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LE PHARISIEN LIBERE

HORS-SERIE SPECIAL MOSCOU Le journal de l’aumônerie de Sciences Po www.aumoneriesciencespo.fr

Rédacteur en chef: Pierre JOVANOVIC Mise en page: Pierre-Marie BAUDRY

A la demande de l’équipe de l’aumônerie, le Pharisien Libéré s’est de nouveau mis en quatre pour relater notre pèlerinage à moscou; Je remercie en particulier Pierre-Marie BAUDRY pour son aide à la mise en page, et sans plus tarder, je vous laisse entrer dans le vif du sujet avec ce beau témoignage, signé par une brillante future énarque, à qui je dois d’être à Sciences Po, Pauline BERNE (bonne lecture).

Pierre JOVANOVIC

Rentrée depuis déjà deux semaines et à nouveau submergée de travail, d’obligations en tout genre, prisonnière du traditionnel « métro-boulot-dodo », je profite de ce petit exercice pour me replonger dans mes souvenirs et m’interroger sur les fruits de ce voyage russe. Des impressions ressurgissent : l’éclat glorieux et quelque peu triomphant des coupoles dorées se détachant d’un ciel bleu azur, dans une campagne enneigée… Image de carte postale, semblant conforter la vision stéréotypée d’une Russie traditionnelle et unanimement religieuse. Une réalité qui a sans doute évolué mais dont l’essentiel demeure ! Que ce se soit au coin de la Place Rouge, dans la petite église de Notre-Dame de Kazan, dans celle plus moderne dénichée au détour d’une avenue littéralement bondée de véhicules en tout genre et de toutes époques, ou au cœur de la campagne moscovite dans le monastère de la Laure Saint Serge, le sentiment est le même : quelle paix ! Au cœur de ces églises, mille scènes se déroulent en simultané : vénération d’icônes par les fidèles, célébration de la Divine Liturgie, quête.. tous se pressent, vaquent à leurs occupations dans un cadre d’une beauté et d’une grandeur impressionnantes. La «  sacralité  », ce concept parfois oublié, parfois refoulé, quelque peu poussiéreux dans notre tradition occidentale est ici palpable. La transcendance s’impose à chacun, fidèle ou simple touriste, dès le pas de l’église franchi, authentifiant la réalité de la Présence Divine mieux que bien des discours. Loin d’écraser, elle semble inviter à se tourner vers la Source… Celle que célèbre par la beauté de leur liturgie et de leurs icônes nos frères orthodoxes. J’ai presque cru moi aussi l’effleurer…

Pauline BERNE


S O MMA I R E

TÉMOIGNAGE DE PIERRE J.

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TÉMOIGNAGE DE JAN K.

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MOSCOU, ENTRE REEL ET FICTION (CLEMENTINE B.)

PAGE 5

LA LETTRE DE LA TRINITE SAINT SERGE (CAMILLE V.) PAGE 6 QUE DIRE DU PEUPLE RUSSE ? (SARAH O.) PAGE 7 RETOUR DE MOSCOU (SOLANGE DE B.) PAGE 8 RETOUR SUR LE PELERINAGE OECUMENIQUE DE MOSCOU (CECILE H.) PAGE 9 LE MOT DU PRESIDENT (PIERRE A.)

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L’orthodoxie fait partie de mes racines serbes, et je vis depuis deux ans avec une communauté catholique L’orthodoxie fait partie de mes racines serbes, grand E) est là  : le baptême, la succession et je vis depuis deux ans avec une communauté apostolique, l’Eucharistie, le culte des saints et catholique dont la vocation est le dialogue de la Vierge… œcuménique. Autant dire que ce voyage faisait Quand j’assistais à la Divine liturgie à la sens pour moi ! J’étais très heureux de partir à cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, j’ai été la découverte de la « Sainte Russie » avec notre emporté dans un moment d’élévation de l’âme. chère aumônerie de Sciences Po, et ce qui m’a Les chants m’ont propulsé auprès de Dieu et le plus touché, c’est ce contact avec le poumon ont fait fondre toutes mes pensées, j’étais avec oriental de la chrétienté, et qui m’a conforté Lui et pour Lui. Mais au moment de la dans mon désir d’unité. communion, j’ai réalisé que je ne pouvais pas J’ai été impressionné par notre entrevue avec le suivre l’assemblée dans son action de grâce. métropolite Hilarion, qui nous a appelés Pour me consoler et redescendre un peu sur « frères et sœurs », et nous a expliqué combien terre, je suis allé devant une icône de la Vierge : l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe russe elle était si belle, et tellement semblable à celle sont en train de se rapprocher. Pourtant, force que nous prions dans nos églises  ! Je l’ai est d e embrassé, enveloppé dans sa tendresse. S’il y a constater que quelqu’un qui peut nous apprendre la patience « S’IL Y A QUELQU’UN QUI la Russie est et l’abandon aux voies de Dieu, c’est bien la PEUT NOUS APPRENDRE LA au pays aussi Sainte Vierge, Bogoroditsa. PATIENCE ET L’ABANDON AUX VOIES DE DIEU, C’EST BIEN LA SAINTE VIERE, BOGORODITSA »

fascinant que compliqué, et le passé historique n’est pas sans

conséquences sur le présent. « Rien n’est simple de ce qui s’offre à l’âme » écrivait Pascal. Ce voyage aura vraiment eu le mérite de nous faire toucher du doigt la dure réalité, y compris la souffrance de la séparation  : comment ne pas rester insensible face au fossé entre nos Eglises, toutes deux «  catholiques et apostoliques  »  ? Nous ne faisons pas que partager des valeurs sur la famille, la vie et la morale, l’Essentiel (avec un

PIERRE JOVANOVIC


Les tsars russes avaient longtemps eu pour ambition de faire de la Russie une « troisième Rome», et Moscou m’a Les tsars russes avaient longtemps eu pour ambition de faire de la Russie une «  troisième Rome  », et Moscou m’a effectivement semblé être plus d’une fois la digne héritière de Constantinople, avec ses coupoles, ses icones, cette ambiance orientale dans les églises russes.   Pour ce qui est de la troisième Rome version soviétique, je donnerais beaucoup pour transporter mon œil dans le passé, pour voir un peu à quoi ressemblait cette métropole du temps où elle était la capitale d’une superpuissance telle que l’URSS. Encore aujourd’hui on ressent le prestige de cette ville et on comprend pourquoi Moscou draine encore de nombreux travailleurs et visiteurs de toute la Russie comme des autres pays de la CEI (sibériens, caucasiens, ukrainiens, ouzbeks etc. tous mélangés). Ceux-ci semblent faire une sorte de pèlerinage, non pas comme nous pour découvrir l’Église orthodoxe, mais pour voir de leurs yeux l’ancienne Union soviétique orientale, la ville d’où venaient les ordres jusque dans leurs profondes provinces,  la ville de laquelle s’exerce encore de nos jours une importante influence ces pays de la CEI. On le constate d’ailleurs dans le métro, qui a gardé pour moi son cachet d’autrefois et symbolise la quintessence de cette Russie en pleine transition  : les petites boutiques, les babouchkas à

chaque guichet et aux portiques (dont certains d’entre nous ont constaté la malice…), les bousculades parmi les foules de moscovites slaves, asiatiques, caucasiens (etc.) emmitouflés dans leurs fourrures, les ornements des stations de métro etc.  Les pancartes aux slogans «  Vivez aujourd’hui  !  », «  L’amour dans le pays commence par l’amour dans la famille  » rappellent en revanche les problèmes démographiques de la Russie actuelle… Je ne vais pas être très original en disant que ce voyage en Russie a été une précieuse expérience.  D’abord j’ai pu constater moi-même l’évolution de la société russe postsoviétique, la renaissance de l’orthodoxie, la proximité de sa culture slave avec celle d’autres Etats européens (d’où mon enthousiasme pour une amitié entre pays européens et Russie) etc.  Mais surtout, le constat des progrès et des éventuels blocages, la participation à la messe dominicale dans la cathédrale de Saint sauveur, la contemplation de dizaines d’icones dans les galeries et églises russes, les brèves tentatives d’échange en pseudo-russe avec quelques employées dans les églises russes et bien sur les conférences avec d’éminentes personnalités, tout cela a donné corps à cet œcuménisme dont nous parlions tant.

Jan KOSCINSKI


Moscou entre réel et fiction, La Révolution des Cierges Olga Lossky, La Révolution des Cierges, Gallimard, 2010, 354p. Puisque la relecture est à l’honneur, accordons-nous dans le même temps une pause littérature. La Révolution des Cierges vous frappera sans doute par son étrange ressemblance avec le périple moscovite du Centre Saint Guillaume  : c’est à se demander si Olga Lossky n’a pas fait le voyage avec nous ! Unité de lieu d’abord  : française d’origine russe orthodoxe, l’auteur nous emmène sur les traces d’une icône, de Moscou… à Saint-Germain-des-Prés  ! Unité de temps ensuite  : l’essentiel de l’intrigue se déroule sur une semaine, même si, dans le cas du roman, nous sommes en 1917. Enfin et surtout, une surprenante unité d’action… Russie, quels rapports entre politique et religion ?

Une de nos ambitions lors de ce voyage : décrypter les tumultueux rapports entre l’Eglise orthodoxe et l’Etat russe. Le père Grégoire, lui, n’a que faire de la situation politique de son pays, trop absorbé qu’il est par l’écriture des

icônes au monastère Saint- en effet : adolescent, ses pas l’ont Andronic, où s’illustra avant lui guidé jusqu’au monastère quand Andreï Roublev. son esprit fatigué voulait l’emmener taquiner les tréfonds Pourtant, dehors, la révolution de la Moscova. Tel le grain de blé gronde. La place rouge, tant de qui tombe en terre, cette mort à fois foulée par nos pieds glacés il lui-même lui a permis de porter y a quelques semaines, est du fruit aux yeux de Dieu. Sans piétinée par des centaines d o u t e c h a c u n a - t - i l v é c u d’ouvriers galvanisés par quelques différemment ce pèlerinage idéalistes charismatiques. Et de intime en terre orthodoxe, mais fait, le père Grégoire ne peut être tous nous sommes invités à faire tout à fait indifférent  aux fructifier les grâces reçues. Qui tumultes conjugués de la guerre et plus est, ce temps de Carême se des bolcheviks : les moscovites révèle particulièrement propice à affamés se pressent chaque jour l’imitation du père Grégoire. plus nombreux au service de la soupe, tandis qu’à la fabrique de Car la préparation intérieure du cierge dépendante du monastère, religieux n’a d’autre visée que la fièvre révolutionnaire et l’écriture du chef d’œuvre dans a n t i r e l i g i e u s e n e f a i t lequel il met tout son être, sa qu’augmenter… Descente aux Enfers : aboutissement d’une vie, sa ...Au grand dam de la brave dernière icône. Coïncidence  ? Nadejda Ignatievna, dévote, à Cette icône de la Résurrection l’image de certaines sacristaines connaît dans le roman un début dont nous pûmes brièvement de vie éternelle : elle traverse les apercevoir la ferveur. Son époux, pays et les siècles, jusqu’au 7ème qui travaille à la fabrique, raille arrondissement parisien ! ses bondieuseries. Et il n’en va guère mieux de ses enfants. Clémentine BRAILLON  Kostik, son jeune fils, sachant pertinemment à quel point cela ! met sa mère dans tous ses états, chante à l’envi des couplets contre les moines composés par les ouvriers de la fabrique de cierges. Nadejda Ignatievna est quant à elle très attachée aux instants de répit qu’elle s’accorde pour assister aux offices du monastère. Une belle et riche spiritualité Magnifique cette «  mort au monde » que le père Grégoire se remémore sans cesse  ! Elle prend pour lui un sens particulier


La Laure de la Trinité saint Serge En quittant la gare, c’est d’abord les arbres qui retinrent mon attention. La neige s’était amassée sur leurs branches. Avec délicatesse, ils la soutenaient. Ils la tendaient au ciel pour ne pas qu’elle tombe, et ne soit souillée par la terre. En marchant, je remarquai bientôt à travers la cime des arbres, des points de couleurs bleues et or, qui reflétaient intensément la lumière du soleil. Ils semblaient flotter sur des colonnes, blanches, se fondant parmi le paysage enneigé. Marcher encore, s’approcher. Pour voir les tours se matérialiser. En entrant dans l’enceinte de ce lieu consacré  au Seigneur, j’avais toujours en tête cette neige, portée vers le ciel par les branches des arbres. Soudain, du noir après tant de lumière: l’habit des moines-séminaristes venus nous accueillir, nous faire découvrir leur lieu d’étude et de prière. A travers un tel contraste de couleurs, mieux saisir ce qui sépare les hommes de leur Seigneur. Et chercher à s’élever, à se réconcilier.

Un peu plus tard, je me perdis dans l’enceinte du séminaire. L’heure de la reprise des cours avait sonnée. Les séminaristes se pressaient dans les couloirs, portant sur moi un regard étonné. Séparée de mon groupe, j’errais dans un quotidien qui n’était pas le mien. Moi qui n’étais pas vêtue de noir, moi qui n’avais pas la décence de me couvrir la tête d’un voile. Pourtant, à ce moment précis, il me semblait que nous étions portés par la même envie d’être sauvés. En ce lieu de prière, nous goûtions tous à la même paix, simplement soutenus par des branches différentes. Le tronc de l’arbre qui nous élève vers le ciel est unique.

Camille VAN DEN BROEK


Que dire du peuple russe ? La première porte de métro que l’on se prend en vol ou la première fois qu’un Moscovite nous pousse dans l’escalator, il faut avouer, on croit avoir à faire à un malotru isolé. Et puis, au bout de trois ou quatre portes et de quelques bleus, on comprend que non, que c’est normal… et on s’y fait. A dire vrai, je crois que j’ai été heureuse de rencontrer un peuple dont la mauvaise humeur surpasse la légendaire maussaderie des parisiens dans le métro  ! A notre retour à Paris, je trouvais nos compatriotes d’une serviabilité à toute épreuve et d’une joie de vivre communicative (c’est dire). Plus sérieusement… Quand je repense à ce voyage, je revois Micha jouant pour nous des airs slaves ou des classiques de la chanson française (qu’il connaît mieux que nous – la honte !) ; à Olga nous assistant au restaurant alors que, comme retombés en enfance, nous étions incapables de nous débrouiller seuls  ; à Viktor nous guidant gentiment à travers la ville ; au Père Alexandre nous ouvrant toutes les portes pour que notre voyage soit réellement extraordinaire… Oui, quand je repense à ce voyage, je me souviens surtout de tous ceux que nous avons rencontrés sur place, de leur dévouement chaleureux, de leur hospitalité sans faille, et je souris en pensant que j’ai trouvé les Russes un peu rustres au premier abord.

Sarah OLIVIER


Retour de Moscou ... La Russie est un pays qui se mérite, surtout en plein mois de février. On est loin des 10° de Paris... mais plutôt 20° en dessous! Le  pèlerinage  du Centre Saint Guillaume à la rencontre de l'Eglise orthodoxe de Russie s'est déroulé sous l'auspice de la découverte, de l'entente fraternelle et de la joie d'être chrétien. Partis pour 5 jours en terre russe, les 38 étudiants sciences-pistes que nous étions en ont beaucoup découvert sur l'Eglise orthodoxe de Russie. Les relations oecuméniques entre nos deux Eglises catholiques et orthodoxes ou encore les relations diplomatiques franco-russes ont étés les principaux angles de notre pèlerinage.  Que ce soit à la cathédrale du Saint-Sauveur de Moscou, à la basilique Saint Basile de la place rouge, ou encore au monastère de  La laure de  la TrinitéSaint-Serge, j'ai été frappé par la beauté des églises orthodoxes, par celles de leurs liturgies et par-dessus tout des chants. Ne dit-on pas que "chanter c'est prier deux fois"?  Tant de choses nous rassemblent entre catholiques et orthodoxes!  Ce TANT DE CHOSES NOUS voyage m'a RASSEMBLENT ENTRE CATHOLIQUES ET permis de ORTHODOXES! dépasser les c o n f l i t s théologiques entre nos deux Eglises (qui par ailleurs ne m'intéressent pas vraiment) mais d'en apprendre davantage sur l'orthodoxie, et par là même sur ma propre Foi. J'ai   beaucoup aimé rencontrer de jeunes étudiants russes et croyants, et de voir comment  ils pratiquent leur Foi au quotidien. Par ailleurs j'ai trouvé les russes assez francophiles en général, très ouverts et disposés à nous faire découvrir leur fascinante culture. La seule découverte de Moscou nous a donné un petit aperçu de la Russie, de son histoire et de ses traditions. Sous l'angle de la religion, nous avons pu avoir une approche toute particulière des valeurs russes au delà

des clichés vodka-poupée-chapka (ce qui ne nous a pas empêché d'en ramener en France!..)  Je considère ce voyage comme une chance d'avoir pu aller à la rencontre d'une autre Eglise, d'avoir discuté de sujets religieux, politiques ou internationaux avec des responsables importants, et d'avoir pu  rencontrer des étudiants russes si sympathiques. Une image reste gravée dans ma mémoire car elle était présente dans chaque église où nous sommes rentrées: celle des fidèles qui se pressent autour des icônes et des reliques pour les toucher et les embrasser après s'être signé de nombreuses fois... La ferveur de ces gens m'a beaucoup touché. Je suis très reconnaissante à tous ceux qui nous ont guidés, prêtres, moines, laïcs ou diplomates, en nous transmettant leur passion qui pour leur Foi, qui pour leurs valeurs, qui pour leur pays. Même si je retiens de Moscou son froid glacial, ses bâtiments imposants et son métro abyssal, je garde en mémoire ses splendides églises qui réchauffent le coeur et appellent   au recueillement. J'en ressors grandie dans ma foi et dans ma curiosité de découvrir davantage ce pays immense lors d'un prochain voyage...

Solange de BANTEL


Relecture sur le pélerinage oecuménique à Moscou Pourquoi  ai-je eu cette chance ? Je ne le sais pas. Ayant progressivement apprivoisé la communauté chrétienne de sciences po, je me suis assez naturellement inscrite puis me suis laissée par ceux qui portaient le projet avec enthousiasme. Plus j’en parlais à mon entourage, plus cette question résonnait. Pour y répondre, deux paroles de l’Evangile m’ont peu à peu accompagné.  L’invitation à l’abandon (Mt 6-25 à 33) d’abord avec sa promesse d’abondance  ! Le père qui est au ciel pourvoit aux besoins des petits oiseaux, à la parure des lys de champs. Comment plus il est disposé à d o n n e r à s e s c r é a t u r e s  ! «  Cherchez d’abord le royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroit  ». C’est une occasion rêvée pour vivre de cette parole  et accueillir les bonnes

choses que le Seigneur prodigue! Je comprends alors l’invitation à goûter intensément les saveurs d’une expérience œcuménique mêlées de celles d’une aventure communautaire. Pourtant, je ne peux oublier son pendant, l’exigence  ! «  A qui on on aura donné beaucoup il sera beaucoup demandé et à qui on aura confié beaucoup, on réclamera davantage. » (Lc 12-48) Exiger de rendre ce que j’ai reçu est impossible et n’a pas de sens. Tout cela m’a été donné gratuitement. Mais apprendre à recevoir et rendre grâce, apprendre à témoigner pour tenter faire fructifier les semences de cette expérience auprès de vous qui me lisez, vous qui avez contribué à la réalisation et au financement de ce projet, vous qui l’avez porté par la prière, vous avec qui j’ai partagé ces rires,

sourires, discussions! En voilà une ébauche ! 5 jours à Moscou, auprès de la communauté orthodoxe russe. J’aimerais faire l’expérience de l’œcuménisme. Comment? Bien sûr, aucune recette ne nous est proposée, il faut expérimenter  ! Les premiers instants de la sainte Messe dans la cathédrale du Saint Sauveur sont marqués par la curiosité. Pourtant je ressens rapidement que je ne peux rester à distance en simple observatrice. Sinon je risque de passer à côté de ce qui m’est proposé. Je voudrais expérimenter cette foi en Jésus Christ que nous partageons audelà des différences d’expression. Le désir grandit. Cette intention habite ma prière. Je suis pleinement exhaussée à trois reprises, trois visages, trois instants que je garde


Relecture sur le pélerinage oecuménique à Moscou (suite) précieusement en mémoire. Qu’est ce qui m’a été donné ? Entrevoir la beauté de leur quête de Dieu à travers une foi ancrée, assumée et fervente et la joie qu’ils éprouvaient à nous la partager. C’est le fruit de peu de paroles échangées. Je me souviens d’une conversation avec Ania dans le métro. Je me souviens lui confier avoir été touchée par le recueillement le matin même pendant la célébration et notamment celui très prégnant de la file d’attente de plusieurs dizaines de minutes pour recevoir le pardon. Je prenais alors conscience de la préparation exigeante qu’on les invite à vivre avant de pouvoir communier et d’avoir été touché par l’intériorisation du sens de cette démarche à travers son témoignage. Cette discussion m’invita à donner plus d’épaisseur au sacrement de l’eucharistie vécue le soir même en leur présence, une occasion de lui expliquer à mon tour le déroulement et le sens de notre messe. Quelle joie à la sortie la messe de recevoir ces paroles de sa part «  J’ai été touchée par l’alternance entre des moments très recueillis et vos chants  plein de vie et de joie». Je me rappelle également avoir été touchée par de profonds regards complices et pétillants. J’évoquerais ceux que nous avons

échangés avec Michaël lors du premier diner à l’auberge suite à une longue après-midi de visite qu’il nous avait entièrement consacrée. La même soif de le rencontre l’animait lors de la soirée retrouvailles. Tellement heureux de profiter de cette rencontre avec des Français suite à un échange universitaire à Paris quelques années auparavant, il me confiait les doutes qu’il pouvait avoir sur les Russes avec pourtant au fond du cœur une volonté très affirmée d’apporter sa pierre et de vivre d’un amour reçu en abondance! Enfin, c’est l’accolade prononcée avec cette dame russe qui nous ouvre les portes à la sortie de notre entretien avec le Métropolite Hillarion qui me fit vivre un court instant de communion profonde. Au bout de trois jours passés auprès des Russes, très peu démonstratifs dans l’ensemble, je suis touchée par ce geste d’affection spontanée qui conclut notre visite et recueillement de quelques uns dans l’église. Olga, étudiante russe qui nous accompagnait pour l’occasion me traduit ce qu’elle m’adresse en russe «Je n’avais pas obtenu l’autorisation de vous faire entrer, mais je désirais vous faire découvrir ce lieu qui m’est cher. Je suis ravie du moment passé avec vous. Je suis touchée de votre présence.» Peut-être n’avaisje pas imaginé qu’un détour d’un petit quart d’heure pouvait autant

toucher cette dame qui nous accueillait comme si c’était chez elle à bras ouvert ! Ce que j’ai vécu durant ces cinq jours de pèlerinage et ce dont j’aimerais témoigner, c’est un œcuménisme simple, de cœur, dépouillé de grandes discussions théologiques lors de ces quelques rencontres. Certes les avancées théologiques et institutionnelles sont nécessaires au rapprochement de nos deux Eglises, et je le porte dans la prière. Pourtant, ce que j’ai envie de faire grandir maintenant, c’est cette humble démarche du rapprochement par de petits gestes pourtant si précieux à la transformation de mon cœur et au dépassement de la différence.

Cécile HEDON


Le mot final du président Qui aurait pu imaginer que quarante étudiants de Sciences Po allaient quitter leur belle ville pour venir affronter le froid et les bâtiments massifs de Moscou  ? Le Centre Saint Guillaume au pays des soviets ! Quelques uns y verraient presque un oxymore.

grégaires, plus ou moins indépendantes, plus ou moins résistantes à la fatigue. Certains passaient leur bac il y a huit mois, d’autres partent à Taïwan, au Canada ou à Berlin l’année prochaine, d’autres encore ont déjà leur diplôme mais continuent d’exercer leur autorité Un aussi grand groupe ne pouvait morale sur la petite communauté. qu’être divers et mêlé. Quel plaisir de découvrir un peu plus Et pourtant, nous avons pu d e c h a c u n , a u g r é d e s profiter de beaux moments, seuls, conversations et au fil des jours. en petit groupe ou tous ensemble. Une passionnée de danse émerveillée face à un ballet russe, Signe de croix, trois doigts joints, un addict du figaro.fr qui se on s’agenouille et nouveau signe r e t r o u v e s a n s i p h o n e , u n de croix. La tête se penche, on aumônier qui dévoile un peu de offre un baiser puis le front vient son histoire, une admiratrice se poser contre la paroi dorée du cachée du ministre des Affaires reliquaire de Saint Serge. Un Européennes, un (très) studieux moine psalmodie, l’ambiance est étudiant amoureux de la culture… emplie de la fumée de ces petites Des personnalités plus ou moins bougies jaunes orangées que l’on

retrouve dans toutes les églises, les icones nous entourent et semblent nous regarder. Il est un peu surréaliste de voir défiler avec solennité ceux que l’on croise habituellement affalés dans le canapé marron du CSG ou bien au détour d’un couloir, de jolis plans en deux parties dans les mains. Personnellement, je garderai avant tout le souvenir d’une communauté très mature et unie, où des amitiés naissent et s’épanouissent, mais aussi d’une communauté capable d’accueillir au mieux de nouveaux venus et prête à soutenir ceux qui sont un peu perdus et viennent à elle.

Pierre ADAM


UN GRAND MERCI A NOS GENEREUX DONATEURS Les paroisses de Saint Thomas d'Aquin, Saint Ignace, Saint Christophe de Javel, Sainte Clotilde, Sainte Lucie d'Issy-lesMoulineaux Plusieurs donateurs privés Concours des projets innovants gagné à la Rencontre National des Chrétiens en Grande Ecole (CGE) Le Pôle jeunes adultes du diocèse de Paris La Vie étudiante de Sciences-Po Paris Les Anciens du Centre Saint Guillaume


Le Pharisien Libere Hors serie Moscou