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(Rien n’est comme on l’imagine)

Florence Saint-Arroman - Dimitri Lecoussis Editions

pour penser

à l'endroit

Nouvelles pour penser à l'endroit

Les Bounis


Florence SAINT-ARROMAN Auteur

Elle poursuit hardiment la série de ses métamorphoses, aidée en cela par la philosophie, mais aussi par la fréquentation des enfants et des adolescents dans les familles (et déjà la sienne...) ou dans les salles de classes, et par celle des adultes (étrangers, souvent) dans les associations de solidarité... Elle se laisse habiter par des fables étranges qui entendent dire la grande valeur de l’intériorité de l’âme humaine, et elle s’abandonne à des humeurs qui voient le monde de biais, avec ironie et douceur, humour et tendresse, mais toujours dans le but de révéler la grande force de la fragilité, l’immense puissance des faibles (puissance qu’ils ignorent, hélas...). Sa devise: « Faut pas prendre les vessies pour des lanternes ». Son rêve: faire l’andouille et parcourir l’Asie centrale à cheval (c’est vraiment un rêve, mais elle ira en train).


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Les Bounis

(Rien n’est comme on l’imagine)

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A Mathilde, à Suzanne, et à tous les Bounis... « Rappelez-vous :

il n’y a pas d’âge pour grandir... » Florence

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Mon prénom, c’est Bernard... 5 version électronique pour consultation. livre en vente sur www.pourpenser.com


Mon prénom, c’est Bernard. J’aurais bien aimé m’appeler « Amour intense » ou « Tempérament de Feu », mais mes parents m’ont toujours dit : « C’est trop tard Bernard ! On ne peut pas changer de prénom, et puis ici, on n’est pas chez les Indiens. » Mes parents, vous savez, sont d’assez gentils parents, mais ils n’ont aucune fantaisie ! Aucune poésie... Aussi ai-je souhaité, en grandissant, changer de monde. Trop jeune pour partir à l’aventure, et sans argent pour payer tous mes voyages, j’ai trouvé le moyen le moins cher et à ma portée : j’ai lu. Des montagnes de livres. Tous différents, tous beaux. Mon cœur était en visite, en perpétuelle promenade sur de nouvelles terres, chez des pp 6

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êtres différents dont je goûtais les couleurs, les odeurs, les saveurs, les chaleurs, les douleurs. Ainsi fait, j’ai pu, en prenant ici ou là ce qui m’était bon, trouver mon Nouveau Monde. Vous pouvez m’appeler « Voyageur Intrépide au Cœur Amoureux », si ça vous dit... Je vous explique cela parce que je me demande si ça a un rapport avec ce qui m’est arrivé. Un truc dingue. Une histoire pas croyable. Et pas plus tard que la semaine dernière... C’était une douce journée de printemps et je me reposais à la campagne, à la lisière d’un bois. Je soupirais d’aise, au repos, attentif aux bruits : le vrombissement d’un insecte, le bruissement des feuillages traversés par le vent. Je m’habituais à cette douceur nouvelle, je me décontractais. 7 version électronique pour consultation. livre en vente sur www.pourpenser.com


J’entrais petit à petit dans le Bien-être... mon Bien-être... Oh ! C’est bon, cet espace qui n’est qu’à moi. C’est bon de sentir son corps et ses contours bien définis, de respirer à l’emplir, d’en profiter sans rien exiger de lui qui soit pénible. C’est bon, c’est doux, c’est fort. Ce nid douillet, cette nichette... C’est alors que j’entendis une petite voix très énervée qui criait : « Tu t’prends pour une maladie ou quoi ? » La vache ! Je ne sais pas si j’étais plus inquiet qu’étonné, mais en tout cas drôlement intrigué. Pas furieux, non. Quand on est dans son Bienêtre, la colère est loin. Mais quand même ! J’étais seul dans un coin tranquille, alors qui ? 8 version électronique pour consultation. livre en vente sur www.pourpenser.com


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Qui avait une si petite voix, et criait si fort ? Qui venait troubler mon repos ? Je posai un regard intérieur sur mon Bien-être et je vis un petit être furax, face à sa mère, et qui la fusillait de ses yeux noirs : « Tu t’prends pour une maladie ou quoi ? ». C’était un Bouni. Je n’avais jamais rencontré de Bounis auparavant, c’est vrai. Mais ces rondeurs, cette chaleur, cette énergie ! Pas d’erreur possible. Une certitude m’envahit, avec la force de ce qui est juste. C’était évident – mais quelle histoire, quand même : au cœur de mon Bien-être vivait une famille de Bounis ! Face à ces yeux noirs, cette frimousse sûre d’elle et animée de colère, mon cœur bondit. 10 version électronique pour consultation. livre en vente sur www.pourpenser.com


Je retrouvai une allégresse perdue : « Peut-être qu’au fond, toutes les rencontres ratées, ces conversations fatigantes, tous ces rendez-vous ingrats, ces attentes fébriles (obligé tout ça, dans la vie, o-bli-gé !), cette lutte vigoureuse pour être heureux parfois... peut-être bien que l’enveloppe de cette vie-chagrin, il fallait en faire le tour. Il fallait en faire le tour, pour connaître ce moment de grâce, et entreprendre la confection d’une vie-chaleur. » Je me dis des choses compliquées pour avouer que je suis content. C’est vrai, mais je suis comme ça. Notez que je ne demande qu’à apprendre. Voilà pourquoi entendre un Bouni déterminé remettre sa mère à sa place me mit en joie. 11 version électronique pour consultation. livre en vente sur www.pourpenser.com


« Tu t’prends pour une maladie ou quoi ? » Quelle santé ! Attention, il n’a pas remis sa mère « en place », comme on dit. Ça, c’est mal élevé. Non, il l’a remise à SA place. Je trouvais l’acte délicat, attentionné. Gentil, quoi ! Et courageux… Combien d’enfants se lanceraient dans une telle entreprise sans redouter la réaction de leur parent ? Je connais bien des gens qui répondent à la colère par la colère, et alors là, amusez-vous ! De la bataille sortent vainqueur et vaincu... mais sur un champ de ruines. Allez danser sur un tas de cailloux ! Il est vrai que, chez nous, on dit plutôt : « Tu te prends pour qui ? Pour la reine d’Angleterre ? Pour le pape ? » 12 version électronique pour consultation. livre en vente sur www.pourpenser.com


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Selon les opinions que l’on partage, ou l’idée qu’on se fait de soi, cela peut être insultant. Chez les Bounis, pas d’insulte, une simple mise en garde, un rappel à la santé élémentaire : « Tu t’prends pour une maladie ou quoi ? », ce que la maman sut entendre. Hop ! Elle qui, pour des raisons que nous ne connaîtrons jamais, avait quitté sa route, menaçant d’entraîner avec elle le Bouni, eh bien la maman reprit immédiatement sa place avec un sourire... Un sourire qui permit au Bouni de mettre un terme à l’affaire en concluant : « J’ai bien failli m’énerver ! ». C’était une colère sans orgueil, hein ! Prête à laisser la place sans faire de façons, sauf qu’apparemment il ne fallait pas dire n’importe quoi. 14 version électronique pour consultation. livre en vente sur www.pourpenser.com


Le soir tombait et je devais rentrer chez moi. Il me fallait à nouveau poser les yeux sur l’extérieur, et ce n’était pas désagréable. Je quittai donc cette belle campagne, le cœur ému, l’esprit serein, le corps en fête : en mon fort intérieur vivaient des Bounis. Mais qui, d’eux ou de moi, était l’hôte ? Etaitce moi qui les recevais, ou bien eux qui me faisaient la grâce de leur hospitalité ? Difficile à savoir. Impossible à savoir. La vie est comme ça parfois. Mais, quand ce qu’elle propose est bon, il faut le prendre. Il faut le prendre et le déguster. Déguster... Ça veut dire goûter. Prendre le temps de goûter, pour apprécier pleinement la saveur 15 version électronique pour consultation. livre en vente sur www.pourpenser.com


de ce que l’on goûte, jusqu’à savoir si, à la fin, on aime cela suffisamment pour l’avaler, l’assimiler, le faire sien. Prendre le temps... ce n’est pas facile, oh non ! Quelquefois j’ai peur, je m’affole, je n’y arrive pas ; ou je suis pressé, et le résultat est le même. Pourtant, je sais, depuis ce jour de campagne, que, si je prends le temps, si je me laisse du temps, je rencontrerai de nouveau les Bounis. Mais il faut du temps pour changer. Il faut du temps pour comprendre. Il faut du temps pour transformer ce dont on se nourrit en énergie.

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Vous savez quoi ? 19 version ĂŠlectronique pour consultation. livre en vente sur www.pourpenser.com


Vous savez quoi ? Si on devait changer de nom en fonction de nos humeurs, eh bien je n’aurais pas été à la fête dernièrement. Adieu le « Voyageur Intrépide au Cœur Amoureux », bonjour le « Mesquin au Cœur Malheureux » ! Je vous raconte... Je me rendais avec des amis dans un chalet perdu au beau milieu d’une forêt, en montagne. Dès les premières neiges, mon humeur se fit lumineuse, à l’image du paysage : le froid et le soleil célébraient des noces, celles de l’air et de la terre. Sous cette lumière propre à l’hiver, l’atmosphère est de diamant. Nos yeux voient avec plus de netteté, nos regards apprécient l’éclat du monde, et notre corps en perçoit la vigueur. 20 version électronique pour consultation. livre en vente sur www.pourpenser.com


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Chaque arbre, chaque rocher, chaque touffe d’herbe qui perce à travers la neige, et jusqu’au ciel lui-même dans son étendue radieuse : tout, du monumental au plus infime – le filet d’eau qui serpente à travers la chaussée, si petit qu’il contourne les cailloux –, se révèle pour nous. L’environnement prend une consistance, une fermeté, un relief, que l’été paradoxalement ne nous offre pas, tant la chaleur brouille la vision. En retour, l’homme se sent plus fort, et, malgré sa fatigue, il sait que cette énergie lui est offerte aussi. En bref : ça fait du bien.

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Je me rendais avec des amis dans un chalet perdu au beau milieu d’une forêt, et nous étions arrivés. « Ça », un chalet ? Vous voulez rire ! Une cahute montée sur pilotis, ridiculement petite. « Perdu dans la forêt » ? Mais ils étaient vingt « chalets » construits à l’identique, à être « perdus » les uns à côté des autres ! Les copains œuvraient déjà à ouvrir les portes pour faire connaissance avec les lieux, et je restais sur le seuil, ma valise à la main, affreusement déçu. Déçu, je vous dis, et enragé. 23 version électronique pour consultation. livre en vente sur www.pourpenser.com


Un chalet pour moi, c’est grand. Ensuite, c’est garni de rideaux chaleureux – peu importe leur couleur. Peu importe, pourvu qu’on puisse deviner de l’extérieur des lits en pin, des tapis moelleux, des bancs massifs à la table de la cuisine, des banquettes disposées autour d’une cheminée, des livres, des jeux, et... J’avais honte de mes sentiments, et je n’allais pas les avouer aux copains. D’autant moins que j’étais jaloux de leur bonne humeur : le chauffage fonctionnait, il nous restait à penser au repas. Ils étaient heureux. Moi, j’étais aigri. Et malheureux. 24 version électronique pour consultation. livre en vente sur www.pourpenser.com


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Mais je ne pouvais pas repartir, et j’allais au moins prendre un peu de repos. Alors, nous fîmes les courses au village. Devant les fromages, les viandes, le miel, les bons repas en perspective, ma bonne humeur revint. Je suis gourmand, et, quand on est malheureux, ça fait du bien de manger quelque chose de bon. On se restaure, au propre comme au figuré. De retour au chalet, je préparai pour mes amis un bon gratin. Nous avions tous très faim. Nous avons mangé à la grande table de l’unique pièce. Cette salle commune était spacieuse, et, s’il n’y avait pas de cheminée, il y avait un poêle. Un poêle qui marchait à plein régime. 26 version électronique pour consultation. livre en vente sur www.pourpenser.com


Et, à côté de ce poêle, je le remarquai enfin : un fauteuil à bascule. Un fauteuil à bascule ! Vous savez, ces fauteuils que l’on voit parfois dans les illustrations des histoires pour enfants. Fauteuils placés à côté des petits lits, ou d’une cheminée... Lieux de chaleur où l’on berce l’enfant, où l’on se berce soi-même, berceauxtendresse. Je m’y installai la vaisselle terminée et, d’une légère impulsion du pied, je provoquai la bascule : en arrière, en avant, en arrière, en avant, en arrière... C’est alors que me parvint une petite voix fraîche et décidée : chez les Bounis, c’était l’heure du coucher, et je les entendais se dire bonne nuit. 27 version électronique pour consultation. livre en vente sur www.pourpenser.com


Leur présence faisait écho au paysage étincelant du matin. Je veux dire par là que l’irruption bouillonnante de leurs vies dans la mienne portait les mêmes promesses, de réconfort et d’allégresse, que la vue des grands sapins dressés dans la lumière de l’air glacé. Les parents se tenaient assis sur le lit. Mademoiselle Bouni partait le lendemain en montagne avec sa classe, c’était la première fois et elle était très excitée : « Je suis si contente d’aller au Parc de Neige avec la classe. Vous voyez, j’imagine le bus avec des fauteuils rouges, la télévision près du chauffeur... J’imagine les pistes qui montent et qui descendent... J’imagine la salle où nous allons pique-niquer, comme la cantine de l’Office des sports, mais en plus grand... 28 version électronique pour consultation. livre en vente sur www.pourpenser.com


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Et, vous voyez, le plus merveilleux, c’est que rien ne sera comme je l’imagine, et ça, c’est fantastique ! » « Tu as raison ma chérie, ce sera fantastique. » Là-dessus, les parents dirent « Bonne nuit », éteignirent la lumière, et laissèrent la petite Bouni à ses rêves. Ils ne semblaient pas plus émus que ça. Je restai à l’écoute de leur respiration dans le noir. J’étais scié. Le fauteuil me berçait tout doucement lorsqu’une main sur mon épaule me ramena à la vie commune : nous aussi, nous allions nous coucher. 30 version électronique pour consultation. livre en vente sur www.pourpenser.com


À l’écoute de ma respiration dans le noir, il me revint à l’esprit les propos d’une très vieille dame. Une dame qui ne donnait jamais de bonbons aux enfants parce qu’elle avait mieux à offrir. Elle disait : « Mais ce ne sont pas les maisons qui comptent ! Les maisons ne comptent pas ! Ce qui compte, c’est ce qu’on y vit. » Bien vrai ça. Et la jeune Bouni le savait d’instinct. Mon instinct, lui, était enfoui depuis des lunes sous des couches de temps passé. À chaque cap, il me fallait recourir à ce qui, comme une boussole d’orientation sur l’Océan, finissait par indiquer : la terre ferme est par là. 31 version électronique pour consultation. livre en vente sur www.pourpenser.com


Les chambres étaient petites, mais dans chacune d’elle une fenêtre s’ouvrirait demain sur la montagne enneigée. Je m’endormis paisiblement. Réconcilié. Cette même nuit, dans un rêve, je revis la très vieille dame. Elle me dit : « Bonjour Bernard, je suis heureuse de te revoir, je t’ai vu progresser et je suis fière de toi. Mais il te reste bien des choses à découvrir. Il y a toujours des choses à découvrir. Toujours. Approche, Bernard-aux-nomsd’indiens, approche, et écoute-moi : tu vas grandir encore Bernard, car il n’y a pas d’âge pour grandir... pas d’âge pour grandir... pas d’âge pour grandir... » 32 version électronique pour consultation. livre en vente sur www.pourpenser.com


À mon réveil, j’avais l’impression étrange d’avoir grandi : je m’appelle Bernard, et au cœur de mon Bien-être vit une famille de Bounis. Avec eux, ma vie est un dimanche. Ils sont le dimanche de ma vie.

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En parlant de dimanche... 35 version ĂŠlectronique pour consultation. livre en vente sur www.pourpenser.com


En parlant de dimanche, eh bien récemment, je suis allé voir la mer. Voir, oui. En fait, depuis que je suis grand, je n’aime plus « aller à la plage », comme on dit. Je m’y ennuie, et il y a trop de monde. Mais j’avais de la peine, et ma tristesse teintait de gris tout mon quotidien. Vous voyez ce que je veux dire ? Tout était comme d’habitude, mais comme recouvert d’un léger voile noir qui donnait aux jours une teinte grise, morne, triste. Je ne savais comment échapper à cette mélancolie, et j’ai pensé que peut-être l’air du large la balaierait... J’avais donc décidé de retrouver la véritable odeur des bords de mer, dans l’espoir qu’elle m’aiderait à sortir de mon chagrin. Et me voilà parti. 36 version électronique pour consultation. livre en vente sur www.pourpenser.com


L’émotion m’étreint, dès que je l’aperçois, de loin. Son étendue, ses couleurs, quelle fête ! Puis, je m’approche, et la qualité de l’air se modifie, se charge de sel, la joie m’envahit. J’ai changé de pays sans en changer, ce qui, vous avouerez, est bien pratique. J’ai marché encore un peu, à la recherche d’un coin pour profiter des sensations nouvelles, et m’emplir pleinement de l’air marin, sans foule autour de moi. Une calanque, un rocher contre lequel m’adosser, l’eau devant moi, le bruit du ressac, je fermai les yeux... j’étais bien. « Tu parles si j’m’en fous ! ». La voix du Bouni ne me fit pas sursauter : je ne sursautais plus, j’accueillais.

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On peut penser que le moment était mal choisi. C’est l’inverse, le moment était idéal : j’étais réceptif. Un jeune Bouni au tempérament vif évacuait donc, avec un copain, une question qu’il jugeait sans intérêt : « Tu parles si j’m’en fous ! ». Dans le même temps, mais un peu plus loin, une Bouni brune et douce disait son chagrin d’avoir perdu l’un de ses phémers : « Bibu, mon préféré, est mort. Il est tombé par terre, et on l’a écrasé le pauvre ! C’est sans espoir, quoique je fasse les phémers meurent. Il y a un problème : ils naissent, ils meurent, ils naissent, ils meurent... Je ne sais pas ce que j’ai, c’est comme un nuage noir, au-dessus de ma tête, qui est là tout le temps. » 40 version électronique pour consultation. livre en vente sur www.pourpenser.com


« Les nuages ne restent jamais, dit la mère, lui caressant le front d’une main confiante, comme pour aider ce nuage à partir. Ce nuage-là passera lui aussi, il s’éloignera. Il passera, tu peux en être sûre. » À ce moment, on sonna à la porte : oncles, tantes et amis des Bounis venaient partager un gâteau. Stop ! Ce n’est plus du Bien-être, me direz-vous, c’est une vraie pagaille ! Eh bien, pas forcément... car le Bien-être n’est pas comme une île déserte. C’est un havre. Un havre de vie, bruyant et occupé par la vie, mais un havre personnel, un solide refuge, qu’il faut parfois construire de ses propres mains, doté du sens de l’équilibre et de bons petits points d’ancrage, dans lequel les bateaux tanguent mais ne sombrent jamais. 41 version électronique pour consultation. livre en vente sur www.pourpenser.com


Ce point est fondamental, car, voyez-vous, ma vie courante – la vie, quoi ! – n’est pas un havre. Elle file sur l’Océan, exposée à tous les vents, à tous les corsaires, et aux brigands. L’Océan... Imaginez un peu ! À perte de vue, une mer d’huile, et, sans crier gare, la menace d’un grain violent. Dans la tempête, gare au naufrage ! Parce que j’étais, comme chacun, bousculé à un moment ou à un autre, par des vents violents, j’avais rêvé d’un Bien-être vide, sans roulis ni tambours. Une sorte de vide sidéral super tranquille, où rien ne se passerait jamais... D’y penser maintenant me fait bien rigoler : il n’y a pas de vie dans le rien ! 42 version électronique pour consultation. livre en vente sur www.pourpenser.com


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On vit dans le plein. Plein d’amours, plein de chagrins, plein d’activités, de soucis, de bonheur, d’espoir déçus, d’attentes récompensées. Et des amis, des exigences, des envies, des désirs, des douleurs inévitables. Des nuits de sommeil, des nuits de tourments. Le Bien-être est plein lui aussi. Et si j’ignore comment c’est chez les autres, je sais qu’en mon cœur affolé par la vie, apaisé par la vie, aimant la vie, le Bien-être est plein de Bounis. Et puis j’avais compris que les nuages... passent, et que la vie est faite de périodes. Ce n’est pas parce que certaines appellent le noir, ou s’en nourrissent, que pour autant elles ne retrouvent pas le goût des couleurs. 44 version électronique pour consultation. livre en vente sur www.pourpenser.com


De la passerelle de mon existence, celle qui me permettait d’accoster, après quelques dérives parfois, je découvrais des espaces inconnus, et j’avais toujours envie d’aller les explorer. Mon havre est doté du sens de l’équilibre et de bons petits points d’ancrage : les bateaux tanguent mais ne sombrent jamais. Au large, un nuage s’approcha de la ligne d’horizon, puis se confondit avec le ciel radieux. Je me trouvais au bord de l’Océan, j’avais changé de pays sans en changer, je retrouvais la véritable odeur de la mer. J’étais paisible.

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Vous pouvez bien m’appeler « Voyageur Intrépide au Cœur Amoureux », si ça vous dit !

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Dimitri LECOUSSIS Illustrateur

Ce dessinateur d’animation et d’illustration a été formé à l’Ecole des Métiers du Cinéma d’Animation d’Angoulême en 2D et en 3D. Il vit maintenant à Paris où il travaille en tant qu’animateur sur des séries TV pour la jeunesse. D’autres projets de bandes dessinées, d’écriture et de films d’animation pointent leur nez hors du carton à dessins ou de l’ordinateur en attendant de prendre vie dans les livres ou sur les écrans. www.lecoussis.com

Toute reproduction même partielle de cet ouvrage est interdite sans autorisation de l’éditeur. Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse Imprimé par BDM en Vendée (France)


Je m’appelle Bernard, et au cœur de mon Bien-être vit une famille de Bounis. Avec eux, ma vie est un dimanche. Ils sont le dimanche de ma vie.

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© Éditions Pour penser

13 rue Léon Pissot - 49300 Cholet Tél./Fax : 02 41 58 72 26 editions@pourpenser.com - http://www.pourpenser.com

ISBN : 978-2-915125-32-0 Dépôt légal : mars 2008

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Le Bien-être n’est pas comme une île déserte. C’est un havre. Un havre de vie, bruyant et occupé par la vie, mais un havre personnel, un solide refuge qu’il faut parfois construire de ses propres mains, doté du sens de l’équilibre et de bons petits points d’ancrage, dans lequel les bateaux tanguent mais ne sombrent jamais.


Les bounis  

Je soupirais d'aise, au repos, goûtant les bruits environnants : le vrombissement d'un insecte, le bruissement des feuillages traversés par...

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