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Journal de rue Itinérance et problèmatique connexe Mélanie Lafontaine Désengagement social

Les billets de C Carole Verdon

J’ai faim de chaleur humaine!

Isabelle Regout Faim de culture

APPEL AU MONDE DES AFFAIRES DE L’OUTAOUAIS!

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L’ENTREVUE Linda Leclerc

Numéro 15 Février 2017


Participer à la guérison des maux de ce monde, plutôt qu’à sa maladie.

Notre conseil d’administration Président; Sylvain Roy Trésorier; Guy Desjardins Secrétaire; Geneviève Rollin Admin.; Amina Hussein Admin.; Denise Laferrière Admin.; Émilie Boisvenu Rep. camelots; Vacant

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ÉDITORIAL

Christian Gosselin Éditeur

En février, avant, je ne pensais qu’à mars et tout ce qui me permettait de « passer au travers » était des activités comme « Bal de Neige », des opportunités de cacher la consommation d’alcool sous l’illusion d’aller « m’amuser dehors ». J’aime bien me rappeler d’où je viens et comparer où j’en suis aujourd’hui. Ça me permet de réaliser à quel point je suis béni non seulement d’avoir été délivré de ma dépendance à moi, de cette soif pour l’alcool, mais surtout d’être si heureux abstinent, quelle grâce, mille mercis la Vie. Ce n’est hélas pas donné à tous, je le constate jour après jour. Donc en ce mois de février 2017 qui commence, je vais tenter de voir l’être humain d’abord en tous avec toutes les forces et les défaillances en chacun qui croise mon chemin et de constater, sans jugement, la trajectoire de vie qui lui est attribuée. Je vais l’observer, tout simplement, sans chercher à comprendre. Je vais chercher à l’accueillir, me mettre en lien abstrait avec cette personne qui a une tout autre réalité que la mienne, comme un vigile individuel et invisible et laisser la compassion pour ses défis agir en moi pour finalement, laisser la gratitude pour mes bénédictions prendre place dans mon cœur. Plusieurs d’entre vous diront qu’on « choisit » sa vie, qu’on « contrôle » sa trajectoire. Moi je n’en crois rien. Selon moi le choix de trajectoire a été fait bien avant d’arriver ici dans cette expérience d’incarnation. Dès le départ, nous avions choisi notre « mission », le chemin à défricher. La première chose à faire alors serait bien entendu de se le rappeler, de le redécouvrir. Ma mission à moi, je la connais maintenant, enfin. Croyez-moi, ce ne fut pas toujours le cas. Combien de fois ai-je supplié le ciel de connaitre pourquoi je devais expérimenter d’aussi atroces adversités et surmonter de si grands défis. Maintenant je sais, j’étais en apprentissage afin de mener à bien aujourd’hui ma mission volontairement acceptée depuis l’aurore de mon incarnation. Nos choix ne peuvent, de façon réaliste, être faits qu’entre les options qui nous sont disponibles et accessibles. Ces options sont toujours limitées, tout dépendamment de qui nous sommes, de nos forces, de nos faiblesses et où nous en sommes à l’instant même, et ce, toujours dans les balises de la trajectoire initiale. D’ailleurs un choix n’est possible que lorsqu’aucune entrave ne s’y oppose. J’aurais voulu être un artiste, puis un homme d’affaires, mais non, je suis ici à vous écrire. Ce n’est pas un choix rationnel de longue date, mais un choix sans vraiment autres options de choix. Le seul choix étant celui de suivre la trajectoire là où elle m’a menée depuis le tout début et de m’abandonner complètement au chemin qui s’ouvre, instant par instant, devant moi. Un choix de cœur, de résonnance, celui d’écouter, d’entendre puis d’obéir à ce qui m’est demandé malgré que bien souvent ce soit bien au-delà de mon entendement. Ne pas « comprendre » pourquoi ne signifie en rien ne pas « savoir » que je dois. Bonne lecture

SOMMAIRE

4 6 7 9 10

L’ENTREVUE

Linda Leclerc

ELLES

Il ne sert à rien d’aider une femme victime de violence conjugale qui décide de retourner au conjoint

DOSSIER SPÉCIAL

Certains en ont trop, d’autres pas assez

ITINÉRANCE et PROBLÉMATIQUES CONNEXES Désengagement social

LE MOT DU CRIO

Le revenu minimum garanti, ça mange quoi en hiver?

11 14 15 16 17 19

MODE DE VIE SAIN

Réflexions sur la faim et sur le désir

ART d’RUE

Faim de culture

LES BILLETS DE C

J’ai faim de chaleur humaine!

DERRIÈRE LE BAR La file d’attente

LE PORTAIL VOUS PRÉSENTE...

La Table de concertation sur la faim et le développement social de l’Outaouais

PLACE AU CITOYEN


L’ENTREVUE

Participer à la guérison des maux de ce monde, plutôt qu’à sa maladie. 4 - Le Portail de l’Outaouais - février 2017

Par : Mélanie Laberge

En matière de non‑convention, Linda Leclerc fait un métier qui peut paraitre très inusité de prime abord. Je n’avais Par : Mélanie Laberge pas la moindre idée de ce qui m’attendait en allant la rejoindre dans ce café pour qu’elle me parle de celuici. Très franchement, celle que je m’étais faite était très loin de la réalité concrète. Maitre professeur de… yoga du rire est quelque chose que je dois avouer, était une première pour moi. Avant de vous parler de sa passion, je vous présente la femme, tout aussi fascinante que celle-ci. Vous comprendrez surement très rapidement pourquoi elle a embrassé un métier qui est, encore aujourd’hui, un peu méconnu du grand public. Née à Victoriaville, elle s’est beaucoup promenée. Elle a étudié à Trois-Rivières et à Québec pour ensuite travailler à Montréal et ici, en Outaouais, où elle s’est établie en définitive en 2000. Issue d’une famille de trois enfants, elle dit de celle‑ci qu’une valeur fondamentale pour celle-ci était l’implication sociale. L’un de ses frères est ostéopathe, l’autre est musicien. Son père, professeur d’art plastique dans les écoles secondaires et membre actif de la chorale. Elle dit de son enfance que sa famille ne vivait pas dans la grande abondance, mais elle n’a jamais manqué de quoi que ce soit. Sa mère était couturière et elle mentionne avec un sourire qu’elle se considérait privilégiée, car ses poupées étaient habillées avec des vêtements exclusifs, puisque personne d’autre n’avait les mêmes. Très proche de sa famille, autant en ce qui a trait à ses oncles, tantes, cousins et cousines, elle raconte que les réunions familiales sont toujours un plaisir. Elle considère avoir eu une très belle enfance, entourée, impliquée et engagée. Ses premiers pas sur le marché du travail furent très impressionnants. Avant de devenir professeur de yoga du rire, elle fut agente de développement dans des associations, pour ensuite devenir directrice de fondations, amassant des fonds pour les hôpitaux, les organismes à but non lucratif et de charité. Une vie bien remplie. Alors pourquoi ce changement d’orientation en 2003? « C’est simple. On est dans un monde où il faut performer et moi, je grimpais dans l’échelle. Directrice,

Linda Leclerc

conseillère de bénévoles, je m’occupais d’un grand territoire. Je suis entrée dans l’engrenage de la performance. J’ai étudié en génagogie, qui ne s’enseigne plus aujourd’hui, mais ce qu’on apprenait c’était le travail en équipe. En 2003, je travaillais beaucoup. J’ai eu un petit accident de voiture et une journée, ça n’allait pas bien et j’avais mal, je n’avais pas l’impression que j’avançais. En lisant un article, je me suis rendu compte que j’avais arrêté de rire. Je me suis reconnu dans la description et je me suis dit : Aie, c’est quand la dernière fois où j’ai eu un fou rire et… je me n’en souvenais pas. Ç’a été un gros “wake up call”. Je me suis dit que c’était le fun de rire alors comment ça se fait que je ne ris plus comme ça. Je ne m’en étais pas aperçu que j’avais arrêté. Le sérieux avait pris toute la place. On associe beaucoup responsabilité à sérieux. Quelqu’un de sérieux est quelqu’un de responsable. J’ai toujours voulu que les gens s’amusent autour de moi. Je ris de moi facilement. Mais rire beaucoup, ça, c’était disparu. » C’est là que le yoga du rire est entré dans sa vie. À cause de cet article, elle s’est intéressée à cette discipline et s’est inscrite à l’un des ateliers offerts qui tombait justement dans la seule plage libre de son calendrier. Car elle trouvait cela assez spécial. « Yoga du rire. Quand tu penses à yoga, tu penses à zen, méditation, relaxation, mais pas réellement à rire. Parce que ça fait du bruit. Alors je me suis dit : ça se fait ça, rire par le yoga? » En fait, c’est une méthode qui consiste à rire sur commande, sans raison spécifique autre que l’exercice du rire, mais parce que c’est fait en groupe, ça devient contagieux et le rire devient alors spontané. Je me suis inscrite à la formation pour devenir animateur et ce que je me rappelle c’est que le premier exercice consistait à dire son nom, rire, dire d’où on venait, rire et ce qu’on faisait dans la vie et tu ris à nouveau. Je me suis demandé comment je ferais cela puisqu’il n’y avait rien de drôle là-dedans. Par contre, comme j’étais la septième, la


le yoga du rire, ce que je vois d’abord dans la salle pendant les rencontres, il se crée un réseau de soutien, ce qui est un grand manque aujourd’hui. Ça part aussi du noyau familial. Quand tu apprends à dédramatiser à la maison, apprendre à rire de tes erreurs, mais rire aussi de tes bons coups que tu fais, tu te places dans un état d’esprit “autre”. Le regard devient différent et c’est là que je mets des chances de mon côté pour réussir. En exemple, il y a un exercice qui s’appelle le rire des pleurs et ça consiste à descendre en pleurant, mais à remonter en riant. Cela t’apprend à changer ta réaction face aux évènements. Il fut un temps où j’avais peur d’être jugée dans ce que je fais. Aujourd’hui, je me dis que si tu me juges, c’est ton problème parce que moi, je suis bien dans ce que je fais. Tout est dans la perception. » Je lui demande si elle aimerait offrir ses services pour des séances gratuites auprès des organismes qui s’impliquent auprès de l’itinérance. « Oui, ça pourrait se faire. Peut-être pas toutes les semaines, mais une à deux fois par mois, c’est quelque chose qui pourrait m’intéresser. Seulement, je pense qu’offrir à ceux qui veillent à s’occuper d’eux au quotidien est aussi un point important. Ce qu’ils pourront apporter n’en sera que meilleur. » Sa philosophie : « Fais sortir ce que tu as de plus de beau, aide les autres à sortir ce qu’il y a de plus beau en eux. Montre-leur quelque chose de formidablement beau et ça le sera. Quand on rit ensemble, ça s’arrange! »

articlesportail@gmail.com

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première nouvelle que j’ai eue c’est que la troisième personne riait et je riais avec elle. Quand est venu mon tour, j’ai eu du mal à dire d’où je venais tant je riais. » C’est donc ainsi que la grande aventure de yoga du rire a commencé pour elle. L’exercice du rire. Aujourd’hui, elle est maitre professeur pour le Canada. Formation, coaching, elle peut à la fois former les animateurs et les professeurs. Elle a des ateliers dans des écoles, des entreprises et même une fois par semaine, elle donne des séances de yoga du rire pour le grand public. Elle a coécrit un premier livre, Le Yoga du rire sur son art, elle a créé deux applications mobiles et fait de nombreux podcast. Elle prépare un deuxième et un troisième livre. Elle est aussi au cœur du HAHA Sisterhood, un mouvement pour amener les femmes et les filles à se rencontrer, à rire, à célébrer et à créer un espace moins dramatique dans la vie d’aujourd’hui. Je lui demande si, d’après elle, ce serait une bonne chose d’amener son art dans les écoles. « Je pense que c’est une façon facile et naturelle de libérer le stress. Pour régler les conflits même, car c’est impossible de rester fâché quand tu ris. On ne rit pas des autres, on rit avec les autres. C’est donc une excellente méthode pour mieux gérer le stress du quotidien. » Cela m’amène à la questionner sur les solutions qu’elle verrait par rapport au problème du décrochage scolaire. « Quand tu dis que tu décroches, c’est que tu ne te reconnais pas et ne te trouves pas là-dedans. Tu n’as pas de valorisation à cet endroit. Mais dans


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Elles

Il ne sert à rien d’aider une femme victime de violence conjugale qui décide de retourner au conjoint N.B. Par conjoint, nous entendons qu’il peut également s’agir de conjoint de même sexe. Combien de fois avez‑vous entendu ce commentaire au sujet d’une femme qui retourne au conjoint : « C’est parce qu’elle aime se faire battre » ? Une étude démontre qu’une victime peut quitter son agresseur 7 ou 8 fois avant de le quitter définitivement (Paradis, F., et coll., 2004. Intervention auprès des victimes de violence conjugale). Toutes ces années d’intervention en violence conjugale nous le démontrent : les mêmes visages reviennent souvent en maison d’hébergement. La violence conjugale est complexe. Elle implique une dynamique et un cycle insidieux. En retournant au conjoint, la victime est souvent jugée. Elle a honte, garde le silence et se retrouve souvent isolée. MAIS POURQUOI Y RETOURNE-T-ELLE ? • Elle veut lui donner une chance : une dernière chance, les autres ayant échoué. Mais celle-là, c’est peut-être la bonne ! Elle le veut tellement qu’elle est prête à tout, même à retourner avec lui. Ce n’est donc pas qu’elle aime se faire violenter… • Elle veut garder la famille unie : la famille dite « traditionnelle » est composée d’une maman, d’un papa et des enfants. Elle ne veut donc pas la « briser ». Il arrive même qu’elle soit blâmée par son entourage pour les épisodes de violence, qui insiste pour qu’elle reste auprès de son partenaire (www. canadianwomen.org/fr/Les-faits-a-propos-de-la-violencefaite-aux-femmes). Elle a le sentiment que l’unité familiale repose sur elle. Ce n’est donc pas parce qu’elle aime se faire violenter… • Pour des raisons économiques : Comment vais-je y arriver financièrement ? Cette question est au cœur des préoccupations de la femme. La violence économique fait partie de la violence conjugale. Le conjoint a le contrôle des finances. En le quittant, la femme peut se retrouver devant un néant financier. Dans les maisons d’hébergement, nous observons bon nombre de femmes obligées de se tourner vers l’aide sociale après avoir quitté le foyer. La peur de se retrouver sans argent est suffisante pour demeurer dans une relation violente ou encore retourner au conjoint. Ce n’est donc pas parce qu’elle aime se faire violenter… • Elle se sent mieux outillée : lorsque la femme vient en maison d’hébergement, elle reçoit l’aide et le soutien dont elle a besoin pour briser le cercle vicieux. Les rencontres avec les intervenantes l’amènent à faire des prises de conscience et à mieux s’outiller dans une relation violente.

TEMPS D’ARRÊT !! Évitez d’utiliser l’expression « se faire battre » ou « femme battue ». Utilisez plutôt « se faire violenter » ou « femme victime de violence ». Relevez le défi et adoptez cette nouvelle expression dès maintenant. Elle se sent ainsi plus forte si elle décide de retourner au conjoint. Aussi, « un scénario de protection » est mis en place, c’est-à-dire un plan qui l’aidera à poser les bons gestes dans différentes situations de violence (avant, pendant et après), assurant ainsi sa sécurité et celle de ses enfants. Ce n’est donc pas parce qu’elle aime se faire violenter… • À cause de la lune de miel : lorsque la femme retourne au conjoint, il se montre comme aux premiers jours, c’està-dire à son meilleur. Les belles paroles et les promesses reviennent. La femme souhaite tellement un changement de comportement qu’elle y croit. Cette période est magique. Par contre, avec le temps, la lune de miel est plus rare, voire inexistante, et elle dure moins longtemps. Ce n’est donc pas parce qu’elle aime se faire violenter… Les préjugés demeurent grands lorsqu’il s’agit d’un retour au conjoint. Le réseau social de la victime doit comprendre que CE N’EST SURTOUT PAS PARCE QU’ELLE AIME SE FAIRE VIOLENTER… Ce mois-ci, nous vous soumettons l’affirmation suivante : « La violence physique est la forme de violence la plus dommageable. » La réponse vous sera dévoilée dans le numéro du mois de mars. ÉVÈNEMENT À NE PAS MANQUER : Le 14 février, au Pacini de Hull (615 boulevard St-Joseph), se tiendra un déjeuner-bénéfice au profit du Centre Mechtilde, une maison d’aide et d’hébergement pour les femmes victimes de violence conjugale, de violence familiale ou à risque d’itinérance et à leurs enfants. Venez en grand nombre !


Dossier spécial

Par : Maxine Cléroux, Chargée de projet de l’Escouade anti-gaspillage alimentaire Table de Concertation sur la Faim et le Développement Social de l’Outaouais

Lutter contre la faim et le gaspillage alimentaire : le projet de l’Escouade anti-gaspillage alimentaire en Outaouais Le paradoxe de la coexistence du gaspillage alimentaire et de l’insécurité alimentaire demeure énigmatique : comment se peut-il que le tiers des aliments produits sur la planète se retrouve systématiquement aux poubelles alors que le nombre de personnes n’ayant pas suffisamment à manger ne fait qu’augmenter ? Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, le tiers des aliments produits annuellement sur la planète n’aboutit jamais dans l’assiette des consommateurs. À l’échelle canadienne, le cout du gaspillage alimentaire est estimé à 31 milliards de dollars par an (Value Chain Management Center, 2014). Au Québec, on estime que 32 000 tonnes d’aliments encore comestibles sont jetées aux ordures par l’industrie agroalimentaire dans la province (Solinov, 2013). Pendant ce temps, plus de 850 000 personnes, dont 310 000 enfants, souffrent d’insécurité alimentaire au Canada (Bilan-Faim, 2014). Et les demandes de dépannage alimentaire ne font qu’augmenter. Pire encore, cette hausse des demandes se produit alors que plusieurs banques alimentaires manquent de denrées et sont forcées de réduire les quantités de nourriture distribuées. Cette situation n’est pas étrangère à l’Outaouais, où 9747 personnes, dont 37 % d’enfants, ont eu recours à une forme d’aide alimentaire en 2014 (Bilan-Faim, 2014). Face à ces

Le Portail de l’Outaouais - février 2017 - 7

données effarantes, les membres de la Table de Concertation sur la Faim et le Développement Social de l’Outaouais (TCFDSO) ont décidé de créer un projet dont le but est de détourner la nourriture qui se retrouve dans les ordures afin qu’elle soit redistribuée aux banques alimentaires et aux autres organismes communautaires aidant des personnes en situation d’insécurité alimentaire dans la région. La TCFDSO est un lieu de réflexion sur la faim et les causes de l’insécurité alimentaire, un lieu d’échanges sur les expertises des groupes en place et un lieu d’action visant à découvrir, analyser, inciter, soutenir et publiciser les initiatives novatrices du milieu pour lutter contre le problème d’insécurité alimentaire. Comme la TCFDSO se veut aussi un laboratoire d’innovations sociales en ce qui concerne la lutte contre la faim en Outaouais, il était tout à fait pertinent que ses membres réfléchissent à un projet novateur pour contrer la faim en Outaouais, et c’est ainsi qu’est né le projet de l’Escouade anti-gaspillage alimentaire au printemps 2014. L’Escouade anti-gaspillage alimentaire détient une double mission, soit celle de combattre la faim et celle de protéger l’environnement. Ce deuxième mandat s’explique par le fait que gaspiller de la nourriture, c’est aussi gaspiller tout le travail et les ressources utilisées pour produire ces aliments (eau, engrais, essence pour le transport, etc.). Pour réaliser son mandat, l’Escouade établit ainsi des liens entre les citoyens, les producteurs agricoles, les commerçants et les organismes communautaires afin de favoriser la récupération et la redistribution d’aliments laissés dans les champs agricoles ainsi que les denrées alimentaires invendues dans les marchés publics. Les résultats de l’Escouade sont probants : depuis sa création, plus de 52 tonnes de nourriture ont été redistribuées. En cette troisième année d’existence, c’est plus de 20 000 kilos d’aliments qui ont été récupérés auprès de 24 producteurs agricoles de la région et qui ont été redistribués à des familles moins nanties par l’intermédiaire de 53 organismes communautaires, que ce soit des banques alimentaires de la région, des maisons de la famille ou des centres de dépannage. Et tout ceci n’aurait pu se faire sans nos plus de deux cents bénévoles de

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Certains en ont trop, d’autres pas assez


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tous les âges (de 7 mois à 83 ans !) qui ont mis les mains à la terre lors de nos 60 activités de plantation (un rang contre la faim) et de récolte aux champs. Outre les récoltes aux champs et la récupération d’invendus, l’Escouade effectue aussi un travail de sensibilisation auprès des citoyens. Comme les consommateurs sont responsables de près de la moitié du gaspillage alimentaire au pays, il est donc apparu essentiel que des ateliers et des formations en lien à cette problématique soient offerts, tant au champ que dans les cuisines. Au champ, nous démontrons aux citoyens l’ampleur du travail nécessaire à la culture maraichère, alors que dans les cuisines, nous enseignons à cuisiner des aliments des feuilles aux racines. Grâce à nos partenaires, notamment Enviro ÉducAction, Moisson Outaouais et le Regroupement des cuisines collectives de Gatineau, des ateliers portant sur le gaspillage alimentaire sont offerts dans les écoles de la région, tandis que des formations gratuites sur les dates de péremption et des ateliers de cuisine anti-gaspi sont offerts partout en Outaouais. Pour boucler la boucle, l’Escouade a mis sur pied le projet des Frigos anti-gaspi afin de lutter contre le gaspillage alimentaire dans les ménages (rappelons-nous que 50 % du gaspillage a lieu à la maison !) et d’augmenter la redistribution d’aliments frais. Ces réfrigérateurs communautaires, qui promeuvent une forme d’économie du partage, permettent aux citoyens de s’y servir librement en cas de besoin, ou d’aller y porter leurs denrées en trop. Les trois frigos anti-gaspi (le frigo de La Mie de l’Entraide au 422 rue des Pins à Buckingham, le frigo du Dépanneur Sylvestre au 9 rue Fortier à Hull et le frigo de la Manne de l’île au 119 rue Carillon à Hull) qui ont vu le jour en 2015 ont mis en lumière le pouvoir de l’entraide citoyenne en Outaouais. L’engouement pour ces frigos communautaires est tel que plus d’une dizaine de nouveaux frigos seront mis sur pied dès le printemps prochain partout dans la région.

Ainsi, bien que nous vivions dans un pays riche, des centaines de milliers de Canadiens et Canadiennes souffrent d’insécurité alimentaire. Grâce à des projets novateurs comme l’Escouade anti-gaspillage alimentaire, la faim de certains peut être comblée pour un moment. Cependant, il est impératif que le Canada se dote d’une politique anti-gaspillage qui favorise la redistribution des denrées, que ce soit par des mesures fiscales ou par le soutien aux banques alimentaires. De nombreux pays ont déjà démontré l’efficacité de telles politiques, notamment le Danemark qui a réduit son gaspillage alimentaire de 25 % en cinq ans, ainsi que le Royaume-Uni, qui l’a réduit de 21 % en quatre ans. Les solutions à l’insécurité alimentaire et au gaspillage alimentaire doivent donc émerger de tous les échelons, que ce soit du mouvement communautaire et des citoyens ou des décideurs publics et des institutions en place. Car ensemble, on va plus loin.


Itinérance et problématiques connexes

Christian Gosselin-éditeur

Désengagement social Par : Mélanie Lafontaine

désengageaient? Désengagement intégral qui, au fil du temps, a laissé aux secteurs privés des services que pourtant, nous, le public, avions définis comme étant essentiels et que nous avions choisi d’assumer collectivement. Mais où donc étions-nous, public avec un grand P, quand on a commencé à amputer, à grands coups de hache, dans nos services de santé? On regardait dans quelle direction, quand la gratuité scolaire est devenue un vague souvenir? Sur quel papier a-t-on signé l’autorisation pour que l’écart entre riches et pauvres se multiplie brusquement, de façon exponentielle? À quel moment a-t-on donné notre accord collectif pour que « eux » puissent dorénavant prendre des engagements qui servent de moins en moins nos intérêts, nous, leur public? Pendant quelle saison déjà, a-t-on arrêté de dormir sur nos deux oreilles? Que nos deux emplois au salaire « infinimum » n’étaient plus suffisants pour habiller nos enfants? Que le coût des logements ne nous permettait plus de nous offrir un toit? Que nos jeunes sont devenus des fardeaux dans les classes? Qu’on avait tellement faim que regarder autour est devenu au-dessus de nos forces? Qu’on a cessé de s’intéresser à nous, leur précieux public? Il était quelle heure au juste, quand le sentiment d’impuissance nous a terrassés? Quand le fardeau de nos épreuves nous a fait courber l’échine? Quand la honte nous a fait baisser les yeux? C’est à quelle date déjà, résistants publics, qu’on s’engagera collectivement à leur rappeler leurs engagements à « eux »?

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L’engagement peut se définir comme étant une prise de position, un contrat, une implication dans un domaine d’intérêt public. Ainsi, par définition, l’engagement d’un leader politique suppose que s’en suivront une ou plusieurs actions qui, elles aussi, seront portées au nom de la masse, c’est-à-dire nous, les individus qui forment les ménages et par le fait même, les collectivités. Nous, grâce à qui il existe une population auprès de laquelle on peut prendre des engagements, en son nom, pour son bien, pour son intérêt. Simple, congruent. Cette constatation faite, on pourrait alors, en principe, dormir sur nos deux oreilles, se disant que quelque part, des individus « eux » s’occupent de veiller au bien-être commun, à notre bien-être collectif. « Eux », ils prennent des engagements qui sont tenus de nous représenter, nous, membres du public. Or, qui dit engagements dit responsabilités et ces responsabilités, poursuivant la même logique, elles sont envers nous. Encore là, tout se tient. Pourquoi alors, que lorsqu’on prend le temps de jeter un rapide coup d’œil circulaire, ça sent le désengagement partout? Désengagement fédéral qui, selon les priorités du monarque qui siège, redonne certaines responsabilités aux provinces qui elles, selon l’air que les chefs d’orchestre veulent jouer, renvoient la balle au lanceur qui déjà a jeté son gant, prenant soin d’en glisser une au passage aux municipalités, qu’on n’avait pourtant pas invitées…comment se fait-il que soudainement, il ne semble plus y avoir beaucoup de « eux » qui prennent des engagements et mènent des actions pour notre intérêt, nous, leur aimé public. Mais qu’est-ce qu’on faisait donc, pendant que nos engagés se

Participer à la guérison des maux de ce monde, plutôt qu’à sa maladie.

Je vous présente Mélanie Lafontaine, intervenante de première ligne. Il nous fait grandement plaisir que Mélanie ait accepté de prendre en charge une chronique mensuelle à partir du mois de mars qui s’intitulera « Enjeux » dans laquelle Mélanie nous partagera son expérience, sa pertinence et son éloquence quant aux innombrables enjeux liés à l’itinérance, une réalité indéniable et fort complexe. Elle se présente à vous ici via cette chronique déjà existante.


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Le mot du CRIO

Le revenu minimum garanti, ça mange quoi en hiver ? Par : Alexandre Ranger

Dans ma dernière chronique, j’ai dénoncé la nouvelle réforme à l’aide sociale et j’ai terminé en mentionnant que le gouvernement réfléchit à modifier grandement son approche dans le domaine de l’assistance et la sécurité sociale. Le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale (le titre de ce ministère en dit long sur son orientation idéologique) fut dans sa carrière universitaire un penseur du revenu minimum garanti. Ce n’est donc pas anodin s’il a reçu du premier ministre la commande de réfléchir sérieusement à la possibilité de mettre sur pied un tel programme au Québec. Prenons le temps de bien comprendre ce que ça veut dire. Le revenu minimum garanti s’inscrit dans une logique de prestation universelle qui consiste à octroyer à tous les citoyens et citoyennes du Québec une prestation de base égale et ce peu importe le niveau revenu. Le montant peut varier, mais le ministre Blais parle d’un montant oscillant autour des 300 $ par mois. Donc qu’on soit Alexandre Taillefer ou une employée chez Wal-Mart, on recevrait ce montant de base. À priori, j’ai le gout de croire que l’idée est fantastique et que le gouvernement vient de faire un virage à 180 degrés vers la gauche. Pourtant, comme le disait l’autre, le diable est dans les détails. Si elle est mise en place, cette réforme ne viendra pas seule. L’idée derrière cette allocation est de pouvoir couper tous les autres programmes (aide sociale, CSST, pension de vieillesse, RQAP…) dans le but de réduire les couts reliés à l’administration des nombreux programmes actuellement en place (on parle donc de perte d’emploi dans la fonction publique). C’est ici que ça se corse. Ça vaut dire qu’une personne qui se blesse au travail ou qu’une nouvelle maman n’aurait plus accès aux programmes que nous connaissons aujourd’hui, mais seulement à ce maigre 300 $ par mois. Ça veut aussi dire qu’un prestataire de l’aide sociale ou une retraitée verrait leurs revenus diminuer. À moins que vous ayez des assurances ou des placements, c’est la pauvreté qui vous attend dans de telles situations. C’est dire qu’on glisse sérieusement vers une privatisation des responsabilités qui était préalablement convenu de couvrir collectivement. On vous donne 300 $, arrangez-vous ! Le diable est parfois très bien caché dans les détails. L’orientation idéologique de ce programme ne s’arrête pas là.

Blais considère également que cette allocation pourrait aller de pair avec une libéralisation du marché du travail. Comme le gouvernement fournit une prestation de base à chacun et chacune, il serait possible de mettre la hache dans les normes du travail. À quoi bon un salaire minimum si l’allocation fournit ce minimum ? Bienvenue à la précarisation accrue du marché de l’emploi. « Pour Blais et Van Parijs, l’allocation universelle permet de fournir aux employeurs une certaine flexibilité additionnelle. En leur retirant la responsabilité d’offrir à leur personnel une rémunération couvrant leurs besoins de base, ils peuvent embaucher plus de personnes, ou plus facilement engager des personnes aux compétences limitées pour des tâches précises qui n’auraient pas été rentables pour l’entreprise si payées au salaire minimum. » Ainsi, nous craignons que le prochain plan de lutte soit plutôt un plan de cheap labor et de la privatisation. Le gouvernement est clair dans son discours, l’État n’a pas à assurer le plein respect des droits de la personne pour tous et toutes. Son objectif est de transférer sa responsabilité collective sur les individus. Si tu es pauvre, c’est que tu ne travailles pas assez. Ce que nous craignons c’est de voir la pauvreté et l’itinérance gagner du terrain rapidement. Déjà, nous rencontrons des personnes qui ont « chuté » rapidement à cause du décès d’un proche, d’une perte d’emploi ou de maladie mentale comme physique, imaginez si le maigre filet social existant est remplacé par un montant garantissant la pauvreté. Les seuls gagnants seraient les grandes entreprises qui réduiraient drastiquement les couts de main-d’œuvre et feraient donc plus de profit. Soyons vigilants quant aux choix gouvernementaux passés et à venir en matière de lutte à la pauvreté. Ça ressemble de plus en plus à une lutte aux pauvres.


Réflexions sur la faim et sur le désir

Quand on n’a pas goûté à la faim, j’ai l’impression qu’on ne peut pas facilement faire la différence entre désir et faim. Le désir, c’est la partie de nous qui veut quelque chose à tout prix, qui rêve de la chose, qui cherche à s’approprier la chose et qui, éventuellement, aura peur de la perdre. On peut désirer des personnes, confondant ce sentiment avec l’amour, et on peut désirer des objets, confondant ce sentiment avec un besoin. On a besoin de ce bijou, d’être reconnu, de ce gâteau au chocolat. Parfois, ce désir est brûlant, puissant, et rien ne semble pouvoir le calmer, sauf l’obtention de l’objet du désir. Et nous nous retrouvons, finalement, à désirer autre chose de nouveau. C’est sans fin ou cent faims... Les bouddhistes disent que la première cause de la souffrance est le désir. Je me rends compte de la puissance de ce précepte lorsque je cherche à me remplir de quelque chose. Je réalise que je dois avoir peur de ce vide intérieur pour désirer constamment le remplir avec des choses qui m’occupent l’esprit. La fuite est la solution tout indiquée pour remplir ce vide. Pour certains, cela sera des fuites plus hard, comme la consommation d’alcool et de drogues. C’est un mur de souffrances qui attend au bout de ce tunnel. Il y a d’autres fuites, comme la fuite devant le petit écran, la fuite en mangeant trop, en travaillant trop ou la fuite par la lecture de romans. C’est une fuite lorsque cela nous empêche de nous retrouver face à nous-mêmes. Mais la faim dans tout cela, d’où vient-elle? Le désir dans tout cela, est-il légitime? La faim est une réalité biologique qui se manifeste lorsque le corps s’exprime. La biologie se manifeste pour se garder en vie.

L’envie et le désir sont des guides qui n’ont pas toujours ce qu’il faut pour nous amener à bon port. Lorsque j’ai envie de manger un croissant au chocolat avec mon café, et qu’il s’agit de mon quatrième croissant, je peux me poser quelques questions... Cette envie que je ressens, quelle est-elle? Quelle partie de moi cherche à remplir un vide qui semble souffrant? Tant que « je » cherche quelque chose, une partie de moi est dans le chemin de l’être intérieur. À mon avis, il y a trois sortes de faim. La faim cellulaire, la faim que les gens qui n’ont pas à manger peuvent vivre. Je n’en parlerai pas longuement, puisque je ne la connais pas réellement. Je dirais simplement que cette faim, en plus d’être une souffrance, elle fait mal au cœur. Il me semble qu’elle est la conséquence d’une mauvaise volonté humaine, d’une mauvaise gestion des ressources et de la bêtise globalisée. Ensuite, on pourrait parler de désir égotique, désir que l’on confond souvent, et peut-être presque toujours, avec la faim. Comme si ce désir d’acheter cet objet ou ce désir de fumer cette cigarette (j’ai faim pour fumer…) était un appel important. Le désir appelle de manière très importante, il est puissant et parfois ravageur, mais c’est un appel illusoire à vouloir maintenir en vie ce qui appelle, c’est-à-dire la certitude d’être quelque chose. Ensuite, le troisième type de faim est ce qui appelle fondamentalement, à partir des profondeurs de notre être. Cet appel est le mât qui guide notre être intérieur, et je crois qu’on ne peut en être conscient que lorsqu’on a un peu tué les faims et les désirs nombreux qui crient en nous. Qui a faim et de quoi a-t-on faim? Derrière la réponse évidente, il y a peut-être autre chose...

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Par : Marie-Claude Bénazet

Mode de vie sain


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Participer à la guérison des maux de ce monde, plutôt qu’à sa maladie.

La CONFIDENTIALITÉ  toujours d’actualité au CISSS de  l’Outaouais! 

LE SAVIEZ‐VOUS?  Chaque personne qui utilise les services d’un CISSS a droit à  la condentialité de son dossier d’usager et au respect de ses  renseignements personnels.  Pour le CISSS de l’Outaouais, le respect de la vie privée et la  sécurité des renseignements personnels, c’est important!   

Marie-Pier Renaud Infographiste

Conception graphique

Joyeuse Saint-Valentin!

819 923-9902 renaud.mp@gmail.com


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Participer à la guérison des maux de ce monde, plutôt qu’à sa maladie.

Isabelle Regout [ ArtQuebec.ca ] Spécialiste en médiation culturelle Artiste professionnelle Vulgarisatrice juridique

avec la collaboration d’Alexandre Pampalon de ABC Strategies, OSBL

FAIM DE CULTURE Ce titre serait à la tête d’un document contre les coupes budgétaires en culture ou pire, décriant la censure en art, et vous n’en seriez pas étonnés ! J’ouvre plutôt la porte sur un lieu d’enfermement, de tensions et de violences où l’apport de l’art par des artistes professionnels peut être une voix pour éviter que le temps de détention soit un « temps mort1 » , et rendre ce passage porteur de sens. Chaque Canadien paye 132,49 $ par an pour les services correctionnels Accompagnant la tendance des autres provinces et territoires, la population carcérale du Québec a connu une hausse importante au cours des dix dernières années. Cette situation reflète bien les changements législatifs plus sévères sur le plan pénal qui multiplient les courtes peines d’incarcération tombant dans la règle du « deux ans moins un jour ». Nos « prisons québécoises » ont admis plus de 43 460 personnes en 2013-20142, dont 46 % sont des personnes prévenues, en transit, en attente d’un procès ou d’une sentence. Pour 2023-2024, les autorités anticipent une population carcérale moyenne quotidienne de 5448 personnes soit une hausse de 6,8 % par rapport aux données réelles de 2013-2014 forçant le gouvernement du Québec à ajouter annuellement de nouvelles places. Déjà surpeuplées, nos « prisons provinciales » avaient au cours de la même période, une capacité « réelle » d’environ 4 900 places. Au cours des prochaines années, on anticipe que les femmes incarcérées, formant actuellement 6 % de la population carcérale, connaitront une hausse un peu plus forte que celle des hommes incarcérés. Les statistiques officielles portent aussi à 3 % la population d’origine autochtone, le groupe le plus nombreux étant les Inuits (29 %).

de notre société. Leur passé et leur vie sont marqués par l’agglomérat d’un maximum de handicaps sociaux qui sont souvent intergénérationnels. La prison constitue la mutilation sociale ultime. Je reviens donc à cette idée que les stratégies en médiation culturelle contribuent concrètement à prendre du recul par rapport à soi-même et aux évènements ; à participer à la reconstruction de l’image de soi ; à donner une image positive à leurs proches ; à découvrir de nouvelles pratiques ; à favoriser le tissage de liens sociaux ; à acquérir des compétences, utiles en prison et primordiales à la libération, que ce soit sur le plan privé ou professionnel. Pour certains détenus, c’est la première fois qu’ils participeront à un atelier culturel. Le public « étant captif », il y a là des opportunités pour organiser des rencontres avec des genres artistiques nouveaux et des artistes professionnels. La valorisation portée par la culture et les arts à travers un processus de création est certainement un élément positif d’intégration sociale.

Il est donc possible de donner aux détenus la faculté de devenir des acteurs culturels qui leur permettra de redevenir des acteurs sociaux, de se remettre en projet, d’acquérir de nouvelles compétences transposables dans un projet de vie, voire professionnelles, pour finalement améliorer leurs perspectives de réinsertion durable dans la société. Chez nous, le projet « Agir/Art des femmes en prison » offre un précédent novateur en permettant dans le cheminement créatif, l’apparition d’autres repères sociaux constructifs dans la collectivité. De nombreuses expérimentations illustrent la contribution des processus artistiques et créatifs à la transformation sociale. Le renouvèlement de la Politique culturelle du Québec est une belle fenêtre pour envisager des cibles culturelles auprès de la population pénale, car la mise en chantier de nouveaux Le caractère essentiel de la culture auprès de la population établissements de détention et l’agrandissement de ceux pénale Les détenus sont souvent issus des franges les plus défavorisées existants ne sont pas la voie unique à suivre pour retrouver l’équilibre… 1 2

Blogue intitulé «L’action culturelle en milieu carcéral» disponible à http://collectif-cape.fr/content/laction-culturelle-en-milieu-carc-ral-0 http://www.securitepublique.gouv.qc.ca/services-correctionnels/milieu-carceral.html


Les billets de C Carole Verdon

J’ai faim de chaleur humaine ! Selon le Dr Jan Chozen Bays, nous éprouvons sept sortes de faim : 1. La faim des yeux, celle qui nous fait saliver à la seule vue d’aliments appétissants et nous donne envie de manger, peu importe notre niveau de satiété ; 2. La faim du nez, celle qui est dictée par le pouvoir des odeurs ; 3. La faim de la bouche, celle qui est guidée par l’envie d’éprouver des sensations agréables ; 4. La faim de l’estomac, caractérisée par les tiraillements, contractions et autres gargouillements et provoquée par le besoin de nourriture ; 5. La faim des cellules, c’est-à-dire la faim du corps et les besoins nutritionnels. Cela, semble-t-il, correspond à l’identification par notre intelligence inconsciente des nutriments dont nous avons besoin. Ex. Si nos cellules constatent une baisse des réserves de fer, elles vont nous donner davantage envie de viande rouge. 6. La faim de l’esprit, celle qui met en place des règles sur les bons et mauvais aliments, ce que nous pourrions appeler notre doctrine alimentaire ou programmation interne, et qui est propre à chacun ; 7. La faim du cœur correspond à un besoin de réconfort, d’apaisement.

Outre ces sept types de faim, nous avons tous entendu parler de sous-nutrition qui est un état de manque important de nourriture dû à un apport alimentaire insuffisant entrainant des carences nutritionnelles et pouvant mener jusqu’à la mort. Et au-delà de la sous-nutrition du corps physique, il y a la sous-nutrition émotionnelle, ce qui pourrait faire dire à nombre de gens : « J’ai faim de chaleur humaine ». C’est facile à

Le Portail de l’Outaouais - février 2017 - 15

Faire preuve de chaleur humaine, c’est en tout temps de l’année et bien au-delà du temps des Fêtes.

comprendre puisque nous vivons des situations de solitude : l’éclatement de la famille, les machines qui remplacent l’être humain, le temps passé sur les cellulaires… D’ailleurs, je suis toujours surprise quand je réussis à parler à un être humain… c’est merveilleux en fait !!! La chaleur humaine réchauffe, elle sécurise et procure une présence attentive. Quand on fait preuve de chaleur humaine, du coup, on fait preuve de sincérité et de sensibilité. C’est une manière d’être et de se comporter, une ouverture du cœur et de l’esprit et surtout une attention portée à l’autre, aux autres. Offrir de la chaleur humaine dans un moment, aussi court soit-il, apporte du réconfort moral. La détresse humaine ça ne se voit pas toujours, mais quand on offre de la chaleur humaine, on peut voir un regard s’illuminer, un coin de bouche sourire, des épaules moins lourdes, une attitude défensive tomber. Au milieu de l’étrangeté de ce monde, nous avons tous faim de chaleur humaine, et la chaleur humaine ça donne chaud au cœur et ça nous permet de mieux affronter les épreuves, d’apaiser les inquiétudes et de vaincre l’isolement. En 1987, la chanteuse Fabienne Thibault chantait : Chaleur humaine Je dis que les gens ont besoin des gens Bien plus que de soleil et d’argent Voici l’extrait d’un texte que j’ai lu sur Internet. « Répandre de la chaleur humaine autour de soi. La chaleur humaine, la gentillesse ou la tendresse peuvent faire fondre murs et résistance, construire des ponts de confiance et créer de magnifiques paysages d’affection. Il est si simple d’être chaleureux et gentil lorsqu’on est entouré de gens chaleureux et gentils. Mais avez-vous réalisé l’importance de CRÉER vous-même de tels instants ? Lorsque vous exprimez votre chaleureuse affection, vous devenez un aimant qui attire, qui invite, qui sème la paix et l’espoir dans un monde souvent cruel ». (Source : OFFRIR DE LA CHALEUR HUMAINE » Ma Planète)

Participer à la guérison des maux de ce monde, plutôt qu’à sa maladie.

Auteure du roman Les désordres du coeur. À la barre de son entreprise Les mots dans l’encrier lesmotsdanslencrier@gmail.com


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Derrière le bar Par : Catherine-Eve Bellemare

La file d’attente 16 h, neuvième en ligne pour atteindre le feu vert. Heure de pointe. Bien sûr que mon air climatisé était à plat. Je n’étais pas attendue ailleurs et j’avais encore moins quelque chose d’important à faire. Mais j’étais pressée, beaucoup trop occupée, comme tout le monde. Tous les jours, sans arrêt, occupée et frustrée d’attendre. En l’occurrence, trop occupée pour remarquer l’homme se tenant à quelques centimètres à peine de mon parebrise, rapprochant lentement son verre de carton vide de mon visage. Je sursautai, contre toute attente, en provoquant chez l’homme une surprise au moins aussi grande que la mienne. Il ne m’en fallut pas plus que quelques secondes pour relever la vitre et vérifier que le loquet de la serrure soit bien verrouillé, alors qu’une chaleur cuisante se mit à envahir progressivement l’intérieur de ma voiture. Qu’est-ce qui m’avait pris ? Un réflexe, dans la seconde : quiconque se sentant épié d’aussi près n’aurait-il pas, au même titre, eu envie de reculer ? Sinon de s’emmurer, portes et fenêtres à témoins, prêt à s’infliger un supplice caniculaire pour sa propre sécurité ? Parfaitement. Ou du moins, je me plus à le croire. Ce n’était pas, non, pas du tout, son allure négligée, ni le fait qu’il ne portait qu’un seul soulier. Ce n’était pas ses vêtements ni les ongles noircis de l’homme qui avaient eu raison de mon sangfroid de conductrice parfaitement avertie. Soyons francs, ma réaction aurait été la même s’il s’était agi d’une mère de famille, d’un quinquagénaire à la retraite, ou d’un adolescent à sa sortie de l’école, oui, cela va de soi. Mon regard vint se poser sur l’homme me faisant toujours face,

derrière la vitre, à quelques pas de ma voiture. Il m’observait, une main sur la poitrine, le regard consterné. Je voyais bien qu’il était désolé. Je pouvais distinguer des mots d’excuse prenant forme sur ses lèvres lorsqu’une horde de klaxons se fit entendre à mon endroit. Chose que je supposai avant de me retourner, car plus rien ne se trouvait à entraver ma route : le feu avait tourné au vert. Je pris tout de même le temps d’abaisser ma vitre, attentive à ce que l’homme s’évertuait à me dire à travers l’impatience cacophonique de mes congénères routiers. « Priez de m’excusez mademoiselle, je ne voulais pas vous faire peur. Toutes mes excuses. » Si cela avait été possible, j’aurais souhaité être en mesure de me dédoubler afin de pouvoir moi aussi, assister à la scène : derrière moi, un tumulte d’insultes se faisait entendre de la part de mes concitoyens, en théorie parfaitement civilisés, afin que je me décide à déplacer mon véhicule ; alors qu’à l’opposé, se trouvait l’homme que j’étais censée craindre, s’adressant à moi avec douceur et dans le français le plus irréprochable qui soit. « C’est moi qui suis désolée, monsieur. D’avoir sursauté, je veux dire. » Le sourire de l’homme engendra le mien, à la suite de quoi, un court silence me sembla envahir la ville, que je laissai planer quelques secondes ; résonnance muette d’une reconnaissance. - Passez une bonne journée, monsieur. - C’est déjà le cas. Et soudain, le vacarme reprit.


Le Portail vous présente...

La Table de Concertation sur la Faim et le Développement Social de l’Outaouais (TCFDSO) est un organisme à but non lucratif qui lutte contre l’insécurité alimentaire dans la région de l’Outaouais. Sa mission consiste à promouvoir le droit à la sécurité alimentaire par le soutien aux organismes membres dans la mise en œuvre de programmes efficaces d’aide et d’entraide pour contrer la faim. La TCFDSO regroupe depuis maintenant 20 ans l’ensemble des organismes et institutions qui œuvrent en sécurité alimentaire sur le territoire de l’Outaouais, ce qui représente un total de 42 membres. La plupart de ces membres accueillent en première ligne les personnes qui vivent la faim au jour le jour et les accompagnent à la fois dans une réponse immédiate à leurs besoins alimentaires (banques alimentaires, soupes populaires, etc.) et dans le développement de stratégies individuelles et collectives d’entraide visant la réinsertion sociale et la reprise de leur contrôle sur leur alimentation et leur vie. Plusieurs de ces membres offrent ainsi des activités qui constituent des

alternatives au dépannage alimentaire : cuisines collectives, groupes d’achats, jardins communautaires, etc. La TCFDSO se veut un lieu de réflexion sur la faim et les causes de l’insécurité alimentaire, un lieu d’échanges sur les expertises des groupes en place, et un lieu d’action visant à découvrir, analyser, inciter, soutenir et publiciser les initiatives novatrices du milieu pour lutter contre la faim. Au cours des années, la TCFDSO a acquis une solide crédibilité sur le plan de la sécurité alimentaire dans la région et agit aujourd’hui comme un leadeur dans la lutte contre la faim.

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La Table de Concertation sur la Faim et le Développement Social de l’Outaouais

En partenariat avec ses membres, mais aussi en collaboration avec des professeurs et des chercheurs de l’Université du Québec en Outaouais ainsi que d’autres instances gouvernementales et municipales, la TCFDSO a mis en place, pour mieux réfléchir et mieux agir contre la faim, deux ambitieux projets : la Carte communautaire de la faim et l’Escouade anti‑gaspillage alimentaire.

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Participer à la guérison des maux de ce monde, plutôt qu’à sa maladie. 18 - Le Portail de l’Outaouais - février 2017

La Carte communautaire de la faim L’objectif de ce projet de recherche-action ouvert et inclusif est de recenser l’offre alimentaire et les initiatives d’aide et d’entraide alimentaires existantes sur chaque territoire de l’Outaouais, en plus d’identifier les obstacles qui limitent l’utilisation des services existants pour les personnes plus vulnérables. Le projet vise aussi à identifier les facteurs de protection (logements subventionnés, accessibilité aux services et aux infrastructures, transport en commun, etc.) qui limitent cette vulnérabilité. La Carte c’est : • Des activités de cartographie participative sur l’ensemble des territoires de la région ; • Des entrevues et des groupes de discussion avec des personnes qui se retrouvent en situation d’insécurité alimentaire (jeunes, femmes monoparentales, personnes immigrantes et réfugiées, ainées) ainsi qu’avec des gestionnaires d’organismes œuvrant en sécurité alimentaire ; • Le recensement des prix des paniers alimentaires dans les épiceries, dépanneurs et magasins de rabais sur l’ensemble du territoire ;

• L’organisation et la tenue de journées de réflexion permettant la communication et la vulgarisation des résultats à la communauté et la proposition de pistes d’action concertées pour lutter contre la faim. En somme, il s’agit de réfléchir collectivement, avec les acteurs qui travaillent sur le terrain ainsi qu’avec les citoyens et citoyennes qui habitent le territoire, sur la situation de l’insécurité alimentaire pour mettre en place des stratégies d’intervention plus efficaces et mobilisatrices. Vous retrouverez dans le « Dossier spécial » de ce numéro un article portant exclusivement sur le projet de l’Escouade antigaspillage alimentaire. Pour plus d’information ou pour vous impliquer, visitez notre site Internet : www.tcfdso.org


Place au citoyen

Ce que j’ai vu l’autre jour dans les yeux des passants Une distance infinie, un presque bonjour Silencieux comme une larme qui

Sauf peut-être le service… à la clientèle Alors rappelle-toi que tu es le client et que le client a toujours… des dettes! Mais si tu empruntes à un endroit qu’on trouve de tout sauf un ami T’auras beau avoir le courage la légende ramène lui l’argent Sinon il pourrait te saigner à blanc, plus blanc que blanc Seulement parce qu’il n’a pas pris son Nescafé. Empruntons plutôt à une banque, elles veulent notre bien et elles l’auront Lorsqu’on ne peut plus payer y’a rien de mieux que travaillé 80h semaine Mais il faut prendre une pause Kit-Kat car Un client qui ne dort pas c’est un client qui n’achète pas de lit Quand nous aurons plus le budget pour manger frais Optons pour la stratégie IGA : on bouffe les prix! Le bon consommateur que tu es ne stressera pas devant sa future demande de faillite, non! Il divisera son bonheur en 36 versements égaux et sans intérêt Il sait que les appels d’agence de collection sont seulement pour un temps limité Finalement En cas de stress élevé ou de détresse psychologie lié à des dettes Le bon consommateur se doit de Monter sur une chaise illico avec une corde à la main Pour découvrir le pourvoir infini du câble. Quitte à perdre notre vie, travaillons pour gagner la leur. Mathieu Bertrand

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Due à des petits soucis financiers Ce texte a dû être légèrement commandité Léger comme le tout nouveau fromage Philadelphia, La crème de la crème Il faut avouer que mes nouvelles lunettes Oakley M’ont ouvert les yeux : consommer est la clef du bonheur En achetant plus on devient supérieur, Le nom le dit : sur-consommateur La société nous met derrière les barreaux D’une échelle qu’on doit monter Mais en consommant Red Bull donne des ailes Profites-en pour goûter l’arc-en-ciel, c’est beau c’est bon, c’est trop chère…? C’est vrai que Les factures donnent un goût amer, Mais c’est bon à s’en lécher les doigts Achète un IPhone qui va se briser comme tes rêves Parce que tu n’auras pas pris la garantie prolongée Une 4ième paires de souliers pis des boîtes de gaufres qui nourrit ton Eggo Pis tu vas voir Défoncer ses cartes de crédit sans protection Ça donne l’impression d’être en vie ça! Alors Nike la fin du mois, just do it! Moi aussi je magasine chez Wal-Mart Pas par choix, par obligation Je me dis que 5 enfants dans le monde meurent de faim à chaque minute Mais… pas ceux qui ont fait mon chandail La vie est belle.

Nous venant de si loin Dans ces déserts, parsemés d’oasis Et j’ai aussi vu dans le regard de tous ces gens La terre qui brûle, la mer qui se vide, Et les loups qui prient la lune... J’ai vu des enfants Ah! Les enfants Qui rêvent sans soucis Qui rêvent avec les yeux ouverts Les enfants à qui on demande De nous sauver un jour... par Marcel B.

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Une distance infinie...

n’a pas vu le jour J’ai vu aussi des journées trop lourdes Comme un instrument de musique Que l’on ne joue plus J’ai vu un million de lettres superimposées Qui formaient des journaux lus, et des romans, Bons et mauvais, digérés, Mais dont on ne se rappelle Que les titres Ailleurs j’ai vu dans un regard voilé L’histoire des hommes et des femmes


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La vie d’un camelot Bonjour, je suis Erick, camelot du Portail sur Eddy et Wellington, et je vais vous partager mon histoire et ainsi, vous pourrez voir comment le Portail peut aider les gens comme moi. Je suis originaire de Montréal et un habitué de la région, car j’ai beaucoup d’amis et de famille ici. J’ai passé mon enfance dans les centres jeunesse et à 18 ans, je me suis retrouvé à la rue pendant 5 ans, à Montréal et ailleurs, jusqu’à Vancouver où j’ai connu la dépendance aux drogues et à l’alcool. En 2005, j’ai quitté Vancouver, pesant 72 livres et passablement amoché. De retour à Montréal, je me suis pris en main, j’étais abstinent, j’ai terminé mon secondaire 5, étudié à l’institut d’hôtellerie, travaillé dans de grands hôtels de la ville. En 2010, j’ai cru que j’étais guéri et j’ai rechuté plusieurs fois jusqu’en 2014. Durant ces années, mes meilleurs moments étaient quand je venais passer du temps ici, j’ai tendance à être tranquille ici, mais les problèmes revenaient lorsque je quittais. Je suis revenu en 2014 et durant un an, ma vie allait très bien, abstinent, un emploi et un toit. Je suis retourné à Montréal en 2015, tout a continué à bien aller pendant un an, jusqu’à ce que j’entre dans une relation à longue distance avec une femme de Toronto. Je suis devenu accroc aux cartes de crédit. Ma première expérience de crédit, et un été digne d’un millionnaire a commencé. Voyages en 1re classe, sports, la Ronde, Canada Wonderland, festivals à Montréal et à Toronto, les dettes grimpaient et ma capacité de payer diminuait rapidement et finalement, tout s’est effondré comme un château de cartes.

Je suis revenu ici, encore, en août, mais ma destination a été le Gîte Ami. J’ai refusé de me laisser abattre et je me suis retroussé les manches. En allant à la soupe populaire, j’ai rencontré un intervenant et un stagiaire et l’idée de retourner aux études et peu de temps après, j’ai commencé au cégep héritage en éducation spécialisée, mais j’ai opté pour une technique en réadaptation et justice pénale à la Cité collégiale, pour 2 ans, dès le 9 janvier grâce à un oncle qui a offert de payer mes études jusqu’à l’université. J’ai toujours voulu aider les autres donc, j’ai trouvé ma branche, finalement. Donc depuis août, je me suis remis sur pieds, je suis abstinent à nouveau, je suis aux études, je travaille à temps partiel dans un grand magasin, et je suis camelot depuis octobre. Les études et le travail m’ont redonné une discipline, une routine et une stabilité, car il semble que je serai ici pour au moins 2 ans. Le Portail, lui, m’a redonné confiance en moi même et j’ai hésité avant d’accepter, car je me croyais incapable de me placer sur un coin de rue et vendre un magazine, mais Christian m’a encouragé et il avait raison. Je suis capable de vendre le Portail et j’adore ça, j’aime le contact avec les gens, et donc le Portail fait une différence positive dans ma vie et j’ai l’intention de continuer durant mes études à la Cité, selon mon horaire de classe, évidemment. Ne vous gênez pas de me dire bonjour si vous me voyez sur mon coin, un bonjour et un sourire sont toujours appréciés! Au plaisir de vous voir sur Eddy et Wellington!

Écrivez-nous à articlesportail@gmail.com

Erick S


Le Portail de l’Outaouais est un organisme œuvrant auprès de personnes vivant

l’itinérance, à risque de l’être et/ou en situation d’extrême pauvreté afin de leur permettre d’entreprendre une démarche de réadaptation/réinsertion sociale, dans des conditions de vie améliorées, par un processus d’«empowerment » visant le rétablissement et la dignité inhérente à chaque être humain dans un cheminement vers l’employabilité. En partenariat avec les organismes connexes, Le Portail de l’Outaouais accueille ceux-ci dans leurs difficultés respectives, travaillant à la source de leurs problématiques, au-delà des comportements symptomatiques.

Philosophie :

Le PORTAIL de l’Outaouais croit que tout être humain a en lui des forces, la dignité,

l’amour, le respect et le droit au bonheur dans l’intégrité de sa personne. Les valeurs, les parcours de vie et la résilience, différentes à chacun, en amènent certains à ne pas adhérer à la norme et se retrouvent démunis, parfois jugés, exclus. Il est de l’essence naturelle en chaque être humain de venir en aide à son prochain ; la raison d’être de l’organisme.

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Mission :

Approche :

L’intervention en est une d’écoute, d’accueil et de tolérance, laquelle travaille avec la réduction des méfaits et aspire toujours vers une liberté intérieure et un rétablissement total, dans le respect du rythme de chacun.

Le Portail de l’Outaouais - février 2017 - 21

Le PORTAIL de l’Outaouais a, à prime abord, deux outils d’intervention principaux. D’abord un journal de rue qui, lors de la transaction, sert de passeport entre deux dimensions, deux réalités opposées et à briser de part et d’autre les préjugés. Ce journal est un espace où les perceptions de tout citoyen de l’Outaouais peuvent s’exprimer, se dévoiler afin d’aider à mieux comprendre la réalité de l’autre. Il a également comme outil un local de rencontre, de cohésion entre les camelots et où un sentiment d’appartenance et de prise en charge collective seront créés et où le plus gros du travail d’intervention pourra avoir lieu. Le point de vue et la participation active des camelots au bon fonctionnement de l’organisme fait partie intégrante du processus d’intervention. Un siège au conseil d’administration leur est réservé.


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APPEL AU MONDE DES AFFAIRES DE L’OUTAOUAIS! Maintenant que nous avons l’appui de la Ville de Gatineau (3e année) et du gouvernement provincial (CISSS), il est temps pour nous de solliciter le secteur privé si nous voulons assurer la pérennité de l’organisme dans son élan de changer des vies pour le mieux.

Notre situation l’exige d’ailleurs. Notre clientèle ciblée, ce sont d’abord et avant tout des citoyens de notre communauté, ce sont des gens avec une histoire derrière leur présente situation d’extrême précarité temporaire. Nous lançons maintenant une campagne de financement auprès du secteur privé, nous vous lançons l’appel, aidez-nous à aider ceux et celles qui actuellement, en ont grandement besoin.

22 - Le Portail de l’Outaouais - février 2017

Supportez-nous dans cet élan du cœur. C’est pourquoi nous vous sollicitons maintenant à nous aider dans la sauvegarde de ce merveilleux outil d’intervention sociale que représente un magazine de rue, Le Portail de l’Outaouais étant le cinquième au Québec, le cent vingt-troisième au monde, un outil dont les preuves sont depuis longtemps.


“COMMANDITAIRES” Absolus……………………………………. 20 000$+ “COMMANDITAIRES” Supérieurs………………………………..10 000$ à 19 999$

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Participer à la guérison des maux de ce monde, plutôt qu’à sa maladie.

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