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UNTITLED Du 28 novembre au 1er décembre 2011 2,50 € - Ne pas jeter sur la voie publique

Numéro Spécial

VERTIGES DE LA CRISE Chômage, reprise, débrouille

Le boom du Crédit Municipal de Paris Vers une sortie de l’Euro? S’évader avec les jeux vidéos Privilèges des footballeurs

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Sommaire

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3 L’humeur du rédac’chef 4 Fiches: Les recettes anti-crise C’est la crise 6 Audrey, bénévole des Restos du coeur 8 Chômage: un sale mois de novembre Enquête 9 Le Crédit Municipal de Paris 10 La reprise Irlandaise 12 Sortir de l’Euro, c’est possible ? 14 Le nucléaire: une énergie anti-crise 17 Sida: une prévention stérile Culture 18 Jeux vidéos: le secteur ne connait pas la crise 20 Cinéma français: «Je vais bien, ne t’en fais pas» Sport 22 Le vrai-faux marasme des salaires du foot français

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sport Dossier: les salaires dans le foot français

Edito L’actualité liée à la crise ne cesse d’alimenter les JT, matinales et articles de presse. Mais au lieu de parler que par généralité, avec les continuelles réunions des dirigeants européens pour sauver l’UE, la rédaction a voulu revenir sur ce phénomène de crise que connaît la France mais avec des exemples concrets. Qui est touché par cette crise ? Comment ces retraités, étudiants ou bien jeune couple arrivent à consommer d’une nouvelle manière et moins chère ? Pour d’autres la solution est de mettre en gage des objets de luxe ou d’art au crédit municipal de Paris même s’ils savent qu’ils ne reverront jamais leur bien.

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Dans cette période morose, novembre s’achève avec un triste constat : celui d’une forte hausse du chômage avec la barre des 9% dépassée où l’on se retrouve dans une situation vieille de dix ans. Cette grave situation amène même les économistes à reconsidérer l’hypothèse d’une sortie de l’euro qui paraissait alors incongrue il y a deux ans. Mais ne perdons pas le moral pour autant, et espérons arriver à une nouvelle croissance comme celle de l’Irlande. En attendant oubliez un peu la crise et détendez-vous soit avec le produit culturel le plus rentable de tous les temps : le jeu Call of duty 3 soit en allant augmenter les recettes de l’intouchable duo Omar Sy et François Cluzet au cinéma. Untitled vous laisse le choix

société

Audrey, bénévole aux Restos du coeur

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politique Chômage: octobre noir pour l’emploi

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économie Une sortie de l’Euro estelle possible ?

OURS

UNTITLED 12, rue Alexandre Parodi 75010 Paris Tel: 01 40 03 15 56 Direction: Directeur de la Rédaction et de la publication: Michel Baldi Rédacteur en chef: Geoffrey Priol Rédacteur en chef adjoint: Hicham Barrouk Maquette: Gary Assouline Secrétariat de rédaction: Hicham Barrouk et Geoffrey Priol Journalistes: Akaiz Boussayna, Azlag Najoua, Deze Fabien, Durel Jérôme, Grimaux Emmanuelle, Lahera Henri, Lanen Marie, Le Goupil Pierre, Mazelier Sarah, Salvat Jean-Baptiste, Sekkai Kahina, Sudre Sarah, Vilsalmon Corentin, Ziegler Margot


Billet Par Geoffrey Priol Trouver du bon dans une crise ?! «Bonne crise» comme on dit «bonne année» ou «bonne santé»… La provocation est signée de l’artiste Ben. Elle est d’abord un message d’espoir quand le discours ambiant ne résonne que des mots chômage, croissance en berne, vie chère, hausse des impôts, tour de vis…

Retournons à l’étymologie du mot crise : κρίσις en grec associe les deux verbes séparer et juger. Ce mot fait donc référence à un moment périlleux, décisif qui entraine un jugement, une prise de conscience sur un système qui ne fonctionne plus. Une «séparation» serait donc nécessaire pour aller de l’avant. Alors oui, certaines crises peuvent être bénéfiques – «bonnes» même – car elles sont facteur de changement. On l’a vu dans la Grèce du XXIe siècle, cette fois, il ne se fait pas sans heurts. Jean-Jacques Rousseau l’a même écrit en 1762 dans Emile, ou De l’éducation, livre III, «Nous

approchons de l’état de crise et du siècle des révolutions.» Cette année 2011 en est le plus bel exemple : les révolutions arabes, les mouvements d’indignations dans le monde, les protestations violentes en Grèce ou bien encore les changements de gouvernement dans l’Europe. Trois ans après la déflagration des subprimes, les espoirs de reprises qui ont viré à la stagnation avant de déboucher sur une nouvelle dégringolade générale. Le prix des changements attendus ? Celui d’une crise que l’on espère au final pas si «mauvaise» que ça.

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SOCIÉTÉ

2.0

Le consommateur de crise est

La crise a accéléré les changements des modes de consommation. Grâce aux nouvelles technologies, il s’agit de dépenser moins sans pour autant renoncer au plaisir. Par Boussayna Akaiz

C

onsommer moins mais consommer mieux. Depuis 2008, la crise a modifié les habitudes. Elle n’a pas créé un nouveau consommateur mais elle a entrainé des changements dans les comportements. Avec ce paradoxe souligné par Régis Barrot du CREDOC: « D’un côté on pousse les individus à toujours consommer plus, mais de l’autre ils en ont moins les moyens. C’est pourquoi nous sommes passés de l’hyperconsommation au consommer mieux ». C’est dans l’alimentation que les changements sont les plus visibles: les clients sont de plus en plus nombreux à privilégier les marques de distributeur ou de hard discount plutôt que les grandes marques. Mais s’ils souhaitent dépenser intelligemment, ils n’entendent pas pour autant renoncer à la notion de plaisir. Trouver le beau, le bon produit au prix le plus juste est devenu « tendance ». Le développement des nouvelles technologies et leur accessibilité ont boosté la croissance de ses nouveaux comportements. Internet est devenu l’outil anti crise par excellence. C’est le lieu qui rassemble tous les fameux « bons plans » : comparateurs de prix, vente d’objets d’occasion entre particuliers, achats groupés, forum de discussion pour s’échanger les tuyaux… Tout une nouvelle offre s’est développée, notamment dans le domaine des services. Un site comme zilok.com propose, par exemple, aux particuliers comme aux professionnels de pouvoir louer, ou mettre en location, toute sorte de matériel, lié aux loisirs, au luxe, à la 4

High Tech, la maison etc. Leur credo: « Faire de la location une alternative à l’achat et à la vente pour tous les types de biens ». Plus vigilant, plus rationnel et plus responsable, le client type de la crise est en quête de l’achat malin et de la recherche d’économies. Une tendance déjà présente auparavant, mais qui a été accentuée et étendue par la crise. Elle a entrainé une « déculpabilisation chez le consommateur, qui aujourd’hui n’a plus honte et assume la recherche des bonnes affaires : c’est désormais un sujet évoqué au quotidien et que partage bon nombre de Français » explique Régis Barrot. Les grandes marques aussi ont du s’adapter et trouver des nouveaux moyens de capter l’attention et l’intérêt du consommateur 2.0. En cette période de Noël, Régis Barrot affirme que « les Français ne sont pas prêt à renoncer

à certains plaisir mais rogne quand même leur budget pour s’adapter ». Ainsi, un marché comme celui du jouet se porte toujours bien. Pour leurs chers bambins, les parents n’ont pas l’intention d’acheter moins, mais différemment. Les fabricants de jouet bien compris. Ils ont agi en conséquences, en développant – comme Playmobile - des gammes ne coutant qu’une dizaine d’euros. Elles font un tabac, à l’instar de ces petites peluches appelés Zhu Zhu Pets. Insensibles à la crise des secteurs comme le luxe ou la téléphonie mobile savent qu’ils s’adressent à un public captif, pas prêt à se renoncer à leurs produits et services. Orange comme Hermès ne risquent d’entrer en concurrence avec la dernière tendance à la mode : le « fait maison » (lire ci-contre) cher aux grandsmères d’antan.

LE SMART SHOPPING ? Concept apparu à la fin des années 90, et définit dans le livre intitulé « Smart Shopping : the Origins and Consequences of Price Saving », qui consiste dans « le fait d’investir un temps et un effort considérables à la recherche et à l’utilisation des informations sur les promotions dans le but de réaliser des économies de prix ». D’activité à dimension ludique elle est devenu un modèle de référence valorisé en ces temps de crise.


SOCIÉTÉ

Témoignages : Faire rimer crise avec débrouillardise

Nathalia 36 ans, assistance de direction et Pascal 42 ans, agent de piste, mariés, 3 enfants (Argenteuil). «Pour nous, les astuces anti-crise font désormais partie du quotidien. On n’a pas eu d’autres choix que de se monter imaginatifs afin de faire plaisir à nos trois filles. Depuis le début de la crise, je me suis beaucoup investi dans mon rôle de super maman pour trouver des issues à des situations parfois difficiles. Adeptes du «fait maison», nous avons acheté de l’électroménager qui nous permet de faire des choses par nous-mêmes. Faire nos yaourts et notre pain relevait de l’impossible. Aujourd’hui nous faisons au moins 100 euros d’économie sur ce plan de dépense. L’autre moyen que nous avons trouvé est d’acheter en gros. Nous nous rendons une fois par mois dans une enseigne qui déstocke et vend des produits en gros.»

Sandrine, 22 ans, étudiante en Master à Champs-surMarne (Torcy). «La crise je la connais et je la subis de plein fouet. Je suis montée à Paris pour vivre mon rêve, mais en cinq ans, ma vie a changé. Ici je ne vis pas, je survis. Au départ, pour faire face, j’ai enchainé les petits boulots, mais les horaires étaient incompatibles avec mes cours et avec la fatigue j’ai pris du retard sur mes études. J’ai donc décidé de ne plus subir la crise, mais de vivre avec. J’ai fouiné sur Internet pour trouver des trucs et astuces pour changer mes modes de consommation. Accro du shopping,

Béatrice 62 ans et Michel 70 ans, tous deux retraités de la fonction publique (Neuillysur-Marne). «Nous sommes tous les deux malins et amoureux de la nature. Nous avons opté pour l’option jardinage et cueillette. Nous nous sommes vite rendus compte que les fruits et légumes dans les grandes surfaces sont assez chers. Avec nos petites pensions de retraite, il nous fallait faire des choix. On a appris l’existence de jardins partagés juste en bas de notre résidence. Avec notre petit carré vert, on fait pousser nos propres

j’ai cherché un moyen d’avoir de nouvelles fringues à la mode, sans me ruiner. J’ai découvert le troc de vêtements. Le concept est cool, on est toutes des fashionistas sans le sou pour qui avoir des nouveaux habits est un luxe en ces temps de crise. C’est dans des lieux improbables, comme une péniche, l’appartement d’une abonnée ou un loft privatisé, qu’on s’échange nos vêtements. C’est un moyen ingénieux qui me permet de faire jusqu’à 100 euros d’économie par mois. Une somme conséquente pour moi qui vis avec 417 euros de bourse par mois. Avec la crise, j’avoue être devenue une vraie radine !»

légumes. Grâce à notre petite récolte hebdomadaire, on peut faire entre 50 et 100 euros d’économie par mois. Une bonne chose pour nous qui avons parfois du mal à boucler les fins de mois. Autre astuce que nous avons découvert, la cueillette. C’est un système de plus en plus répandu, et qui consiste à cueillir soi-même ses fruits et légumes chez le maraicher. Nous l’apprécions particulièrement parce que c’est un moyen idéal de faire des économies car on ne paye pas les emballages mais le produit en lui-même. En plus, on ne cueille que ce dont on a besoin, cela évite le gaspillage, et on sait d’ou vient ce que l’on mange». 5


SOCIÉTÉ

Audrey, au coeur des Restos 27ème campagne des Restos du Cœur. Avec toujours plus de bénéficiaire. Et des bénévoles fideles au rendez-vous. Comme Audrey, présente depuis neuf ans. Par Margot Ziegler REPORTAGE

C

’est dans un immense hangar froid et humide dans le quartier de Stalingrad. Ici les Restos du Cœur viennent en aide aux plus démunis. Depuis quelques jours, Audrey a repris du service et distribue la nourriture. Cette femme d’une cinquantaine d’années, toujours en mouvement est une passionnée : « Les restos du cœur m’apportent bien plus que le temps que je donne. Ici, je connais tous les bénévoles, nous sommes une équipe soudée. Et puis tous ces pauvres gens ont besoin de nous ». Audrey est toujours à la même place depuis qu’elle travaille à l’association. Elle s’occupe de la distribution des desserts, du café et des biscuits aux bénéficiaires. Plusieurs tables ont été positionnées dans la grande pièce froide afin de recréer un espace un peu plus chaleureux. La quinzaine de bénévoles présents ce jour là se sont répartis les tâches. Quand certains distribuent la viande, d’autres s’occupent des légumes ou des laitages. Audrey déplore de ne rien pouvoir donner en plus à Noël : « Nous ne pouvons malheureusement pas leur donner d’extras ou de sucreries pour les fêtes. Mais parfois début janvier, nous recevons quelques dons de boulangerie. Elles nous donnent les bûches qui n’ont pas été vendues et nous pouvons alors faire ce 6

« La plupart des bénéficiaires viennent d’Afrique noire et du Maghreb » Pierre, bénévole

cadeau aux plus démunis ». Autour des tables, une vingtaine de personnes attendent d’être servies. Audrey constate que la grande majorité de ces personnes sont des immigrés. «Vous savez au bord du canal Saint Martin il y a tous ces pauvres Afghan qui dorment dehors. Ils sont si jeunes. La plupart viennent chercher à manger ici », déclare t-elle en déposant deux paquets de biscuits dans le cabas d’une femme. Un de ces collègue Pierre intervient : « Moi je suis bénévole depuis quinze ans aux Restos du Cœur. Et ce que je vois c’est qu’il y a certes beaucoup de personnes âgées mais la

grande majorité des gens qui ont besoin d’aides viennent d’Afrique noire et du Maghreb. Ce sont des mamans, souvent seules, avec beaucoup d’enfants à charge. Elles ont vraiment besoin de nous ». Une jeune femme arrive près d’Audrey et ouvre son cabas. Elle s’appelle Fatou, elle a 27 ans et est enceinte de six mois. « Je suis arrivée en France il y a six mois et c’est la première fois que je viens aux Restos du Cœur. C’est mon assistante sociale qui m’a conseillée de venir ici. Je ne suis pas déçue… Il y a tout ce dont j’ai besoin dans ce sac. Ça va me permettre de manger et de nourrir mon bébé ». Et de poursuivre : « Vous savez, moi, je suis hébergée par le SAMU social,

je suis seule et je n’ai pas de travail, alors ici j’ai l’impression qu’on m’écoute et qu’on me comprend ». Audrey apprécie tous les échanges avec les bénéficiaires. Pour elle venir ici n’a rien à voir avec un don de soi : « J’ai 3 heures de transports aller-retour, ce n’est pas la porte à côté pour moi. Mais je suis là tous les mardis car quand je viens à l’association ça me fait tellement de bien. Je ne compte pas m’arrêter de si tôt » ! Pourtant les bénévoles sont inquiets quand ils parlent du futur des Restos du Cœur. Pierre affirme que le hangar dans lequel ils distribuent l’aide alimentaire sera récupéré l’année prochaine par la ville de Paris. Audrey


SOCIÉTÉ craint que beaucoup de bénévoles ne puissent plus venir s’ils changent de locaux. « Et puis si le PEAD (Programme Européen d’Aides aux plus Démunis) n’est pas renouvelé en 2014, je ne sais pas comment nous pourrons survivre. On sera là jusqu’en 2013 au moins, après on verra… », dit Pierre, le plus ancien des bénévoles.

Il est maintenant 12h30, les premiers bénévoles s’en vont. La plupart d’entre eux ont un travail et prennent du temps sur leur pause du midi. Audrey, elle, repart le sourire aux lèvres : « Nous sommes une entreprise d’action et de justice, je crois en l’action des restos du Cœur, elle ne s’arrêtera jamais » !

EN CHIFFRE De 2010 à 2011 :

• 109 millions de repas équilibrés distribués.

• 860 000

personnes accueillies.

• 30 000 bébés

de moins de 12 mois aidés.

• 60 000

bénévoles.

• 2 055 centres et antennes.

• 98 camions

et points repas chauds

Entrepôt des Restos du coeur, dans le XVIIIe arrondissement de Paris

Audrey, bénévole aux Restos du coeur

BRÈVES GRÈVE DES BILLETS DE TRAIN Le 11 décembre, la SNCF va modifier près de 85% de ses horaires de train en raison de travaux et remaniement des infrastructures ferroviaires. Les associations de consommateurs lèvent le poing. La « coordination nationale du train du 11 décembre » appelle donc à partir du 12 à faire la grève du titre du transport. L’idée est d’acquérir un billet de train mais à ne pas le montrer au contrôleur « tout en se montrant respectueux à l’égard cheminots ».

LE CŒUR ENTRE DEUX CHAISES Le cœur de François Bayrou balance entre la majorité et le parti socialiste. Comme il l’a dit précédemment, le président du MoDem se prononcera en faveur de l’un ou de l’autre candidat s’il n’est pas au second tour. Contrairement à 2007, le candidat centriste se montre moins véhément envers Nicolas Sarkozy. Xavier Bertrand l’invite à ne pas «se tromper d’adversaire». Crédité de 7% d’intentions de vote il est également courtisé part le PS. Arnaud Montebourg et Benoît Hamon l’ont déjà mis en garde face à une alliance «contre-nature. »

AMERICAN AIRLINE FAIT LE BILAN La compagnie aérienne American Airline et sa maison–mère AMR ont annoncé hier leur dépôt de bilan. Objectif : «restructurer sa dette et assurer sa viabilité à long terme » selon le communiqué de presse. La compagnie précise cependant que cela n’entachera son le fonctionnement quotidien, aucune annulation de vols ou retard ne sont à prévoir. NOUVELLES CAMÉRAS DANS PARIS A partir du 21 décembre 2011, de nouvelles caméras de surveillances seront déployées dans la capitale. Nouvelle étape dans le « plan de vidéoprotection de Paris » (PVPP). Le Vème et le VIème seront les arrondissement

les plus équipés avec respectivement 20 et 16 caméras. La capitale devrait, d’ici juin 2012, posséder plus de 1500 caméras.. Le budget du projet s’élève à 200 millions d’euros. LE FESTIVAL XYZ EST « ATTACHIANT » « Attachiant » est le néologisme qui ressort vainqueur du festival XYZ. Il s’agit en bon français d’un mot-valise, c’est un à dire qu’il est formé par deux autres mots. On devine aisément que celui-ci désigne une personne dont on ne peut se passer mais qui est pourtant relativement insupportable. Les organisateurs du festival prétendent faire vivre la langue, l’Académie pleure sans doute sont délitement. 7


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SOCIÉTÉ

Le Crédit Municipal de Paris roule sur l’or Le Crédit Municipal, ex Mont-de-Piété, ne désemplit pas. Contre un objet de valeur déposé, ses clients désargentés repartent avec du cash. Et l’espoir de récupérer un jour leur bien. Par Corentin Vilsalmon

L

es va-et-vient sont incessants à l’entrée du Crédit Municipal situé au 55 rue des Francs-Bourgeois, dans le IVe arrondissement. Le portail d’entrée donne vue sur une petite fontaine au centre d’une large cour un peu dépouillée. A intervalles réguliers un haut-parleur appelle les numéros de passage suivants : « 2225 pour le guichet 9, 2225 pour le guichet 9, merci. » Dans la salle de prêt sur gage, les files d’attente se multiplient entre l’accueil et les différents guichets. Pas une minute ne passe sans que la porte d’entrée s’ouvre. Certains viennent leurs bracelets en or à la main, d’autres portent leur tableau à bout de bras. A 15h15 un agent de sécurité avertit les clients : « Il y a 3h30 d’attente ! » contre quarantecinq minutes le matin. Selon Christine, employée depuis douze ans, les bijoux en or représenteraient à peu près 80% des objets déposés au Crédit Municipal de Paris (CMP). Mais attention : pas n’importe quel or. MarieClaire, retraitée de 66 ans, s’en indigne : « Ici quand ce n’est pas de l’or 18 carats ils l’appellent du “bas or”. C’est l’inquisition ! » se plaint-elle avant qu’une employée à l’accueil ne lui réponde : « On ne demande que deux documents, Madame ! Allez chez votre banquier, vous verrez la différence ! » La crise a forcé Marie-Claire à venir au CMP, créé en 1637, déjà dans un contexte de crise économique et alimentaire... Les formalités administratives ne lui plaisent pas, mais elle se

LE MOT

L’appellation Ma tante pour désigner le CMP est attribuée au Prince de Joinville, fils du roi Louis-Philippe. Celuici aurait répondu que sa montre était chez sa tante pour cacher le fait qu’il l’avait laissée au Mont-de-Piété pour rembourser une dette de jeu.

retrouve obligée de s’adresser au prêt sur gage pour les fêtes de fin d’année : « J’ai envie de pouvoir faire plaisir à mes petits-enfants à Noël, et comme je ne roule pas sur l’or, je viens ici. » Comme elle, les « clients » du Crédit Municipal ont la possibilité d’obtenir un prêt immédiat en échange d’objets précieux qui seront stockés pendant un an. Affluence record Depuis le début de la crise voilà deux ans, l’affluence « a augmenté d’environ 35% » assure Christine, la fonctionnaire du CMP. Avec une moyenne quotidienne de 800 à 900 personnes et des pics pouvant s’élever jusqu’à un millier de personnes certains jours. Christine explique également que depuis la montée du cour de

Le Crédit Municipal de Paris. 55, rue des Francs-Bourgeois dans le 4e arrondissement de Paris.

l’or les commissaires-priseurs qui expertisent les bijoux ont réévalué le prix du gramme à 14 euros (contre 7 euros avant avril dernier). Pour pouvoir échanger un objet précieux (bijouterie, or, antiquités, instruments de musique, tableaux et vins), aux guichets il faut nécessairement se munir d’une pièce d’identité valide, d’un justificatif de domicile en France d’au moins trois mois et bien sûr de l’objet que l’on désire échanger. Les bijoux en ivoire ne sont néanmoins pas acceptés, au même titre que les objets de culte dont il est difficile de contrôler la provenance, ainsi que les représentations d’art africain. Au-delà de ce service de prêt sur gage, le Crédit Municipal

de Paris propose également le service de microcrédits pour les personnes habitant en Îlede-France.

LE CHIFFRE

1 C’EST EN MILLION LE NOMBRE D’OBJETS STOCKÉS AU CRÉDIT MUNICIPAL DE PARIS

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MONDE

Tigre celtique, le retour Un an après avoir conclu un plan de sauvetage de 85 millions d’euros, l’Irlande est sur le point de sortir du gouffre. Ses voisins européens ne tarissent pas d’éloges à son sujet et la considèrent même comme un exemple. Par Emmnanuelle Grimaud

T

out s’est finalisé un dimanche soir de novembre 2010, à l’issue d’une réunion convoquée de toute urgence à Bruxelles. L’Irlande devenait alors le deuxième pays de la zone euro, après la Grèce et avant le Portugal, à recevoir un plan d’aide international de 85 millions d’euros. Un an plus tard, miracle, la croissance a officiellement redémarré en Irlande. Ses bailleurs : le Fonds monétaire international (FMI) et l’Union européenne, lui ont même adressé le mois dernier leur quatrième satisfecit d’affilée. Le pays qui enchaîne les mesures d’austérité a divisé par trois son déficit public et renoué avec la croissance. Les pays européens en font l’exemple d’un sauvetage réussi. Pour Angela Merkel, la chancelière allemande, l’Irlande est devenue un « superbe exemple ». Et pour cause, le pays du trèfle aligne le bons chiffres : le déficit public, qui atteignait près de 32% du PIB en 2010, devrait passer sous la barre des 11% cette année, le secteur bancaire, à l’origine du naufrage budgétaire, a été totalement recapitalisé et restructuré, la croissance est repartie en légère hausse. Elle devrait atteindre 1,6 à 2% cette année et la profitabilité des entreprises s’est nettement redressée. Des résultats inattendus obtenus grâce à une politique budgétaire plus que drastique et des mesures d’austérité très mal accueillies par la population comme la baisse symbolique des salaires y compris dans le secteur privé ainsi que la chute des loyers. Dans un premier temps, le programme a été considéré comme une 10

humiliation par les Irlandais. Il a d’ailleurs coûté son poste au Premier ministre, Brian Cowen et dont le parti, le Fianna Fail, a été balayé lors des élections législatives anticipées de février dernier. La crise de euro menace

la zone l’Irlande

L’île que l’on surnommait le « tigre celtique » pendant la période de forte croissance économique des années 90 à 2002, suit à la lettre le plan de sauvetage signé il y a un an. Mais cela peut-il suffire ? Pour nombre d’économistes malgré un début de redressement économique, l’Irlande est loin d’être tirée d’affaire. Sa croissance vient pour une grande part des exportations, dont 40% se dirigent vers la zone euro. L’impact de la crise de la zone euro sur les exportations irlandaises pourrait être, à terme, désastreux. D’autant que la demande intérieure est totalement déprimée, usée par la rigueur (3 plans d’austérité en 3 ans) et un taux de chômage qui atteint des niveaux record (441 000 personnes). L’austérité a surtout pesé sur les ménages : suppression de 25 000 postes de fonctionnaires, hausse de la TVA, baisse du salaire minimum, baisse des pensions de retraite et du salaire des fonctionnaires, création d’une taxe foncière, etc. Selon un récent sondage, 55% d’entre eux estiment que l’Union européenne est mal dirigée mais 67% pensent qu’il vaut mieux en faire partie. Quoi qu’il en soit l’Irlande donne un signe d’espoir pour d’autres pays européens en difficulté.


MONDE INTERVIEW

« Le sauvetage au prix d’une baisse générale du niveau de vie des ménages »

Les solutions dégagées pour sauver l’Irlande sont-elles utiles à long terme ? Avec l’adoption de ce plan d’aide international, l’idée est de préserver le modèle exportateur et compétitif irlandais à long terme. Pour moi, le risque se trouve plutôt à moyen terme. En effet, la question est de savoir comment va évoluer la situation macroéconomique globale et notamment au sein de la zone euro qui est un partenaire très important pour l’Irlande. C’est bien de développer l’exportation mais à moyen terme et dans une économie mondiale plutôt déprimée l’Irlande s’expose à de gros risques. Un nouveau plan d’austérité est-il envisageable ? Aujourd’hui l’Irlande est plutôt sur une bonne trajectoire, elle a un peu réduit son déficit. Si la croissance est réellement relancée, le pays peut réduire ses déficits assez rapidement. En revanche, si la zone euro, dans son ensemble, entre à nouveau en récession, les exportations irlandaises s’en trouveront pénalisées ce qui rétroagira sur la croissance. Dans ce cas la possibilité d’un nouveau plan d’ajustement ne peut être exclue.

Christophe Blot économiste au département analyse et prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques revient sur le retour de la croissance irlandaise. Le pays s’est-il redressé au détriment des irlandais ? L’ajustement se paye essentiellement en terme de pouvoir d’achat, de revenu et de protection sociale pour les ménages irlandais. Le gouvernement souhaite retrouver le chemin de la croissance par le biais d’une économie exportatrice pour recréer des emplois ainsi que des conditions favorables à une hausse des revenus. Mais effectivement à court terme, le sauvetage de l’Irlande se paye par une baisse générale du niveau de vie des ménages, un développement de la précarité, une diminution des prestations sociales…

Le cas de l’Irlande peut-il apporter des solutions à la Grèce, au Portugal et à l’Espagne? C’est là le piège. L’Irlande est sans doute plus ouverte que la Grèce, le Portugal et l’Espagne et elle a surtout une spécialisation plus avantageuse. Elle a gardé une production industrielle importante contrairement à ces pays. On voit bien que si on a les mêmes ajustements en matière de compétitivité les effets positifs ne sont pas aussi rapides et efficaces que pour l’Irlande. Donc non l’Irlande n’est pas forcément un modèle et son cas ne présage pas de ce qui peut arriver au Portugal, en Grèce ou en Espagne.

REPÈRES: IRLANDE

Superficie : 70 273 km2 Nombre d’habitants : 4 670 976 hab Monnaie : euro PIB (milliards USD) : 222,27 PIB/hab : 48.516,98 Taux d’inflation (%) : 1,1 Consommation des ménages (en %) : + 5 Déficit public : 11% du PIB 11


ECONOMIE

Sortir de l’euro, fin du tabou pour les économistes En pleine crise de la monnaie unique, la question de la sortie de l’euro se pose plus sérieusement. A l’instar des partis politiques souverainistes, les économistes sont de plus en plus nombreux à théoriser une sortie de l’euro, voire même à la préconiser, à travers livres et essais. Liste non exhaustive des questions les plus posées. Par Kahina Sekkai Pourquoi la France devrait-elle sortir de l’euro ? Parmi les eurosceptiques de la première heure, l’économiste Alain Cotta, professeur à HEC, a publié en juin 2010 Sortir de l’euro ou mourir à petit feu. Pour lui, le bilan de l’euro est catastrophique pour tous les pays sauf pour l’Allemagne. Il explique dans son livre que la stabilité promise n’est pas arrivée et que la croissance stagne. Selon l’auteur, l’euro pousse à « contenir les salaires, accroître les impôts indirects pesant sur le consommateur et non sur les entreprises ». Sans oublier les exportations freinées par la survalorisation de la monnaie européenne par rapport au dollar. La fin de l’euro est-elle inévitable ? « Oui », pour Christian Saint-Etienne. Selon l’économiste, titulaire de la Chaire d’Économie industrielle au Conservatoire National des Arts et Métiers, « la zone euro n’a pas les ingrédients pour durer ». En cause, l’absence de certains mécanismes comme « un gouvernement économique, un fédéralisme fiscal puissant et un encadrement de la concurrence fiscale et sociale ». L’auteur de La fin de l’euro préconise de « scinder la monnaie en deux zones » avec d’un côté les pays producteurs, rassemblés autour de l’Allemagne, et de l’autre les « pays aux déficits commerciaux », qui se rapprocheraient de la France. L’euro était-il voué à l’échec ? Pour les eurosceptiques, c’était une évidence. Une monnaie partagée par deux économies diamétralement opposées, comme l’Allemagne et la Grèce par exemple, était une idée déjà violemment rejetée il y a dix ans. Pour Jean-Jacques 12

Rosa, professeur d’économie à Sciences Po, « la victoire de la raison a quelque chose d’amer ». Dans son livre de 1998, L’Erreur européenne, il dénonçait déjà ce « contresens économique », qui avait pour but final la construction d’un « super-Etat ». L’objectif des « Etats Unis d’Europe » est selon lui impossible dans le cadre de la mondialisation. Les populations demandent-elles la fin de l’euro ? Pour le moment, les partisans du retour des monnaies nationales sont minoritaires, tout du moins en France. Les petits groupes qui se créé en faveur de la fin de l’euro restent en comité plus que réduit. Chez le voisin allemand, on regrette de plus en plus la puissance passée du deutschemark. Angela Merkel doit, pour satisfaire l’opinion publique, demander de plus en plus de gages de la part des pays que l’Allemagne aide à travers les prêts proposés par l’Union européenne. « Si le gouvernement transférait juste de l’argent vers la Grèce, la population sentirait ses pires cauchemars revenir », expliquait en février dernier Thomas Mayer, le chef économique de la Deutsche Bank, au « New York Times ». Les marchés se préparent-ils à la chute de l’euro ? Certains acteurs du secteur se préparent au pire. Un courtier britannique, Icap, a admis réfléchir à cette possibilité et teste, sur une plate-forme, un retour de la Grèce au drachme. Un des dirigeants d’Icap, Ed Brown, a reconnu se préparer « à toutes les éventualités » afin de « faire en sorte que tout fonctionne dans ces cas-là ». Nouriel Roubini, l’économiste qui avait prévu la crise de 2008, a expliqué dans une tribune au « Financial

Times » qu’il pensait que l’eurozone exploserait d’ici à cinq ans. Une prédiction qui place dans l’embarras les leaders politiques européens. Quels partis préconisent la sortie de l’eurozone? Marine Le Pen se réjouit du nombre de politiques demandant l’abandon de l’eurozone, puisque c’est la principale idée de son programme économique. A droite, les souverainistes Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République) et Philippe de Villiers ont déjà exprimé leur rejet de la monnaie unique. A gauche, rien n’est décidé mais la question est soulevée, au NPA comme au Front de Gauche. Idem pour le candidat à la présidentielle JeanPierre Chevènement. L’UMP et le PS rejettent totalement cette idée. Ils ont fait du sauvetage de l’euro une priorité.

LE CHIFFRE

290 000 C’est en euros le montant promis par Simon Wolfson. Ce lord anglais a lancé un concours pour récompenser l’économiste qui trouvera la solution permettant à un pays une « sortie organisée de la zone Euro ». Les candidats peuvent envoyer leurs propositions sur le site http://www.policyexchange.org. uk jusqu’au 31 janvier 2012. Le panel de juges réuni par le député compte de nombreux chercheurs de toute l’Europe, dont le Français Jean-Jacques Rosa.


ECONOMIE L’INTERVIEW

«La monnaie unique va s’écrouler » Trois questions à Florin Aftalion, professeur émérite d’économie à l’Essec. Auteur de nombreux essais, il a également signé la Tribune « La fin de l’euro est non seulement possible mais inévitable » dans le Figaro en avril 2011.

L’euro souffre-t-il d’un vice de construction? Un certain nombre d’économistes, même aux EtatsUnis, ont essayé de mettre en garde l’Union européenne sur les dangers de l’euro, mais ils n’ont pas été écoutés. Aujourd’hui, les conséquences sont catastrophiques. Quelles prédictions faitesvous pour le futur de l’euro ? Je pense que cette monnaie unique va s’écrouler. Pourtant, la situation n’est pas prévue par le traité de Maastricht, donc personne ne sait ce qu’il va se passer en cas de sortie. Cela va se passer, mais cela fera des dégâts. Cela va coûter cher en terme d’argent perdu par les Etats, par les actionnaires, par les contribuables et

également en terme de réduction de production perdu, du recul de la croissance. Les politiques n’ont-ils donc rien fait pour éviter ce scénario catastrophe ? Les politiques européens ont essayé de réagir, mais les solutions proposées ont compliqué les choses, et les coûts futurs de la sortie ont augmenté. Ils n’ont pas voulu comprendre quand la crise grecque a commencé que lorsqu’un membre est gangréné, il faut le couper. Il aurait fallu tout de suite sortir la Grèce de l’euro. Un pays comme la Grèce doit, pour retrouver sa croissance, dévaluer sa monnaie. Puisqu’elle ne peut pas le faire, elle doit retrouver son ancienne monnaie, le drachme.

Florin Aftalion, professeur émérite d’économie à l’Essec. DR

K.S

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ENVIRONNEMENT

Le bas coût en trompe l’oeil de l’énergie nucléaire. Comparé à l’éolien, au gaz ou au charbon, l’ énergie nucléaire prétend être la moins coûteuse. Mais c’est sans compter avec le coût de la gestion des déchets ni du financement des infrastructures. Par Sarah Mazelier

Liberal Freemason. Photo de la centrale DamPierre

S

i l’on tient aux chiffres, il n’y à pas de match : le prix de revient du KWh produit par le nucléaire s’élève à 45cts/kW selon le chiffre du gouvernement contre 70-80 cts/KW pour l’énergie éolienne. Tout concourt dans les politiques publiques pour rendre attractif le prix du nucléaire. D’abord, son coût n’inclut pas celui de l’entretien des centrales. Ensuite, la filière nucléaire est celle qui reçoit le plus de subvention de l’Etat. Mais cela s’opère au détriment des autres filières : énergie photovoltaïque, éolienne, de biomasse, de géothermie ou encore hydraulique... Les ressources alternatives, fossiles et renouvelables ne sont valorisées en raison de leurs production en énergie trop faible. Enfin, le budget alloué à la recherche se concentre essentiellement sur le nucléaire qui capte à elle seule près 14

de 90% des crédits. L’énergie atomique détient le monopole de la production en électricité en France depuis son avènement en 1945 avec Charles De Gaule. Véritable institution et fierté nationale depuis 1970. Le parc nucléaire national, aujourd’hui constitué de 19 centrales et 58 réacteurs, produit 17% de la consommation française, alors que le programme originel visait à atteindre 74% de production à partir du nucléaire. Nucléaire N°1, mais à quel prix ? Pour Francis Sorin, directeur du pôle information de la société française d’énergie nucléaire, «Contrairement à l’Allemagne, l’hexagone ne possède pas d’énergie fossile : charbon ou gaz. L’exploitation des centrales d’uranium, dont la France est propriétaire (en Asie, aux États-Unis et en Europe), est un gage d’autonomie face

aux fluctuations des prix et aux contraintes des marchés internationaux. » En théorie les infrastructures sont financées par EDF et Aréva, mais le prix est discrètement intégré dans nos factures…. « C’est EDF et Areva qui prend en charge les installations de stockages des déchets » affirme Francis Sorin. C’est le contraire de ce qu’affirme Corinne Lepage : «C’est le contribuable qui paie». «Dans le coût qui nous est présenté, l’aval du cycle, tous les coûts en amont de la production ne sont pratiquement pas pris en compte.» Pour la députée européenne, «L’affaire du démantèlement est sous évalué et non approvisionné. Le coût est très important et ne va que croître. La sortie du nucléaire coûterait très cher mais continuer le nucléaire coûte très très cher aussi, mais ça, personne n’en parle en France. »


CR image : E. Gaba

Le nucléaire centralisé en zone sismique. La France dispose de 22 centrales nucléaires sur son territoire. L’un des parcs les plus important d’Europe. La plupart ont été construite dans les années 80. Le cas de la vallée du Rhône inquiète les détracteurs du nucléaire. Six centrales sont placées en zone sismique, pire encore, elles ont toutes plus de 30 ans. Mais agitant le spectre de Fukushima

depuis la catastrophe de mars, les anti nucléaires semblent oublier que ce n’est pas le séisme qui a causé la fission, mais bien un tsunami. Un tsunami bien improbable en France. P. LG

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POLITIQUE

Octobre noir pour le chômage Le nombre total de chômeurs franchit la barre des 4,21 millions d’inscrits. Une situation inédite depuis douze ans. Par Jean-Baptiste Salvat

L

e ministre du Travail et de l’emploi, Xavier Bertrand avait annoncé la couleur dès dimanche soir : « (...) Les chiffres ne seront pas bons et chacun sait qu’ils ne peuvent pas être bons à cause d’une crise dont on ne sort pas encore et qui parfois même sur le terrain s’intensifie (...)». Au final, la France retrouve un rythme de progression qui n’avait plus été atteint depuis août 2010, avec une hausse de presque 5% sur un an pour la seule catégorie A. Une progression du chômage à relativiser si l’on inclut les catégories B et C (demandeurs d’emploi ayant exercé une activité réduite), avec +0,4%, soit +17.200 personnes. Néanmoins, toutes catégories confondues, le chiffre record de 4,2 millions d’inscrits est atteint. La situation continue de se détériorer pour les quinquagénaires. Ils sont désormais près de 850.000, soit une augmentation de 1,4% sur un mois, pour une progression annuelle de 15,3%. Il s’agit de la 40e augmentation… en 41 mois. Du coté des jeunes de moins de 25 ans, la progression reste limitée à 0,2% sur un mois et à 1,2% sur un an. Mais pour des économistes comme Jérôme Gautié, spécialiste du chômage et chercheur en économie à Paris I Panthéon Sorbonne, de nombreux jeunes choisissent de prolonger leurs études et ainsi retarder leur insertion sur

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un marché du travail malade. C’est cette raison qui a fait descendre dans la rue les jeunesses grecques et tunisiennes… Du côté des chômeurs de longue durée (sans emploi depuis plus d’un an), leur nombre stagne à 1,6 million d’inscrits, mais la situation se détériore rapidement parmi ceux inscrits depuis plus de trois ans. Leur progression atteint 1,7% sur un mois et même 21,5% sur un an. Les attaques politiques se multiplient La persistance de la crise que traverse la zone Euro, la pression des marchés et les plans d’austérité successifs adoptés en France et en Europe ont détruit la croissance, condition de la création d’emploi. Les chiffres du chômage inquiètent à droite : en quelques mois, les gouvernements grec, italien et espagnol sont tombés, notamment en raison de résultats catastrophiques sur l’emploi. Du coup, Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP, estime qu’il faut «imaginer un autre modèle de croissance» et «réindustrialiser la France, ce qui implique que les Français soient courageux et travaillent plus et mieux». En face, Les principales forces politiques d’opposition taclent l’action gouvernementale.

Le porte-parole de Marine Le Pen, Florian Philippot voit dans les derniers chiffres «la conséquence directe de la politique du gouvernement qui ne vise qu’à satisfaire les intérêts financiers des plus puissants, toujours avant l’intérêt du peuple», ou encore « un acharnement dévastateur du gouvernement à vouloir sauver l’euro, au dépend de la croissance et l’emploi.» Cécile Duflot, Secrétaire nationale d’Europe Ecologie - Les Verts, parle d’ «une inaction coupable» de Sarkozy, qui se contente d’agiter « slogans vides et déclarations culpabilisatrices pour les chômeurs. » Même son de cloche chez François Hollande, candidat PS à la présidentielle, qui estime que les mauvais chiffres du chômage sanctionnent la politique gouvernementale, précisant qu’« il serait trop simple pour le président sortant de s’exonérer par la crise». Sortie de l’Euro et «priorité nationale» pour le FN, ré-industrialisation et dé-financiarisation pour Mélenchon, révolution écologique pour EELV et le PS (mais sans toucher au nucléaire qui pourvoit trop d’emplois), « nouveau modèle de croissance » pour l’UMP… Selon toutes les enquêtes d’opinion, l’emploi est la préoccupation n°1 des Français.


SANTÉ

Epidémie de non information pour le Sida Triste constant : les jeunes (18-30 ans) manquent d’informations et baissent la garde sur la transmission du VIH. Comment expliquer de tels résultats ? Éléments de réponse. Par Marie Lanen

F

antasmes et vertiges des statistiques : 21% des Franciliens pensent qu’on peut attraper le VIH par une piqure de moustique ! Ils sont 13% à penser que l’on court ce risque en utilisant les toilettes publiques… Telle est le surprenant résultat du rapport de l’Observatoire régional de la santé (ORS) d’Ile-de-France publié lundi 28 Novembre. La tranche des 18-30 ans est la moins informée sur le VIH. Elle maitrise peu les mécanismes de transmission et de protection. « Le Sida n’est plus considéré comme dangereux, pour les jeunes c’est une IST (Infection sexuellement transmissible) comme les autres. » déclare Nathalie Beltzer de l’ORS. Le rapport montre que le Sida fait moins peur que le cancer ou les accident de la circulation. Autre constat inquiétant, le préservatif apparaît déconnecté de son enjeu préventif, il est de plus en plus perçu comme moins efficace pour se protéger du VIH. Environs 70% des franciliens déclarent avoir fait un dépistage, chiffre en hausse depuis 2004. Le rapport met en lumière une spécificité nette chez les jeunes, le VIH n’est plus aujourd’hui l’enjeu principal des comportements de prévention. Le cadre pédagogique, efficace ? Depuis plusieurs années, le ministère de l’éducation a mis en place de nombreux outils pour la prévention du SIDA dans les lycées. Les

enseignants disposent de plusieurs documents afin de les aider dans la tâche parfois délicate d’informations sur le VIH. Livrets d’information, guide d’intervention et, depuis 2005 un partenariat avec le Sidaction, France 5 et le Ligue de l’enseignement a été mis en place. Ceux-ci disposent d’outils multimédias, vidéo, diaporamas etc. L’école s’est adaptée aux jeunes, dans une dynamique de prévention, des distributeurs automatiques de préservatifs ont été installés dans les lycées. Quel est l’impact de ces mesures sur les jeunes ? « J’aimerai bien voir ça ! » s’étonne Céline, lycéenne de 17 ans. « Personnellement, je n’ai pas eu de cours ou de conférence sur le Sida. En Sciences de la vie et de la Terre nous avons vu la contraception mais c’est tout. En plus, l’infirmière n’est jamais là, heureusement qu’il y a des spots TV sur le sujet! » Il n’y aurait donc aucun moyen de connaître les établissements qui mettent en place les directives de l’éducation nationale. Mieux accompagner jeunes

les

« La génération née entre 80 et 92 a débuté sa vie sexuelle avec le préservatif obligatoire, aujourd‘hui ils ne savent plus très bien pourquoi l’utiliser », déclare Nathalie Beltzer, et pourtant bons nombres de campagnes de préventions ont été mises en place ces dernières années. « Le pro

L’Hotel de Ville de Paris en rouge pour la Journée Mondiale contre le Sida, le 1er décembre 2010

blème, c’est qu’il y a des campagnes contre le Sida et des campagnes sur la contraception. Il y a peu de liens entre les deux alors qu’il est primordial de tenir compte des moyens de contraception et de prévention du préservatif» ajoute Nathalie Beltzer. L’efficacité des traitements explique également le désintérêt des jeunes sur le Sida, « aujourd’hui les malades sont moins visibles, ce qui rend la maladie moins effrayante », explique la chercheuse. Le 1er Décembre, Journée Mondiale de la lutte contre le Sida, sera l’occasion de faire une piqure de rappel.

EN CHIFFRE De 2010 à 2010:

•150 000, soit

le nombre de personnes vivant avec le VIH en France

•6700, le nombre de personnes qui découvrent leur séropositivité par an en France

•50 000,

le nombre d’individus qui ignoreraient leur statut sérologique en France

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CULTURE

Jeux vidéos : la grande évasion Loin devant le cinéma et les autres formes de divertissement, le jeu vidéo a prit un essor colossal ces dernières années. Un loisir anti-crise ? Par Pierre Le Goupil

L

e produit culturel le plus rentable de tous les temps n’est pas un film à gros budget comme Avatar, ni un livre vendu à des millions d’unités comme Harry Potter. C’est un jeu vidéo. Call of Duty : Modern Warfare 3, jeu de guerre en vue subjective, a rapporté à ces créateurs plus d’un milliard de dollars de bénéfices. Sortant chaque année au mois de novembre, la série des Call of Duty explose à chaque fois les records de vente et les files d’attentes sont de plus en plus importante chaque année devant les magasins spécialisés. « Call of c’est Call of ! Il est impossible de ne pas l’acheter tous les ans ! » Confie Hakim avec passion. La série des Call of Duty n’est pas la seule. Uncharted, Gears of War, The Elder Scrolls, World of Warcraft, ces noms barbares à l’oreille du non-initié sont des institutions auprès des joueurs, qui ne rechignent pas à dépenser 70 euros pour quelques heures d’intense plaisir. Sans compter l’achat préalable de la console ou du pc pour faire tourner le jeu. Crise financière ou pas, le jeu vidéo rapporte, même si son reste prix élevé pour les consommateurs.

tendo Wii en 2006. Nintendo, qui s’était toujours concentré sur les « hardcore gamers », les joueurs passionnés, a pris un virage à 180 degrés pour proposer une console grand public. Une trahison pour les fans de la première heure, une véritable découverte du monde vidéoludique pour les autres. Exit les manettes, adieu la difficulté, la firme japonaise a permis à tout le monde de jouer. « J’ai commencé à jouer avec la Wii, raconte Delphine, ensuite j’ai acheté la DS et il m’est arrivé de passer des nuits dessus. »

Qui joue?

Un média mâture qui parle à tout le monde

Le stéréotype du joueur adolescent boutonneux replié sur luimême est à oublier. Aujourd’hui, 28 millions de personnes en France jouent régulièrement, selon une étude de GfK, et la moyenne d’âge s’élève à 33 ans. Pourquoi un tel revirement ? Le jeu vidéo a grandi avec ses fans. Devenant plus mâture, plus abouti techniquement, il a permis, grâce au bouche à oreille, de se diffuser auprès des non joueurs. Le tournant a été la sortie de la console Nin18

Un marché en pleine mutation Après la révolution Wii, la concurrence s’est engouffrée dans la brèche. Sony a sorti le PS Move pour sa Playstation 3. Un véritable ratage. Microsoft a quant à lui développé, son Kinect qui permet de jouer directement avec son corps. Un carton. Mais les jeux les plus vendus restent ceux pratiqués d’une manière classique, c’est à dire avec une manette truffée de boutons ou un clavier. Les novices arrivés au jeu vidéo par la Wii sont passés au stade supérieur, découvrant un univers qui est à des années lumières des clichés

Le jeu vidéo se rapproche par bien des points du cinéma. Il est vrai que les productions vidéoludiques s’inspirent du 7ème art depuis 15 ans, jusqu’à proposer des expériences plus intenses qui impliquent directement le joueur au niveau émotionnel. Le joueur ne suit pas une histoire, il la vit. Les thèmes abordés dans le jeu vidéo sont aussi variés qu’au cinéma. Il y a des blockbusters grands spectacles comme Call of Duty ou Gears of

War, des jeux pour enfants, des jeux matures qui font réfléchir le joueur comme la série The Witcher, des jeux d’horreurs et même des jeux d’auteurs qui sont considérés comme des œuvres d’art, en exemple le très poétique Braid ou l’intimiste Shadow of the Colossus. Bref, chacun peut s’y retrouver. Le jeu vidéo attire tout les publics aujourd’hui, et est rentré dans les mœurs attirant les publicitaires (impensable il y a dix ans). Il rentre même au musée avec l’exposition Game Story au Grand Palais. En période de crise et de sinistrose, ce moyen d’évasion est au sommet du tableau des scores des loisirs préférés.

LE CHIFFRE

570

MILLIONS C’est en euros ce qu’a rapporté le dernier volet de la série Call of Duty en 5 jours seulement. Le volet précédent ; Black OPS, avait quant à lui rapporté 650 millions dans le même laps de temps, ce qui en fait le produit culturel le plus rentable de l’histoire.

La série Call of Duty est la franchise culturelle la plus rentable de l’histoire.

Le jeu français Heavy Rain est l’exemple type du jeu mature qui s’adresse aux adultes.

La saga The Witcher a conquis le cœur de millions de joueurs en 2011


CULTURE

Game Story : Il était un jeu Le jeu vidéo est mis à l’honneur au Grand Palais. L’exposition Game Story retrace les 60 ans de l’histoire du jeu vidéo dans un parcours passionnant.

L

e jeu vidéo a acquis sont statut de produit culturel reconnu. Pour preuve l’exposition Game Story qui se déroule jusqu’au 9 janvier prochain. Ce n’est pas la première incursion du jeu vidéo dans le monde du musée. En 2010, le musée du jeu vidéo avait ouvert à l’arche de la Défense durant quelques jours, avant de fermer pour des raisons économiques. Austère, peu interactif, très fouillis, il avait suscité le scepticisme chez les joueurs et n’avait pas attiré les profanes. Game Story corrige le tir en réalisant une exposition passionnante et instructive, que l’on soit joueur ou non. L’exposition commence avec la création des premiers jeux électroniques, en 1956, puis passe à l’explosion du média dans les années 70, à la mise sur le marché des consoles dans les années 80 et se termine par les consoles haute définition d’aujourd’hui. Rien n’est oublié. Des explications et anecdotes viennent étayer le propos, expliquant les influences et les objectifs des développeurs de l’époque, et mettant en avant les jeux qui ont marqué l’histoire du média. Tout cela permet de mieux comprendre les jeux d’aujourd’hui, qui doivent tout à leurs ancêtres pixellisés. Mieux, Des jeux en démonstrations sortis des greniers poussiéreux viennent ponctuer Game Story pour mieux se rendre compte de l’évolution technique. Le jeu vidéo pour les nuls Joueurs depuis la tendre enfance ou non, les visiteurs sont happés dans ce milieu très particulier. « C’est un véri-

table régal, raconte Hakim, qui découvre l’exposition, je redécouvre et rejoue à des jeux auxquels je n’avais pas joué depuis 20 ans ». Les non joueurs découvrent quant à eux un univers assez hermétique au premier abord, mais passionnant lorsqu’on s’y plonge. « Je n’avais jamais touché à une manette de ma vie avant l’exposition, confie Lydie, mais l’univers du jeu vidéo est à mille lieux de ce que j’avais imaginé. Par contre, j’ai encore beaucoup de progrès à faire pour jouer correctement ! » Game Story est une vrai réussite, réunissant « hardcores gamers » et « noobs », joueurs débutants. Un seul regret cependant, l’exposition est un peu courte, faute de place. Mais les parties les plus courtes restent les meilleures, et les créateurs pourraient prévoir des suites. P. LG

PRATIQUE Game Story, une histoire de jeu vidéo Du 10 Novembre 2011 au 9 janvier 2012 Ouvert de 14h à 22h Nef du Grand Palais Tarif : 8 euros SI VOUS AVEZ AIMÉ CE NUMÉRO SPÉCIAL ABONNEZ-VOUS À UNTITLED ! 52 NUMÉROS PAR AN POUR 100 € AU LIEU DE 130 € POUR LE PAIEMENT, ENVOYEZ UN CHÈQUE À MICHEL BALDI À L’ORDRE DE IGS EN CADEAU: UNE FORMATION XPRESS DISPENSÉE PAR GARY ASSOULINE

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CULTURE

Le cinéma français se porte bien, merci ! Si par définition, une crise financière touche tous les milieux, certaines industries tirent leur épingle du jeu. Avec 206,5 millions d’entrées en France pour l’année 2010, le cinéma affiche des résultats enthousiasmants. Un record depuis 1967. Décryptage d’un succès. Par Henri Lahera

S

ept film français dans le top dix du box office. En voilà une bonne nouvelle. Certes Intouchables, le film d’Eric Toledano et d’Olivier Nakache caracole à huit millions d’entrées, mais est suivi par un bon nombre de réalisations made in France. Mon pire Cauchemar, Les Neiges du Kilimandjaro, Polisse, L’ordre et la Morale, Toute nos envies… Autant de films qui réunissent un public en période de crise. Considéré comme un divertissement, le cinéma reste l’un des remèdes anti déprime préféré des français. Malgré un prix parfois élevé, les spectateurs répondent donc présent dans les salles obscures. Mais le véritable changement réside dans l’engouement pour la production française actuelle.

point commun : ils se veulent proche des gens et de ce qu’ils vivent. Intouchables et Mon pire Cauchemar opposent deux personnalités antinomiques séparées par un fossé social important, qui ne les empêchent pas de s’aimer. Le duo François Cluzet/Omar Sy devrait d’ailleurs dépasser Rien à déclarer, la deuxième comédie de Dany Boon (9 millions de spectateurs). Dans un style plus sérieux, Les Neiges du Kilimandjaro et Toutes nos Envies évoquent directement la crise et ses multiples ramifications. Pertes de certaines valeurs pour Guédiguian, lutte contre l’endette-

ment chez Lioret. Polisse, film sous tension constante, tend à décrire le travail pénible et minutieux des agents confrontés à une horreur quotidienne, devenue banale. Et tout ca fonctionne. Comme une réaction naturelle lors d’une confusion générale, le spectateur est en quête de vrai, de réel. Sur une toile de fond à la fois politique et historique, L’Ordre et la Morale tente de dévoiler une page sombre de l’histoire diplomatique française. Comme dans chaque film de Mathieu Kassovitz, la patte du réalisateur est reconnaissable. Le film, certes résolument orienté, reste tout de même un plaidoyer pour la vérité et pousse le spectateur

Quid d’un tel succès ? Le cinéma, comme d’autres industries de divertissement connaît des phases de succès cycliques. Un engouement des spectateurs qui n’est pas facile à prévoir, d’autant plus qu’il n’est pas toujours basé sur des critères qualitatifs. Alors comment expliquer la situation actuelle ? En se penchant un peu sur ce classement, une tendance se dessine clairement. Le cinéma français, lassé d’essayer de suivre la débauche d’effet visuel que propose nos amis d’outre-Atlantique, revient peut-être à ce qu’il sait faire de mieux. En se focalisant sur des acteurs de qualité, la production française ravive le filon de la « la fable sociale ». Tous ces films partagent un 20

Intouchables, le film qui a ému 8 millions de Français. DR

à s’interroger. Ce cinéma naturaliste n’a donc pas besoin d’énormes moyens pour exister. Il ne repose pas sur la création d’un monde fantastique, mais sur l’émotion et le vécu. Preuve en est, même la dernière production Besson se recentre sur l’humain, avec la sortie cette semaine de The Lady. Un biopic sur Aung San Suu Kyi, femme au destin peu connu du grand public et figure emblématique de la Birmanie. Qu’il soit alarmiste, engagé ou utopiste, le cinéma français est avant tout en phase avec son public. Et c’est bien là l’essentiel.


CULTURE

LE FILM DE LA SEMAINE POUR LES ENFANTS

LE CHAT POTTÉ Animation De : Chris Miller Avec : Antonio Banderas, Salma Hayek, Zach Galifianakis…

Michelle Yeoh interprête Aung San Suu Kyi dans The Lady

THE LADY Drame De Luc Besson Avec Michelle Yeoh, David Thewlis, Jonathan Ragget Visiblement inspiré par les destins de femmes fortes « Jeanne D’arc » 1999, Luc Besson revient ce mercredi dans les salles obscures avec The Lady. Un film autobiographique retraçant l’histoire d’Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991, et de son mari Michael Aris. Incarnée ici par Michelle Yeoh, celle que l’on surnomme The Lady est connue pour avoir mené un combat non-violent contre l’autorité militaire en Birmanie. Alors qu’elle remporta les élections générales en 1990, la junte annula les résultats et lui proposa de quitter le pays. Devant son refus, la jeune femme fut assignée à résidence. Le long-métrage suit donc la vie de l’un des symboles contemporains de la lutte pour la démocratie. Un tournage qui ne s’est pas fait sans encombre, entre la Thaïlande et la Birmanie, et que le pouvoir en place n’a pas vu d’un très bon œil. Face à la violence des faits historiques,

LE CHOIX DE LA RÉDACTION

Besson a décidé de l’édulcorer sans l’occulter. Il a donc retravaillé le scénario pendant plusieurs mois pour lui donner un côté plus cinématographique. En mettant en avant son histoire d’amour avec Michael Aris, expert de la culture tibétaine dont elle fut séparée dès 1989 (il ne se sont pas vu pendant cinq ans), il intègre à la fois la vie publique et intime de l’activiste. Après le visionnage de centaines d’heures d’images d’archive, Michelle Yeoh, qui s’était elle même proposée pour le rôle, interprète une Aung San Suu Kyi plus vraie que nature. Elle a d’ailleurs été placée sur liste noire et ne peut plus aller en Birmanie. David Thewlis, qui joue son compagnon, livre une performance touchante, pleine de simplicité. Même si le manichéisme inhérent à Besson (et sa constante volonté d’avoir un « méchant ») se ressent dans le film, le portrait de cette femme, digne héritière de Mahatma Gandhi, ne peut que faire mouche.

Le Chat Potté revient sur nos écrans pour un film qui lui est entièrement consacré. Bien avant sa rencontre avec le célèbre ogre Shrek, le Chat Potté doit sauver sa ville natale en s’emparant de l’oie aux œufs d’or. Le héros le plus félin du cinéma dévoile ses origines dans un film drôle et finement réalisé. Antonio Banderas est toujours présent pour assurer la séduisante voix du chat, mais est cette fois-ci accompagné de Salma Hayek dans le rôle de Kitty Pattes de velours. Les génies de l’animation de chez Dreamworks continuent d’exploiter le filon Shrek…pour notre plus grand plaisir !

POUR LES PARENTS RHUM EXPRESS TOUTES LES ROUTES MÈNENT AU RHUM

Antonio Banderas fait la voix originale du Chat Potté

LE CHIFFRE

2

millions C’EST LE NOMBRE D’ENTRÉES QUE LE FILM «POLISSE» A RÉALISÉ

Réalisé par : Bruce Robinson Avec : Johnny Depp, Aaron Eckhart Paul Kemp (incarné par Johnny Depp) est un journaliste américain exilé sur l’île de Porto Rico. Vivant au rythme local et ne lésinant pas sur le rhum, il travaille pour un petit journal de l’île. Un jour, il est approché par Sanderson, un homme d’affaires américain voulant transformer Porto Rico en un paradis capitaliste pour touristes. Kemp doit alors faire face à sa conscience et son éthique journalistique en dévoilant ou non la vérité.

Rhum Express est l’adaptation d’un roman de Hunter S. Thompson, écrivain et ami de l’acteur. L’occasion de retrouver un Johnny Depp au top de sa forme dans un projet qu’il a lui même initié. Une comédie enjouée, dans les magnifiques paysages de l’île. H.L

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SPORT

Le foot français pique sa crise

Des salaires à la baisse et des résultats sportifs en berne, le football français est malmené par la crise. Dans ce marasme, le PSG version qatari est le seul club à pouvoir s’installer prochainement dans le gotha européen. Par Fabien Dézé

I

ls s’appellent Javier Pastore, Nênê, Diego Lugano, Mamadou Sakho ou encore Mohamed Sissoko, évoluent au Paris-Saint-Germain et émargent à plus de 300 000 euros bruts par mois. Alors que le PSG lutte actuellement pour la place de leader en championnat, il a déjà gagné celui des salaires. Depuis l’arrivée à sa tête de Qatar Investment Authority (QIA), le club parisien est entré dans une nouvelle ère économique et peut se permettre toutes les folies ou presque. Résumer la puissance financière des clubs français au PSG serait pourtant une erreur. L’Olympique de Marseille possède bien neuf joueurs au dessus de la barre des 200 000 euros par mois. Mais le club phocéen cherche absolument à réduire sa masse salariale pour retrouver un équilibre financier. Pour Jean-Jacques Gouguet, économiste au centre de droit et d’économie du sport (CDES), de nombreux clubs vont devoir réduire leur train de vie : « La masse salariale des équipes françaises est beaucoup trop importante. Elles ne peuvent pas se payer des superstars et essaient de s’offrir des joueurs à fort potentiel comme Gourcuff ou Lisandro, mais c’est déjà très cher. Il faut alors que les résultats suivent ». 22

Depuis quatre ans, l’Olympique Lyonnais a réalisé de gros investissements sur des joueurs comme Keita, Gourcuff, Lisandro ou Cissokho. Mais durant cette période, les résultats escomptés n’ont pas suivi. L’OL a échoué trois fois d’affilée dans sa quête du titre de champion de France et réalise sa plus mauvaise campagne en Ligue des Champions depuis 2003. Le club de Jean-Michel Aulas doit maintenant faire des économies comme le symbolise sa discrétion lors du dernier marché des transferts. « Les clubs s’endettent car ils pensent revenir à l’équilibre grâce aux performances sportives », reprend JeanJacques Gouguet. « Mais quand les résultats ne sont pas là, les achats ne sont pas rentabilisés. » « Pas de clubs en faillites » La France ne vit pas non plus sur la même planète que ses voisins européens. Le salaire mensuel moyen en Ligue 1 est de 45000 euros quand il s’élevait à 150 000 euros en 2008 en Premier League. Une équipe comme Saint-Étienne a même fixé un « salary cap » à 90 000 euros, le président Roland Romeyer proposant une variation des rémunérations selon « les

performances individuelles et les résultats de l’équipe sur le terrain. » A Ajaccio, le salaire cumulé de chacun des joueurs (18 000 euros par mois) est égal à celui du seul Javier Pastore. La politique de la direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) élargit également le fossé entre la France et les autres pays. « En France, certaines pratiques sont interdites », explique Jean-Jacques Gouguet. « On ne veut pas de clubs en faillites comme en Italie ou en Espagne. A l’étranger, certaines formations se servent du merchandising pour compenser leurs pertes. Les clubs français sont très respectueux de la loi et font attention à leurs finances. Est-on prêt à prendre des risques pour réussir à l’échelle européenne ? » L’arrivée des qataris au PSG est un premier pas. Mais pour les autres clubs, ce match là n’a pas encore commencé.

45000 C’est en euros le salaire mensuel moyen d’un joueur de Ligue 1


SPORTBRÈVES CRISE ?

REAU ALEXIS/SIPA

LE PSG DANS LA TOURMENTE

Ligue 1 avant le match contre Marseille.

Après sa terrible déconvenue face à l’OM, dimanche dernier (0-3), le PSG doit impérativement s’imposer ce soir en Ligue Europa face à Salzbourg. Un match capital alors que les hommes d’Antoine Kombouaré sont en plein doute.

Avec plus de 87 millions d’euros dépensés par les Qataris sur le marché des transferts cet été, ce nouveau Paris Saint Germain n’a pas presque plus le droit à l’erreur. Si il y a bien un homme qui est à l’image de cette tourmente au PSG, c’est Javier Pastore. Acheté 42 millions d’euros en août dernier, l’Argentin qui avait illuminé le début de saison du PSG en inscrivant cinq buts lors des sept premières journées, n’en a inscrit qu’un seul lors des six derniers matchs. Tout un symbole. En manque de magie et surtout en manque d’identité collective, le club de la capitale serait bien inspiré de renouer avec la victoire ce soir face à Salzbourg, si il ne veut pas sombrer dans une nouvelle crise. HB.

«Il faut repartir de l’avant, ne pas se désunir et rester solidaire. Je garde une grande confiance en mes joueurs. Ça ne remet pas en cause leurs qualités ». Au lendemain de la déroute contre l’OM, Antoine Kombouaré se veut rassurant mais le mal semble bien profond du côté parisien. Au delà de la défaite, c’est bien le manque de jeu et d’envie qui ressort de cette équipe qui était pourtant leader de la

FORMULE 1 Après deux ans d’absence, le pilote finlandais Kimi Räikkönen fera son retour en Formule 1 l’an prochain dans l’écurie Lotus (ex-Renault). Le champion du monde 2007 a signé un contrat de deux ans avec l’équipe britannique et espère se battre pour les premières places dès l’an prochain. CYCLISME Philippe Bedoucha, l’ancien médecin de l’équipe BigmatAuber 93 a été placé mardi en garde à vue. Il est soupçonné d’avoir ravitaillé plusieurs coureurs de l’équipe en EPO. Un coup dur pour la formation continentale française mais aussi pour le coureur Arnold Jeannesson, membre de l’équipe en 2008 et 15e du dernier Tour de France.

2 C’EST LE NOMBRE D’ANNÉES DURANT LESQUELLES LE PARIS SAINT-GERMAIN RESIDERA, SELON LE PARISIEN AU STADE DE FRANCE

TENNIS L’Espagne et l’Argentine s’affrontent à partir de Vendredi à Séville en finale de la Coupe Davis. Favorite de la compétition, l’Espagne pourra compter sur Rafael Nadal pour gagner un nouveau saladier d’argent. L’Argentine s’appuiera elle sur Juan Martin Del Potro, vainqueur de l’US Open en 2009. Cette finale est le remake de l’édition 2008. L’Espagne l’avait alors emporté. LA DÉCLARATION «Je ne veux plus qu’on se débine quand il y a des duels, quand l’adversaire impose un combat ! Laissez de côté les talonnades et remettez le bleu de chauffe ! On va emmener des soldats à Salzbourg. On va voir un autre PSG ! »

Antoine Kombouaré, à propos match qui attend le PSG ce soir.

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POLITIQUE

Portrait Maxime Verner

FAYOLLE/SIPA

« Le porte voix » autoproclamé de la jeunesse, Maxime Verner, 22 ans, est candidat pour la présidentielle de 2012. Son objectif ? Changer la société pour combattre la crise.

Le petit jeune aux grandes ambitions Par Sarah Sudre

«L

a vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent». Telle est la devise de Maxime Verner, piochée dans L’homme révolté de Camus. Un présent qui selon le candidat ne considère pas la jeunesse en temps de crise. «Nous ne nous reconnaissons pas dans les différents programmes politiques de 2012, même pas dans celui de François Hollande qui prétend avoir axer sa campagne sur la jeunesse». Alors, «pour être un citoyen utile, j’ai décidé de poser ma candidature afin que les jeunes soient présents sur la scène du débat publique» explique Maxime Verner. Dans le monde politique, il soutient avec optimisme le mouvement des indignés, mais c’est seul, qu’il préfère mener son combat. «Quoi de plus noble qu’une candidature aux élections présidentielles de 2012 pour montrer son mécontentement» questionne t-il. Le petit étudiant en communication au Celsa voit les choses en grand. Sur le fond comme sur la forme, il se sent prêt. Sa panoplie ? Une coupe en brosse, un col en V qui laisse percevoir la chemise

Maxime Verner a écrit au Président de la République pour lui demander de faire abaisser l’âge d’éligibilité à 18 ans pour toutes les élections : Réponse négative. Il décide alors d’aller à la rencontre des parlementaires et des députés. Soutenu par 294 députés de tous bords, il dépose une proposition de loi à l’Assemblée Nationale en Mai 2009. Après avoir reçu les encouragements du gouvernement, il voit son projet de loi adopté par les députés, le 20 Décembre 2010. «Cela m’a motivé pour aller plus loin dans mon engagement politique». Président de l’Association des jeunes de France depuis 2009, il entend combattre les injustices sociales. La crise est bien au cœur de ses préoccupations. «Le meilleur plan de relance est d’investir sur la jeunesse» argumente le candidat aux valeurs de gauche avant d’ajouter : «pour sortir de la crise, il faut développer les innovations en exerçant une politique publique de la jeunesse». Son discours débité en cinq minutes chrono laisse perplexe. Le verbe sonne juste mais les idées sont simplistes. «Détrompez-vous» interrompt Maxime, «mon manifeste : Jeunes de tous les âges, unissons-nous ! 89 propositions pour 2012, est innovant dans les idées. Au lieu de scinder les générations comme font les politiciens actuels, il faut les réunir».

et un jean moulant, le représentant de la jeunesse se veut «in». Sur les plateaux télévisions, Maxime Verner assure également. A l’émission de Frédéric Taddeï sur Aujourd’hui, sa hantise est de voir Marine France 3, le 29 novembre, il a précisé qu’il le Pen au second tour. «Face à la crise, n’avait pas le temps de faire de la figura- nous devons être solidaires. Un repli sur tion. Certains militants le pensoi serait un désastre total » sent trop pré « LES PREMIÈRES affirme Maxime Verner. tentieux tandis que les politiVICTIMES DE LA Le candidat vit de sa bourse ciens le voient trop idéaliste. CRISE SONT LES étudiante et mène sa camMais pour Maxime Verner pas pagne sur les réseaux sociaux JEUNES » question de s’avouer vaincu «ça coûte moins cher». En avant l’heure. parcourant 15 000 km dans la France à Fils d’une femme au foyer et d’un père chauffeur de taxi, il grandit dans la région de Lyon. «C’est le monde associatif qui m’a donné l’envie d’aller vers la politique, pas mes parents» se rappelle t-il. A 17 ans, Maxime se distingue déjà des autres lycéens. «Au lieu de réviser, j’allais distribuer des tracts» raconte celui qui aujourd’hui mène de front études et campagne présidentielle. En 2008, fondateur du rassemblement social démocrate, il présente sa liste aux élections municipales à Bron (Rhône). Ce candidat atypique de part son jeune âge obtient 4% des suffrages. Mais son vrai coup d’éclat date de 2011 : Il est le plus jeune citoyen à l’initiative d’une loi qui instaure l’éligibilité à 18 ans à toutes les élections. Explication : En 2007 et alors mineur,

la rencontre des maires, il vient de récolter sa 206ème signature. «Je vis une belle aventure mais ce n’est pas gagné» conclut t-il. Néanmoins, sur son visage d’enfant se lit une envie profonde de voir écrit «Maxime Verner» sur les bulletins en 2012. MAXIME VERNER EN CINQ INFOS

• Un livre: Voyage au bout de la nuit, de Céline

• Une musique: Dvorak • Une expo: Van Gogh • Un portable: Blackberry • Déteste: L’hypocrisie 24

Untitled #1  

Ce magazine a été réalisé par les étudiants en troisième année de journalisme en spécialisation Presse Ecrite à l'ISCPA- Institut des Médias...

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