Issuu on Google+

LA PUCE à L’OREILLE Publication du MFPF 34 - N°109 - 4ème trimestre 2011

Sommaire P.2 Actualités nationales et internationales Programme International Université d’été 2011

P.6 Actualités locales L’hypersexualisation Grossesses précoces

P.8 Droits fondamentaux Sexe, genre et sexualité

P.10 Culture Agota Kristov Eve Ensler

P.12 Bulletin d’abonnement

Péril en la demeure du Planning ! LES TEMPS CHANGENT, nous dit-on, il n'y a plus d'argent dans les caisses, nous devons être solidaires ! Nous en avons bien conscience mais comment rester de marbre quand les décisions prises sont dénuées de sens et répondent d’abord à une logique technique et gestionnaire ? Après la décision de l'Agence régionale de santé (ARS) de ne plus subventionner la ligne téléphonique régionale d’information sur l'IVG qui recevait près de 900 appels par an, le Conseil général de l'Hérault, partenaire historique de notre mouvement, nous retire la gestion des centres de planification dans les Hauts Cantons et transfère une partie de l'activité... à des cliniques privées ! Exit, l'écoute des jeunes par une conseillère alors même que l’Inspection géranérale des affaires sociales (IGAS) préconise de ne pas réduire l'accès à la contraception à la seule consultation médicale. Peu importe le licenciement des trois conseillères Planning intervenant sur le secteur (deux d'entres ont été interpellées par les services techniques du Conseil général (!!!) pour être salariées par les nouveaux opérateurs reprenant l'activité)... Alors que retenir des incantations actuelles de ne pas nous inquiéter venant des mêmes personnes qui nous expliquent qu'elles agissent au nom de l'intérêt de toutes et tous ? Et demain, qu'en sera-t-il des permanences de Montpellier, Agde, Lunel où nous accueillons et informons chaque année près de 5 000 jeunes. Nous tirons la sonnette d'alarme car on touche au cœur de notre combat féministe. Fatima Bellaredj, présidente du Planning 34

1

LA PUCE à L’OREILLE n 4ème trimestre 2011


Actualités nationales & internationales

Programme international : une dynamique de formation Le 4 Octobre, lors d’un séminaire à la Mairie de Paris, le Planning a présenté le programme international de réduction des risques sexuels mené depuis 2003 au Burkina Faso, au Cameroun et à Madagascar. DEPUIS 2003,  LE PLANNING MÈNE  un programme de coopération avec une quarantaine d’organisations du Burkina Faso, du Cameroun et de Madagascar sur la réduction des risques sexuels (RRS), en direction des femmes. Le Planning a souhaité partager les enseignements de ces sept années d’expérience lors d’un colloque qui s’est tenu à Paris le 4 octobre. objectifs du programme Contribuant à l’amélioration de la santé sexuelle et reproductive des femmes et à leur connaissance de leurs droits fondamentaux, par les informations et l’aide à la restauration de l’estime de soi, le programme international de réduction des risques sexuels (RRS) vise à renforcer leur capacité d’autonomie dans leur façon d’appréhender les risques liés à la sexualité, ce qui constitue un support à la lutte contre la contamination du VIH : par le renforcement des capacités des associations partenaires de cette action; en favorisant leurs actions de prévention,en direction des femmes et des jeunes filles; en transférant à ces associations les compétences nécessaires ; par la promotion et la diffusion du préservatif féminin ; en favorisant la mise en réseau des associations et la mutualisation des connaissances. angle d’approche La santé des femmes est abordée globalement. Le programme privilégie une approche qui intègre santé sexuelle et reproductive, droit des femmes, lutte contre les violences et la réduction des risques sexuels, y compris IST et Sida, ainsi que la prévention des grossesses non désirées, la connaissance du corps, les modes de transmission et de traitement des IST et du VIH, les moyens de contraception, le suivi gynécologique, la ménopause, la négociation dans le couple, les droits des femmes, les mariages forcés, les violences domestiques...

A Bobo Dioulasso (Burkina Faso) en 2004: les animatrices choisissent des dessins pour élaborer un lexique illustré sur le corps, la contraception, les moyens de protection.

acteurs et bénéficiaires Depuis I998, le Planning familial français mène un travail de réduction des risques sexuels en France métropolitaine et dans les Départements d’outre-mer. Il a développé depuis longtemps des contacts avec des associations de planification familiale et des associations de femmes au Burkina Faso, au Cameroun et à Madagascar. Ces associations ont été intéressées à développer une collaboration avec nous sur ces sujets. Cette démarche de collaboration privilégie une approche basée sur le transfert de savoir, de savoir être et de compétences. Le choix de la diversité des associations a été privilégié pour contribuer à la mutualisation des savoirs et des compétences. Les bénéficiaires du programme sont principalement des jeunes filles et des femmes, séropositives ou non, en difficulté de prévention. Leur situations familiales ou socio économique sont variées. Une part significative est analphabète ou avec un faible niveau scolaire.

LA PUCE à L’OREILLE n 4ème trimestre 2011

2

méthodes utilisées Former des animatrices : les formations se sont adressées à des femmes qui, par leur action associative, ou leur travail dans une structure sanitaire ou sociale, étaient en contact avec des femmes et avaient une certaine expérience de la prévention au sens large. Ces formations visaient à améliorer les connaissances et le savoir-faire nécessaire à l’animation de groupes de parole en partant des acquis et des compétences des stagiaires, l’objectif étant de développer sur le terrain des actions de prévention en direction de femmes et à être des relais au sein de leur association et de leur communauté. Ces personnes se sont engagées à retransmettre les connaissances acquises dans des « groupes de paroles » ou « causeries » constituées à cet effet. Chaque groupe est constitué de 10 à 15 personnes, et se réunit pendant 7 séances, partant des préoccupations des participantes , des informations sont échangées. La dynamique d’échanges lll


Actualités nationales & internationales

Groupe de paroles RRS à Logofoursso, au Burkina Faso, en 2004

entre les personnes à faire évoluer les comportement est très importante. Dans le groupe, les femmes prennent conscience que des femmes dans la même situation qu’elles ont pu changer un certain sombre de choses. Former des formatrices: à partir des animatrices qui avaient mené au moins une action de prévention sous forme de groupe de parole, le Planning Familial a organisé en 2007, deux formations de formatrices pour pérenniser le programme au-delà de l’intervention du Planning Familial, et en assurer les effets démultiplicateurs, renforcer les capacités des associations partenaires et leur autonomisation et diffuser l’action en milieu rural. Ces personnes se sont engagées à mettre en place des animatrices de prévention, qui à leur tour se sont engagées à mettre en place des actions de prévention sous forme de groupes de parole. lll

étapes de l’action Le programme a débuté en 2003, dans chacun des trois pays. Jusqu’en 2005, il a impliqué quarante associations et développé cinq cents actions de prévention sous forme de groupes de parole animés par cent vingt quatre animatrices qui ont touché 6 500 femmes. Plus de 20 000 préservatifs féminins ont été distribués aux femmes qui avaient participé aux groupes de parole. Des évaluations ont mis en évidence l’intérêt capital de cette approche globale qui aborde de façon conjointe la question des outils de prévention et celle du statut des femmes. Le groupe de parole est un outil d’une grande richesse dont les femmes se sont emparées de façon remarquable. De 2007 à 2010, quarante associations ont été impliquées, quarante neuf formatrices issues de vingt neuf associa-

tions locales ont été formées, qui ont formé à leur tour 254 nouvelles animatrices, et 1 368 actions de prévention ont été mises en place par les associations. Plus de 10 370 femmes et jeunes filles ont bénéficié de ces actions, ainsi qu’un nombre restreint d’hommes. Au terme de ce deuxième cycle, les associations partenaires ont réalisé un bilan et formulé un certain nombre de recommandations pour la suite. Elles ont confirmé la pertinence de l’approche globales de la prévention qui intègre santé sexuelle et reproductrice, VIH/Sida et droits des femmes et celle de la méthodologie d’intervention. Mais, elles ont souligné les limites d’une intervention ciblant uniquement les femmes et préconisé l’ouverture aux hommes. Elles ont aussi insisté sur la nécessité de renforcer les compétences et le savoir être des animatrices formées en 2008. Un nouveau cycle démarre donc pour la période 2011-2014 avec le Projet : « Santé - Sexualité - droit et Genre » qui prend en compte les préconisations, les recommandation des associations partenaires, les institutions locales des trois pays et les évaluations des premières étapes dont l’objectif global est de contribuer à l’appropriation par les populations locales de leurs droits fondamentaux en matière de sexualité, de reproduction et d’égalité des sexes dans une optique d’amélioration de leur santé et de l’égalité entre femmes et hommes. Et ce par: - l’amélioration de la qualité des interventions. - la contribution à une meilleure appropriation de leurs droits par les publics cibles. - l’amélioration pour les populations de l’acceptabilité et l’accessibilité des services de santé, ainsi que de la lutte contre les violences, et la lutte contre le VIH-Sida. - l’intégration et la diffusion d’une approche globale de ces sujets dans les politiques publiques des pays concernés. - la remise en question des stéréotypes de genre qui renforcent les inégalités hommes/femmes et constituent des freins à l’amélioration de leur santé, de leur vie familiale et affective et de leur situation socio-économique. n

EN BREF Pologne: l’avortement menacé Les Organisations non gouvernementales européennes pour la santé et les droits en matière de sexualité et de reproduction (EuroNGOs), réunies les 13 et 14 octobres à Varsovie pour leur conférence annuelle, ont exprimé leur plus vive inquiétude face aux récentes menaces de réduire davantage encore l’accès à l’avortement en Pologne. En septembre, un projet de loi visant à interdire l’IVG, même en cas de mise en danger de la vie de la femme, a en effet été rejeté de justesse au parlement. La loi polonaise en matière d’avortement est l’une des plus restrictives d’Europe et est appliquée avec beaucoup de rigidité, médecins et hôpitaux abusant de la clause de conscience pour refuser aux femmes l’accès à leurs droits. Cette criminalisation de l’avortement a conduit au développement de pratiques sous-terraines, dangereuses pour les femmes. www.eurongos.org

LGBT en Ouganda Le prix Martin Ennals, remis chaque année par dix des principales organisations non gouvernementales mondiales de défense des droits humains, a été décerné le 13 octobre à Kasha Jacqueline Nabagesera, fondatrice et directrice exécutive de «Freedom and Roam Uganda», une organisation de défense des droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgernres (LGBT). Cette Ougandaise se bat depuis de nombreuses années pour les droits de la minorité LGBT en Ouganda. Source : Lettre Femmes d’Amnesty International

Marianne Loupiac

3

LA PUCE à L’OREILLE n 4ème trimestre 2011


Actualités nationales & internationales

Le militantisme, ça se transmet ! La question du militantisme et de l’engagement était au cœur des universités d’été 2011 du mouvement. Les 24 et 25 septembre, on a beaucoup débattu de questions auxquelles sont confrontées l’ensemble des associations départementales. Et on est reparti avec quelques pistes… DANS  UN  CONTEXTE  DE  RECUL des droits, la question de l’engagement a suscité l’enthousiasme des participants à l’université d’été 2011 du Planning familial, qui s’est tenue les 24 et 25 septembre à Paris. Deux cent trente personnes (un record !) s’étaient en effet inscrites pour débattre de la thématique proposée : « Résister et Inventer : pourquoi et comment s’engager avec le Planning familial. » L’introduction aux débats portée par trois générations de militantes posait d’emblée la question de la transmission, du passage de témoin. Simone Iff, présidente du Planning en 1973, Carine Favier, présidente actuelle et Sarah Durocher, benjamine du conseil d’administration confédéral ont toutes affirmé, à leur manière, la nécessité d’un combat féministe toujours « crédible, pertinent et légitime ». « Nos combats ne sont pas ringards », a rappelé Carine et la parole du Planning d’au-

Un e site sentinell également été l’occa-

été a L’université d’ visage du ter le nouveau en és sion de pr iellement national, offic site internet week-end. lancé le même justifié la , webmestre, a rd Shiva Bernha la toile en ouvement sur présence du m ssible de n’était plus po , quand rappelant qu’il et rn te ique sans in lit po la de e ir fa tent tous les çais s’y connec 92% des Fran ent : rmet notamm jours. L’outil pe rassurant - un anonymat e et la désle prosélytism re - la lutte cont l’IVG s opposants à information de l’action de s pa e ac pl m re Polyvalent, il ne ser difféili ob rmet de m pe s ai m n ai rr te des actions être le relais remment et d’ serré entre à un maillage locales, grâce al. ér ral et le conféd nt à la les AD, le fédé lie re us mmuns no Des points co diale : vaste toile mon ? Nous aussi ! Internet change aussi ! réseau ? Nous Internet est un if ? Nous ct lle co t produi Internet est un aussi ! z-vous ! Alors, connecte familial.org gin www.plann

Trois générations de militantes Planning à la tribune de l’université d’été. De gauche à droite : Simone Iff, Carine Favier et Sarah Durocher

jourd’hui et de demain doit être construite ensemble. Les différentes tables rondes de la première journée ont permis de creuser les questions qui traversent toutes les associations départementales : la forme du militantisme, la professionnalisation des actions, la coexistence du bénévolat et du salariat. Lilian Mathieu, directeur de recherche au CNRS est intervenu lors de la première table ronde « Militer aujourd’hui » pour dénoncer avec humour l’opposition présupposée, et surtout temporelle, entre « militantisme ancien » et « militantisme nouveau ». L’un serait forcément bureaucrate, vertical, triste avec des militants « asservis » et l’autre trancherait par une organisation horizontale et informelle, des manifestations « drôles » et percutantes et des « sympathisants libres ». Les questions qui se posent aujourd’hui sont plutôt celles de la reproduction militante et des menaces sur les conditions sociales de sa possibilité. Il n’empêche que ceux qu’on appelle « les nouveaux militants », ont tendance à utiliser les outils de marketing et de management des entreprises traditionnelles.

LA PUCE à L’OREILLE n 4ème trimestre 2011

4

Pour David Belliard, journaliste à Alternatives économiques, la professionnalisation des structures comporte un risque de dépolitisation. Les outils du management doivent donc être réinvestis par les organisations pour conserver le dynamisme politique. féminisme et militantisme Les associations lycéennes et étudiantes (L’UNL et Animafac étaient invitées à la tribune) sont confrontées au renouvellement permanent de leurs troupes, et donc à l’obligation de former et de transmettre régulièrement : leurs enseignements peuvent être précieux pour notre mouvement et interrogent notre capacité à intégrer des bénéficiaires qui nous perçoivent davantage comme un service que comme un mouvement politique. Lors de la seconde table ronde « Féminisme et militantisme », Erika Flahault, sociologue, a présenté les grandes lignes de son étude sur militantisme et salariat qu’elle a menée dans les Pays de la Loire auprès de trois associations féministes, dont le Planning familial. L’introduction du salariat se fait au nom d’une plus grande efficacité, lll


Actualités nationales & internationales

des contraintes liées au militantisme et des militants soumis aux mêmes contraintes de formation que les professionnelles ; des frontières verticales avec une hiérarchie double (C.A et bureau d’un côté et direction de l’autre). Elle note que les liens entre militants et salariés peuvent se distendre au point de perdre le contact. Avec le salariat, les membres des C.A assument en effet des missions de gestionnaires qui les éloignent du terrain et les placent face à des contradictions personnelles. Elles ont parfois le sentiment d’être exclues de leurs associations. Le constat est là, mais que faire ? Erika Flahaut n’est pas repartie sans proposer de pistes. Selon elle, il est important de clarifier la place de chacune, de séparer les fonctions sans se couper les unes des autres ; distinguer engagement militant et respect des valeurs ; porter la professionnalisation comme une meilleure reconnaissance des salariés et revaloriser les emplois dans leur spécificité ; trouver des moments pour se retrouver. Reste à s’emparer de ces pistes pour mieux mener notre combat commun.

souvent sous la pression des financeurs (garantie d’une gestion saine et de professionnalisme) : toutes les associations départementales (AD) qui ont vécu ce passage en connaissent les différentes étapes et leurs conséquences. Les premiers contrats créés sont très majoritairement précaire (contrats aidés, temps partiel), même lorsqu’ils deviennent pérennes, ce qui maintient une imbrication entre salariat et militantisme (on ne compte pas son temps même si on est mal payé, en gros), renforcée par le fait que les salariés sont souvent recrutés parmi les militants et poursuivent ainsi leurs missions antérieures sous un nouveau statut. Puis les exigences de qualité du service rendu impliquent de nouveaux modes de recrutement, ciblant des personnes diplômées. Quand les premières directrices/gestionnaires/coordinatrices apparaissent, elles sont aussi issues du vivier militant : passer d’un statut à l’autre n’est pas évident dans des structures jusque là peu hiérarchisées. Enfin le recrutement s’ouvre vers l’extérieur, avec parfois le recours à des cabinets de recrutement et l’élaboration de profils de poste. Erika Flahault souligne plusieurs brouillages de frontières : des frontières horizontales avec des salariées à qui sont imposées lll

freins à l’intégration de nouvelles recrues La deuxième journée des assises a permis, au travers des ateliers et des présentations d’expériences locales, d’aborder concrètement les problématiques posées lors des tables rondes. Le but étant de travailler sur les freins à l’intégration de nouvelles recrues, avant le lancement d’une grande campagne nationale. En s’appuyant sur l’outil de théâtre forum, les participants des ateliers ont pu « jouer » des situations d’accueil et de transmission, mettant à jour les situations les plus courantes : le groupe « froid » qui ne favorise pas l’entrée des nouveaux ; le groupe trop enthousiaste qui submerge ou infantilise ; le mauvais accueil souvent dû à des tensions préexistantes. Des pistes se sont dégagées : mettre en place un groupe qui réfléchisse à l’accueil des nouveaux (rôle qui serait plutôt dévolu au C.A qu’à Militer c’est pas barbant ! l’équipe salariée) ; formaliser la co-formation, le travail en binôme ; clarifier l’anaLe groupe d’action féministe la Barbe s’est créé au moment de la campagne présidentielle lyse de la pratique ; retrouver le sens de 2007. Son but ? donner à voir quelque politique et permettre différentes formes chose qu’on ne voit plus : la prédominance exde militantisme ; développer la conviviaclusive des hommes, leurs privilèges et leurs lité et le plaisir d’être ensemble ; être à pouvoirs dans des domaines tels que la polil’écoute de propositions des nouvelles tique, la recherche, les grandes entreprises, les médias, la haute fonction publique… Leur slogan ? « Partout où les hommes se croient en terrain personnes et s’appuyer sur leurs compéconquis des femmes surgiront, arborant les attributs du pouvoir et jouant le tences. Autant d’idées que des AD en difjeu de la masculinité. » Ses outils ? des barbes, moustaches et autres posficulté (comme celles des Alpes maritimes tiches fabriqués maison, attributs ringards de l’homme blanc. L’acte fondaet de l’Aude) ont su mettre en œuvre avec teur du groupe est le « barbage » des statues de la République, repris succès. partout en France et reproduit régulièrement chaque année. Ce collectif informel sans hiérarchie récuse cependant le terme de « nouLa présidente a conclu ces deux jours de veau féminisme » : « on est dans la lignée de ce qui s’est fait avant : on n’est débat en invitant à clarifier, sans les oppopas des rigolotes. On ne fait pas d’humour mais on manie l’ironie et on espère ser, les fonctions et les périmètres d’interbien semer la terreur ! » a martelé Corentine Zankpe- Yovo, invitée de la vention, en permettant à chacun/chacune table ronde « militantisme et féminisme ». de s’y retrouver. n www.labarbelabarbe.org Marion Danton

5

LA PUCE à L’OREILLE n 4ème trimestre 2011


Actualités locales

Sois sexy et tais-toi Strings pour petites filles, concours de mini-miss, poses sexy dans les catalogues de vêtements... Les adultes projettent sur les enfants des modèles de féminité stéréotypée. Ce phénomène d’hypersexualisation n’est pas sans conséquence sur les comportements. LES OBSERVATEURS SOCIAUX SIGNALENT de plus en plus souvent un phénomène qui modifie de façon importante les comportements des jeunes, et même des enfants, qui subissent une hypersexualisation. Il s’agit d’un phénomène social qui consiste à projeter sur l’enfant une image de la génitalité adulte et des modèles uniques et stéréotypés de masculinité et de féminité à des fins commerciales et idéologiques. On peut également parler d’érotisation de l’enfance ou de sexualisation précoce où apparaît « un décalage entre le développement physique et le développement psycho affectif de l’enfant ». « Il y a ceci de nouveau que le développement des NTIC permet de véhiculer de manière massive des images sexualisées de femmes et de petites filles, mais aussi d’hommes et de garçons, renforçant et alimentant les assignations de genre, en particulier dans le domaine de la sexualité. » « Or, les enfants ont aujourd’hui, un accès pratiquement direct à une multitude d’images fortement sexualisées et stéréotypées, en pleine construction de leur identité ». Ils et elles sont particulièrement sensibles aux modèles qui leur sont présentés et qui valorisent de plus en plus la carte de la sexualité pour obtenir le pouvoir. Cette sexualisation implique des pressions sociales visant la conformité à un idéal de sexualité « exclusivement génitale, mécanique, rapide et consommable, sans conséquences, déshumanisée et instrumentalisant le corps, et inégale entre les hommes et les femmes. »

Petite fille ou femme ? Je ne sais pas qui je suis...

socialement ou pour être dans la norme du groupe social dont elles font partie. En parallèle, les messages de la société incitent les garçons à être beaux et musclés, mais aussi machos, riches et sexuellement actifs. En effet, les garçons ont pour idoles les héros de jeux vidéos ou de films, présentés comme des êtres libres, forts et robustes, totalement indépendants, ayant le pouvoir dans la relation amoureuse, obsédés par le sexe, violents, colériques et insensibles. Certains pourront donc se sentir forcés d’agir de telle façon pour être acceptés dans leur groupe d’amis. Ainsi, encouragés par les messages sexistes et souvent violents envers les femmes, certains garçons et adolescents adopteront des comportements empreints de mépris, violence, ou de domination envers les filles, les femmes, mais également envers les garçons moins conformes à l’image idéalisée du masculin.... Enfin, de nombreux garçons et filles assimilent souvent une conception irréaliste et réductrice de la sexualité et des relations amoureuses à travers la pornographie. Quelques chercheuses et chercheurs, établissent un lien entre la sexualisation précoce, et l’exposition continue aux images érotisées, aux violences, en particulier sexuelles et sexistes. En accord avec le projet social et féministe du Mouvement français pour le planning familial, ainsi que son adhésion aux principes de l’Education Populaire, l’association départementale de l’Hérault réfléchit à la mise en place d’un programme destiné à sensibiliser les professionnels et les parents à la problématique de l’hypersexualisation ainsi qu’aux enjeux et conséquences qui en découlent. n

pression médiatique Depuis longtemps, les féministes en particulier, ont protesté contre les images diffusées par les publicités qui renforcent et alimentent les stéréotypes de genre en matière de sexualité. Mais, cette pression des médias se fait sentir de plus en plus sur les jeunes et les enfants. Le message qui leur est transmis est clair : les filles doivent être belles sages, sexy et disponibles sexuellement ou encore « rester vierges et pures » ! Par exemple on leur propose des poupées Barbies avec un string et on leur vend du rouge à lèvres, du maquillage, ou des « vêtements sexy »... En misant sur le paraître, les jeunes filles deviennent extrêmement dépendantes de l’appréciation des autres. Par ailleurs, l’imposition de standards irréalistes par les industries de la mode, de la publicité et des médias, risque d’entraîner pour plusieurs d’entre elles une insatisfaction par rapport à leur apparence, ainsi qu’une baisse de leur estime de soi... Selon une recherche faite par l’association Américaine de Psychologie, les effets se font sentir à plusieurs niveaux : cognitif, sentimental, sexuel, des relations avec les autres, etc. qui vont des troubles alimentaires à l’utilisation récurrente de régimes amaigrissants dès le plus jeune âge, etc. et à l’acceptation de certaines pratiques, non parce qu’elles sont vraiment désirées, mais pour répondre aux demandes pour être acceptées LA PUCE à L’OREILLE n 4ème trimestre 2011

Marianne Loupiac

6


Actualités locales

Grossesses précoces Une étude portant sur les grossesses précoces a été rendue publique en mai 2011 : elle montre notamment que la venue d'un enfant chez une femme de moins de vingt et un ans renforce les situations de pauvreté et de précarité existantes. IL N’EST PAS RARE d'accueillir dans nos permanences, des jeunes filles enceintes et souhaitant poursuivre leur grossesse. Au-delà des aspects médicaux et des raisons sociologiques, il est intéressant d'analyser les conséquences socio-économiques de ces grossesses dites précoces. C'est l'objet de l'étude menée par le comité de pilotage de la plate-forme d'observation sociale et sanitaire du Languedoc-Roussillon (PossLR), intitulée Etre mère avant 21 ans : comment soutenir l'accès à la parentalité et l'insertion sociale ? (*) qui vise à analyser « l'impact d'une maternité précoce sur le parcours de formation et d'insertion de la mère, la construction de la parentalité et les relations familiales ». Premier constat : le phénomène est stable et représentait en moyenne 5,3% de l'ensemble des naissances en Languedoc-Roussillon sur la période 20002008. Le plus fort taux étant observé dans le département des PyrénéesOrientales. Parmi les jeunes mères, les mineures ne représentent que 12,2%, soit 0,7% de l'ensemble des naissances de la région. reconnaissance par le père La proportion des naissances hors mariage est plus élevée chez les jeunes mères que parmi l'ensemble des mères, mais le père n'est néanmoins pas absent. Plus âgé que la mère dans huit cas sur dix, il reconnaît son enfant dans plus de sept cas sur dix. Si le taux reste moindre que chez les mères âgées de plus de vingt ans, il est en augmentation constante. Grâce aux données recueillies auprès des caisses d'allocations familiales, on constate que huit jeunes mères sur dix (79,1%) vivent en dessous du seuil de pauvreté. Autre renseignement intéressant fourni par l'étude, les jeunes mères indiquent avoir manqué d'aides pendant leur grossesse : aides financières d'abord (44,8%), mais aussi soutien familial

(19,4%), soutien psychologique (17%) et soutien à la scolarité (14,9%). Ce qui explique que le comité de pilotage de l'étude recommande la nécessité d'informer les professionnels de la naissance, de la formation et de l'insertion sur les maternités survenant tôt pour mieux accompagner les personnes et éviter de renforcer les situations de pauvreté et de précarité préexistantesen particulier pour deux groupes identifiés « les monoparentales vulnérables » (niveau de qualification faible, pas d'activité professionnelle, victimes de violence) et les « adolescentes mères "par accident" isolées et sans ressources ». n Marion Danton (*) Le rapport d'étude est téléchargeable sur le site de la Poss-LR (www.poss-lr.net) et sur celui de l’Observatoire régional de la santé (www.ors-lr.org).

EN BREF Fédération régionale Le nouveau conseil d’administration de la Fédération régionale Languedoc-Roussillon a été élu le 22 octobre. Ont été élues au Bureau : Josiane Moualek (AD 34): trésorière ; Julie Thélu-Noisette (AD 11): trésorière adjointe ; Marie-France Taurinya (AD 66) : secrétaire; Emmanuelle Sanchez (AD 11); Paola Ciardullo (AD 11); Badou Ortega (AD 66) et Carine Favier (AD 34).

Changement de direction Françoise Imbert quitte la direction du Planning de l’Hérault en janvier 2012 pour s’envoler vers d’autres horizons.

Création Un Planning famillial va être créé dans le Tarn (81), seul département de la région Midi-Pyrénées à en être dépourvu.

Prix Le Planning familial a reçu un prix de la Fondation de France pour son programme de prévention «Handicap et alors?».

Toutes les mineures enceintes ne sont pas soutenues par leur famille comme Juno dans le film éponyme de Jason Reiman...

7

Petites miss, du podium au parquet Le Planning familial du Gers a dénoncé le sexisme du concours de mini miss, suite à une affiche du concours placardé dans les rues d'Auch sur laquelle une petite fille aux épaules dénuées arborait une écharpe frappée du mot "séduction". Elles ont demandé au maire d'annuler le concours et ne pas cautionner un concours qu'elles jugent sexiste, dégradant et racoleur. Elles préparent une grande conférence avec le conseil régional, début 2012, sur l'hypersexualisation des filles.

LA PUCE à L’OREILLE n 4ème trimestre 2011


Droits fondamentaux

Sexe, genre et sexualité dans l'éducation Derrière la polémique suscitée par l’introduction dans les manuels scolaires de SVT de la notion de genre, c’est la question de l’éducation sexuelle qui est posée. Mises au point. dite "hétérosexuelle" si la personne est attirée sexuellement par le sexe opposé au sien ; "homosexuelle" pour une personne attirée sexuellement par des personnes du même sexe qu’elle, "bisexuelle" pour une attirance sexuelle pour l’un et l’autre sexes. Mais nous reconnaît-on le droit de choisir l’orientation sexuelle et l’identité de genre que l'on souhaite sans subir de discrimination dans l’éducation, les soins de santé, la participation sociale et politique, et sans être la cible d’agression verbale ou physique ?

LE 30 AOÛT 2011, 80 DÉPUTÉS RÉCLAMENT l’interdiction des nouveaux manuels de SVT pour les classes de 1re L et ES qui distinguent "identité sexuelle", "rôles sexuels" et "orientation sexuelle" ou autrement dit sexe, genre et sexualité. Ces parlementaires soutiennent que c'est la nature des organes génitaux qui déterminent le sexe, on naît femme ou homme, on n'a pas le choix de son genre. Alors que la théorie du genre, c'est que chacun choisit son identité sexuelle qui est autant le fruit de l'environnement socioculturel que de la biologie. Une réflexion s'impose, car « l'enseignement du genre est une nécessité pour comprendre l'humanité dans toute sa diversité, et politiquement pour promouvoir les principes d'égalité entre les femmes et les hommes ». Selon la logique du genre « les rôles ne sont pas naturels et si les rôles ne sont pas naturels, cela pose la question de la place des hommes et des femmes, mais aussi la question des sexualités ».

éducation à la sexualité  Derrière cette polémique, c'est la question de l'éducation sexuelle qui est en jeu. En effet, selon la loi de juillet 2001, «une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles et par groupes d’âge homogène». Et comme le précise la circulaire de 2003 il s'agit «d'un apprentissage de l'altérité, des règles sociales, des lois et des valeurs communes». différence innée ou acquise ? Les objectifs sont-ils tenus ? « Nous en Pour certains, le sexe est déterminé gésommes, loin, très loin, répond Marienétiquement, on naît homme ou femme Pierre Martinet, Secrétaire générale du et le sexe détermine des personnalités Planning familial. La loi de 2001 est amet des comportements différents. Mais bitieuse, précise et concrète, mais il n’y les progrès de la science en particulier a ni contrainte ni sanction prévues pour en neurobiologie, ont montré que « Le sa non application et les moyens alloués nouveau-né humain ne connaît pas son sexe. Il va certes apprendre très tôt à Le groupe politique Homosexualité et socialisme sont dérisoires tant en personnel qu’en distinguer le masculin du féminin, mais a détourné le concept de la campagne réaction- temps imparti. Cela revient à une déclanaire menée par Christine Boutin. ration d’intention légalisée, laissée au libre ce n’est qu’à partir de l’âge de 2 ans et demi qu’il devient capable de s’identifier à l’un des deux sexes. arbitre des acteurs de l’Education Nationale.» Or depuis la naissance, il évolue dans un environnement sexué : Un rapport de l’inspection générale des affaires sociales (IGAS), la chambre, les jouets, les vêtements et les comportements des publié en février 2010, fait un constat similaire : « Au total, il adultes sont différents en fonction du sexe du jeune enfant. C’est semble que l’obligation légale soit très inégalement et partiellel’interaction avec l’environnement qui va orienter les goûts, les ment appliquée. » aptitudes et contribuer à forger les traits de personnalité en foncle support des manuels scolaires tion des modèles du masculin et du féminin donnés par la soD'où la nécessité d'une information à tous par l'intermédiaire ciété.» des manuels scolaires. C'est ce qui est explicitement inscrit dans un guide de l'Unesco intitulé Comment promouvoir l'égalité être ce que l'on se sent être L'identité de genre : généralement à la naissance, une identité entre les sexes par les manuels scolaires ? En voici quelques exde genre nous est attribuée d’après nos organes sexuels visibles. traits : Pour certaines personnes cela leur convient et elles ne la remet- « La confusion entre sexe et genre est courante. C’est en s’aptent pas en question. D'autres, par contre, ne se sentent pas à puyant sur les différences biologiques entre les sexes que la difl'aise dans le sexe qui leur est attribué et s'identifient mieux à férenciation sociale du masculin et du féminin est naturalisée. Elle est alors perçue comme indiscutable.» l'autre sexe. L’orientation sexuelle : c'est l’attirance d’une personne dans le « Le fait d’être mâle ou femelle ne suffit donc pas pour qu’une domaine des relations sexuelles et amoureuses. L’orientation est personne devienne une fille ou un garçon, puis une femme lll LA PUCE à L’OREILLE n 4ème trimestre 2011

8


Droits fondamentaux

lll ou un homme dans les rôles sociaux qui lui incombent selon la société dans laquelle elle vit. Pour cela, elle va connaître, dès le début de son existence, un apprentissage. Elle va être confrontée à des attentes et à des exigences et connaître aussi des traitements, des opportunités, des expériences différentes selon son sexe. Ce vécu lui permet d’intégrer toutes les caractéristiques et tous les rôles attribués à l’un ou l’autre genre. » « Cet apprentissage débute au sein de la famille et est relayé par l’ensemble des membres et des institutions de la société. Il se fait de façon quotidienne. Les contraintes sexuées imposées par le monde social sont ainsi intériorisées comme naturelles. Cette approche par le genre induit une nouvelle compréhension des inégalités entre hommes et femmes. En effet, la bipolarisation masculin/féminin s’accompagne dans toutes les sociétés d’une hiérarchisation. Cette hiérarchisation n’est pas naturelle ; elle est construite socialement. Les relations inégalitaires entre hommes et femmes - la domination masculine, la subordination féminine - ne sont donc ni prédéterminées ni immuables. Elles résultent des « rapports sociaux de sexe » dans une société. Ces rapports sont le plus souvent défavorables aux femmes et préjudiciables sur les plans économique, social, juridique, sanitaire, culturel (…) » « L’école et les manuels scolaires jouent un rôle essentiel dans l’apprentissage des rôles sexués. Les représentations du masculin et du féminin sont légitimées par un support fortement valorisé. Assimilé par les enfants, le " système de genre ", c’est-à-dire " l’ensemble des normes, croyances, pratiques, connaissances qui organisent les rapports entre les hommes et

les femmes", aura des répercussions sur la scolarisation et les trajectoires scolaires des filles, ainsi que sur l’ensemble de leurs expériences. C’est dans cette perspective que le manuel peut être examiné comme potentiel vecteur d’égalité entre les sexes. Au-delà de l’élimination des représentations sexuées discriminantes et de la mise en scène d’un système de genre égalitaire, donnant ainsi naissance à un matériel pédagogique non sexiste, les manuels scolaires peuvent adopter une position plus ambitieuse en assurant, d’une part, la dénonciation de formes de sexisme courantes dans la société, d’autre part, la promotion des filles et des femmes et du droit à l’égalité entre les sexes. le contenu des nouveaux manuels de première L et ES Il n'est pas seulement question de reproduction; mais aussi du genre, avec la transsexualité, et de la sexualité non reproductive y compris de l'homosexualité. Dans la réalité, on n'a pas toujours l'apparence de ses organes, ni les organes de ses chromosomes. On peut également lire dans ces manuels « que l'hétérosexualité n'est que la situation la plus fréquente, en précisant que l'orientation sexuelle ne renvoie pas à une identité de genre : «une femme très féminine peut être attirée par les femmes ». enjeu de la polémique Selon Eric Fassin, L'inquiétude c'est que si même l'ordre des sexualités n'est pas fixé une fois pour toutes, cela veut dire que rien n'est fixé une fois pour toutes, et donc qu'il n'y a pas de limite à la logique démocratique. La logique démocratique, c'est qu'il y a des lois, des règles, des normes et que l'on peut les discuter. Par exemple, êtes-vous d'accord pour que le mariage soit réservé à un homme avec une femme ?. Nous conclurons avec les propos de Marie-Pierre Martinet, Secrétaire générale du Planning familial: « Arrêtons de faire semblant ! Le problème n’est pas la pseudo-neutralité de l’Ecole mais bel et bien la manière dont notre société considère toujours la sexualité, les sexualités comme tabou, en particulier celle des jeunes et des filles alors que les représentations dégradantes envahissent nos murs. Ce débat n’est pas une querelle universitaire ! Cette approche à partir de la théorie du genre permet de prendre conscience à quel point il nous faut repenser la société, les rapports entre les sexes et les sexualités. Permettre aux jeunes de savoir et de comprendre que, si l’on naît de sexe masculin ou féminin, on devient un homme ou une femme construits socialement, c’est se libérer des dogmes religieux mais c’est aussi faire vivre la laïcité de notre République.» n

Définitions u Selon l'UNESCO, Le sexe se réfère aux différences biologiques entre mâles et femelles. Il renvoie à la différence observable entre leurs organes génitaux et à leurs fonctions physiologiques dans la procréation. Le genre se réfère à la culture et à la classification sociale en « masculin » et en « féminin ». Le genre fait donc référence aux qualités, aux goûts, aux aptitudes, aux rôles et aux responsabilités, associés aux hommes et aux femmes dans une société. La définition du masculin et du féminin connaît une grande variabilité, preuve de son origine sociale, puisque chaque société élabore son classement selon des critères et des logiques qui lui sont propres. Les notions de masculin et féminin ne s’élaborent pas indépendamment l’une de l’autre mais sont interdépendantes. u Selon l'Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S.) La sexualité est un aspect central, constitutif de la personne humaine tout au long de la vie, et inclut le sexe, les identités et les rôles de genre, l'orientation sexuelle, l'érotisme, le plaisir, l'intimité et la reproduction. La sexualité se vit et s'exprime dans les pensées, les fantasmes, les désirs, les croyances, les attitudes, les valeurs, les comportements, les pratiques, les rôles et les relations. Alors que la sexualité peut inclure toutes ces dimensions, toutes ne sont pas toujours vécues ou exprimées. La sexualité est influencée par l'interaction de facteurs biologiques, psychologiques, sociaux, économiques, politiques, culturels, moraux, légaux, historiques, religieux et spirituels.

Françoise Michel Sources : www.Lemonde.fr - www.education.blog.lemonde.fr (Luc Cédelle)- www.rue89.com -www.tetu.com - Fédération Canadienne pour la santé sexuelle - Guide de l'Unesco

9

LA PUCE à L’OREILLE n 4ème trimestre 2011


Culture

C’est égal « Tout m’est égal maintenant, même l’écriture. Ça m’a beaucoup importé mais plus maintenant » c’est ce que disait Agota Kristof lors d’une interview accordé au Magazine littéraire en 2005. Agota Kristof, romancière d’origine hongroise et d’expression française est décédée en Suisse le 27 juillet 2011. Née en 1935 dans un petit village hongrois, elle quitte son pays en 1956. Son mari avait fait deux ans de prison en URSS et bientôt la révolution hongroise serait écrasée. Fuyant la répression stalinienne, Agota Kristof quitte tout, son bébé de 4 mois dans les bras. Elle fui avec son mari à travers bois, direction l’Autriche. Ils se retrouvent finalement en Suisse et elle dit « Si j’avais su que je resterais toujours, je ne serais pas partie ». Elle travaille dans une fabrique d’horlogerie, écrivant des bouts de phrases dans un petit cahier, harassée par le travail mais dévorée par le besoin d’écrire. Elle vit dans un milieu où tout le monde parle français et parle français avec ses enfants, le français lui vient naturellement. Elle commence par écrire des pièces de théâtre ce qu’elle trouve plus facile : les dialogues ressemblent à ce qu’elle entend autour d’elle. A partir de cette époque, elle n’écrit plus qu’en français. Quand elle commence à écrire Le Grand Cahier en 1986, elle dit que cela ressemble à des scènes de théâtre. Cette œuvre a été mise en scène par une compagnie chilienne il y a plus de 10 ans et elle est reprise cette année dans notre région sous le titre « Gemelos » (à Mireval le 15 et 16 janvier). Le Grand Cahier, c’est le parcours initiatique de jeunes frères jumeaux dans l’Europe de la seconde guerre mondiale. Ils sont réfugiés chez leur grand-mère et découvrent la vie. Les enfants qu’elle décrit sont durs avec euxmêmes et avec les autres : Ils sont obligés d’être durs pour se défendre. Le Grand Cahier est un roman passionnant et d’une force exceptionnelle, à l’écriture sèche, qui a pu aussi déclencher une polémique au-delà de la littérature. En 2000, un procureur de la République française avait placé en garde à vue un jeune professeur de lettres. Son crime ? Des parents d’élèves avaient déposé une

plainte pour la promotion de « la zoophilie (bestialité) et de la pédophilie ». Le professeur avait donné à ses élèves de 3ème à étudier Le Grand cahier d’Agota Kristof. Il a fallu l’intervention du ministre de l’Education nationale de l’époque, Jack Lang, pour arrêter les sanctions… Ce roman peut être lu comme une métaphore de la vie pendant la guerre et des racines de la dictatures, en ce sens, certaines images crues abordées sans distanciation peuvent choquer. La Preuve (1988) deuxième roman de la trilogie, donne une autre version des événements développés dans Le Grand Cahier. Le premier roman a eu tellement de succès qu’Agota Kristof a tout de suite commencé à en écrire un deuxième. Elle a continué à écrire sur les jumeaux, alors qu’au départ, ce n’était pas du tout prévu. « Après la parution du deuxième roman, je me suis dit que j’en avais fini avec cette histoire. Mais non, j’ai été obligée d’écrire encore un livre (Le Troisième mensonge 1991) qui se passait plus tard. Les jumeaux avaient vieilli avec moi. » arrivée en Suisse  Ensuite, Agota Kristof a eu besoin de parler de la vie à son arrivée en Suisse. Là encore, elle a beaucoup transformé : Hier (1995) est un roman qui n’a pas l’air autobiographique, pourtant c’est le plus autobiographique de tous. Elle y évoque le suicide de quatre de ses compagnons, venus comme elle de Hongrie et qui n’ont pas supporté l’exil. L’Analphabète publié en 2004 est son roman autobiographique qui a eu immédiatement beaucoup d’échos en Suisse et en France. Pourtant elle regrette cet événement. « Je ne sais pas, dit-elle, entre lequel des deux livres de La Trilogie je l’ai composé, mais je me souviens qu’il m’a complètement coupée de cette écriture. Chaque mois, j’écrivais un texte, mais je n’avais jamais pensé les éditer. Je ne les aime pas du tout. … On m’a demandé de les publier. J’ai dit que ça m’était égal. Il en existe maintenant plusieurs traduc-

LA PUCE à L’OREILLE n 4ème trimestre 2011

10

« Le pire dans ma vie, ça a été mes maris »

tions, que je n’aime pas. D’ailleurs, on va bientôt en éditer une autre, en hongrois. Ça m’agace. Je n’aurais pas voulu. J’ai honte devant mes amis hongrois de ce livre. Ça aurait dû être évité. S’il y a quelque chose dont je me repens, c’est bien de L’Analphabète. C’était une œuvre de commande. Je devais penser tout le mois à ce que je pouvais y inclure, et je laissais la littérature de côté, parce que pour moi, L’Analphabète, ce n’est pas de la littérature, c’est du mauvais journalisme. » Et pourtant, le lecteur y trouve l’origine du désir d’écrire d’Agota Kristof, sa bataille avec la langue française au début de l’exil et une personne, ce qui n’est pas le cas dans la Trilogie qui a une portée universelle. Agota la désenchantée a arrêté d’écrire en 2005. Le titre « C’est égal » qu’elle a choisi pour son dernier recueil de textes résume l’attitude face à la vie adoptée par cette écrivaine : « J’aime bien cette formule. Ca veut dire : je m’en fous… ça me suffit de me lever le matin. lll


me contente de vivre le plus simplement possible. Je n’ai plus besoin de chercher autre chose. Je déteste les voyages. Je n’aime rien d’autre que mes enfants. Je n’ai aucun désir de faire quelque chose de précis … Le nihilisme. C’est le mot qui me semble le plus proche de ma façon d’être. Je n’ai aucun désir de mourir. Je trouve la vie tellement courte. Après, on sera mort tout le temps. On peut tout de même attendre jusque-là ! ». Elle n’est pas nostalgique, Agota Kristof. Quand elle repense à l’époque la plus intense de son activité d’écriture, dans les années 1970 et 1980, elle semble très détachée, comme si elle ne se reconnaissait plus dans ce passé pourtant récent. Agota Kristof ne se plaint pas, elle dit que sa vie n’a pas été triste et que son enfance a été très gaie, malgré la guerre. Après ce sont les enfants qui l’ont rendue joyeuse. « Le pire dans ma vie, ça a été mes maris… J’ai été mariée deux fois et j’ai horreur du mariage. Je suis très contente de m’en être sortie et d’y avoir survécu. ». Elle ne s’est jamais non plus consolée de l’exil : « Quand je me retrouve en Hongrie, quelque chose résonne en moi qui me donne envie d’y vivre. J’aimerais m’installer à Köszeg, la ville décrite dans la trilogie. Mais je me rends compte que si j’allais y habiter, je serais étrangère à nouveau. Alors je pense qu’il vaut mieux que je reste en Suisse ». On l’a dite sœur de Beckett et de Cioran. Agota Kristov. Il n’y a pas beaucoup d’amour dans ses livres. Elle affirme : « les histoires d’amour, ça ne vaut pas la peine de les écrire, c’est banal. Les livres sur l’amour, c’est ce que j’appelle des livres de femmes. C’est sans intérêt ». Elle ne voulait plus écrire car elle pensait de pas pouvoir faire lll Je

mieux que ce qu’elle avait déjà écrit. Pour elle, la trilogie « c’était très fort ». Restée jusqu’à la fin hongroise dans son cœur, elle a vécu ces dernières années coupée du monde dans un silence littéraire. Quelques mois avant sa mort, elle a reçu avec une grande satisfaction le prix Kossuth décerné par les autorités hongroises. n Marie-Christine Vion-Leclerc Romans : Le Grand Cahier, La Preuve, Hier, Le Troisième Mensonge, Récit : L'Analphabète Recueil de nouvelles : C'est égal, Où es-tu Mathias ? Théâtre : John et Joe, La Clé de l'ascenseur, Un rat qui passe, L'Heure grise ou le dernier client, Le Monstre... Le Seuil a réuni ses quatre romans, des nouvelles et l’ensemble de ses pièces dans un seul volume paru en mars 2011 dans la la collection «Opus» (1040 pages, 30 €).

Eve: créature émotionnelle ON LA CONNAÎT pour ses Monologues du vagin, pièce féministe créée en 1996, traduite dans quarante six langues et interprétée sur scène dans plus d’une centaine de pays. Dans la foulée de ce succès, Eve Ensler a lancé le mouvement « V-day » pour lutter contre les violences faites aux femmes. Chaque année, il aide à organiser des représentations des Monologues du vagin, qui permettent de récolter des fonds redistribués aux associations locales. Le V-day a fait escale à Montpellier en 2009 et 2010 et une partie des recettes a été reversée au Planning 34. Active sur de nombreux fronts, la dramaturge américaine a recueilli les témoignages d’adolescentes de Los Angeles à Bukavu et en a tiré un nouveau spectacle, Je suis une créature émotionnelle, dont le texte vient d’être publié en français. Elle y restitue les voix de jeunes filles du monde entier qui vivent des histoires dramatiques, subissent des violences morales ou physiques, et se battent, refusent ce qui leur est imposé,

et résistent. Eve Ensler les exhorte à « écouter cette voix à l'intérieur de soi qui pourrait vouloir autre chose que ce qu'on leur permet d'entendre ou de savoir ». Déjà jouée à Paris à l’automne (en anglais surtitré), le spectacle sera en tournée dans toute la France en 2012. n

11

Marianne Loupiac Je suis une créature émotionnelle (I am an emotional creature) d’Eve Ensler. Traduit de l'anglais (États-Unis) par Alexia Périmony. 10/18, 178 p., 15,90 € Pour en savoir plus sur les actions menées par Eve Ensler, sur les tournées de ses spectacles : www.lesmonologuesduvagin.com

LA PUCE à L’OREILLE n 4ème trimestre 2011


Soutenir nos actions

l Le Mouvement français pour le planning familial (M.F.P.F) est un mouvement d’éducation populaire. Il lutte pour le droit à l’information et à l’éducation permanente et pour créer les conditions d’une sexualité vécue sans répression ni dépendance, dans le resLA PUCE à L’OREILLE est une revue éditée par l’association départementale du M.F.P.F de l’Hérault.

pect des différences, de la responsabilité et de la liberté des personnes. l Le M.F.P.F inscrit ses objectifs dans le combat

Directrice de publication Fatima Bellaredj Comité de rédaction Marion Danton, Marianne Loupiac, Françoise Michel, Dominique Sarrazy, Marie-Christine Vion-Leclerc

contre les inégalités sociales et les oppressions et agit pour le changement des mentalités et des comportements. l Il entend développer les conditions d’une prise de conscience individuelle et collective pour que l’éga-

Maquette

Marion Danton

lité des droits et des chances soit garantie à toutes et tous.

Imprimerie La Souris verte 15, rue de Belfort 34000 Montpellier

l Il défend le droit à la contraception et à l’avortement.

M.F.P.F 34 48, boulevard Rabelais 34000 Montpellier Tél. 04 67 64 62 19

m-f-p-f.montpellier@wanadoo.fr www.leplanning34.org

l Il lutte contre l’oppression spécifique des femmes, contre toutes les formes de discriminations et de violences, notamment sexuelles, dont elles sont l’objet. En cela, le M.F.P.F est un mouvement féministe. Extrait des statuts de l’association départementale du M.F.P.F de l’Hérault

ABONNEMENT NOM................................................................................................................................................ PRENOM......................................................................................................................................... ADRESSE........................................................................................................................................ .........................................................................................................................................................

o o

désire adhérer au M.F.P.F et s’abonner à la Puce à l’oreille : 20 € désire s’abonner à la Puce à l’oreille (2 à 4 numéros par an) : 8 € Merci de découper ce bulletin et de le renvoyer, accompagné de votre réglement, au M.F.PF 34 : 48 bd Rabelais 34000 Montpellier

LA PUCE à L’OREILLE n 4ème trimestre 2011

12


La Puce n° 109