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;1(32&*#!<! =(3&>8#!7%!?#%! « Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme il m’en coûte qu’il ne soit déjà allumé » Luc 12, 49

J’ai grandi dans une famille conduite par le Seigneur, où la foi ne s’est jamais éteinte. À la fin des années 70, ma mère, qui était en quête de Dieu, a laissé tomber le yoga pour la prière. À partir de ce moment-là, j’ai commencé à appeler ça « la secte à maman » (de son côté, elle avait peur que la musique de sauvage que j’écoutais alors ne m’entraîne dans une secte !) Fin 93, attiré moi aussi par ce qu’elle vivait, je me suis à mon tour risqué dans « la secte à maman » : le Renouveau charismatique et la vie dans l’Esprit – je n’en suis plus jamais sorti. Nous étions à présent en septembre 2002, je m’étais marié trois ans plus tôt avec Caroline (rencontrée dans une retraite à la communauté des Béatitudes). Nous avions un petit garçon d’un an, Matthieu et nous venions d’avoir une petite fille, Anaëlle. J’étais catholique pratiquant, mais si l’on y réfléchit bien, cela ne veut pas dire grand-chose. Il y a beaucoup de


manières de pratiquer (ou d’assister). Quant à moi, j’étais croyant mais pas converti. J’avais rencontré la religion, mais pas le Christ, et surtout, je n’avais pas été baptisé dans l’Esprit Saint. Je recherchais la liberté du monde et mon cœur n’était pas en paix. Avec une adorable épouse, un garçon, puis une fille, j’avais toutes les raisons d’être comblé. Nos voisins nous disaient sans ironie : « Vous avez un garçon et une fille, maintenant vous devriez acheter un chien » (sic !) Comme ça, on aurait vraiment été « la famille parfaite ». Je n’ai rien contre les labradors, caniches et autres compagnons à quatre pattes, mais il aurait fallu bien plus qu’un chien pour combler mon cœur. Intérieurement, le vieil homme en moi faisait des ravages : mon regard était impur et je me laissais habiter par des tentations charnelles. J’étais esclave de la chair et j’avais du mal à entrer dans une librairie sans tourner les yeux vers les magazines du haut. C’était en moi une lutte intérieure ; comme dit Romains 7, 16-19 « Je fais le mal que je ne veux pas et je ne fais pas le bien que je veux. Ce n’est plus moi qui vis, mais le péché qui vit en moi ». Depuis quelques années, j’avais fait partie de plusieurs groupes de prière. J’étais fidèle à ces rencontres, mais cela ne changeait pas ma vie, même si je trouvais un réconfort dans la louange et la vie fraternelle. J’avais déjà participé à de nombreuses retraites mais le week-end qui allait venir fut décisif ; je sentais un profond besoin d’être renouvelé. Comme les enseignements me plaisaient, je me suis mis à prendre des notes. Chose nouvelle pour moi : pendant qu’il parlait, le prédicateur recevait des paroles de la part du Seigneur et plusieurs 12

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étaient touchés et se mettaient à pleurer. Après le déjeuner ceux qui le désiraient pouvaient se confesser. J’en avais bien envie, mais j’ai préféré suivre le groupe qui allait à la plage. Il faisait beau, nous nous sommes baignés : comment auraisje pu me douter de ce que j’allais vivre en rentrant ? Après le goûter, au moment où nous nous sommes retrouvés pour l’enseignement, il y a eu un témoignage, puis le Seigneur a commencé à nous parler à travers des paroles de connaissance. J’en ai gardé un souvenir très précis. « Il y a dans cette assemblée 7 personnes qui ont peur de ce que Dieu pourrait faire dans leur vie ; cinq filles et deux garçons ». En entendant cela, je me suis dit en moi-même : « Ouf ! Ça laisse peu de chances pour moi, il y a là plusieurs jeunes garçons qui doivent avoir peur de ce que le Seigneur pourrait leur demander. Ça va leur faire du bien » – signe que j’étais, en fait, rempli de trouille. Puis les paroles ont continué ainsi : « Le Seigneur se révèle en particulier à un jeune homme, qui sent comme un trouble dans son cœur. Avance-toi, j’aimerais bien prier pour toi ». Au bout de la rangée où je me tenais, je me sentais de plus en plus mal. J’avais une grosse boule dans la gorge et le cœur qui battait la chamade. Comme personne ne bougeait, les paroles continuaient : « Tu sens que ton cœur est de plus en plus troublé ; avance-toi, j’aimerais bien prier pour toi ». À présent j’avais le souffle court, je ne savais pas ce qui m’arrivait, mais je ne bougeais toujours pas. Puis il y a eu une dernière parole : « Avance-toi, ton combat est inutile ». À cet instant, mon regard est tombé sur mes pieds et je me suis rendu compte que ma jambe gauche, qui était légèrement tournée, était déjà prête à faire le pas. J’ai compris que mes résistances étaient en train de tomber. C’était comme aller contre nature. Alors je me suis avancé, Baptême du feu

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tout penaud, au milieu de cette assemblée. Nous étions une quarantaine, la plupart me connaissaient. Plusieurs de mes étudiants étaient présents. La seule chose que je savais, c’était que le masque était en train de tomber : je n’étais plus le jeune prof bien dans ses baskets, je ne jouais plus le rôle de celui pour qui tout va bien, mais à ce moment-là, c’était une question de vie ou de mort. Soit je disais « oui » au Seigneur, soit je choisissais l'amertume et le regret. Tout s’est ensuite précipité. Au moment où le prédicateur m’a pris la main, j’ai été saisi par l’Esprit Saint et je me suis retrouvé instantanément cloué au sol, à sangloter comme un bébé. En même temps, j’ai senti mon corps traversé comme par un courant électrique : tout mon être en était rempli, du bout des doigts jusqu’au bout des orteils. C’était comme si le Seigneur était la prise de courant et que j’étais une rallonge. C’était du triphasé à 20 000 volts, un électrochoc sans interruption qui a duré une heure et demie ! Pendant tout ce temps-là, plusieurs phénomènes se sont produits. Tout d’abord, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps, sans même savoir pourquoi je pleurais, mais un poids était en train de me quitter et c’était comme un immense soulagement. Ensuite, je me suis vu sortir de ma tombe : je la voyais qui s’ouvrait ; la pierre avait été poussée sur le côté et je pouvais sortir, une liberté nouvelle s’offrait à moi. Pourtant, j’étais profondément bouleversé par ce qui était en train de m’arriver, d’autant plus que des paroles me venaient dans le cœur que je ne pouvais pas retenir : je me suis alors mis à parler en langues, et à prophétiser, sans savoir ce que je disais, sans savoir ce qui se passait, mais avec cette assurance que je ne pouvais que me livrer à l’Esprit Saint qui était à l’œuvre en moi. L’Esprit me poussait à interpeller des personnes présentes dans l’assemblée : l'accusateur essayait de me convaincre que les 14

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autres devaient me trouver ridicule, mais j’étais tellement saisi que Dieu remportait la partie. Et puis, j’avais assez résisté au Seigneur pour aujourd’hui ! Il était temps de le laisser libre d’agir. À chaque parole que je disais, je sentais une tension physique grandir en moi, dans la région du plexus solaire. J’étais plié en deux par terre, et plus la personne visitée résistait à l’action de l’Esprit Saint, plus je souffrais. Pour comprendre ce que je vivais, il faut s’imaginer les vagues en mer : on les voit grossir, grossir et on sait qu’à un moment, elles vont se rompre. De même, je sentais la douleur de plus en plus forte en moi et au moment où je n’en pouvais plus, j’entendais un bruit de chaise, ou une personne s’effondrer en larmes. À cet instant, la douleur cessait… jusqu’à la personne suivante ! Huit jours plus tard, j’avais encore mal au creux du ventre. Inutile de dire qu’à la fin de ce temps de prière, j’étais vidé, complètement lessivé. J’ai demandé à me confesser, un prêtre est venu, puis, comme l’heure du dîner approchait, on m’a dit de me relever : j’en étais incapable. Plusieurs qui se croyaient à la Belle Porte (Ac 3, 2) m’ont ordonné : « Au nom de Jésus, lève-toi et marche ! » (v. 6). J’avais l’impression de peser une tonne et demie, et d’avoir été aplati par un rouleau compresseur. Je leur ai dit : « Si vous voulez que je quitte cette pièce, il va falloir me porter ». Ils s’y sont mis à quatre, deux devant, deux derrière, emportant un corps tout flasque. Ils m’ont déposé sur un lit dans une autre pièce et l’un d’eux est resté prier avec moi. J’étais si fatigué qu’il m’a ensuite aidé à marcher pour me rendre dans la salle à manger.

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Il était 20h30. J’ai débarqué comme un zombie. Quelqu’un a mis une part de pizza dans mon assiette et me l’a tendue avec un sourire. Je me sentais tellement vidé de mes forces qu’au bout de cinq minutes, j’ai demandé à la personne en face de moi de me couper la part. Au cours du dîner, plusieurs se sont approchés de moi et m’ont demandé de témoigner. Je me sentais gêné, avec l’impression d’être soudain devenu une bête de foire, la vedette de la soirée. « Toi, tu t’en es pris une belle, hein ! ». Mais c’était quoi, au juste ? Moi qui étais d’un naturel plutôt communicatif, je me suis soudain trouvé très mal à l’aise. Je me sentais comme un phénomène de foire. Et puis, je ne savais même pas si ce qui m’arrivait était vraiment de Dieu. C’était l’heure de l’assemblée du soir et j’y suis allé en traînant les pieds. Puis, au bout de cinq minutes, j’en suis ressorti et je suis allé trouver un frère consacré qui était là ce week-end avec nous. - Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? lui dis-je. Suis-je devenu l’attraction ? Je ne me sens pas bien, je crois que je vais renter chez moi ». (Je ne savais pas que c’était l’adversaire qui me poussait dans mes retranchements). - Tu as vécu une expérience puissante de baptême dans l’Esprit, me dit-il calmement, demande maintenant pour toi quelque chose de plus doux ce soir. - Qu’est-ce que tu veux dire ? - Demande que le Seigneur te visite avec douceur ce soir, pour que tu vives un repos de l’Esprit dans la paix. Moi qui ne connaissais rien aux choses de Dieu, je me suis alors dit que ce frère était un peu à côté de la plaque. C’était la première fois que Dieu me visitait ainsi, et il voulait que je lui demande de recommencer, moi qui, en 35 ans n’avais jamais vécu d’expérience de ce type ! Pourtant, 16

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ses paroles m’avaient mis dans la paix, je me suis laissé convaincre et je suis retourné dans la salle où se déroulaient les enseignements et la prière. Ce soir-là, nous avons prié pour l’effusion des charismes sur l’assemblée. Après un temps de témoignage, le Seigneur a commencé à déverser son Esprit pour que soient révélés les charismes qui sommeillaient encore en chacun. Ça a vraiment été le carton plein. C’était comme si on était soudain devenus des cibles humaines que le Seigneur choisissait au fur et à mesure. « Trois personnes reçoivent en ce moment le charisme de guérison » (Boum, boum, boum). « Le Seigneur va maintenant révéler les charismes de témoignage. Il y a deux personnes dans l’assemblée ». (Boum, boum). Et ainsi de suite pendant deux heures. C’était hallucinant. Certains étaient en larmes, d’autres se tordaient de rire, d’autres encore semblaient sourire aux anges – littéralement. Je sentais que le SaintEsprit se déplaçait parmi nous, il était palpable, donnant « à chacun selon sa grâce » (1 P 4, 10). Si quelqu’un était arrivé vers minuit dans la salle, il aurait vu tout le monde par terre dans une effusion collective puissante et régénératrice. C’était pour moi un mystère que de voir les frères et sœurs à la louange continuer leur ministère : comment pouvaient-ils encore tenir sur leurs jambes alors que la puissance de l’Esprit Saint nous clouait tous par terre ? J’ai compris par la suite qu’ils avaient déjà été visités auparavant – et de nombreuses fois – afin de pouvoir continuer à servir en tout temps. Il était 1h du matin lorsque j’ai repris le volant. Je ne sais pas trop comment je suis rentré chez moi. Je n’en avais pas encore trop conscience, mais ma vie venait de changer radicalement. Baptême du feu

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D588(2*#! Introduction .......................................................................... 7! Première Partie : Le Feu .................................................. 9! Chapitre 1 Baptême du feu ................................................. 11! Chapitre 2 Le feu de l’Esprit Saint ..................................... 19! Chapitre 3 Une foi brûlante ................................................ 27! Chapitre 4 Tête brûlée… avec les pieds sur terre ! ............ 43! Chapitre 5 Paroles de feu ................................................... 53! Chapitre 6 Cœur brûlé et cœur brûlant ............................... 65! Chapitre 7 Les soldats du feu ............................................. 73! Annexe : Pense-bête pour pyromanes spirituels ................ 81! Seconde partie : La grâce ................................................ 85! Chapitre 8 Aimer : tout un programme ! ........................... 87! Chapitre 9 La grâce (et les fruits) de l’obéissance ............. 99! Chapitre 10 Rendez grâce au Seigneur ............................ 109! Chapitre 11 Rechercher et désirer la paix du cœur .......... 117! Chapitre 12 Une grâce unique .......................................... 127! Chapitre 13 La grâce du don ............................................ 135! Chapitre 14 Marie, visage de la grâce .............................. 145! Annexe : La grâce attitude ............................................... 151! Épilogue ........................................................................... 155! Du même auteur ............................................................... 159! À paraître .......................................................................... 159!


Jean-Philippe Rouillier "Le feu et la grâce"  

« Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme il m’en coûte qu’il ne soit déjà allumé. » (Luc 12, 49). Depuis une quarantaine d’années,...

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