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de Retour ! AVRIL 2018 L’ENTREVUE

Journal de rue avec Stefan Psenak

« ... aussitôt que nous parlons de projets de revitalisation, conséquemment il y a gentrification et embourgeoisement... »

Spécial 28 pages Un mot d’adieu avec Denise Laferrière. Dénombrement en itinérance le RSIQ s’exprime. Réseaux sociaux ou antisociaux ? La faim du monde ? L’origine du nom Gatineau

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L’ÉDITORIAL

PAR CHRISTIAN GOSSELIN Éditeur

Nous revoilà Un miracle ? Probablement une série de petits miracles, je dis. Tout au moins, une série de petits encouragements à continuer par de petits clins d’œil providentiels de l’univers dans les moments les plus sombres. Dieu merci, on ne sait jamais vraiment dans quoi on s’embarque au moment initial, sinon je doute que j’aurais fait le premier pas. Aujourd’hui avec ce 2e premier magazine de rue mensuel ici en Outaouais par contre, celui que j’ai moi-même fondé, je vous avoue être fier et fort heureux de l’avoir fait même si la bataille est encore loin d’être gagnée. Certains de nos plus que dévoués chroniqueurs et chroniqueuses sont passés à autre chose, alors que de nouveaux venus se sont joints à notre merveilleuse équipe de bénévoles, dont nous pouvons nous considérer, avouons-le, purement bénis de les avoir à nos côtés dans la production de cet ouvrage pertinent, crédible et selon les échos, de bonne qualité. Lancer un projet d’une relativement petite envergure, aux besoins financiers aussi relativement minimes que l’implantation d’un magazine de rue dans une ville aussi considérable que Gatineau m’a initialement semblé être chose assez simple et surtout facile. Erreur, l’expérience m’a démontré le contraire. Le contexte politique d’austérité est bien entendu ici largement en cause, mais aussi malheureux que ce soit, l’indifférence ou plutôt l’impopularité du phénomène de l’itinérance de la part du secteur privé l’est encore plus, je le crains. Nous desservons des citoyens dans des situations fort méconnues et conséquemment, fort incomprises

et donc tout naturellement fort ignorée. Pouvons-nous compter sur le fait qu’avec cet outil d’ « empowerment », l’espoir que ces participants/camelots reprennent la maîtrise de leur vie et redeviennent des citoyens à part entière actifs, quel que soit le degré de marginalité qui les caractérise, afin de convaincre la population de nous supporter dans nos efforts d’accompagner nos citoyens qui temporairement vivent des situations d’extrême précarité? Souhaitons-le! Descendez dans la rue, venez rencontrer nos participants/ camelots, parlez-leur, apprenez à les connaître eux et leur histoire, achetez le magazine, encouragez-les à continuer, à persister, à croire. Nous, on y croit, on croit en eux, on croit en vous, en tous et en chacun.

SOMMAIRE 4 - L’ENTREVUE 8 - L’ACTUALITÉ 9 - ELLES 10 - DOSSIER SPÉCIAL 12 - ITINÉRANCE ET DÉFIS CONNEXES 14 - LE PORTAIL VOUS PRÉSENTE... 15 - LE MOT DU CRIO

16 - MODE DE VIE SAIN 17 - LES BILLETS DE C 18 - UNE PAGE D’HISTOIRE D’ICI 20 - UN JOUR J’... 21 - PLACE AU CITOYEN 22 - ENJEUX 24 - L’HABITATION 25 - POINT DE VUE DU PROF

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L’ENTREVUE

PAR CHRISTIAN GOSSELIN

avec Stefan Psenak Je suis présentement dans un bureau situé au deuxième d’une jolie maison patrimoniale de la rue Laval, entremêlée des cafés-restos-bistros-bars du Vieux Hull. J’y suis en compagnie d’un homme à ressources multidisciplinaires, un auteur récurrent, un poète, un artiste dans le cœur, intelligent et beau, un homme avec qui on a envie de converser, un homme qui a de l’entregent à revendre, un homme politique, culturel, relationniste et définitivement très engagé. Un homme qui a tout pour lui quoi, mais un homme qui a eu aussi sa part de défis et qui sait les surmonter avec honneur. Je vous présente Stefan Psenak, aujourd’hui directeur de Vision Centre-Ville, une association de gens d’affaires, de commerçants, de professionnels, de promoteurs immobiliers comme des propriétaires de stationnements qui tentent de revitaliser le Centre-Ville. Il est important selon lui qu’il y ait une discussion ouverte entre tous les acteurs concernés et que tous soient prêts à faire certains compromis. Stefan précise : « S’il n’y a pas de discussion possible, il n’y a pas d’avancée possible. Avant de proposer des solutions, il est important d’avoir une vision d’ensemble et dans le cas du Vieux-Hull, ça demeure complexe ». On y reviendra plus loin, parlons de l’homme ici présent pour l’instant. Stefan est né dans Lanaudière, la famille habite Rawdon mais il est né à l’hôpital de Joliette en 1969. Il a un frère né en 1973 ; Patrick.

dans tous les réseaux sociaux étudiants pour finalement réussir avec brio un baccalauréat en lettres. En 1993 il atterrit ici-même dans le Vieux, au 63 rue Laval, un environnement qu’il décrit parfait ; très vivant avec ses bistros à clientèle d’intellos, d’artistes, de poètes, d’auteurs et de traducteurs. Il a alors travaillé pour des boîtes comme le journal communautaire Zone Outaouais et Colégrame où on concoctait des menus, documents promotionnels et autres trucs du genre tout en s’impliquant avec le Festival Franco-Ontarien. Strefan Psenak publie son premier ouvrage en mars 1994, lancé au Café des Quatre Jeudis. Il obtient la même année un contrat avec le théâtre Trillium comme agent de communication qui l’amène à Sudbury. Il reviendra à Hull en 1997 et il publie divers ouvrages. C’est en 2003 qu’il sent avoir fait pas mal le tour. Il part à l’étranger quelques mois. En 2004 il enseigne le français à La Cité collégiale. Puis il fonde sa boîte de rédaction/traduction qu’il opère jusqu’en 2009, expérience très motivante pour Stefan et même relativement très lucrative. Dans ces mêmes années il

La famille déménage à Longueuil alors que Stefan n’a que neuf mois. La famille est unie et mène une vie simple dans un joli bungalow avec comme voisin d’en face un grand champ. Ils ne manquent de rien, pratiquent les sports et se gâtent de petits voyages ici et là. Une enfance heureuse dans un quartier rempli d’enfants. Le petit Stefan est un premier de classe mais vit déjà des moments d’anxiété et reçoit un diagnostic de diabète juvénile dès son secondaire I, diagnostic qui le suit encore jusqu’à présent. Il vit avec ses pairs beaucoup de déménagements d’une école à l’autre ; sept écoles en tout pour arriver au cinquième secondaire. C’est justement à cette époque que le jeune « nerd » tente de sortir de cet entourage et de fréquenter la foule plus joviale et définitivement plus sociale, la fête commence et il tente de maintenir ses bons résultats académiques. Il quitte Longueuil pour étudier la biologie à l’université d’Ottawa dans les années 90. Il y est accepté dans tous les programmes sauf en médecine, son rêve de l’époque. C’est dans ces années qu’il s’intéresse au journalisme étudiant. Il s’investit à fond dans le journal étudiant, avec télézoom, la télé communautaire Skyline et demeure très impliqué

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s’est très impliqué avec la fondation de la forêt Boucher à Aylmer. Cet engagement l’amène à jouer sur le terrain de jeu politique. En 2009 Il se lance en politique municipale et c’est après un recomptage qu’il remporte se élections par deux voix seulement. Stefan se retrouve dans un environnement beaucoup plus intense. Un environnement qu’il trouve difficile, surtout dans les années 20122013 où le climat est très tendu. Par contre, de par sa nature, il s’y engage à fond tout comme il le fait présentement avec Vision Centre-Ville et dans quoi que ce soit d’autre où il baigne. Cette vie de politique avec tous ces 5 à 7 suivi de repas copieux, de rencontres après rencontres porte un coup dur à la santé déjà hypothéquée de Stefan ; prise de nombreux médicaments pour ses douleurs chroniques et il subit un gain de poids considérable. Sa défaite aux élections de 2013 le confronte à une grande prise de conscience. Ayant toujours eu une propension à la fête, le vin gai et « pas couchable », Stefan effectue un virage à 180 degrés. Il ralentit le rythme, perd du poids, adhère à un mode de vie plus sain et coupe totalement l’alcool. Il est sobre depuis. Ça a complètement changé sa vie. Il se lève maintenant à cinq heure du matin, enfile son jean et démarre sa journée dans l’action. En 2014 il fonde à nouveau une boîte de traduction, mais il opère davantage en relation publique. Stefan a déjà tout un réseau littéraire large et son séjour en politique lui a permis d’étendre celui-ci vers le monde des affaires d’où son lien avec Raymond Brunet qui l’invite à agir comme relationniste dans l’affaire de l’église Saint-Paul à Aylmer et plusieurs autres contrats. Ce sont effectivement ces occupations qui l’ont amené vers ce qui s’appelait alors le « Comité Laval » puis « Les commerçants du secteur Aubry » à l’époque où le directeur général quitte ses fonctions. On offre à Stefan de prendre la direction par intérim de mai à septembre 2014. Il y est toujours. Stefan décrit Vision Centre-Ville comme une organisation apolitique mais qui forcément, doit travailler avec les élus. « Je crois sincèrement que tous les Gatinois veulent que le Centre-Ville soit vivant et rayonne. C’est la porte d’entrée vers les secteurs Aylmer et Gatineau » dit-il. Vision Centre-Ville et ses partenaires tentent donc d’amener plus de résidents et des projets de développements dont certains ont déjà vu le jour, ce qui crée une effervescence dans le quartier. Mais il est conscient que plusieurs enjeux sont en cause dans un tel projet de réaménagement de quart ; offrir une diversité commerciale, éviter les ruptures par une augmentation de locaux vacants et la conversion de certains terrains en ne négligeant pas la présence d’un tissu social très fragile d’où la présence d’organismes communautaires extraordinaires tels le Gîte Ami, le CIPTO, La Soupe Populaire et tant d’autres qui font un travail exceptionnel et ce, avec des moyens très limités, on le sait bien. « On les voit les problèmes, c’est une question de responsabilité collective. C’est évident que nous devons revendiquer auprès des instances décisives ». Il nomme le centre de pédiatrie sociale comme un

énorme exemple de beau projet récent, un atout au quartier, une institution qui dessert majoritairement une population fragilisée ou à risque de l’être. Il me partage que cette vision « Les bons VS les méchants » et du capitalisme où les « riches » sont tous millionnaires doit être dé stigmatisée. La plupart des commerçants du Vieux-Hull gagnent à peine de quoi vivre. Les « autres » comme il les appelle, contribuent aux services de base comme nos hôpitaux. La perception particulière de Stefan est partagée entre son empathie pour le filet social effrité et la libre économie, tenter d’atteindre un équilibre. D’ailleurs dit-il, beaucoup d’entrepreneurs sont très engagés dans la communauté. Il le faut, la Ville ne peut le faire seule. « Ça prend des gens qui ont des sous pour lancer des projets. Après quoi on peut discuter des projets et avoir des opinions. Cela ne veut pas dire de tout laisser passer », nous dit Stefan, et il continue « On voit souvent d’un mauvais œil les partenariats politique/affaires mais c’est important de se parler sinon on ne peut pas influencer les façons de faire. Ça ne marche pas comme avant et ça, en général les gens d’affaires le savent, maintenant il faut faire preuve d’un certain niveau d’acceptabilité sociale. C’est pareil pour la politique, le cynisme bien établi est dépassé, tous les gens que je connais en politique y sont parce qu’ils croient sincèrement qu’ils peuvent servir. » « Je ne veux pas prêcher, j’ai déjà assez à travailler sur moimême mais peut-on se poser la question ; Quand tu l’as acheté ta satanée télé quarante-huit pouces, as-tu vraiment un sentiment de satisfaction où es-tu déjà en train de réfléchir à ta prochaine acquisition ? Pour moi poser la question c’est y répondre.» Par ses nombreux voyages. Stefan a constaté que dans la plupart des grandes villes, il existe la plupart du temps cette pochette de population fragilisée dans les centre-ville. « Ici à Gatineau, selon lui, l’idée n’est pas d’expulser ces gens à tout prix et de procéder à une gentrification massive, loin de là. Certes il y a un certain degré de gentrification, un certain embourgeoisement qui se fait parce qu’aussitôt que nous parlons de projets de revitalisation, conséquemment il y a gentrification et embourgeoisement ce qui en fait, a aussi son côté fort positif envers la population marginalisée puisqu’elle permet du même coup de voir à la salubrité de certains logements qui sont, on le sait bien, trop souvent inadéquats et même terriblement inappropriés y faire vivre qui que ce soit. D’ailleurs, plusieurs projets de coopératives sont en cours, c’est un genre de projet qui n’effraie pas les développeurs mais effectivement, ce n’est pas la réponse à tout. D’ailleurs la réponse nous appartient à tous et à toutes et la première étape, je crois, est de reprendre contact avec les gens qui se retrouvent dans ces situations précaires. »

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- Le Portail ; Quelles sont tes trois plus grandes valeurs Stefan ? - 1) « La famille, la génétique, le clan, ses proches » 2) « L’empathie » 3) « La quiétude, la paix avec soi-même » - Le Portail ; As-tu une philosophie de vie ? - « Je ne sais pas encore ce que je veux faire quand je serai grand » - Le Portail ; Ta plus grande peur Stefan ? - « Ça a longtemps été la mort mais je l’ai côtoyée chez des amies, j’ai écrit sur elles, ça va maintenant. Aujourd’hui, ma peur est simplement de ne pas avoir le temps de tout accomplir ce dont j’ai envie. » - Le Portail ; Selon toi, l’humanité court-elle à sa perte ? « Non » Réponds-t-il rapidement sur un ton catégorique. « Si ça s’arrêtait avec nous, oui, sans aucun doute. Mais je regarde ma fille de seize ans et les jeunes de son âge chez qui ils semble régner un éveil de conscience particulier, très aigüe, non seulement du point de vue environnemental super important bien sûr, mais également de l’importance de se permettre un minimum de niveau de qualité de vie, que le boulot, la performance et la

rentabilité ne sont pas nécessairement toujours à être en tête de liste. Ils sont en général éclairés, allumés, il y a un espoir. J’ai complètement confiance en cette génération qui nous suit. » - Le Portail ; Ta perception de l’exclusion sociale, l’itinérance ? « Ça me heurte chaque fois que je croise une personne en situation aussi difficile. Ça m’embête et ça m’embarrasse. Ça m’embarrasse parce que me voilà pris avec autre chose dans ma tête et me voilà tout à coup confronté à ça, la misère extrême que trop de gens ont à vivre. Si j’ai des sous, je donne sans hésitation mais souvent j’ai l’impression de donner juste pour me dédouaner, je me dis au moins je ne l’ai pas ignoré. Et si je ne donne pas, je tente de le croiser du regard et lui offrir un sourire, un bonjour, c’est la moindre des choses. » et il continue « je crois qu’en grande majorité, on vit un grand malaise face à ce phénomène. D’un côté on se dit qu’il faut absolument faire quelque chose et de l’autre, eh bien, on ne les veut pas dans notre cour, ni même dans notre face. Je dis bravo à tous ceux qui, comme toi, défendent les intérêts des plus fragilisés. Je ne connais pas LA solution mais je crois sincèrement que tout le monde peut se retrouver là, on ne connaît pas l’histoire derrière et trop souvent j’ai l’impression que le filet social les échappe. Ils sont laissés à eux-mêmes sans être adéquatement outillé pour gérer cette patente-là, la vie. » https://fr.wikipedia.org/wiki/Stefan_Psenak

Rationnel Rationnel  Le camelot en noir reflète la situation difficile et sombre de l’itinérance ; Les traits au représentent un parcours ardu et instable  Le camelot ensol noir reflète la situation difficile et sombre de ; l’itinérance ;  La main élevée du camelot représente l’optimisme, le premier pas,traits la prise de sa vie ;  Les au en sol charge représentent un parcours ardu et instable ;

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Le main journal en main : l’outil pour créer des liens avec le la premier  La élevée du camelot représente l’optimisme, population de Gatineau et par pas, la priseactive en charge de sa vie ; conséquent, briser les préjugés ;  Le journal en main : l’outil pour créer des liens avec la  population Le Portail : active une fenêtre entre deux dimensions, une porteles de Gatineau et par conséquent, briser à franchir; vers une réalité plus lumineuse ; préjugés  soleil : :une plus lumineuse, heureuseune ;porte  Le Portail unevie fenêtre entre deux plus dimensions, à franchir vers une réalité plus lumineuse ;  La seule couleur étant le rouge orangé du soleil, le reste tout  en soleil blanc :propose une ouverture à autre  Le une vie un plusespace, lumineuse, plus heureuse ;chose, le renouveau.  La seule couleur étant le rouge orangé du soleil, le reste tout en blanc propose un espace, une ouverture à autre chose, le Le renouveau. Portail de l’Outaouais - Avril 2018 PARTICIPER À LA GUÉRISON DES MAUX DE CE MONDE, PLUTÔT QU’À SA MALADIE.


Journal de rue Le Portail de l’Outaouais, l’organisme, a un système de valeurs, des croyances et des philosophies biens définis. Son directeur, ses employé-es, ses bénévoles et son conseil, eux, ces êtres humains, ont eux aussi un système de valeurs, des croyances et des philosophies bien définis, qui, espérons-le, sont grandement compatibles avec ceux de l’organisme. Le Portail de l’Outaouais, le magazine, l’outil, lui n’en a aucun. Bien que sa tendance penche majoritairement vers l’empathie et l’acceptation de nos citoyens fragilisés dans leurs défis quotidiens, il demeure un espace ouvert à toutes les perceptions, un lieu où tous et toutes ont la liberté de s’exprimer ouvertement. Cette liberté s’arrêtant là où elle empiète sur la liberté d’autrui. Ceci étant dit, l’organisme n’adhère à, ni ne conteste aucune information partagée et publiée dans le présent ouvrage.

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L’ACTUALITÉ

PAR MÉLODIE PELLETIER

La Place des peuples : pas une bonne idée selon le CIPTO La réalisation du projet Place des peuples du promoteur immobilier Brigil créerait l’embourgeoisement du secteur de l’Île de Hull au détriment de la population plus vulnérable, selon le Centre d’intervention et de prévention en toxicomanie de l’Outaouais (CIPTO). Le controversé projet a été officiellement déposé le 20 mars 2017 à la Ville de Gatineau et était un enjeu majeur lors des élections municipales qui ont eu lieu en novembre 2017. Il prévoit la construction de deux tours de 35 et 55 étages devant le Musée canadien de l’histoire. On y retrouverait des unités en copropriété, deux hôtels, des espaces commerciaux et une place publique à la base de l’immeuble. Le CIPTO redoute cependant son impact négatif. « Ce projet-là profiterait à un petit nombre de personnes : aux touristes et aux plus riches, pas aux plus marginalisés », affirme Yves Séguin, directeur-général du CIPTO. L’édification des tours créerait selon lui un embourgeoisement du secteur et donc une augmentation des loyers et une baisse de la tolérance envers la classe la plus pauvre de la population. Il souhaite d’ailleurs que le « vivre ensemble » devienne un enjeu de la Ville de Gatineau et que les élus prennent des engagements clairs afin de réduire les préjugés. Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a déjà fait publiquement part de ses réticences face au projet Place des peuples. Il a soulevé des doutes quant à son emplacement. La conseillère et candidate à la mairie, Sylvie Goneau, s’est, pour sa part, clairement ralliée derrière l’idée du président de Brigil, Gilles Desjardins. Elle avait d’ailleurs indiqué en 2017 qu’elle ramènerait le

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projet à la table du prochain conseil municipal dans le cas où celui de l’époque n’enregistrerait pas un vote favorable. Elle affirme que la Place des peuples ferait briller Gatineau en plus d’en favoriser le développement économique. Ce qui semble cependant inquiéter plusieurs résidents de l’Île de Hull c’est la hauteur des tours qui jetteraient littéralement de l’ombre sur le centre-ville. Le logement social et communautaire, autre enjeu important des prochaines élections municipales Le CIPTO demeure également attentif aux engagements des candidats portant sur le logement social et communautaire. Il aimerait que le présent conseil municipal de la Ville de Gatineau réserve des terrains voués à ces constructions. Ceux-ci devraient être situés au centre-ville, près des services communautaires. Le directeur-général du CIPTO affirme également surveiller de près ce qui se passera avec le terrain actuel de l’aréna Robert-Guertin qui sera démoli. Il souhaite que le développement qui y sera construit favorise la mixité de la population. « Il faudrait qu’il y ait de la place pour les familles, les personnes âgées, les personnes seules et pour des logements à prix modiques », selon Yves Séguin. Le maire de Gatineau a d’ailleurs rencontré l’ancien maire de l’ex-Ville de Hull, Michel Légère, et l’ancien conseiller municipal Raymond Ouimet afin de parler du développement du site. Les deux hommes proposent à la Ville de Gatineau de céder les terrains qui seront laissés vacants à des coopératives de logements communautaires afin d’inciter les familles à s’établir sur l’Île de Hull.

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ELLES

PAR MAISON LIBÈRE-ELLES

La violence conjugale est une perte de contrôle C’est un mythe! La violence conjugale n’est pas une « perte de contrôle », mais plutôt une prise de contrôle. La violence conjugale, c’est un comportement choisi par la personne qui l’exerce pour dominer et contrôler l’autre. La personne est consciente de ses actions puisqu’elle poursuit un but : détenir le pouvoir absolu dans la relation à travers les différentes formes de violence : verbale, psychologique, physique, sexuelle, sociale, spirituelle et économique. Comment peut-on identifier cette prise de contrôle? La violence verbale et psychologique implique des attitudes et des paroles condescendantes et humiliantes envers la conjointe : crier, menacer, insulter, dénigrer, utiliser le chantage, manipuler, culpabiliser l’autre, etc. La femme est donc portée à se taire, à ne pas s’affirmer, à se culpabiliser et à se remettre en doute, ce qui donne beaucoup de pouvoir à l’autre. C’est à partir de ce moment que la prise de contrôle entre en jeu, puisque la relation n’est plus égalitaire. La violence physique peut se traduire par différentes actions : donner des coups de poing ou des coups de pied, lancer des objets, bloquer le passage, serrer les bras, etc. La personne ayant des comportements violents exerce sa prise de contrôle en créant un climat de peur chez la femme. Elle aura alors tendance à remettre en doute sa sécurité et celle de ses enfants. La violence sexuelle est plus difficile à nommer puisqu’elle fait référence à l’intimité du couple. La notion de consentement est primordiale dans la définition de ce type de violence, car obliger sa partenaire à effectuer des pratiques sexuelles sans qu’elle le désire est considéré comme un acte violent. Il en est de même lorsque la personne humilie sa conjointe, néglige ses besoins et désirs sexuels, la compare à ses partenaires antérieures et à des figures féminines pornographiques. La violence sociale a un impact direct sur l’entourage de la femme. La personne tentera de rabaisser les gens qui sont importants pour la femme, surveiller ce qu’elle fait et à qui elle parle, limiter ses activités extérieures, etc. La personne prendra contrôle de sa conjointe en l’isolant et en restreignant ses activités et contacts sociaux.

La violence économique concerne le contrôle de l’aspect financier. Par exemple, obliger la femme à faire vivre l’autre ou à s’endetter, ne pas renseigner ou donner accès au revenu familial, la forcer à voler ou à frauder, prendre l’argent de l’autre. La personne augmente ainsi son emprise sur sa conjointe en réduisant son autonomie et son indépendance. La violence spirituelle se produit quand toutes croyances spirituelles et religieuses sont remises en doute ou imposées à la femme. La prise de contrôle se fera graduellement et la femme aura tendance à obéir et à se soumettre aux exigences de son conjoint afin de réduire l’escalade de la violence. Si vous craignez pour votre sécurité ou celle de votre enfant, vous pouvez nous joindre 24 heures par jour, 365 jours par année au 819 827-4044 et profiter des services offerts aux femmes victimes de violence ou vivant des difficultés temporaires et à leurs enfants : soutien psychologique, hébergement, groupe de soutien, atelier de sensibilisation, services externe et jeunesse. Pour plus d’informations : www.maisonlibere-elles.ca. Ce mois-ci, nous vous soumettons l’affirmation suivante :

« La toxicomanie et l’alcool peuvent être des causes de violence conjugale » La réponse vous sera dévoilée dans le numéro du mois de juin. Évènement à suivre L’Association des Etudiant(e)s en Techniques Policières du Cégep de l’Outaouais a mis sur pied le projet Sans Violence Pour Elles visant à amasser des fonds pour les 7 maisons d’aide et d’hébergement de l’Outaouais accueillant les femmes victimes de violence ou en difficultés. Une course familiale non compétitive offrant 2 parcours (5 et 10 km) est organisée. Nous vous invitons à y participer le 13 mai 2017 de 9 h à 14 h au Cégep de l’Outaouais (campus Gabrielle-Roy). Pour information ou inscription : http://sansviolencepourel.wix.com/svpe

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DOSSIER SPÉCIAL

PAR CHRISTIAN GOSSELIN

Un mot d’adieu avec Denise Laferrière Denise nous quitte. D’ailleurs, Denise ne quitte pas seulement le conseil d’administration du Portail de l’Outaouais où elle occupe le tout premier siège du conseil et même un des trois sièges du conseil provisoire avant même l’assemblée de fondation le 14 mars 2014, mais Denise quitte également la vie politique comme conseillère municipale du quartier Wright, siège qu’elle occupe depuis dix-sept ans. Elle quitte également la ville de Gatineau pour aller s’installer à Montréal où résident ses trois enfants et ses cinq petits-enfants. Denise Laferrière est née à Saint-Jacques de Montcalm, un petit village près de Joliette dans Lanaudière. Denise est la deuxième de neuf enfants, d’un père agriculteur. Elle adore l’école, elle a une faim de connaissance insatiable, surtout pour l’histoire latine et l’histoire de l’art, mais en réalité, elle a une faim pour tout. Elle est première de classe. Denise prend contact avec le bénévolat très jeune dans différents comités d’écoles et en accompagnant son père, lui-même très impliqué dans la communauté avec qui elle sillonne les rangs pour différentes collectes de fonds. Elle fréquente l’université McGill en expression dramatique anglophone (English Drama), une langue qu’elle a quelque peu appris toute jeune alors qu’elle vendait les légumes familials aux touristes américains sur le bord de la route. L’université ne représente pas en soi un énorme défi, mais comme jeune femme de vingt-trois ans, mère de trois jeunes enfants, oui. En 1980, lors d’un vol d’avion sur le retour d’un séjour en Afrique, c’est à peine enceinte de sept mois que Denise accouche. Un « citoyen du Ciel est né ».

« Je trouve intéressant et stimulant la synergie qui s’installe lorsque des gens autour d’une idée décident de penser et d’agir dans la même direction » Le 30 octobre 1980 marque le début d’une période extrêmement difficile pour la famille Laferrière lorsque le câble principal de l’élévateur à grain dans lequel se trouvait son mari cède, celuici se retrouve depuis paraplégique après cette chute libre de soixante pieds. Mais ce couple aux valeurs honorables et à la détermination féroce passe au travers et continue. C’est pour le travail de son mari, un ingénieur en drainage, que la famille arrive en Outaouais en 1986, à Hull plus précisément. De par sa nature,

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Denise continue son implication, mais cette fois dans différents comités d’écoles à Sainte-Bernadette et à Saint-Rédempteur. Elle sera commissaire d’école pendant treize ans, dont deux à la présidence lors de la fusion des commissions scolaires. Présidente du CLSC de Hull, membre du conseil d’administration du Gîte Ami et de la Pietà avant de se lancer en politique municipale en 1994. Elle ne gagnera pas ces premières élections, mais elle avoue en avoir récolté tout un « kick ». Elle ne se crée encore aucune attente lorsqu’elle affronte Pierre Leduc, un adversaire solide, bien établi. C’est en 2001 par contre où l’enjeu principal est la fusion des villes qu’elle bat Jocelyn Blondin par douze voix seulement. Denise Laferrière est conseillère du quartier Wright depuis ce jour et a très bien su prendre sa place dans l’arène politique municipale de la grande ville de Gatineau, avec ses hauts et ses bas. « Bien entendu, dit-elle, avant au municipal nous demeurions à l’écoute de l’État et de la population, alors qu’aujourd’hui on répond à Québec et beaucoup moins, sinon du tout, à notre communauté. » Aujourd’hui, Denise a soixante-sept ans, le temps est venu de se retirer et de se retrouver parmi ses trois enfants et ses cinq petits-enfants alors qu’elle peut encore jouir de leur présence au maximum. Elle nous partage se sentir privilégiée d’avoir autant reçu de la société et elle sent que maintenant, elle a fait ce qu’elle a pu pour redonner au bien commun, autant par le bénévolat que par la politique. Il est l’heure de mettre plus d’énergie à son bien individuel et de profiter des années qui viennent auprès des siens. Une décision fort louable, je dis. Denise Laferrière aura vécu sa vie en mode solution. « Devant tout défi particulier, il reste vital d’accueillir la situation et d’y trouver une solution. On aura beau lui dire non et refuser de la vivre, mais au détour, on rate l’opportunité qu’elle nous offre de grandir et d’ainsi trouver un sens à sa vie. Il y a un but à la vie, un rôle nous est attribué ; dépasser ses limites et conséquemment, augmenter le niveau de conscience collective, plus près du spirituel. Les biens matériels, ça passe, mais les relations que tu entretiens avec les gens que tu touches dans ton parcours restent éternellement. »

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« Le Portail : Denise, crois-tu que l’humanité coure à sa perte ? – Denise : Non, absolument pas. Il y a eu des moments où je me suis demandé la question, mais avec tous les défis que j’ai pu traverser, surtout avec mon mari, je me dis wow, quelle belle vie, on a grandi. C’est ça la vie. - Le Portail : Quelle est ta perception de l’itinérance ?

– Denise : Le XXIe siècle en sera un spirituel ou ne sera pas. Il semble en effet y avoir un retour important vers l’intériorisation et Dieu merci parce que consommer comme on le fait, ça vide le cœur, ça ne le remplit pas. C’est comme courir après du vent tout le temps. En vieillissant, on a des moments où on doit faire face à l’inévitable, la mort, et à ce qui aura vraiment compté dans notre vie. Je dis merci parce que je suis croyante et que la mort ne m’effraie pas, mais souffrir oui.

– Denise : Et bien avant en campagne on avait les “quêteux” et les villageois répondaient aux besoins. Mais aujourd’hui, ceux dans le besoin sont attirés vers les grands centres urbains et c’est plus caché pour eux. Toutes les grandes villes ont de plus en plus d’itinérance. Ça prend des services. Je suis convaincu qu’avec plus de services adéquats, surtout au niveau de support humain, plusieurs s’en sortiraient. Plusieurs sont en situation d’itinérance depuis tellement longtemps que c’est difficile pour eux de changer leur façon de faire. Ça prend des humains qui aident d’autres humains au niveau humain.

- Le Portail : Partage-nous tes trois valeurs de bases, les premières en tête de liste ?

- Le Portail : Ta réaction quand tu croises un sans-abri ou un mendiant ?

– Denise : L’Amour ne passera jamais, l’Amour est imperturbable, indestructible.

– Denise : Oh, mon dieu, je ne voudrais pas être à sa place, c’est terrible qu’ils se retrouvent là, exclus et surtout jugés. Je crois qu’il ne faut surtout pas en avoir peur, il faut leur parler. Ce n’est pas parce que moi, ma situation est différente que cette personne n’a rien à m’apporter.

- Le Portail : Dernière question Denise, quel message as-tu pour nos lecteurs ?

« La dignité humaine est la même pour moi que pour cette personne, sauf dans nos jugements. » Les différences sont des atouts, le plus de différentes plantes et le plus d’espèces d’animaux sont présents dans une forêt, le mieux c’est. Les différences sont des richesses, il faut en être curieux.

- Denise : 1) L’Amour avec un grand A, plus tu donnes, inévitablement plus tu reçois. 2) La générosité. Et 3) L’attention portée aux plus faibles, prendre le parti des plus faibles. - Le Portail : Quelle est ta philosophie de vie ?

– Denise : Soyez vous-même et travaillez avec discipline votre intériorité. » Denise Laferrière, la Ville de Gatineau te remercie, je suis certain que même tes adversaires te remercient, la communauté te remercie, Le Portail de l’Outaouais te remercie et moi, Christian Gosselin te remercie du plus profond de mon être. On te souhaite que les années qui viennent auprès des tiens t’apportent la santé, la joie, le bonheur, la prospérité et la sérénité, le tout dans l’Amour. Merci Denise.

- Le Portail : On est témoin d’un retrait important de l’État dans le financement en santé et en services sociaux, surtout au communautaire qui dessert les citoyens les plus fragilisés, on fait quoi ? – Denise : Les gouvernements ferment le robinet peu à peu, ils cherchent jusqu’où ils peuvent aller sans provoquer la révolution. Nous au municipal on a le grand avantage de la proximité, on voit la misère, on voit également les efforts que le communautaire déploie avec si peu et on voit bien sûr les résultats. Les gouvernements provinciaux et fédéraux, non, mais malheureusement ce sont eux qui ont les sous. Le budget de la Ville est à 80 % issu des taxes municipales, on ne peut pas toujours augmenter les taxes et pas à ce niveau de besoins non plus. Ici il semble que le B.S., comme on dit, devient un mode de vie permanent, de génération en génération. Avec 635 $ par mois, on les garde en mode survie et très peu de travail est fait sur l’estime, le message demeure “Je ne vaux que 635 $/mois”. - Le Portail : Selon toi, y a-t-il en ce moment un certain éveil de conscience à l’échelle planétaire ?

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ITINÉRANCE ET DÉFIS CONNEXES

PAR CHRISTIAN GOSSELIN

Itinérant en rétablissement Cet article ne reflète pas nécessairement la vision de mes collègues partenaires mais plutôt de mon humble compréhension que peut être cette vision commune en tant que nouvel arrivé dans ce merveilleux monde du communautaire aussi complexe que les défis avec lesquels certains de nos citoyens ont à vivre au quotidien. Elle reflète également ma vision personnelle quant aux solutions possibles face au phénomène de l’itinérance, aussi nombreuses que le nombre de cas différents. Le Portail de l’Outaouais est de prime abord un simple pion dans une tentative de créer, ici en Outaouais, un ruban de service minimal afin que les personnes qui vivent une ou une succession de difficultés plus grandes que leur capacité présente de les surmonter puissent avoir recours à l’aide nécessaire et adéquate et ainsi leur éviter de tomber en chute libre jusqu’au point ultime de la léthargie et du fatalisme. Le filet social, on le sait bien, est sévèrement effrité. Les choix passés et présents des instances décisionnelles continuent de fragiliser ce filet au point où il s’installe actuellement un sentiment d’urgence au sein du monde fragile du communautaire. Ce continuum de service actuellement inexistant est absolument nécessaire. Sans celuici, ces trous de services ont un impact d’annulation quasi total sur les efforts des services existants. Les personnes aidées selon les missions respectives des organismes communautaires actuels tombent et retombent répétitivement dans ces trous et le processus est un éternel recommencement. En somme, sans un filet social adéquat, les énergies et les sommes dépensées le sont beaucoup trop souvent en vain. Toutes personnes qui se retrouvent en situation aussi extrême que l’itinérance y sont arrivés majoritairement du temps par une succession d’évènements malheureux et seule une suite d’étapes vers le haut de l’escalier, soit le retour vers la stabilité, d’abord émotive, peut les ramener vers la maitrise de leur vie et vers la finalité, soit la stabilité résidentielle, parfois autonome, parfois accompagnée selon les cas. Pour certains en effet, un accompagnement est, et sera toujours nécessaire, selon les habiletés et/ou les restrictions de chacun. Pour d’autres, le potentiel d’autonomie est là mais leur situation ou leur état actuel exige qu’un processus vers cette stabilité autonome soit d’abord et avant tout mis en place. Il est naïf de croire qu’on peut prendre toutes les personnes en situation d’itinérance et tout simplement les remettre en logement sans mettre en place ce processus d’étapes selon le rythme de chacun. La tendance actuelle des bailleurs de fonds majeurs propose avec force l’ap-

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proche « Housing first, logement d’abord » comme idée unique, où le financement est majoritairement dirigé vers cette approche ; une subvention directe à la personne pour la relocation en logement en secteur privé (pas toujours bien reçu de celui-ci), avec accompagnement. Un suivi constant et continu les « maintient » en logement. Une excellente approche, certes, mais pas nécessairement appropriée pour tous ni pour toutes les régions et ni pour tous les organismes. Ici en Outaouais, nous avons déjà des organismes fort crédibles qui font un excellent travail en logement accompagné, nous avons donc besoin de plus de financement généraliste alors que d’autres régions, non. Ce que nous revendiquons, c’est de nous laisser la liberté de choisir le ratio dans le financement « logement d’abord VS généraliste selon nos besoins respectifs régionaux et selon les missions et approches de chaque organisme. Les experts c’est nous. Aussi, d’un point de vue purement personnel, c’est réellement ce qu’on veut, prôner le « maintien en logement » à force de suivis et d’encadrements contrairement à l’autonomisation de ceux qui en ont le potentiel, qui ne vivent pas avec des contraintes chroniques incapacitantes permanentes ? De toute façon, pour ceux qui en ont le potentiel mais qui dans leur cheminement n’en sont pas encore là, aucun accompagnement, aussi professionnel et crédible soit-il, ne réussira à la tâche. Il n’y a rien de simple dans le phénomène de l’itinérance et un regard purement scientifique ne résoudra certainement pas le problème comme le laisse croire une démarche comme le « dénombrement en itinérance » pancanadien qui aura lieu ce mois-ci, un projet imposé par le gouvernement fédéral qui ne fait pas l’unanimité des organismes, loin de là. Ceci étant dit, sans banaliser la grande importance du logement ni de l’accompagnement dans l’équation du phénomène de l’itinérance, il est important de comprendre que ce phénomène complexe comporte des nuances et des étapes incontournables si nous voulons maximiser les efforts déployés. Le Portail de l’Outaouais fondé en mars 2014 jouit finalement d’un financement provincial récurrent (PSOC) depuis la fin de l’année 2017. Enfin une base solide, certes, mais malheureusement loin d’être suffisante pour accomplir sa mission. Ce n’est que providentiel que le premier versement de cet octroi nous a été acheminé tard dans l’année fiscale 2017-2018 (novembre) nous permettant de grandes économies en période d’inactivités afin de pouvoir embaucher une intervenante à temps partiel dont le

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mandat principal est de stabiliser un premier noyau de participants-camelots qui agira, par attrait et par effet d’entrainement, au recrutement futur tout comme ce qui se fait au sein des autres magazines de rue. C’est en 2019 que se termine l’entente actuelle 2015-2019 du financement fédéral en itinérance dont nous ne sommes pas encore bénéficiaires, la SPLI. Le Portail de l’Outaouais le désire ardemment, notre survie en dépend. Tout se décidera lors de l’adoption des nouvelles orientations par le fédéral en matière de financement en itinérance suite au fameux « dénombrement ». Il fait l’unanimité des vrais experts, ceux qui sont sur le terrain au quotidien, qui sont au front, les intervenants et intervenantes communautaires, qu’une orientation plus large, plus « généraliste » nous soit accordée et non imposée selon leur perception vue de très haut et surtout, de très loin de la dure réalité de l’itinérance. Un magazine de rue ne travaille pas en termes de « logement d’abord », il est une simple étape, quoique très importante, dans ce continuum de services vers la stabilité émotive et par conséquent, vers la stabilité résidentielle. Le magazine, l’outil, est un tout premier pas de la léthargie et du fatalisme vers l’action dans un but d’autonomisation dans un plan d’action, un cheminement vers l’employabilité.

« En Outaouais 3 000 individus ou famille dépensent de 80 % à 100 % de leurs revenus au logement. » François Roy-président de Logemen’Occupe et de Mon Chez-nous. Placer prématurément quiconque en logement et lui faire subir un Xième échec cause plus de dommage que de bien et ne fait que retarder le processus, sinon l’anéantir totalement. L’Outaouais est très mal desservie en matière d’itinérance. D’ailleurs le seul refuge pour sans-abri étant justement à Gatineau, ville frontalière avec Ottawa, Capitale Nationale du Canada, une jonction majeure en itinérance. Les personnes en situation d’itinérance ne vivent pas en termes de frontières ni de juridictions.

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LE PORTAIL VOUS PRÉSENTE...

La mission et les services du ROHSCO Historique Fondé en 1998 à Gatineau, le Regroupement des OSBL d’habitation avec support communautaire en Outaouais (ROHSCO) agit en tant que catalyseur et mobilisateur auprès de ses membres et de ses partenaires du milieu. Le ROHSCO compte aujourd’hui une cinquantaine de membres, tous œuvrant dans le but de permettre aux populations vulnérables de l’Outaouais d’accéder à une stabilité résidentielle et à une meilleure qualité de vie. En 2018, le ROHSCO célèbrera son 20e anniversaire; restez à l’affut des évènements à venir pour souligner l’occasion. Dès sa création, le ROHSCO avait le statut de coopérative, mais, depuis février 2014, pour des raisons administratives, les services offerts ont été scindés et l’OSBL ROHSCO fut créé. Cependant, la Coopérative de solidarité de services aux organismes d’habitation de l’Outaouais (GRT-ROHSCO) continue d’exister et d’œuvrer à titre de groupe de ressources techniques. Les deux organismes sont situés au 28 rue Caron dans le secteur Hull de Gatineau. L’équipe multiculturelle est heureuse de vous y accueillir pour répondre à vos questions. Mission Le ROHSCO rassemble et accompagne les organismes communautaires de l’Outaouais. Il leur propose un ensemble de services organisationnels axés prioritairement sur les besoins des OSBL d’habitation et d’hébergement qui offrent du logement avec support communautaire aux populations vulnérables de la région de l’Outaouais. Services offerts aux membres du ROHSCO Les services suivants sont offerts aux OSBL d’habitation et d’hébergement membres du ROHSCO Fédération • Représenter les membres auprès des élus et de diverses instances locales, régionales et nationales. • Promouvoir des solutions innovantes quant aux enjeux portant sur le logement communautaire au sein des instances de concertation locales, régionales et nationales. • Offrir de la formation axée sur les besoins des OSBL d’habitation tant en matière de gestion immobilière, sociale que de gouvernance. • Offrir des produits et services mutualisés avec le concours du RQOH (programme Assurance SEKOÏA, J’ai un plan, Centre de service…). • Accompagner les directions et les conseils d’administration pour des enjeux ponctuels.

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• Accompagner les directions et les conseils d’administration auprès des bailleurs de fonds menant à l’acceptation de plans de redressement réalistes et atteignables. • Mettre à jour les statistiques régionales pour dresser un portrait complet et évocateur du secteur du logement communautaire en Outaouais. • Accompagner les groupes pour l’amélioration de la vie associative des membres. • Coordonner des projets à portée régionale sur le thème de l’habitation. • Coordonner les comités de résidences pour personnes âgées. • Coordonner les activités SPLI 2015-2019 à Gatineau. • Collaborer aux instances et participer aux activités du RQOH. Finances • Administrer la tenue de livres et la comptabilité. • Procéder aux paiements de factures. • Comptabiliser les paies (traitées par un tiers). • Préparer les prévisions budgétaires. • Préparer les livres comptables pour les vérifications annuelles. • Procéder aux analyses financières. • Élaborer les divers rapports destinés aux instances gouvernementales et autres. • Accompagner l’élaboration du contenu financier pour les demandes de subvention. • Rencontrer les conseils d’administration pour les outiller à mieux comprendre la santé financière et les enjeux de leur organisme. Gestion sociale • Développer des partenariats avec les organismes communautaires du milieu. • Consolider, organiser et coordonner la Table de concertation des intervenants en soutien communautaire en habitation de l’Outaouais. - Faciliter le partage et le développement des meilleures pratiques. - Développer des outils pour faciliter le travail des intervenants en soutien communautaire. - Optimiser les ressources du milieu pour favoriser l’apprentissage axé sur l’expérience terrain. • Coordonner des projets de recherche et de développement portant sur le logement et le soutien communautaire. • Mettre à jour les règlements d’immeuble ainsi que les règlements généraux des membres. Pour plus d’information, merci de consulter notre site internet au http://rohsco.rqoh.com

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LE MOT DU CRIO

PAR JANICK ALLYSON

Le plus récent plan d’action gouvernemental « pour l’inclusion économique et la participation sociale »: entre beaux mots et laissés pour compte En décembre dernier, le gouvernement québécois a lancé son troisième plan de lutte à la pauvreté. Après les échecs des deux plans précédents, censés répondre aux objectifs de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale, ce lancement était attendu de pied ferme par les différentes organisations qui travaillent à la lutte à la pauvreté. D’abord, mentionnons que l’objectif du plan d’action, qualifié par Philippe Couillard « d’ambitieux », est déjà grandement insuffisant. Alors que l’on compte, avec ces mesures et actions, sortir 100 000 personnes de la pauvreté, c’est en fait 800 000 individus au Québec qui ne peuvent couvrir leurs besoins de base. On a aussi une compréhension faussée de ce qu’est « sortir de la pauvreté », jouant avec différents indicateurs et oubliant bien des choses dans les calculs. La mesure qualifiée de plus « révolutionnaire », c’est-à-dire l’introduction d’un revenu de base pour les individus ayant des contraintes sévères à l’emploi, comporte une attrape de taille : ces individus devront patienter au moins cinq ans et demi, avant d’avoir accès à ce revenu de base, afin « d’évaluer la persistance des limitations ». En clair, il est question de maintenir des citoyens en situation de pauvreté pendant des années, afin qu’ils prouvent leur incapacité à retourner au travail et « méritent », enfin, de pouvoir répondre à leurs besoins de base. On a d’ailleurs une définition bien réduite de ce qu’est une contrainte sévère à l’emploi : plusieurs problématiques de santé mentale, de dépendance ou d’exclusion sociale n’y figurent pas.

traintes pour les personnes déjà en situation de précarité, incluant de potentielles pénalités financières. Ce programme risque de mener plusieurs personnes encore plus profondément dans la pauvreté, et ce, de façon obligatoire. Plusieurs autres mesures sont aussi des incitations au travail : augmentation du montant de l’exemption des revenus de travail, formation et développement de compétences, services aux entreprises pour attirer et retenir de la main-d’œuvre, etc. Quant à ceux qui ne seront pas sur le programme Objectif Emploi, en plus de ne pas avoir de contraintes sévères à l’emploi? Ce n’est pas mentionné. Ils sont laissés pour compte. On pourrait parler encore longtemps des lacunes de ce plan, qui sont variées et nombreuses, mais on peut aussi le résumer comme ceci : ce n’est pas un plan de lutte à la pauvreté. Il s’agit, purement et simplement, d’un plan d’incitation au travail. Il semble impossible de concevoir, pour les dirigeants responsables de ce document, que la « participation sociale » puisse passer par autre chose que l’emploi : la participation à une vie de quartier, la culture locale, l’entraide ou le bénévolat sont vastement sous-considérés. Nous avons donc de « bons et gentils » pauvres, qui tentent de travailler ou qui ont prouvé qu’ils n’y sont pas aptes, et les « mauvais et méchants » pauvres, qui ne méritent pas de couvrir leurs besoins de base. Il y a fort à parier que ce plan d’action ne fera pas du Québec une société plus juste. Solidairement

Une autre mesure promue par ce plan implique une hausse des prestations pour les individus qui participent au programme Objectif Emploi. D’abord, restons prudents : cette hausse est bien mineure, puisqu’elle ne permettra pas de couvrir plus de 55% des besoins de base fixés par la mesure du panier de consommation. Elle est aussi bien sûr conditionnelle à la participation à un programme qui a une approche punitive et pleine de con-

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MODE DE VIE SAIN

PAR MARIE-CLAUDE BÉNAZET

Autre chose, plus grand, plus beau !

Je me souviens d’avoir entendu, lorsque j’étais adolescente et impressionnable, que le XXIe siècle serait spirituel ou qu’il ne serait pas. Cette phrase est généralement attribuée à Malraux, ce n’est donc pas moi qui l’ai inventée. Je me souviens du sentiment de stupeur et d’espoir aussi que cette phrase a fait naitre en moi. Se pourrait-il que quelque chose de majeur arrive dans ce monde qui nous sortirait de ce marasme gris, morne et sans mystère dans lequel il me semblait que nous pataugions? La pensée unique consensuelle était déjà bien présente dans les années 1970 et sans le comprendre, je me sentais déjà écrasée par elle. L’émerveillement de l’Enfance était tranquillement aspiré de l’âme par la pensée plombée, par la peur. Désolée Mickey Mouse, ton plastique fluo n’avait pas réussi à remplacer le pétillement doré de l’Enfance! Pour ajouter à cela, je me souviens aussi d’avoir été très impressionnée d’entendre que le plus grand tour du Malin était de nous avoir fait croire qu’il n’existait pas. Je me souviens de nuits de terreur comme enfant; j’avais peur du diable. De plus, il se cachait et personne n’était plus au fait de son existence. Ah, le meilleur tour qui soit! Heureusement, le merveilleux « Course in miracles » et son leitmotiv que c’est l’amour qui est à l’opposé de la peur a été pour moi la première fleur de paix dans le jardin de ma jeune âme tourmentée. J’ai compris que si je pouvais laisser naitre en moi cette source d’amour infini, le diable, le regard divisé par la dualité serait épongé par cette présence. Mais bon, c’est une seule fleur, et il y a une terre entière intérieure à faire fleurir! Comment faire pour changer la donne, sortir des peurs de la vie, de l’autre, et plonger dans le courant merveilleux de la vie ?

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En écoutant un peu les nouvelles, on peut être tentés de croire qu’il n’y a pas vraiment d’espoir pour ce XXIe siècle. Nous sommes collectivement en train de nous frapper contre le mur du nonsens, semble-t-il. Les mots comme « fraternité humaine » semblent être vides de sens surtout, lorsque collectivement, nous semblons nous emmurer derrière des murs de peurs, de préjugés, de colère et surtout d’inconscience. Pour terminer mon petit débordement, je me rappelle le livre qui m’avait le plus frappé dans ma jeunesse, c’est « L’audace de vivre » d’Arnaud Desjardins. Le titre aussi m’avait frappé, car il résumait parfaitement bien le propos dans une maxime que j’ai tenté d’adopter. Je voulais vivre libre de peurs et de haine et de colère. Je voulais vivre dans la paix du cœur et dans la confiance. Cette confiance demande une ouverture vers autre chose, vers plus grand, plus beau. Cela demande aussi de l’audace, l’audace de sortir de nos boites noires fermées solides qui nous projettent un monde triste, dur, injuste, souffrant. C’est aujourd’hui le XXIe siècle et c’est l’heure! C’est le temps où jamais d’ouvrir nos boites noires, de sortir de nos peurs, d’aller à la rencontre de l’autre sans préjugé, et de nous élancer dans la vie comme des enfants confiants, joyeux, solidaires et créatifs. C’est l’heure aussi d’oser écouter autre chose en nous que cet imposteur caché derrière notre regard qui nous fait croire que l’autre est dangereux et qui nous fait oublier que l’autre est un peu nous-même aussi. En ce printemps, osons laisser s’élancer la plus belle part de nos êtres, la plus tendre, la plus vivante et osons prendre le risque d’être secoués par la vie, d’être surpris par l’Inespéré. C’est ce que je nous souhaite à tous!

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LES BILLETS DE C

PAR CAROLE VERDON Auteure

Réseaux sociaux ou antisociaux ? On dit des réseaux sociaux que ce sont des regroupements d’individus ou d’organisations qui discutent, parlent, échangent entre eux, et qu’on y partage souvent des opinions et des idées. On dit aussi qu’il existe plusieurs « familles » de réseaux sociaux. Eh bien, pourrait-on dire que dans certaines familles de réseaux sociaux, les gens sont plus enclins à chialer, insulter et rudoyer ? J’ai moi-même une page Facebook, mais je ne suis pas vraiment active. J’avoue que cela me permet parfois de suivre certaines activités de gens qui me sont chers, ou alors, d’apprendre une bonne comme une mauvaise nouvelle. Ce fut le cas en mars dernier, lorsqu’une amie québécoise résidant en France a perdu sa belle-fille de façon tragique. Elle s’est noyée en tentant de sauver le chien de ses amis tombé à l’eau. Sur sa page Facebook, mon amie a écrit un message pour exprimer sa douleur mur à mur. Son message était direct, touchant, bouleversant. C’était la première fois que je lisais un message de souffrance aussi direct, aussi poignant, aussi vrai. Ses paroles étaient remplies d’amour et de chagrin. Elle y a écrit : Pourquoi es-tu partie ? Non, je ne veux pas que tu sois morte ! Puis, le lendemain, elle a réécrit un autre message pour dire qu’elle avait eu beaucoup de témoignages de soutien qui l’avaient beaucoup touchée, mais qu’une personne avait été choquée qu’elle étale sa souffrance. Non mais je rêve !!! Comment peut-on reprocher à quelqu’un de souffrir et d’exprimer sa douleur ? Où est la compassion ? Parler de sa souffrance permet de l’évacuer et c’est un pas vers la guérison. Malheureusement, sur les réseaux sociaux il manque de filtres. Tout y est, la terre et la boue, et on l’éclabousse au visage. Pouvons-nous être tout simplement humains et compréhensifs ? Et puis il y a quelques jours, alors que je lisais un article sur le fil de nouvelles de mon cellulaire, j’ai lu les commentaires des gens en réponse à l’article d’un journaliste. D’où vient toute cette hargne, cette rudesse, cette corruption du langage ?

Réseaux sociaux ou antisociaux ? Avoir des opinions différentes, c’est normal. Mais il y a une limite entre lire l’opinion d’une internaute et lui cracher son venin parce qu’on n’est pas d’accord avec elle. Ici se pose la question : comment instaurer le « vivre ensemble » avec nos différences ? Car nous sommes tous différents. Heureusement que nous avons un code de la route, sans quoi ce serait le chaos total. De même pour les enfants, il est important de leur enseigner comment développer des comportements pour vivre en société. Oui, il y aura toujours des individus qui vivront en marge de la société, mais ici, je fais référence à un comportement décent à adopter, à un langage respectueux à développer. Où sont nos règles de bienséance ? Où est le savoir-vivre ? Pouvons-nous aborder l’autre sans le gifler ? Quand vont cesser les faux pas inconvenants, les discours médisants, les propos injurieux, les moqueries et les grasses insultes ? Avons-nous perdu notre «common sense» ? Où sont passés la bienveillance et le respect ? Réveillons-nous ! Il est temps de baisser les armes, il est temps de faire preuve de considération, il est temps d’écouter l’autre pour mieux comprendre son point de vue. Sur Wikipédia, on peut lire : Le comportement antisocial est un comportement manquant de considération pour les autres individus et susceptible d’être préjudiciable à la collectivité, aussi bien intentionnellement que par négligence. Alors je pose la question : réseaux sociaux ou antisociaux ? Suggestion : Une entrevue avec les philosophes et auteurs Éric-Emmanuel Schmitt et Frédéric Lenoir, dans le cadre de l’émission Second Regard, du 19 mars 2017. Ils y parlent de tolérance, d’accueil et de vivre ensemble, et y partagent leurs visions du monde. (Facile à trouver sur Google).

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UNE PAGE D’HISTOIRE D’ICI

PAR MICHEL PRÉVOST D.U., président de la Société d’histoire de l’Outaouais

Les origines du nom Gatineau Vous serez sans doute surpris d’apprendre que l’on ne connait pas encore l’origine exacte du nom Gatineau. En effet, malgré les nombreuses recherches, on ne sait pas encore avec exactitude la provenance du nom Gatineau, qui est pourtant notamment associé à la quatrième plus grande ville du Québec, à l’un des plus importants affluents de la rivière de l’Outaouais et à un magnifique parc de verdure. Cela dit, les écrits nous mettent sur de bonnes pistes et l’on peut penser que l’origine la plus probable serait un rappel du nom de Nicolas Gatineau. En revanche, il ne faut pas rejeter la possibilité que Gatineau porte plutôt le nom des deux fils de Nicolas qui faisaient le commerce des fourrures dans un poste de traite à l’embouchure de la rivière. Pour compliquer les choses, le nom serait peut-être d’origine amérindienne. Bref, en histoire les choses ne sont pas toujours coulées dans le béton. Un fait cependant se révèle certain, contrairement à ce que l’on a longtemps affirmé, Nicolas Gatineau ne s’est pas noyé dans la rivière Gatineau, mais il est bel et bien mort dans un lit d’hôpital. Un document d’archives le prouve hors de tout doute. Les débuts Le grand explorateur Samuel de Champlain est le premier Européen en 1613 à reconnaitre la rivière Gatineau, mais il ne la nomme pas. En 1721, l’arpenteur Noël Beaupré fait le procès-verbal de la rivière, mais ne lui donne pas de nom. Bref, on ne pense pas que le toponyme Gatineau a été utilisé en Nouvelle-France. C’est en 1783 que la rivière est mentionnée sous la forme de Letenoe, puis Gatenno en 1831 sur un plan du lieutenant-colonel John By, l’ingénieur royal responsable de la construction du canal Rideau. La même année, le nom de Gatineau, comme utilisé de nos jours, figure sur une carte de William Henderson. Gatineau apparait également sur une autre carte dessinée en 1861 par Thomas Devine. Par la suite, le grand cours d’eau demeure toujours désigné comme étant la Gatineau.

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Les origines Si le nom de Gatineau est utilisé en Outaouais depuis plus de 175 ans, les origines du nom demeurent plus nébuleuses. Pour la majorité des sources, Gatineau rappelle Nicolas Gatineau ou Gastineau, dit Duplessis (1627-1689). Notable de Trois-Rivières, ce dernier préférait faire la traite des fourrures, sans doute plus lucrative, plutôt que d’occuper son poste de notaire. De la rivière Saint-Maurice, on peut joindre la rivière Gatineau et c’est ce qui explique que Gatineau se rendait jusqu’en Outaouais. Pendant longtemps, on pensait que ce marchand de fourrures s’était noyé dans la rivière qui rappelle son nom. On sait maintenant que Gatineau est mort dans un lit d’hôpital, à Québec. D’autres sources affirment que Gatineau tire plutôt son origine du nom des fils de Nicolas, Louis Gatineau (1674-1750) et Jean-Baptiste Gatineau (1671-1750) qui avaient établi, à la fin du XVIIe siècle, un poste de traite à l’embouchure de la rivière Gatineau, qui deviendra par la suite Pointe-Gatineau. Ainsi, le toponyme rappellerait peut-être plus les fils Gatineau que le père. C’est plausible, mais impossible à prouver hors de tout doute. Pour compliquer les choses, pour certains, ce nom n’a aucun rapport avec les Gatineau, père ou fils, mais serait plutôt une déformation des noms « àgatinung » et « nàgàtinong ». On peut lire ces noms d’origines amérindiennes sur des cartes manuscrites du trafiquant de fourrures et auteur, Jean-Baptiste Perrault, dressées vers 1830. Lorsque l’on connait l’importance de la présence des Premières Nations sur les cours d’eau pendant des millénaires, on ne peut pas écarter du revers de la main une déformation possible de mots aux racines amérindiennes. Bref, la majorité des sources convergent vers Nicolas Gatineau, mais il reste une zone grise. Cela dit, les historiens trouveront peut-être un jour la racine véritable de Gatineau, mais je ne crois pas que c’est pour demain. Pour mieux connaitre l’origine du nom Gatineau, voir la Commission de toponymie du Québec, dictionnaire illustré des noms et lieux du Québec et le site web de la Commission : http://www.toponymie.gouv.qc.ca/ct/accueil.html.

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UN JOUR J’...

PAR CATHERINE-ÈVE BELLEMARE Auteure

Un froid qui tue Un jour, je me suis enfermée à l’extérieur de chez moi et j’ai réellement compris le sens de l’expression « un froid qui tue ». Je devais me rendre chez des amis et j’étais déjà en retard. Je pouvais apercevoir mon jeu de clé à travers la fenêtre. J’avais enclenché le moteur de ma Jetta à distance avant d’enfiler mon manteau et j’avais fini par oublier mon trousseau sur la table du salon. Je n’avais pas pris le temps de mettre un foulard et mes cheveux, encore légèrement humides, semblaient se solidifier sur ma tête à mesure que j’observais ma voiture se vider d’essence. Peut-être n’étais-je pas destinée à assister à ce dîner, mais je devais tout de même trouver une façon de rentrer à l’intérieur, où d’ailleurs, j’avais également oublié mon cellulaire. Mes voisins immédiats n’avaient pas répondu. Et donc, j’ai pensé au dépanneur, celui à deux kilomètres de chez moi. Je n’avais pas tellement le choix. Je pouvais sentir la pointe de mes oreilles passer du chaud au froid en alternance douloureuse, au fil de mes pas s’enfonçant toujours un peu plus profondément dans la neige et du vent, décidément prêt à me décimer le visage. La brûlure était telle que j’en avais oublié le reste de mon corps. J’apercevais peu à peu l’enseigne clignotante du dépanneur quand mon regard avait croisé celui d’un itinérant, assis, accompagné de son chien, à quelques mètres de l’entrée. Ses pupilles s’étaient alors agrandies avant qu’il ne se mette à rire. J’avais jeté un coup d’œil autour de moi. Je ne comprenais pas. Une fois à l’intérieur, une vague de picotements m’avait submergé l’épiderme, au moment où je m’étais approchée du comptoir. Je commençais à déboutonner mon manteau quand le commis m’avait lui aussi, présenté un sourire des plus proéminents. - Elle ne vous a pas manqué, en tout cas. -… - La tempête. Le commis avait à ce moment, pointé du doigt le dessus de ma tête, son sourire toujours plus grandissant. Je m’étais approchée du présentoir en vitre près de la caisse, scrutant mon reflet à travers les cartes de hockey. Un amas de flocons frôlant les cinq centimètres avait pris place au seuil de ma tête, me donnant vaguement l’air de l’abominable homme des neiges. J’avais secoué

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vigoureusement le crâne de droite à gauche, causant inévitablement la destruction de la pyramide fondante. - Je peux utiliser votre téléphone? Cachée du mieux possible sous mon collet en feutre, j’étais ressortie du dépanneur pour attendre la venue de Paul, l’instant d’une cigarette. L’itinérant que j’avais aperçu quelques instants plus tôt, lançait une balle de tennis à son chien lorsque nos regards s’étaient croisés à nouveau. Toujours assis, il m’avait tendu un bonnet en tricot de laine, avant de me dire : - Votre pyramide aura une meilleure fondation. J’avais souri. - C’est gentil, mais je n’en aurai pas besoin, j’attends quelqu’un pour me ramener chez moi. Et sans un mot, l’homme avait remis le bonnet sur sa tête. - Je me suis embarrée dehors. - Sans doute pas la meilleure journée! - Si vous saviez… Forcément, il savait. Et alors que je savourais les derniers effluves de ma cigarette, l’homme avait refait le même geste, son bonnet tourné dans ma direction. - J’en ai d’autres, prenez-le. Son sourire était franc et sa considération à mon égard tellement inattendue qu’elle avait suffi à me convaincre d’accepter. - Il a l’air chaud. - C’est moi qui l’ai fait. Puis, j’avais aperçu la voiture de Paul, qui en était ressorti afin de m’ouvrir la porte du côté passager. Une fois assise, j’avais ensuite abaissé ma vitre, en prenant soin que l’homme au crâne à découvert, s’aperçoive que le mien ne l’était plus. Et soudain, le froid s’était éteint.

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PLACE AU CITOYEN Ce que tu cherches te cherche aussi. J’ai su, très jeune, que je ne cadrais pas dans ce qu’on m’offrait comme mode de vie. Je regardais mon père aller et ça résonnait mal en moi, quelque chose clochait. Sans pouvoir à l’époque être capable de le nommer ainsi, il semblait manquer quelque chose d’essentiel, de plus grand, de plus pur et ça me faisait souffrir profondément. J’ai compris assez vite que la carotte qu’on nous tend au bout du nez ne suffirait jamais. Comme tout adolescent, j’étais en révolte, mais quelque chose au plus profond de mon être me disait qu’il devait nécessairement y avoir autre chose, mieux. J’ai travaillé très fort à le trouver, ou plutôt à combattre ce qui ne l’était pas, longtemps, trop longtemps. J’ai beaucoup souffert. Je l’ai cherché partout sauf là où il était - en moi. J’ai finalement trouvé ce que, si désespérément, je cherchais. En cet endroit caché derrière une porte si étroite, j’ai trouvé la droiture, la paix, la joie gratuite sans contraire et le calme intrinsèque. J’apprends tranquillement à les reconnaître, à les toucher, j’apprends à les vivre, j’apprends à Être, et ce, malgré tous les vents contraires.

L’éternelle insatisfaction Les biens matériels, idéalement gardés au strict minimum, sont là pour vous soutenir dans votre quête à découvrir votre véritable mission de vie et l’accomplir. Les biens matériels ne doivent en aucun temps devenir votre mission de vie. S’ils le sont, ils entraveront férocement cette quête à découvrir ce qu’est justement votre véritable mission de vie. Vous seriez alors dans une quête sans fin, sans fond et fort douloureusement décevante, assoiffé et pris au piège de l’éternelle insatisfaction. Aimé Sansoucis

Jeansuis Sauvé.

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ENJEUX

PAR MÉLANIE LAFONTAINE Intervenante de première ligne

« Le communaterre » On a tous dit un jour que pour travailler au communautaire, « faut l’avoir de tatoué sur le cœur ». On l’a toutes et tous scandé avec aplomb. Malgré les salaires qui frisent souvent le ridicule, les avantages sociaux rarissimes et les plans de pension généralement inexistants, on est persuadé qu’on ne pourrait s’épanouir professionnellement ailleurs. Renonçant sans regret à nos appellations professionnelles, troquant la psychoéducatrice par l’intervenante sociale et la T.S. pour l’agente de réinsertion sociale. Ainsi, dans le milieu du non lucratif, peu importe l’expérience, la provenance ou encore la scolarité, pas mal tout le monde a la même valeur et se sent respecté. En effet, les revenus et conditions de travail sont très comparables d’un organisme à un autre et on se fait souvent pointer qu’on pourrait gagner davantage et que nos contrats de travail pourraient être mieux adaptés. Certes, quand arrivent les factures, de ça, on en a une très bonne idée… idée qui heureusement est rapidement écartée; on se dit que pour un temps, ça ne sera pas si tragique. On se répète alors souvent entre nous qu’œuvrer dans le communautaire, c’est une vocation en soi. On y reste par amour, par principe ou par solidarité, voir pour tout ça à la fois. On veut marcher aux côtés des personnes pour qui les approches ou interventions plus classiques ont besoin d’être adaptées. On est la plupart du temps aux premières loges, en plein cœur de l’action; un café à leur table ou une cigarette sur leur balcon, on a parfois de la difficulté à partir, qu’ils aimeraient que leur pied demeure bien ancré dans le cadre de porte. Le communautaire est souvent perçu comme étant le filet de sécurité ultime pour les personnes depuis trop longtemps seules, tentant de maintenir leur fragile restant d’équilibre, souvent à contre-courant. On devient bien souvent ce qui remplira le vide laissé par un entourage souvent disparu. L’information, nous on l’a directement, de la bouche même de ceux et celles à qui elle touche directement. Cette proximité facilite la mise en place d’actions qui visent à soutenir le développement de nos communautés de même que l’amélioration des conditions de vie de ceux que nous épaulons. Mais quand des plaies à ce point vives l’ont été trop longtemps, malgré notre proximité et notre agir différent, les panser à répétition ne sera plus suffisant et il faudra que la population réagisse, car des services devront appuyer ceux d’un réseau collectif de plus en plus fatigué… De plus en plus, dernièrement, on se fait presque un devoir de rappeler qu’encore maintenant, le communautaire comporte encore son lot d’avantages; flexibilité dans nos horaires, latitude dans nos approches, adaptabilité dans nos interventions, solidarité sur le terrain, etc. « Notre cher communautaire, il faut l’avoir de tatoué sur le cœur »… me semble que cette phrase, elle ne sonne plus comme avant. Faut l’aimer notre cher communautaire, quand il arrive après tout ce temps, que certains partenaires nous ignorent catégoriquement lorsqu’on propose une alternative à l’abstinence et qu’on parle plutôt de réduction des méfaits… Oui, il faut s’être départie de notre égo quand parfois un simple piercing ou une mèche de cheveux bleus nous enlèvent

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toute crédibilité… Notre égo reste caché quand pour nous, ferventes défenseures de l’approche humaniste, approche fréquemment considérée comme si aucune rigueur n’y était rattachée. Faut avoir une bonne estime de soi lorsque, lors de rencontre multidisciplinaire, nos propositions de faire autrement soulèvent de petits sourires en coin un peu trop condescendants. On ravale tout ça lentement, la boule dans la gorge passant de moins en moins aisément. On se répète que ce n’est pas grave, parce qu’en fait ces preuves-là, c’est aux personnes qu’on accompagne qu’on les doit. N’avons-nous pas clamé plus d’une fois l’importance dans la vie de choisir ses batailles? Bien me semble qu’aujourd’hui, ces batailles arrivent trop souvent. Ça commence à être lourd, ce perpétuel sous-financement. Faire des miracles avec rien, on se le fait souvent répéter et on s’est toujours dépassé afin de pouvoir réussir à s’organiser. Cela n’empêche pas les services publics de continuer à diminuer et par le fait même, nous oblige encore à pallier. Ces trop nombreux trous de services commencent à être lourds à porter, car s’obliger à devenir des spécialistes de tout, ce n’est pas bien aidant. De par notre nature d’intervenants, on ne peut qu’être conscient que nos partenaires du secteur public subissent aussi les contrecoups du grand vent… On se dit quand même parfois honteusement que ça doit être moins pénible d’être fatigué quand le salaire double les nôtres et que tes assurances te permettront de reprendre ton souffle un moment… Oui, mesquin comme conception puisque nous sommes très conscientes que nous avons fait nos propres choix. Ce choix, dernièrement, on se l’explique de moins en moins bien, car à aucun moment, on nous a demandé si on voulait le porter à bout de bras. Mais oui, on le voit bien, que nos conditions de plus en plus précaires sont directement liées au désordre insensé qui perdure dans le secteur de la santé. Une panoplie de programmes saccagés, de services de moins en moins organisés, de listes d’attente qui n’en finissent plus d’augmenter, de subventions tellement minimes que c’est presque gênant d’en parler. Ces quelques exemples illustrent bien des vérités; on nous demande de faire plus avec moins et de le faire vite fait. Prends-en plus, mais prend pas ton temps. Les demandes d’aide ne cessent d’augmenter, résultant du massacre d’un système perturbé. Ici et là, un collègue qui part se reposer. Après quelques mois, on s’aperçoit soudainement que ni lui ni le précédent ne seront réintégrés. Les leaders de bataille se font de moins en moins présents. Eux qui se sont battus jusqu’au bout, nous semblent aujourd’hui presque résignés. Leurs regards jadis pleins de verve et d’éclat nous semblent soudainement changés. On cherche l’espoir partout, mais il est de plus en plus difficile à trouver. Mais combien de temps peut-on porter à bout de bras un poids de plus en plus lourd et de moins en moins partagé? On dit souvent de nous que nous sommes des cordonniers mal chaussés. À mon avis en ce moment, une majorité semble plutôt piétinée sur place, complètement déchaussée… faut dite que ça fait un peu peur de penser qu’on pourrait subitement un jour juste soudainement s’immobiliser.

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LETTRE D’OPINION 8 MARS 2018 PAR MATHIEU FRAPPIER COORDONNATEUR DU RÉSEAU SOLIDARITÉ ITINÉRANCE QUÉBEC TRISTAN OUIMET-SAVARD COORDONNATEUR DES DOSSIERS POLITIQUES, REGROUPEMENT DES AUBERGES DU CŒUR DU QUÉBEC

Dénombrement national des sans-abri : un exercice périlleux L’exercice de dénombrement annoncé par le Ministère de la santé et des services sociaux le 24 avril prochain dans 11 régions nous semble davantage un exercice de relations publiques que d’une aide réelle pour décrire la réalité de l’itinérance au Québec. Le chiffre obtenu à la fin de l’exercice est peu utile et réduit le portrait d’une réalité complexe qui existe à l’année à un instantané d’une nuit. Que nous apporte réellement ce chiffre en matière de réduction et surtout de prévention de l’itinérance ? Une photo imparfaite L’exercice proposé est essentiellement une photographie d’un moment isolé dans des lieux déterminés. De nombreux lieux ne seront pas visités, des régions entières sont exclues et les bénévoles qui mèneront l’exercice vont identifier les personnes sur la base de critères minimalistes relevant de l’archétype de la personne itinérante, tel que présenté dans le cadre d’une formation succincte. En raison de la méthodologie retenue, un grand nombre de personnes en situation d’itinérance cachée, épisodique et situationnelle seront écartées et, de ce fait, «invisibilisées» (notamment les femmes, les jeunes, les autochtones, les personnes issues de communautés culturelles). Cet effet risque d’être particulièrement important en région où les stratégies de survie déployées par les personnes font en sorte qu’elles ne sont pas « visibles ». Rappelons que Statistiques Canada révélait qu’en 2014, 8 % des Canadiens âgés de 15 ans et plus ont déclaré avoir déjà eu à vivre temporairement avec la famille, des amis, dans leur voiture ou n’importe où ailleurs à un moment donné de leur vie, car ils n’avaient nulle part où aller. Parmi ces personnes qui ont vécu un épisode d’itinérance cachée, environ 1 personne sur 5 (18 %) l’a vécue pendant au moins un an et 55 %, pendant moins d’un an, mais plus d’un mois. L’effet du chiffre En mars 2015, ce sont 3016 personnes itinérantes qui ont été dénombrées à Montréal. Si on regarde le cas du Refuge des jeunes de Montréal, on y a compté 28 jeunes hommes en situation d’itinérance, alors qu’en une année, ce sont plus de 600 jeunes hommes différents accueillis, soit 20 fois plus. Ce n’est qu’un exemple de l’effet réducteur du chiffre du dénombrement.

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Nous sommes d’avis que les résultats obtenus comportent des risques réels s’ils servent à mesurer l’ampleur du phénomène et son évolution dans le temps. À titre d’exemple, si on dénombre 2400 personnes en avril 2018 à Montréal, se félicitera-t-on d’avoir réduit l’itinérance? Alors que les refuges montréalais, notamment pour les femmes, ont continué de déborder tout l’hiver, que les Auberges du coeur continuent de refuser des centaines de jeunes chaque année pour cause de manque de places. Pourquoi cette concentration sur l’itinérance visible qui occulte l’existence et l’ampleur de l’itinérance cachée ? Et pourquoi toutes ces ressources pour un dénombrement alors que d’autres portraits et d’autres indicateurs sont possibles ? Les chiffres marqueront l’imaginaire des décideurs, des médias et de la population en général, et nous craignons qu’ils orientent faussement les perceptions et les actions publiques en matière d’itinérance. Cela entraînera par voie de conséquence le financement ciblé de mesures visant à réduire et prévenir certaines réalités plutôt que d’autres, soit les plus visibles. Conclusion Le Portrait réalisé par le Ministère de la Santé et des services sociaux en 2014 était plus adéquat, car il visait notamment une analyse des données des ressources sur une année et l’analyse des facteurs de défavorisation augmentant les risques d’itinérance. Le prochain Portrait, prévu pour 2020, est porteur de résultats pertinents, cependant ceux-ci risquent fort d’être occultés au profit d’une donnée unique, à savoir le chiffre issu du dénombrement. Face à ces constats, il aurait été judicieux que les fonds accordés au dénombrement soient plutôt investis dans des portraits plus complets tel que celui prévu pour 2020, dans l’amélioration des conditions de vie et dans les services de soutien et d’accompagnement dont les personnes ont besoin. Pour info : Mathieu Frappier Cel. (514) 662-4733 coordination@rsiq.org

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besoin. Pour info : Mathieu Frappier Cel. (514) 662-4733 coordination@rsiq.org Le Réseau SOLIDARITÉ Itinérance du Québec (RSIQ) est depuis 1998, le regroupement par excellence en matière d’itinérance au Québec avec 14 concertations régionales qui représentent plus de 350 organismes communautaires. Il est reconnu comme le porteur du projet de Politique globale en itinérance de même que pour son travail lié au financement des organismes, notamment au niveau fédéral avec la Stratégie de partenariats de lutte à l’itinérance (SPLI).

Le Réseau SOLIDARI regroupement par e concertations région communautaires. Il globale en itinéranc organismes, notamm partenariats de lutt

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Le Regroupement des Auberges du coeur du Québec représente 30 maisons d’hébergement communautaires pour jeunes en difficulté et sans abri ou à risque de le devenir réparties dans dix régions du Québec. Les Auberges du coeur hébergent et soutiennent chaque année 3000 jeunes âgés entre 12 et 30 ans et doivent en refuser autant, généralement faute de places. Ces chiffres ne reflètent qu’une partie des besoins des jeunes itinérants ou à risque de le devenir pour le type d’hébergement et de soutien que nous offrons considérant les territoires où de telles ressources sont inexistantes. Au total, les Auberges du coeur offrent plus de 300 lits en maison d’hébergement et, plus de 150 autres places en appartements supervisés ou logements sociaux.

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L’HABITATION

PAR LE ROHSCO

Atelier mobile sur l’appropriation collective de l’habitat et la collaboration d’associations pour s’approprier le logement Pour ce mois d’avril 2018, le secteur de l’habitation de la région sera mis à l’honneur, car l’Association canadienne d’habitation et de rénovation urbaine (ACHRU) célèbre son 50e anniversaire en organisant le 50e congrès pancanadien sur l’habitation et l’itinérance. Cette année, ces quatre jours de formations et de réseautage auront lieu à Ottawa du 24 au 27 avril. Pour cette occasion, mais aussi pour cette année marquant le 20e anniversaire du ROHSCO, chercheurs, activistes et acteurs clés de l’Outaouais se sont rassemblés afin de faire valoir les initiatives d’habitation et d’hébergement de la région. Parmi les ateliers mobiles qui seront organisés, notons que le 25 avril en après-midi, chercheurs, historiens, leaders du milieu communautaire et de l’habitation et congressistes marcheront un parcours sociohistorique dans le Vieux-Hull afin de se sensibiliser sur les différents contextes ayant amené les différents groupes sociaux de la région à s’approprier collectivement l’habitat. Cet unique atelier-itinérant traversera les quartiers du Vieux-Hull en mettant en vedette des projets d’habitation et d’hébergement avec soutien communautaire pour des personnes ayant des besoins particuliers ainsi que des initiatives favorisant la mixité sociale des Offices d’habitations et du mouvement coopératif. Cette visite ne serait pas complète sans évoquer qu’au cours des années 1960 et 1970 le complexe d’édifices fédéraux à la Place du Portage a engendré la démolition de près de 1000 bâtiments et l’expropriation de près de 4000 ménages (Prévost : 2009). Ces expropriations autorisées par les différents paliers gouvernementaux ont déraciné des milliers de citoyens, à l’exception du Parc Fontaine. En effet, dès 1973, les résidents de ce secteur se sont mobilisés pour éviter l’expropriation de 180 résidences et préserver le Parc Fontaine (Ouimet : 2009).

seulement une lutte sociale, mais des solutions sont également proposées. L’histoire a toujours été accompagnée d’un mouvement de résistance. L’Outaouais est peu reconnu comme étant avant-gardiste alors que plusieurs initiatives méritent d’être connues. En somme, le fil conducteur observé par les experts et militants de la région, est que les luttes sociales ont été menées pour que le logement soit une question sociale et qu’il ne soit pas réservé exclusivement au secteur privé. Plus spécifiquement, ces luttes sociales désignent une appropriation collective de l’habitat par la collaboration d’associations envers la cause communément partagée du logement social et communautaire. Des organisations citoyennes se sont opposées à l’embourgeoisement du centre-ville. La rénovation urbaine devient en quelque sorte le prix à payer aux expropriations. Les expropriations des années 1960 ont amené à construire des HLM, alors que le mouvement des coops d’habitation a déconstruit l’idée que les logements sociaux sont réservés aux personnes confrontées à la grande pauvreté. L’innovation de nouveaux projets favorisant la mixité sociale amène la réflexion que l’habitat provient d’idées et de connaissances mises en commun par un consortium d’acteurs en provenance de différents secteurs que ce soit du public, du milieu des OSBL, du mouvement coopératif ou des Groupes de ressources techniques (GRT). Source : Le Droit (mercredi 29 avril 2009), cahier publicitaire Le Droit. Journée internationale des travailleuses et des travailleurs.

Ce qui ressort des discussions entre chercheurs, activistes et acteurs clés de l’Outaouais est que sur le plan analytique, nous pouvons constater le paradoxe entre la déconstruction et la construction lorsqu’il est question de la sauvegarde du patrimoine. À cet effet, la participation à la revitalisation d’un quartier s’accompagne préalablement d’expropriations et de la désapprobation citoyenne. Le réaménagement urbain provoque une mobilisation citoyenne importante. Cette réappropriation du milieu est non

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PAR NÉRÉ ST-AMAND

POINT DE VUE DU PROF

Professeur titulaire École de service social, Université d’Ottawa

La faim d’un monde? Au moment où j’écris ces lignes, je ne comprends plus… Nous sommes en plein emploi, à ce qu’on nous rapporte. L’économie n’a jamais roulé aussi bien depuis 40 ans ++, tant au Québec qu’au Canada! Selon tous les experts, le Canada est un des meilleurs pays où vivre, sinon le meilleur : couverture sociale, programmes de sécurité, protection sociale, pour la plupart d’entre nous du moins. Au niveau du PNB, au Canada, nous sommes en très bonne santé financière : 17ième au monde. Une croissance exceptionnelle! Notre espérance de vie continue d’augmenter, pour certains du moins. Janvier 2018 aura été le 100ième mois consécutif de croissance économique, le mois ou le Dow Jones aura dépassé les 25,000 points! Des records de croissance économique ! En plus, au niveau mondial, les prévisions de croissance en 2018 et en 2019 ont été révisées à la hausse de 0,2 point, à 3,9 %. Pourtant, les chefs d’entreprises, ici comme ailleurs, ne veulent pas que le salaire minimum augmente… Comme exemple, en Ontario, les propriétaires des Tim Horton, des multimillionnaires en vacances dans le sud, s’objectent, en janvier 2018, à l’augmentation du salaire de crève-faim de leurs employés (employées surtout). Comble du ridicule, ces dirigeants osent même éliminer les pauses-santé de leurs employés. La première ministre ontarienne s’objecte, défend la décision de son gouvernement. Certains prétendent même qu’elle perdra ses élections à cause de cette augmentation de salaires des plus pauvres des pauvres. Les autres acteurs économiques, ici et ailleurs, regardent avec intérêt l’évolution de ce dossier et le message sous-jacent qui s’en dégage : « Ne touchez pas aux inégalités croissantes. Laissez les pauvres à leur sort, car nous, les riches, nous méritons ce que nous avons. Et eux, les pauvres, méritent ce qu’ilselles ont ». En somme, ils-elles constituent à la fois les oubliés-oubliées d’un système qui génère à la fois plus de richesse et un plus grand écart des inégalités! Je ne comprends pas non plus : certains s’objectent à la légalisation du cannabis. Pourtant, les drogues tuent de plus en plus. Cette femme, mère de trois jeunes enfants, enceinte, est retrouvée morte, dans un couloir de misère, victime du fentanyl ! L’abbé Pierre nous l’avait rappelé : « Vous les riches… ceux qui ont pris tout le plat dans leur assiette, laissant les assiettes des autres vides, et qui, ayant tout, disent avec une bonne figure : nous qui avons tout… Je dois leur crier à ceux-là : les premiers violents, les provocateurs, c’est vous! » L’Abbé Pierre n’est plus là pour le redire, mais son message résonne encore, plus fort que jamais. À l’image des richesses, certaines colères devraient être mieux partagées. Un monde difficile à comprendre… Alors que certains de ceux qui retirent d’immenses profits, souvent en vacances dans les hautlieux des paradis fiscaux, s’enrichissent au profit de la dépendance, s’objectent à la moindre mesure de corrections d’inégalités, au Tim

Horton et ailleurs. Faut-il continuer d’accepter que les plus pauvres crèvent de faim et meurent de désespoir, alors que les plus riches assistent au cumul de leurs avoirs et de leurs pouvoirs? Et que dire des personnes nouvellement immigrées? Ou encore des personnes recevant de l’assistance sociale? Des victimes de la psychiatrie? Des mères-cheffes de famille? Des autochtones, au Canada et ailleurs? Et plein d’autres qui attendent depuis des décennies un logement social. Vit-on dans un retour du temps, au Moyen-Âge? Actuellement, les inégalités de salaire ne se mesurent plus en quintiles, comme lors des années glorieuses des politiques sociales. On ne parle même plus du 1% des plus riches vs des autres 99%, une situation qui avait fait exploser certaines contradictions sociales il y a à peine quinze ans. Aujourd’hui, c’est devenu presque normal et même banal, mais c’est encore pire : nous assistons au 1% du 1%, soit 1 millième des plus riches qui possède autant, sinon plus que les 999 autres… . Des hommes, d’âge moyen, cadres supérieurs, qui profitent de la vague néo-libérale et font fructifier leurs avoir ici, certes, mais également grâce à un petit détour aux paradis fiscaux, toujours intouchables. Cette poignée de personnes domine toute l’arène politique, économique, sociale de cette démocratie. De toute évidence, il faut cesser de parler de charité, car la charité n’a rien donné sinon de nous fermer les yeux et de nous laisser croire que toutes-tous ont une chance égale, face à la santé, face à l’éducation, face à la justice, face à l’héritage culturel, économique, politique. Il faudra peut-être un autre Occupy? Ou une autre marche mondiale pour réveiller une société endormie malgré la misère, la violence grandissante, l’injustice flagrante? Pourrait-on parler de droits sociaux et de justice économique, politique? Justice envers les personnes assistées? Ont-elles le droit de vivre et non simplement de subsister avec les miettes d’une société d’abondance? Justice envers les femmes, toujours inégales malgré d’incroyables luttes? Justice envers les personnes migrantes qu’on accepte si généreusement en autant qu’elles contribuent à en enrichir d’autres… Reste à savoir si la faim du monde provoquera la fin d’une civilisation, étouffée et aveuglée qu’elle semble être par une triple réalité : l’abondance du pouvoir, le refus de partager et l’indifférence face la misère des autres. Je ne comprends pas, mais je reste avec une question : quel langage faudra-t-il utiliser pour prévenir le pire et nous retrouver tôt ou tard face à un scénario de l’apocalypse? En somme, peut-on rêver qu’un jour les privilèges des grands, des puissants, deviennent le miroir des droits des personnes oubliées? Comme le demandait Christian Borion, est-il permis de rêver, de penser autrement ? Certains ont réussi à éliminer Martin Luther King, mais son message reste plus que vivant et pertinent. Comme lui, j’ai un rêve. Sous son inspiration et celle de plein d’autres, que ce rêve s’accompagne d’actes de courage, de conscience, d’éveil, d’engagement!

PARTICIPER À LA GUÉRISON DES MAUX DE CE MONDE, PLUTÔT QU’À SA MALADIE.

Le Portail de l’Outaouais - Avril 2018

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Le Portail de l’Outaouais produit mensuellement un journal de rue inspiré entre-autres de L’Itinéraire à Montréal. Ce 5e magazine de rue au Québec est d’abord vendu aux participants/camelots en situation précaire qui en retour revendent ces revues, à titre de travailleurs autonomes, à la population piétonnière de Gatineau. Une belle alternative à la mendicité.

Participez à la guérison de ce monde, plutôt qu’à sa maladie

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Le portail est de retour!

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