Non, puisque la problématique a émergé il y a plus d’un an et demi. La situation aurait très bien pu être réglée aujourd’hui, mais l’entreprise n’a pas voulu discuter auparavant. Pensez-vous que la multiplication des conflits sociaux puisse remettre en cause l’idée d’une trêve de Noël ? Même si nous sommes le moteur de quelque chose qui va arriver, nous restons centrés sur notre conflit social. Il

y a un raz le bol général qui a été aggravé par les méthodes de management, la gestion purement comptable d’entreprises. C’est le cas de la RATP, qui a complètement oublié le personnel. Le RER A roulera-t-il pour Noël ? Aujourd’hui, on a atteint un tel niveau de motivation et de la colère vis-à-vis de la direction qu’on risque de faire durer le conflit. Noël ou pas. LT

7


Parodien EN BREF

Moins d’impôts pour le CAC40

Les 40 plus grosses sociétés françaises paient 2,3 fois moins d’impôts sur les bénéfices que les petites et moyennes entreprises, selon un rapport du Conseil des prélèvements obligatoires. L’organisme public révèle que quand une PME paie 100€, une entreprise du CAC 40 en acquitte 43.

10 milliards pour Dubaï

Abu Dhabi a accordé un prêt de 10 milliards de dollars à son voisin en difficulté, Dubaï. Cette annonce rassure les investisseurs. Ce prêt permet à l’émirat d’éponger une partie des dettes de sa filiale immobilière. Le 24 novembre, Dubaï avait reconnu ses difficultés à rembourser ses créanciers.

Prix du gaz inchangé en janvier

Le prix du gaz restera inchangé au 1er janvier. Il est normalement réévalué tous les trois mois. Le gouvernement s’est entendu avec le groupe GDF-Suez pour que la hausse ne survienne pas en plein hiver, mesure qui aurait été impopulaire. En revanche, on ne sait pas à quand est repoussé cette hausse.

8

économie Investissement

Les universités au cœur du grand emprunt Près d’un tiers des 35 milliards d’euros du grand emprunt seront consacrés à l’enseignement supérieur, tout du moins à une dizaine de campus. Les prémices d’une université à deux vitesses ?

«N

otre pays a trop longtemps négligé son enseignement supérieur, alors que c’est la clé de notre compétitivité future » a déclaré Nicolas Sarkozy, lundi lors de la conférence de presse pour lancer le grand emprunt. Cette intervention fait suite à la remise du rapport, le 19 novembre, de la commission Juppé-Rocard chargée de définir les priorités stratégiques de l’investissement. Le chef de l’Etat a énuméré les différents secteurs qui bénéficieront du grand emprunt. Le numérique, le développement durable, l’industrie, la recherche et dans une grande partie –à hauteur de 11 milliards d’euros- l’enseignement supérieur. Pour financer cet investissement, l’Etat va emprunter 22 milliards d’euros sur les marchés financiers et les 13 autres milliards proviennent des sommes que l’Etat avait prêté aux banques pendant la crise financière. Campus d’excellence Près de 8 milliards d’euros seront consacrés à l’ouverture « d’une dizaine de campus d’excellence», qui permettront, à terme, aux universités françaises « d’accéder à l’excellence mondiale », selon Nicolas Sarkozy. Les universités ne toucheront pas les fonds propres mais les revenus qui s’en dégageront. Toujours dans cette optique, l’investissement prévoit plus d’un milliard d’euros pour « compléter et accélérer le plan campus », le regroupement d’Université en pôles de forma-

Stéphane Pouyllau

Le

tion et de recherche. Mais pour Thierry Cadart, secrétaire générale du CGEN-CFDT , « c’est un réel problème. Le choix politique est de privilégier uniquement les grandes structures ». Même s’il ne conteste pas le besoin de synergie en matière de formation et de recherche, il craint « l’instauration d’un système d’université à deux vitesses ». De l’aveu même du chef de l’Etat, cet investissement s’inscrit dans le long terme. Pourtant, un milliard d’euros vont être débloqués « immédiatement » pour permettre la création d’un gigantesque campus à Saclay (voir l’encadré ci-contre). Enfin, pour les internats d’excellence, 500 millions d’euros seront destinés à l’apprentissage, avec la création de 20 000 postes supplémentaires. L’ambition de Nicolas Sarkozy est de doter la France « des meilleures universités du monde », mais quid des universités qui ne seront pas d’excellence ? Thierry Cadart souhaite qu’un processus de discussions s’établisse. Julien Van Caeyseele

Nicolas Sarkozy : « Saclay, une Silicon Valley à la française » Lors de sa conférence de presse de lundi, le président a annoncé sa volonté de créer un grand pôle d’excellence, sur le plateau de Saclay (Essonne). Près d’un milliard d’euros seront alloués à la création de ce pôle. D’après Nicolas Sarkozy, cet ensemble, calqué sur le modèle de « la Silicon Valley » (ndlr : zone où se concentrent les industries de la recherche et des technologies de pointe en Californie), regroupera des universités et des écoles de prestiges, formant ainsi un campus d’excellence. Paristech (Polytechnique, HEC), l’école centrale de Paris, l’école normale de Cachan et l’Université Paris XI formeront, entre autres, les structures de ce pôle d’excellence dans l’enseignement et la recherche. Au niveau des entreprises, Saclay est déjà à la pointe de la recherche : le CEA (Commissariat à l’Energie Atomique) est implanté sur la commune.

JVC

Mercredi 16 décembre 2009


Le

économie

Parodien

Crise

Le spleen des agriculteurs

«A

la veille de Noël, c’est difficile dans bon nombre d’exploitations ». Le président de la Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FNSEA), Jean-Michel Lemétayer, a tiré la sonnette d’alarme lundi sur France-Info. Et les chiffres lui donnent raison : le revenu agricole moyen a baissé de 34 % en 2009 selon les comptes prévisionnels publiés lundi par le ministère de l'Agriculture. Il est estimé à 1 200 euros par mois. Les producteurs laitiers sont les plus durement touchés car leurs rentrées d’argent ont baissé de moitié par rapport à l’année 2008. Ils gagnent moins qu’un SMIC à l’année. La chute du prix de vente des produits explique ce coup dur. Exception notable, le revenu des producteurs de vins de table et de pays ainsi que celui des éleveurs de bovins ont progressé respectivement de 39% et de 17%. Un plan jugé insuffisant Le temps où le revenu des

agriculteurs atteignait 28 500 euros en 2007 est bien loin. Pire, la situation est catastrophique en élargissant le laps de temps étudié. Le revenu des agriculteurs a baissé de 50 % en deux ans. Conséquence, il est inférieur aujourd’hui à celui du début des années 90. Le ministre de l’agriculture, Bruno Le Maire, a même estimé en août dernier que l’agriculture traverse sa pire crise depuis les trente dernières années. Pour endiguer cette chute, un plan a été présenté le 27 octobre dernier par Nicolas Sarkozy. Un des trois volets du dispositif prévoit la distribution d’un milliard d’euros de prêts et de 650 millions d’aides. Pas de quoi satisfaire Jean-Michel Lemétayer : « On verra très vite que le plan de soutien annoncé par le gouvernement ne sera pas suffisant. Il ne faudra pas que le gouvernement hésite un instant à accroître l’enveloppe concernant le soutien

Mox07/flickr.com

Le revenu des travailleurs de la terre a chuté de 34 % en 2009.

Les agriculteurs ont montré leur mécontentement à Strasbourg le 1er octobre dernier

aux producteurs ». Sombre avenir Et ça presse. Les perspectives d’avenir ne sont pas encourageantes. Les prix agricoles étaient toujours orientés à la baisse en décembre 2009 selon les chiffres du ministère de l’agriculture. De plus, la date fatidique de 2013 approche à grands pas : La Politique Agricole Commune (PAC) sera réformée. Et tous les

observateurs s’accordent à dire que les agriculteurs français, bénéficiaires du dispositif actuellement, seront les grands perdants de cette refonte. Bruno Le Maire en est conscient. Il a organisé une réunion à Paris le 10 décembre dernier avec 21 de ses homologues européens pour souligner son attachement à la PAC. François Perrigault

Réforme

La dette américaine dépasse le seuil autorisé par la loi Confronté à une dette abyssale, qui le rend hors-la-loi vis-à-vis de sa propre Constitution, l’Etat américain va être obligé de changer sa législation.

L

e montant de la dette fédérale américaine contient quatorze chiffres. Le 13 décembre, celleci s’élevait à plus de 12 104,215 milliards de dollars, soit plus de deux fois le produit intérieur brut (PIB) de la Chine. La loi fixe aujourd’hui la limite à 12 104 milliards, le dépassement est donc de 215 millions de dollars. Une somme « symbolique » à l’échelle des Etats-Unis, mais qui illustre bien l’état des finances publiques américaines.

Pour ne plus être hors-la-loi, les démocrates ont proposé ce week-end d’augmenter à nouveau ce plafond, pour le porter à 14 000 milliards cette fois-ci. Sinon, l’Etat devrait tout simplement arrêter de fonctionner. Cette mesure devrait être effective d’ici la fin de l’année. Le plafond de la dette américaine est fixé par la loi depuis 1917. Celui-ci avait déjà été augmenté par Barack Obama en février dernier, en même temps que l’adoption du plan de relance écono-

Mercredi 16 décembre 2009

mique de 2009. Néanmoins, dollars par jour ouvrable. cette dette n’est pas seule- Pour 2008, ce chiffre a atment imputable à la crise teint 4 milliards perdus quoéconomique. Pour les années tidiennement. 2005, 2006 et 2007, elle s’est Anthony Mansuy accrue de deux milliards de Chiffres : bureau du Budget du Congrès des Etats-Unis Dette américaine (en milliards de dollars) Année

2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014

8,950 9,985 12,867 (est.) 14,456 (est.) 15,673 (est.) 16,656 (est.) 17,440 (est.) 18,350 (est.) 9


Le

Parodien EN BREF

Vaccins

90 % des Français ne se sont pas (encore) fait vacciner contre la grippe A (H1N1) et 78 % d'entre eux n'envisagent pas de le faire. 84 % des parents n'ont pas fait vacciner leurs enfants et 79 % d'entre eux n'ont pas l'intention de le faire. C'est essentiellement la peur des effets secondaires à long terme qui les freine : les trois quarts les redoutent, près de la moitié les craignent beaucoup.

Santé

Le bisphénol A (BPA) aurait des effets nocifs sur l’organisme. D’après une étude de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) à Toulouse, cette substance, communément employée dans les plastiques alimentaires réduirait la perméabilité de l’intestin. Le BPA n’est pas interdit en France ni aux Etats-Unis.

Arrestations

Trois jeunes hommes ont été interpellés, lundi soir 14 décembre et mardi matin 15 décembre, dans l'enquête sur la fusillade au cours de laquelle un adolescent de 12 ans est mort dimanche à Lyon, a affirmé la police, précisant qu'aucun d'eux n'était pour le moment soupçonné d'être le tireur.

10

société Reportage

« Ca devient de plus en plus une chasse à l’islam »

Entre l’interdiction des minarets en Suisse et le débat sur l’identité nationale en France, la communauté musulmane craint une islamophobie grandissante.

«J

’attend d’un jeune musulman qu’il ne parle pas verlan et qu’il ne porte pas sa casquette à l’envers. » C’est la contribution de Nadine Morano au débat sur l’identité nationale. La secrétaire d’Etat chargée de la famille et de la Solidarité, Nadine Morano, s’est exprimée, hier, lors d’un débat sur l’identité nationale. A la question d’un jeune homme sur la compatibilité entre l’islam et la République elle a répondu que « Moi, ce que je veux du jeune musulman, quand il est français, c’est qu’il aime son pays, c’est qu’il trouve un travail, c’est qu’il ne parle pas le verlan, qu’il ne mette pas sa casquette à l’envers ». Des propos déjà qualifié de «consternants » par Benoît Hamon, porte-parole du parti socialiste. Cette déclaration arrive après la profanation de la mosquée Bilal de Castres. La façade a été souillée d’insultes racistes. Des pieds de cochon suspendus au portail et des

oreilles accrochées à la porte. Des actes condamnés par la communauté musulmane comme l’explique l’imam Nordine de la mosquée de Combs-la-Ville (77) : «Tous les musulmans sont choqués et condamnent ces actes racistes et islamophobes ». Cette profanation fait écho au débat actuel sur l’identité nationale ainsi qu’au référendum sur l’interdiction de la construction des minarets en Suisse. Des discussions qui, selon l’imam présentent un danger de stigmatisation : «On assiste à une montée de l’islamophobie et ces discussions ne font que l’attiser. C’est un faux débat, il ne faut pas confondre intégration et religion. Ca devient de plus en plus une chasse à l’Islam ». « L’islam, une religion qui fait peur » Les musulmans craignent une montée de l’islamophobie. « Ce climat vient des amalgames. L’islam fait peur et les gens l’associent souvent au terrorisme, Les médias ont

Une mosquée à Paris

trop souvent diabolisé cette religion » dénonce Salif Keita, un musulman français pratiquant d’origine malienne. Il revendique une compatibilité possible entre le culte religieux islamique et l’intégration en France. Ces profanations ont été condamnées par d’autres institutions religieuses comme le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF) qui, dans un communiqué, espère que « les vandales seront arrêtés rapidement et condamnés avec la plus grande sévérité ». De son côté, le président de SOS Racisme, Dominique Sobo, menace de demander aux préfets une « interdiction sur la tenue de ces discussions (concernant le débat sur l’identité nationale) pour risque de trouble à l’ordre public.» JohannaAmselem

Focus

Les mosquées en chiffre

C

roix gammées, têtes et pieds de cochon suspendues, insultes xénophobes, le spectacle est violent. Ces dégradations sont celles que l’on retrouve à chaque fois qu’une mosquée est dégradée, profanée. La France compte 5 millions de musulmans, et environ 1700 mosquées. Mais ces lieux de cultes musulmans ne sont pas les seuls à être profanés. En 2008, 148 tombes de musulmans ont été profanées au ci-

metière militaire Notre Dame de Lorette, dans le nord. M. Lamdaoui, membre du Conseil national du PS, affirme observer "avec inquiétude la recrudescence des agressions contre les Français de confession musulmane. Il demande au ministre de l'Intérieur de prendre les mesures nécessaires pour éviter que de tels actes se reproduisent. L’année 2008 a par ailleurs été la plus catastrophique pour la population musul-

mane de France, tant les actes de violence contre lieux de cultes et êtres humains ont été nombreux. Avant la profanation de la mosquée de Castres, une trentaine de mosquées, vingt-cinq salles de prières et autres tombes et symboles de l’islam ont fait l’objet d’actes islamophobes. Ces chiffres sont pour le moins révélateurs d’une certaine islamophobie, qui semble s’installer en France. Pauline Bordone

Mercredi 9 décembre 2009


société

Le

Parodien

Johnny Hallyday

Qui va payer la tournée ? Le rockeur, qui s’est réveillé du coma artificiel dans lequel il était plongé, va-t-il pouvoir reprendre sa tournée? Les assureurs de la tournée seront tous suspendus aux lèvres du producteur qui devrait annoncer aujourd’hui si Johnny finira son Tour 66.

DR

«C’est bon, on s’en va maintenant», a dit Johnny Hallyday en se réveillant.

ne décision qui vaut de l’or pour les compagnies qui assurent le show qui sauront désormais vers qui se tourner pour payer les pots cassés. Pour aider Jean Claude Camus à se décider, deux médecins français ont été dépêché ce lundi pour rendre compte de l’état de santé du chanteur. Il s’agit du docteur François Zuccarelli, célèbre médecin des stars et le professeur Catonné, directeur du service de traumatologie de la Pitié. Une fois leur rapport rendu, trois scénarios s’offrent aux organisateurs de la tournée d’adieu du chanteur de 66 ans.

U

demnisé au producteur» explique Jean Sitbon, assureur d’artistes interrogé par le Parodien Libéré. «C’est sans doute le pire scénario que l’on puisse imaginer, d’où l’importance du rapport rendu par les médecins». Si les complications suite à son voyage n’étaient pas prévisibles, ce sont les assureurs qui devront entrer en scène et rembourser les producteurs à hauteur de 30 millions d’euros maximum. Si enfin, c’est le chirurgien Delajoux qui est désigné coupable par les experts, il devra assumer la responsabilité de l’annulation de la tournée.

30 millions d’euros maximum Dans le cas où Johnny venait à annuler sa tournée, la guerre des assurances serait à son paroxysme. «S’il est démontré que le chanteur était au courant des risques encourus en prenant l’avion moins d’une semaine après son opération d’une hernie discale, il sera désigné responsable et les frais engendrés par l’annulation de la tournée ne seront pas in-

Troisième hypothèse : reste celui d’un report de quelques dates du show qui engendrerait des pertes vraiment moins lourdes. Selon son ami Michel Drucker, interrogé par Europe 1, il est surtout temps que la star se repose: «ce qu’il a eu est très grave, son corps est épuisé et il souffre. Il est hors de question que la tournée reprenne». Mégal Grouchka

Débat

Le Parlement va lever le voile La mission d’information parlementaire sur le port du voile intégral prend fin aujourd’hui. Bilan.

P

as moins de trois ministres sont aujourd’hui au parlement : Brice Hortefeux, ministre de l’intérieur, Xavier Darcos, ministre du travail et Eric Besson, ministre de l’immigration. Une fin en fanfare pour cette mission d’information parlementaire. Composée de 32 députés de tous bords, mais à majorité UMP, elle a été lancée en juin dernier. Durant six mois, plus de 170 personnes ont été auditionnées. Ainsi, députés, juristes et représentants du culte musulman ont débattu et ap-

porté des éclairages sur « des pratiques religieuses tendant à s’immiscer dans l’espace public et à devenir des normes sociales » selon l’entourage du président de la mission, André Gérin (PC). En premier lieu, le port du voile et les problèmes liés à cette pratique (soucis d’identification dans les administrations par exemple). Pour André Gérin, cité par un collaborateur, « le port du voile intégrale n’est que la partie visible de l’iceberg ». Il évoque des pratiques allant à l’encontre des libertés des femmes.

Mercredi 16 décembre 2009

L’interdiction d’être examinées par un médecin homme, ou la volonté de ne pas mélanger hommes et femmes à la piscine sont directement visées. Les représentants du culte musulman se sont inquiétés d’un débat sur leur religion, affirmant que cela renforcerait l’islamophobie actuelle. Ils ont par ailleurs affirmé que le port du voile n’est pas une restriction religieuse, tout en s’opposant à une loi l’interdisant. Dans l’entourage d’André Gérin, on explique que le but

de la mission n’est pas d’interdire le port du voile, mais de donner des préconisations pour une pratique de l’islam en accord avec la laïcité de la France. La mission planche sur les suites juridiques à donner et sur la nécessité d’être à visage découvert dans l’espace publique. Le rapport sera publié en janvier, et débouchera peut-être, une nouvelle fois, quelque semaine après les réflexions sur « l’identité nationale », sur un débat plus général sur l’islam. Clément Bourdin

11


Parodien EN BREF

« Nouveaux états généraux de la femme » Destinés à définir les combats de la Française du début du XXIe siècle, les « nouveaux états généraux de la femme » ont été lancés lundi par un déjeuner réunissant des femmes du gouvernement. Placée sous le patronage de l'ancienne ministre Simone Veil, la réflexion est lancée sur des sujets aussi variés que la place de la femme dans l'entreprise, la politique, le couple, la famille. Les débats et propositions déboucheront en mai prochain sur une conférence à Paris.

Redécoupage électoral : un nouveau texte en janvier Le gouvernement présentera un nouveau texte en janvier prochain pour son projet de loi sur le redécoupage électoral, rejeté, suite à une « erreur » de vote des centristes, par la conférence des présidents réunie hier au Sénat.

L'augmentation du smic jugée insuffisante Les syndicats partisans d’un soutien à la consommation ont jugé "insuffisante" la revalorisation du smic de 0,5 % décidée par le gouvernement pour le 1er janvier, qui correspond au strict minimum légal. Les syndicats prédisant « une hausse des conflits ». 12

politique Paris

Les impôts au centre du débat municipal La nouvelle hausse des impôts prévue pour 2010, et votée hier, a remobilisé l’opposition… et les Verts, à quelques mois des régionales. sement, on pointe du doigt les dépenses de fonctionnement. « Ce budget repose sur deux principes, essentiellement plus de dépenses de fonctionnement et plus d’impôts pour les financer ». Par rapport à la dette de l’Etat envers la ville de Paris, Mme Lagarde botte en touche. « Celui-ci respecte toutes ses obligations, notamment celles qui sont prévues par la Constitution ». Des Verts frondeurs DR.

Le

Delanoe devra batailler pour faire accepter le budget 2010

8

%, c’est la hausse des impôts directs locaux que les Parisiens vont devoir subir à partir de l’année prochaine. Cette hausse intervient après celle de 9% en 2009, assortie de la création d’une nouvelle taxe foncière départementale de 3% étant donné que Paris est aussi un département. Elle devrait être « la dernière de la mandature », assure-t-on dans les couloirs de l’Hôtel de Ville, en s’attachant à faire désenfler un soufflé déjà bien gonflé par cette décision qui plombe la popularité de Bertrand Delanoë. « Nous devons faire face aux urgences sociales, garder le cap dans la tourmente et nous donner les moyens de tenir tous nos engagements ». Il a également souligné que la

ville avait décidé de maintenir en 2010 les 49.000 emplois de la collectivité parisienne, « alors que l’Etat supprime par dizaines de milliers les postes de fonctionnaires ». C’est naturellement du pain béni pour la droite parisienne et son député Jean-François Lamour qui ne manque pas l’occasion de tirer à vue sur la mairie socialiste. « Folie fiscale », c’est en ces termes qu’il a qualifié la hausse significative. « En deux ans on aura atteint près de 50 % d’augmentation de taxe foncière : 35 % cette année et environ 12 % l’an prochain. C’est du jamais vu ». Du côté de Christine Lagarde, ministre de l’Economie et également élue UMP du 12ème arrondis-

Le coup d’éclat vient certainement des Verts, qui tout en votant favorablement le budget 2010, tentent de se démarquer. A l’approche des élections régionales, où ils se présenteront sous leurs propres listes, les alliés de Bertrand Delanoë ont brandi l’argument climat. Sylvain Garel, co-président du parti au Conseil de Paris, insiste : « Paris se tourne désormais plus vers Dubaï que sur Copenhague », précisant le peu de cas fait par le PS de leur étude sur la conversion écologique de la région, susceptible de relancer un marché de l’emploi moribond. Ce que Jean-François Lamour récupère à son compte. « Nous proposons des amendements qui représentent 100 millions d’euros, essentiellement d’investissement, pour le développement durable ». Une chose est sûre, la bataille pour la succession de Bertrand Delanoë a déjà commencé. Grégory Raymond

Mercredi 16 décembre 2009


politique

Le

EN BREF

Nouveau Centre-Modem

Dispute autour d’un héritage La formation politique dirigée par Hervé Morin souhaite récupérer la dénomination UDF. Le parti de François Bayrou refuse de céder ce qu’il estime lui appartenir.

L

Les arguments ne manquent pas pour justifier l’appropriation. «L’UDF était un parti démocrate chrétien, d’un point de vue moral, le Nouveau Centre défend le même combat d’une société apaisée », justifie Laure Alteirac, vice-présidente des Jeunes Centristes. La continuité idéologique du mouvement qui a défendu le droit à l’avortement se trouve du côté du centre droit assurent ses responsables. « Nous portons l’héritage de l’UDF », a affirmé encore Hervé Morin qui souhaite porter au crédit du Nouveau Centre les réalisations sociales du parti défunt. Arbitrage juridique souhaité Ce patrimoine, le Mouvement Démocrate (MoDem) de François Bayrou n’entend pas le laisser aux

DR. Nicole Bouisse

a filiation de l’Union pour la Démocratie Française (UDF) créée par Valery Giscard d’Estaing en 1978 n’aura jamais été autant revendiquée depuis son démantèlement progressif commencé en 2002. Ceux qui avaient jadis contribué à faire disparaître le parti centriste jugé désuet, se réclament désormais de lui. Nostalgie d’une identité passée En première ligne, le Nouveau Centre qui par la voix de son président a manifesté sa volonté de revenir à l’ancienne appellation. « Notre parti, nous ne cessons de le dire c’est l’UDF d’aujourd’hui », a déclaré Hervé Morin lors du Conseil National que tenait l’allié de la majorité samedi dernier. Le changement de nom est envisagé d’ici à deux ans, mais déjà, par anticipation, tous les supports de communication du parti associent les deux dénominations.

Nouveau Centre et Modem réclament tous deux la propriété du Sigle UDF mains de ceux qu’il considère comme des transfuges. Dès l’annonce des intentions de l’ancien bras-droit de François Bayrou, les élus MoDem sont montés au créneau pour crier à l’expropriation. La mouvance centriste indépendante considère l’UDF comme sa propriété et a tenté de le prouver en révélant que les biens de l’ancien parti appartiennent à une association composée majoritairement de membres du MoDem. La numéro 2, Marielle de Sarnez a fait savoir que le mouvement comptait se baser sur cet argumentaire pour agir sur le terrain juridique et réclamer l’usage exclusif du sigle. De son côté, le Nouveau Centre pense disposer de la protection nécessaire au cas où son rival voudrait jouer cette carte. Récemment, le parti

Mercredi 16 décembre 2009

Parodien

a débauché de l’UMP le député Hervé de Charrette dépositaire de la marque UDF à l’institut national de la propriété industrielle. Il en serait donc le propriétaire légal et le seul fondé à se prévaloir de ce nom. Officiellement, il n’a pas encore décidé s’il en ferait cadeau à sa nouvelle famille politique. Ceci dit il ne fait nul doute que cet atout servira de monnaie d’échange pour conserver le siège de député qu’il aurait perdu en restant à l’UMPen 2012, la faute à la disparition de sa circonscription. La dispute des héritiers de l’ancien grand parti présidentiel pourrait trouver un dénouement devant les tribunaux. En attendant cette résolution, ils doivent se satisfaire d’un partage plutôt déstabilisant pour l’électorat, enjeu inavoué de cette récupération. Abdel Pitroipa

Grand Paris Nicolas Sarkozy souhaite rassurer les équipes d’architectes qui travaillent sur le projet du « Grand Paris ». Ceux-ci craignaient d’être mis à l’écart par le secrétaire d’Etat de la Région capitale, Christian Blanc. Le président a annoncé la création d’un Atelier international du Grand Paris qui sera installé fin janvier.

Le Parodien Directeur de la publication : Michel Leroy Rédacteur en chef : Grégory Rozières Secrétaire de rédaction : François Perrigault Maquettistes : Marie Koenig et Laura Béheulière Ont participé à ce numéro : Johanna Amselem, Laura Béheulière, Pauline Bordone, Clément Bourdin, Alan De Sivestri, Vincent Girard, Mégal Grouchka, Marie Koenig, Anthony Mansuy, Abdel Pitroipa, Grégory Raymond, Grégory Rozières, Laurence Texier et Julien Van Caeyseele. Rédaction : 9 rue Alexandre Parodi, Paris 10 Editeur : ISCPA Paris

13


Le

Parodien

culture

Exposition

Playmobil : en avant l’histoire Du haut de ses 7 cm de hauteur, le jouet a le droit à sa rétrospective au Musée des Arts Décoratifs jusqu’au 9 mai 2010. Moi, mon préféré, c’est le camion de pompier, avec l’échelle qui monte et les bonshommes en combinaisons. J’aime bien aussi le cirque mais j’aimerai bien avoir la pyramide d’Egypte pour Noël, hein mamie ? » Tom, 10 ans, ne tient plus en place. Dans les allées du musée, petits et grands s’émerveillent devant les milliers de figurines. Policiers, pirates, dompteurs, nurses…tous sont réunis pour fêter, en grande pompe, les 35 ans de la marque allemande. Une première en France.

DR.

Un classique, la ferme.

Il était une fois Playmobil… au Musée des Arts Décoratif, 107 rue de Rivoli 75001 Paris du 10 décembre 2009 au 9 mai 2010.

DR.

Un Indien géant.

Nouveauté 2009: le palais impérial.

Mégal Grouchka

DR.

La grue fait toujours la joie des petits garçons.

La clé du succès Depuis 1974, le personnage au brushing impeccable est toujours le roi des coffres à jouet : « Tu peux jouer avec autant de copains que tu veux, ou tout seul. » explique Julien 8 ans. « Et puis, un jour, t’es un pompier, après tu construis une maison ou bien tu fais le pirate » rajoute Julie. Entre réalisme et imaginaire, le jouet plait aussi bien aux filles qu’aux garçons. Et pour rester dans l’air du temps, les designers se servent en grande partie des dessins envoyés par des millions d’enfants à travers le monde pour créer de nouveaux univers. Intergénérationnelle, la figurine a de grande chance de se retrouver cet hiver encore dans le top 5 des meilleures ventes de jouets.

DR.

DR.

«

14

Mercredi 16 décembre 2009


culture

Le

Parodien

Cinéma

Spike Jonze retourne en enfance

Warner Bros

Le réalisateur déjanté signe avec Max et les Maximonstres une œuvre sensible mais beaucoup moins personnelle que ses deux films précédents.

Troisième réalisation du jeune cinéaste, Max et les Maximonstres est la petite douceur de Noël.

D

aft Punk, R.E.M, Chemical Brothers, Fatboy Slim, Beastie boys, Björk… Constellation d’étoiles musicales pour des groupes extravagants. Leur point commun ? Spike Jonze. Réalisateur de clips vidéos révolutionnaires au début des années 90, on le connaît désormais comme un cinéaste déjanté. Dix ans après son premier film, le cultissime Dans la peau de John Malkovich, le réalisateur new age revient dans l’adaptation du roman de Maurice Sendak, Max et les Maximonstres (1964). Célèbre bouquin de la littérature enfantine, Max, conte l’histoire d’un jeune garçon de 10 ans s’évadant vers un monde imaginaire peuplé de mystérieuses créatures aux émotions volatiles et aux actions imprévisibles. Plus un film sur l’enfance

qu’un film pour les enfants, Max et les Maximonstres explore les aspects sombres et cauchemardesques de l'imaginaire enfantin. Un nouveau tour de force pour celui qui nous avait impressionné avec son premier long métrage. Loin de l’excentricité chronique à laquelle Jonze nous avait habitué à ses débuts, le réalisateur s’est semble-t-il assagi et nous livre ici une troisième œuvre efficace qui a d’ores et déjà séduit le public américain avec 75 millions de dollars de recettes depuis sa sortie en octobre dernier. Certain d’être rentabilisé, le film est déjà un succès commercial. Jonze, Kaufman, Gondry et les autres Changement de style, changement de partenaire aussi.

Mercredi 16 décembre 2009

Pour cette fois Jonze fait une entorse à son scénariste fétiche Charlie Kaufman, et s’est attaché les services du romancier Dave Eggers. Un bouleversement qui ébranlera sûrement les amoureux de leur alchimie burlesque. Kaufman-Jonze. Un duo maintes fois félicité qui n’a jamais déçu les fans d’un cinéma rare et expérimental. Pour leur première collaboration en 1999, avec Dans la peau de John Malkovich, les deux artistes cinglés mettaient en scène l’histoire d’un marionnettiste découvrant un passage menant tout droit au cerveau de l’acteur John Malkovich. Dans Adaptation (2003), ils nous comptaient l’histoire d’un scénariste en panne d’inspiration, nommé… Charlie Kaufman. Scénarios délirants, acteurs brillants…

C’est la marque de fabrique du décidemment trop rare Spike Jonze. Issu du même mouvement que le Français Michel Gondry (Human Nature, Eternal sunshine of the spotless mind, la Science des rêves, Soyez-sympa rembobinez), les deux réalisateurs insufflent un air frais directement tiré de l’univers du clip. Mais que l’on ne retrouve pas forcément dans Max, faute de l’absence de Kaufman, même si son brio est évident En attendant une nouvelle collaboration fructueuse, Jonze nous propose toutefois la douceur de Noël avec son Max et les Maximonstres. Jetez vous dessus, ce cinéma précieux et fragile n’est pas si fréquent. Grégory Raymond

15


Le

Parodien EN BREF

Basket

sports Handball

Les jeunes au pouvoir

DR. L’équipe

La tâche sera difficile ! L’équipe de France de L’Equipe de France a trouvé en Chine, au Championnat du basket-ball connaît désor- Monde, un nouvel élan grâce à l’avènement d’une classe biberon mais ses adversaires pour déjà à la hauteur. les championnats du comme Camille Ayglon ou temps du décisif France monde qui se dérouleront Amandine Leynaud en sont Suède pour voir enfin cette en Turquie en août 2010. devenues les cadres. Pas nouvelle génération se étonnant dès lors de voir la prendre en main. Et c’est Les Bleus affronteront l’Essélection afficher 24 ans de par la voix de Siraba Dempagne, championne du moyenne d’âge. "Ce sont bele que la révolte a sonné, monde et d’Europe en des changements qui s’im- alors que la France était titre, les favoris de la composaient mais qui se sont menée de quatre buts (9pétition. Les hommes de faits en douceur", souligne 13). Evelyne Beccia Vice-présiVincent Collet affronteront ’est un peu comme dente de la Fédération Fran- "Olivier était en train de aussi la Lituanie, le Canada, quand Zidane, Bar- çaise de Handball. En clair, faire son discours, je senla Nouvelle-Zélande et le thez et Makelele ont les exigences en terme de tais les filles résignées, Liban. pris ensemble leur retraites résultats ne seront pas aussi commence-t-elle. Je me

C

Football Alain Perrin ne passe pas l’hiver. L’entraîneur stéphanois a été limogé hier. C’est son adjoint Christophe Galtier qui va prendre sa succession. Actuellement 17e de Ligue 1, l’ancien entraîneur de Marseille, débarqué dans le Forez il y a un an, paye le début de saison catastrophique de son club.

Rugby Julien Dupuy, le demi de mêlée du Stade Français risque une suspension de 12 à 24 semaines. Lors de la défaite des siens en Ulster (23-13), le nouveau maitre à jouer du Stade Français a effectué une « fourchette », il a mis ses doigts dans les yeux de l’Irlandais Stephen Ferris. Il devra passer devant une commission de discipline de l’ERC, l’organisateur des coupes d’Europe. 16

en Equipe de France. Le 19 août 2008, Valérie Nicolas, Isabelle Wendling, Véronique Pecqueux Rolland et Stéphanie Cano (1079 sélections à elles trois) mettaient fin à leur carrière internationale sur un quart de finale des Jeux Olympiques de Pékin. Un France-Russie qui achevait prématurément le parcours d’une génération exceptionnelle, couronnée par un titre mondial en 2003. Titulaires indiscutables au sein des Bleues depuis près de six ans, leur remplacement aura imposé à l’entraîneur Olivier Krumbholz un renouvellement en profondeur de l’équipe, et des changements à des postes clés (gardien, capitaine, pivot).

Objectif Londres 2012 Dès le retour de Pékin, le staff des Bleues s’est donc attelé à une tâche, aussi difficile qu’essentielle : reconstruire l’équipe de France en s’appuyant sur la nouvelle génération montante du handball français. Seule Raphaëlle Tervel a connu l’épopée victorieuse de 2003. Les petites jeunes qui firent leur début au mondial français de 2007

élevées qu’avant. Une raison suffisante pour expliquer un Euro 2008 raté ? "Nous ne pouvons pas fixer les mêmes objectifs que si Nicolas, Wendling et Pecqueux Rolland étaient encore là. Avec des filles qui ne dépassent même pas la cinquantaine de sélection, l’objectif reste d’arriver dans le peloton des favoris aux Jeux Olympiques de Londres en 2012" se justifie Evelyne Beccia. Reste que la performance réalisée lors de l’Euro a laissé un goût amer à une Equipe de France qui ne comptait pas y faire de la figuration. "Ca a pété, comme ça…" Résultat, les Bleues se devaient de faire mieux lors du Championnat du monde organisé en Chine depuis le 5 décembre. L’objectif fixé par la Fédération en début de tournoi (terminer à l'une des quatre premières places du groupe du premier tour) paraissait pourtant mal engagé après seulement deux rencontres et autant de défaites face au Brésil (20-22) et au Danemark (16-24). Il aura fallu attendre la mi-

suis dit : y’en a marre maintenant, on ne va pas enchaîner deux compétitions sans passer le premier tour. S’ensuivit un immense coup de gueule. Je me souviens avoir dit que l’on n’avait aucun orgueil, aucune fierté et que ça me saoulait vraiment. J’ai dit aussi qu’il fallait qu’on se mette toutes la gueule par terre. Ca a pété. Comme ça…" Une soufflante mémorable de la jeune (22 ans) ailière gauche qui eu le mérite de transformer la bande morose en meute vorace et de finalement remporter la rencontre (23-21). Depuis ? Les bleues terrassent une à une leurs adversaires. Le Congo (29 - 22), l’Allemagne (29 - 15) ont cédé alors que l’Angola n’a tenu qu’une mi-temps (3324). Même les favorites russes ont plié (24-23). Hier, l’Autriche n’était qu’une formalité (35-20). Place désormais aux demifinales vendredi où les Bleues auront l’occasion d’assumer définitivement un lourd héritage et de s’écrire un futur en lettres dorées. Vincent Girard

Mercredi 16 décembre 2009


sports

Le

Parodien

FFF

Les sponsors sur le pied de guerre

L

a nouvelle va tomber d’un jour à l’autre. Alors que bon nombre de supporters voient l’image de l’Equipe de France sur une phase descendante depuis la main de Thierry Henry face à l’Irlande lors des barrages pour le Mondial 2010, les futurs partenaires, eux, font front. Pour les différentes marques, la main volontaire d’ Henry, qui a permis d'envoyer l'équipe de Raymond Domenech en Afrique du Sud, a été suivie d'un lâche soulagement. Car si quelques uns y ont vu un acte de tricherie néfaste à toute publicité, beaucoup, en revanche, ont saisi l’opportunité d’être représenté par le vice-champion du monde entre 2010 et 2014, malgré une hausse des tarifs considérables. Car pour exploiter l’image des Bleus, les plus gros soutiens fi-

nanciers de la FFF comme Adidas - partenaire depuis 1972 et qui s’est vu rafler la mise par Nike dès janvier 2011 -, SFR, Carrefour, le Crédit Agricole et Suez devront désormais débourser près de 4 millions d’euros par saison au lieu des 2,5 millions actuels. Et ce n’est qu’un début. La Caisse d’Epargne en outsider Pour les partenaires officiels que sont aujourd’hui CocaCola, Ferrero, RTL, Toyota et Sport 2000, le versement annuel devra atteindre 1,4 millions, soit quasiment le double des 800 000 euros demandés par le passé. Même rengaine pour les sponsors secondaires qui devront quant à eux, payer 500 000 € contre 250 000 € actuellement. Reste aux intéressés à envoyer leurs dernières

propositions avant la décision. Et cert a i n s pourraient surprendre. En février 2008, Nike avait décroché le contrat au dépend d’Adidas en mettant sur la table pas moins de 42,6 millions d’euros par saison pour la période 20112018, soit le plus gros contrat de l’histoire. Si les habitués sont d’ores et déjà sur le coup pour aligner leurs meilleures offres, d’autres, pourraient faire leur apparition. C’est le cas de la Caisse d’Epargne qui soufflerait bien une place de partenaire majeur au Crédit Agricole. « Ce qui est sûr, c’est que notre groupe

DR.

Après la qualification de l’Equipe de France pour la prochaine Coupe du Monde acquise face à l’Irlande le mois dernier, la fédération doit annoncer les nouveaux sponsors des Bleus pour les quatre années à venir.

a mis tous les moyens en œuvre pour acquérir un tel partenariat », explique Brigitte Lassaut, de la cellule sponsoring de la Caisse d’Epargne, à l’heure où la plupart des prétendants font la sourde oreille. « Mais nous n’irons logiquement pas au-delà du prix que nous nous sommes fixés. A moins que la différence avec les autres soit vraiment minime. » La guerre des sponsors bat son plein. Cela promet ! Alan de Silvestri

Football

La Ligue 1 refait son retard Décalée par les matchs de barrages pour la prochaine Coupe du monde, la 11e journée du championnat de France se poursuit aujourd’hui avec un duel au sommet entre Montpellier, surprenant 2e, et Bordeaux.

P

our le moins inattendu, le choc de cette 11e journée de championnat oppose Montpellier (2e) à Bordeaux (1er). Dauphin depuis sa victoire à Toulouse (0-1) le week-end dernier, les Héraultais confirment au fil des matches que leur début de saison en fanfare n’avait rien d’éphémère. Leur statut prend du poids. D’autant que les hommes de René Girard comptent un match en retard à Monaco. « Il faut vraiment profiter de cette dynamique pour continuer à engranger un maximum de

Mercredi 16 décembre 2009

points, confie Philippe Delaye, le milieu de terrain montpelliérain. Il ne faut surtout pas réfléchir vis-àvis de l’adversaire que nous aurons en face de nous. Nous devrons avant tout nous concentrer sur notre propre jeu. » Marseille et Paris sur leur lancée ? En recevant le champion en titre, Delaye et les siens pourront ainsi jauger leur force face à l’insolente sérénité bordelaise. Fort de sa vic-

toire obtenu à Lyon - reléguant l’OL à 8 longueurs -, Bordeaux s’est imposé en tant que principal favori au titre et semble intouchable. Mais un Montpellier comme celui-là peut créer l’exploit. Et ses trente points acquis bien avant l’heure, lui donneront forcément des idées d’ici demain soir… Marseille de son côté, tentera de garder le rythme après ses deux victoires de rang en se déplaçant à Lorient. Tandis que le PSG, en regain de confiance après son succès 3-0 contre Saint-Etienne, jaugera

sa capacité à enchaîner en accueillant Lens. En perdition depuis plusieurs semaines, Lyon, quant à lui, aura l'occasion de se relancer en défiant Boulogne à Gerland. Alan de Silvestri

AGENDA.- Ce soir, à 19 h : Lorient - Marseille, Monaco - Rennes, Montpellier - Bordeaux, Nancy Nice, Lyon - Boulogne, Le Mans - Grenoble ; à 21 h : Paris SG - Lens.

17


Le

Parodien

portrait

Musique

Black Box Revelation : jeunes et timides, mais rudement bruyants

Après Ghinzu, dEUS, nous arrive de Belgique le duo Black Box Revelation.

A

lors que Paris sombre dans un froid pénible, toute la Flèche d’Or s’échauffe. Les ingénieurs du son et autres employés de cette salle de concerts du 20e arrondissement s’affairent autour de la scène. Dans la véranda, nous rencontrons le groupe du soir, le duo belge (ils sont flamands) The Black Box Revelation. Jan, le guitariste-chanteur, est un grand gars qui se dégingande dans son trench-coat. Il a le visage de ceux qui dorment peu. Son batteur, Dries (prononcez « Driss »), donne l’air de sortir du berceau. Il a la peau glabre et les joues bien rondes et rouges, chatouillées dès qu’il se remue un peu trop par des cheveux très blonds et très lisses. Après un premier album sorti en 2007 alors qu’ils n’avaient que 16 et 18 ans respectivement, leur second disque parviendra début février dans nos rayons. Comment se sentent-ils alors que le groupe est manifestement en train de

18

grossir ? « Ca fait une grosse différence, le premier album n’était d’abord sorti qu’en Belgique et aux Pays-Bas, et a ensuite contaminé les pays voisins les uns après les autres. Cette fois-ci on le sort partout en même temps, parce que le premier a bien marché », s’enthousiasme Dries. Niveau sonore, The Black Box Revelation navigue dans les eaux très fréquentées du garage rock. Jan : « Le côté bluesy est venu de lui-même, et en partie parce que mon prof de guitare était gaucher, j’ai ma propre façon de jouer de la guitare. Aussi, on a commencé à jouer si tôt ensemble qu’on a eu le temps de nous trouver. On ne joue qu’à deux, c’est plus propice au son du blues ». A mesure que l’interview se déroule, les deux gamins se mettent à l’aise. Ils en sont encore au stade du groupe persuadé que l’avis des journalistes musicaux a une quelconque importance. Attitude en contraste avec leur son sale, vo-

lontairement mal enregistré et l’arrogance du groupe sur scène. «En concert, c’est notre truc et on joue notre musique. En deux ans on a joué plus de deux cent fois. C’est devenu naturel pour nous avec le temps, beaucoup plus qu’être en interview par exemple», lâche Jan, dans un sourire timide. A l’instar des White Stripes et des Kills, ils ont décidé de jouer à deux, rien qu’à deux. Dries : « On n’a jamais rencontré de bon bassiste à l’origine. Maintenant c’est trop tard, la magie opère lorsqu’on joue ensemble… si un troisième mec se ramenait aujourd’hui il se sentirait vraiment étranger. Tu te rends compte, on joue ensemble depuis qu’on a 11 et 13 ans. Qui pourrait devenir aussi proche de nous ? ». La grande faiblesse de l’album précédent résidait, derrière l’énergie et l’ardeur adolescente de la musique, dans la pauvreté des paroles de Jan. « Dans le premier

DR.

Deux mois avant la sortie de leur second album, The Black Box Revelation viennent à Paris jouer en première partie du groupe Eiffel. A 18 et 20 ans, ils en sont déjà à deux albums et deux cents concerts.

album on se concentrait plus sur les mélodies et les instruments, et pour être honnête, les paroles ne sont pas si bonnes. Aujourd’hui j’ai évolué, j’ai plus d’expérience et j’ai grandi en tant que personne, mes paroles sont meilleures, c’est sûr. Je parle aussi mieux anglais, et ça compte pour beaucoup. Je ne veux pas rentrer dans des choses trop sérieuses dans mes paroles, je ne ferai jamais de propagande par exemple, mais néanmoins j’essaie de dire quelque chose. En gros, si tu veux emmener les gens quelque part avec ta musique, tu peux être encore plus clair grâce aux paroles ». Et même si les gens charmants n’ont que rarement joué du bon rock’n’roll, force est de constater que The Black Box Revelation est un très bon groupe. Et comme le disait Jacques Brel : « la Belgique vaut mieux qu’une querelle linguistique ». Anthony Mansuy

Mercredi 16 décembre 2009


Le Parodien du 16 décembre