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Le 15 mars 2012,

Campagne d’opinion Alimentons2012 : lettre de soutien du Front de gauche de l’agriculture.

Monsieur, C’est avec plaisir que nous répondons à votre lettre, et que nous vous apportons au nom du Front de gauche et de son candidat Jean-Luc Mélenchon notre soutien à la campagne Alimentons2012 que vous avez lancée en décembre dernier. Votre interpellation des partis politiques est d’autant plus pertinente que la situation agricole et alimentaire actuelle de la France est bien le résultat de décisions politiques en faveur d’un modèle productiviste et injuste aujourd’hui dépassé, dénoncé maintes fois, mais maintenu à tout prix par nos gouvernants successifs. Le diagnostic, bien connu, est affligeant pour le consommateur et le contribuable : perte de la qualité gustative, homogénéisation des goûts et des aliments, menaces sur la santé publique liée aux pesticides et aux OGM, augmentations des coûts de traitement de l’eau ou de réparation des dégâts environnementaux... Il n’est pas moins sévère pour la majorité des exploitants : chute des revenus et course en avant au productivisme, incertitude et désespoir parfois tragique quant à l’avenir, diminution constante du nombre de paysans… La droite n’a eu de cesse de désigner des boucs émissaires – tour à tour les intempéries, le loup, les écologistes, ou encore la main d’œuvre trop chère, pour cacher son manque de courage pour apporter des remèdes durables. La gauche, quant à elle, n’a pas su en son temps être à la hauteur du défi, et proposer une véritable alternative durable, initier le changement profond de modèle de production, de commercialisation et de consommation. Avec l’Appel du Front de Gauche de l’agriculture que nous avons lancé en septembre dernier1, nous refusons l’abandon de notre alimentation et de notre agriculture à l’agro-industrie et à la «concurrence libre et non faussée», au service du moins-disant social et environnemental. Nous défendons une agriculture paysanne, écologique et relocalisée, grâce à des paysans

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disponible sur : http://www.placeaupeuple2012.fr/agriculture/


nombreux. Car c’est le nombre et la diversité des agriculteurs qui garantit la diversité des terroirs et des produits alimentaires, et c’est cette diversité alimentaire qui garantit la santé publique. Votre campagne reflète bien, ne serait-ce que par l’action de ses signataires, que ce constat décrit ci-dessus n’est pas inéluctable, que des alternatives concrètes existent bel et bien et sont à portée de main. Mais c’est un changement d’échelle dont notre pays nécessite aujourd’hui. De la même manière que les acteurs du commerce équitable ont su montrer une alternative aux diktats du libéralisme, des hommes et des femmes ont su promouvoir d’autres modes de production agricole, et des systèmes de commercialisation plus justes et responsables. Ce qui était hier marginal, « utopique », est devenu aujourd’hui le témoignage concret et reconnu qu’une autre alimentation est possible. Ces actions ont payé dans la bataille des idées, comme en témoigne la façon dont les responsables politiques peuvent aujourd’hui se gargariser « d’agriculture durable » et « d’alimentation de qualité ». Soyons lucides toutefois : tous ceux qui reprennent à leur compte les préceptes d’une « alimentation durable » n’ont pas toujours œuvré concrètement en ce sens, quand ils n’ont pas cautionné des pratiques inverses… L’écart entre le discours et les décisions politiques, si fréquent quand il s’agit d’environnement ou d’alimentation, est un dangereux facteur de désillusion et de découragement pour tous ceux qui se sont tant investis en faveur du changement. Il doit être dénoncé, et combattu autant sur le terrain que sanctionné dans les urnes. C’est l’engagement du Front de gauche s’il accède aux responsabilités : initier la transition écologique de l’agriculture, en accord avec notre mot d’ordre de « l’humain d’abord » avant le profit d’intérêts particuliers ou sectoriels. Il faut déjà lever les freins à la multiplication des initiatives citoyennes, il est nécessaire ensuite de se doter d’outils nouveaux qui soient des leviers pour décupler les expériences, changer d’échelle, aller plus loin. Dans cette logique - nous l’avons signalé déjà à plusieurs reprises - nous nous battrons pour concrétiser dans une perspective de victoire de la gauche nos priorités suivantes :  Des territoires vivants et une agriculture de qualité ne sont pas possibles sans une garantie de revenus pour recréer de l’emploi agricole. La production d’une alimentation saine, diverse et accessible à tous, la transition écologique de l’agriculture et l’aménagement équilibré du territoire ne passeront que par des paysans nombreux. Nous visons la création, à terme, de 300.000 emplois dans l’agriculture. Il faut pour cela garantir une juste rémunération du travail paysan, grâce à des prix minimums garantis, la maitrise de la production et la régulation des marchés, la protection et une juste répartition des terres agricoles, le soutien aux exploitations et aux filières les plus fragiles avec l’instauration d’un mécanisme de redistribution des aides directes.  La relocalisation de l’alimentation n’est pas possible sans la remise en question des règles de la concurrence, et la maitrise du foncier. Les engagements la main sur le cœur de tout un chacun pour la mise en place de circuits courts d’approvisionnement des cuisines collectives ou pour l’installation agricole sont des mots creux s’ils ne s’accompagnent pas de réformes nécessaires pour disposer des outils adéquats. Nous


réformerons le code des marchés publics et les règles de la concurrence pour permettre notamment aux collectivités de privilégier les achats alimentaires auprès des filières locales ou de qualité. Nous attribuerons aux SAFER des règles plus strictes et plus de moyens pour préserver les terres agricoles dans un but d’installation agricole.  L’alimentation et l’agriculture sont des questions de société, qui nécessitent plus de pluralisme et de démocratie. Comment justifier aujourd’hui que les élections professionnelles du monde agricole ne soient pas, à l’instar des salariés, basées sur le principe de la représentativité proportionnelle ? Comment justifier que le rôle des pouvoirs publics et de la société civile ne soit pas plus affirmé sur une question qui les concerne au premier plan ? Nous instaurerons une représentativité syndicale plus juste, et élargirons la gouvernance des Chambres d’agriculture, des SAFER et des offices, pour favoriser l’intérêt général sur les intérêts particuliers. De même, nous refuserons la mainmise actuelle de l’agro-industrie, qu’il s’agisse de la captation de la plus-value dans la chaîne de commercialisation ou de la privatisation des semences ou du vivant.  Le choix de notre alimentation n’est pas réaliste sans disposer des outils de souveraineté alimentaire et de préférence communautaire. Il est urgent d’enrayer la concurrence déloyale d’importations agricoles de produits dont les normes sociales et environnementales sont à mille lieux des nôtres, et qui entraine la ruine de nos filières et la concentration des outils de production. Nous mettrons un veto à la multiplication des accords de libre-échange au niveau européen, pour promouvoir la reconnaissance de la souveraineté alimentaire. Nous réaffirmerons le principe de préférence communautaire, en priorisant la réponse aux besoins agricoles européens plutôt qu’importer du soja ou exporter de la poudre de lait, nuisibles pour les populations paysannes des pays du Sud. Ces propositions, nous les avons discutées, argumentées et détaillées à travers le document programmatique du Front de gauche « Pour une agriculture écologique et créatrice d'emplois, des campagnes vivantes, une alimentation de qualité pour tous », avec tous ceux qui ont rejoint l’Appel du Front de gauche de l’agriculture, paysans, syndicalistes, chercheurs, enseignants, et simples citoyens. Nous sommes, ensemble, convaincus qu’il ne s’agit plus aujourd’hui de corriger des « erreurs » à la marge, mais bien de changer de modèle agricole et alimentaire. Xavier Compain, responsable de la commission agriculture du Parti communiste français (PCF), et Laurent Levard, responsable de la commission agriculture du Parti de gauche (PG).


lettre soutien alimentons 2012