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// POMPIDOU-METZ : CHEFS D’ŒUVRE ? // VEILHAN À VERSAILLES // RETROSPECTIVE ALFONS MUCHA //


EDITO


04 07 11


ART

EXPO

XAVIER VEILHAN Deux ans de travail, deux millions de visiteurs attendus, qui a dit que la France n’aimait pas l’art contemporain ? Et c’est dans l’un de ses fleurons, le château de Versailles, que Xavier Veilhan, du 13 septembre au 13 décembre, offre une exposition d’oeuvres colossales, où la poésie de l’imaginaire côtoie les formes de l’imagerie moderne.

Après le tumulte artificiel de Jeff

au trésor dans les jardins du

Koons dans les appartements

château de Versailles. Un ima-

du roi, l’ambiance se détend à

ginaire aux allures d’algorithme

Versailles avec l’exposition de

secret de la réalité que Xavier

Xavier Veilhan. Luxe, calme et

Veilhan, alors en pleine finali-

volupté ; ambiance lunaire et

sation de ce projet qui lui tenait

studieuse pour ce projet d’en-

particulièrement à coeur, prend

vergure, qui manie les réfé-

le temps de partager avec nous.

rences et propose un ensemble de formes qui font mouche. De l’architecture à l’art classique, de la conquête de la Lune au vertige de formes travaillées par l’informatique, les sculptures et installations de Xavier Veilhan dessinent une nouvelle carte


Shark, Veilan.


1860

RETRO

Naissance dans le sud de la Moravie

1879 Travaille comme peintre de décors pour l’entreprise Kautsky-Brioschi-Burghardt, à Vienne.

MUCHA EN QUELQUES DATES

ART


ALFONS M U C H A Unique étape française, entre Vienne et Munich, le musée Fabre de Montpellier Agglomération présentera tout l’été une rétrospective consacrée à Alfons Mucha, le plus célèbre représentant de l’Art Nouveau. En partenariat avec le musée du Belvédère de Vienne et la Kunsthalle der Hypo-Kulturstiftung de Munich, et avec le soutien du musée d’Orsay, près de 280 oeuvres (peintures, dessins, affiches, livres, photographies, bijoux, pièces de mobilier et objets d’art) sont réunis à Montpellier, grâce aux prêts d’institutions internationales prestigieuses. Elles sont les témoins des importants bouleversements artistiques, politiques et idéologiques du début du XXe siècle dans lesquels l’Europe actuelle vient puiser ses racines. Panorama complet de la production foisonnante de Mucha, cette exposition restitue l’atmosphère de créativité caractéristique de la Belle Epoque. Elle révèle aussi les ambitions humanistes d’un artiste slave profondément engagé qui, convaincu de son destin national, n’hésita pas à renoncer à la ‘modernité européenne’ qui avait fait sa renommée pour se consacrer à la gloire de sa patrie.


La Bénédictine, les papiers à cigarette Job, les biscuits Lu… Les affiches publicitaires d’Alfons Mucha ont largement contribué à en faire un artiste reconnu du grand public. Bien que son talent s’adapte à tous les supports des arts appliqués (mobilier, bijoux, vaisselle, affiches de théâtre ou illustrations), Mucha se destinait en fait à la peinture d’histoire. La rétrospective qui lui est consacrée au musée Fabre de Montpellier fait le point sur une carrière d’une richesse impressionnante, mais dévoile également une personnalité d’une rare constance visà-vis de ses premiers engagements. Car l’artiste est un humaniste convaincu, pour qui l’art est une force éclairante. Si quelques heureuses rencontres lui permettent de poursuivre avec passion ses activités de graphiste, il se consacre d’abord à la peinture d’histoire et réserve sa grande oeuvre pour sa patrie, cherchant toute sa vie à exalter par son art le peuple slave. Sophistiqué et ambitieux mais sans poudre aux yeux, le parcours commence par ses principales oeuvres de l’Art Nouveau, avant de révéler ses impressionnantes qualités de peintre et de dessinateur. On suit avec ravissement les courbes gracieuses de ses figures féminines, leurs longs cheveux parsemés d’étoiles qui rappellent étrangement des sortes de mangas avant-gardistes. Sa peinture en revanche ouvre les portes d’un univers sombre, mais toujours éclairci d’une foi inébranlable en l’Homme. Les illustrations de ‘L’Histoire de l’Espagne’ de Charles Seignobos, ou celles du ‘Pater’ en traduisent l’essence. A l’inverse, il reprend son geste graphique bien connu pour le pavillon de la Bosnie-Herzégovine de l’Exposition universelle de Paris en 1900, entièrement reconstitué ici par le musée. Sans pour autant céder au spectaculaire, la rétrospective se termine par deux des dix-neuf gigantesques panneaux de ‘L’Epopée slave’, à laquelle Mucha parviendra finalement à consacrer le reste de sa vie.


ART

MUSEE

POMPIDOU METZ Grand événement sous le ciel lorrain : un étrange chapeau blanc vient de se poser délicatement à quelques mètres de la gare de Metz. Ses douces courbes abriteront les prêts du centre Pompidou Paris qui, faute de place, ne peut montrer toutes ses oeuvres. Ni annexe, ni musée, ni centre d’art, le centre Pompidou Metz se laisse dévoiler à demimots par son directeur... en attendant de le visiter.

Par une frileuse soirée de janvier 1977, Valéry Giscard

ses portes. Elle hérite d’un certain nombre de valeurs

d’Estaing et son premier ministre Raymond Barre inau-

de son aîné, y compris celle d’une architecture originale

gurent l’équipement culturel qui, entre autres carac-

et transparente. Mais son directeur, Laurent Le Bon,

téristiques, aura sans doute fait le plus couler d’encre.

prévient d’office ceux qui seraient tentés par la compa-

Paquebot échoué dans le quartier exigu des Halles, ar-

raison. Chapiteau atypique flottant un peu dans le vide,

borant fièrement sa rutilante tuyauterie, le centre Pompi-

le CPM ne se veut ni musée, ni centre d’art. Qu’est-ce

dou incarne en grand format l’utopie des maisons de la

donc alors ? Les porteurs de projets pharaoniques étant

culture rêvées par Malraux, et ouvre du même coup une

toujours prompts à se poser en pionniers, il est juste «la

autre ère qui court toujours : celle du musée hybride, plu-

première décentralisation d’une grande institution natio-

ridisciplinaire et multifonctions. Des millions de visiteurs

nale». La «toute toute première fois» d’une nouvelle his-

plus tard et après trente années de débat sur une décen-

toire, où décentralisation rime avec dématérialisation ?

tralisation encore grippée, une version messine ouvre


«Notre idée est de faire revivre l’utopie du centre Pom-

en est. Un idéal donc, dans le sens où rien de similaire

pidou Paris» déclarait récemment Laurent Le Bon au

n’existait en France, mais pas insensé non plus, bien

sujet du projet messin. L’occasion de revenir sur ce qui

au contraire. Un projet qui s’appuyait sur la bibliothèque

effectivement, dans les années 1970, tint le pari au-

publique, alors à la recherche d’un abri, qui montrerait

dacieux d’un lieu qui rendrait accessible à tous, dans

l’art le plus pointu dans une ambiance décomplexée.

tous les sens du terme, l’art le plus moderne qui soit et

Un centre convivial, ouvert tard le soir et initiateur des

sous toutes ses formes. Renzo Piano, architecte avec

ateliers enfants. Un paquebot spatial, comme le nom-

Richard Rogers de Beaubourg, confirme d’ailleurs l’eu-

mait Renzo Piano, «qui inspirerait plus la curiosité que

phorie de ces années, qui seules pouvaient faire sortir

l’intimidation». A une époque où 47 % des Français

de terre une telle audace : «A l’époque on était tous

considéraient que l’on ne dépensait pas assez pour

fous ! Les concours n’avaient rien à voir avec ce qu’ils

la culture, où 50 % approuvait ce projet, l’idée sem-

sont aujourd’hui. On nous disait en gros : ‘Faites un

blait presque tomber sous le sens. (4) Au-delà de cette

musée sur l’équivalent d’un terrain de foot en plein Pa-

grande action en faveur de la démocratisation culturelle,

ris’». L’autre projet qui concurrença d’ailleurs «Notre-

pointaient déjà des préoccupations plus économiques

Dame de la tuyauterie», comme le nommaient ses

: c’était aussi pour Paris la volonté de conserver le titre

détracteurs, était celui de Yona Friedman, utopiste s’il

de capitale artistique, à l’époque chahuté par New York.

Portrait prémonitoire de Guillaume ­ Apollinaire, Chirico.

La Tristesse du roi , Matisse.


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