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Cité du Vatican - 3 décembre 2019 (Révision mars 2023)
Saint-François-Xavier - 175 ans de l'Apostolat de la Prière
CHERS AMIS DANS LE SEIGNEUR
Le Chemin du Cœur est l'itinéraire spirituel proposé par le Réseau Mondial de Prière du Pape C'est la boussole de notre mission, une mission de compassion pour le monde Il s'inscrit dans la démarche initiée par le pape François avec Evangelii Gaudium, "La joie de l'Évangile"
C'est le résultat d'un long processus impulsé par le père Adolfo Nicolás, alors supérieur général de la Compagnie de Jésus Au tout début, avec une équipe internationale dirigée par le père Claudio Barriga SJ, une ébauche avait été rédigée, appelée ici « Cadre de référence » Nous avons présenté cet itinéraire au pape François qui l’a approuvé en août 2014 ; puis nous l’avons publié dans un document intitulé : « Un chemin avec Jésus, en disponibilité apostolique » (décembre 2014) Ce document présentait une nouvelle manière de comprendre la mission de l'Apostolat de la Prière, dans une dynamique de disponibilité apostolique, comme c’était le cas au commencement
Le Chemin du Cœur est essentiel pour la recréation de ce service ecclésial, aujourd’hui Réseau Mondial de Prière du Pape Il s 'agit d'un approfondissement de la tradition spirituelle de l'Apostolat de la Prière pour aujourd'hui, et il articule de manière originale les éléments essentiels de ce trésor spirituel avec la dévotion au Cœur de Jésus Il peut être considéré comme une adaptation des Exercices Spirituels de saint Ignace Le Chemin du Cœur est la clé d'interprétation de notre mission Le commentaire écrit en 2017 souhaitait aider les équipes nationales du Réseau de Prière du Pape à approfondir chaque pas du Chemin du Cœur et à entrer dans sa dynamique interne, afin qu 'elles puissent proposer, avec leur propre créativité, des matériaux adaptés à leur contexte local Nous trouvons ce texte dans chaque livre sous le titre "Dynamique interne du pas "
Nous avons vite compris qu’il était important d’aider les équipes nationales à approfondir davantage Le Chemin du Cœur, sans lequel il serait difficile d’avancer dans le processus de recréation de cette œuvre pontificale. C’est pourquoi nous avons commencé à écrire en 2018, avec une équipe internationale, 11 livres. Cette équipe était coordonnée par Bettina Raed, aujourd’hui Coordinatrice Internationale du Chemin du Cœur. C'est depuis la terre du pape François, avec le soutien de plusieurs compagnons jésuites et des laïcs, que nous avons mené à bien ce labeur. En 2020 nous avons publié ce travail en espagnol, sous forme de site internet avec 86 vidéos, 86 podcasts et plusieurs centaines de fiches de présentation: www.caminodelcorazon.church
Vous trouverez ici la traduction française des livres du Chemin du Cœur. Une traduction est toujours limitée, et nous laissons à vos soins de l’adapter localement. Nous espérons que ce matériel vous aidera à proposer cette mission de compassion pour le monde avec créativité (retraites spirituelles, sessions de formation, réunions du Premier vendredi du mois, etc.) C'est le fondement de notre mission. Notre façon propre d'entrer dans la dynamique du Cœur de Jésus.
Original espagnol
P. Frédéric Fornos, S.J. Directeur International
Boussole pour orienter ce PAS
Mot-clé : RENCONTRE
Objectif : Faire l’expérience d’être sauvés, guéris, « miséricordiés » et pardonnés
Attitude clé : Étonnement Accueil du pardon « Cri d’étonnement, avec une profonde émotion » d’être sauvé
Ce que nous recherchons – le fruit : Reconnaître que nous sommes sauvés, guéris et rétablis En marche
Dynamique interne du PAS : passer de « la conscience d’une vie brisée » à « l’expérience du salut »
Cadre de référence
Le Père ne nous a pas abandonnés dans ce monde découragé Il nous a parlé de son amour à bien des reprises et de bien des manières par les prophètes, et, en la période finale où nous sommes, par son Fils qui s ’est fait homme, Jésus, le Christ (cf Épître aux Hébreux, chap 1, 1) En Lui, le Père a uni notre histoire à la sienne, pour guérir notre humanité blessée et restaurer la Création Par Lui, qui a offert sa vie pour nous sur la croix et que le Père a ressuscité d’entre les morts, Il nous a accordé le pardon de nos péchés En Lui, l’amour ardent de Dieu vient à notre rencontre, déterminé à nous sauver Avec Lui, nous apprenons à reconnaître l’Esprit de Dieu à l’œuvre dans le monde, faisant naître quelque chose de nouveau, même au milieu de souffrances et des épreuves
Dynamique interne du PAS
La Bible nous présente plusieurs alliances de DIEU avec l’humanité : celle avec Noé, celle avec Abraham, et enfin la nouvelle alliance avec le Christ Tout au long des Écritures se révèle un DIEU qui souhaite établir avec l’humanité une relation aussi forte et aussi tendre que celle d’un époux avec son épouse Des prophètes, comme Ézéchiel ou Osée, décrivent DIEU comme un amoureux abandonné par sa bien-aimée qui va rechercher jusque dans le désert pour s ’ engager avec elle pour toujours Dieu est en attente de nous, et il chante le Cantique des Cantiques ! Toute l’histoire de l’humanité, telle qu ’elle se déroule depuis les commencements jusqu’à son achèvement, à la fin des temps, est une histoire d’amour, l’histoire des noces de DIEU avec l’humanité.
Cet amour s ’est révélé dans toute sa plénitude en Jésus. Comme nous le dit
l’évangéliste Saint Jean : « Voici comment s'est manifesté l'amour de Dieu au milieu de nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui. Voici ce qu'est l’amour : ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, c'est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils » (1 Première Épître de saint Jean, chap 4, 9-10)
Jésus-Christ nous révèle le véritable visage de l’Amour.
Lorsque, dans l’Évangile, nous écoutons et regardons Jésus, c ’est l’Amour lui-même que nous voyons Il a pris chair en Jésus, le Christ Ainsi, selon les paroles mêmes de Saint Jean : « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie », c ’est l’Amour Voilà l’expérience des premiers disciples ! «Nous connaissons, pour y avoir cru, l’amour que Dieu manifeste au milieu de nous » (Première Épître de saint Jean, chap. 1, 1 ; 4, 16)
L’itinéraire humain de Jésus, ses paroles et ses gestes, nous révèlent toute la hauteur, la largeur, la profondeur de Celui qui est à la source de la vie. Et sa résurrection confirme qu’Il est le chemin et la vérité et la vie (Évangile selon saint Jean, chap. 14, 6).
L’Amour, tel qu’il l’a vécu, est une force de résurrection qui transforme au plus intime non seulement l’homme, mais l’univers entier
L’AMOUR A UN VISAGE, c’est quelqu’un.
Jésus-Christ, qui est l’Amour incarné de DIEU.
En Jésus-Christ, Dieu s 'est révélé comme Celui qui ne peut qu 'aimer et aller jusqu'au plus profond de l'amour, c 'est-à-dire : mourir pour ceux qu'Il aime et pardonner à ses ennemis. En effet, la manifestation la plus profonde de l'amour est le pardon : « En ceci Dieu prouve son amour envers nous : Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs » (Épître aux Romains, chap 5, 8)
Entrée depuis la perspective biblique
Qu’est-ce qui est suffisamment efficace pour transformer la vie d’une personne ? Quelle serait cette force transformatrice capable de donner un tournant copernicien dans la vie de quelqu’un ? Nous avons tous traversé des expériences de transformation, des situations, des personnes ou des liens qui nous ont remis debout, nous ont permis de nous mettre en marche, ont changé notre vie. Parfois nous expérimentons que certaines rencontres ont été clés dans notre vie, soit parce qu 'elles nous ont libérés de quelque chose, soit parce qu'à partir de ces rencontres, nous avons compris quelque chose, avons été éclairés et sommes devenus plus conscients Des rencontres avec autrui dans lesquelles nous avons pu nous ouvrir à une nouvelle espérance, à une manière différente de voir et de nous situer dans notre réalité, nous ont fait nous exclamer « c 'est Dieu qui t'envoie » Enfin, il y a des rencontres qui transforment la vie, ouvrent de nouveaux horizons, changent notre perspective et nous invitent à partager avec les autres la transformation reçue
Un parcours à travers les récits bibliques pourrait nous aider à imaginer ces rencontres restauratrices dans lesquelles les envoyés de Dieu communiquent aux protagonistes que la vie s ' ouvre pour eux de manière définitive et qu'ils sont invités à l'accueillir.
Le livre de l'Exode nous raconte les rencontres entre le Seigneur et Moïse dans sa mission de conduire son peuple vers la terre promise : « Quand Moïse sortait vers la Tente, tout le peuple se levait, chacun se tenait à l’entrée de sa tente et suivait Moïse des yeux jusqu’à son entrée dans la Tente. Et quand Moïse était entré dans la Tente, la colonne de nuée descendait, se tenait à l’entrée de la Tente et parlait avec Moïse »
(Livre de l'Exode, chapitre 33, 8-9) Dieu vient à la rencontre de Moïse dans le buisson ardent et dans la nuée Et l'image de la nuée était le Seigneur qui venait à la rencontre personnelle avec Moïse
Le premier livre des Rois nous raconte la rencontre de Dieu avec Élie sur le mont Horeb, quand celui-ci, caché dans une grotte, fuyant ses persécuteurs, attend le passage du Seigneur : « Il arriva là, à la caverne, et y passa la nuit. – La parole du Seigneur lui fut adressée : "Pourquoi es-tu ici, Élie ?" Il répondit : "Je suis rempli de zèle pour le Seigneur, le Dieu de l’univers : les fils d’Israël ont abandonné ton Alliance, ils ont démoli tes autels et tué tes prophètes par l’épée ; je suis resté moi seul, et l’on cherche à m’enlever la vie." – Le Seigneur dit : "Sors et tiens-toi sur la montagne, devant le Seigneur ; voici, le Seigneur va passer." » (Premier livre des Rois, chapitre 19, 9-11). Élie découvre la présence du Seigneur dans la brise légère devant laquelle il se couvre le visage, Dieu se révèle à lui à travers une expérience intime et silencieuse Et
avec cette rencontre, il le remet en chemin. « Le Seigneur lui dit : "Va, reprends ton chemin." » (Premier livre des Rois, chapitre 19, 15).
Et tout comme Dieu est sorti à la rencontre de son peuple élu de diverses manières, Il a voulu s ’approcher Lui-même et a envoyé son Fils : « Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth, à une jeune fille accordée en mariage à un homme nommé Joseph, de la famille de David ; cette jeune fille s’appelait Marie » (Évangile de Luc, chapitre 1, 26-27) Nous avons tous gravé dans le cœur cette scène de l'Évangile de Saint Luc que nous célébrons chaque année à la Nativité Une rencontre qui a complètement changé la vie de Marie, ses projets avec Joseph, son image, sa situation sociale, ses décisions Cette rencontre a ouvert une espérance pour elle et pour son peuple, « les pauvres de Yahvé », les anawim, qui espèrent dans le Seigneur Marie est le point d'arrivée et de départ de la concrétisation d'une promesse, dans la rencontre avec l'ange une promesse devient réalité et un nouveau chemin d'espérance s ' ouvre. « Voici que moi je vais faire du neuf qui déjà bourgeonne ; ne le reconnaîtrez-vous pas ? » (Livre d'Isaïe, chapitre 43, 19).
Marie se met en chemin sans tarder vers la maison de sa cousine Élisabeth, comme secouée par cette rencontre face au projet de Dieu La rencontre de « deux grandes », une rencontre qui portait en son sein le salut Le Père qui a envoyé son Fils, et l'Esprit qui clame en Élisabeth la reconnaissance du don de Dieu, « Comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? Car lorsque ta salutation a retenti à mes oreilles, voici que l'enfant a bondi d'allégresse en mon sein » (Évangile de Luc, chapitre 1, 43-44) Marie ne peut contenir la vie qui l'habite, la joie indicible d'être «l'élue » pour réaliser la promesse qui habitait son cœur, et l'Esprit qui la remplit déborde en elle de louanges : « Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit s’est rempli d’allégresse à cause de Dieu, mon Sauveur ! » (Évangile de Luc, chapitre 1, 46) C'est la rencontre de Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit avec toute la création, la confirmation du oui éternel de Marie au Père qui transformera à jamais la vie dans le monde.
De la même manière que ce Dieu fait homme en Jésus est sorti à la rencontre de toute la création en Marie pour la libérer des dynamiques de mort, de même, Il ira à la rencontre de la douleur et de la souffrance concrète, apportant à chacun en particulier le salut et la vie dont chaque homme et femme a besoin Dieu, en Jésus, nous donne la vie en abondance Telle est la manière d’agir de Jésus, sa façon d'être dans le monde : sortir à la rencontre des siens et leur communiquer sa vie Et de cette manière, ouvrir l'espérance à la vie, accueillir, embrasser, guérir et soigner Réaliser dans toute la création la promesse de vie et de pardon qui soulage la douleur et
enlève le péché du monde. Les rencontres avec Jésus sont des rencontres de Vie pour toujours. « Un lépreux s'approche de lui ; il le supplie et tombe à genoux en lui disant : "Si tu le veux, tu peux me purifier." Pris de pitié, Jésus étendit la main et le toucha Il lui dit : "Je le veux, sois purifié" » (Évangile de Marc, chapitre 1, 40-41)
« Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : "Mon fils, tes péchés sont pardonnés. (...) Je te dis : lève-toi, prends ton brancard et va dans ta maison." L’homme se leva, il prit aussitôt son brancard et il sortit devant tout le monde. » (Évangile de Marc, chapitre 2, 5 11-12)
« Quand Jésus fut entré dans la maison, les aveugles s'avancèrent vers lui, et Jésus leur dit : "Croyez-vous que je puisse faire cela ?" – "Oui, Seigneur", lui disent-ils. Alors il leur toucha les yeux en disant : "Qu'il vous advienne selon votre foi." Et leurs yeux s'ouvrirent. » (Évangile de Matthieu, chapitre 9, 27-30)
Jésus sort à la rencontre de la foi qui espère et qui croit en la promesse d'amour et de salut au-delà des difficultés extrêmes, des douleurs et des échecs. La foi de ceux qui croient et la miséricorde infinie de Dieu révélée en Jésus sont les ingrédients des rencontres qui guérissent et qui restaurent à la vie.
La rencontre avec Jésus est transformatrice, elle est le visage visible d'un Dieu invisible La Bible nous raconte à travers des images et des récits de guérisons que personne, ayant été rencontré par Jésus, n 'est sorti identique de cette rencontre Tous ceux qui ont cru à la promesse du salut ont été restaurés, reconstruits et rétablis dans leur dignité La rencontre avec Jésus transforme en Vie tout ce qui était mort ou paralysé : « Alors il dit à cet homme : "Étends ta main." Il l’étendit et elle fut remise en l’état, aussi saine que l’autre. » (Évangile de Matthieu, chapitre 12, 13)
Aujourd'hui, Jésus sort également à notre rencontre et de la même manière nous cherche et nous interroge comme l'ange a interrogé Marie C'est la question que le Père avait pour elle. Aujourd'hui, une question nous est posée à nous, à savoir si nous permettons que le Seigneur, à travers nous, continue d'être une promesse salvatrice pour nous et pour les autres. Nous ne sortirons pas identiques de cette rencontre ! C'est Lui qui peut et veut reconstruire nos ruines, qui veut ressusciter nos morts et redonner vie à nos paralysies. Il est l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Heureux es-tu d'avoir été invité à participer à sa Vie ! Jésus attend ta réponse
● « Voici que moi je vais faire du neuf qui déjà bourgeonne ; ne le reconnaîtrez-vous pas ? » (Livre d'Isaïe, chapitre 43, 19).
● « J'ai vu la misère de mon peuple en Égypte (…). Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens » (Livre de l’Exode, chap 3, 7-8)
● « C’est pourtant moi qui avais appris à marcher à Ephraïm, les prenant par les bras (…). Je les menais avec des attaches humaines, avec des liens d’amour. » (Livre d’Osée, chap 11, 3-4)
● « Si tu connaissais le don de Dieu. » (Épître selon saint Jean, chap 4, 10)
● « Car de toute façon, c’était Dieu qui en Christ réconciliait le monde avec lui-même, ne mettant pas leurs fautes au compte des hommes… » (Deuxième Épître aux Corinthiens, chap 5, 19)
● « L’Esprit aussi vient en aide à notre faiblesse… » (Épître aux Romains, chap 8, 26)
● « Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique… » (Évangile selon saint Jean, chap. 3, 16)
● « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » (Évangile selon saint Luc, chap. 19, 10)
● « C’est par la grâce, en effet, que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi ; vous n’y êtes pour rien, c’est le don de Dieu. » (Épître aux Éphésiens, chap. 2, 8).
Entrée depuis la perspective de la foi
Comme un maître traite un enfant
L'homme vient au monde comme un être inachevé, ou pour mieux dire, « sans avoir été terminé », c 'est un être en construction continue et illimitée, en développement, en processus Il est continuellement et indéfiniment en cours de construction, en développement, en évolution C'est dans le processus même de vivre qu'il se complète, grandit et « devient davantage lui-même ». C'est pourquoi nous disons que la vérité de l'homme, définie comme ce vers quoi il est destiné à évoluer et qui se déploie toujours plus loin, dépasse toujours sa réalité immédiate, son présent. Ainsi, pour une personne, les dons que le Seigneur lui fait prennent non seulement la forme de cadeaux mais aussi de missions, de possibilités, d'opportunités à réaliser dans l'avenir C'est la raison pour laquelle nous considérons les dons du Seigneur comme des présents aujourd'hui, mais également comme des missions qui favorisent leur croissance dans le processus de la vie De la même manière, nous pouvons envisager notre propre existence comme un cadeau, mais aussi comme une mission, quelque chose que nous pouvons continuer à déployer, à développer, à faire évoluer
Nous vivons notre vie comme une mise en jeu de notre propre être, où la liberté se confronte aux limites inhérentes à notre existence dans ce monde Nous nous construisons dans une liberté restreinte, en embrassant notre existence et en la déployant à travers nos actions Ce que nous recevons, nous le transformons en notre histoire, en l'intégrant dans nos décisions, dans nos actions individuelles, dans notre projet personnel. Ainsi, l’ascèse (pratique) déclare : « devenir ce que Dieu désire que nous soyons ». Cela revient à choisir dans notre vie ce que le Seigneur choisit pour nous, et ainsi, à concrétiser dans l'histoire le projet du Seigneur en y apportant notre touche personnelle. Il s 'agit d'un équilibre entre l'accueil de l'existence comme un don et son déploiement comme une mission, tout en se laissant façonner par le Seigneur, en se laissant guider par Lui, afin que notre être atteigne sa pleine réalisation en Lui
Saint Ignace nous dit que le Seigneur, Père – Fils – Saint-Esprit, en regardant la surface de la terre couverte d’hommes, et de femmes et, voyant que tous s’égaraient loin de son dessein et hors du chemin, décrètent, que la seconde personne, à savoir le Fils, se fasse homme pour « sauver le genre humain »
Ce qui importe dans cette kénose, cet abaissement, ce dépouillement de Dieu en la personne de Jésus, n 'est pas l'appauvrissement, car Dieu n ' a rien à perdre en devenant homme Mais l'essence de la kénose réside dans le don de soi qu 'elle
implique, c 'est-à-dire dans la décision libre de devenir semblable à l'homme en tout, sauf dans le péché, par amour. Le Seigneur a choisi de devenir l'un de nous sans rien perdre de sa divinité.
Nous affirmons donc que la plénitude de l'amour de Dieu pour l'humanité ne réside pas dans l’éclat, la majesté, la gloire ou la puissance, mais dans la plénitude de la solidarité et du don de soi de sa kénose, de son abaissement à la condition humaine, par Amour C'est ce don solidaire de Dieu à l'humanité qui rend féconde sa kénose Le Seigneur a choisi de se solidariser avec l'humanité en entrant dans l'histoire comme un véritable homme, semblable en tout sauf dans le péché
La kénose ne consiste pas dans l’assomption d’une simple nature, mais dans l’assomption de tout notre monde, avec son histoire de péché, inséparable de cette humanité concrète et de ce qui lui est propre, sa temporalité, sa potentialité dans le temps, son « devenir tout en se faisant ». Dieu s 'est incarné et est devenu Homme. Il n'était pas homme de manière théorique ou abstraite, mais l'a été de la même manière que nous. Plus encore, poussé à l'extrême, il a vécu avec toute une gamme de contraintes oppressives que l'homme ne considère pas comme inhérentes à l'idée d'homme, mais comme propres à l'homme concret vivant une vie concrète dans le temps et l'espace Jésus a vécu à une époque précise, une vie concrète
En concevant l’homme comme « histoire », comme un être dont l’essence est de devenir ce qu’il est, et cela impliquant une mise en jeu de soi, l'Incarnation doit elle aussi nécessairement être histoire Ainsi, la Divinité s ' engage sérieusement dans une évolution et, d'une manière que nous ne connaissons ni ne comprenons, prend le risque du résultat Dieu ne s ’est pas seulement fait homme et serviteur, il s ’est fait aussi risque et pari Jésus est le Fils de Dieu, mais selon la chair, dans la façon dont il doit devenir le Fils de Dieu Le Fils de Dieu se réalise en tant que tel dans l'histoire, prenant conscience, se développant, tout en étant conduit par l’action de l’Esprit, se laissant façonner, pour que son Être devienne ce qu’il est appelé à être dans le temps historique où il a vécu.
Le don solidaire de la kénose ne consiste pas en ce que Dieu s 'est fait homme, mais en ce qu'il s 'est fait serviteur, pauvre, maudit... Il ne s ’agit pas d’une incarnation neutre, mais d’une incarnation assumant la condition des derniers, des crucifiés de l'histoire. L'Incarnation et la Résurrection ne sont pas des moments isolés et indépendants, mais des moments si intrinsèquement reliés qu'ils constituent une seule réalité : une fois l'un posé, les autres suivent nécessairement L'Incarnation ne se conclut qu ' avec la Résurrection, mais elle passe nécessairement par la Croix
Et tout cela, Dieu l'a choisi en solidarité avec nous, pour nous enseigner, de la manière qu ' un maître enseigne à un enfant, comment vivre notre processus de devenir plus humains. À la manière de Jésus, devenir plus humains signifie devenir solidaires des crucifiés de l'histoire, des marginalisés, des pauvres et des exclus, en assumant leur croix, par amour et en solidarité avec leurs vies Devenir plus humains à la manière de Jésus, c 'est s 'ouvrir à l'amour, ce qui signifie passer par la croix, qui ouvre à la résurrection Car la mort sur la croix de Jésus n ' a pas eu le dernier mot, il en est de même pour nous qui sommes appelés en Lui à la Résurrection
La vie sacramentelle. La Réconciliation
Les sacrements répondent à un besoin intime de l'homme Curieusement, alors que pour de nombreux chrétiens les sacrements ont perdu la force du signe, les non-croyants inventent des signes pour combler ce besoin intime indéniable Tout notre langage est symbolique, ce qui signifie qu'il faut distinguer la réalité en elle-même de son message. Pour certains, un vieux meuble n ’est seulement qu ’ un vieux meuble, mais pour son propriétaire, il peut être le souvenir d'un être cher qui n 'est plus. Le meuble est le signe de cet amour et de cette affection perdue.
De même, les sacrements sont des signes visibles qui rendent présente une réalité invisible Car Jésus-Christ continue d'agir aujourd'hui comme hier Parmi tous les signes de Dieu dans le monde, Jésus est le signe visible le plus fidèle du visage du Père : « Celui qui m’a vu a vu le Père » (Évangile selon saint Jean, chap 14, 9) On pourrait dire que Jésus-Christ est le sacrement de Dieu, le signe visible du Père sur la terre
Mais, bien qu ’après la Pâque Jésus-Christ ait cessé d’être accessible à notre expérience directe comme elle le fut pour les disciples, l’Eglise est restée “ ce corps mystique” de Jésus, signe de la vie de Dieu sur terre Ce qui était visible en Jésus-Christ l’est aujourd’hui dans les sacrements de l’Eglise Nous pourrions dire que l’Église tout entière est « un corps sacramentel ».
Aujourd’hui, dans notre vie de foi, nous accédons à une diversification de ce « corps sacramentel », que nous dirions caractérisé par « plusieurs sacrements ». Nous accédons au corps sacramentel de l’Église à travers certains sacrements qui sont des signes de la venue de Dieu à la rencontre de l’homme, dans les expériences fondatrices de sa vie (naissance, amour et engagement, chutes, maladie, mort, consécration aux autres)
Les sacrements, en tant que signes visibles qui rendent présente une réalité invisible,
sont des rencontres avec Dieu, rencontres qui ont une dimension sensible, c ’est-à-dire accessible à l’expérience des sens : nous pouvons toucher, voir, entendre et goûter. Malheureusement, avec le temps, les rituels et les signes sensibles des sacrements ont perdu « leur force symbolique » en raison précisément de leur perte de sens L’immersion dans le baptême a été remplacée par quelques gouttes d’eau, le pain par une hostie, la coupe ne ressemble pas beaucoup à celle que nous avons l’habitude de placer lors d’un repas, et ainsi de suite Disons que les signes ont cessé d’être des signes ou ont perdu leur symbolisme, même s’ils n ’ont pas perdu leur validité On pourrait dire que la validité a pris le pas sur la force du signe La parole du rite qui s ’unit au signe et qui, par cette union, devrait s’imposer par sa propre force, aujourd’hui s ’ajoute à « la parole qui explique le signe » Et si un signe doit s ’expliquer, c ’est qu’il a perdu sa force de signe ou son symbolisme
Bien que cette réalité soit indéniable, les sacrements sont néanmoins des signes visibles du Dieu invisible. Le corps sacramentel de l’Église est diversifié en sept sacrements dans lesquels Dieu lui-même vient à la rencontre de l’homme. Quel bon moment et quelle opportunité pour retrouver la valeur et la profondeur des signes sacramentaux, la beauté de leur symbolisme et la signification de la dimension sensible de la grâce qui nous rapproche ! En méditant sur eux, en nous arrêtant sur les gestes, les paroles et les rituels, nous pouvons redécouvrir la profondeur du symbolisme, la densité du signe, et entrer en profondeur avec le Seigneur Car ces derniers sont les gestes et les paroles de Jésus
Dans le cadre des sacrements que nous propose l’Église, nous voulons à présent nous arrêter sur l’un d’entre eux, à savoir le sacrement du pardon, qui nous rapproche par excellence de la grâce de la miséricorde infinie et sans limites du Père
La réconciliation est le sacrement de l’AMOUR, de la rencontre de Dieu avec l’homme qui tombe à cause de sa fragilité et de sa vulnérabilité C’est la célébration de la miséricorde de Dieu Et c ’est Dieu lui-même qui cherche la personne et l’embrasse pour qu ’elle se relève. La grâce de ce sacrement atteint l’homme au-delà des conditions personnelles du prêtre, qui n ’est qu ’ un médiateur de la grâce. Dieu ouvre sa grâce par la force du signe plus que par la parole (la personne qui reconnaît sa chute dans une conversation fraternelle et le prêtre qui lui accorde le pardon qui vient de Dieu).
La réconciliation, comme tout sacrement, est une célébration, et elle célèbre la vie consacrée à suivre le Christ Qu’est-ce que cela signifie ? Que Dieu vient à la rencontre et au rendez-vous avec sa grâce, qu’il embrasse et pardonne la personne qui tombe Mais c ’est la personne elle-même qui lui permet d’entrer et d’être efficace, en se
rendant présente et disponible à cette grâce. Ouvrir les portes à la grâce de la réconciliation, c ’est non seulement recevoir le pardon de Dieu, mais aussi s ’ engager à compléter par sa propre vie ce que la grâce à mis en marche, c ’est faire en sorte que cette grâce devienne vie en sortie vers les frères Autrement dit, c ’est faire en sorte que la grâce ne meure pas dans cet acte de pardon, mais qu ’elle continue à agir dans la vie de la personne afin que la grâce sacramentelle devienne la vie et que la vie devienne sacrement de miséricorde pour les autres
Entrée depuis la perspective spirituelle
Apprendre à méditer
Nous, les êtres humains, avons besoin d'arrêter notre course dans nos vies et de prendre le temps d’investir dans une saine passivité, en observant et en ruminant ce que nous vivons À " nous rendre compte" et à repasser par le cœur et les sens intérieurs les événements de notre vie Les êtres humains sont les seules créatures capables d'auto-conscience, c 'est-à-dire capables de se penser elles-mêmes. Cette capacité nous permet de méditer, de prendre de la distance par rapport aux événements et aux situations que nous vivons pour en prendre conscience. Lorsque nous méditons, nous appliquons nos facultés (mémoire, intelligence et volonté) sur certaines situations pour en refaire l’expérience. Par exemple, si nous ramenons à la mémoire des faits heureux de notre vie passée, nous revivrons les sentiments qu'ils ont générés en nous et actualiserons aujourd'hui ce que nous avons vécu autrefois
Lorsque nous méditons sur quelque chose, nous impliquons notre mémoire, nous récupérons cet événement et nous le ramenons au présent avec ses situations de temps, de lieu et de personnes, et avec lui reviennent des décisions, des sentiments et des désirs Cette élaboration interne nous pousse à agir, car à partir d'elle s'éveillent des désirs qui mobilisent la volonté
Cependant, méditer ne doit pas nous conduire à une attitude autocentrée, tournée vers nous-mêmes, comme si nous recherchions la tranquillité ou à nous complaire Bien au contraire, méditer doit nous aider à avoir davantage conscience de la présence du Seigneur dans notre vie. Ainsi, conscient de sa présence, je peux mieux évaluer la façon dont je l’accueille au cœur de ma vie, ou je me ferme à elle.
La présence du Seigneur guérit et sauve. C’est une présence aimante qui nous ouvre à la Vie en abondance En méditant sur les événements que nous vivons, nous pouvons nous rendre compte de cette action salvatrice du Seigneur
La Bible est un récit qui rend compte de la façon dont le Seigneur sauve les siens du sentier semé de chutes et les conduit sur le chemin qui les ramène à son amour La Bible est l’histoire de l’amour de Dieu avec ses élus Méditer, aujourd’hui, les différents moments de cette histoire, c ’est apporter à notre présent ces mystères vécus et racontés par d’autres C’est amener à notre présent une expérience vivante et efficace, un mystère qui a un message de salut actualisé et qui parle à ma vie actuelle Consacrer du temps à méditer sur la façon dont Dieu s ’est approché de ses enfants à travers l’histoire pour les sauver de leurs chutes et de leurs échecs, c ’est réaliser
comment Dieu sauve et comment il me sauve, moi, en particulier. Tout comme la Bible est l’histoire du salut du peuple choisi par Dieu, la vie de chaque personne est également une histoire de salut, construite entre Dieu et la personne qui est fille/fils choisie/choisi par le Seigneur
L’humanité entière est sauvée par le Seigneur dans son amour infini, et chaque vie en particulier l’est aussi Apprendre à regarder notre vie et à méditer sur elle, nous aide à découvrir la main de Dieu présente, qui fait de notre propre existence une histoire d’amour et de salut Nous pouvons regarder les moments où le Seigneur nous a tendu la main, où il a adouci nos douleurs, où il a ouvert les eaux et nous a donné à manger la manne
Notre vie elle-même est une histoire de salut, comme l’est l’histoire du peuple d’Israël, et comme l’est l’histoire de salut de toute l’humanité Si nous voulons approfondir l’amour de Dieu, sentir sa main aimante sur notre vie et approfondir notre relation personnelle avec Lui, il est très utile de faire une pause et de méditer sur ce que nous vivons et comment notre Créateur et Seigneur agit dans notre vie. Il est également important de contempler la vie qui grandit dans le monde, dans les divers contextes où nous sommes et parmi les personnes qui nous entourent.
Faites fréquemment l’exercice de méditer la Parole du Seigneur dans la Bible, de vous en nourrir en savourant son message Prenez également un temps de silence afin de méditer sur ce que vous vivez, non pas avec votre tête, mais avec votre cœur Un temps pour ressentir, vous laisser toucher, et réfléchir sur la manière dont vous vivez et comment le Seigneur se manifeste dans votre vie
➔ Pour approfondir. Ressources. Annexe 2. « Prêts pour commencer à vivre ».
Entrée à partir des paroles du Pape
« Le pardon est le signe le plus visible de l’amour du Père, que Jésus a voulu révéler dans toute sa vie. Il n ’ y a aucune page de l’Évangile où cet impératif de l’amour qui va jusqu’au pardon ne soit présent. Même au moment ultime de son existence terrestre, alors qu’il est cloué sur la croix, Jésus a des paroles de pardon : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Évangile selon saint Luc, chap. 23, 34).
Rien de ce qu ’ un pécheur qui se repent place devant la miséricorde de Dieu ne peut demeurer sans l’étreinte de son pardon C’est pourquoi aucun d’entre nous ne peut poser de conditions à la miséricorde Elle demeure sans cesse un acte gratuit du Père céleste, un amour inconditionnel et immérité Nous ne pouvons donc pas courir le risque de nous opposer à l’entière liberté de l’amour par lequel Dieu entre dans la vie de chacun
La miséricorde est cette action concrète de l’amour qui, en pardonnant, transforme et change la vie Ainsi se manifeste son mystère divin Dieu est miséricordieux (Exode, chap 34, 6) ; sa fidélité est pour toujours (Psaume 136) ; de génération en génération, elle embrasse toute personne qui met en lui sa confiance, et la transforme en lui donnant sa propre vie (…)
La Bible est le grand récit qui raconte les merveilles de la miséricorde de Dieu.
Chaque page est baignée par l’amour du Père qui, depuis la création, a voulu imprimer dans l’univers les signes de son amour L’Esprit Saint, à travers les paroles des prophètes et les écrits sapientiaux, a modelé l’histoire d’Israël pour y reconnaître la tendresse et la proximité de Dieu, malgré l’infidélité du peuple La vie de Jésus et sa prédication marquent de façon déterminante l’histoire de la communauté chrétienne qui a compris sa propre mission à partir du mandat donné par le Christ d’être l’instrument permanent de sa miséricorde et de son pardon (cf Évangile selon saint Jean 20, 23)
À travers l’Écriture Sainte, maintenue vivante dans la foi de l’Église, le Seigneur continue de parler à son Épouse et lui montre les chemins à parcourir pour que l’Évangile du salut parvienne à tous Je désire vivement que la Parole de Dieu soit toujours davantage célébrée, connue et diffusée, pour qu’à travers elle, le mystère d’amour qui jaillit de cette source de miséricorde soit toujours mieux compris. C’est ce que rappelle clairement l’Apôtre : « Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, pour réfuter, pour redresser, pour éduquer dans la justice. » (Seconde Épître à Timothée, chap. 3, 16)
Pape François, Misericordia et Misera, 1, 4
Entrée depuis la perspective de la prière
Le Père envoie son Fils pour nous sauver
Tout au long du Chemin du Cœur, avec plus ou moins de conscience, nous avons reconnu et accepté que notre façon d’être et d’agir, et en définitive, de vivre, a causé de la douleur aux autres et à nous-mêmes Il n ’est pas facile d’éradiquer une attitude ou une manière de procéder, mais si nous laissons que Dieu entre dans notre vie, peu à peu, nous retrouverons la ressemblance avec le Fils que nous avons perdue à cause de nos désordres intérieurs, de notre péché. Nous sommes aimés par un Dieu qui nous invite à nous laisser aimer et sauver. C’est ainsi que commence le chemin de conversion et de transformation intérieure. Dieu veut nous aimer et nous sauver ; le Fils est venu sauver ceux qui étaient perdus. La bonne nouvelle est que l’amour offert est sans limites Il s ’agit d’un amour gratuit Face à Jésus, je ne peux que me taire, me laisser aimer et pardonner Je suis invité à me regarder à travers son regard afin de m ’accepter et me réconcilier avec ma petitesse et ma fragilité
Jésus vient nous révéler le projet de miséricorde que son Père a pour l’humanité et toute la création Son plan d’amour est de restaurer notre amitié Dieu le Père veut et cherche notre amitié, et de notre côté, nous devons nous disposer à le rencontrer et à nous laisser rejoindre par Lui Son amour et sa miséricorde organisent et redonnent vie à tous les recoins de notre être L’expérience de la réconciliation nous fait ressentir un besoin vital de transformation Son amour miséricordieux place notre amour humain dans un processus de reconfiguration à l’image de Son Amour Il s ’agit d’un processus personnel que nous appelons communément la « conversion du cœur ». La grâce de Dieu nécessite notre collaboration, notre confiance et notre espérance afin de restaurer la beauté de l’être humain imprimée en lui depuis sa création.
Ce chemin de conversion du cœur, de guérison de l’amour, de restauration de l’être humain rencontrera, sans aucun doute, des obstacles et des empêchements qui ne doivent pas nous faire oublier l’initiative de Son amour et de Sa miséricorde Il est très important de comprendre que Dieu n ’ a pas besoin de surmonter les offenses qu’il a reçues pour de pardonner, car pardonner lui procure simplement de la joie, il désire profondément le faire Il se réjouit de son pardon, il se réjouit de nous recréer dans son amour L’amour du Père montre sa gratuité et sa profondeur dans le pardon Jésus, dans les paraboles de la miséricorde, nous révèle le Père comme celui qui se réjouit de nous relever de la mort que produit le péché Le cœur de la parabole du Père miséricordieux (Évangile selon saint Luc, chap 15), par exemple, est la joie du Père lorsqu’il embrasse son fils revenu à la maison C’est une joie qui ne peut être contenue, qui déborde, et le pousse à aller à la rencontre de son fils et à l’embrasser
Dieu le Père, lorsqu’il pardonne, redonne dignité et vie.
Le Père, dans sa bonté, nous accueille avec nos mains pleines de restes et de débris, de blessures subies ou infligées aux autres. Nous nous présentons conscients du mal que nous avons fait et que nous nous sommes fait Nous nous présentons devant le Père parce que nous acceptons que nous avons péché et parce que nous avons confiance en sa miséricorde En nous laissant embrasser par Lui, nous nous ouvrons au repentir et au pardon
Lorsqu'il existe une fausse conscience du mal que nous avons causé et que nous nous sommes infligé, nous avons tendance à tourner en rond sur nous-mêmes et finissons par réaliser un monologue dans notre esprit Cependant, lorsqu'il existe une conscience de culpabilité authentique, nous nous ouvrons au dialogue qui libère et à l'étreinte du Père
Celui qui a expérimenté le pardon vit d'une autre manière, il est en relation avec Dieu, avec les autres, avec soi-même, avec toute la création, d'une façon nouvelle. Celui qui a expérimenté la réconciliation ne vit pas dans la peur d'une possible rupture de sa propre image, de montrer sa faiblesse, d'être blessé, de perdre sa dignité. Sa relation aux autres est empreinte d’une liberté nouvelle qui naît de la conviction d’être accueilli et pardonné par le Père Celui qui se laisse embrasser par le Père peut expérimenter l’amour gratuit et fondateur de Dieu, et peut s ’offrir comme collaborateur dans la construction d’un monde plus en accord avec le projet du Père En peu de mots, il humanise l’environnement dans lequel il vit
Nous vous proposons dans cette étape du Chemin du Cœur de considérer le pardon comme ce qu’il est : un sacrement, une fête, une célébration de la vie nouvelle que Dieu nous offre dans sa miséricorde Car même si nous avons failli à l’amour, ou nous n ’ avons pas su répondre à son infinie miséricorde, Il reste fidèle et redouble son pari envers nous En nous, l’orgueil, l’égoïsme et la vanité l’emportent souvent, mais l’amour du Seigneur a toujours le dernier mot Il se fait fort dans nos faiblesses Nous vous invitons à vous préparer à la fête du pardon et à recevoir la grâce de faire l’expérience de Sa miséricorde.
1ère étape : Nous laissons le Père nous embrasser.
Le Père est celui qui va à la rencontre du fils qui revient et l'embrasse Le Père prend l'initiative dans l'étreinte, dans le pardon Nous devons laisser au Père nous pardonner C’est Lui, le Père, qui offre le pardon, ce n ’est pas un mérite qui nous revient Dans l’évangile, cette attitude se reflète dans la femme qui s ’agenouille dans la maison de Simon (Évangile selon saint Luc, chap 7, 40) Dieu nous a aimés alors même que nous
étions encore pécheurs (Épître aux Romains, chap. 5, 8). Il faut laisser au Père se donner le plaisir d’exercer son amour.
2ème étape : Nous accueillons l'Amour en nous-mêmes
Notre conscience n 'est pas tout Nous ne sommes pas la référence ultime de nous-mêmes ni de notre vie, c 'est le Père qui l'est Pour célébrer la fête du pardon, il est nécessaire d'expérimenter la miséricorde et l'étreinte du Père Faire place au pardon ne signifie pas nier notre péché ni nous justifier d'une quelconque manière, mais nous le dire à nous-mêmes et reconnaître notre vérité, toujours face à l'initiative d'amour du Père Celui qui n 'est pas capable de miséricorde envers lui-même sera difficilement capable de miséricorde envers les autres Souvent, les pensées sévères et accusatrices que nous avons envers les autres sont un reflet de la façon dont nous nous percevons et nous regardons nous-mêmes Ce sont des expressions qui dénigrent et condamnent excessivement notre misère, notre fragilité ou notre péché. Cela nous empêche de ressentir l'amour que Dieu le Père nous porte. Nous devons nous encourager à sentir que là où le péché a abondé, la grâce a surabondé. À l'intérieur de nous, Dieu a également laissé une empreinte indélébile de l'amour qu'il nous porte. Nous devons nous encourager à regarder davantage le projet (mission) que Jésus a pour nous que notre passé « Changer, tout change ! Que nous changions, ce n 'est pas étrange »
3ème étape : Offrir le pardon à ceux qui nous ont offensés.
L'expérience du pardon authentique nous pousse à aller à la rencontre des autres Nous devons avoir le courage de recommencer Il est bon de se rappeler les personnes qui ont été les protagonistes, consciemment ou non, de nos blessures Les présents et ceux qui ne sont plus là Peut-être même éprouvons-nous le besoin de pardonner à Dieu pour ce qu'il ne nous a pas donné dans notre vie, si c 'est l'image que nous avons de Lui Dans notre cœur habitent les personnes que nous aimons, qui nous ont fait du bien et nous ont manifesté leur amour, mais nous gardons aussi dans le sous-sol de notre cœur tous ceux qui nous ont fait du mal. Il est temps de les libérer, de les laisser partir. D'ouvrir les portes de la prison que nous avons dans notre cœur pour terminer le processus de pardon que le Père, révélé en Jésus-Christ, a commencé en nous.
De quoi Jésus-Christ vient-il me sauver ? Que signifie concrètement pour moi qu’Il soit mon Sauveur ? Recueillir des expériences personnelles concernant le fait qu’Il «m ’ a sauvé, guéri, délivré de »
Exercice – Pratique de la relecture.
Relecture en cinq étapes.
Nous vous recommandons cette pratique pour recueillir votre journée et découvrir comment Dieu s ’ y est fait présent Examiner ou relire votre journée est également une manière de prier, une façon de rencontrer le Seigneur, orientée à découvrir Son passage dans notre vie.
Se rendre présent. Commencez ce moment de prière en vous rendant présent, en prenant conscience du lieu où vous vous rendez et pour quelle raison. Faites en sorte que ce soit un moment tranquille vous permettant d’entrer en contact avec le silence de votre cœur Ce silence, avec lequel vous devez entrer en contact, vous éveillera à Sa Présence
Remercier Réexaminez la journée que vous avez vécue comme si vous étiez un spectateur, de l’aube jusqu’au moment présent, et soyez reconnaissant pour ce que vous avez vécu Regardez, tout simplement, comme si c’était un film, regardez une à une les personnes, les lieux et les choses Ne jugez pas, reprenez simplement le contact avec ce que vous avez vécu Remerciez pour cette journée, pour tous les dons reçus et pour tout ce que vous y avez vécu, aussi bien ce qui vous avez aimé que son contraire
Aider. Avec la journée devant les yeux du cœur et en reconnaissant les dons reçus, demandez au Seigneur de vous éclairer pour découvrir le manque d’attention que nous avons eu à leur égard.
Demandez-Lui de vous montrer les moments et les circonstances où vous n ' avez pas pris soin des dons, en blessant, en causant du tort, en empêchant un bien, en privant vos frères et sœurs d'aide et d'affection Demandez-Lui de vous montrer si cela a causé du tort à une personne, à une situation ou à quelque chose dont vous étiez responsable Que le Seigneur vous montre comment Il voit vos attitudes d'infidélité et de manque d'amour envers Son Amour Infini Son cœur miséricordieux est le meilleur miroir de votre cœur
Pardon. Demandez pardon au Seigneur et à vos frères dans votre cœur pour vos fautes et vos péchés, pour ne pas avoir pris soin des dons reçus. Embrassez dans votre cœur les personnes que vous avez blessées, qui ont besoin de votre pardon, et que le Seigneur leur fasse parvenir cette étreinte
Engagement Commencez cette journée avec l’engagement de vivre comme le Seigneur le souhaite, en étant où Il veut que vous soyez, en faisant ce qu'Il attend de vous Terminez cette prière par un Notre Père ou un Je vous salue Marie
Conseil : prenez note de vos relectures et revenez-y quand vous en avez besoin Ne faites pas de théories et ne vous fixez pas sur ce que vous n ’aimez pas de vous-même Dans la relecture, vous devez chercher le regard du Père sur vous afin de vous regarder comme Il vous voit Ne cherchez pas des perfectionnismes stériles mais la manière dont votre Créateur et Seigneur souhaite que vous meniez votre vie
La gratuité de l’Amour de Dieu se concrétise dans les réalités qui entourent notre journée, l’air, le soleil, les parfums, les amis, la famille, la santé, le travail, et tout ce qui existe, tout, y compris la pierre qui gît au fond de la mer et dont personne ne s ’ apercevra jamais. Tout est un don et une offrande. C’est pourquoi, quand vous pensez à vos péchés ou à vos fautes, vous devez d’abord disposer votre cœur en y plaçant la « démesure » des dons que vous recevez par pur amour Et juste seulement demander la lumière pour voir comment vos attitudes ont négligé ces dons en causant des dommages aux choses, aux personnes, aux lieux et aux relations
Réalisez cette relecture régulièrement, jusqu’à atteindre une fréquence quotidienne Vous ferez l’expérience de comment le Seigneur transforme un cœur de pierre en un cœur de chair
Ressources
Annexe 1
Écouter, comprendre et guérir
Combien d'entre nous ont déjà ressenti ce besoin profond de raconter à quelqu'un ce qui leur arrivait! Combien de fois avons-nous eu besoin d'un regard attentif et d'oreilles ouvertes pour recevoir ce que nous avions à dire! Et combien d'entre nous peuvent dire que, en parlant avec d'autres, nous nous sommes « libérés d'un poids »?
Communiquer est une réalité aussi humaine que divine et peut changer complètement la vie d'une personne Nous ne pouvons pas nier qu'il existe en nous un besoin naturel de parler et d'exprimer ce qui nous arrive Et bien qu'il y ait des personnes qui ont du mal à communiquer ce qu 'elles ressentent et vivent intérieurement, par peur, timidité ou honte, cela ne signifie pas qu 'elles n 'ont pas besoin de faire sortir ce qui les « écrase à l’intérieur »
Nous éprouvons une paix intérieure lorsque, en parlant, nous nous « libérons d'un poids » C'est ce que faisait Jésus lorsqu'il rencontrait des personnes : il écoutait attentivement ce qu 'elles avaient à dire Lorsque tu écoutes les personnes qui sont devant toi et que tu empathises avec leurs sentiments, parce qu 'elles racontent leur vie ou mettent en mots leur propre mystère, tu ouvres la porte de la guérison intérieure.
Quand nous sentons que quelqu'un nous écoute vraiment lorsque nous exprimons ce qui nous arrive, cela nous guérit, nous soigne et libère notre âme Quand quelqu'un reçoit ce que nous disons avec bonté et ouverture de cœur, notre propre vie trouve le repos Il y a beaucoup de personnes que personne n'écoute et, surtout, que personne ne comprend C'est, en définitive, la pire douleur qu ' une personne puisse éprouver : que personne ne l'écoute ni ne la comprenne C'est pourquoi les miracles et les guérisons de Jésus commencent par un dialogue préalable Les personnes se sentaient comprises et s 'ouvraient alors à l'action de Dieu
Pourquoi cherchons-nous quelqu'un qui nous comprenne pour lui raconter ce qui nous arrive ? Parce que lorsque nos misères ou nos joies passent par le cœur d'un autre, un miracle se produit Le poids des problèmes et la douleur des blessures s 'allègent lorsque nous les partageons, et les joies et les plaisirs se multiplient. La douleur partagée est plus supportable et la joie partagée a meilleur goût.
Quand nous pouvons extérioriser ce qui oppresse notre cœur, quand notre propre misère est comprise par un autre, qui nous écoute et nous conseille, la douleur s 'adoucit Et lorsque notre bonheur provoque un sourire sur le visage de celui qui écoute, la joie est complète
Le monde a besoin d'hommes et de femmes prêts à écouter, à accueillir, à recevoir le mystère du cœur humain qui cherche à communiquer Es-tu prêt à en faire partie ?
Annexe 2
Prêts pour commencer à vivre.
Quand tu observes attentivement ce qui se passe autour de toi, quand tu te places face à la réalité que tu dois vivre avec les yeux d'un apprenti, quand tu perçois les situations que tu traverses en les acceptant, sans juger, avec ouverture et en te rendant disponible à ce que des choses t'arrivent, c 'est alors que tu as vraiment commencé à apprendre à vivre
Nous cherchons tous à ce qu'il nous arrive des choses « agréables » Nous voulons que nos expériences de vie soient plaisantes, et nous refusons catégoriquement de penser même que nous pourrions traverser des situations douloureuses, angoissantes et désagréables. En agissant ainsi, ce qui est normal d'ailleurs, nous cessons d'apprendre de cette autre dimension de la vie qu'il est impossible de nier : la douleur, la tristesse... la mort. Vivre, c 'est apprendre à gérer ce que nous devons traverser.
Vivre, c 'est apprendre à aimer comme le Seigneur aime C'est découvrir cet enseignement qui se cache parfois derrière le voile douloureux de l'angoisse, de la peine, et même de la mort, en découvrant la présence toujours fidèle de l'amour du Seigneur Quand nous parvenons à prendre du recul par rapport à nos propres jugements sur la réalité ou les personnes ; quand nous pouvons suspendre un moment cet élan irrésistible de nier ou de qualifier de « mauvais », douloureux, angoissant, désagréable, tout ce qui ne nous procure pas de plaisir ; quand nous franchissons les frontières de nos propres jugements hâtifs, c 'est alors que nous nous plaçons face à la vie avec les yeux d'un disciple, prêts à puiser dans la sagesse présente dans le mystère de la vie, où nous apprenons à découvrir la graine de l'Amour toujours présente. C’est alors que dans ta vie apparaît le Maître. Le Maître arrivera quand le disciple sera ouvert à recevoir l'enseignement. Ce Maître est en toi et tu pourras l'entendre quand tu seras vraiment disposé à cela. C'est la présence de
l'Amour, révélé en Jésus-Christ, qui t'habite et habite toutes choses, disponible pour être découvert avec les yeux du cœur.
Peut-être traverses-tu en ce moment une période difficile de ta vie Ou peut-être vis-tu l’un de ces moments “de rêvé” Dans ce cas, il est temps d’ouvrir les yeux, de suspendre les jugements, et de laisser la réalité que tu vis te révéler sa sagesse, et te rendre transparent au Créateur présent dans toute réalité Ne te laisse pas éblouir par l’éclat des moments agréables, mais puise l’amour qui les habite Ne te laisse pas aveugler par l’obscurité de la douleur et de la peine, découvre la sagesse qu’ils contiennent, en trouvant la part de bien qui les habite Peut-être est-il temps de te rendre compte de ce qui est important dans ta vie pour prendre de nouvelles décisions Il se peut que le moment que tu vis te montre que la vie a des moments bons et mauvais, et qu’il faut apprendre à gérer les “mauvais” et à tirer parti des “bons”
Tout ce que tu vis, absolument tout, contient un enseignement qui te rend palpable la présence du Seigneur. N’aie pas peur de perdre ou d’échouer, dans tout ce que tu vis il y a beaucoup à apprendre et à aimer. Et souviens-toi… Quand le disciple est prêt, le Maître apparaît… Quand le cœur est disposé, tu découvres le Seigneur dans ta vie. Le Seigneur est présent dans tout ce que tu vis. Découvre-le !
v 05/2024
Suite au livre suivant : le PAS 5 du Chemin du Cœur « Il nous appelle ses amis »