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Bulletin de liaison

Mars 2010

NATURA 2000

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RIVIERE ELORN

Editorial

Le Président du COmité de PILotage Thierry Fayret, Président du Syndicat de Bassin de l’Elorn, Vice-Président de Brest Métropole Océane en charge du littoral et de la rade de Brest, Conseiller municipal à Brest.

Depuis 2008, le Syndicat de Bassin de l’Elorn a choisi d’être opérateur local Natura 2000 afin de contribuer à la mise en oeuvre de la politique européenne de préservation de la biodiversité. Natura 2000 a pour objectif la conservation et la mise en valeur des espaces naturels en intégrant les acteurs locaux au coeur de la démarche dans le principe du développement durable. Des groupes de travail ont été constitués afin de construire un programme d’actions partagé. Tout un chacun peut donc participer à ces groupes en tant qu’individu ou membre d’une association. Cette phase de travail doit aboutir à une feuille de route Natura 2000, le DOCument d’OBjectif (DOCOB). En cette année 2010 de la biodiversité, la validation du DOCOB de l’Elorn sera un des événements marquant de l’engagement des collectivités locales en faveur du patrimoine naturel.

NATURA 2000, c'est quoi ? Il s’agit d’une Directive européenne que les Etats membres doivent mettre en application. A l’image de la Directive Cadre sur l’Eau avec les SAGE, l’Etat Français a décidé de déléguer aux collectivités locales la mise en application de Natura 2000. Le Syndicat de Bassin de l’Elorn intervient donc, dans le domaine de la biodiversité, depuis 2008 à l’échelle du site Natura 2000 de l’Elorn.

Et sur le site de l'Elorn ? Sur le territoire de l’Elorn, des habitats (forêts, landes, prairies, tourbières, ...) et des espèces (Loutre d’Europe, Saumon Atlantique, ...) ont été identifiés comme représentant un intérêt à l’échelle européenne. Le périmètre du site Natura 2000 de l’Elorn a donc été proposé par l’Etat français en 2007 puis validé par la Communauté Européenne. Le site couvre environ 2400 hectares dont 1000 hectares représentent un intérêt majeur pour la biodiversité. Ensuite, le Syndicat de Bassin de l’Elorn s’est porté candidat pour être l’animateur local de la démarche. Depuis 2008, un chargé de mission a été recruté afin de : recueillir les éléments techniques et scientifiques sur la faune et la flore de l’Elorn ; recenser l’ensemble des activités pouvant avoir un impact positif ou négatif sur la biodiversité; animer des réunions de concertation entre les acteurs locaux (3 groupes de travail ont été installés);

rédiger un ensemble d’actions et projets permettant d’atteindre un état optimal des habitats, de la faune et de la flore du site à moyen terme. Ce travail doit aboutir en 2010 à un document d’orientation partagé, le DOCument d’OBjectif ou DOCOB qui va orienter la mise en place d’actions de restauration des milieux naturels ou de sensibilisation, de formations…

Sommaire P. 02 P. 04 P. 05 P. 06 P. 07 P. 08

LA VALLÉE DE L'ELORN LES ROCHERS FORESTIERS ESTUAIRE DE L'ELORN ZOOM SUR UNE ESPECE DIAGNOSTIC ET OBJECTIFS RETOUR DU TERRAIN & AGENDA

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LA VALLÉE DE L'ELORN Habitats et espèces d’intérêt européen

Les landes Elles affectionnent les sols peu épais. Ainsi, elles sont dispersées sur les flancs de la vallée et sur les promontoires rocheux. Elles sont le règne des Molinies bleues et des Bruyères. Autrefois pâturées ou fauchées, elles sont aujourd’hui bien souvent délaissées. Cette situation permet l’installation d’un boisement naturel pas toujours souhaitable si l’on veut conserver des écosystèmes rares et diversifiés. Elles couvrent aujourd’hui moins d’une centaine d’hectares dans le périmètre Natura 2000 ; elles sont donc vulnérables.

Le Chabot commun

La Loutre d’Europe

Le Saumon Atlantique

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Le Lucane cerf-volant

L’Escargot de Quimper

Les forêts Elles représentent un intérêt européen dès lors qu’elles sont composées de Hêtres ou de Chênes accompagnés d’Ifs ou de Houx, et s’épanouissent le plus souvent dans les pentes de la vallée. Elles apprécient le climat humide de la Bretagne, on les nomme forêts atlantiques. Ces forêts abritent de nombreuses espèces de chauves-souris mais aussi d’insectes. On y trouve notamment un escargot qui ne vit qu’en Bretagne et au Portugal, l’Escargot de Quimper.

La nature ordinaire assure aussi l’équilibre des écosystèmes Le Grand rhinolophe

L’occupation du sol, la plus importante sur ce site Natura 2000, n’est pas à proprement parler d’intérêt européen. Il s’agit par exemple de zones urbanisées, du bocage, de prairies humides, … Pourtant ces éléments participent au fonctionnement des écosystèmes. Il s’agit de territoires de chasse pour certaines espèces, par exemple pour le Grand rhinolophe. Cette chauve-souris est une espèce d’intérêt européen dont la survie dépend d’habitats dit « ordinaires » : talus, bosquets... En hiver, elle hiberne dans des grottes, mais en Bretagne elle a dû s’adapter à des cavités artificielles, comme des bâtiments en ruines, des mines désaffectées, … Pour l’élevage des jeunes, le Grand rhinolophe a besoin de chaleur, par exemple sous les toits des églises. Il importe donc de préserver des habitats qui ne paraissent pas des plus naturels au premier coup d’oeil.

La rivière C’est l’axe structurant du site Natura 2000. Cet habitat est le lieu de vie de la majorité des espèces d’intérêt européen du site. La floraison blanche des Renoncules aquatiques à la belle saison est certainement connue de tous les habitants de la vallée, et c’est d’ailleurs cette plante que les botanistes ont choisi pour distinguer ce type de rivière : « Ranunculion fluitantis ». Le Chabot commun, hôte discret des rivières à Truites, est présent sur l’ensemble du linéaire de la rivière. La Loutre réapparaît sur le territoire, depuis qu’elle a été inscrite sur la liste des espèces protégées. Le Saumon atlantique est de longue date une espèce emblématique de l’Elorn.

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LES ROCHERS FORESTIERS Des fougères des Açores à Brest !

Dryopteris aemula, Le Polystic atlantique

Hymenophyllum tunbridgense, L’Hymenophylle de tunbridge

Trichomanes speciosum, Le Trichomanes délicat Dryopteris aemula, Hymenophyllum tunbridgense, et Trichomanes speciosum, voilà trois fougères très discrètes que l’on rencontre fréquemment aux Açores. Elles sont rarissimes et protégées en France. La vallée de l’Elorn, avec ses rochers saillants, comme à Plougastel-Daoulas, son climat très humide, doux et sans sécheresse estivale marquée, est certainement un des bastions bretons de ces espèces. Mais le climat finistérien est encore presque trop sec pour elles ! Le diagnostic réalisé en 2009 a mis en évidence que cet habitat de rochers à fougères représente un enjeu de conservation majeur pour le site Natura 2000. Aujourd’hui, peu de menaces pèsent sur ces rochers forestiers et la sensibilisation des propriétaires et des collectivités locales doit permettre d’en assurer la conservation.

Les rochers humides hyperatlantiques en France

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L'ESTUAIRE DE L'ELORN Une mosaïque d'habitats menacés par la Spartine

Dans l’estuaire, la végétation s’implante principalement en fonction de la capacité des plantes à supporter le sel et la marée. Ainsi les communautés végétales se répartissent selon un gradient topographique. Tous les habitats de l’estuaire sont d’intérêt communautaire, cela en fait un écosystème riche d’un point de vue patrimonial. Le site Natura 2000 de l’Elorn a été désigné au titre de la Directive Habitats, Faune, Flore et non au titre de la Directive Oiseaux. Toutefois, les actions en faveur des habitats des prés salés devront être compatibles avec les espèces connues de ce secteur, que sont les Fuligules, Sarcelles, Courlis, Huîtriers …

La principale menace directe dans l’estuaire est la prolifération d’une plante introduite au 19ème siècle, la Spartine à fleurs alternes. Originaire d’Amérique, cette espèce s’est largement développée en rade de Brest, après s’être installée en Angleterre. Elle prend la place de l’écosystème en place et le banalise, car elle s’installe presque partout dans la slikke et le schorre. Cette capacité exceptionnelle de développement perturbe le fonctionnement entier de la rade de Brest, des populations d’oiseaux jusqu’à la dynamique d’envasement de l’estuaire qu’elle accélère.

Le schorre

Sur le haut des vasières et à la limite des dernières cultures, ce sont les Obiones, buissons verts blanchâtres qui dominent les prés salés, c’est le Schorre.

Spartina alterniflora

La Spartine a fleurs alternes

La slikke

Dans les vasières, au dessus des algues brunes et à la limite des Obiones, on trouve les Salicornes, souvent connues pour leur qualité condimentaire, c’est la slikke.

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ZOOM SUR UNE ESPÈCE La Mulette perlière

Coquille de l’Elorn du 19ème siècle en collection au Muséum à Paris

Mulette vivante retrouvée en 2009 à Kerhamon

Coquille retrouvée en 2009 sur le bas Elorn et morte depuis moins de cinq ans

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La Mulette perlière (ou Moule perlière) est une Moule d’eau douce qui, comme son nom l’indique, peut produire des perles. En réalité, seul quelques individus produisent des perles mais son intérêt est aujourd’hui tout autre. Elle était une des espèces les plus commune dans les cours d’eau bretons jusqu’au début du 20ème siècle. Aujourd’hui en Bretagne, l’espèce est au bord de l’extinction et seuls quelques rivières comme l’Elez hébergent encore de petites populations. Les raisons du déclin de l’espèce sont en partie sa pêche pour les bijouteries (les perles des Moules de l’Elorn étaient vendues aux bijoutiers de Brest et Quimper), mais la raison principale est la dégradation de la qualité de l’eau des rivières, à laquelle l’espèce est extrêmement sensible. Le cycle de reproduction de l’espèce est complexe. En effet, les jeunes larves doivent se fixer durant une période sur les branchies des Truites et/ou des Saumons et, ensuite, elles vivent enfouies dans le sable. Si les conditions sont réunies, un individu peut vivre plus d’une centaine d’années. En 2010, à l’initiative du Syndicat de Bassin de l’Elorn, l’association Bretagne Vivante a recensé les Mulettes de l’Elorn et seuls quelques individus ont été trouvés. Ce résultat ne permet pas d’envisager de mettre en oeuvre un programme de reproduction assistée d’individus originaires de l’Elorn. Les espoirs reposent maintenant sur les résultats du programme européen lancé par Bretagne Vivante qui visera à reproduire les Mulettes de l’Elez en pisciculture. Cela pourrait permettre d’en réimplanter dans l’Elorn si les conditions de qualité d’eau sont à nouveau réunies dans quelques années.


NATURA 2000 Diagnostic et objectifs

Le diagnostic

Le diagnostic fait appel en premier lieu à la flore. La végétation de l’Elorn a été inventoriée en 2005 par le Conservatoire Botanique National de Brest. L’ensemble du site a fait l’objet d’une cartographie précise. Les relevés effectués par le Conservatoire ont été comparés à des référentiels européens. Pour chaque habitat d’intérêt communautaire, l’état de conservation a été diagnostiqué : bon, moyen, mauvais. Les résultats montrent que les habitats du site sont dans un état souvent favorable. Néanmoins, la première cause de dégradation des habitats terrestres est l’abandon des pratiques agricoles des prairies, landes et tourbières. Ces habitats étaient autrefois exploités, fauchés ou pâturés. Même les tourbières avaient leur fonction. On extrayait la tourbe de manière extensive pour l’utiliser comme combustible, comme à Ploudiry. La faune va faire l’objet d’études complémentaires dans les années à venir, mais de nombreuses données existent déjà sur les espèces de la rivière. L’Association Agréée de Pêche et de Protection des Milieux Aquatiques de L’Elorn, en partenariat avec la Fédération Départementale de Pêche, gère la station de comptage de Kerhamon. Tous les Saumons et Aloses sont filmés et comptabilisés à l’aide d’une caméra. Ces résultats, complétés par des pêches électriques, permettent d’évaluer les populations piscicoles. En 2009 le Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement de l’Elorn (CPIE) a été chargé de l’étude des invertébrés terrestres. Les espèces identifiées sont l’Escargot de Quimper et le Lucane cerfvolant. Les espoirs de trouver le papillon « Damier de la succise » sont devenus minces, mais de nouvelles prospections seront menées au printemps 2010 afin de faire la lumière sur sa présence dans le site Natura 2000.

Cartographie des tourbières à Ploudiry

La Grande alose de passage à Kerhamon

Le Damier de la succise

Les objectifs :

Promouvoir la gestion des zones herbacées en favorisant le maintien de pratiques agricoles adaptées. Lutter contre les espèces introduites invasives comme la Spartine à fleurs alternes dans l’estuaire ou le Laurier palme dans les forêts. Restaurer le fonctionnement des zones humides et de la rivière. Accompagner les porteurs de projets dès l’amont et former les acteurs socioprofessionnels. Sensibiliser et impliquer la population pour une meilleure prise en compte de la biodiversité.

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Retour du terrain

Les prochaines échéances FÉVRIER 2010

Réunion d’information «estuaire » et réunion d’information pour les agriculteurs, « plateau de Ploudiry, La Martyre ».

MARS 2010

Réunion des groupes de travail pour définir les actions après 2010.

AVRIL 2010

Réunion des groupes de travail pour définir les mesures de suivi et l’évaluation.

JUIN 2010

COmité de PILotage de validation du DOCOB.

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Contacts Syndicat de Bassin de l’Elorn Bourdoulous Jérémie : animateur Natura 2000 Ecopôle-Guern ar Piquet - 29 460 Daoulas Courriel : natura2000.syndicatelorn@wanadoo.fr Internet : http://www.syndicat-bassin-elorn.fr Tél. : 02 98 25 93 51

Crédits photos Glinec J.F. ; Bourdoulous J., S.B.E. ; B.M.O. ; Paraflash ; Pustoc'h P., A.M.V ; Haguet G., F.C.B.E. ; Quere M., C.B.N.B. ; Maestrati P., M.N.H.N. ; F.D.A.P.P.M.A. 29 ; A.A.P.P.M.A. de l'Elorn ; Loriot S. ; Pustoc'h P. ; Smith J.E. ; Rozec X., G.M.B. ; Vilseskogen, Flickr ; Richard S., Flickr ; Bas Kers, Flickr ; Sanderbos, Flickr ; Dupieux N. ; Ian Boyd, Flickr ; Mrjorgen, Flickr ; Mape S., Flickr.

Partenaires financiers

Imprimé sur papier recyclé et utilisation d'encre végétale

AGENDA

Depuis 2 ans, la restauration d’une partie des parcelles du périmètre de captage de Cleuz-Drein-Porlazou sur la commune de Ploudiry est amorcée. Le Syndicat Intercommunal du Plateau de Ploudiry (SIPP) a passé un partenariat d’assistance technique avec l’association de Langazel (financement : Conseil Régional de Bretagne et Conseil Général du Finistère). Les habitats du site sont des landes humides et des tourbières qui sont le refuge d’espèces remarquables comme des plantes carnivores (Droséra) ou des oiseaux (Bécassine des marais). Depuis la mise en place du périmètre de protection de captage, ces terrains n’ont plus bénéficié d’entretien et ont commencé à s’enfricher. Le pâturage y est d’ailleurs interdit à cause des risques de pollution de l’eau. Par ailleurs, la zone est très accidentée (nombreux cailloux, arbres) et très humide par endroits. Un travail mécanique de réouverture du milieu a commencé en 2008 et se poursuivra pendant 4 ans. Ce débroussaillage est nécessaire pour maintenir la flore locale qui disparaît dès lors qu’elle n’est plus exploitée par l’agriculture. Les matières provenant de ce débroussaillage sont exportées en dehors du site (afin de ne pas altérer la qualité de l’eau du captage) et utilisées ensuite par un agriculteur qui la mélange à du fumier pour l’épandre sur ses terres cultivées. Le SIPP met à disposition le broyage de lande pour les personnes intéressées. D’autres travaux ont été menés cette année : une mare au sud de la zone a été réaménagée et nettoyée car elle se comblait. Ceci va permettre l’installation d’une vie aquatique, support à de futures séances d’éducation à l’environnement pour les scolaires. Un chemin qui traverse la zone du nord au sud a été dégagé et des panneaux explicatifs seront installés.

POP-KORN, LA COMMUNICATION ALTERNATIVE

Sur le plateau on restaure les tourbières


EPTB ELORN / NATURA 2000