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Magazine N°152 OCToBRE 2012 www.poly.fr

L’Ancienne douane de Strasbourg Légumes ou culture ? L’architecture sans frontière De Bâle à Delme Stéphane Braunschweig Trois spectacles événement Emily Loizeau Nouvel album, nouvelle vie

Kaori Ito

chorégraphe de la mémoire


du 21 septembre au 12 octobre 2012

Direction de la Communication CG Bas-Rhin / Impression CG67.

EXPOSITION PHOTO dans le cadre de la semaine Alzheimer

Hôtel du Département Place du Quartier Blanc à Strasbourg

ENTRÉE LIBRE

du lundi au vendredi de 10h à 18h, le week-end de 14h à 18h.


Mahâbhârata © Anna van Kooij

And the winners are…

BRÈVES

Mardi 30 octobre à Paris aura lieu la 4e cérémonie de remise des prix de la Fondation Kronenbourg. Sur 15 projets, 4 alsaciens ont été retenus dans les domaines de la culture et de la nature. Le Festival Premières, le Kit de survie des arts (Strasbourg), les Rencontres de Théâtre Forum Nord-Sud (Bischheim) et Sauvons le courlis cendré (Maison de la nature du Sundgau) sont primés par le jury. www.fondation-kronenbourg.com

Un petit

bijou !

Ça tourne ! La 4e édition du Festival international du film des Droits de l’Homme pose ses pellicules dans les cinémas bas-rhinois. Du 6 au 19 octobre, de nombreux films défilent dans les salles obscures et zooment sur les injustices et les inégalités qui plombent le monde (au Maroc, en Espagne ou en Cisjordanie). À découvrir, entre autres, Une population négligée qui relate l’histoire, trop méconnue, des Roms.

La Taillerie de la Haute-Creuse (Vexaincourt, Vosges) sert d’écrin à la ligne de bijoux Yvonne Célina collection, qui s’inspire des minéraux. La créatrice joue avec une palette de couleurs intenses : les violets profonds de la charoïte, le rouge passion du rubis, les fines perles de lune ou les aigues-marines d’une beauté transparente. Les perles délicates, les boules à facettes et les petits cubes composent ses colliers, ses boucles d’oreilles et ses bracelets. De véritables œuvres d’art. www.bijoux-yvonnecelina.fr

www.festival-droitsdelhomme.org

Dreamy

sculpture

Du 7 octobre au 9 décembre, à l’Etappenstall à Erstein, Philippe Hennequière présente ses nouveaux travaux. S’inspirant des pierres Alots, bassins creusés par l’homme pour recueillir l’eau, ses sculptures à taille humaine effleurent le rêve et l’imaginaire. Ses entrelacs de creux, de couleurs et de matières sont le reflet d’un passé perdu, impossible à saisir. Captant l’éclat de la lumière, les mille facettes des sculptures laissent songeur. www.ville-erstein.fr www.philippe-hennequiere.over-blog.com Poly 152 Octobre 12

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03.10.– 27.11.2012 03.10.–20.11.2010 www.luxembourgfestival.lu www.luxembourgfestival.lu Cie Frères Thabeten – SirTGV... John Eliot Gardiner – à«Rayahzone» 02:05 /de Paris

Hagen Quartett – Orchestre Philharmonique du Luxembourg – London Symphony Orchestra – Valery Gergiev – Madredeus – Emmanuelle Béart Swan – NewLake» York Philharmonic – Alan Gilbert – Ballet Preljoca «Dada Masilo’s – Christianne Stotijn – Akademie Théâtre duMusik BolchoïBerlin – Paco de Lucía – Michael ClarkEuropéens Company –LuxemLondon Sym für Alte – Diana Krall – Solistes Orchestra – Sir ColinZehetmair Davis – «Les Justes»Chamber / Camus –Orchestra Pierre Boulez bourg – Thomas – Scottish – – Da Kehlmann – Gewandhausorchester – Cecilia Bartoli – Françoise Berl Maria João Pires – «The Rodin Leipzig Project» / Russell Maliphant Ian Bostridge– –Sonny AbbasRollins Kiarostami Sonny Rollins «Cosi fan tutte» / Mo Company – Les– Musiciens du –Paradis – Bertrand Esperanza Spalding – Ballet BiarritzOrchestra – Thomas –Quasthoff Stanislas– Nord Cuiller – Pittsburgh Symphony Manfred–Honeck Philippe Herreweghe Andreas Spering – Angelika – «Otel Arcanto Quartett ––Red Baraat – «Desh (Solo)»Kirchschlager / Akram Khan Verdi – Ben Heppner … Company – NDR Bigband feat. Al Jarreau & Joe Sample – Nigel Kennedy – «Rosas – Early works 1982–1987: Fase» – Cecilia Bartoli – WDR Sinfonieorchester Köln – Jukka-Pekka Saraste – Orchestra dell’Accademia Nazionale di Santa Cecilia – Sir Antonio Pappano – Martha Argerich – Grigory Sokolov

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Saga Africa

Photo : Musée des mineurs Wendel

© Gade Compagnie

BRÈVES

À Benfeld et Strasbourg, les cours de danse africaine de la Gade Compagnie glissent du soleil et de l’exotisme dans notre quotidien. Évoluant au son des percussions traditionnelles, Jean Louis Gade vous fait découvrir les danses originaires de l’Afrique l’Ouest. Une nouveauté cette année : la danse africaine douce. Épurée, tonifiante et adaptée à tous, elle se pratique sans complexe à l’heure du déjeuner pour se revitaliser dans la bonne humeur.

Travailleurs de l’ombre Réhabilité, l’ancien site industriel du Carreau Wendel, situé à PetiteRosselle, a inauguré, le 17 septembre, le Musée des Mineurs Wendel. La rénovation du bâtiment permet de partir à la découverte du quotidien des travailleurs de l’ombre et de rendre compte de l’histoire de l’exploitation du charbon dans le bassin houiller lorrain. www.musee-les-mineurs.fr

www.gadecompagnie.com

aj & mphony aniel langer – ozart – dey – llo» /

La beauté

cachée

des laids

Il est laid. Terriblement laid. Tout le monde le pousse à passer sous le bistouri, ce qu’il fait sous la pression sociale. Le Moche (par la Compagnie Adrénaline Théâtre) est une pièce drôle et cruelle, un des moments forts de ce début de saison au Kafteur (Strasbourg) qui fête ses vingt ans cette saison. À découvrir du 11 au 20 octobre. www.kafteur.com

La boutique Céleste à Strasbourg (30 Grand’Rue) transporte les acheteuses compulsives dans un univers aérien et feutré. Vêtements, accessoires, bijoux et réalisations inédites de créateurs s’y bousculent. Les bracelets acidulés de Litchi et les sacs de Lili Cabas nous font de l’œil. Les créations de Camille Lescure, Sandrine Giraud ou Amélie Blaise réservent bien des surprises, à glisser rapidement dans les garde-robes. www.boutiqueceleste.com

© Boutique Céleste

Air shop

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La voiture qui change de taille le week-end

PLUS D’INFO ourg 5 rue St Michel // 67000 Strasb 03 88 237 347 120 voitures en libre-service à Strasbourg et dans 14 villes d’Alsace. 6 tailles de véhicules de 2 à 9 places pour 1h ou plus.

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BRÈVES

Crystal

song Les Atsunobu Kohira, parrainé par l’artiste Giuseppe Penone et soutenu par la Fondation d’entreprise Hermès (qui tisse des liens entre artisanat et art contemporain) expose son Instrument pour Saint-Louis. Et il investit le lieu mythique de la cristallerie jusqu’au 14 décembre. Délicate boîte à musique transparente et prisme aux multiples facettes de cristal, il reflète le temps qui s’écoule et le glorieux passé de la manufacture.

trois coups

www.saint-louis.com

Grande

Un amour de roman-photo

Le festival international de théâtre amateur se déroule à Saint-Louis. Théâtra regroupe des troupes venues de toute l’Europe qui rendent hommage à cet art avec de nombreuses pièces courtes. Attention travaux (dialogue dansé et parlé avec les spectateurs, autour d’un panneau de chantier), Les DuMangeuses 12 octobre de chocolat (trois femmes au 15entament décembreune cure pour lutter contre 2012 dévorante) et bien d’autres leur passion encore sont à découvrir sur les planches du 12sitio au n14 octobre. Expo

littérature !

Depuis 65 ans, le roman-photo se glisse avec malice dans les pages des magazines. Du 12 octobre au 15 décembre, la Médiathèque André Malraux (Strasbourg) accueille l’exposition Un amour de roman-photo ainsi que des créateurs (Jean Lecointre), des collectionneurs (Hubert Beaubois) et des journaux. À noter : la conférence de Jan Baetens (samedi 13 octobre) sur l’historique de ce genre particulier, irrévérencieux (lorsqu’il s’agit du Professeur Choron) ou câlin (Nous deux). www.mediatheques-cus.fr

Letipraertager

Visites guidées

www.festival-theatra.com Conférence

Sa 13/10 à 17h La lectrice dans la dernière case

lit Dimitri Planchon, Jésus et les

copains, éd. Fluide Glacial, 2005

Médiathèque André Malraux Centre de l’illustration - 5e étage

www.mediatheques-cus.fr

Licence 1 : 1047962 - Licence 2 :

1047959 - Licence 3 : 1047960

Birthday party

La Carte culture, l’un des plus impressionnants dispositifs d'incitation à plonger dans un bain de culture fête ses vingt ans. Grâce à 77 structures partenaires (théâtres, musées, cinémas, opéras…), les étudiants profitent de tarifs très avantageux et de prix réduits pour assister à de nombreux spectacles. Pour célébrer dignement cet anniversaire, Poly vous réserve un article bien ficelé dans le prochain numéro. www.carte-culture.org Poly 152 Octobre 12

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la f i lature

six

sonnag nag es person en quete d’auteur d’après Luigi Pirandello – Stéphane Braunschweig du mercredi 24 au vendredi 26 octobre

musique arthur h théâtre François d’assise Joseph Delteil – Adel Hakim danse island oF no memories Kaori Ito

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scène nationale – mulhouse - t +33 (0)3 89 36 28 28 - www.laFilature.org

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Création graphique : Atelier 25

et aussi en octobre


BRÈVES

La guerre des étoiles Dans la capitale européenne, le sapin Swarovksi des Galeries Lafayette va faire des jalouses. Près de 600 étoiles à facettes en cristal sublimeront ses 8 mètres de hauteur. Mais la star de toutes reste l’étoile d’1m30 d’envergure placée élégamment au sommet du résineux que l’on pourra observer du 8 novembre au 12 janvier 2013. À cette occasion, Nathalie Colin a créé les bracelets Slake (multi-rangs en gris ou taupe), modèles inédits pour briller de mille feux à Noël.

Sapin Swarovski, Galeries Lafayettes de Strasbourg

© Eurgen

www.swarovski.com

sensuelles

Jusqu’au 14 octobre, à la galerie de l’Espace rhénan (Kembs), Eurgen présente l’exposition Unes. La photographe capte avec poésie les douces beautés féminines. Accompagnés de textes de la Strasbourgeoise Sabine Rousset, les clichés reflètent des corps qui se livrent en toute intimité, pleins ou creux, lisses ou marqués, laissant apercevoir les empreintes de la vie. www.eurgen.fr

À

© Jérémy Chevalier

Courbes

l’heure

suisse

Dans la capitale franc-comtoise, du 12 au 14 octobre, le Besançon Réseau Art Contemporain (BRAC) organise le WE suisse, dédié aux arts visuels et performances. À découvrir, Jeremy Chevalier qui détourne avec humour les instruments et le matériel que l’on trouve sur les scènes rock. Visitez So Swiss !, la galerie Jean Greset et cinq autres lieux qui inaugurent des expositions monographiques ou collectives d’artistes helvètes. www.pavedanslamare.org

Terres métissées Yan Gilg et ses acolytes (Severe, JB et les Naïas) ont créé le groupe Kerakoum (témoignage de fraternité en langue arabe qui signifie « comment allez vous ? »), à mi-chemin entre rap, slam et théâtre. Vendredi 19 octobre à l’Espace culturel Django Reinhardt de Strasbourg, ils invitent à un voyage dans la mémoire et les rêves de la Kabylie, de l’Algérie et de la France. À travers les sons d’instruments et de langues d’horizons lointains, ils explorent avec poésie les terres métissées. www.cie-memoires-vives.org Poly 152 Octobre 12

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Visuel Kathleen Rousset, graphisme Polo

TAPS SCALA DU MER. 24 AU VEN. 26 OCT. À 20H30

DANS LES COULOIRS DU MONDE TEXTE ET MISE EN SCÈNE CHRISTIAN HAHN COMPAGNIE LES COPEAUX DE MOTS STRASBOURG CRÉATION 2012 www.taps.strasbourg.eu ou 03 88 34 10 36

Vernissage – Opening Dimanche 7 octobre à partir de 11h Performance de Claude Cattelain à 12h30 Récital de pièces pour piano mécaniques de Conlon Nancarrow à 14h

AT H A N ASIOS ARGI A N AS TA U B A A U E R B A C H ER ICA BAU M LUCAS BLALOCK MIRIAM BÖHM CAROL BOVE CL AU DE CAT TEL A I N T YLER COBURN JOH N DI VOL A SI M ON DY B BROE M ØLLER SPENCER FINCH JENNIE C. JONES MICHAEL DELUCIA EUAN MACDONALD K E L LY N I P P E R RY ROCKLEN JOHANNES VOGL

COQ UILLES M ÉCA N IQ U ES Curator : Joanna Fiduccia

jazzdor festival de jazz de strasbourg 27e édition du 08 au 23 novembre 2012

08.11.

JEUDI

— Reut Regev R* Time

09.11.

VENDREDI

— Andy Emler MegaOctet et les Percussions de Strasbourg “Childhood Journeys”

10.11.

SAMEDI

— Michel Portal / Keyvan & Bijan Chemirani + Heinz Sauer / Daniel Erdmann / Johannes Fink / Christophe Marguet

11.11.

DIMANCHE

07.10 .12 — 13 .01.13

— Peter Brötzmann Chicago Tentet +1 — Otis Taylor’s Contraband

+ Project Room nº11 : Joséphine Kaeppelin

13.11.

Du mardi au vendredi de 10h à 18h / Le week-end de 14h30 à 19h Ouvert les 1 et 11 novembre / Fermé 25 et 26 décembre et 1er janvier

Le CRAC Alsace bénéficie du soutien de : la Ville d’Altkirch / le Conseil Général du Haut-Rhin / le Conseil Régional d’Alsace / la DRAC Alsace – le Ministère de la Culture et de la Communication / le Ministère de l’Éducation Nationale ainsi que du partenariat du club d’entreprises partenaires du CRAC Alsace – CRAC 40.

Visuel : Carol Bove, Sans titre, 2009. © Galerie Maccarone, NY et l’artiste

L’exposition bénéficie du soutien de l’Ambassade des Etats-Unis d’Amérique et du Goethe-Institut de Strasbourg.

CR AC ALSACE

18 rue du château 68130 ALTKIRCH 03 89 08 82 59 / www.cracalsace.com

MARDI

— Imperial Quartet — Bill Frisell “The Great Flood” — Le Maigre Feu de la Nonne en Hiver

14.11.

MERCREDI

— Actuum — Lucian Ban’s Enesco Re‑Imagined — Misja Fitzgerald Michel “Time of No Reply”

15.11.

JEUDI

— Jean‑Paul Celea “Yes Ornette” — Marc Ducret Tower‑Bridge

16.11.

VENDREDI

— Michael Wollny / Nguyên Lê + Billy Hart Quartet — Pierre de Bethmann Quartet

17.11.

SAMEDI

— Jacques Coursil solo — François Corne‑ loup / Mark Solborg — Julia Hülsmann Trio + Ravi Coltrane New Quartet — Pascal Niggenkem‑ per’s Vision7

18.11.

DIMANCHE

— The new John Abercrombie Quartet

20.11.

MARDI

— Aka Moon — Ovale

21.11.

MERCREDI

— Bruno Chevillon / Lotte Anker — Pascal Contet “Gosses de Tokyo” (ciné-concert) — Hildegard Lernt Fliegen

22.11.

JEUDI

— We Are All Americans — Journal Intime “joue Hendrix”

23.11.

VENDREDI

— Ron Carter “Golden Striker” Trio

Les partenaires : Ville de Strasbourg / Conseil Général du Bas-Rhin / Région Alsace / Ministère de la Culture et de la Communication / Eurodistrict / Sacem / Spedidam / FCM / CNV / L’Acsé / OFAJ / Onda / Goethe Institut / Pro Helvetia / Kulturbüro Offenburg / France Musique / Fip / DNA / Jazzthetik / Jazzmagazine / Arte Live Web

www.jazzdor.com — tél. 03 88 36 30 48


BRÈVES

Rune Rygaard, fisherman mehamn, mai 2007

Rita accordéon

Terre solaire Un pour tous, tous pour un

Le projet Rethymnon soutenu par Apollonia présente la culture crétoise à Strasbourg, du 22 au 27 octobre. Tandis que le chapiteau Place Kléber accueille les richesses artisanales, agricoles et culinaires de cette terre de soleil, diverses expositions dévoilent les beautés du pays. À découvrir aussi : les clichés de Pavlos Fysakis, le travail vidéo de Giorgos Gyparakis ou la voix chaude de Giorgos Koumentakis. www.apollonia-art-exchanges.com

Black

clichés

L’APEI Centre Alsace investit les Tanzmatten de Sélestat et organise la troisième édition du festival Culture et Handicap. Charivari est une manifestation pluri artistique qui mixe, du 24 au 27 octobre, bals et concerts (Nota de Choro), contes, théâtre (Fichu Serpent) et danses. Proposés par des artistes valides et handicapés, spectacles, expositions et tables rondes composent ce rendez-vous.

L’exposition Frac Forever dévoile plus de 200 œuvres de la collection photographique du Fond régional d’Art contemporain de Lorraine au Centre Pompidou-Metz (déjà 1,5 millions de visiteurs depuis son ouverture en mai 2010). Jusqu’au 25 février 2013, la Galerie 3, plongée dans l’obscurité donnera à voir les photos sous un autre jour, pour une expérience inédite et déroutante.

www.esat-evasion.fr

www.centrepompidou-metz.fr Natalia LL, Consumer Art, 1972 (détail) Collection 49 Nord 6 Est – Frac Lorraine, Metz © LL / Photo : droits réservés

Wizz !

Hiéro Colmar fête ses 20 ans… en musique, of course, lors d’une fiesta ouverte à tous les gogos, samedi 3 novembre (entrée libre) au Grillen avec le rock’n’roll surf de Messer Chups, la space pop de Manson’s Child ou encore le swing psychédélique des Limiñanas. Cerises sur le gâteau d’anniversaire : la présentation du fanzine édité à l’occasion et d’autres surprises qui font shebam, pow, blop, wizz ! http://hiero.fr Poly 152 Octobre 12

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sommaire

20 Coup de projecteur sur le mouvement indien

des Paysans sans terre à l’occasion du Forum mondial de la démocratie

22 Pour ou contre le projet de l’Ancienne

douane : Françoise Buffet et Bertrand Gillig défendent leur point de vue

26 Dans l’intimité d’Emily Loizeau, entre nouvel album et nouvelle vie

30  Guy Pierre Couleau s’attaque à Brecht avec Maître Puntila et son valet Matti

35 Découverte de la nouvelle salle de musiques

22

26

actuelles de Montbéliard, Le Moloco

42 La chorégraphe Kaori Ito nous plonge dans son Island of no Memories

44  Stéphane Braunschweig puissance trois avec la création de Der ferne Klang

56 Le choc pictural entre Léger et Laurens au Museum Frieder Burda

68 Une promenade entre trois régions : Alsace, Lorraine et Franche-Comté

76 Une Gue(ho)st House aux allures de film fantastique s’est posée à Delme

78

35

78 L’architecture sans frontière mais sous toutes les coutures aux Journées de l’Architecture

80 Nancy rend hommage à Jean Prouvé avec une exposition totale

COUVERTURE Toute la douceur de Kaori Ito (voir page 42) se retrouve dans cette photo. Son étrangeté aussi avec ces cordes entremêlées formant une chevelure abondante et inquiétante qui n’est pas sans rappeler la Méduse mythologique. L’auteur de ce cliché, Grégory Batardon, danseur au Ballet du Grand Théâtre de Genève durant vingt ans, se consacre entièrement à la photographie (danse, mode, portrait) depuis 2010 et livre un regard sensible sur cet art qu’il connaît bien.

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www.gregorybatardon.com

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OURS / ILS FONT POLY

Mathieu Clauss Identité visuelle, graphisme, édition, illustration, webdesign, publicité… Avant de devenir graphiste freelance, Mathieu se destinait à suivre une carrière de biologiste. L’univers scientifique continue à inspirer cet ancien de l’Institut supérieur des Arts appliqués de Strasbourg…  www.mathieuclauss.com

Ours

Liste des collaborateurs d’un journal, d’une revue (Petit Robert)

Emmanuel Dosda Il forge les mots, mixe les notes. Chic et choc, jamais toc. À Poly depuis une dizaine d’années, son domaine de prédilection est au croisement du krautrock et des rayures de Buren. emmanuel.dosda@poly.fr

Thomas Flagel Théâtre moldave, danse expérimentale, graffeurs sauvages, auteurs algériens… Sa curiosité ne connaît pas de limites. Il nous fait partager ses découvertes depuis trois ans dans Poly. thomas.flagel@poly.fr

Dorothée Lachmann Née dans le Val de Villé, mulhousienne d’adoption, elle écrit pour le plaisir des traits d’union et des points de suspension. Et puis aussi pour le frisson du rideau qui se lève, ensuite, quand s’éteint la lumière. dorothee.lachmann@poly.fr

Benoît Linder Cet habitué des scènes de théâtre et des plateaux de cinéma poursuit un travail d’auteur qui oscille entre temps suspendus et grands nulles parts modernes. www.benoit-linder-photographe.com

Stéphane Louis Son regard sur les choses est un de celui qui nous touche le plus et les images de celui qui s’est déjà vu consacrer un livre monographique (chez Arthénon) nous entraînent dans un étrange ailleurs. www.stephanelouis.com

Éric Meyer Ronchon et bon vivant. À son univers poétique d’objets en tôle amoureusement façonnés (chaussures, avions…) s’ajoute un autre, description acerbe et enlevée de notre monde contemporain, mis en lumière par la gravure. http://ericaerodyne.blogspot.com/

Ours abandonné, septembre 2012 © Emmanuel Dosda

www.poly.fr RÉDACTION / GRAPHISME redaction@poly.fr – 03 90 22 93 49 Responsable de la rédaction : Hervé Lévy / herve.levy@poly.fr Rédacteurs Emmanuel Dosda / emmanuel.dosda@poly.fr Thomas Flagel / thomas.flagel@poly.fr Dorothée Lachmann / dorothee.lachmann@poly.fr Marie-Camille Chicaud / stagiaire de la rédaction Ont participé à ce numéro Henry Greiner, Pierre Reichert, Irina Schrag, Charlotte Staub, Lisa Vallin, Daniel Vogel et Raphaël Zimmermann Graphiste Anaïs Guillon / anais.guillon@bkn.fr Maquette Blãs Alonso-Garcia en partenariat avec l'équipe de Poly © Poly 2012. Les manuscrits et documents publiés ne sont pas renvoyés. Tous droits de reproduction réservés. Le contenu des articles n’engage que leurs auteurs. ADMINISTRATION / publicité Directeur de la publication : Julien Schick / julien.schick@bkn.fr Administration, gestion, diffusion, abonnements : 03 90 22 93 38 Gwenaëlle Lecointe / gwenaelle.lecointe@bkn.fr Nathalie Hemmendinger / gestion@bkn.fr Publicité : 03 90 22 93 36 Julien Schick / julien.schick@bkn.fr Catherine Prompicai / catherine.prompicai@bkn.fr Françoise Kayser / francoise.kayser@bkn.fr Vincent Nebois / vincent.nebois@bkn.fr Magazine mensuel édité par BKN / 03 90 22 93 30 S.à.R.L. au capital de 100 000 e 16 rue Édouard Teutsch – 67000 STRASBOURG

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Poly 152 Octobre 12

Dépôt légal : octobre 2012 SIRET : 402 074 678 000 44 – ISSN 1956-9130 Impression : CE COMMUNICATION BKN Éditeur / BKN Studio – www.bkn.fr


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ÉDITO

des géants de papier D

ans un entretien donné aux Cahiers de Médiologie il y une éternité – c’était en 1997 – Jacques Derrida affirmait : « Support, sujet, surface, marque, trace, gramme, inscription, pli, ce furent aussi des thèmes auxquels me tenait la certitude tenace, depuis toujours mais de plus en plus justifiée, confirmée, que l’histoire de cette “chose”, cette chose sensible, visible, tangible donc contingente, le papier, aura été courte. » Liée à une période déterminée de l’épopée humaine, le papier est en déclin. Ce passage du matériel à l’immatériel est aussi perceptible dans d’autres domaines comme l’argent, la musique ou les relations humaines et va de pair avec une atomisation croissante de l’esprit, sollicité, dans des dimensions multiples et de plus en plus variées, par un flot d’informations et une avalanche

de courriels. Ce changement doit-il être considéré sur un plan moral – bonne ou mauvaise chose, pour résumer – ou alors est-il une donnée purement technique, neutre ? Le développement des tablettes (des liseuses et des smartphones) a profondément modifié le visage de la presse : aux États-Unis, au cours de l’année 2012, le nombre de possesseurs de ce type de bestioles est passé de 28 à 74 millions (sur 315 millions d’habitants environ). Et ça continue, encore et encore. C’est que le début, d’accord, d’accord. La conséquence ? La baisse des ventes des journaux et magazines dans leur version papier et la disparition annoncée de ce support vers 2017 aux USA, selon une étude du Center for the Digital Future de la USC Annenberg, école de communication et de

journalisme. En France, les premières secousses du séisme sont perceptibles : depuis fin 2011, par exemple, France Soir n’existe plus que dématérialisé. Le plan de restructuration drastique chez Presstalis (anciennement Nouvelles messageries de la presse parisienne) est une des plus récentes manifestations de ces bouleversements. Si l’information ne va pas mourir – seul le support est en voie de disparition – on ne peut qu’être tristes de cette mutation annoncée comme irréversible. Que va devenir le plaisir de tourner les pages d’un magazine en buvant son café ? Sera-t-on privés de l’odeur entêtante de l’encre de certains journaux ? Comment vivre sans le contact charnel avec la page ? Poly n’est-il pas plus sexy en papier ? Au-delà de cette nostalgie, il est aussi primordial de se poser la question de la qualité d’une information se déversant par tombereaux sur nos écrans. Les articles brefs et purement factuels sont devenus la norme, les news, balancées sans recoupement, rebondissent comme des superballes devenues folles aux quatre coins de la toile. Il ne s’agit pas de jeter le bébé avec l’eau du bain – le numérique génère aussi de la qualité – mais de constater une généralisation du light auquel le processus de dématérialisation de la presse et l’essor de la PQR (presse quotidienne régionale) gratuite ont largement contribué, cet appauvrissement du contenu allant de pair avec une augmentation du volume des données en circulation. Le combat pour le papier n’est ainsi pas une lutte d’arrière-garde… même s’il est perdu. Mais les batailles les plus vaines ne sont-elles pas aussi les plus belles ? 

Par Hervé Lévy Illustration signée Éric Meyer pour Poly

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vEN 26 + SAm 27 oCtobRE / 20H30 tHéÂtRE DE HAutEPiERRE


LIVRES – BD – CD – DVD

Petit d’homme Pour ses 9 ans, Kaï a pris une décision importante : maintenant qu’il est grand, il ne veut plus jamais qu’on lui fasse de ces bisous, longs, interminables, mouillés ou pire, baveux comme ceux de son grand-père. Du haut de l’entêtement de ses neuf printemps, le petit d’homme n’en découvre pas moins qu’il est difficile de tenir ce genre de promesses et d’en gérer les conséquences : des parents qui restent cois, un papy un poil gâteux qui ne s’en souvient jamais et des copains qui ne se privent pas des câlins et bisous pleins de tendresse de leur maman. Un nouveau camarade, plein du chagrin d’avoir perdu un être cher changera la donne… Avec beaucoup d’humour, Thomas Gornet livre un récit abordant avec pudeur et grande justesse le trouble des enfants face à l’amour et la mort tandis qu’Aurore Petit (passée par les Arts déco de Strasbourg), avec ses aplats et silhouettes découpées, met habilement en images ce qui se passe dans la tête de Kaï pour composer ce livre touchant. (T.F.) À bas les bisous, Thomas Gornet & Aurore Petit, paru au Rouergue dans la collection Zig Zag, dès 7 ans (7 €) www.lerouergue.com

PATCHWORK IN

PROGRESS

Bâtisses Art nouveau et omniprésence d’un Jean Prouvé sanctifié (lire page 80), Nancy entretient un lien particulier avec l’architecture. En atteste la très géométrique École nationale supérieure d’Architecture (la seule de Lorraine), signée Livio Vacchini, en plein centre ville. Pour ses 40 ans, l’ENSarchitecture a exposé (du 1er avril au 27 mai 2011) une série de panneaux, présentant les recherches et réalisations de professionnels issus de l’École. Le catalogue écarlate, au format à l’italienne, rassemble Marie Cathala (sortie en 1988), responsable de l’extension de la Médiathèque de Metz-Borny, Thierry Maksimovic (1978) qui a conçu le Palais des Sports de Cannes ou encore Sébastien Renaud (2006), artiste ayant expérimenté la “maison à 1 000 euros”. La présence de scénographes et de plasticiens montre la richesse de l’enseignement dispensé et la multiplicité des débouchés possibles. (E.D.) 40 ans, une mosaïque, édité par l’École nationale supérieure d’Architecture de Nancy (25 €) – www.nancy.archi.fr

CARTE

BLANCHE Parkings arides ou nature dévorant des murs de béton. Façades archi colorées ou devantures tristounettes. Chaleureuses habitations BBC ou froides barres HLM. Le photographe Laurent Gueneau, invité en résidence courant 2011-2012 au Centre culturel André Malraux, a parcouru le territoire vandopérien en vue d’une exposition accompagnée d’une parution : Carto_photographie / Vandœuvre-lès-Nancy. La carte de la ville dans une main, son appareil dans l’autre, le Parisien a arpenté les rues pour “photocartographier” ce petit village devenu, en une cinquantaine d’années, une grande agglomération. De cette marche urbaine, art de la flânerie et expérience du corps, qui le conduisit à suivre des passants au hasard de ses pérégrinations, il a tiré le portrait fragmenté d’une ville en mouvement. (E.D.) Carto_photographie / Vandœuvre-lès-Nancy, édité par Les Éditions du CCAM, scène nationale de Vandœuvre-lès-Nancy (10 €) – www.centremalraux.com Exposition au Centre culturel André Malraux (Galerie Robert Doisneau), à Vandœuvre-lès-Nancy, jusqu’au 10 novembre www.laurentgueneau.com

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AU VER THE TOP Fructueuse collaboration entre l’illustratrice strasbourgeoise Anouk Ricard et Olivier Douzou, Poèmes de terre est de ces petits albums pour enfants et plus grands (à lire dès 4 ans) qui sentent bon Prévert, portant un regard amusé, joyeux et imaginatif sur le quotidien. Douzou invente un tas de poésies autour du ver, mélangé à des jeux sur les sonorités (vers, vert, verre, revers, envers). En calembours et palindromes, en argot ou en verlan, l’on croise ver laine, miss univers, un pull au ver et quelques clins d’œil tels Some ver au ver the Rimbaud. Difficile de dire qui d’Olivier ou d’Anouk s’est le plus amusé. Cette dernière utilise toute sa palette de techniques : des vers en pate à modeler dans des intérieurs miniatures pris en photo, des clichés peuplés d’objets du quotidien détournés, des décors en peinture ou encore de la laine, tricotée… ou pas ! (T.F.) Poèmes de terre, Olivier Douzou & Anouk Ricard, paru au Rouergue (15,50 €) www.lerouergue.com

COUPER

LE CORDON Directeur d’une agence de com’ événementielle et bon vivant – l’un n’excluant pas l’autre – le Strasbourgeois Michel Bedez publie son premier roman. Le pitch ? Une mère qui ne coupe pas le cordon ombilical la reliant à son fils, son « prolongement, [s]on infime espoir d’éternité ». Une expression à prendre ici au premier degré ! L’écriture est hallucinée, apocalyptique et charrie des torrents de mots incandescents qui s’entrechoquent dans une outrance orgiaque. Entre cauchemar éveillé, analyse psychanalytique et conte macabre, l’auteur nous propose une vision du monde grand-guignolesque… dans une zone improbable et cruelle, quelque part entre la sauvagerie de Jérôme Bosch et la déliquescence de certains écrivains décadents. (P.R.) Le Boa, publié aux éditions Chapeau Claque (15 €) www.chapeauclaque.fr

DE LA VAPEUR

AU TGV

Voilà un voyage en 25 étapes dans lequel le lecteur est entraîné, entre 1839 et aujourd’hui, à bort d’un wagon de chemin de fer. Professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Haute-Alsace de Mulhouse, Nicolas Stoskopf propose, en 250 pages amplement illustrées, une évocation érudite et accessible de l’épopée ferroviaire dans la région, de la première ligne reliant Mulhouse et Thann au TGV Rhin-Rhône. On y croise de grands hommes, comme le futur Napoléon III inaugurant la ligne Paris-Strasbourg (1852), y vit des aventures industrielles (les locomotives fabriquées à Graffenstaden, dès 1857, ou la naissance de la Société alsacienne de constructions mécaniques, en 1872) et des tragédies au cours de la Deuxième Guerre mondiale… Et l’on se prend à rêver aux autorails fabriqués dans les années 1930 par Bugatti et De Dietrich, autrement plus charmants que les machines d’aujourd’hui. (H.L.) Le Train, une passion alsacienne, paru chez Vent d’est (39 €) www.ventdest-editions.com

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FORUM

la petite voix silencieuse À l’heure où Strasbourg accueille le premier Forum mondial de la démocratie, nous nous sommes intéressés à la lutte non-violente menée par Ekta Parishad, fédération de 380 organisations (ashrams) indiennes, et son leader Rajagopal qui organisent la Jan Satyagraha, Marche pour la Justice de 100 000 personnes sur 350 km, en faveur des paysans sans terre.

Par Daniel Vogel

Le Forum mondial de la démocratie se tiendra dans divers lieux à Strasbourg (Palais de l’Europe, Centre européen de la jeunesse, à l’Aubette, à l’Hôtel du Département…) du 5 au 11 octobre www.strasbourg-europe.eu Exposition Cartooning for peace : dessiner la démocratie, du 6 au 20 octobre, dans les salons de l’Aubette, à Strasbourg Projection d’Ahimsa, la force de la non-violence, documentaire de Karl Saurer autour de l’action d’Ekta Parishad et de Rajagopal, samedi 6 octobre à 11h, au Cinéma Star de Strasbourg, suivi d’une rencontre www.cinema-star.com www.ektaparishad.com

* Une marche franco-allemande reliant Offenburg à Strasbourg, en soutien au mouvement indien d’Ekta Parishad, se tiendra dimanche 7 octobre à l’initiative des collectifs Hunger und Armut et Pas et Repas (arrivée symbolique devant la statue de Gandhi offerte par l’Inde et installée dans le parc de l’Étoile)

www.pasetrepas.worpress.com

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«L’

invitation d’un représentant de notre organisation nous est parvenue dans l’été, de manière orale. Depuis, nous sommes sans confirmation officielle », lâche, embêtée, Marie Bohner, coordonatrice Europe du Forum de l’Unité (signification littérale d’Ekta Parishad). Le symbole était de taille pour la Ville de Strasbourg, Capitale européenne et siège de nombre d’institutions (Parlement, Cour européenne des Droits de l’Homme et Conseil de l’Europe), qui accueille en partenariat avec le Conseil de l’Europe le premier Forum mondial de la démocratie, du 5 au 11 octobre. « Avec les marches que nous organisons sur les cinq continents* (à Genève, Conakry, Cotonou, Bethléem ou encore au Brésil) en soutien aux paysans participants à la Jan Satyagraha, nous entendons porter sur la place publique un problème international : celui de l’accaparement des terres par les états et les grandes entreprises au dépend des plus démunis. D’autant que le thème du Forum mondial – La démocratie à l’épreuve, entre modèles anciens et réalités nouvelles – colle parfaitement au mouvement social s’organisant depuis plusieurs années en Inde où le système

des castes, pourtant abolies, et les différentes régions fédérales coupent les populations tribales de leurs milieux naturels traditionnels au profit d’une exploitation industrielle, beaucoup plus rentable, des ressources qui s’y trouvent. Le monde ancien et l’évolution de la société se percutent de plein fouet. »

Ahimsa, non-violence

S’inscrivant dans la droite lignée de l’enseignement et de l’action de Gandhi, le leader charismatique d’Ekta Parishad, Rajagopal, lance la plus grande marche non-violente jamais organisée en faveur de l’accès à la terre et aux ressources naturelles le 2 octobre – journée internationale de la non-violence et jour anniversaire de la naissance du Mahatma (1869-1948). 100 000 paysans sans terre et autres marginalisés, adivasi (populations autochtones) et dalits (intouchables), partiront de Gwalior pour une marche d’un mois (et quelque 350 km) sur l’autoroute indienne, qui les mènera jusque devant le Parlement à New Dehli, pour réclamer leurs droits. Une démonstration de force et de discipline – imaginez 100 000 paysans marchant en file indienne, à un mètre de distance durant


un mois – fruit d’une trentaine d’années de militantisme et de pédagogie à l’échelon local, mené par Ekta Parishad. La projection du documentaire Ahimsa, la force de la nonviolence (le 6 octobre au Star) offre un regard saisissant sur l’action du collectif et de ses bénévoles auprès des villageois. Rajagopal éduque et forme les plus pauvres à éliminer leur peur des gardes forestiers, des soldats, des autorités… et des gens bien habillés ! Car l’Inde des campagnes (80% du territoire) est bien loin de celle des grandes mégalopoles modernes. Chacun y est encouragé à prendre son destin en main et faire valoir son droit à l’eau, la terre et la justice. Œuvrer à petite échelle, collectivement, en construisant des puits ou en développant des techniques agricoles, et réfléchir sur les moyens susceptibles de contrebalancer les décisions iniques des autorités provinciales qui ont conduit, ces dix dernières années, à chasser 15 millions de petits paysans de leurs terres ancestrales pour s’emparer des ressources naturelles. Cette lutte contre la pauvreté, la mendicité, la prostitution et l’exploitation s’effectue sur un mode pacifiste forçant le respect. « La violence coupe les têtes », assène Rajagopal,

« tandis que la non-violence transforme la tête et les mentalités. »

Penser global, agir local

À son échelle, c’est l’ensemble du modèle économique dominant qu’il remet en cause. Celui-là même qui augmente les disparités Nord-Sud et qui n’a, en rien, résolu les problèmes de famine ou de malnutrition en Inde et dans le monde. L’échec de l’agriculture de masse et de la constitution d’énormes exploitations agricoles. Loin d’en appeler au retour de l’État providence, Rajagopal milite pour une gouvernance locale responsabilisant les populations concernées qui ferait suite à une réforme agraire rendant des terres à ceux qui en ont été spoliés. Des populations qui, bien souvent, vivaient dans le respect des écosystèmes et de la biodiversité entourant leurs lieux de vie, se contentant de cultures vivrières. La Jan Satyagraha entend bien faire de cette question un thème central des élections législatives de 2014…

La violence coupe les têtes. La non-violence transforme la tête et les mentalités.

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POUR / CONTRE

l'ancienne douane en débat Vide depuis l’incendie de 2001, l’Ancienne douane va devenir, fin 2013, un “magasin vitrine” de la politique agricole de la CUS. C’est en tout cas ce qu’a décidé le Conseil municipal au mois de juin, suscitant une levée de boucliers du monde culturel. À l’épicentre de cette agitprop, un collectif fondé par le galeriste Bertrand Gillig qui multiplie tribunes, groupes Facebook et pétition (déjà signée par plus de 1 200 personnes) pour que l’endroit soit à nouveau dédié à l’art. Face à lui, l’adjointe au Maire en charge du développement durable, Françoise Buffet, porteuse du projet. Confrontation (agri)culturelle. Par Hervé Lévy Photos de Benoît Linder pour Poly

POUR Françoise Buffet

« Nous sommes partis d’un projet. Ensuite seulement, nous avons cherché un site pour l’accueillir » explique l’adjointe au Maire. « Le magasin que nous allons installer à l’Ancienne douane sera la vitrine d’une politique agricole menée, pour la première fois, à l’échelon de la CUS. Il est essentiel de privilégier les circuits courts et d’aller vers une agriculture nourricière de proximité. Aujourd’hui, on marche sur la tête : un yaourt industriel parcourt en moyenne 10 000 kilomètres ! Imaginez aussi qu’il y a 40 ans, plus d’une centaine de maraîchers étaient installés à la Robertsau. Il en reste deux. » Dans un magasin de 150 m2 seront accueillis une douzaine de producteurs locaux, proposant au consommateur une gamme complète de produits : viandes, fruits, légumes, laitages… « La Ville dépensera environ 600 000 euros pour mettre le rez-de-chaussée aux normes, mais elle ne fournit qu’une “coquille vide” » précise Françoise Buffet. Ce lieu de vente n’est « qu’une première étape. Dans un second temps, l’autre étage sera dédié à une restauration de qualité toujours en circuit court, mais vu l’investissement – trois ou quatre millions d’euros – cela ne se fera pas tout de suite ». 22

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Aucun patrimoine n’a une vocation figée

L’endroit, en plein centre, est un « symbole puissant de cette nouvelle volonté de réfléchir en termes de gouvernance alimentaire et du double souhait de la Ville de mettre en relation producteurs et consommateurs et d’aller vers une alimentation plus saine pour tous. Plus de 92 % des achats se font en grande surface : il y a donc de la place, en ville, pour de nouveaux lieux. Le potentiel existe et les autres commerçants ne doivent pas avoir peur de la concurrence. Je ne sens du reste pas d’angoisse dans ce sens. » Lorsqu’on arrive à la pierre d’achoppement, toute entière résumée dans la question de Bertrand Gillig – « Pourquoi l’Ancienne douane ? » – elle répond : « Nous étions à la recherche d’un espace public libre à Strasbourg. Seule l’Ancienne douane convenait. Les critiques auraient été vives – et justifiées – si nous avions acheté un pas de porte ! L’endroit est, de plus, demeuré à l’abandon pendant plus de dix ans et personne n’a rien dit. Je suis très surprise de voir des réactions seulement aujourd’hui, alors que la décision a été prise, puis soumise au vote démocratique du Conseil municipal. Vous savez, la parenthèse artistique de l’Ancienne douane n’a duré qu’une quarantaine d’années alors que, des siècles durant, elle a vu passer les marchandises qui approvisionnaient la cité. »


“ contre Bertrand Gillig

« Je voulais tirer la sonnette d’alarme » explique le galeriste, « pour attirer l’attention sur un lieu où se sont déroulées des expositions marquantes dans le passé. Il s’agit dans un premier temps de geler le projet pour réfléchir sereinement à la destinée du bâtiment ». Dans un deuxième temps, il faudra préciser, avec la quarantaine d’acteurs mobilisés, les contours d’une proposition d’essence culturelle visant à transformer l’endroit en « lieu de diffusion novateur de l’art contemporain, puisqu’utilisable par trois types d’intervenants : les Musées – qui gagneraient là une nouvelle salle pour leurs expositions temporaires –, les acteurs locaux – associations et artistes – et les opérateurs privés ». Et d’interroger, un brin provocateur : « Face à Metz et Pompidou ou Bâle et ses multiples musées, que propose Strasbourg ? D’installer des carottes et des pommes de terre dans un espace emblématique de l’hypercentre ? Je ne suis pas contre le projet de Mme. Buffet, je le trouve même légitime et estimable. Il ne s’agit pas d’opposer stérilement culture et agriculture, mais je ne comprends pas pourquoi il faut absolument que ce magasin soit à l’Ancienne douane ».

L’Ancienne douane doit demeurer un lieu d’art

Pour lui en outre, « l’art contemporain demeure le parent pauvre de la politique culturelle strasbourgeoise. Il serait évidemment plus attractif de mettre sur pieds un lieu ambitieux qui lui soit consacré plutôt qu’à terme un endroit qu’un courrier du Maire compare à la Markthalle de Fribourg. C’est une ville charmante, je ne le nie pas, mais on ne va pas mettre Strasbourg, capitale européenne, sur le même plan que la cité allemande » s’amuse-t-il avant d’enfoncer le clou : « Le projet municipal ne concerne que le rez-dechaussée. Quid du premier étage, bien plus vaste ? On parle de restaurants… Mais quand ? Nous avons envie que toute l’Ancienne douane revive, que Strasbourg rayonne. On l’a vu avec le succès de l’exposition Thrill, l’année passée : les gens sont en demande d’art. En exposer en plein centre permettrait de faire venir de nouveaux publics et de donner un nouvel élan à une politique culturelle qui ronronne. On a eu les Assises. Et après ? » Pour Bertrand Gillig, rien n’est perdu, il est toujours possible de revenir en arrière. Il espère une « mobilisation massive pour que la municipalité comprenne que les Strasbourgeois sont attachés à la vocation culturelle de l’Ancienne douane ». Poly 152 Octobre 12

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nomination

voyage dans les vagamondes Monica Guillouet-Gélys, toute nouvelle directrice de La Filature, dévoile ses projets pour la scène nationale mulhousienne : dialogue entre les cultures du Sud, festival transeuropéen et résidences d’artistes. Rencontre.

Par Thomas Flagel Photo de Stéphane Louis pour Poly

Musique Miss Knife chante Olivier Py, cabaret de et par Olivier Py, mardi 11 décembre La Face cachée de la lune, Thierry Balasse, vendredi 12 avril 2013 Univers Nino, Denis Colin et Ornette (jazz), mardi 12 mars 2013 Danse Brilliant Corners, du chorégraphe Emmanuel Gat, vendredi 15 mars 2013 Come, been and gone de Michael Clark qui revisite l’âge d’or de la poprock rebelle, jeudi 23 mai 2013 Théâtre Les Jeunes, du 12 au 14 février 2013, et Tout va bien en Amérique, mardi 9 et mercredi 10 avril de David Lescot Six Personnages en quête d’auteur mis en scène par Stéphane Braunschweig, du 24 au 26 octobre (lire page 44) La Noce de Tchekhov, mis en scène par Vladimir Pankov, vendredi 23 novembre Buddenbrooks d’après Thomas Mann par le Puppentheater Halle de Berlin (marionnettes), du 6 au 8 décembre, que l’on retrouve au TJP avec Meine Kälte kammer, 28 au 30 mai 2013 (www.tjp-strasbourg.com) 03 89 36 28 29 www.lafilature.org

Lire notre interview de David Lescot autour du Système de Ponzi, dans Poly n°148 (avril 2012) ou sur www.poly.fr

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Vous arrivez de la scène nationale d’Évry. Parlez-nous de votre parcours… Formée à la danse contemporaine dans les années 1970-1980, mais aussi à la musique, notamment le jazz, j’ai longtemps travaillé en menant les deux de front, organisant notamment leur fusion dans des créations où je dansais avec ma contrebasse. Le statut d’intermittent n’existant pas encore, je donnais aussi des cours d’éveil musical et de danse. J’ai œuvré dans tout le secteur socio-culturel à Perpignan avant de “monter” à Paris pour une formation à l’École supérieure d’Études chorégraphiques. La trentaine venue, je suis devenue directrice de structure culturelle à Bonneuil-sur-Marne en 1989, suivant en même temps une formation à Paris Dauphine, en Gestion des entreprises artistiques et culturelles. J’ai tout appris, tout testé durant ces onze années au Théâtre Gérard Philippe : le travail de résidence d’artiste, chez l’habitant, dans les quartiers, avec les associations, le monde de l’entreprise. Ensuite, j’ai postulé et obtenu un poste à Auxerre, puis à la scène nationale d’Évry (Théâtre de l’Agora) et enfin, ici, à La Filature. J’ai progressée par paliers de lieu en lieu avec des problématiques similaires de territoires, plus ou moins complexes. On a senti votre intérêt pour la musique lors de la présentation de saison. Quels sont vos coups de cœur ? Si vous m’avez trouvé passionnée, c’est parce qu’il y a des projets musicaux assez singuliers dans la programmation : The Dark side of the moon, reconstitution de l’enregistrement du disque culte des Pink Floyd par Thierry Balasse, Univers Nino où Denis Colin et Ornette s’inspirent de Nino Ferrer… J’ai une

sensibilité forte pour la musique mais tout autant pour la danse. Si je devais choisir plus particulièrement un ou deux spectacles, je dirais Brilliant Corners, hommage à Thelonious Monk du chorégraphe Emanuel Gat et Michael Clark avec Come, been and gone. Votre premier geste fort est le choix de deux artistes associés pour les trois prochaines saisons : de vrais auteurs et metteurs en scène à multiples facettes, David Lescot et Joël Pommerat. J’avais envie de travailler avec eux depuis longtemps et il se trouve qu’ils étaient disponibles. Pommerat continue son épopée. Il s’est juré d’écrire une pièce par an pendant 40 ans ! Il en est à la moitié, mais ne trouve pas si facilement que ça de producteurs alors qu’on est rarement déçus par ses créations. L’objectif est de les faire intervenir avec le public lors d’ateliers, ce qui sera plus facile pour David Lescot* que pour Joël ! Sa capacité à avoir des propositions totalement variables me plait : il peut être seul avec sa guitare, avec un danseur ou à quinze sur le plateau… Ses univers et ses formats sont riches et il n’y a qu’à inventer et construire des choses ensemble. Ils seront peut-être rejoints par un danseur et un musicien dans les saisons à venir. Vous initiez un premier rendez-vous international, en janvier 2013, avec Les Vagamondes, une semaine de dialogue entre les cultures du Sud. Qu’entendezvous par cela ? Il s’agit d’y montrer la création artistique issue des pays dits “du Sud” : ceux du pourtour méditerranéen avec le Proche et le MoyenOrient, mais aussi ceux des Balkans et du Sud


de l’Europe de l’Est. Les artistes de ces régions sont de plus en plus invités dans les festivals et je fais partie de ceux qui ont initié cela. La programmation des Vagamondes n’est pas bouclée mais on risque d’y retrouver des artistes que je suis depuis longtemps, comme par exemple les Libanais Lina Saneh et Rabih Mroué. Je ne veux pas tomber dans la caricature à propos des Vagamondes. Cela n’a rien à voir avec Les Nuits du Ramadan. Il y aura certes des temps festifs avec des afters dans la galerie haute de La Filature, mais l’idée est de présenter les créations venant de ces pays dans ce qu’elles ont d’exigeant et de radical, parfois de difficilement accessible aussi. Si les scènes d’Europe n’ont pas un regard là-dessus et n’aident pas à ce qu’elles restent vivantes, indépendantes et montrées, je trouverais cela dommage. Vous souhaitez aussi donner un nouvel élan à TRANS(E) et DANS(E) en les remplaçant par un festival transeuro-

péen au mois de mai. Quelle en sera la ligne directrice ? Sa programmation est, là encore, loin d’être faite. Je ne l’imagine pas comme un festival destiné à de grands noms, même si Joël Pommerat y créera La Réunification des deux Corées. L’idée est de présenter l’émergence artistique européenne et de former une communauté de programmateurs qui soutiendrait, ensemble, de jeunes artistes. La première pierre de cette complicité sera celle tissée avec le festival Premières du TNS et du Maillon. Nous sélectionnerons un des artistes présentés au festival et l’accompagnerons en production pour sa seconde création. Je peux vous livrer en exclusivité le titre de ce festival : Confrontations, dans le sens premier du terme, comme on l’utilisait au Moyen-Âge, c’est-à-dire la mise en commun des frontières. On devrait y retrouver des gens comme le metteur en scène français Joris Mathieu, les danseurs belges Delgado & Fuchs, des compagnies pluridisciplinaires et internationales. Poly 152 Octobre 12

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jamais sans ma fille L’artiste franco-britannique Emily Loizeau sort un troisième album érudit, Mothers & Tygers, poussant une fois de plus les cloisons de la chanson française. Entretien avec une jeune maman préoccupée par la notion de filiation.

Par Emmanuel Dosda Photo de Diane Sagnier À Nancy, lors des Nancy Jazz Pulsations, mercredi 17 octobre 03 83 35 40 86 www.nancyjazzpulsations.com À Schiltigheim, à la Salle des fêtes, vendredi 26 octobre 03 88 83 84 85 www.ville-schiltigheim.fr Au Luxembourg, à La Rockhal d'Esch-sur-Alzette, vendredi 25 janvier 2013 (+352) 24 555 1 www.rockhal.lu

L’Autre Bout du Monde (édité par Fargo) et Pays sauvage (édité par Polydor, Prix Constantin en 2009)

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Cat Power a opté pour le même look capillaire que vous. Qui a copié qui ? Cat Power ne doit pas me connaître… Nous nous sommes retrouvées là-dessus (Rires). La coupe garçonne vous permet-elle également de marquer un cap dans votre vie ? Oui, je me suis coupé les cheveux à un moment important : depuis peu, je suis maman d’une merveilleuse petite fille. En tout cas, je ne changerai plus de coupe ! Vous n’en avez jamais ras-le-bol des jeux de mots avec Loizeau (Fais comme Loizeau, Loizeau rare…) dans les articles vous concernant ?

Je n’y échapperai jamais ! Pour m’amuser, à une époque, j’ai rédigé une liste de formules désagréables à utiliser si on détestait mon disque : Les plumes et le goudron, La chasse est ouverte, etc. Il faut souligner qu’il y a pas mal de volatiles dans vos chansons, par exemple Vole le chagrin des oiseaux, sur votre dernier album… Ça fait partie de mon champ lexical depuis longtemps. Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite. Est-ce dû à un extrême narcissisme ? Vos paroles accueillent tout un bestiaire : tigres, chats, singes ou truites… 


MUSIQUE

J’aime la métaphore animale, les allégories, les tiroirs secrets qu’on ouvre. J’apprécie l’utilisation de codes dans les contes, la poésie ou la peinture, notamment celle de William Blake. De lui, j’avais davantage de souvenirs d’enfance que de véritables connaissances littéraires, mais son langage codé m’a attiré. Vous avez alors décidé de mettre en musique des extraits de son recueil Songs of Innocence and Experience pour votre dernier Album ?  Je l’ai connu à travers les lectures que ma grand-mère m’en a fait et m’y suis replongée en tombant dessus dans le grenier de mes parents : Songs of Innocence résonnait étrangement avec ce que j’étais en train d’écrire. Les textes de Blake ont une grande musicalité, un groove. Une musique souffle dans chaque mot et j’avais très envie de les chanter. Pourquoi le monde de l’enfance est-il autant présent chez vous ? Il faudrait quinze ou vingt ans de thérapie pour le savoir… Ce rapport à l’enfance m’est vital, c’est un terreau. Cette période, où l’on a une grande capacité de rêver, de s’évader de manière irréelle, de croire en tout, est gravée. Vos parents ont eu une large influence sur votre travail, vous ayant initiée à la littérature et la chanson française, à Nina Simone, Bob Dylan ou Joan Baez. Vous ne vous êtes jamais détournée de tout ça ? Je crois beaucoup en la notion d’héritage et mon album parle de transmission. Les parents

laissent des empreintes avec lesquelles on se débrouille ensuite. Ma famille est composée de gens incroyablement riches : spirituellement et artistiquement, ils m’ont nourrie. On n’est rien tout seul ! Depuis des années que tu nages parle aussi de filiation. C’est un morceau hypnotique, une sorte de mantra… Mon dernier disque est marqué par les musiques que j’aime : il y a des traces de musique baroque ou médiévale, de chanson française, de Michael Galasso (auteur de la BO d’In the Mood for Love, NDLR), de musique contemporaine ou, plus proche de mon registre, de Sufjan Stevens, artiste influencé par Steve Reich. J’ai été renversée par le premier morceau de Reich que j’ai découvert, Different Trains, évoquant les convois en partance pour les camps de concentration… J’avais envie de faire un titre basé sur une boucle où d’autres choses se greffent. Je voulais tisser un canevas autour de la forme répétitive qui convenait à une chanson traitant du rapport mère / fille dans ce qu’il a de beau, d’absolu, mais aussi de la folie de ce lien étrange, du « je te veux, mais je te jette ». Vos albums précédents * décrivent, selon vous, votre « géographie intérieure  ». Qu’en est-il de Mothers & Tygers ? C’est également un voyage intime, une réflexion sur l’existence – naître, vieillir et mourir –, ce parcours bizarre qu’on est en train de traverser.

Les parents laissent des empreintes avec lesquelles, ensuite, on se débrouille

Mothers & Tygers, édité par Polydor www.emilyloizeau.fr

Nancy Jazz Pulsations 39e édition d’un festival quasi-quadra qui continue à faire s’entremêler notes jazzesques (Daniel Humair, Mike Stern et Didier Lockwood Band…) et sonorités soul (le grand Lee Fields…), beats technoïdes (Para One…) et musiques du monde (Staff Benda Bilili…), chanson (Daniel Darc, Barbara Carlotti…) et hip-hop made in France (Klub des Loosers, Youssoupha…). Une manifestation boulimique et un peu dingo, comme en atteste la présence de Sébastien Tellier et de Gonzales. À Nancy, dans divers lieux, du 10 au 20 octobre 03 83 35 40 86 – www.nancyjazzpulsations.com

Portrait de Gonzales © Alexandre Isard

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life is life Pour ce concert, le directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg, Marko Letonja a choisi deux pages qui se répondent. Rendering de Berio (et Schubert) et Das Lied von der Erde de Mahler sont deux réflexions complémentaires sur la fugacité de l’existence. Par Hervé Lévy Photo de Pascal Bastien

À Strasbourg, au Palais de la musique et des congrès, jeudi 25 et vendredi 26 octobre 03 69 06 37 06 www.philharmonique. strasbourg.eu

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C’

est à partir des esquisses que Franz Schubert (1797-1828) avait accumulées pendant les dernières semaines de sa vie en vue d’une Dixième Symphonie – qui ne vit jamais le jour – que Luciano Berio (1925-2003) compose, à la fin des années 1980, Rendering étonnante page hybride qui appartient autant au compositeur italien qu’à son prédécesseur. Au point qu’on peut parler d’une œuvre écrite à deux par-delà les ans, où abondent les points de rencontre entre les différents univers sonores. Pour Berio, qui a ici choisi d’utiliser l’effectif orchestral de la Symphonie nº8 “Inachevée” de Schubert, ces fragments annoncent la musique de l’avenir : il décide donc « de les restaurer et non de les reconstruire » choisissant de ne pas compléter la partition “à la manière de” et imaginant des liants – ses « ciments » – et une musique éminemment expressive. Son credo ? « Je me suis proposé d’appliquer les critères modernes de restauration qui s’efforcent de “rallumer” les couleurs d’époque sans pour autant cacher les atteintes du temps et les vides inévitables dont souffre l’œuvre, comme c’est le cas de Giotto à Assise. »

Si l’homme et sa finitude sont au cœur de cette première pièce que dire de Das Lied von der Erde (Le Chant de la terre), de Gustav Mahler (1860-1911), vaste symphonie pour ténor, alto et grand orchestre ? Faite de six Lieder inspirés de poèmes chinois, cette fascinante arche sonore composite forme cependant un tout cohérent qui culmine dans Abschied (Adieu), « un des instants les plus émouvants et les plus profonds de tout le corpus mahlérien » pour Marko Letonja. Cette conclusion de l’œuvre, dont le texte est du musicien luimême, est bouleversante : « La terre bienaimée  / Refleurit au Printemps et reverdit / Partout et toujours une lumière bleutée à l’horizon / Toujours, toujours ». Elle entretient en outre de puissantes affinités sonores avec Rendering puisque, selon le directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg, « Schubert et Mahler résonnent parfaitement l’un par rapport à l’autre. Tous deux ont placé le chant au centre de leur création. Les Lieder peuvent en être considérés comme le pivot », conclut-il. Nous le découvrirons dans ce précieux programme fait de partitions rarement données dans la capitale européenne.


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THÉÂTRE

valet de cœur Guy Pierre Couleau, directeur de la Comédie de l’Est, promue Centre Dramatique national en mai, s’attaque pour la première fois à Brecht. Maître Puntila et son valet Matti ou la dénonciation par le rire de l’exploitation du prolétariat par la classe bourgeoise. Entretien.

Par Thomas Flagel Photo de répétitions d'André Muller

À Colmar, à la Comédie de l’Est, du 9 au 26 octobre 03 89 24 31 78 www.comedie-est.com Entretien avec Bernard Sobel sur le thème Que peut le théâtre public pour notre société ?, samedi 20 octobre à 15h, à la Comédie de l’Est

En tournée À Saint-Louis, à La Coupole, jeudi 6 et vendredi 7 décembre 03 89 70 03 13 www.lacoupole.fr À Thaon-les-Vosges, au Théâtre de la Rotonde, mardi 11 et mercredi 12 décembre 03 29 65 98 58 www.scenes-vosges.com À Strasbourg, au Théâtre national de Strasbourg, du 19 au 27 mars 2013 03 88 24 88 24 www.tns.fr

Retrouvez sur www.poly.fr notre entretien L’Homme révolté, confrontant avec Guy Pierre Couleau ses mises en scènes des Justes de Camus et des Mains sales de Sartre

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Vous êtes parti de Sartre et de Camus* en 2009 pour aboutir à Brecht. Est-ce la continuité d’une réflexion sur l’engagement ? En 2007, j’avais choisi de faire Les Justes de Camus. En 2009, j’y faisais écho en montant Les Mains sales de Sartre. Et après ? Soit Brecht, soit Shakespeare. Le premier s’est imposé, notamment parce que Maître Puntila a été créé en 1948, à la même époque que les deux autres. Je poursuis donc mon exploration du théâtre de l’engagement du milieu du XXe siècle qui réfléchit sur la folie des guerres et des hommes à s’entretuer, mais aussi sur comment avancer et construire un monde meilleur. Pourquoi choisir la seule comédie de Brecht, dans laquelle le propriétaire terrien Puntila tyrannise son entourage et son valet Matti sauf lorsqu’il est saoul ? J’avais envie de me confronter au registre de la comédie, de la farce contenue dans cette pièce, qui est un vrai défi. Ces deux personnages complexes, qui vont ensemble sans pouvoir se séparer, posent la question de la liberté et du choix individuel, du refus de l’oppression par nos pairs. Le monde d’aujourd’hui baigne dans cette oppression, dans l’ivresse du pouvoir, celle de Puntila, amenant les petits tyrans domestiques à essaimer. Dès qu’on est propriétaire de quelque chose, on se croit un petit peu plus que les autres. Tous les panels de la domination apparaissent, de la plus brutale à la plus sournoise, mais aussi, en miroir, ceux

de la soumission. Vous allez jusqu’à affirmer que tous les comportements sont doubles et inverses… Maître et valet sont les deux faces d’une même médaille. Brecht dit qu’on a tous en nous un Docteur Jekyll et un Mister Hyde. Nous sommes dotés, comme Puntila et Matti, d’une part de folie et de raison. Cette dernière est du côté du valet, soumis à la répartie cinglante. Puntila porte en lui la plus grande déraison, la folie. Cette pièce est une parabole du monde actuel, de l’exploitation de l’homme par l’homme même si nous sommes loin du didactisme un peu pesant de Brecht. À cette situation reproduisant une lutte des classes à petite échelle se greffent subtilement les ingrédients de la commedia dell’arte. Et la fille de Puntila, promise à un homme de son rang, n’arrange rien en lui préférant Matti… Nous n’empruntons pas un code majeur, sauf celui de la farce. Mais il est vrai qu’il y a de l’Arlequin dans Matti, du Pentalone très méchant chez Puntila. Mon assistante sur le spectacle, Carolina Pecheny, les connaît bien pour les avoir travaillés au masque et nous les retrouvons au détour des répliques. Il existe un parallèle entre Les Lumières de la ville de Chaplin (1931), où un millionnaire ivre se prend d’affection pour Charlot mais ne le reconnaît plus une fois sobre, et la pièce de Brecht. Cela a-t-il influencé votre mise en scène ? Brecht a vu le film en 1928 et cela l’influence au moment d’écrire. Il est absolument nécessaire à mes yeux de traiter ce texte dans l’es-


prit des films muets américains des années 1930. Nous travaillons sur la mécanique très précise du comique et la virtuosité corporelle des comédiens. La pièce part d’un théâtre pauvre qui ne nécessite que peu de choses sur scène. Brecht l’écrit en exil en Finlande et laisse beaucoup de place au lecteur afin qu’il puisse la remplir de son imaginaire. Les costumes sont contemporains car s’il se nourrissait de la Seconde Guerre mondiale, aujourd’hui les conséquences de la crise des subprimes s’impose : le pouvoir de l’argent sur les gens, la dévastation et la violence des mécanismes financiers sur les êtres. Comment avez-vous choisi votre couple Puntila / Matti, dominant / dominé ? Ce sont deux comédiens avec lesquels je travaille pour la première fois : Pierre-Alain Chapuis en Puntila et Luc-Antoine Diquéro en Matti. Je voulais deux taureaux, deux masses l’une en face de l’autre. Deux acteurs pouvant être à la fois drôles et inquiétants, dangereux comme des bombes prêtes à exploser. Je les ai choisis comme une figure inversée de Dom Juan et Sganarelle. Luc-Antoine a joué Dom Juan chez Corsetti. Chez moi, il devient le valet.

Il y a aussi une correspondance au niveau du verbe : Matti a des répliques cinglantes avec le sourire… La leçon est qu’il vaut peut-être mieux montrer ses faiblesses et sa fragilité. Entre le discours des gens qui sont faibles, les “petites gens” comme on disait autrefois, et ceux qui les écrasent, les propriétaires. C’est le voyage de Puntila de cœur en cœur, de personne en personne et de lieu en lieu… dévorant tout ! Il consomme et consume à l’envi, allant au devant de sa ruine. Matti est le seul à rester aux côtés de Puntila. Est-ce par grande humanité ? En effet, il y a surement une humanité qui touche Matti chez Puntila. Je ne voudrais pas que ce tyran soit séduisant pour le public. Je pousse Pierre-Alain Chapuis à chercher une vérité dans la méchanceté quand il est en scène, sans se départir d’une drôlerie qui fait que, comme chez Thomas Bernhard, plus un personnage est méchant, plus il est drôle. Il faut aussi voir comme Matti l’humanité chez Puntila. Matti reste jusqu’à ce qu’il décide d’être libre, en sacrifiant son travail et sa situation.

Il est temps que tes valets te tournent le dos. Un bon maître, ils en auront un, dès que chacun sera le sien.

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HUMOUR – SAINT-LOUIS & FLORANGE

cette fille est folle Avis d’ouragan à La Coupole de Saint-Louis et à La Passerelle de Florange : l’humoriste Claudia Tagbo, nouvelle reine du stand-up, débarque, plus déchaînée que jamais, avec son spectacle Crazy. Et c’est elle qui le dit.

Par Dorothée Lachmann

À Saint-Louis, à La Coupole, jeudi 18 octobre 03 89 70 03 13 www.lacoupole.fr À Florange, à La Passerelle, vendredi 14 décembre 03 82 59 17 99 www.passerelle-florange.fr www.crazyclaudia.com

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A

rrivée en France à l’âge de treize ans après avoir passé son enfance à Abidjan, en Côte d’Ivoire, Claudia Tagbo débute sa carrière dans des pièces de Paul Eluard et de Valère Novarina. Rien à voir avec les one-woman-shows qui l’ont portée sous les projecteurs ? « Le classique ou le stand-up, ça reste le même métier : c’est toujours une transmission d’émotions », assure l’humoriste. « Après, c’est une histoire de rencontres. J’ai fait la connaissance d’un grand monsieur qui s’appelle Jamel Debbouze, on a avancé ensemble. Si j’avais croisé Patrice Chéreau, j’aurais peut-être fait autre chose, voilà.  » Mais on n’échappe pas à une telle nature comique. C’est donc au Jamel Comedy Club qu’elle explose en 2006. Diffusée sur Canal + chaque samedi, l’émission propose un concept simple : rien qu’un micro et cinq minutes pour s’adresser au public. Véritable tremplin pour de jeunes artistes qui ont le talent, mais pas les moyens de s’inscrire au Cours Florent, le Jamel Comedy Club a fait émerger des humoristes comme Tomer Sisley, Fabrice Eboué ou le Comte de Bouderbala. Faire rire en dénonçant le racisme, l’injustice sociale, le sexisme, telle est la marque de fabrique de cette nouvelle génération, symbole de la France métissée.

Depuis cette aventure collective, Claudia Tagbo poursuit son petit bonhomme de chemin en solo – elle a tout de même entraîné avec elle Fabrice Eboué, qui met en scène son spectacle. Après le Claudia Comedy Gospel, voilà Crazy, son deuxième one-woman-show. Cramponnez-vous au fauteuil, ça va décoiffer ! Pile électrique ? Non, plutôt bombe atomique. L’énergie de cette fille est branchée sur une autre dimension, c’est sûr. Avec sa tchatche tonitruante, son «  gros derrière » qu’elle revendique fièrement, ses grands yeux noirs qu’elle fait rouler pour terrifier ses proies préférées – les hommes – la panoplie de la séductrice castratrice est parfaite. Claudia préfère dire qu’elle « taquine » la gent masculine. Aux messieurs d’en juger ! Quoi qu’il en soit, rien ne leur sera épargné. Pour la peine, la comédienne sait aussi se moquer d’elle-même. Au fond, c’est un peu sa vie qu’elle raconte au public, en une compilation d’anecdotes où tout y passe : les sportifs, les noirs, les blancs, les bourgeois, les problèmes de cheveux crépus et d’embonpoint… Le tout dans un show à l’américaine, où l’artiste survoltée danse, chante et contamine les spectateurs par ses éclats de rire monumentaux.


#28 SALON INTERNATIONAL TOURISME & DES VOYAGES

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EXPOSITION

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Marie-Anne Mouton puise son inspiration au cœur de la terre mère, dans ses racines, ses mémoires et ses transformations perpétuelles. L’artiste allie le brou de noix, les encres de Chine et la poudre d’or, pour révéler un itinéraire où elle explore l’espace du vivant. Le paysage se révèle, épuré, issu des réminiscences d’une nature sublimée. Marie-Anne Mouton fait naître un monde d’eau, de terre, d’arbres et de brumes dans une alchimie entre rêve, violence et silence. Les quarante œuvres exposées se veulent une quête de l’origine, une réconciliation avec la nature vierge, pourvoyeuse de vie. Entre l’eau, la terre et le ciel.

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DANSE – STRASBOURG

every body knows Le festival de danse IMPRéVU, organisé par la compagnie SomeBody, met les corps en mouvement et en lumière une pratique peu montrée : la composition spontanée. Visite en pleine répétition, à l’improviste…

Par Emmanuel Dosda Photos de Patrick Beelaert

Temps fort d’IMPRéVU, à Strasbourg, du 10 au 13 octobre, au Hall des Chars (et au Théâtre de Hautepierre, à Stimultania, à l’Auditorium du MAMCS…) 06 64 50 74 27 www.cie-somebody.com L’AUTRE HéMISPHèRE sera présenté, au Taps Scala, les 29 et 30 janvier 2013 03 88 34 10 36 www.taps.strasbourg.eu

Du 27 au 30 septembre, à la Cellule133a et au Danscentrumjette, où eurent lieu des performances et concerts – www.cellule133a.be www.danscentrumjette.be

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2 Du 2 au 6 octobre, pour une présentation de GIGS de la compagnie Julyen Hamilton - Alien’s Line et de SomeBody, au Musée Würth ou encore à Pôle Sud

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ous interrompons Marjorie BurgerChassignet et Galaad Le Goaster de SomeBody alors qu’ils finalisent L’AUTRE HéMISPHèRE, création présentée en avant-première lors de leur festival. Un bruit sourd, craché par de puissants hautparleurs, nous accueille. Le son est omniprésent dans le spectacle, mais aussi durant la manifestation, favorisant les croisements. Jonathan Merlin, responsable de la création sonore (mixant extraits de films, textes récités ou comptines enfantines), baisse le volume. IMPRéVU ? Cette troisième édition, après un “préambule” à Bruxelles1 et une tournée en Alsace2, propose son temps fort, le cœur de l’événement, à Strasbourg. « Notre festival défend la “composition spontanée”. C’est-àdire qu’au moment où le spectacle se fait, la forme des mouvements n’est pas écrite. L’improvisation en danse est historiquement reconnue, mais marginalisée sur les scènes », éclaire Galaad. « Dans l’impro, on peut être impressionné par le vertige du vide. Nous nous servons d’outils, de méthodes, pour nous aider à trouver du concret dans cette immensité-là », précise Marjorie. Pour se faire une idée, il faut assister à Summer Remains, pièce sonore composée

par Jonathan Merlin (les trois soirs du festival). La bande-son sert d’assise à de courtes compositions chorégraphiques exécutées par différents participants d’IMPRéVU. Summer Remains montre « comment la matière sonore peut influencer la danse et, inversement, comment la danse peut donner à entendre cette matière. » Les autres moments phares du festival ? Nobody knows, every body knows, création mondiale (co-réalisé avec Pole Sud) d’un collectif de onze danseurs du Caire (« dont quelques stars de telenovelas égyptiennes ! »), orchestrée par la chorégraphe Sandrine Maisonneuve. Citons encore Local Talk d’Allen’s Line, mêlant danse improvisée et poésie instantanée et L’AUTRE HéMISPHèRE. Basé sur deux films, La Nuit du chasseur et Johnny Guitar, ce spectacle parle du rapport amoureux et de l’univers de l’enfance. Galaad, auteur d’un texte (récité par lui et Marjorie) servant de fil rouge à la pièce : « La Nuit du chasseur est un film qui porte un regard rétrospectif sur le cinéma des origines et nous travaillons beaucoup sur la mémoire : immédiate et profonde, individuelle et collective… » Le corps a sa propore mémoire. SomeBody, à travers ses spectacles ou son festival, ne cesse de le rappeler.


MUSIQUE – Montbéliard

vas-y molo ! Un bel espace dédié aux musiques actuelles vient d’être inauguré à Audincourt : Le Moloco. Encore un ? Oui, mais qui va très largement compléter l’offre dans la région.

Par Emmanuel Dosda Photo de Stéphanie Durbic

Le Moloco, 21 rue de Seloncourt à Audincourt 03 81 30 78 30 www.lemoloco.com

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Lire Poly 148 ou sur www.poly.fr

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e nom de la salle – référence au cocktail lacté que s’enfilent les “héros” d’Orange mécanique – rappelle le passé du lieu, l’ancien cinéma Lumina aujourd’hui entièrement réhabilité. Projet porté par le Pays de Montbéliard Agglomération, Le Moloco est « né d’une mobilisation du tissu associatif local en 2003. L’idée était d’accueillir des répétitions et des concerts avec une jauge importante », explique David Demange, directeur et ex-responsable du soutien aux artistes à La Cartonnerie de Reims, qui a travaillé avec des Rémois alors en pleine explosion : Yuksek ou Bewitched Hands, présents lors de l’inauguration de la salle, fin septembre. Le Moloco, c’est quatre studios de répétition (dont un dédié à la musique assistée par ordinateur), un centre de ressources, un bar où se trouve une scène club d’une centaines de places et, surtout, une grande salle de concert modulable de 600 places… Tous ces espaces sont réunis dans une enveloppe de tôle « qui donne une filiation avec la terre industrielle ». Mis à part les volumes, notamment de la grande salle, rien n’évoque plus le Lumina, mais l’équipe du Moloco a habillé le béton brut de l’intérieur d’une déco faisant des clins d’œil à Kubrick. Pour David, Le Moloco est un catalyseur d’énergies, « pas une grosse machine qui mange les autres ». Un projet construit dans un esprit partenarial avec les différentes struc-

tures (assos, MJC, centres sociaux culturels…) et salles du territoire : le Conservatoire du Pays de Montbéliard, MA scène nationale (une soirée dub / danse contemporaine est prévue en mars), L’Atelier des Môles de Montbéliard, La Rodia de Besançon (avec laquelle Le Moloco et l’Orchestre de Franche-Comté vont monter un projet autour de Pink Floyd) ou La Poudrière de Belfort, véritable complice du Moloco (ils ont créé ensemble le festival noise / métal Impetus*). « Nous avons même un salarié en commun, une personne se chargeant du soutien aux groupes locaux qui travaille dans les deux structures », souligne David qui précise : « Le Moloco défend une culture du lien plutôt que du lieu. » Les sensibilités musicales mises en avant ? Le ska, très important dans la région (notamment avec Two Tone Club, en concert samedi 17 novembre), le hip-hop, « quasiment inexistant localement », la pop « que personne, sauf La Poudrière, ne développe », la musique jamaïcaine, « peu programmée pour des raisons de taille de plateau » et l’electro. « Je ne ferai jamais jouer un groupe comme Mass Hysteria : c’est le créneau de L’Atelier des Môles. » Le Moloco cherchera à créer des passerelles entre les gen(re)s, par exemple en conviant Hollie Cook (samedi 6 octobre), artiste reggae et fille du batteur des Sex Pistols. Les publics rasta et punk vont-ils se retrouver sous un même toit ? Poly 152 Octobre 12

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THÉÂTRE – NANCY

sorry angel Tout juste créée à l’Hippodrome de Douai, la nouvelle pièce de Gérard Watkins est accueillie à La Manufacture de Nancy. Lost (replay), une comédie romantique terriblement moderne où trois anges déchus prennent en main le destin de deux inconnus. Interview.

Par Thomas Flagel Photo de répétition d'Alexandre Pupkins

À Nancy, au Théâtre de la Manufacture, du 18 au 24 octobre 03 83 37 42 42 www.theatre-manufature.fr

Master class d’écriture avec Gérard Watkins en partenariat avec la Médiathèque de Nancy, vendredi 19 et samedi 20 octobre au Théâtre de la Manufacture

Lost (replay) fait référence à Paradise Lost (Le Paradis perdu) de John Milton, trace de votre intérêt pour les textes d’inspiration religieuse ? Je me suis lointainement inspiré de Milton, écrivain et poète du XVIIe siècle. Paradise Lost est un poème épique qui relate la chute des anges et la tentation d’Adam et Eve au Jardin d’Eden. Je replace cette histoire de nos jours : deux êtres humains subissent l’influence de trois anges qui leur offrent une dernière chance à saisir pour ne pas recommencer le cycle de leurs vies un peu ratées. Je suis un athée convaincu mais passionné par les histoires tirées des religions, notamment de la Genèse. Qu’est-ce qui, dans le monde d’aujourd’hui, vous a poussé à écrire cette histoire d’anges expulsés du Paradis décidant de faire naître l’amour entre deux inconnus sur Terre ? J’ai l’impression que dans le projet commun de l’humanité tel que nous le vivons actuellement, l’être humain est laissé de côté au profit d’une soi-disant modernité où les actes consuméristes sont devenus dominants. Tous les progrès technologiques tendent à nous faire croire que les nouveaux moyens de communication (Facebook, les smartphones…) améliorent nos relations et notre vie alors même qu’ils ne font que renforcer, n’en déplaise à notre inconscient collectif, la solitude de chacun. Hub, l’homme dont les anges choisissent de s’occuper, est chargé d’écouter les conversations entre les clients et les services après-vente délocalisés d’une grande société. Fay, quant à elle, vient d’acheter une Freebox et appelle l’aide en ligne, en Inde. Son voisin

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d’immeuble, n’est autre que Hub. Notre monde économique est totalement fragmenté, les responsabilités humaines sont dissolues de soustraitant en sous-traitant, preuve que la société ne marche plus. Le projet de ces anges décidant de contribuer à unir Hub et Fay n’est pas politique. Ils veulent simplement redonner du sens à l’amour et à l’émotion, à la sincérité des rapports humains. Cette quête d’humanité au cœur de la pièce cache en partie les raisons ayant exclu les anges du Paradis… Dans l’histoire de Milton, ils sont en rébellion. Dans ma pièce, je préfère entretenir le flou, laisser libre cours aux interprétations. Ils pourraient ne pas être des anges mais trois personnes virées d’une usine ou encore des réfugiés d’un pays de l’Est passés en ballon au-dessus de Checkpoint Charlie. Ils sont ballottés d’une désillusion à une autre dans notre monde cassé. Au Paradis, personne ne les écoute dire que le monde va mal. Le paradoxe est qu’on les en chasse pour qu’ils fassent quelque chose. Lost (replay) est aussi une métaphore de la manière dont les étincelles produisent des choses formidables, le monde du désir et de l’inconnu qui a de tout temps été important au théâtre. Comme un prolongement des Ailes du désir de Wim Wenders, les anges décident d’intervenir pour les humains et plus seulement d’observer… Ils s’infiltrent dans l’immeuble où on les prend pour des exclus, des réfugiés. Fay, très cartésienne, en est persuadée tandis que Hub croit tout de suite qu’ils sont des anges. Chacun


possède un ange gardien qui les fera accoucher de qui ils sont, comme des thérapeutes. Vous invoquez aussi William Blake, expliquant que nous avons besoin, comme lui, de dialoguer avec des anges déchus et en état de révolte pour lutter contre le monde d’aujourd’hui. Une posture résolument engagée… Je crée cette pièce pour réveiller le monde, ou du moins les gens qui viendront la voir mais je souhaite le faire avec force, originalité et esprit ludique. La crise économique dans laquelle nous sommes plongés en Europe depuis trois ans fait que l’humanité ne se retrouve plus dedans. Je ne souhaite pas être dans un rapport accusateur mais plutôt dire : ouvrez les yeux, de manière compassionnelle. L’imaginaire et la beauté sont là pour que nous nous trouvions nous-même et pour que nous apprenions à être heureux. Ces trois anges sont d’ « étranges étrangers  » comme le dit Prévert. Vous les faites passer pour des réfugiés de l’Est, des inconnus servant de révélateurs de notre société, permettant de porter un

regard critique neuf ? Ce besoin de regards neufs a toujours été dans mes textes. L’autre, en amour, pose un regard nous permettant de nous réveiller et d’être en éveil. J’ai toujours considéré l’étranger comme une bénédiction, précisément pour cette raisonlà. Les anges de la pièce sont exotiques car ils passent leur temps à vivre dans la passion, le désir et la poésie. Ils sont très loin de nous ! Pour la première fois, je m’approche de la comédie romantique shakespearienne dans un mix terriblement moderne. Parlez-nous de la scénographie que vous avez imaginé et de l’esthétique des costumes ? Elle est très organique avec trois niveaux montant en escaliers qui constituent comme une boîte magique permettant les circulations. Un immense mur derrière les comédiens tombera pour révéler un toit… mais je vous laisse quelques surprises. Les anges seront en smokings et chemises rouges, les êtres humains simplement en robe et chemise. Tout cela donne une scénographie très plastique qui fait penser à une pochette des Cure.

L’imaginaire confronté à la dictature du réel sous toutes ses formes, tout ça brasse du conflit, et le conflit est bon pour le théâtre

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EXPOSITION – KARLSRUHE

chemins de la liberté Qui fut Camille Corot ? Sous-titrée La Nature et le rêve, cette exposition de la Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe permet, en 180 tableaux, dessins et estampes, de mieux connaître celui que Claude Monet qualifiait de « seul maître ».

Par Raphaël Zimmermann Photo de L’Algerienne, Camille Corot, vers 1870-73. Arp Museum Bahnhof Rolandseck / Sammlung Rau pour UNICEF

À Karlsruhe, à la Staatliche Kunsthalle, du 29 septembre au 6 janvier 2013 (visites guidées en français les samedis et dimanches à 14h30) + 49 721 926 33 59 www.kunsthalle-karlsruhe.de

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eprésentant d’une tradition picturale française classique, Camille Corot (1796-1875) fut aussi un précurseur qui ouvrit toutes grandes les portes de la modernité. Mais enfermer son art dans un carcan théorique se limitant aux étiquettes qui lui sont souvent accolées de “dernier des néoclassiques” (le fidèle disciple de son maître, le virtuose du paysage Pierre-Henri de Valenciennes) ou de “premier des impressionnistes” (en 1883, Degas écrivait : « Il est toujours le plus grand, il a tout anticipé ») ne suffit pas à rendre compte de la profonde originalité de l’œuvre hors du temps d’un homme qui récusait les nouvelles tendances picturales. Zola, lui, le définit avec finesse comme « le doyen des naturalistes, malgré ses prédilections pour les effets de brouillard ». Et de poursuivre, évoquant « les tons vaporeux, qui lui sont habituels » mais aussi « la fermeté et le gras de sa touche, le sentiment vrai qu’il a de la nature, la compréhension large des ensembles, surtout la justesse et l’harmonie des valeurs ». Le bon “père Corot” ne se laisse pas saisir si facilement… Ses portraits notamment laissent une impression si étrange, que Picasso ou Gris (comme dans Femme à la

mandoline) imaginèrent, autour de 1915, une version cubiste de certaines de ses œuvres. On découvre cette position paradoxale dans l’histoire de la peinture, à la croisée de plusieurs chemins, dans l’exposition de Karlsruhe, puisqu’y sont présentées des œuvres des prédécesseurs de Corot et des artistes qui le suivirent. Peu importe en somme ces tentatives successives de classification : seule compte l’émotion profonde que suscite sa peinture – ses paysages en particulier – que Baudelaire qualifia de « miracle du cœur et de l’esprit ». De ses multiples voyages, qui le mènent de Rome (étape obligée) à la Suisse, en passant par l’Angleterre, il laisse des toiles marquées par un singulier rapport à la lumière considérée comme génératrice d’un profond lyrisme. Une raison supplémentaire de le rapprocher des impressionnistes… immédiatement tempérée par la découverte de compositions religieuses ou mythologiques de grand format à tendance décorative d’un grand classicisme. Décidément, Corot, éternellement libre, échappe à toute volonté d’enfermement. Et c’est tant mieux.


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THÉÂTRE – STRASBOURG

à la recherche du temps perdu Après Le Chemin solitaire1, le collectif belge tg STAN revient dans la capitale alsacienne avec Les Estivants, au Théâtre national de Strasbourg. Une pièce tragi-comique de Maxime Gorki aux indéniables élans révolutionnaires.

Par Thomas Flagel Photos de Tim Wouters et de Thomas Legreve

Au Théâtre national de Strasbourg, du 19 au 26 octobre 03 88 24 88 24 – www.tns.fr

Rencontre avec l’équipe artistique au bord du plateau, jeudi 25 octobre, à la suite de la représentation

1 Les tg STAN présentaient cette pièce de l’autrichien Arthur Schnitzler (1862-1931), au Maillon, début 2012. Retrouvez notre entretien avec Damiaan De Schrijver dans Poly n°145 ou sur www.poly.fr 2 Résidence secondaire au confort plutôt rudimentaire, bien souvent située à la campagne 3 Les quatre acteurs qui fondèrent la compagnie en sortant du Conservatoire d’Anvers sont Jolente De Keersmaeker, Waas Gramser, Damian De Schrijver et Franck Vercruyssen

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es comédiens de Stop Thinking About Names nous avaient laissés, au début de l’année, dans le milieu bourgeois de Vienne dépeint par Arthur Schnitzler. Neuf mois plus tard, c’est dans l’avènement de la bourgeoisie russe de la même époque (Schnitzler et Gorki ont tous les deux écrit leur pièce en 1904) qu’ils nous convient. Un groupe d’amis de la bonne société se retrouve, l’été venu, dans une datcha2 où ils discutent de tout, mais surtout de rien, passant le temps et faisant bonne figure. Encore plus que chez son ainé Tchekhov, un nombre pléthorique de personnages traverse l’histoire : le couple sur le déclin Varia / Bassov, Vlas le clerc cynique, l’écrivain en panne d’inspiration Chalimov, la poétesse irascible Kaléria, Rioumine l’amoureux transi mais raté, Olga, mère de famille lassée, mariée au médecin Doudakov, l’insupportable idéaliste donneuse de leçons Maria ou encore la comédienne Julia et l’assistant Zanislov. Tout ce petit monde, fort enclin à l’apitoiement sur son sort à la mode Russe – d’une mélancolie désarmante doublée d’une gaieté et d’un fatalisme sans pareils – porte le verbe haut, use et abuse de tirades pseudo-philosophiques destinées à entretenir l’illusion, à donner le change. Les hommes embrassent les bouteilles, certains flirtent d’encore plus près avec les femmes des autres. L’amour est consumé, les sentiments refoulés, dotés d’ailes de géants, se brisent au fronton des conventions et des futilités de vies inutiles, loin des rêves du temps jadis. On ergote, on

palabre, se cachant derrière l’humour et les traits de langage, évitant de parler de soi mais guettant la moindre faiblesse. On aime l’autre tout en le détestant pour ce qu’il sait de nous. « Les gens sont à la dérive comme la banquise et, de temps en temps, ils s’entrechoquent », analyse avec finesse Kaléria.

Peur de vivre

Composée au début d’un XXe siècle qui ne tarderait pas à connaître son lot de bouleversements, la pièce décrit avec une rudesse sans complaisance l’oisiveté régnant au sein de l’élite russe des nantis. Alexeï Maximovitch Pechkov n’a pas choisi le pseudonyme de Gorki (“amer” en russe) par hasard. Si ses personnages tentent jusqu’au bout de sauver les apparences, ils n’en sont pas moins coupables de bassesses et de grands renoncements. Seule Varia, figure centrale de la pièce, semble capable de porter un regard lucide sur ces êtres gorgés d’ennui et de certitudes, vouloir trouver l’énergie pour échapper à tout cela, de renouer avec elle-même. Aux grandes paroles sur la classe intellectuelle, elle lâche : « L’intelligentsia ? Ce n’est pas nous. Nous sommes autre chose. Nous sommes des vacanciers dans notre propre pays, des estivants, fiévreusement à la recherche de petits lieux agréables dans la vie. Nous n’accomplissons rien et nous parlons énormément. Nous glosons sans fin sur le tragique de la vie. » La fougue de Gorki le pousse à ne pas se complaire dans la simple littéra-


ture, dans ces échanges, souvent savoureux, parfois violents, entre personnages. Là où la mélancolie tchekhovienne relègue en toile de fond les changements politiques charriés par la modernité, Maxime Gorki souffle sur les braises du feu couvant au royaume des Tsars, dévoilant les premières flammes d’une révolution à venir qui emportera tout en 1917. Les hauts placés, artistes et fonctionnaires plus ou moins érudits et parvenus ici réunis, sont pour lui coupables de s’êtres coupés du monde réel et de nier les liens qui les relient au monde ouvrier, dont la plupart est en fait issu.

Se battre pour ses mots

Pas étonnant de retrouver les comédiens de tg STAN dans cette critique de l’embourgeoisement des êtres et des idées. Un écho à l’apathie et au cynisme dans lequel le XXIe est englué. Formé en 1989 à Anvers, ce collectif s’est constitué dans le refus du metteur en scène et de tout directeur artistique. Depuis plus de vingt ans, le noyau créateur de quatre comédiens 3 décide de tout : dramaturgie,

décors, lumières, traductions et actualisations des textes… « Nous discutons de toutes les possibilités dans la recherche d’un consensus qui est une réinvention collective de démocratie car chaque comédien se bat pour ses mots, ses synonymes, ses coupures », explique Damiaan De Schrijver. «  Quelques jours avant la première, nous réglons “le trafic” en ne gardant que ce qu’il faut. Au comédien, ensuite, de remplir et de surprendre l’autre en réinventant, chaque soir, les intonations, les pauses et la façon de se regarder des personnages qu’il interprète. Nous essayons de ne pas être paresseux, de nous renouveler, sans cesse, n’improvisant que la façon de dire, pas le texte. » Loin des conceptions classiques de jeu, ils essaient « d’enlever la poussière, de ne pas devenir les personnages mais de dévoiler la stratégie à l’œuvre entre eux. À nos yeux, les arguments priment sur la métamorphose d’un comédien en devenant un autre. Ce n’est pas moi qui l’invente, mais Diderot : les personnages ne sont que les fantômes et les fantasmes d’un écrivain. » Poly 152 Octobre 12

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la mémoire dans la peau Jeune chorégraphe pétrie de talent, danseuse remarquée chez Alain Platel, Angelin Preljocaj ou encore James Thierrée, Kaori Ito nous entraîne, avec Island of no memories, aux tréfonds du cerveau humain, là où la mémoire s’étiole. Une pièce habitée de fantastique et hantée de fantasque.

Par Thomas Flagel Photos de Gregory Batardon (en noir et blanc) et de Laurent Paillier

À Strasbourg, à Pôle Sud, jeudi 18 octobre 03 88 39 23 40 www.pole-sud.fr À Luxembourg, au Grand Théâtre, dans le cadre du Luxembourg Festival (voir page 48), mardi 23 octobre +352 47 96 39 00 www.theatres.lu À Mulhouse, à La Filature, vendredi 26 octobre 03 89 36 28 29 www.lafilature.org

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ête basse, le corps s’étirant dans toute sa hauteur, elle évolue, fiévreuse, en mouvements obliques et répétitifs de bras et de jambes, tel un échassier survitaminé. Le mélimélo de cordes noires à ses pieds, secoué frénétiquement comme des algues sombres dont elle finit par parer sa chevelure débordante, donne corps à un indémêlable nœud de souvenirs englués, première métaphore du spectacle. Elle, c’est Kaori Ito, 32 ans dont 27 passés à danser, avec frénésie, du ballet classique de son enfance aux techniques de Martha Graham et Merce Cunningham. Il y a de la douceur, de la rêverie et du mystère chez la belle Japonaise. Une présence aussi. Palpable. Mouvante. Touchante. Une trace et une ligne qu’elle tisse avec les deux interprètes l’accompagnant sur le plateau, Thomas Bentin et Mirka Prokešová, aux styles diamétralement opposés. Ce trio est échoué sur les rivages de leurs propres identités, sur une île où la mémoire leur file entre les doigts.

Histoire de l’oubli

S’inspirant d’Histoire de l’oubli, roman publié en 2008 par Stefan Merrill Block, la chorégraphe puise aussi dans ses souvenirs pour composer les personnages d’Island of no memories. « J’ai grandi à Tokyo, où j’observais souvent des hommes d’affaires ivres qui titubaient, tombaient et dormaient dans la rue », confie-t-elle. « Ils étaient tellement dépassés par leur vie que ces moments extrêmes, totalement opposés à leurs responsabilités de la journée, devenaient nécessaires pour oublier les obligations et le stress de l’existence. » Ainsi naissait l’obscur personnage interprété par Thomas, fuyant la routine de sa vie avec un plaisir non feint. Magnifié par une expressivité déguenillée et une gestuelle répétitive alimentée de soubresauts, le danseur-comédien livre les conflits naissant entre son corps et son esprit en puisant dans toute sa palette de théâtralité. L’émotion palpable change au rythme de la fulgurance de ses mouvements, calqués sur


une partition sonore superposant un air de piano, des cliquetis métalliques et des bruits robotiques aux sons des publicités télévisuelles ayant bercé l’enfance de la chorégraphe. Soignant ses transitions, Kaori Ito module habilement les focales tout en bâtissant la dramaturgie de l’histoire qu’elle nous livre, traces de la formidable “école flamande” qu’elle a fréquenté en tant qu’interprète auprès d’Alain Platel, Sidi Larbi Cherkaoui ou encore Guy Cassiers. L’on plonge ainsi, sans coup férir, au centre de l’esprit dérangé d’un Thomas, génialement paumé, le regard hagard, dont la réalité tourne de travers. Le fil de ses souvenirs et de ses perceptions se renverse, à l’image de sa veste laissant apparaître une multitude de poches qu’il regarde, comme le monde, avec l’intensité et l’incompréhension des premières fois. On vacille. On tangue au bord d’un autre nous-même. Comme dans Le Voyage de Chihiro de Miyazaki, le troisième personnage de la pièce n’a pas de visage. Symbole de la perte d’identité, Mirka doit s’attacher à un autre, telle une ombre collée au plus près, pour atteindre la mémoire, reprendre corps auprès de Kaori. C’est encore elle qui fascine le plus avec sa gestuelle étrange, mystérieuse et envoûtante : au sol tout d’abord, dans une renaissance bestiale, puis dans un duo de pantomime duquel se dégage une grâce du rapport au temps, à l’éloignement et, surtout, à l’altérité, source de repères. Apparaît ainsi la question centrale de la pièce : la mémoire empri-

sonne-t-elle dans le passé ou nous permet-elle d’être présent au monde en tant qu’individu ?

Oubli de l’histoire

Les corps habités, à défaut des esprits, sont explorés comme à la recherche d’un temps perdu et d’un sens dont ne subsistent que des bribes fugaces : Kaori devient une incroyable marionnette japonaise aux fils invisibles, poupée dont s’échappe une multitude de “giseigo-gitaigo” (onomatopées mimétiques sans queue ni tête de la langue japonaise), de gestes répétitifs et absurdes mais aussi de résurgences de personnages de Kabuki et d’esthétique propre au butō. Le cinéma muet n’est, lui aussi, jamais loin. Des sonneries de téléphone tenteront bien de nous tirer de ce mauvais rêve – ou, plutôt, de ce chouette cauchemar – mais sans succès. La logique est la grande absente de l’île d’Isidora. Rien n’y est à sa place. Ni les souvenirs, ni les objets. Encore moins les êtres qui servent ponctuellement de terminaux de téléphone à Thomas, à la recherche d’un lien charnel vers luimême et vers le monde. Entre les sentiments contradictoires nés des largesses de la liberté offerte par l’oubli et du besoin de repères et de sens inhérents à toute existence, le tableau final sonne comme une apothéose dénuée de dramatisation. Et si ces trois personnages n’étaient que les incarnations des questionnements d’un seul ?

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MAISONS D'OPÉRA

atteindre l’inaccessible étoile La saison 2012 / 2013 aura une forte coloration alsacienne pour Stéphane Braunschweig puisque l’ancien directeur du TNS1 présentera trois spectacles dans la région. La création scénique française de Der ferne Klang, rare œuvre de Franz Schreker, à l’Opéra national du Rhin en sera le point d’orgue.

Par Hervé Lévy Photos de Benoît Linder pour Poly

À Strasbourg, à l’Opéra du 19 au 30 octobre (rencontre avec Stéphane Braunschweig et le directeur musical de l’OPS, Marko Letonja, jeudi 18 octobre à 18h30) – 08 25 84 14 84 À Mulhouse, à La Filature, vendredi 9 et dimanche 11 novembre – 03 89 36 28 29 www.operanationaldurhin.eu

D

ans la Salle Ponnelle du Grenier d’abondance jouxtant l’Opéra de Strasbourg2, Stéphane Braunschweig dirige une répétition de Der ferne Klang (Le Son lointain). Sur la scène se déploie un décor d’un intense dépouillement. Une colline évoque, en son sommet, une coulée de lave et, sur ses flancs, un vaste fond marin où poussent des algues mutantes d’un rouge extraordinairement vif. Voilà le cadre de l’Acte II de l’opéra de Franz Schreker (1878-1934). Il se déroule à La Casa di maschere, un bordel de la cité des Doges. « Des poteaux rayés où s’amarrent les gondoles seront rajoutés pour donner à l’ensemble une touche vénitienne », s’amuse le metteur en scène qui souhaite créer « un espace organique en opposition avec tout le reste du spectacle – plus réaliste – où le noir domine, un rocher sensuel qui entre en résonance avec la musique. J’ai sou-

haité développer une atmosphère onirique et décadente, où les hommes porteront des masques de poissons. C’est à la fois esthétique et malsain. » Une variation contemporaine sur Vienne dans les années 1900, cette « apocalypse joyeuse » – expression d’Hermann Broch – marquée par Freud, Schnitzler et Schreker. Aujourd’hui oublié, ce dernier connut en effet un succès phénoménal avec Der ferne Klang, en 1912. Dans son opéra, le compositeur crée un personnage qui lui ressemble, Fritz. Il « quitte Grete pour se consacrer à la quête du son parfait » qui donne son titre à l’œuvre. «  Pour lui, son amour est un obstacle à cette recherche, mais j’ai souhaité que cette rupture soit également un déchirement, qu’il soit écartelé entre deux désirs d’absolu », explique Stéphane Braunschweig. Métaphore

deux pièces sinon rien On découvrira à Mulhouse et à Besançon, Six personnages en quête d’auteur (voir photo) un spectacle “d’après Pirandello” où Stéphane Braunschweig mêle le texte originel à une partie réécrite pour une passionnante plongée au cœur des « problématiques du théâtre contemporain ». Créé à Düssedorf, Tage Unter (jours souterrains) sera présenté à Strasbourg, en allemand surtitré. Dans la pièce de l’auteur norvégien Arne Lygre (où l’on reverra avec plaisir Udo Samel, merveilleux dans Woyzeck, au TNS, en 2000), un homme enlève des drogués, les enferme dans un bunker pour les désintoxiquer, les menaçant de leur couper les doigts s’ils fuient : « Ce personnage qui fait le mal en voulant faire le bien » est fascinant. Six personnages en quête d’auteur, à Mulhouse, à La Filature, du 24 au 26 octobre – www.lafilature.org et à Besançon, au CDN, jeudi 20 et vendredi 21 décembre – www.cdn-besancon.fr Tage unter, à Strasbourg au Maillon-Wacken, mardi 22 et jeudi 23 janvier 2013 – www.le-maillon.com Six Personnages en quête d'auteur © Elisabeth Carecchio

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de l’artiste, Fritz est toujours dans sa bulle et même lorsqu’il retrouve son aimée « dans un bordel de luxe, il ne se rend pas compte qu’il est dans un claque, car il est d’une grande naïveté, la candeur du créateur évoluant dans son monde ». Confrontant la recherche d’idéal à la réalité la plus triviale, l’opéra, sans cesse irrigué par une profonde sensualité, ressemble à un « chaînon manquant » dans le parcours du metteur en scène : « Je ne connaissais pas l’œuvre – ni le compositeur – lorsque le directeur de l’Opéra national du Rhin, Marc Clemeur, m’a proposé de la monter, alors que je m’étais déjà attaqué à des opéras de la même époque de Bartók ou Janáček. Du reste, lorsqu’il m’a appelé, je travaillais sur Lulu de Wedekind3, une héroïne possédant des parentés avec Grete. Le texte inspira un opéra à Berg… qui réalisa la réduction pour piano de Der ferne Klang. Deux jolies coïncidences. » Le style tout en épure de Stéphane Braunschweig entretient une intelligente relation avec une partition « faite de superpositions de plans sonores très différents qui, elle, est très chargée et complexe. Je veux toujours que la

musique ait une place centrale, que tout ne soit pas écrasé par l’image. Pour que le public puisse suivre l’histoire – simple en apparence seulement, car les trajectoires des personnages sont plus complexes qu’on l’imagine – je recherche une grande fluidité. » Dans des costumes des années 1910 et 1920 (l’opéra s’étale sur dix ans), on suit une réflexion sur la quête d’un bonheur impossible à trouver dans les nuées de l’absolu, mais relevant de la triste banalité du réel, ce qui fait de Schreker un compositeur réalisant un grand écart dialectique entre onirisme et trivialité, entre poésie symbolique et naturalisme. Le créateur juif fut jugé “dégénéré” par les nazis… Dans l’exposition Entartete Musik (1938, à Düsseldorf), on pouvait ainsi lire sous sa photo : « Franz Schreker était le Magnus Hirschfeld4 des compositeurs d’opéra. Il n’y a pas de perversion sexuelle ou pathologique qu’il n’ait mise en musique ». Pouvait-on trouver plus beau compliment ?

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Entre 2000 et 2008 – www.tns.fr

Ainsi nommée pour honorer, une grande figure de la mise en scène, Jean-Pierre Ponnelle (1932-1988) 2

3 En novembre 2010, au Théâtre national de la Colline (Paris) dont Stéphane Braunschweig est directeur depuis janvier 2010 – www.colline.fr

Sexologue allemand (1868-1935), pionnier des mouvements de libération homosexuelle

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un regard

chewing gum misericordi de simone decker

Par Emmanuel Dosda

Exposé au Mudam Luxembourg du 13 octobre au 24 février 2013, dans le cadre d’Atelier Luxembourg, The Venice Biennale Projects 1988-2011 (l’exposition se déploie dans plusieurs lieux) www.mudam.lu

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Fraîcheur de vivre ! La plasticienne, avec sa vision très pop de l’art, vient s’immiscer dans l’environnement, jouant avec l’architecture et le paysage. En 2003 à Besançon (puis en 2004 à Neuchâtel), elle exposa un Distributeur de ruban adhésif gigantesque, mettant à contribution les badauds. Le mobilier urbain s’en souvient encore… Œuvres scotchantes ou sculptures molles, le travail de Simone Decker colle à la rétine. En atteste Chewing gum Misericordi, image issue d’une série de quinze

photographies, réalisée lors de la 48e Biennale de Venise, en 1999, où l’artiste représentait le Luxembourg. Gonflé que d’avoir placé ces monumentales gommes mâchouillées dans la cité des Doges ! Sauf qu’en réalité, Simone Decker n’a jamais “installé” de chewing-gums à la fraise géants dans les rues vénitiennes : un simple angle de vue étudié et une illusion d’optique bluffante. Ne mâchons pas nos mots.  


THÉÂTRE – CERNAY

loft story Le metteur en scène mulhousien Thomas Ress s’attaque à l’ascension de La Tour de la Défense du subversif Copi. Politiquement très incorrecte, cette pièce hilarante laisse entrevoir les failles d’un monde en manque d’amour. Par Lisa Vallin Photos de Jean-Marie Sother

À Cernay, à l’Espace Grün, vendredi 12 octobre 03 89 75 74 88 www.espacegrun.net www.rivesdelill.fr

U

n soir de réveillon, dans un appartement bourgeois, un couple s’engueule à coups de répliques assassines. La porte s’ouvre avec fracas sur la bonne copine exubérante, puis claque sur la voisine trop encombrante. Les codes du vaudeville sont posés. Sauf que. Le couple, c’est Luc et Jean. La copine, se nomme Micheline, perruque blonde, talons aiguilles et barbe naissante. La voisine, Daphnée, est sous acide, entre deux rives. Ne manque plus que l’Arabe Ahmed, beau comme un dieu. Quant à la déco, on imagine Philippe Starck faire ses emplettes dans un sex-shop. Bienvenue chez Copi. « Les caractères sont extrêmement stéréotypés mais, contrairement à la comédie de boulevard, ils sont placés devant une situation très réaliste. L’intérêt est d’observer comment ils réagissent alors », explique Thomas Ress, metteur en scène de la compagnie des Rives de l’Ill. « On voit les personnages sous la douche, aux toilettes, dans la cuisine : c’est presque Big Brother, avec l’œil du public à la place de la caméra. » Entre expériences culinaires délirantes, strings qui volent et bestioles qui s’en mêlent, le rythme est effréné : un vrai vaudeville façon trash, avec des cinglés en roue libre, des amours impossibles et du sang sur les murs, celui du serpent qui a jailli de la

canalisation et finit découpé en rondelles pour agrémenter le dîner de fête. Mais le spectateur hilare ne s’en tirera pas comme ça, et c’est en pleine figure qu’il prendra l’indécence de son voyeurisme forcé, lorsque la comédie tournera soudain au drame. Chantre du mouvement gay dans les années 1970 / 1980, Copi n’aimait rien tant que pulvériser les tabous. Non pour choquer, mais pour aller chercher la vérité. Derrière ses personnages odieux, égoïstes, cyniques, à la sexualité débridée, on aperçoit peu à peu des souffrances sans fond, des errances sans repères. « On est face à des gens en détresse, mal dans leur peau, qui ont des difficultés dans leurs rapports aux autres, dans leur construction personnelle », éclaire Thomas Ress. Des êtres émouvants, au fond. Parce qu’au-delà de leurs outrances, ils ne sont pas loin de nous ressembler. Leurs drames intimes sont pathétiques, leurs faiblesses bouleversantes. Pourtant on continue à rire, emportés par l’élan de la mécanique vaudevillesque. Jusqu’à s’esclaffer de choses parfaitement atroces. Alors le rire jaunit à mesure qu’on réalise, comme au ralenti. Mais c’est trop tard, on a ri. Ne reste plus qu’à se demander comment on a osé.

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FESTIVAL – LUXEMBOURG

un festin grandducal Rendez-vous très attendu, le pluridisciplinaire Luxembourg Festival nous invite, pour la sixième année, à un voyage multiforme : opéra, musique et danse se mêlent en effet dans un kaléidoscope de haute volée.

Par Henry Greiner Photo de Cendrillon par Elisabeth Carecchio

À Luxembourg, dans différents lieux, du 3 octobre au 27 novembre www.luxembourgfestival.lu

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nze spectacles de danse, deux opéras, douze concerts d’orchestre, cinq soirées intimes – récitals ou musique de chambre – et six programmes avec des stars du jazz ou des musiques du monde… Voilà pour l’aspect mathématique des choses, mais sous cette avalanche comptable se dissimulent de très grands noms. Sur le versant chorégraphique de la manifestation, mentionnons, par exemple, les Ballets C de la B, la Russell Maliphant Company, une rétrospective de Rosas avec Anne Teresa De Keersmaeker ou encore l’étonnante Kaori Ito (voir page 42). Un des grands événements de la manifestation sera sans conteste la féérie lyrique de Jules Massenet, Cendrillon (au Grand Théâtre de Luxembourg, les 6, 8 et 10 octobre) montée par Benjamin Lazar qui a choisi de prendre, comme point de départ, le contexte de la création de l’œuvre, en 1899 : pour la première fois étaient exploitées les potentialités toutes récentes de l’électricité. Le metteur en scène joue avec habilité de la lumière et l’obscurité, faisant jaillir le surnaturel inhérent à ce charmant conte grâce à d’intelligents effets ou imaginant de délirants “vêtements lampes”. Sous la baguette experte du jeune chef allemand Alexander Liebreich se déploient les fastes

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d’un opéra manifestant la profonde inclinaison du compositeur français pour le merveilleux. Autre instant lyrique suspendu, la pépite baroque qu’est Vénus et Adonis de John Blow (au Grand Théâtre, vendredi 9 et samedi 10 novembre) permettant de revivre une représentation du début des années 1680, à la cour de Charles II avec ce qui peut être considéré comme le premier opéra anglais. Entre naïve tragédie, atmosphères pastorales et amours épiques, voilà une fascinante rareté ! Impossible de dresser ici la liste des interprètes qui feront le voyage de Luxembourg pour se produire à La Philharmonie… Citons simplement le bouillonnant chef d’orchestre russe Valery Gergiev à la tête du London Symphony Orchestra dans un programme Brahms / Szymanowski (mardi 9 octobre), la délicatesse du fado new style des Portugais de Madredeus (mercredi 10 octobre), le glam jazz de la sensuelle Diana Krall (dimanche 21 octobre) ou encore les hybridations classicojazzistiques de l’iconoclaste Nigel Kennedy (dimanche 18 novembre). On allait oublier The superstar lyrique, “La Bartoli” (mardi 20 novembre). Plus qu’une cantatrice, un mythe en devenir qui propose, avec le Kammerorchester Basel et Julia Schröder, un voyage dans les airs d’opéras d’Agostino Steffani.


HAUTE ÉCOLE DES ARTS DU RHIN EXPOSITION - PERFORMANCE DANS LE CADRE DES 24H D’ARCHITECTURE

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Retour sur quatre semaines de résidence en Afrique du sud. Plongez dans les univers virtuels créés par les étudiants plasticiens et scénographes de la Haute école des arts du Rhin et de la Wit School of Art - Johannesburg.

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nous les vagues La Révolution du chorégraphe français Olivier Dubois se glisse dans un corps à corps au cœur des lignes percussives du Boléro de Ravel. Quatorze danseuses nous emmènent au bout d’elles-mêmes pour une expérience rare où l’humanité se révèle dans la splendeur de sa force collective.

Par Irina Schrag Photos de Tommy Pascal

À Strasbourg, au Théâtre de Hautepierre, vendredi 26 et samedi 27 octobre 03 88 27 61 81 www.le-maillon.com www.olivierdubois.org

En 2009 à la revue Mouvement www.mouvement.net

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u commencement réside une mesure, symbole du versant obsessionnel du chef-d’œuvre composé par Maurice Ravel en 1928. Prélude au tourbillon entêtant dans lequel nous happe le Boléro, les répétitions quasi martiales des percussions, développées sur plusieurs dizaines de minutes par François Caffenne pour les besoins du spectacle, distendent le temps et enveloppent l’esprit comme dans une transe. La rythmique répétitive à l’excès sert d’écrin de jeu à quatorze danseuses. Habillées de noir, elles marchent en rythme accrochées à des barres de pole dance – accessoires des clubs de strip-tease popularisés jusqu’à devenir une discipline sportive – tel l’astre autour duquel elles gravitent. Le nombre astronomique de leurs révolutions défie l’entendement. Comme

une armée de figurines d’une immense boîte à musique qui jamais ne s’arrêterait, les voilà tournant dans un jeu de perspectives entêtant jusqu’à la fascination.

Manifeste

L’instigateur de ce parcours de combattantes ne laisse aucune prise au hasard ni à l’improvisation. Avec cette pièce, Olivier Dubois signe un manifeste jalonné par deux réflexions : « La création comme dernier lieu de résistance, forcément désespérée, dont la traduction formelle est le principe de la marche »*, la seconde concevant « le corps comme masse ouvrière d’art ». La quête dénuée de mots de ce groupe de femmes en rébellion surprend : l’obstination dont elles font preuve dans l’exécution orchestrée de leur épuisement se


Danse – hautepierre

Je souhaiterais faire entendre le sombre hurlement de la Résistance

double d’un subtil mélange de bestialité et de distance. La composition métrique et mathématique de l’ensemble n’est pas sans rappeler les expérimentations géométriques de l’espace d’Odile Duboc ou d’Anne Teresa De Keersmaeker. Les matériaux métalliques froids et l’absence d’expressions du visage éloignent dans un premier temps de toute volupté et sensualité. L’effort se transmet, percute celui qui regarde, comme une vague inarrêtable. Et l’on se prend à guetter les changements d’attitude, les variations d’un cycle loin d’être réellement en boucles identiques.

Effraction

De subtils décalages déplacent l’ensemble à la métrique parfaite, créant autant d’effets de ralentis et d’accélérations. Un trouble cinétique étourdissant, mais tout en subtilité, envahit le plateau, troublant la vision au point de nous faire douter de ce que l’on voit, comme de ce Boléro dont l’on semble, enfin, distinguer les ritournelles. À moins que ce ne soit un effet de “déjà-vu”, mauvais tour de notre mémoire auditive. Le chorégraphe se plait à figer ses danseuses comme dans une galerie des glaces, rêve éveillé dans lequel le groupe se déforme et se retrouve, réalisant les canons d’une palette de mouvements répétitifs et pourtant incroyablement captivants. Une certaine solidarité les unit dans l’épreuve. Dans la détermination aussi. L’accélération

du rythme musical entraîne la sublimation des nouvelles phrases gestuelles. Les jambes, les têtes et les corps virevoltent. Les vrilles stoppées dans leur élan offrent l’occasion de sublimer l’expressivité de ces femmes mises à rude épreuve, symboles des ouvrières du sexe des peep-show ou de celles du réalisme socialiste. La barre toujours recherchée, immuable force verticale, devient l’axe de volte-face et d’esquives au nez et à la barbe d’invisibles ennemis. Qu’on ne s’y trompe pas : la métaphore sexuelle est envisageable (et envisagée), mais rapidement renvoyée à d’autres cieux par la beauté première de bras nus et de quelques épaules, traces de chair au milieu d’habits noirs en ouverture de spectacle. Les rondes circulaires et solitaires qui nous sont proposées forment une quête territoriale d’humanité dont la marche obstinée, silhouettes à l’oblique vers l’avant – simplement retenus par le balancement des bras vers l’arrière permettant aux mains de s’agripper pour contrebalancer l’irrésistible attraction terrestre – laisse libre cours à toutes les interprétations. Rien n’est tout à fait comme avant : l’uniformité a joué son rôle de révélateur des personnalités, le territoire arpenté en sillons réguliers dessiné une bataille d’identité, le corps poussé au bout de lui-même lancé un cri étranglé venant de l’intérieur.

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MUSIQUE

vacarme Entre rock acrobatique et transe technoïde, la musique physique d’Electric Electric galvanise son public et pulvérise les oreilles. Nouvel album éreintant et tournée transpirante.

Par Emmanuel Dosda Photos de Christophe Urbain

Discipline, co-production entre les labels Herzfeld, Kythibong, Africantape et Murailles Music www.electricelectric.fr À Strasbourg, au Molodoï, vendredi 5 octobre (avec Pneu et Ten Volt Shock) 03 88 22 10 07 www.molodoi.net À Mulhouse, au Noumatrouff, samedi 6 octobre (avec The Name et Orgasmic de TTC) 03 89 32 94 10 www.noumatrouff.fr À Metz, aux Trinitaires, vendredi 12 octobre (avec A Place To Bury Strangers, dans le cadre de Musiques Volantes) 03 87 20 03 03 www.lestrinitaires.com www.musiques-volantes.org

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G

zzzz ! Gzzzz ! Gzzzz ! La musique d’Electric Electric fait l’effet d’une colossale décharge que l’on se prendrait à la fois dans les tympans et dans l’estomac. Plus puissant que Django Django, Duran Duran ou même que Zombie Zombie, le groupe strasbourgeois est doublement électrique. Évoquant le rock noisesque de Sonic Youth, le post-punk strident de Public Image Limited, les brutalités kaléidoscopiques de Battles ou les dingueries électroniques de Dan Deacon, les Alsaciens pratiquent l’art de la compo sophistiquée et de la rythmique cassecou. Épileptiques, s’abstenir…  Coup de tonnerre en 2008 avec la sortie de Sad Cities Handclappers (sur le label strasbourgeois Herzfeld), album martial composé par le duo Éric Bentz (guitare et chant, aussi discret soit-il) et Vincent Redel (batterie). Des riffs de guitare électrique, des accords se répétant, une batterie martelant, une superposition de strates et des sonorités semblant venir d’Afrique (Bamako) pour un pur moment d’extase musicale. Ce disque foudroyant prend toute sa dimension en live où Vincent Robert (claviers et chant) vient porter

main forte au groupe dont il fait à présent partie intégrante. Selon Éric Bentz, leader, « le studio est une grotte, loin de tout, où l’espace-temps se dilate, tandis que les concerts sont des moments quasi-transcendantaux de vérité brute. » Discipline, second LP d’Electric Electric, fut enregistré (à trois) « comme on fait un film. J’arrive avec des boucles de guitares ou des idées rythmiques et nous travaillions à partir de ces rushes que nous montons ensemble, en confrontant nos avis. » Influencés par les expériences scientifiques de Stanley Milgram (de fausses décharges électriques administrées à des cobayes) ou les longs-métrages d’Andreï Tarkovski (« des objets hyper stimulants dans leur densité »), les onze titres de ce disque reflètent le contexte confus dans lequel nous évoluons. « Electric Electric existe en réaction au cynisme ambiant, à la déshumanisation rampante, à la standardisation qui gagne chaque recoin de nos vies. » Mélancolie et sueur, anarchie et rigueur, austérité et mysticisme… ce nouvel album, « mélange de chaos et de précision, colle à notre époque où la discipline est partout ».


THÉÂTRE – STRASBOURG

le poids des maux Qu’y a-t-il Dans les couloirs du monde ? Réponse dans une pièce grinçante de Christian Hahn oscillant sans cesse entre comédie et tragédie. Un duo clownesque doux-amer où défile toute l’(in)humanité.

Par Hervé Lévy Photos de Jean-Claude Durmeyer

À Strasbourg, au Taps Scala, du 24 au 26 octobre 03 88 34 10 36 www.taps.strasbourg.eu

I

ls sont deux sur scène. Deux étranges jumeaux, Luc Schillinger et Fréderic Solunto, et ont la semblance, avec leurs costumes et leurs bonnets de bain blancs, des spermatozoïdes dans Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander. Comme le film de Woody Allen, Dans les couloirs du monde est du reste construit sur une succession de saynètes. Auteur et metteur en scène de la pièce, Christian Hahn la résume en une phrase : « Les personnages évoquent le monde d’aujourd’hui, la difficulté de se rencontrer, les petits et les grands égoïsmes, les enjeux fondamentaux de nos sociétés, comme la peine de mort ou le trafic d’organes. » Extraordinairement complices, les deux acteurs qui avaient envie de travailler ensemble, seuls sur scène, depuis longtemps, font penser à Vladimir et Estragon, les vagabonds mystiques d’En attendant Godot… Mis à part que ces êtres sans nom (Homme 1 et Homme 2) venus d’on ne sait où sont puissamment connectés au réel, dressant un impitoyable état des lieux et nous envoyant leurs mots à la gueule, féroces aèdes contemporains qui « disent la dureté du monde » selon Luc Schillinger.

Fréderic Solunto renchérit : « Sans cesse sur le fil du rasoir entre comique et tragique, le burlesque et la cruauté, la pièce ressemble souvent à une variation philosophique grinçante sur l’absurdité de notre univers. » Dans ces couloirs du monde – figurés par un habile jeu de lumières dans une mise en scène minimaliste se déployant sur un plateau presque nu – on croise des personnages étranges : un surprenant trader, des hommes coiffés d’un voile (presque) intégral, un bourreau ou encore, en guise de fil rouge, des gens qui font la queue… Au cœur de ces sketches qui réalisent le grand écart entre l’intime et l’universel – mais « lorsque l’intime est juste n’est-il pas toujours universel ? » demande malicieusement Christian Hahn – se trouve un verbe virevoltant et multiple qui installe des univers très différents se succédant à très grande vitesse. Une existence est, par exemple, concentrée, de la naissance à la mort, en trois minutes. Les répliques fusent avec agilité, les mots enveloppent les maux, plongeant le spectateur hébété, hésitant entre rire et méditation, dans le flux et le reflux incessant de la vie.

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THÉÂTRE – BELFORT

si j’étais président Avec Le Président, le metteur en scène Michel Raskine explore l’univers féroce et grotesque de Thomas Bernhard, écrivain et dramaturge autrichien, fin observateur de l’âme humaine, qui cisèle ses mots avec une drôlerie désespérée.

enfant qu’elle croit coupable de l’attentat. L’ombre d’Œdipe plane et le fantôme d’un fils anarchiste, pourtant absent de la scène, torture les personnages, s’infiltrant insidieusement dans chaque pensée. Figure dominante et emblématique, il structure le texte de l’auteur.

Par Marie-Camille Chicaud

À Belfort au Granit , mardi 23 octobre et le mercredi 24 octobre 03 84 58 67 67 www.legranit.org

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u cœur d’un décor sommaire aux couleurs vives, les comédiens offrent l’image simple et radicale d’un couple qui se déchire. Dans ce théâtre monté comme une farce, Michel Raskine perce le cœur sensible des personnages et plonge au-delà des apparences. À la fois muse, inspiratrice et complice de longue date du metteur en scène, Marief Guittier lui a donné envie de monter Le Président. Accompagnée sur scène par Charlie Nelson qui incarne son mari et une troupe de marionnettes, il fait la satire d’un couple présidentiel cruel et attachant. Fraîchement rescapés d’un attentat qui a fait deux victimes (le colonel de la garde et le chien de la Présidente qui meurt d’une crise cardiaque), les hauts dignitaires déversent leur haine de la jeunesse (bien trop libérée) dans un flot de paroles sans fin. Mère d’un fils révolté, la Présidente est obsédée par l’idée d’avoir mis au monde un

La seule échappatoire possible pour fuir ce brouillard de confusion est de se réfugier au Portugal, loin de toute subversion. Et les rapports de force s’inversent, basculent. Omniprésente en début de pièce, la Présidente s’efface légèrement pour faire place à son mari, qui rencontre l’Actrice. Maîtresse soumise, pendue à ses lèvres, elle boit le récit de ses exploits, de ses triomphes et de ses qualités. Le texte, peu théâtral dans sa composition puisque essentiellement construit sur deux monologues, explore les ressorts du pouvoir, son abus, son écrasante supériorité et son leitmotiv, sans cesse scandé : « Ambition, haine et peur. Rien d’autre. » Après un premier regard porté sur les tyrans évoluant dans les sphères de la haine, de l’égoïsme et de la mesquinerie, le metteur en scène a souhaité mettre au jour la véritable identité de ces « blocs de faiblesse ». Il explore les parcelles de fragilité mêlées de désespoir, dissimulées derrière la colère et la puissance. Il y a l’inquiétude d’un père qui craint d’être assassiné par son fils, la terrible menace politique et la peur de la vengeance. Pour Michel Raskine, Thomas Bernhard est à la fois un auteur « effrayant et fascinant ». D’une main de maître, il met en scène deux personnages menant à la baguette un monde de marionnettes, de poupées et de pantins.


DOM JUAN 3 > 13 octobre 2012 de Molière Mise en scène Julie Brochen Nouvelle version avec les comédiens de la troupe du TNS

LES ESTIVANTS 19 > 26 octobre 2012 de Maxime Gorki Créé par tg STAN > Coproduction pour la version française (Belgique)

03 88 24 88 24 • www.tns.fr

Réagir sur le

b l o www.tns.fr/blog

Corot Camille

La nature et le rêve

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Camille Corot, Le Repos (Détail), 1860, Corcoran Gallery of Art, Washington, D.C.

29 septembre 2012 – 6 janvier 2013


EXPOSITION – BADEN-BADEN

frères d’art Si elles ne possèdent guère de parenté stylistique, les œuvres de Fernand Léger et d’Henri Laurens sont sous-tendues par un rapport au monde identique. Preuve en est donnée dans une passionnante exposition du Museum Frieder Burda où le peintre et le sculpteur français entretiennent un fécond dialogue en 80 pièces.

Par Hervé Lévy

À Baden-Baden, au Museum Frieder Burda, jusqu’au 4 novembre (en parallèle, au sous-sol, on découvre une passionnante “exposition studio” dédiée à Jean-Michel Othoniel) +49 72 21 398 980 www.museum-frieder-burda.de

D

irecteur de la Fondation Maeght entre 1969 et 2005, Jean-Louis Prat est un invité régulier du Museum Frieder Burda, puisqu’il pose ses valises tous les deux ans à Baden-Baden 1. Pour cette nouvelle exposition, celui qui avait été commissaire de la remarquable présentation centrée sur dix années fondamentales dans l’existence de Nicolas de Staël, (de 1945 à 1955)2, n’a pas choisi la facilité en faisant dialoguer Fernand Léger (1881-1955) et Henri Laurens (18851954). Si le rapprochement des œuvres de ce dernier avec celles de Georges Braque (18821963) apparaissait naturel3, les liens d’amitiés

puissants les unissant pouvant faire figure de dénominateur commun d’une présentation cohérente, il n’en va pas de même avec Léger qu’il a simplement côtoyé à La Ruche autour de 1910.

Une origine cubiste

La finesse de Jean-Louis Prat rend intelligible la confrontation entre le peintre et le sculpteur qui vécurent à la même époque et découvrirent le cubisme pratiquement en même temps. Dans les œuvres des années 1910, leur proximité stylistique est la plus forte, chacun ayant profondément intégré les bouleverse-

Henri Laurens, L’Automne, 1948 Centre Pompidou / Musée national d’ art moderne, Paris, © bpk / CNAC – MNAM / Adam Rzepka © VG Bild-Kunst, Bonn 2012

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ments induits par la modernité et l’apparition de la machine : les tubulures polychromes de Léger entrent alors en résonance avec les compositions aux angles et aux découpes nets de Laurens. Chez les deux créateurs, des éléments pris dans la réalité demeurent au centre de l’œuvre. Réalisés la même année – 1918 – L’Horloge de Léger et Compotier de raisins de Laurens utilisent des fragments identifiables, un cadran ou une grappe de raisin, fondus dans une composition géométrique. Cette parenté ne durera pas. Ce qui rapproche les deux hommes est la conclusion similaire tirée de l’expérience cubiste, non pas un jusqu’auboutisme abstrait, mais un retour vers une sorte de figuration, sans réelle ressemblance formelle entre eux, puisque jamais l’un ne traduit en peinture la sculpture de l’autre (et réciproquement) comme dans le jeu dialectique vertigineux existant entre Braque et Laurens. Au fil des décennies, ce parcours parallèle – du moins si l’on prend pour référent une géométrie non-euclidienne – se poursuit et l’exposition rend compte de cette dichotomie stylistique couplée à une étrange parenté intellectuelle. Datant tous deux de 1930, Composition I de Léger – où ses corps qui deviendront caractéristiques s’ébauchent, voisinant avec un matériau abstrait fait de signes – et Femme couchée de Laurens reflètent ce double constat : des humains en voie de glaciation avancée font face à des silhouettes fluides et étrangement déformées évoquant des statuettes votives bizarroïdes, héritage oublié d’une civilisation disparue, voire des idoles cycladiques que l’on aurait tordues.

Deux réflexions sur le corps

Dans les années 1950 ce processus de déformation est poussé encore plus loin : les bronzes de Laurens – comme Les Deux sœurs ou La Nuit – se jouent de toute anatomie, leur membres sont étirés, comme faits de caoutchouc, les cuisses et les seins, eux, évoquent souvent l’opulence d’une déesse mère nourricière et possèdent les lignes ondoyantes des sculptures africaines. Deux ans après ses emblématiques Constructeurs (1950), allégorie inspirée par la couverture d’un magazine de propagande soviétique, Fernand Léger est toujours hanté par une peinture où se mêlent les derniers soubresauts des modernes, désormais agonisants, et les canons d’un réalisme socialiste light au service de l’utopie d’un “art pour tous”. On le découvre dans Composition aux trois sœurs. Fascination pour ces

femmes charnues et charpentées au hiératisme glamour évoluant dans une zone improbable située entre la perfection des canons antiques et l’insupportable lourdeur de Botero. Ces corps rigides sont néanmoins pleins de vie. Ils ne sont pas ceux, gonflés d’ennui et d’aristocratique spleen, des Trois sœurs de Tchekhov, reliquats d’un monde disparu, englouti par cette « montagne qui avance » évoquée par un des personnages de la pièce, le Baron Nikolaï Lvovitch von Touzenbach. Une fleur, un enfant qui joue de l’accordéon… Les personnages de Léger, même un peu mélancoliques, se dirigent vers les horizons radieux du prolétariat triomphant qui ne se sont pas encore fracassés dans le mur de briques de la réalité. Ceux de Laurens, également irrigués par un fluide vital puissant, évoluent, quant à eux, dans un univers onirique, plus libres sans doute, plus intériorisés aussi. Comme si, à la fin de leur vie, les deux artistes avaient opéré leur grande divergence, l’un abandonnant définitivement, au profit du politique, le credo commun qui les unissait inconsciemment, l’autre persévérant jusqu’au bout dans la quête de l’émotion, même si ses connections avec la réalité deviennent de plus en plus lâches et lointaines.

Fernand Léger, Composition aux trois sœurs, 1952, Staatsgalerie Stuttgart © VG Bild-Kunst, Bonn 2012

1 On lui doit déjà l’exposition Chagall (2006), Les Peintres sculpteurs (2008) et la rétrospective Miró (2010) 2 À la Fondation Pierre Gianadda de Martigny (Suisse) du 18 juin au 21 novembre 2010 – www.gianadda.ch 3 Exposition présentée au Musée des Beaux-Arts de Lyon du 21 octobre 2005 au 30 janvier 2006 www.mba-lyon.fr

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PHOTOGRAPHIE – MULHOUSE

concordance des temps Pour l’exposition Temps satellites, Anne Immelé a réuni des photographies contemporaines et anciennes. Ces clichés explorent le temps qui passe… ou qui se fige dans une esthétique de l’instant, sous l’œil d’une dizaine d’artistes.

Par Dorothée Lachmann Photo ci-dessus de Ziegler, L'homme à la montre

À Mulhouse, au Musée des Beaux-Arts, jusqu’au 10 novembre 03 89 33 78 11 www.musees-mulhouse.fr

Grauerholz, Châteaux d'eau

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O

n peut entrer dans ces Temps satellites par n’importe quel chemin. Il est même conseillé de s’y promener en liberté. Pourtant, le point de départ de l’exposition se cache en réalité dans la petite salle du fond, au deuxième étage du Musée des Beaux-Arts de Mulhouse. La quasi obscurité qui règne dans cette pièce ajoute au mystère nimbant une œuvre discrète. Il faut s’approcher au plus près pour en distinguer l’intérêt. Se révèle alors un daguerréotype réalisé en 1841 par Henri Ziegler, conservé au Musée Historique de Mulhouse. Sur la plaque de cuivre miroitante, le motif ne se laisse pas saisir aisément et se cache parfois derrière le propre reflet du spectateur. « C’est une

image qu’on doit chercher, qui se mérite », sourit la commissaire de l’exposition, Anne Immelé. Ce portrait d’un jeune homme tenant une montre, dont les aiguilles n’ont pas bougé depuis un siècle et demi, apparaît comme une mise en abyme de la photographie, un moment suspendu.

Passé / Présent

Montrer comment ce daguerréotype résonne encore aujourd’hui, telle était l’idée d’Anne Immelé, elle-même photographe, lorsqu’elle a imaginé sa première exposition. On découvre ainsi le stupéfiant photo-collage de Fiona Rukschcio, dont le visage se superpose en séquences successives à celui du jeune homme saisi par Henri Ziegler. Autour de cette œuvre, la salle consacrée aux Portraits en écho procure une impression étrange, tant la présence de ces visages en plans rapprochés dégage de force et de pouvoir silencieux. Le diptyque réalisé par Suzanne Lafont, notamment, intrigue : que s’est-il passé lors de la prise de vue pour que ces traits androgynes changent d’un instant à l’autre ? D’ailleurs, lequel des deux clichés a-t-il été pris en premier ? Selon la réponse que l’on choisit, une autre histoire se dessine, en filigrane. Mystérieux encore, et presque glaçant, ce portrait proposé par Eric Nehr d’une jeune fille à ce point figée que le temps n’a plus de prise sur elle et que sa respiration s’est arrêtée à tout jamais à l’instant du cliché. Invitation à la contemplation, certes, mais on n’est pas mécontent de poursuivre la visite avec les


PHOTOGRAPHIE – MULHOUSE

photogrammes de Bernard Plossu, où cette fois l’esthétique du défilement nous emporte dans un voyage plein de vie. « L’artiste s’est amusé à prélever des images dans le film qu’il avait tourné pendant un trajet en train entre Lyon et La Ciotat, en hommage aux frères Lumière qui avaient filmé l’arrivée du train dans cette gare provençale », explique Anne Immelé. L’éphémère de la perception des paysages défilant par la fenêtre évoque autant d’images qui s’effacent de nos mémoires au fil de leur succession.

Intime / Universel

Poursuivant cette thématique de l’effacement, on s’attarde sur des photographies d’Auguste Bartholdi, prises lors d’un voyage en Égypte en 1855, troublantes en raison des formes fantomatiques flottant sur le paysage. Entre apparition et disparition, comme par magie. En fait, simplement l’habile utilisation d’un temps de pose très long… Et puisque nous voilà de nouveau au XIXe siècle, découvrons la salle dédiée aux paysages, où prennent place des tirages au charbon du Mulhousien Adolphe Braun. Ces vues de forêts alsaciennes, issues d’un travail de collecte, font

écho aux images contemporaines de François Deladerrière : laissant s’exprimer la monumentalité des arbres déracinés, il évoque une fascination pour la destruction, une puissante esthétique de la ruine, cruauté du temps qui passe. Mais l’artiste est aussi hypnotisé par le temps arrêté : sa série baptisée L’Illusion du tranquille glace à ce point l’instant que l’œil croit voir des tableaux. Le présent est finalement le temps que conjuguent le mieux les photographes, puisqu’ils le rendent parfaitement éternel. C’est ce que confirme le travail de la Québécoise Raymonde April : il se déploie sur les trois murs de la grande salle du musée, sous forme d’une constellation de photographies réalisées depuis trente années et inspirées de sa vie privée. Un déroulement autobiographique, au cœur duquel apparaît quelquefois le visage de l’artiste, qui raconte la fulgurance du présent, à travers des secondes fugaces, des objets, des silhouettes, des lieux. Sorte de chronique du quotidien, captation d’instants de vie, cet accrochage, impressionnant par son ampleur, relève de l’intime autant que de l’universel et chacun y entrera avec sa propre clef. En prenant le temps.

Cet accrochage relève de l'intime autant que de l'universel

April, Autoportrait au rideau

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oniricodanse Invités réguliers du Festspielhaus de Baden-Baden, John Neumeier et le prestigieux Ballet de Hambourg présentent cet automne deux chorégraphies placées sous le sceau de l’onirisme : la noirceur de Liliom fait écho aux enchantements du Songe d’une nuit d’été.

Par Hervé Lévy Photo de Holger Badekow (Liliom)

À Baden-Baden, au Festspielhaus, du 12 au 14 octobre (Liliom) et du 19 au 21 octobre (Songe d’une nuit d’été) +49 7221 3013 101 www.festspielhaus.de Workshop avec John Neumeier, dimanche 14 octobre à 11h www.hamburgballett.de

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urtout connu pour ses bandes originales de films – dont les immortels Parapluies de Cherbourg et les charmantes Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy – pour lesquelles il a reçu trois Oscars, Michel Legrand (né 1932), représentant d’une musique dite “légère”, n’était pas attendu dans une aventure chorégraphique autour de l’œuvre emblématique du dramaturge hongrois Ferenc Molnár. Liliom est en effet une pièce âpre et sarcastique. La partition qu’il a écrite est extraordinairement sombre : le jazz y rencontre avec bonheur le music-hall dans une histoire où Éros croise plus souvent Thanatos que Cupidon ! Cette confrontation improbable suscitée par John Neumeier, directeur du Ballet de Hambourg depuis 1973, génère une œuvre singulière créée en 2011 : si le texte original de 1909 prend les faubourgs de Budapest pour cadre, il se voit ici transposé au cœur de l’Amérique des années 1930, celle de la Grande dépression, où un homme (incarné par l’extraordinaire et charismatique Carsten Jung) se voit donner une seconde chance en revenant une journée sur terre après sa mort.

L’autre pièce présentée à Baden-Baden est devenue une des légendes du répertoire. Créée en 1977, elle prend pour fondement le célèbre Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, un auteur qui l'a souvent inspiré (Amleth, pour le Ballet Royal du Danemark, en 1985, par exemple). Dans une atmosphère magique évoluent des couples d’amoureux sur fond de jalousies et de joies mêlées au cours d’une nuit ensorcelante qui a la semblance d’un rêve. Pour cette chorégraphie, entre classicisme et modernisme, sont utilisées des musiques de Felix Mendelssohn (avec des extraits de l’œuvre éponyme et d'ouvertures), les sonorités électroniques contemporaines de György Ligeti ainsi qu’un orgue de barbarie, chacune s’adaptant à un des trois univers qui se déploient dans l’œuvre : rêve, réalité et théâtre. Au milieu des elfes (et autres créatures fantastiques), des hommes et des femmes, John Neumeier développe son exigeante conception de la danse puisqu’il « utilise le corps humain comme un instrument, le faisant évoluer dans un ensemble organisé pour l’élever à un niveau métaphysique ou spirituel et atteindre une dimension surhumaine ».


Ernst Ludwig Kirchner, Waldinneres mit rosa Vordergrung (détail), 1913/1920, Huile sur toile, 121 × 91,5 cm, Collection Würth, Inv. 4393 / Photo : Volker Naumann, Schönaich Toutes les activités du Musée Würth France Erstein sont des projets de Würth France S.A.

Letipraertager

Flamenco

entre silence et lumière

© Muriel Mairet

Du 9 octobre au 17 novembre 2012

Sud Ma, Je et Ve : 13h - 19h / Me et Sa : 9h - 17h 9, allée François Mitterrand - Illkirch Graffenstaden Tél : 03 90 40 64 90

www.mediatheques-cus.fr

Exposition - Concert dansé Ateliers - Conférence Projection/Rencontre


JEUNE PUBLIC

art brut(e) À l’heure de la surabondance des produits manufacturés, Pierre Meunier a voulu rendre hommage à la matière brute en interpellant son public sur l’origine des objets qui nous entourent. Il crée Molin-Molette, pièce pour enfants aux allures de conte philosophique. Par Charlotte Staub Photos de Monika Jeziorowka

À Bethoncourt, à L’Arche, du 15 au 18 octobre 03 81 91 37 11 www.mascenenationale.com À Strasbourg, au TJP, du 12 au 18 novembre 03 88 35 70 10 www.tjp-strasbourg.com À Lunéville, à La Méridienne, du 26 au 27 mars 2013 03 83 76 48 70 www.lameridienne-luneville.fr

«C

ette attraction pour la matière est clairement liée à un manque. Aujourd’hui, nous n’avons aucune connaissance des étapes de fabrication des objets usuels, nous ne voyons plus rien » confie Pierre Meunier pour expliquer sa relation quasi-viscérale à la matière première. L’homme de théâtre, guidé par une curiosité pour la substance brute, invente des spectacles mettant en jeu des machines et des matériaux divers qu’il considère comme de véritables partenaires des comédiens sur scène. Molin-Molette est le dernier-né de l’imagination du metteur en scène et son premier spectacle destiné au jeune public. C’est en observant l’intérêt des enfants pour les mouvements, la musique et l’étrangeté, en constatant le pouvoir de suggestion inhérent à la matière que l’idée d’une forme théâtrale pour les petits lui est venue. Une attention qu’il met en rapport avec la disparition, dans leur quotidien, de tout contact sensible avec elle. La pièce narre l’histoire d’un couple de chercheurs qui élève des ressorts et fabrique du silence. Leurs tentatives de maîtriser ces deux entités se heurtent rapidement à l’indiscipline croissante de la matière linguistique.

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« Aujourd’hui, les enfants ne s’amusent plus avec la terre, le sable ou le bois, idem pour le langage. C’est un âge où on leur apprend à bien parler et se tenir, à maîtriser l’orthographe et la grammaire. On les sanctionne pour la moindre faute, une simple tache sur leur vêtement. Je voulais les voir jouer, ébranler les cadres de l’école, bien trop restrictifs pour l’imaginaire » explique Pierre Meunier. Il décrit la pièce comme «  une anarchie joyeuse », qui provoque de curieuses réactions : « J’ai assisté à des explosions de joie, de grands silences et des moments de folie, observant, par exemple, une classe entière rebondir comme les ressorts de la pièce. C’était quelque chose de très vibrionnant » s’amuse-t-il. Ce travail se nourrit d’un chantier préalable sur le langage aboutissant à un premier spectacle pour un public adulte. « Ce qui change avec les enfants, c’est le texte, qui doit être plus abordable. La mise en scène n’est pas différente », explique l’auteur. Loin d’être un rebelle au poing levé, il cherche toujours à délivrer un message, tout en sousentendus. « Mes spectacles sont une mise en garde, il ne faut pas faire le malin avec les forces de la Nature. »


coucou suisse Depuis un quart de siècle, le Zurichois Peter Rinderknecht enchante les enfants et leurs parents avec des spectacles qui sont autant de petits bijoux d’inventivité. Pour Portofino-Ballade, il crée un univers entier à l’intérieur de sa contrebasse.

Par Dorothée Lachmann Photo de Christian Altorfer

À Forbach, au Carreau, mardi 16 et mercredi 17 octobre 03 87 84 64 34 www.carreau-forbach.com À Sarrebruck, au Theater Überzwerg, vendredi 19 octobre +49 681 958 2830 www.ueberzwerg.de À Besançon, à la Scène nationale, du 8 au 11 janvier 2013 03 81 87 81 97 www.scenenationaledebesancon.fr

«I

l faut estimer les enfants. Je crois qu’ils savent tout, parce que comprendre, ça ne se passe pas seulement dans la tête », affirme celui qui, de toute évidence, ne s’est jamais résolu à devenir une grande personne. Peter Rinderknecht promène de par le monde son Théâtre en gros et en détail, soucieux de communiquer avec ses jeunes spectateurs par le biais de l’émotion. Mais pas seulement, puisqu’il compte à son répertoire cinq versions de PortofinoBallade dans différentes langues. En français, l’accent suisse allemand ajoute au charme de sa dégaine de savant fou en queue-de-pie. Comédien hors pair, il s’improvise musicien d’entrée de jeu, caressant le temps de quelques airs les cordes de sa contrebasse. Mais certains phénomènes étranges vont contrarier le concert à peine entamé. Une vie bouillonnante, cachée à l’intérieur de l’instrument, ne demande qu’à jaillir au grand jour. Et c’est précisément ce qui se produit lorsque des trappes, des portes, des tiroirs s’ouvrent dans cette caisse de résonance magique. Même les spectateurs de plus de sept ans n’en croient pas leurs yeux ! L’univers miniature qui se dévoile alors est un joyau d’ingéniosité : dans cet extraordinaire

appartement contenu dans le ventre de l’instrument, rien ne manque : ni la lampe microscopique qui s’allume vraiment, ni la machine à expresso. Ce petit monde est habité par deux coucous, père et fils, clin d’œil aux horloges suisses. Devenus personnages humains, ils révèlent leurs relations compliquées, le fils adolescent ne voulant à aucun prix suivre les traces de son père, qui nourrit pour lui de grandes ambitions et souhaite qu’il reprenne le flambeau familial en piaillant un “coucou” à chaque heure du jour. Puisque les deux protagonistes n’arrivent pas à dialoguer, ils vont donc se rejoindre sur le chemin des rêves. Comme par enchantement, les voici emportés dans un imaginaire où la vie est beaucoup plus simple. C’est vers l’Italie que le fils entraîne le père, pour des vacances en tête-à-tête à Portofino, au bord de la mer. Là-bas, « quand il fait jour, on a du temps ensemble, et quand il fait nuit, on peut dormir jusqu’à midi ». La relation s’apaise, le fils tente de prendre son envol : pas si évident, pour un coucou d’horloge ! Le père, impuissant à l’aider, va du moins lui donner l’élan : « Si j’étais un hélicoptère, je volerais, volerais, volerais et te transporterais dans le fond. Mais je ne suis pas un hélicoptère et je ne vole pas, alors je t’emmène dans mon cœur. » Poly 152 Octobre 12

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JEUNE PUBLIC – STRASBOURG

le trash est dit Le Chant du bouc, présenté par la Compagnie à, propose trois histoires comiques à la sauce aigredouce : des tragédies minuscules et universelles qui décortiquent le genre humain. À voir au TJP.

Par Marie-Camille Chicaud Photo de Jeff Rabillon

À Strasbourg, au TJP, du 18 au 20 octobre 03 88 35 70 10 www.tjp-strasbourg.com

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U

ne piquante citation de Beckett, « Le rire, seule façon de supporter l’existence », pourrait résumer la pièce, burlesque et poétique à la fois. Entre sérieux et légèreté, la troupe traverse avec dextérité la fragile frontière séparant rires et larmes. Devant un grand rideau rouge, symbole par excellence du théâtre et du cabaret, la compagnie traite de faits tristement humains. Rencontrée lors d’une répétition, Dorothée Saysombat confie : « La question de la tragédie et la manière de l’aborder de façon contemporaine ont guidé notre travail et ont eu des répercussions sur nos recherches scéniques ». Le spectacle, monté par la comédienne et Nicolas Alline (accompagnés de Jacques Templeraud et du musicien Nicolas Gallard) aborde le thème du bouc émissaire, figure emblématique du héros tragique, image même de la victime et du sacrifice. Et d’ajouter « la musique, les chœurs ont aussi un rôle à jouer et nous avons réfléchi à la manière de les intégrer au sein de ces petits drames ». Jouée en direct, elle apporte une

tension constante à l’ensemble de la pièce. Alors comment une simple love story entre un chien et un bouc peut-elle bouleverser l’ordre du voisinage entier ? L’arrivée d’un marginal (vivant dans une caravane avec un bouc) ébranle la routine bien huilée des deux autres personnages. Et ce grain de sable déchaîne les passions. Les comédiens abordent des sujets graves : la victimisation, la jalousie, la vengeance, la haine, le meurtre. Le Chant du bouc révèle la richesse du jeu des acteurs. Sans parole, ils manient des objets, racontent une histoire et créent une complicité avec le public. Soucieuse de proposer plusieurs approches, Dorothée évoque le théâtre d’objets : « En utilisant des produits manufacturés, nous pouvons jouer sur les rapports au monde des personnages, qui se sentent parfois prisonniers, trop gauches ou maladroits. Nous aimons travailler sur ce jeu constant d’échelle et cette logique de distanciation.» À la manière d’une équipe de tournage, les comédiens miment des drames quotidiens, ou comment faire bouillir un sachet de thé indien devient un acte d’une barbarie intolérable. Ils utilisent à vue tous les accessoires qui leur permettent de construire l’intrigue : décor, bruitages et jeux d’éclairages. Les trois tables amovibles de la première saynète pourraient symboliser au mieux ce rapport des personnages aux choses. Évoluant en fonction des situations (bonne entente, conflit, conspiration) et des états d’âme de chacun (solitude, jalousie, convoitise), les meubles se rapprochent, s’isolent, se mettent en cercle et font appel aux métaphores. La comédienne conclut dans un sourire : « C’est une pièce qui touche l’imaginaire du spectateur, donnant à voir la banalité de petits drames sous un autre jour. Ce qui atteint profondément l’un, peut ne pas toucher l’autre. »


C D E 12 /13 09.10 – 26.10 Emily Loizeau

Mothers and tigers Vendredi 26 octobre I 20h30 Salle des Fêtes

John McLaughlin and the 4th Dimension tour Mercredi 31 octobre I 20h30 Salle des Fêtes

Les Nuits Européennes 2012

Taraf de Haïdouks et Kocani Orkestar

Fanfares balkaniques Vendredi 12 octobre I 20h30 I Salle des Fêtes

Flavia Coelho - El Hijo de la Cumbia

Brésil et Argentine Samedi 13 octobre I 20h30 I Salle des Fêtes Placement libre assis-debout I Placement assis non-garanti

Maître Puntila et son valet Matti Voici Maître Puntila, au caractère ambigu et imprévisible et dont l’alcoolisme transforme singulièrement la personnalité. Ivre, il devient prodigue, affable, proche des travailleurs. Sobre, il est méprisant, calculateur. Son valet Matti, dont l’intelligence et l’esprit de liberté donnent à son langage une grande saveur comique et ironique, s’émancipera. Le rire fait ici politiquement mouche !

De Bertolt Brecht Mise en scène Guy Pierre Couleau

Cabaret New Burlesque

2012 l 2013

Cabaret I Strip-tease Vendredi 30 novembre et samedi 1er décembre I 20h30 Salle des Fêtes

L’Échappée Belle Réservations et abonnements au 03 88 83 84 85

et sur www.ville-schiltigheim.fr

Une création de la Comédie De l’Est Centre dramatique national d’Alsace

Comédie De l’Est Centre dramatique national d’Alsace Direction : Guy Pierre Couleau

Avec : Pierre Alain Chapuis Luc Antoine Diquero Sébastien Desjours François Kergourlay Nolwenn Korbell Pauline Ribat Rainer Sievert Fanny Sintès Serge Tranvouez Jessica Vedel Clémentine Verdier

Réservation : 03 89 24 31 78 www.comedie-est.com 6 route d’Ingersheim 68027 Colmar


un regard

incidents / dystopie #2 de vincent debanne Par Irina Schrag

Utopie / Dystopie, au MaillonWacken (Strasbourg), du 19 octobre au 2 décembre www.la-chambre.org www.vincentdebanne.fr

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Préfecture de Seine-Saint-Denis. 2009. Banlieue désertée, vaisseau amiral de l’ordre étatique en feu. L’attaque n’a pas laissée de traces, l’émeute demeure invisible, les insurgés planqués et les forces de l’ordre aux abonnées absents. Nous sommes pourtant loin de Benghazi et de sa guérilla urbaine, révolutionnaires contre militaires. Le photographe Vincent Debanne monte ses clichés

par couches et ajouts, créant des atmosphères proches d’un chaos tranquille. Temps-mort, entre-deux nous laissant tout loisir de songer à ce qu’il va advenir, après. Assaut ? Réplique ? Explosion ? Invasion ? Marée humaine en liesse ? Ainsi débute et grossit la rumeur du changement… 


l'illustrateur

mathieu clauss Bac scientifique dans la sacoche, Mathieu se prédestine à une carrière de chercheur émérite. Il fréquente l’Université de biologie à Strasbourg… mais le cœur n’y est pas. Seule source d’excitation, les croquis d’observation qu’il repensera, en 2006, avec une approche bien différente à l’Institut supérieur des Arts

appliqués de Strasbourg. Aujourd’hui, en parallèle de son métier de graphiste indépendant, Mathieu Clauss dissèque formes organiques et géométries imparfaites, propres à l’univers cellulaire. La boucle est bouclée. www.mathieuclauss.com

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au pays des trois frontières Entre Alsace, Lorraine et Franche-Comté voilà une promenade passant par deux Ballons, où la grande Histoire part à la rencontre de quelques destinées individuelles oubliées et parfois surprenantes.

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PROMENADE

Par Hervé Lévy Photos de Stéphane Louis pour Poly  tatue de Jeanne d'Arc au S Ballon d'Alsace

C’

est à une poignée de kilomètres du mythique Théâtre du Peuple de Bussang (fondé en 1895 par Maurice Pottecher) 1 que débute cette randonnée, devant l’ancienne gare de Saint-Mauricesur-Moselle, commune de 1 700 âmes dont les habitants sont comiquement appelés les Frémis. Lorsque les Bussenets 2 venaient à l’office chez leurs voisins, ils apportaient en effet leur repas, mangé entre Messe et Vêpres sur un terrain rempli de fourmilières. D’où l’expression : « On va chez les fourmis » dont la transposition dialectale est “frémi”.

Les Gouttes

1 « Un théâtre qui fût accessible à tous, au peuple entier sans exclusion de caste ni de fortune, et qui pût intéresser tous ceux, d’esprit même très divers, qu’il réunirait sur ses gradins » selon son fondateur. Pour un dossier complet sur l’endroit, consulter Poly n°127 ou www.poly.fr 2 Habitants de Bussang 3 www.tourismevosges.fr 4 Plusieurs bornes marquant l’ancienne frontière restent visibles. Elles sont aisément reconnaissables puisqu’on peut encore y lire, à demi effacées, les lettres F (France) et D (Deutschland)

Après avoir longé le charmant étang de Presles, bordé de bancs de ciment rongés par la végétation qui évoquent curieusement une banlieue middle class américaine des années 1960, le chemin se met à grimper au milieu des “gouttes du ballon”, des « stades intermédiaires entre la source et le petit ruisseau » pour reprendre la définition obligeamment fournie par un guide édité par le Comité départemental du tourisme des Vosges3. L’eau cascade, joyeuse et souriante, au milieu de troncs moussus et des champs de trèfles qui ont la luxuriance des plantes poussant dans des zones à la pluviométrie abondante. La forêt est magnifique, même si les stigmates de la tempête Lothar de 1999 sont encore bien présents, donnant l’impression que : « les arbres poussent à l’envers. » Pas faux. La grimpette se fait rude

sur le Sentier de l’if jusqu’au Ballon de Servance, situé à la limite entre Vosges et HauteSaône. Hérissé d’antennes – son sommet est un terrain militaire – l’endroit demeure un des ultimes refuges du très protégé grand tétras. De fascinants panneaux indicateurs pointent la Chapelle de Ronchamp (7h30, tout de même) ou la Planche des belles filles (où Bradley Wiggins prit le Maillot jaune sur le Tour 2012). Bien avant le sommet, nous croisons une étrange stèle tristement appuyée sur les débris d’un réacteur rappelant qu’une catastrophe aérienne s’est déroulée ici en 1963 : deux jeunes pilotes américains, William Evans (24 ans) et William Whittington (25 ans), se sont écrasés en raison du mauvais temps « pendant la guerre froide, pour la liberté » est-il précisé. Jaillissent soudain des images venues du passé : l’échange des espions sur le pont de Glienicke, des agents doubles ou triples, des missions d’observation secrètes de la Pologne… 

Le Ballon

La descente vers le col du Luthier est herbeuse et molle. Le temps est devenu sombre, des gouttes éparses tombent, velléitaires, de nuages déployant toute une palette de gris. De plus en plus spongieux, le sentier reprend son ascension vers le Ballon d’Alsace situé à 1 247 mètres d’altitude : sur une portion agressive du chemin, raide et boueuse où sont visiblement passés des engins de débardage il y a peu, la marche n’est guère agréable…

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PROMENADE

Heureusement, cela ne dure pas. Juste avant le sommet, nous sommes accueillis par l’imposant monument rendant hommage aux démineurs que l’on retrouve sur un timbre de 1975 d’une valeur faciale de 70 centimes. Inauguré en 1952, il a été sculpté par Joseph Rivière et représente un homme projeté en l’air par une explosion. Son corps est maintenu par trois flèches de pierre de près de 11 mètres de haut symbolisant l’allumeur à pression de la mine allemande à shrapnels S.Mi. 35, la plus meurtrière de toutes. Des restes d’anciennes tranchées viennent aussi rappeler que l’endroit, alors situé sur la frontière entre France et Allemagne4, fut transformé en forteresse entre 1914 et 1918, même s’il n’y eut pas de combats. Malgré un vent à les décorner, de paisibles vaches broutent l’herbe des chaumes à côté de splendides chevaux et d’un âne au regard moqueur. D’autres espèces, plus rares, peuplent ces lieux comme la nocturne chouette de Tengmalm qui loge dans les cavités des arbres. Dans le registre statuaire, mentionnons également Notre-Dame du Ballon, une Vierge polychrome de bronze érigée, en guise d’exvoto, en 1860 par Joseph Grisward pour remercier le Ciel d’être sorti sauf d’une tempête de neige et une représentation équestre et hiératique de Jeanne d’Arc signée Mathurin Moreau qui manifestait, en 1909, l’attachement de la France aux territoires perdus après 1871… qu’elle regarde, belliqueuse. Là-haut, on ne peut que penser aux mots d’un touriste de 1770, le Marquis de Pezay : « Le voyageur qui parvient au sommet met un pied sur l’Alsace, l’autre sur la Lorraine et étend un bras sur la Franche-Comté. Son œil se perd avant que l’horizon se termine. Méditant, en extase, ravi de ce tableau et nécessairement exalté, celui qui pour la première fois l’admire, s’enivrant du plaisir de la vue, ne craint que la nuit dont il sent que l’heure approche. » Dommage que l’endroit soit (très) fréquenté par des groupes de touristes venus, par grappes, en bus et que des établissements – entre snacks basiques et boutiques de souvenirs cheap – aient poussé comme des champignons vénéneux. Triste destinée contemporaine des sites naturels métamorphosés en luna-parks… La descente se fait au crépuscule, dans les pâturages : raide et pénible, elle casse les genoux, mais la vue à couper le souffle qu’offre le chemin qui serpente entre de placides bovins, atténue la douleur physique et la tristesse de retourner vers la vallée et le quotidien…  70

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PROMENADE

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Mulhouse 50km

SAINT-MAURICESUR-MOSELLE

séance de rattrapage Vous avez manqué le très beau spectacle estival du Théâtre du Peuple de Bussang, Caillasses (voir www.poly.fr) ? Il est possible de revoir cette création signée Laurent Gaudé (il avait obtenu le Prix Goncourt pour Le Soleil des Scorta en 2004) et Vincent Goethals (mise en scène) à l’Opéra-Théâtre de Metz. Dans cette production d’une épopée contemporaine évoquant une terre occupée depuis plusieurs générations et sa population divisée entre ceux qui sont restés et les exilés, des amateurs messins remplaceront leurs collègues bussenets. Pour ce faire, ils ont suivi une formation et sont venus “en résidence” à Bussang cet été… Voilà la belle première pierre d’une collaboration appelée à se prolonger, dans les années à venir, entre les deux institutions. À Metz (57), à l’Opéra-Théâtre, vendredi 12 et samedi 13 octobre 03 87 15 60 60 – www.opera.metzmetropole.fr

le versailles vosgien

Étang de Presles

n allo uB sd tte ou sG Le

© Éric Legrand

Épinal 57km

Ballon de Servance 1216m

1407m

La Jumenterie

Col du Luthier 1159m

Col de Stalon 958m

Monument des Démineurs

Ballon d’Alsace 1247m

Tête de la Grande Goutte 1108m

Belfort 40km

Les trois régions Départ Saint-Maurice-sur-Moselle, place de l'ancienne gare Distance 16 km Temps estimé 6 h 30 Dénivelé 1 300 m Situé à une vingtaine de kilomètres du point de départ de cette promenade, le village de Saulxures-sur-Moselotte abrite un joyau bâti dans les années 1850 sur les plans de l’architecte Charles Perron. C’est l’âge d’or du textile dans la région, les filatures se multiplient et font d’immenses profits : la veuve d’un des industriels les plus prospères de la région, Elisabeth Géhin décide de faire construire un fastueux château dans le style Louis XV, chargeant les meilleurs artisans et des artistes prestigieux de la décoration. Les grilles, par exemple, imitaient celles de la place Stanislas de Nancy et quatre statues – figurant les quatre saisons – de Georges Clère, un élève de François Rude, ornent la façade. Abandonné depuis 1972, l’endroit est en piteux état : les toitures sont partiellement effondrées, les planchers n’ont pas résisté… Sa destinée, aujourd’hui est des plus hasardeuses et malgré une mobilisation – notamment sur Internet – il est en train de tomber dans l’oubli, dans l’indifférence presque générale !

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HÔTELS

l’esprit des lieux Dans un bâtiment historique situé au cœur de la Petite France sont nichées 22 chambres et suites ainsi qu’un charmant spa. Ouvert au mois de juillet 2012, Le Bouclier d’or s’est déjà imposé comme une adresse incontournable à Strasbourg.

Par Hervé Lévy

Le Bouclier d’or se trouve 1 rue du Bouclier à Strasbourg Chambres de 190 à 440 € 03 88 13 73 55 www.lebouclierdor.com

A

ujourd’hui, l’hôtellerie de luxe pâtit de deux maux majeurs, une uniformisation dommageable – qui fait qu’on ne sait plus si on est à Helsinki, Shanghai ou Bâle – et une pesante tendance au lounge où se mêlent références patrimoniales mal digérées et kitsch international. Rien de tel au Bouclier d’or à la personnalité affirmée. Lorsque Denis Jung découvre l’endroit, en juillet 2009 «  c’est un véritable coup de foudre ». Il achète le bâtiment en 2010, alors en piteux état, avec l’idée « de le rénover en restaurant sa splendeur d’antan et en respectant sa longue histoire ». Le pari est réussi, puisqu’il a su créer, avec son épouse, un havre d’élégance feutrée dont le luxe se déploie avec délicatesse dans trois ailes d’époques différentes, la plus ancienne étant datée de 1552, la plus récente des années 1900. Accueillis, dans la pièce où sont servis les petits déjeuners, par un papier peint panoramique de la manufacture Zuber (installée à Rixheim depuis 1797), nous sommes immédiatement sous le charme de cet établissement quatre étoiles. Toutes différentes – et de grande taille – les chambres sont meublées avec un goût exquis,

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sans ostentation : armoires polychromes, meubles Renaissance, fines gravures… Ces pièces, toutes authentiques, ornent des espaces d’une belle sobriété où boiseries, planchers et poutres apparentes sont magnifiés. Chaque chambre distille ainsi sa propre atmosphère et l’on découvre, ici, une colonne polychrome d’un gothique flamboyant (« retrouvée, par hasard, en cassant un coffrage qui n’était pas d’origine ») et, là, des fresques du XVIe siècle rénovées avec douceur, très loin du clinquant trop souvent de mise. Lorsqu’il parle de ce patrimoine mis à la disposition du client, Denis Jung a le regard qui pétille, celui du passionné. Seule touche ultra-contemporaine (outre d’immenses écrans plats) dans cet espace où la tradition est reine, un spa très réussi de 130 m2, le premier au centre ville, installé dans une superbe cave voutée. Avis aux amateurs : on peut aussi profiter de ses bienfaits sans être client de l’hôtel. Au Bouclier d’or, Déborah et Denis Jung ont imaginé un univers précieux où souffle l’esprit… qui a même donné à un vieux Strasbourgeois l’envie de passer un week-end à quelques encablures de chez lui. C’est dire.


où trouver www.poly.fr – prochaine parution le 8 novembre

Les lieux référents (plus de 120 exemplaires) Bas-Rhin

Strasbourg La Boutique Culture, CG67, Cinéma L'Odyssée, Graphigro, Restaurant la Victoire, CUS, Région Alsace, Pôle Sud Oberhausbergen PréO Haguenau Médiathèque, Théâtre, Mairie Sélestat Frac Alsace, Mairie Schiltigheim Mairie, École de Musique, Le Cheval Blanc Illkirch L’Illiade Bischwiller MAC

Haut-Rhin

Colmar Le Poussin Vert, CG68, Cinéma Colisée

Illzach Espace 110 Kingersheim Espace Tival Mulhouse Cinéma Bel Air, Mairie, Filature SaintLouis Mairie, Musée Fernet Branca

Franche-Comté

Belfort Centre chorégraphique Montbéliard MA Scène nationale, Hôtel de Sponeck

Lorraine

Forbach Le Carreau Metz Opéra théâtre de Metz Métropole La Philharmonie – Luxembourg www.philharmonie.lu

Les lieux de diffusion ++ Bas-Rhin

Bischheim Mairie, Centre Culturel, Salle du Cercle, Bibliothèque (Cour des Bœcklin) Haguenau École de Musique, Musée Historique, Relais Culturel Hœnheim Mairie Illkirch Mairie Lingolsheim Mairie Obernai Espace Athic Ostwald Mairie, Château de l'Île, Le Point d'Eau Sélestat ACA Saverne Rohan Schiltigheim Ferme Linck Strasbourg Arte, CIRDD, Espace Insight, FEC, La Choucrouterie, L'Artichaut, Le Kafteur, Lisaa, La Maison des Associations, Stimultania, Strasbourg Événements, 3 magasins Bemac Mésange, Neuhof & St Nicolas, Café Broglie, Snack Michel, Trolleybus, Archives de la Ville de Strasbourg et de la CUS, CEAAC, CRDP, Restaurant Chez Yvonne, Cinéma Star St Éxupéry, IUFM, Afges, Électricité de Strasbourg, MAMCS, TJP Petite Scène et Grande Scène, Espace avenir de l'Université de Strasbourg, CCI de Strasbourg, La Laiterie, les Taps Gare et Scala, Pôle Sud, Le Vaisseau, l'École d'Architecture de Strasbourg, Fnac, BNU, Bibliothèques du Neudorf, Hautepierre, Kuhn, Meinau & de Cronenbourg, Creps Cube Noir, Le Maillon, l'Opéra National du Rhin, l'École supérieure des Arts décoratifs, Le Théâtre national de Strasbourg Vendenheim Mairie

Haut-Rhin

Altkirch Crac Alsace Cernay Espace Grün, École de musique Colmar Hiéro Colmar, Lézard, Le Grillen, Civa, Bibliothèque Municipale, Musée d'Unterlinden, Fnac, École de musique, Comédie de l’Est, Théâtre municipal, Espace Malraux, Mairie Guebwiller Les Dominicains de Haute-Alsace, IEAC Huningue Triangle Kembs Espace Rhénan Kingersheim Créa Mulhouse Société Industrielle, Quartz, La Filature, Bibliothèque, Médiathèque, Musée des Beaux Arts, École Le Quai, CCI, Kunsthalle, Théâtre de la Sinne, Musée de l'Impression sur Étoffes, La Vitrine, École de

Focus

danse Ribeauvillé Salle du Parc Rixheim La Passerelle Saint-Louis Théâtre de la Coupole, Médiathèque Thann Relais Culturel

Franche-Comté

Belfort Mairie, Le Granit, Tour 46, Médiathèque, CNCFC, École d’art Gérard Jacot Bourogne Espace Multimédia Gantner Montbéliard Le 19, Le Château (Musée), Les Bains, Médiathèque, La Maison d’Agglomération

Arte – Strasbourg www.arte.tv/fr

Lorraine

Forbach Office de tourisme, Mairie, Le Carreau, Le Castel Coucou, Restaurants Le Carré mauve, le Loungo, Studio Café Lunéville Mairie, Théâtre La Méridienne Meisenthal CIAV, Cadhame, Musée du Verre et du Cristal Metz L'Arsenal, Les Trinitaires, le FRAC Lorraine, Ville de Metz, Médiathèques : Pontiffroy, Sablon et Jean-Macé à Borny, Bibliothèques : Bellecroix, Magny, Patrotte, Musée de La Cour d'or Nancy Théâtre de la Manufacture, la Médiathèque de la Manufacture, l'Opéra national de Lorraine, Mairie, Musée des Beaux-Arts de Nancy, Bibliothèque Stanislas Phalsbourg Mairie, OT, Musées Saint Louis les Bitche Cristallerie Sarreguemines Mairie, Office de tourisme, Musée de la faience, Jardin des faienciers et moulin Blies, Restaurant café concert le “Terminus” Thionville Théâtre en Bois (NEST), Mairie, Bibliothèque municipale, L'Adagio, Centre Jacques Brel

Opéra théâtre de Metz Métropole – Metz www.opera.metzmetropole.fr

Luxembourg

Luxembourg la Philharmonie, le Casino, l'Abbaye de Neumünster, Musée National d'Histoire et d'Art du Luxembourg, MUDAM

Musée de l'Impression sur Étoffes – Mulhouse www.musee-impression.com

Et dans plus de 100 autres lieux (bars, restaurants, magasins…)

Les lieux de lecture c Les salles d’attente des Hôpitaux

c 40 cabinets médicaux et dentaires

Universitaires de Strasbourg, Mulhouse, Montbéliard, Metz c 70 bars c 50 restaurants c 60 salons de coiffure

Si vous souhaitez vous aussi devenir un lieu de diffusion pour Poly, n’hésitez pas à nous en faire la demande. Contact : diffusion@bkn.fr

École d’art Gérard Jacot – Belfort www.ecole-art-belfort.fr


gastronomie

cuisine de lumière Un restaurant et deux ambiances : raffinement de salons particuliers ressemblant à des boudoirs ou contemporanéité revendiquée d’un espace revisitant la “cuisine bistrot”. Avec Thierry Schwartz aux commandes, le 1741, ouvert il y a quelques mois, crée le buzz.

Par Hervé Lévy Photos de Stéphane Louis pour Poly

Le 1741 se trouve 22 quai des Bateliers à Strasbourg. Restaurant ouvert tous les jours. Formule à 37 € (le midi, du lundi au samedi) et 57 € (le soir et dimanche midi) dans La Cuisine de Thierry, menus de 57 à 97 € dans les Espaces boudoirs 03 88 35 50 50 – www.1741.fr

1 Au Bistro des Saveurs à Obernai 03 88 49 90 41 2 Race bovine d’origine britannique dont la viande est particulièrement fine

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nspiré des grands hôtels particuliers parisiens du XVIIIe siècle, le Palais Rohan, merveille classique dont les lignes oscillent entre sobriété et majesté fut achevé en… 1741. C’est le nom choisi par le restaurateur Cédric Moulot pour un nouveau lieu « intimiste et sensuel » situé juste en face de la merveille construite par l’architecte Robert de Cotte. Les manettes de ce concept de restauration inédit à Strasbourg – avec un voiturier, autre innovation – ont été confiées au chef déjà étoilé Thierry Schwartz1 qui propose un voyage culinaire bicéphale. Dans La Cuisine de Thierry, salle de 16 couverts avec vue sur les fourneaux, se déploie une carte bistronomique. Voilà « une gastronomie décontractée et dépoussiérée » selon le chef, servie dans un cadre contemporain –  chaises tabourets, tables hautes et teintes black & white – qui évoque le prestigieux Atelier de Joël Robuchon. Dans le dédale délicat de plusieurs salonsboudoirs et alcôves, l’ambiance change radi-

calement. Nous sommes emportés dans le tourbillon raffiné du XVIIIe siècle, l’époque où le mystérieux Cagliostro passa par Strasbourg (1780-1783). Dans un décor chaleureux, tout en boiseries, porcelaines précieuses (de la maison Hermès) et cristaux translucides (signés Baccarat), Thierry Schwartz revendique « un classicisme culinaire revu et corrigé, une authenticité et une simplicité sans artifices, où le produit – acheté chez des producteurs locaux, le plus souvent – est sublimé pour exprimer toutes ses potentialités. C’est lui la star, pas le cuisinier » explique-t-il. Illustration de ce credo qui laisse la part belle à une grande créativité dans des plats, dont les cuissons sont d’une belle netteté, comme le Black Angus 2 accompagné des ses pommes purée à la truffe d’été, une Sole cuite à l’arrête et ses coquillages ou encore l’indispensable Œuf dans l’œuf servi avec ses girolles. Aucune esbroufe dans cette cuisine lumineuse éloignée de tout obscurantisme. Il fallait bien cela dans un endroit où les références au XVIIIe siècle sont légion.


Gastronomie

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BIÈRE & VIN

Le maître-brasseur Christian Artzner a encore frappé avec la création d’une nouvelle Perle (à 8,8%) élaborée à partir d’un subtil assemblage de moût de raisin pinot blanc (1/4) et de malt d’orge (3/4). Cette rencontre entre deux traditions alsaciennes fait mouche. Dans de splendides bouteilles – dont l’étiquette a été imaginée par l’artiste Anne Wicky – se niche une bière de garde cuivrée aux arômes intenses où le raisin se mêle à des senteurs d’abricot dans un tourbillon mousseux et élégant.

FRAISES & CHOCOLAT

www.biere-perle.com

Dans le Nord de l’Alsace, Schweighouse-surModer vibrera deux mois durant au rythme de la gastronomie (jusqu’au 24 novembre) puisque la Bibliothèque municipale Ferdinand de Furst est le théâtre des Mots de la gourmandise. Au menu, des expositions (avec le chocolat comme thème ou des photographies de fruits et légumes), des goûters spectaculaires ou encore l’invitation à participer à la création d’un livre de cuisine… www.mairie-schweighouse.fr

GOÛTS & SAVEURS

Chaque année, la Semaine du Goût fédère une multitude de talents pour éveiller les papilles de tous les publics et leur faire vivre des expériences savoureuses. Du 15 au 21 octobre, les chefs et artisans seront mis en valeur et le patrimoine alimentaire valorisé à travers notamment plus de 5 000 Leçons de goût dans toute la France afin de faire découvrir aux enfants à la diversité des saveurs. Programme complet en Alsace, Lorraine et Franche-Comté sur le site. www.legout.com

Dans des locaux historiques qui abritèrent un restaurant mexicain et, bien avant, un rade mythique (La Taqueria et Le Guetteur, souvenirs, souvenirs) a ouvert une nouvelle winstub : le Meiselocker. Situé 39, rue des Frères, ce “charmeur de mésanges” propose, à deux pas de la Cathédrale de Strasbourg, des plats du terroir, Matelote à l’alsacienne, Bouchée à la reine ou encore Jarret de veau braisé… www.meiselocker.fr

© François Nussbaumer

HIER & AUJOURD’HUI

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ARCHITECTURE

sos fantômes Non contente d’accueillir un Centre d’Art contemporain pointu (La Synagogue), la petite ville de Delme inaugurait fin septembre une commande publique confiée aux artistes Christophe Berdaguer et Marie Péjus : une Gue(ho)st House tout droit sortie d’un cartoon ou d’un film de Tim Burton.

Par Thomas Flagel

La Gue(ho)st House est située à proximité du Centre d’Art contemporain La Synagogue de Delme, 33 rue Raymond Poincaré, à Delme 03 87 01 43 42 www.cac-synagoguedelme.org

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S

ituée à 35 km de Metz et de Nancy, la commune mosellane de Delme s’étale tout en longueur, coupée en deux par une départementale sinueuse. Depuis 1993, un Centre d’Art contemporain est installé dans l’ancienne Synagogue du village, datant du XIXe siècle. Des productions d’artistes aussi importants que Daniel Buren, François Morellet ou encore Gianni Motti et Erick Beltrán1 s’y sont succédées. En 2005, germait l’idée de rénover une veille bâtisse située à l’arrière du Centre d’Art par le biais d’une commande publique2. Après un premier projet avorté, Marie Cozette, la directrice, proposait à Christophe Berdaguer et Marie Péjus, deux artistes ayant participé à l’exposition Unheimlich (en 2003), de s’emparer artistiquement de ce lieu chargé d’histoire – ancienne école devenue prison, la bâtisse servit de funérarium jusqu’en 2009. Un choix porté par le goût prononcé du duo pour les utopies architecturales du XXe siècle tout autant que pour des domaines aussi

variés que la biologie, la psychanalyse, la neurologie ou encore la sociologie qui irriguent leurs créations.

Duchamp

C’est du côté des jeux de mots de Marcel Duchamp que Berdaguer et Péjus puisèrent leur inspiration : « A Guest + A Host = A Ghost »3. De là, naquit la Gue(ho)st House et sa nouvelle peau oblongue, support de toute la fantasmagorie de ses auteurs au service de la réunion au sein d’un même espace d’invités et d’hôtes, d’artiste et de public. Comme les fantômes dont on ne distingue l’aspect qu’en les recouvrant d’un drap, ils imaginent vêtir la maison existante d’une forme organique d’un blanc profond et hypnotique (un Pantone 9016 appliqué en plusieurs couches, écho aux murs immaculés de l’intérieur de La Synagogue). Une entité, toute en courbes et coulures, comme animée d’une vie propre, dont on ne sait pas si elle sort du sol ou s’y


agrippe par le biais d’étranges tentacules, qui n’est pas sans rappeler l’univers graphique d’un Moebius ou la Fat House d’Erwin Wurm. « L’architecture est un espace possible pour l’imaginaire, pour raconter et se raconter des histoires », confient de concert Christophe et Marie. « Notre proposition relève du geste architectural par sa forme et son parti pris mais aussi d’un questionnement sur la sculpture, le voile générant à la fois des bas et des hauts-reliefs. » Deux semi-remorques ont été nécessaires à l’acheminement des blocs de polystyrène à haute densité, découpés et sculptés en Espagne, déformant la maison. Leur assemblage sur des tiges filetées par scellement chimique dans la façade et sur le toit prirent quatre semaines. Il fallut ensuite combler les fentes, lisser et polir à la brosse en fer et au papier de verre. Une couche de 5 mm de résine a été projetée sur l’ensemble, prenant une couleur jaune à la lumière du soleil. La peinture au pistolet lui donnait sa couleur définitive, un blanc éclatant avec un effet de matière incroyable qui se prolonge sur l’herbe du jardin par un banc, lui aussi en résine, augmentant l’effet d’étirement de la maison

De la visibilité

Sans parler d’effet Bilbao 4, l’ensemble des financeurs espère bien susciter la curiosité du public et attirer, dans cette commune de 967 habitants, de nouveaux visiteurs. Impos-

sible en tout cas de passer à côté de la Gue(ho)st House. Il a tout de même fallu faire preuve de pédagogie avec les Delmois, pas vraiment emballés au début du projet. Mais à côté de la nouvelle salle polyvalente à trois millions d’euros, les 400 000 euros de budget ici nécessaires n’incombent que partiellement à la commune 5. De quoi satisfaire tout le monde et permettre, aussi, d’améliorer l’existant : l’intérieur de La Synagogue a été mis en lumière, une nouvelle signalétique et des néons lumineux verticaux balisant les lieux. Dans l’intérieur rénové, prendront place un nouvel accueil pour les publics ainsi qu’un espace ressources où exposer les éditions du Centre d’Art mais aussi les monographies des artistes invités. « De quoi permettre aux visiteurs de s’installer pour consulter tout cela confortablement », se réjouit Agathe Borgne, responsable de l’administration et de la communication. « Mais aussi de développer les actions de médiation et d’accompagnement des publics, notamment dans l’ancien préau, aujourd’hui recouvert et doté d’une baie vitrée de sept mètres donnant sur le jardin jouxtant La Synagogue. » À l’étage, un studio permettra de loger les artistes ou les collaborateurs ponctuels. Restera à résoudre la question des moyens humains, en sus des quatre employés actuels, pour faire tourner ce nouvel équipement dont les horaires d’ouverture devraient, à terme, se caler sur ceux de La Synagogue.

Légendes des photos Gue(ho)st House, commande publique de Berdaguer & Péjus, Centre d’art contemporain la synagogue de Delme, 2012 © Adagp Paris. Photo © OH Dancy photographe

1 Voir la carte blanche réalisée par l’artiste mexicain dans Poly n°151 ou sur www.poly.fr

Dispositif de l’État visant à accompagner des partenaires multiples (collectivités territoriales, établissements publics…) dans l’enrichissement du patrimoine national et du cadre de vie, par la présence d’œuvres d’art en dehors des seules institutions spécialisées

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Un Invité + un Hôte = un Fantôme

Nom donné, en référence au Musée Guggenheim, aux incroyables retombées en termes de tourisme, d’économie et de notoriété touchant une région suite à l’implantation d’un geste architectural fort

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Celle-ci participe à hauteur de 20% du total quand l’État, le Ministère et la Drac assurent 45%, le Conseil général de Moselle 15%, la Région Lorraine 12,5% et l’Europe 7,5% par le Fonds européen agricole pour le développement rural

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ARCHITECTURE m

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a Maison européenne de l’architecture – Rhin supérieur Europäisches Architekturhaus – Oberrhein

ça dépasse les bornes !

Les douzièmes Journées de l’architecture (JA) répondent au thème de l’Architecture sans frontière : professionnels qui, dans un contexte de globalisation, s’exportent aux quatre coins du monde ou projets qui tentent d’effacer les délimitations, l’archi est-elle sans limites ? Par Emmanuel Dosda

Les JA, en Alsace, dans le BadeWurtenberg et à Bâle, jusqu’au 26 octobre 03 88 22 56 70 – www.ja-at.eu Les 24h d’architecture, événement organisé par le réseau des Maisons de l’architecture, se tiendront vendredi 19 et samedi 20 octobre à la Manufacture des tabacs de Strasbourg www.24harchi.org

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C

ette manifestation trinationale organisée par La Maison européenne de l’architecture (MEA) – Rhin supérieur cherche à faire connaître cet art au grand public (et même aux enfants, conviés à participer aux ateliers Cabanes du bout du monde) en organisant des visites (la Neustadt strasbourgeoise…), des animations (la Nuit du design à Colmar, Mulhouse et Strasbourg), des conférences, des parcours transfrontaliers à vélo ou des expositions, en Alsace, mais aussi en Allemagne et en Suisse.

Cette année, les JA se penchent sur une thématique qui, par définition, semble illimitée : l’Architecture sans frontière. Durant l’événement, il sera question de la prolifération des zones industrielles uniformes autour des villes… ainsi dénuées de frontières1. Nous verrons que l’architecture se situe souvent à la lisière de plusieurs pratiques, comme c’est le cas du Petit pont2, proche de l’œuvre d’art ou, évidemment, de L’Aubette 19283, parfait exemple de symbiose avec les arts plastiques. Les JA démontreront aussi que l’architecture


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n’est pas le domaine réservé des professionnels, mais concerne également les usagers4 qui en parlent très bien.

Des frontières effacées

« Aujourd’hui, l’architecture a effacé la démarcation entre l’Est et l’Ouest de Berlin. Il ne reste plus que quelques symboles qui n’ont qu’un aspect muséal… » Pour Urban Knapp5, architecte de Baden-Baden et ancien président de La MEA, sa discipline est un moyen fantastique de relier des territoires qui pouvaient être, par le passé, en conflit. La passerelle des Deux rives de Marc Mimram, joignant la France et l’Allemagne, est un beau symbole en plus d’un magnifique exemple de construction abolissant les frontières. Lors des JA, à l’occasion de la conférence Au-delà des frontières, l’architecture de l’entre deux6, sera décrit le projet concernant le groupe scolaire du Rhin et la maison de la petite enfance transfrontalière. Impliquant des architectes allemands et français, elle verra le jour à Strasbourg, grâce à la coopération de la Ville de Kehl.

Des architectes internationaux

Urban Knapp nous rappelle que « depuis la Renaissance, les architectes voyagent beaucoup. Aujourd’hui, des gens comme le Britannique Norman Foster est plus connu pour ses travaux “d’exportation” que pour

les réalisations sur son propre territoire. De même pour David Chipperfield » qui travaille en Allemagne, en Italie ou même en Chine où il a des bureaux. Citons encore Aurélio Galfetti (présent lors de l’ouverture des JA), architecte dont la renommée ne se limite évidemment pas à la Suisse. Une table ronde (dimanche 14 octobre) ayant pour thème Architectes et maîtres d’œuvre sans frontière aura lieu au Théâtre de Baden-Baden, réalisé il y a un siècle et demi par un architecte français, Charles Couteau. Elle réunira Pascale Richter (Strasbourg), Heinz Josef Knapp (Baden-Baden), Thomas Zenker (Lausanne) et Manuel Schupp (Stuttgart) qui évoqueront leurs expériences à l’étranger. «  Qu’est-ce que ça veut dire pour un architecte suisse que de travailler en Angleterre ? Comment se confronte-t-il à la “culture d’architecture” qui domine dans ce pays ? », s’interroge Urban Knapp, avant de conclure : «  La globalisation est depuis longtemps visible dans nos agences. Ici, à Baden-Baden, j’ai des collègues russes, hongrois ou catalans. Je me souviens qu’au début des années 1990, tous les architectes d’Europe se ruaient vers Berlin et l’Allemagne de l’Est tellement il y avait de travail ! Ces migrations se font naturellement et c’est d’autant plus évident avec l’architecture car nous avons un langage commun. »

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Légendes des photos 1. La Coupole, Saint-Louis (Manuelle Gautrand, 2001) 2. Kunstmuseum, Stuttgart (Hascher Jehle Architekten, 2004) 3. Le Net Center à Padoue, Italie (Aurelio Galfetti, 2006)

1 Projection du film La Ville hors les murs et débat, mercredi 3 octobre au Triangle à Huningue

Inauguration du Petit pont ,au Parc de la Souffel, à Stutzheim-Offenheim, samedi 20 octobre

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3 Ciné-visite de L’Aubette les 10, 20 et 24 octobre

Les JA seront jalonnées par des rencontres dans des lieux emblématiques en compagnie de non architectes : les Ateliers de décors du TNS vus par Hervé Cherblanc, responsable des ateliers de construction, vendredi 12 octobre, par exemple

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http://khp.co

Vendredi 12 octobre à l’École régionale des avocats du Grand Est de Strasbourg 6

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kit ou double Jean Prouvé deviendra-t-il absolument indissociable de Nancy ? C’est ce qu’espèrent les Musées et la Ville, initiateurs d’une vaste manifestation, hommage à l’architecte et designer, génial avantgardiste qui préfigure le mobilier d’aujourd’hui. C’est prouvé !

Par Emmanuel Dosda

1 Visibles dans l’exposition au Musée de l’École de Nancy 2

Voir l’exposition au Musée Lorrain

Shigeru Ban – un des architectes du Centre Pompidou-Metz – est connu pour ses habitations provisoires utilisées après des catastrophes (tremblements de terre…) 3

4 À découvrir Salle Jean Prouvé au Musée des Beaux-Arts de Nancy

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S

on avenir était tout tracé… Fils de Victor Prouvé et neveu d’Émile Gallé, figures clefs de l’École de Nancy, Jean Prouvé (né en 1901 à Paris, il meurt en 1984 à Nancy) suit une formation de ferronnier d’art et commence, dès 1924, à produire des luminaires, des rampes ou des portes 1 empreintes des leçons de l’Art nouveau qui marqueront toute sa carrière. « À la fois artisan et artiste, il développa un rapport physique à la matière, au fer, ce qui était rare chez un architecte ou un ingénieur. Il avait une grande connaissance

du matériau, de sa performance et sa résistance. C’était essentiel pour lui tout comme ça le fut pour les frères Daum qui cherchaient à aller jusqu’au bout du verre », affirme Claire Stoullig, directrice du Musée des Beaux-Arts.

Plus fort qu’Ikea ?

En 1931, il créa les Ateliers Jean Prouvé (transférés à Maxéville en 1947) puis, se détournant des fioritures Art nouveau et du style Art déco, réalise du mobilier pour la Cité universitaire de Nancy (1930) ou le


DESIGN

Lycée Fabert à Metz (1935) et, au même moment, la façade de la Maison du peuple à Clichy. L’originalité de l’édifice ? Des mursrideaux, c’est-à-dire non-porteurs, en acier : une innovation. La manifestation nancéienne montre aussi l’engagement d’un personnage pragmatique et d’un citoyen impliqué dans la Résistance2, créant et produisant pour le plus grand nombre. Après-guerre, il fabrique ainsi des habitations démontables afin de reloger les sinistrés : 400 maisons “d’urgence” sont construites, en Lorraine, pour les victimes des destructions, préfigurant les préoccupations d’architectes d’aujourd’hui comme Shigeru Ban 3. Pour Claire Stoullig, Jean Prouvé a prôné une « architecture industrialisée dont le processus de construction est calqué sur l’industrie automobile qui l’a fascinée au moment de la Citroën 2CV, la voiture pour tous. » L’usine Prouvé tourne alors à plein, produisant des structures assemblables, du mobilier en série, des équipements pour des résidences universitaires (chaises, tables ou armoires)4 ou même des maisons préfabriquées (la Maison tropicale), répondant aux besoins de cette période de reconstruction. Standardisation et préfabrication, fonctionnalité, modularité, économie de moyens, du temps de travail et d’énergie… Ce génie qui lança le mobilier en kit, créateur d’avant-garde annonçant « la conjonction entre ingénieur et architecte », affirme un style minimaliste et revendique son attachement aux formes simples. Sensible au Bauhaus et proche de

l’architecte moderne Robert Mallet-Stevens ou du plasticien Fernand Léger (lire page 56), il répétait à l’envi qu’« il faut appartenir à son temps ». Jean Prouvé a beau être éminemment rationaliste, il cherche toujours « à rendre toutes ses qualités visuelles à la matière. Il joue avec les vides et les pleins, fait des tableaux en tôle pliée. C’est un plasticien né, sensible à la beauté des formes. »

À voir :

Plus important que Gaudi ?

La Maison tropicale, au Musée des Beaux-arts de Nancy

L’événement autour de Prouvé associant les organes de la Ville et les Musées n’est pas une simple manifestation temporaire, mais une inscription pérenne dans la cité qui lui doit tant (il fut – brièvement – Maire de Nancy à la Libération). Le Musée des Beaux-Arts et le Musée de l’histoire du fer de Jarvillela-Malgrange lui consacrent dorénavant une salle. La Municipalité a initié l’élaboration du parcours Jean Prouvé (comme il en existe, depuis 1999, pour l’École de Nancy), menant à La brasserie Excelsior (où il réalisa la rampe d’escalier et le luminaire), au Centre paroissial du Haut-du-Lièvre (où il signa des éléments de façade), mais aussi à sa maison personnelle qu’il se construisit, en 1954. Nancy, qui exposera de manière permanente la fameuse Maison tropicale, aimerait réussir à « faire avec Prouvé ce que Barcelone a fait avec Gaudi ». La directrice du Musée des BeauxArts, de poursuivre : « Il y a 60 ans, personne ne parlait de cet artiste alors qu’il me semble que Prouvé est infiniment plus important ! »

Quatre expositions temporaires jusqu’au 28 octobre : Jean Prouvé ferronnier d’art, au Musée de l’École de Nancy Jean Prouvé à Nancy, construire des jours meilleurs, au Musée Lorrain

L’émotion design, la collection d’Alexander von Vegesack (fondateur du Vitra Design Museum) aux Galeries Poirel www.jeanprouvenancy2012.com

Légendes des photos 1. Chaise Métropole n°305 aluminium, 1953, Nancy, musée des beaux-arts © ville de Nancy, cliché P. Buren - © ADAGP, Paris 2012 2. Jean Prouvé devant sa maison de Nancy, vers 1955, photographie fonds Jean Prouvé - musée national d’art moderne © Centre Pompidou MNAM/CCI, bibliothèque Kandinsky © ADAGP, Paris 2012 3. Standard, Jean Prouvé, 1934/ 50 © Vitra

comme à la maison Les pièces de Jean Prouvé ne sont pas condamnées à être muséifiées ! Vitra réédite nombre de ses réalisations à la contemporanéité confondante : la minimaliste Potence (1950), lampe murale pivotante au style hyper épuré utilisant peu de matériaux, la chaise Standard (1934) dont les pieds arrière sont plus volumineux que ceux de l’avant ou le dynamique siège Antony (1954), créé pour la cité universitaire du même nom… des chef-d’œuvres historiques de mobilier s’invitent dans nos salons. 3

www.vitra.com

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un dernier regard

anna & eve de viktoria sorochinski Par Emmanuel Dosda

Avancée de la fiction sur le réel, vents forts et perturbations à l’Est à Stimultania, à Strasbourg, jusqu’au 2 décembre 03 88 23 63 11 www.stimultania.org

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Nous assistons à une étrange cérémonie pleine de solennité, une curieuse opération à cœur grand ouvert consistant en une greffe lo-fi, sans scalpel ni compresse, avec du matériel tout droit sortit d’une boîte à couture. Dans des tenues évoquant les blouses d’hôpitaux, une femme, au regard doux et enfantin, et une fillette, à l’arrogance et l’assurance des adultes, se “cousent” l’une à l’autre. De fil en aiguille, les voilà jointes, raccommodées. Une femme touchée par le syndrome de Peter Pan s’attachant à sa jeunesse qui file ? Une

maman et sa little princess qui n’arrivent pas à couper le cordon ? Scellent-elles un pacte, jouent-elles à un jeu interdit ? Issue d’une série photographique mettant en scène Anna & Eve, cette image de l’artiste russe Viktoria Sorochinski met en exergue la singularité et les mystères propres aux rapports mère / fille. La présence de drapés froncés, la composition pyramidale et les coloris donnent l’impression d’être plongé dans une toile peinte, une scène de genre, d’un nouveau type, où les enfants tirent les ficelles.


le e a t i p Ca éenn p euro

Orchestre PHILHARMONIQUE DE STRASBOURG ORCHESTRE NATIONAL

octobre Jeudi 4 & Vendredi 5 octobre PMC Salle ÉraSMe - 20h30 CONCEPTION REYMANN COMMUNICATION // MONTAGE BKN.FR // LICENCES D’ENTREPRENEURS DE SPECTACLES N° 2 : 104 79 64 ET N°3 : 104 79 65

Marko Letonja direction cédric tiberghien piano choeur de L’oPS catherine boLzinger chef du choeur bartók Le Mandarin merveilleux, suite d’orchestre op.19 ravel concerto pour piano et orchestre en sol majeur tanguy Eclipse ravel Daphnis et Chloé, suite n° 2

Jeudi 25 & Vendredi 26 octobre PMC Salle ÉraSMe - 20h30

Marko Letonja direction SiMon o’neiLL ténor chriStianne Stotijn mezzo SChubert-berio Rendering Mahler Das Lied von der Erde (Le chant de la terre), symphonie pour ténor, alto et grand orchestre ConCert MuSique de ChaMbre

diManche 28 octobre StraSbourg auditoriuM de la CitÉ de la MuSique et de la danSe - 11h

GabrieL henriet violon aGnèS MaiSon alto JuLiette Farago violoncelle JérôMe SaLier clarinette JérôMe hanar cor PauLine berdat piano SChreker / krenek / FibiCh / Weill

>2013

SAISON 2012

Renseignements : 03 69 06 37 06 / www.philharmonique.strasbourg.eu Billetterie : caisse OPS entrée Schweitzer du lundi au vendredi de 10h à 18h Boutique Culture, 10 place de la cathédrale du mardi au samedi de 12h à 19h


CARTES COLLECTOR ÉDITION

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EXPIRE FIN

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Événement sportif majeur de la rentrée, le Rallye de France se déroule pour la troisième année consécutive en Alsace et fait vibrer la région ainsi que les amateurs de sports automobiles du monde entier. Le Crédit Mutuel s’associe à nouveau à cette manifestation et vous propose en exclusivité la nouvelle série de cartes bancaires collector Rallye de France – Alsace 2012.

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Photos non contractuelles – Août 2012

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POLY n°152 - Octobre 2012  
POLY n°152 - Octobre 2012  

Le magazine Culture et Société de référence en Alsace et dans le Grand-Est.

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