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Aline de PĂŠtigny

La princesse et la bergère et deux autres contes


Dans les livres que nous éditons, il y a de jolies images, de beaux textes, mais plus encore... Il y a des princes et des princesses, des fées et des dragons, des bergères et des sages, mais plus encore... Dans les livres que nous éditons, il y a de quoi rêver, de quoi discuter, de quoi avancer, mais plus encore... Nous espérons que ces livres, dans lesquels nous avons mis un peu de nous, vous apporteront, à vous et à vos enfants, émotions, plaisir, un supplément de bonheur et peut-être plus encore... Aline et Albert de Pétigny


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La princesse et la bergère

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I

l était une fois, une très, très jolie princesse, qui s’appelait Eglantine. Elle vivait dans un très, très joli château, entourée de ses parents. Elle avait tout ce qu’une princesse peut désirer. Il lui suffisait pour cela de claquer des doigts et de dire « je veux ceci ! » ou bien « je veux cela ! » pour qu’un serviteur accoure et lui apporte sur un magnifique plateau d’argent ce qu’elle désirait. Le matin, elle pouvait partir se promener à pied, en voiture ou en patins à roulettes. Si elle le souhaitait, elle pouvait rester bien au chaud, sous sa couette, à ne rien faire. Elle pouvait même, quand elle le demandait, aller à l’école. Toutes les filles et les garçons du pays lui enviaient la vie facile et agréable qu’elle menait. Personne ne se doutait un seul instant que la princesse était triste et s’ennuyait à mourir. Pour être franc, la princesse Eglantine n’était pas heureuse, pas heureuse du tout. Elle avait pourtant, comme on dit souvent, tout pour être heureuse : la beauté, l’intelligence, la richesse. Il ne faisait pas de doute que, dans quelques années, elle se marierait avec un magnifique prince et qu’un jour ils auraient beaucoup d’enfants. Mais en attendant, la princesse Eglantine n’était pas heureuse, pas heureuse du tout.

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U

n beau jour de printemps, alors qu’elle se promenait tranquillement à travers champs, elle rencontra une jeune bergère qui faisait paître ses moutons. Celle-ci, malgré son dur labeur et ses pauvres habits, chantait gaiement et semblait vraiment heureuse. - Donne-moi le secret de ton bonheur et je te couvrirai d’or, dit la princesse Eglantine en arrivant vers elle. - Bonjour ! dit en souriant la bergère. - Oui, oui, donne-moi le secret de ton bonheur et je te couvrirai d’or, répéta la princesse sans même répondre au sourire. - Assieds-toi et partage mon repas. Je n’ai pas grand chose mais c’est avec plaisir que... - Donne-moi le secret de ton bonheur et je te couvrirai d’or, dit la princesse en ne répondant même pas à la gentille invitation. - Je ne peux pas te le vendre, répondit la bergère. Il n’est pas à moi. - A qui est-il ? Dis-le moi vite ! fit vivement Eglantine. - A personne, à tout le monde. Il est à toi aussi, si tu sais l’écouter. Veux-tu du pain et de l’eau ? proposa la bergère. - Ne m’embête pas sans cesse avec ton maigre repas. Je n’en veux pas. Les mets du château sont autrement meilleurs, répliqua Eglantine. Que dois-je écouter ? - Je te le dis : « Bonjour » dit en souriant la bergère. - Mais es-tu folle ? Ne sais-tu dire autre chose ? s’exclama la princesse Eglantine hors d’elle. Elle fit demi-tour et se dirigea sans plus tarder vers le château.

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-

C

ette pauvre bergère n’a vraiment pas beaucoup de conversation, pensa-t-elle en descendant la colline.

Le soir, une fois au fond de son lit, elle réfléchit au peu de conversation de la bergère et soudain elle eut honte, vraiment très honte d’elle-même. - Elle m’a dit d’écouter et je l’ai traitée de folle. Je ne suis vraiment pas une grande princesse. fit-elle en versant quelques larmes et en se promettant de retourner la voir dès le lendemain matin. Quand Eglantine arriva près de la bergère le lendemain matin, celle-ci lui sourit et lui dit : - Bonjour. As-tu passé une bonne nuit ? - Bonjour, fit Eglantine gentiment. A vrai dire, non. J’ai trouvé mon lit trop dur, ma couette trop chaude, les serviteurs n’arrêtaient pas d’aller et venir et je me demandais si j’allais prendre la voiture ou mes patins à roulettes. Et toi, as-tu passé une bonne nuit ?

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-

O

h oui ! Les étoiles étaient très belles et les trois moutons contre lesquels j’ai dormi m’ont tenu bien chaud. Eglantine se mordit la lèvre. Qu’elle était bête! Elle, la princesse avait tout pour passer une nuit de rêve, un bon lit, une grosse couette gonflée de plumes et un délicieux petit déjeuner au réveil. De plus, s’il pleuvait, elle était bien à l’abri, et elle trouvait encore le moyen de passer une mauvaise nuit. - Veux-tu partager mon repas ? demanda la bergère. Eglantine allait répondre «Non ! J’ai un succulent repas qui m’attend au château», mais elle sourit et répondit : - Oui, avec plaisir. Et les deux jeunes filles s’assirent sur l’herbe fraîche et firent un frugal mais délicieux repas. - Veux-tu m’apprendre à être heureuse ? demanda gentiment la princesse Eglantine. Je te promets d’être une bonne élève. - J’en suis sûre ! fit la bergère en lui souriant. Tu as déjà appris beaucoup de choses depuis hier. Alors, à demain ? - A demain ! lança la princesse en descendant la colline. Le soir, une fois au fond de son lit, bien au chaud sous sa couette, elle réfléchit à ce que lui avait dit la bergère. Qu’avait-elle donc appris depuis la veille ? Après un long moment, elle sut ce qui avait changé en elle.

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H

ier matin, la bergère était une bergère, semblable à cent mille autres bergères. Mais ce matin, Eglantine avait fait attention à elle, lui avait dit bonjour, s’était inquiétée de sa nuit, avait partagé avec plaisir son repas, lui avait demandé, et non ordonné, de lui apprendre le bonheur. En un mot, elle l’avait respectée. Cette nuit-là, Eglantine dormit bien et, quand elle se leva, elle salua avec plaisir tous les serviteurs auxquels elle ne faisait jamais attention, leur demandant comment allaient leurs enfants, s’ils n’avaient pas mal aux dents, s’ils apprenaient bien à l’école. Ce matin-là, quand elle monta tout en haut de la colline, elle s’aperçut que son cœur était tout léger et qu’elle avait même envie de chanter. - Bonjour Bergère ! Comment vas-tu ce matin ? - Très bien. Et toi ? As-tu bien dormi ? - Oh oui. Les serviteurs du palais ont fait du bruit, la couette était trop chaude, mon lit était un peu trop dur, mais j’étais heureuse de savoir que les serviteurs nettoyaient le palais et qu’ils préparaient mon petit déjeuner. Et, même si ma couette me tenait trop chaud, j’étais bien heureuse de l’avoir. Quant à mon lit, tant pis s’il est trop dur, de toute façon, c’est moi qui l’ai choisi. Et, comme la veille, les deux jeunes filles s’assirent sur l’herbe fraîche et déjeunèrent tranquillement.

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V

eux-tu m’apprendre à être heureuse ? demanda gentiment la princesse Eglantine. - Tu as déjà appris beaucoup de choses depuis hier, fit la bergère en lui souriant. Alors, à demain ? - A demain ! lança la princesse en courant vers le château. Le soir, après avoir pris un bain, elle se pelotonna sous sa couette et avant de s’endormir réfléchit à ce que lui avait dit la bergère. Qu’avait-elle donc appris depuis la veille ? Hier matin, elle s’était plainte des serviteurs, de son lit, de sa couette, ne voulant pas même apercevoir la chance qu’elle avait. Ce matin, elle avait été heureuse d’avoir une couette trop chaude, un lit trop dur et des serviteurs bruyants. En un mot, elle était heureuse de ce qu’elle avait, même si ce n’était pas parfait, et elle remerciait le ciel pour ces bienfaits. Cette nuit-là encore, Eglantine dormit bien.

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L

e matin, quand la princesse Eglantine se leva, après avoir parlé avec les serviteurs, après avoir savouré son petit déjeuner, elle monta tout en haut de la colline, chargée d’un énorme paquet tout mou. Arrivée en haut, elle posa l’énorme paquet tout mou près de la bergère. - Regarde ce que je t’apporte ! La bergère s’approcha, ôta délicatement le papier et découvrit une énorme couette gonflée de plumes d’oiseaux très rares. Elle sourit, la caressa tendrement, leva les yeux vers Eglantine et dit : - Merci pour ta couette, elle est belle. Veux-tu déjeuner avec moi aujourd’hui encore ? - Quoi ? s’écria Eglantine vexée. C’est tout ce que tu trouves à dire : Elle est belle ? Mais c’est une énorme couette gonflée de plumes d’oiseaux très rares. Une à une, les plumes sont nettoyées, puis, une à une, elles sont séchées délicatement avec du papier de soie, puis triées. Les toutes petites plumes pour les pieds, les moyennes plumes pour le ventre et les plus belles plumes pour le haut de la couette. Et tous les ans, les plumes sont nettoyées, séchées et triées une à une. Et tu ne trouves que ça à dire : ma couette est belle ! Mais tu devrais me remercier dix fois, cent fois ! Danser de joie ! Seules les familles royales ont droit à ces énormes couettes gonflées de plumes d’oiseaux très rares. Et toi, Bergère, je t’en donne une et tu me dis juste merci !

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V

eux-tu déjeuner avec moi aujourd’hui encore ? Malgré son mécontentement, la princesse Eglantine accepta l’invitation. Et comme la veille, les deux jeunes filles s’assirent sur l’herbe fraîche et firent un frugal mais délicieux repas. Après quelques instants passés sous un arbre à réfléchir, la princesse Eglantine ne fut pas très fière d’elle. Elle aurait voulu revenir une heure en arrière et gommer toute sa tirade sur les énormes couettes gonflées de plumes d’oiseaux très rares, mais c’était impossible. - Veux-tu encore essayer de m’apprendre à être heureuse ? demanda-t-elle doucement à la bergère. Je te promets d’être une bonne élève. - J’en suis sûre ! fit la bergère en lui souriant. Tu as déjà appris beaucoup de choses depuis hier. Veux-tu reprendre ta couette et ne me la donner que demain, ça m’arrangerait ? - Oui, ne t’inquiète pas. A demain ! lança la princesse chargée de l’énorme couette gonflée de plumes d’oiseaux très rares. Après avoir reposé la couette sur son lit, elle se jeta dessus, fit quelques galipettes et réfléchit à ce que lui avait dit la bergère. Qu’avait-elle donc bien pu apprendre depuis la veille ? Elle avait donné à la bergère sa couette gonflée de plumes d’oiseaux très rares, à laquelle elle tenait tant. Elle avait appris à donner, ce qu’elle ne faisait jamais. Mais le don qu’elle avait fait n’était pas complet. Elle comprit soudain que le don est complet que si on n’attend rien en retour. Pas même un merci. Alors, toute heureuse de sa découverte, elle remercia le ciel pour tous les bienfaits qu’il lui prodiguait et s’endormit tranquillement.

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L

e matin, quand la princesse Eglantine se leva, elle salua les serviteurs, parla avec eux de la pluie et du beau temps et leur offrit des gâteaux. Les serviteurs furent bien étonnés. Depuis quelques jours, la princesse Eglantine n’était plus tout à fait la même et voilà qu’aujourd’hui elle leur offrait, à eux, ses serviteurs, ces délicieux gâteaux faits spécialement pour elle. C’était à n’y rien comprendre. Que se passait-il donc au royaume ? Avant de partir sur la colline, elle salua tout le monde dans le palais, parla un peu avec chacun, offrit des fleurs à ses dames de compagnie et des chocolats aux ministres. Puis, elle monta tout en haut de la colline chargée de l’énorme paquet tout mou. Arrivée près de la bergère, elle posa le paquet et dit : - Regarde ce que je t’apporte ! La bergère s’approcha, ôta délicatement le papier et découvrit l’énorme couette gonflée de plumes d’oiseaux très rares. Elle sourit, la caressa tendrement, leva les yeux vers Eglantine et dit : - Merci pour ta couette, elle est belle. Veux-tu déjeuner avec moi ? - Oui, avec plaisir. Et comme la veille, les deux jeunes filles s’assirent sur l’herbe fraîche. Eglantine n’arrêtait pas de parler du lendemain et de la promenade qu’elle voulait faire, de la semaine suivante et de la visite de ses cousins, du mois prochain et de son grand bal. Le repas fut frugal, mais délicieux comme à l’habitude ; cependant Eglantine n’aurait pu dire ce qu’elle venait de manger.

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A

s-tu remarqué les jolis papillons qui se sont posés sur ta robe tout à l’heure ? demanda la bergère. Comment as-tu trouvé mon gâteau ? Eglantine s’arrêta soudain de parler et de penser à mille et une choses. Elle regarda les quelques miettes qu’il y avait sur sa robe et s’aperçut qu’elle était bien incapable de dire si le gâteau était au chocolat, aux pommes ou à l’abricot. Elle passa le reste de l’après-midi à regarder paître les moutons et voler les papillons. A la fin de la journée, elle connaissait le moindre brin d’herbe du pré. Une fois de plus, la princesse Eglantine demanda à la bergère : - Veux-tu m’apprendre à être heureuse ? Je te promets d’être une bonne élève. Et invariablement, la bergère repondit : - J’en suis sûre ! Tu as déjà appris beaucoup de chose depuis hier. A demain. - A demain ! fit Eglantine en quittant son amie. Le soir, elle se glissa sous ses draps bien frais, et réfléchit à ce que lui avait dit la bergère. Qu’avait-elle donc appris depuis la veille ? Elle n’avait pas vraiment profité du repas. Trop occupée à penser à ce qu’elle ferait le lendemain, la semaine prochaine et le mois suivant, elle avait oublié de vivre l’instant présent, celui qui ne passe qu’une fois.

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J

’aurai beau déjeuner cent fois, mille fois encore avec la bergère, se dit-elle, jamais je ne pourrai revivre ce déjeuner-là. Il est à jamais perdu car je n’en ai pas profité. Et elle se promit de toujours vivre l’instant présent, celui qui ne passe qu’une seule fois. Le matin, quand la princesse Eglantine se leva, elle salua les serviteurs, parla avec eux de la pluie et du beau temps, leur offrit des gâteaux et, au lieu de dire des tas de bêtises pendant son petit déjeuner, elle profita de chaque bouchée comme si c’était la seule, l’unique à laquelle elle avait droit. Ce fut le meilleur petit déjeuner de toute sa vie. Et pourtant, ce matin-là, il n’y avait plus de ces succulents petits gâteaux car elle les avait offerts à tout le monde. Après avoir remercié ses serviteurs de lui avoir servi ce délicieux repas, elle passa par la cuisine pour remercier les cuisinières. Puis elle partit voir la bergère, comme les matins précédents. - Bonjour Bergère. As-tu bien dormi ?

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B

onjour. J’ai passé une excellente nuit et, grâce à ta couette, je n’ai pas eu froid. - J’en suis heureuse. J’ai eu une idée ce matin. Si tu venais vivre au palais ? Tu aurais une chambre et... - Mais j’aime dormir à la belle étoile. - Ah... eh bien tu dormirais dans les jardins. Tu serais protégée par les gardes et... - Je ne crains rien, ni personne, fit la bergère. - Ah... eh bien tu dormirais dans les jardins, sans les gardes. - Et mes moutons ? - Un berger viendrait te remplacer, répondit Eglantine en haussant les épaules. - Mais non, ce sont mes moutons. J’aime les garder et les regarder. - Je ne comprends pas, fit Eglantine désappointée. Je te propose de venir vivre au château, d’être traitée comme une princesse et tu refuses ? - J’aime ce que je fais, expliqua la bergère. J’aime ma colline, mes moutons, les papillons, la pluie qui arrose les prés, le soleil qui les réchauffe. Ton château, tes belles robes, tes délicieux repas m’ennuieraient. Je te remercie car je sais que tu voulais me faire plaisir. Veux-tu déjeuner avec moi ?

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E

t comme la veille, les deux jeunes filles s’assirent sur l’herbe fraîche et firent un frugal mais délicieux repas. Une fois de plus, Eglantine demanda à la bergère de lui apprendre le bonheur. Et une fois de plus, la bergère accepta. Arrivée au château, elle s’arrêta quelques minutes près de la fontaine et réfléchit. Qu’avaitelle donc appris depuis la veille ? De bon cœur, elle avait offert à la bergère de vivre au château, mais celle-ci préférait sa colline et ses moutons. La princesse Eglantine réfléchit quelques instants et découvrit que la chose la plus importante dans le bonheur, c’est d’être soi-même et de ne jamais faire une chose avec laquelle on n’est pas pleinement en accord. Elle prit alors une grande respiration, se fit une promesse, puis partit se glisser dans son lit. Le lendemain matin, elle se réveilla très tôt, s’habilla très vite, descendit à la cuisine et prépara son petit déjeuner elle-même. Bien sûr, les tartines étaient un peu brûlées, les gâteaux ratatinés, le jus d’orange trop sucré, le chocolat trop salé, mais tout ce déjeuner, c’était elle qui l’avait fait.

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-

D

ésormais, ce sera ainsi tous les matins, déclara-t-elle une fois dans la salle à manger. Je veux devenir une bonne cuisinière. - Mais Princesse, vous êtes princesse ! s’exclamèrent ses dames de compagnie. - Eh bien, ça ne doit pas m’empêcher de faire ce dont j’ai vraiment envie. Après le plus mauvais de tous les petits déjeuners de sa vie, elle grimpa sur la colline, serrant bien fort contre elle un gros paquet et un petit paquet. - Bonjour Bergère. Comment vas-tu aujourd’hui ? As-tu passé une bonne nuit ? - Très bonne. Tu as l’air en pleine forme aujourd’hui, Princesse Eglantine. - Oui, et ce sera ainsi tous les jours de ma vie ! Tiens, voici un cadeau, dit Eglantine en tendant le plus gros paquet. La bergère ôta délicatement le papier et découvrit une tente transparente. - Tu pourras regarder les étoiles à l’abri de la pluie et du vent. - C’est un magnifique cadeau. dit la bergère les yeux tout brillants. - Et regarde, continua Eglantine, j’ai préparé moi-même notre repas. Veux-tu déjeuner avec moi ? Et comme la veille, les deux jeunes filles s’assirent sur l’herbe fraîche et firent un frugal mais... très mauvais repas. - Maintenant que tu as appris le bonheur, tu devrais prendre des cours de cuisine ! fit la bergère en riant.

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La robe invisible

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I

l était une fois une petite fille qui s’appelait Amandine. Elle était toute rousse, comme sa mamie. Elle avait des taches de rousseur partout, partout, comme sa mamie. Elle aimait beaucoup la musique, comme sa mamie. Et elle aimait sa mamie, autant que sa mamie l’aimait. Amandine était donc très heureuse entre son papa, sa maman, son grand frère Alban et sa mamie. Mais un jour, un mauvais jour tout gris, la mamie d’Amandine tomba malade. Ce n’était pas un rhume ou une petite bronchite de rien du tout. C’était un peu plus grave... c’était même beaucoup plus grave. Tous les jours à la sortie de l’école, Amandine allait à l’hôpital voir sa mamie et, tous les jours, elle en ressortait un peu plus triste. Sa mamie ne guérissait pas et, elle le savait, sa mamie ne guérirait pas. Et Amandine soupirait. A qui pouvait-elle bien en parler ? Tout le monde faisait comme si Mamie allait guérir. Maman faisait semblant d’être heureuse, mais Amandine la voyait essuyer des larmes en cachette. Papa faisait semblant de croire que Mamie allait bientôt sortir de l’hôpital, mais Amandine l’entendait soupirer de tristesse. Alban faisait semblant de faire ses leçons, mais Amandine voyait bien ses grands yeux noirs plongés dans le vague. Un lundi soir, Amandine arriva à l’hôpital, ouvrit tout doucement la porte de la chambre de sa mamie et s’approcha sans faire de bruit du grand lit.

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A

mandine regarda sa mamie. Elle avait encore changé depuis la veille. Elle se faisait plus petite. Ses taches de rousseur, celles qu’Amandine aimait tant, paraissaient lui manger le visage, il n’y avait place que pour elles. Les grands cheveux roux de Mamie, les mêmes que ceux d’Amandine, s’étendaient autour de son visage, presque comme une auréole. La mamie d’Amandine ouvrit lentement les yeux et soudain en voyant sa petite fille, parut retrouver un souffle de vie. - Il est temps qu’on parle toutes les deux, dit-elle. Assieds-toi. - J’ai eu 12 à ma dictée, fit Amandine en s’asseyant sur le lit. - Non, chérie, ce n’est pas de ça dont je veux te parler. Mon Amandine chérie, je vais partir, tu le sais. - Enfin, pensa Amandine, quelqu’un m’en parle. Les yeux pleins de larmes elle hocha la tête. - Oui, je sais tu ne seras plus là, tu seras ... morte. - C’est vrai, je vais mourir, mais je serai encore là, près de toi. - Non, tu seras au cimetière, fit Amandine en secouant la tête. - Mes taches de rousseur, mes cheveux tout roux, mes doigts qui ont joué de la musique, tout mon corps sera au cimetière, c’est vrai. Mais tout mon amour pour toi, toutes mes envies de rire, de chanter, de danser, de te serrer dans mes bras seront là, près de toi, de ta maman, de ton papa, de ton grand frère. Je serai invisible mais présente.

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E

t si je te parle, tu m’entendras ? - Bien sûr mon amour. - Et si tu me parles, je t’entendrai ? - C’est possible. Certaines personnes entendent les Invisibles. - Tu me verras ? - Bien sûr mon amour. - Je te verrai ? - C’est possible. Certaines personnes aperçoivent les Invisibles. - Alors, c’est un peu comme si tu changeais de robe. Tu vas mettre une robe qui te rend invisible, mais tu veilleras sur nous. - C’est exactement ça, Amandine chérie. Et le soir, je viendrai te caresser la main comme je fais d’habitude. Et un jour, toi aussi tu auras une robe comme ça. Quand Amandine sortit de l’hôpital ce soir-là, elle était triste, mais son cœur était léger. Elle savait que sa mamie veillerait sur elle comme elle avait toujours eu l’habitude de le faire. Quelques jours plus tard, la mamie d’Amandine changea de robe. Ce soir-là, Amandine pleura. Elle avait beau savoir que sa mamie était là, près d’elle, il fallait quand même qu’elle s’habitue à ne plus la voir, à ne plus l’entendre comme avant. Mais, tout d’un coup, elle sentit une douce caresse sur sa main, comme un souffle, et elle sourit. - Bonne nuit Mamie chérie. A demain, dit-elle avant de s’endormir.

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Victor, le petit ours qui pensait à l’envers

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I

l était une fois un petit ours qui s’appelait Victor. Il habitait avec toute sa famille dans une jolie petite maison, entourée d’un joli petit jardin, tout au bout d’un joli petit chemin. Victor avait donc tout pour être heureux, mais seulement, il avait un petit problème. Il pensait mal. Il n’était ni bête, ni idiot. Au contraire, il était plutôt malin et futé, mais il pensait à l’envers. Quand il faisait un gâteau, il se disait : - De toute façon, je vais le rater ! Et le gâteau était raté. Quand il jouait avec des copains, il pensait : - C’est sûr, je vais perdre ! Et c’est sûr, toujours il perdait. Quand il faisait du vélo, il murmurait : - Je vais tomber, comme d’habitude ! Et il tombait, comme d’habitude ! Et tout le monde disait : - Victor est un mignon petit ours, mais il n’a vraiment pas de chance ! Et Victor pensait : - Oui, je n’ai vraiment pas de chance !

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P

ar un bel après-midi de printemps, Victor prit son filet à papillons et partit à travers champs en pensant : - De toute façon, c’est sûr, je vais tomber. Bien sûr, quelques minutes plus tard, Victor se retrouvait par terre, le pantalon déchiré, les larmes aux yeux. - Pourquoi je n’ai jamais de chance ? dit-il tristement. - Parce que tu penses à l’envers ! fit une toute petite voix près de lui. Victor se retourna, regarda de tous les côtés. Mais il ne vit personne. Très intrigué, Victor répéta sa question. - Pourquoi je n’ai jamais de chance ? dit-il tout doucement. - Parce que tu penses à l’envers ! fit la toute petite voix près de lui. Victor baissa la tête et aperçut alors, une toute petite coccinelle qui le regardait en souriant. - Pense à l’endroit, tout ira mieux pour toi ! fit-elle de sa toute petite voix. - Qu’est-ce que ça veut dire ? demanda Victor étonné. - C’est facile, rien de plus simple ! Ne pense pas «ça va rater» mais plutôt «tout va marcher», expliqua la toute petite coccinelle. - C’est tout ? demanda Victor. - C’est tout ! Pense à l’endroit, tout ira mieux pour toi ! fit-elle de sa toute petite voix avant de s’envoler.

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V

ictor se releva lentement, ramassa son filet à papillons, le regarda et pensa : - Ce n’est pas la peine de continuer, de toute façon, c’est sûr, je n’en attraperai pas. Il secoua la tête pour enlever cette pensée à l’envers et la remplaça par une pensée à l’endroit : - Pense à l’endroit, tout ira mieux pour toi ! Je vais attraper un papillon. Et après deux ou trois tentatives, il attrapa un joli papillon bleu qu’il relâcha aussitôt. Tout heureux, le cœur léger il rentra à la maison en chantant : - Pense à l’endroit, tout ira mieux pour toi ! C’est aussi simple que ça ! Depuis ce jour là, quand Victor fait un gâteau il se dit : - Je vais le réussir ! Et le gâteau est réussi. Quand il joue avec des copains il pense : - Je vais gagner ! Et il gagne. Quand il fait du vélo, il murmure : - Tout va bien se passer ! Et tout se passe bien. Et tout le monde dit, - Victor est un mignon petit ours, et il a vraiment de la chance ! et Victor pense : - Oui, j’ai vraiment de la chance !

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Fin

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Les thèmes • des livres • Le bonheur • Au bout de ses rêves • Qui suis-je ? • Accepter les différences • Les mots difficiles à dire • L’amour • L’attention aux autres • Les rêves • Les petites pensées • La confiance • Au-delà de la peur de l’autre • S’ouvrir au monde • Des sourires et des larmes • La mort • La confiance en soi • La confiance en la vie • L’intuition • Le sourire • La rancœur et le pardon • Les vies successives • •••

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Il était une fois, une très, très jolie princesse, qui s’appelait Eglantine. Elle vivait dans un très, très joli château, entourée de ses parents. Elle avait tout ce qu’une princesse peut désirer. Il lui suffisait pour cela de claquer des doigts et de dire « je veux ceci ! » ou bien « je veux cela ! » pour qu’un serviteur accoure et lui apporte sur un magnifique plateau d’argent ce qu’elle désirait. Mais en attendant, la princesse Eglantine n’était pas heureuse, pas heureuse du tout. Un beau jour de printemps, alors qu’elle se promenait tranquillement à travers champs, elle rencontra une jeune bergère qui faisait paître ses moutons. Celle-ci, malgré son dur labeur et ses pauvres habits, chantait gaiement et semblait vraiment heureuse. - Donne-moi le secret de ton bonheur et je te couvrirai d’or, dit la princesse Eglantine en arrivant vers elle. A propos de l’auteure Auteur-illustrateur, Aline de Pétigny crée pour les enfants depuis maintenant plus de quinze ans. Avec cette collection, son but est de transmettre une certaine philosophie de la vie aux petits comme aux grands. Suite à la première histoire de la collection, «La princesse et la bergère», Aline de Pétigny a été sollicitée par des écoles, des bibliothèques et des librairies pour rencontrer les enfants. Elle revêt alors son habit de conteuse, tout en expliquant son travail d’auteurillustratrice.

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La princesse et la bergère  

Il était une fois une très jolie princesse qui s'appelait Eglantine. Elle avait tout ce qu'elle pouvait désirer, mais n'était pas heureuse A...

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