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Accroches n°48

11 Musiques | Expérimental

Skiv. Marche de travers G 

CD

rande orgie sonore, impressionnante explosion musicale, la nouvelle livraison de Skiv. (Disturbed Walk) fusionne les genres pour accoucher d’un style sans patrie. Entre rock noisy, dubsteb, hip-hop et jazz, le système s’embrase et incendie les sens. Au cœur du brasier, saxophone, machines, guitare et percussions brûlent d’une même flamme : un amour profond de la musique. | Nicolas Alsteen |

Le groupe est apparu sur les radars sous le nom de Skiv Trio. Pourquoi avoir abandonné le « Trio » en chemin ?

Skiv. : D’abord pour une raison esthétique. Maintenant, le nom du groupe est plus court, plus percutant. Ensuite, on souhaitait éviter les connotations jazz. Quand un projet se présente au public en tant que trio, on s’y réfère quasi systématiquement. En prime, la présence du saxophone nous a souvent valu quelques assimilations au jazz. Même si on peut trouver quelques éléments propres à ce genre dans notre musique, on s’en éloigne à bien des égards. Même si nous sommes toujours trois dans le groupe, on a préféré laisser tomber le Trio. (Sourire)

L’époque segmente de plus en plus les styles musicaux. On classe désormais la musique par genre et sous-genre. À cet égard, Skiv. s’inscrit un peu en rupture de la tendance. Vous prônez davantage la symbiose. Quelle étiquette colleriez-vous sur votre musique ?

On y réfléchit tous les jours ! (Sourire) Quand on trouvera le mot qui parvient à résumer notre mixture, on aura fait un pas en avant. On cherche une contraction adéquate. Mais c’est assez difficile vu que notre musique se situe à la croisée des genres. Pour l’instant, on la décrit toujours en additionnant des styles musicaux officiellement admis. Nos compositions voyagent entre des projets hip-hop à la Anticon (Amon Tobin, Jaga Jazzist), le noise rock – avec l’influence notoire de quelques labels norvégiens comme Rune Grammofon – et quelques ingrédients dubstep. Si on décortique, Skiv. se compose d’un Liégeois, d’un Carolorégien et d’un Brabançon. Mais tout le monde vit à Bruxelles. Partant de là, vous êtes assez représentatifs de la toute fraîche Fédération Wallonie-Bruxelles. Que pensez-vous de la place accordée aux musiques alternatives sur ce territoire ?

Ces dernières années sont marquées par quelques progressions. Mais elles restent encore bien timides. Pour réaliser notre album, nous avons bénéficié d’un subside, par exemple. Nous sommes bien conscients de

Disturbed Walk

(Plynt Records)

Comment sensibiliser la presse, les tourneurs et les programmateurs aux niches musicales qui fleurissent aujourd’hui aux quatre coins du pays ? notre chance. Mais il manque encore des relais et des lieux © skiv. pour faire tourner les projets une fois que les albums sont disponibles. Comment sensibiliser la presse, les tourneurs et les programmateurs aux niches musicales qui fleurissent aujourd’hui aux quatre coins du pays ? On peine encore à reconnaître le potentiel de notre scène alternative. Pour l’instant, notre schéma, c’est celui de la débrouille. On est en plein « Do It Yourself ». Mais ce n’est pas notre volonté absolue de fonctionner comme ça. C’est juste que, pour l’instant, c’est notre seule solution. Si on veut s’inscrire dans la durée et prétendre à une certaine longévité, on va devoir, à un moment ou l’autre, apprendre à déléguer. Reste à savoir à qui… Vous revenez à l’instant d’une tournée en Chine. Skiv. s’exporte. Pourtant, vous semblez revendiquer votre belgitude. Un morceau de l’album s’intitule Stoemp…

On vit plutôt bien le fait d’être un groupe belge. À l’étranger, on le revendique. On se vend comme ça. Alors oui, Stoemp, c’est clairement une référence à notre pays. Même si nous sommes tous les trois originaires de Wallonie, nous vivons à Bruxelles. À l’origine, le groupe s’appellait Skiev Trio. En bruxellois, le mot « skiev » signifie « de travers ». Et comme nous étions installés dans la capitale, ce mot était un chouette clin d’œil. D’autant qu’il collait bien à l’esprit de notre musique qui, pour certains, peut sembler bancale. Par la suite, ça a évolué pour se transformer en Skiv. On revendique également une certaine appartenance à la Wallonie. (Sourire) Le dernier morceau de l’album s’intitule Rawette. En wallon, ça

évoque un « petit rajout ». C’était juste parfait pour conclure le disque. Votre approche musicale force la rencontre entre électronique et acoustique. Pour vous, ces deux composantes fonctionnent-elles par opposition ou en complémentarité ?

C’est une bonne question. Car, à nos débuts, le processus créatif manquait de clarté. On ne parvenait pas à savoir si une boucle électronique allait ou non fonctionner avec les rythmiques de la batterie. Aujourd’hui, on a trouvé nos marques. Tout est plus fluide. On perçoit instinctivement des complémentarités entre les sons. Désormais, notre principal souci, c’est de porter notre musique à la scène. On ne veut pas être perçu comme un groupe de studio. Peut-on voir Skiv. comme une tentative de réponse au vide visuel dominant largement le monde des musiques électroniques ?

On n’a pas la prétention d’apporter une solution définitive, mais on tente toujours d’agrémenter notre univers de touches visuelles. Sur scène, même les parties électroniques de nos morceaux sont « jouées » autant que possible. On insiste énormément sur la manipulation des machines, par exemple. L’utilisation de la guitare, du saxophone et de la batterie va également dans ce sens. En concert, on accompagne nos performances de projections. On essaie toujours de montrer un maximum de choses au public. www.plynt.be

Skiv. Marche de travers  

Review et interview paru dans Accroches n°48, le magazine du Conseil de la MUsique de la Communauté Française de Belgique.