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Inauguration espace public Aimé Césaire 8 jvier 2014 Eléments VB

(présence de son neveu et de membres de la famille de ce dernier, M. Roussi Présence aussi de Djamila Zegab, l’actrice stéphanoise qui a mis en scène et joué « Discours sur la colonisation » à St-Etienne, au festival d’Avignon et en un bon nombre d’autres lieux.) Option de ne pas rivaliser en termes de longueur de discours, pour inaugurer cet espace qui rend et rendra hommage à Aimé Césaire, avec son voisin carribéen Fidel Castro…Et pourtant, c’est pendant de longues heures que l’on pourrait parler d’AC, né en 1913, décédé en 2008, et de la foisonnance de son parcours et de ses engagements. 1 Nous rendons en premier lieu hommage, juste devant cette salle du Zénith, lieu de culture, lieu de pratiques artistiques, à l’artiste AC. Son ancrage artistique c’était la littérature et surtout la poésie. Une poésie s’intéressant à une multitude de thèmes et de situations de la vie, une poésie ancrée à la fois dans son parcours personnel, dans son identité antillaise, dans ce qu’il a dénommé dès 1935, avec Senghor et

le Guyanais Damas,

« la négritude », dans ses aspirations

humanistes et dans le surréalisme. Les mots de Césaire feront mieux que les miens écho à sa créativité poétique :


« Amie, écrit Césaire en s’adressant à sa femme Suzanne, Nous gonflerons nos voiles océanes, Vers l'élan perdu des pampas et des pierres. Et nous chanterons aux basses eaux, inépuisablement, la chanson de l'aurore ». (in revue Tropiques n°4, janvier 1942) – 2 En AC, nous saluons également un pédagogue, un médiateur d’idées. A 18 ans, Césaire vient étudier à Paris, à l’ENS, et il sera ensuite pendant des décennies professeur, avec parmi ses élèves d’autres futurs hommes ou femmes de littérature comme Edouard Glissant ; professeur au Lycée de Fort-de-France, précisément dénommé le Lycée Victor-Schoelcher, du nom de celui qui a mis au point en 1848 le décret instituant l’abolition de l’esclavage. La transmission, la conscience des racines de chacun, ainsi que le sens de l’histoire, apparaissaient comme très importantes aux yeux d’AC. Mais à part égale, l’éveil à l’universel que permet entre autres la fréquentation des auteurs de tous les temps et de toutes les cultures. 3 Une troisième dimension de la vie d’AC mérite d’être soulignée : c’est celle de son engagement dans des responsabilités publiques et dans la vie politique. Il est élu maire de Fort-de-France en 1945, et il le restera jusqu’en 2001, insistant beaucoup, dans son action pour faire de sa ville un lieu qui compte sur le plan de la culture.


Il est également élu député en 1945, et siège à l’AN jusqu’en 1993. Pour l’essentiel, il fait partie comme député soit du groupe communiste, jusqu’à sa démission du PCF en 1956, soit d’un groupe d’élus des départements et territoires d’outre-mer, soit des apparentés socialistes. Nous pouvons retenir qu’AC était un homme et un citoyen qui croyait en l’engagement politique, et était très conscient de l’importance du combat politique pour faire enfin advenir l’égalité pour le peuple martiniquais et les habitants de l’outre-mer français en général. L’une de ses interventions a visé par exemple l’égalité de traitement de tous les citoyens français en matière de protection sociale. 4 Quatrième aspect, aspect très fulgurant, de la vie et de l’œuvre d’AC : son engagement militant, en tant qu’intellectuel, artiste, homme d’action, contre le colonialisme, contre les colonialismes peut-on même dire. Le texte majeur d’AC, sur ce plan, reste son « Discours sur le colonialisme » de 1950 ; un texte qui demeure d’une terrible actualité si l’on pense à la situation d’un certain nombre de peuples et surtout à la rémanence des pratiques et des sensibilités coloniales dans l’opinion : pour AC, la racine du colonialisme c’est la croyance que certains hommes, certaines cultures, sont inférieures aux autres et ne méritent pas d’accéder à une égalité des droits. Un point mérite d’être souligné : lorsqu’il dénonce la colonisation, c’est en tant que système destructeur, aliénant, déshumanisant pour le colonisateur comme pour le colonisé. Et même en tant que politique et que pratique dégradant la société colonisatrice globalement :


« Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la violence, à la haine raciale… Et dans les faits, au bout de ces traités violés, de toutes ces expéditions punitives, de tous ces prisonniers ficelés, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, il y a dans les veines de l’Europe le poison, le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement. De la colonisation à la civilisation, la distance est infinie ». (extrait du Discours sur le colonialisme) Très bienvenu que l’on rende hommage à AC juste après le décès de Mandela et les hommages qui lui ont été rendus. Système colonial et politique d’apartheid sont de la même veine. Respecter Césaire et Mandela aujourd’hui, c’est être vigilant aux résurgences du sentiment colonial et combattre toutes les formes de ségrégation, de discrimination, de refus de l’égalité. Eclairage bienvenu pour les choix électoraux à venir. 5 L’Humanisme d’AC est le dernier point sur lequel nous avons à lui rendre hommage. Cet humanisme coiffe et oriente tous les autres dimensions de son parcours. Lorsqu’il insiste sur la libération des peuples colonisés noirs des Antilles et d’Afrique, qui représentent pour lui un seul peuple Césaire, cela ne signifie pas du tout un oubli des autres peuples : Césaire, en mettant en avant le concept de négritude, n’est pas communautariste, si l’on emploie un terme contemporain. « Je suis de la race de ceux qu’on opprime », disait-il.


L’ensemble de son œuvre et de ses engagements est un plaidoyer pour la fraternité, la reconnaissance des valeurs et de potentiels de chaque personne et de chaque peuple. S’il dénonce la colonisation, c’est notamment parce qu’elle a fait disparaitre des cultures, des langues, des cultes, des sagesses…qui auraient été précieuses pour l’humanité. Son engagement a une portée universelle ; il a été un résistant au nom de l’humanité et non seulement un poète martiniquais anticolonialiste, maire de sa ville et député de la République française. « Ma bouche, écrit-il, sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche. Ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir ».

Nous avons, avec AC, l’une des personnes dont le discours et les actes, l’expérience et

les convictions, peuvent contribuer à nous rendre

davantage humains, collectivement et personnellement. Et, cela par une stimulation, un appel à nous dépasser, à nous centrer, comme lui, sur des combats essentiels comme celui de l’égalité, du respect et de la promotion de la diversité humaine, de la justice.

Discour maire  

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