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Pigiste.✍ Le mag’ des pigistes n° 9 • juillet-août 2005

Culture zen À rebrousse-poil de l’image d’Épinal du bureau de pigiste surchargé, branlant, bref, bordélique, je cultive une organisation spatiale zen. Page 6

Portrait d’une association : l’Ajis Créée en 1967, l’Association des journalistes de l’information sociale compte aujourd’hui 242 adhérents, parmi lesquels une cinquantaine de pigistes. Page 12

3 questions à un rédac' chef Rédacteur en chef d’Investir magazine, Jacques Derouin collabore régulièrement avec des pigistes dont le prérequis est l’ultra-spécialisation. Page 15

Les bureaux de style

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Grâce à eux, nous avons vu le retour de la tong ou des colliers en sautoir… big brothers des tendances, les grandes marques et les distributeurs les sollicitent pour définir… les nouvelles tendances, rien moins. Ils sont vos alliés en matière de mode, déco, économie ou société. Coup d’œil sur un partenaire. Page 8 | Les bureaux de style, vous connaissez ? À la fois têtes chercheuses et compilateurs, les bureaux de style sont des agences de veille créative qui transcrivent les tendances de la mode en cours et à venir…

Page 9 | Petit décodage des cahiers de tendances • L'été chez soi • Lecture solidaire • Portrait de pigiste • Travail commandé… • Brèves de la presse • Vie de l'association

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Les cahiers sont utilisés par les créatifs d’une marque ou d’une enseigne. Chaque styliste les interprète en fonction de sa cible. Le journaliste spécialisé accomplit le même travail…

Page 10 | Décrypter un thème : Be Happy

Le thème Be Happy invite à une résistance aux contraintes du réel par une culture de la bonne humeur. Au programme, coloris « chromoptimistes », objets ludiques et silhouettes acidulées.


Pigiste n° 9 - juillet-août 200

Pigiste.✍ Rédaction : contact.profpig@free.fr

Peps-Bellini Une mutuelle pour les pigistes

Président de Profession : pigiste, directeur de publication, Yann KERVENO (06 08 49 89 54 - yann.kerveno@free.fr) Rédacteur en chef : Christophe BELLEUVRE (06 72 70 19 01 - cbelleuvre@wanadoo.fr)

Le contrat Audiens-Peps, la garantie santé négociée par des pigistes pour les pigistes, accueille ses premiers Rédaction : F. B. - Marie-Laure BARADEZ adhérents depuis janvier. Ils peuvent désormais Delphine BARRAIS - Stéphanie BUJON Albane CANTO - Jean CHABOD-SERIEIS bénéficier de tous les avantages d’une vraie mutuelle Éric DELON - Françoise FOUCHER Laure LETER - Anne LEROY -Carine LENFANT santé à un tarif groupe. Marie-Jeanne MARTI - Pierre R. MARTIN Barbara PASQUIER - Bénédicte RALLU Deux formules sont proposées : Xavier TOUTAIN - Cyril TRÉPIER - la formule 1 couvre les frais de santé non (ou mal) Croqueur : Yves BARROS pris en charge par la Sécurité sociale, pour un tarif Correction, relecture, secrétariat de rédaction : mensuel très accessible de 29,44 euros, France GARCIA-FICHEUX - Carine LENFANT - la formule 2 donne accès à des soins « de confort » Dominique ZNAMIROWSKI pour un tarif mensuel plus élevé, mais compétitif, Maquette : Dominique ZNAMIROWSKI de 49,82 euros. Communication, relations presse : Les enfants bénéficient d’un tarif réduit et la garantie Marie-Jeanne MARTI Profession : pigiste (loi 1901), éditeur, est gratuite pour le troisième et les suivants. l’association des journalistes pigistes de la presse écrite. Chaque option a été étudiée pour vous offrir le meilleur 66, rue Labrouste, 75015 Paris. E-mail : profession.pigiste@free.fr rapport qualité-prix, sur tous les postes de dépenses Web : http://profession.pigiste.free.fr importants : frais d’hospitalisation, médicaux, Toute reproduction intégrale ou partielle sans le consentement de l’auteur est pharmaceutiques, transports, maternité, dentaires, strictement interdite - Article L 122-4 du Code de la propriété intellectuelle. optiques (lunettes et lentilles), orthopédie, cure et bilan de santé (formule 2 uniquement pour ces deux dernières options)… Comme avec toute bonne mutuelle, les adhérents disposent de la télétransmission pour être remboursés plus vite, de la prise en charge des avances de frais en pharmacie (carte Santé Pharma) et, en cas de besoin, d’une assistance 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 pour la garde de vos enfants, une aide ménagère, la livraison de médicaments… Rappelons que pour bénéficier de ce contrat groupe, il faut être journaliste professionnel (carte de presse ou feuilles de salaire faisant foi) et adhérer à l’association Peps, créée par sept pigistes à l’origine du projet, et dont l’adhésion ne coûte que 5 euros pour deux ans. Le bulletin d’adhésion est remis avec le dossier complet par Audiens. Point important : le maintien de ces tarifs avantageux dépend de l’esprit solidaire de ses adhérents. À chacun de ne pas abuser des dépassements d’honoraires et de rester vigilants sur les soins et les factures. L’équipe Peps

Renseignements et demandes de dossiers : 0 800 885 604 (appel gratuit)

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Sommaire

Ricaneries estivales

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Ils sont sains et saufs, et c’est le dénouement le plus heureux dont nous pouvions rêver pour Florence Aubenas et son « fixeur », Hussein Hanoun. Leur retour en France a fait l’objet d’une couverture médiatique une nouvelle fois hors norme, à l’aune du battage mené pendant leur captivité. Journaliste pigiste perdu dans mon petit coin de campagne, en butte aux tracasseries sans nom proposées par mes employeurs comme un steeple-chase, je ne peux m’empêcher de ricaner sottement, tout de même, devant ce déferlement d’autocongratulations et de bons sentiments de la presse française. Oui, les médias français sont probablement parmi les plus libres du monde. Oui, Florence Aubenas a incarné, malgré elle, cette liberté, cette grandeur d’âme des journalistes de tout poil qui arpentent ce pays et le monde pour traquer ne serait-ce qu’un semblant de justesse, à défaut de pouvoir prétendre à LA vérité. Je ricane sous le chaud soleil de juillet en me disant que nos employeurs ont trouvé là une belle occasion de redorer leur blason, de crier à la face de leurs clients, lecteurs, auditeurs, téléspectateurs, que oui, ils sont bien LES défenseurs de la liberté et de la démocratie. Je ricane sous le chaud soleil en me disant que c’est finalement toute notre profession – tant décriée par ailleurs par l’ensemble de la société – qui trouve là l’aubaine de redorer son blason, brandissant le sourire et le franc-parler de Florence Aubenas comme l’étendard d’une virginité rêvée. Je ricane dans mon coin de campagne en rédigeant la lettre qui traînera l’un de mes employeurs jusqu’au tribunal des prud’hommes. Je ricane encore un peu plus en m’attelant à la rédaction d’un autre courrier pour réclamer à un autre employeur qu’il me verse les droits liés à la republication de mes articles sur Internet. Je ricane, je ricane et, tiens, pendant que j’y suis, je vais écrire au ministre des Postes et Télécommunications pour qu’il accorde aux journalistes pigistes une remise substantielle sur le prix des recommandés avec accusé de réception. Au nom de la défense de la liberté de la presse.

• On parle des pigistes…

ENQUÊTE • L’été chez soi

MON BUREAU ET MOI • Culture zen

WEB DU MOIS • Bibliothèques municipales parisiennes

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PROJET • Lecture solidaire

CARNET DE BORD • Humeurs d’un pigiste au jour le jour

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DOSSIER

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LU POUR VOUS

• Les bureaux de style

L’ASSOCIATION DU MOIS • L’Association des journalistes de l’information sociale (Ajis)

• La Fausse Parole, d’Armand Robin

JOURNALISME(S) • Les bidonneurs

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3 QUESTIONS À UN RÉDAC CHEF

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PORTRAIT DE PIGISTE

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Yann Kerveno

REVUE DE PRESSE

• Jacques Derouin, d’Investir magazine

• Muriel Boselli

pages adhérents JURIS’PIGES • Travail commandé = travail payé

EN BREF • Nominations, mouvements

VIE DE L’ASSOCIATION • Observatoire de la pige


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Revue de presse « pigiste » On parle de nous dans la presse. Pas de notre magazine, mais de nos confrères. Revue d’actualité concernant les pigistes depuis un mois.

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uel lien existe-t-il entre un travesti sur Pink TV, Michel-Édouard Leclerc ou une correspondante à Bagdad ? Allez, cherchez un peu… Quel nom porte le journal que vous lisez en ce moment même ? Brigitte Boréale, 48 ans, (Philippe, pour l’état civil) est le premier travesti chroniqueur sportif sur la chaîne câblée gay. Pas évident, à priori, mais cela n’empêche pas un grand professionnalisme, indique son portrait publié dans Libé, le 8 juin. BB, alors qu’elle était encore Philippe, pigeait « pour Libé, L’Équipe et sur FR3. Et le weekend, elle chaussait ses talons ». Sur le plateau, cela se voit. Même si Michel Field, producteur de l’émission, avoue avoir eu un doute. « Au début, on s’est dit : un trav’ pour les sports, ça va être too much. On voyait l’œil goguenard des invités mais, dès qu’elle commen ce à parler, ils se rendent comp tent que c’est une véritable pro. » Le tout payé une centaine d’euros le cacheton ! Après le trav’, le grand distributeur : pour Michel-Édouard Leclerc, le journalisme remonte à la prime jeunesse. Afin de payer ses études, entre autres petits boulots, indique Le Figaro entreprises, le 13 juin, il a pigé pour le Nouvel Observateur. Sans doute moins lucratif que le commerce… Dur retour à la réalité. Ou réalité dure en Irak. Dernière correspondante permanente fran-

çaise à Bagdad, Anne-Sophie Le Mauff en a été expulsée le 22 juin. Pigiste pour L’Humanité et divers autres médias français et francophones, elle s’est repliée sous la contrainte à Amman, en Jordanie.

Privée de boulot, privée de la liberté d’informer. Dans son édition du 23 juin, L’Huma témoigne de sa solidarité (financière ?) avec sa journaliste par l’intermédiaire d’un article de son directeur de la rédaction, Pierre Laurent : « Nous som mes de tout cœur à ses côtés en ce moment difficile. » Et n’oublie pas de dénoncer cette décision : « Cette expulsion est un acte grave, qui fait craindre le pire pour l’avenir de l’information dans ce pays. L’Irak perd un nouveau témoin. » Les autorités françaises ne sortent pas grandies de cette affaire. Début juin, l’ambassadeur de France à Bagdad, Bernard Bajolet, avait envoyé un courrier à Anne-Sophie Le Mauff pour lui demander de quitter l’Irak. Libération du 22 juin e n

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cite ainsi quelques lignes : « Vous devez vous demander si la liberté et le souci d’informer justi fient une telle prise de risques, pour vous et pour les autres. Aucune excuse ne peut justifier la pour suite de vos activités en Irak. » De son côté, la journaliste affirmait à Libé, dans cette même édition, que les autorités irakiennes lui avaient « fait comprendre que l’ambassa de de France leur avait demandé de [l]’expulser ». Montée au créneau de Reporters sans frontières (l’association a é t é contactée par Anne-Sophie Le Mauff depuis Bagdad) dans un communiqué, repris par la plupart des quotidiens : « Cette procédure est inacceptable. Ce n’est en aucun cas aux autorités françaises de décider quel journaliste doit ou ne doit pas rester en Irak. » Les pigistes aussi se battent pour la liberté de la presse ! Ironie du sort, le jour même de l’expulsion de notre consœur, « les directeurs des principaux médias français se sont mis d’ac cord pour partager les coûts d’une future couverture de l’actu alité en Irak, en “mutualisant” les moyens de sécurité et de trans port des envoyés spéciaux dans ce pays », apprenait-on dès le 26 juin, en consultant le site Internet du Nouvel Observateur. Il est grand temps, sauf à oublier l’Irak et sa guerre ! Bénédicte Rallu


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ENQUÊTE

L’été chez soi

Ceux qui ne partent pas ne sont pas les plus malheureux : il existe une foule de façons de se sentir sous les tropiques sans dépasser le coin de sa rue. Ficelles de pigistes pour jouer les nababs en vacances.

C

’est en été qu’on trouve les meilleures piges, les permanents en congés laissant derrière eux du taf à écluser. Aussi le pigiste averti prendra, lui, ses quartiers d’été en novembre ou en janvier, quand règne le calme côté commandes. Dès lors, il vous appartient de recréer une ambiance de vacances au sein même de votre bureau ou d’aller prendre l’air partout où l’on se sent ailleurs (voir encadré ci-dessous).

Les objets, toute une ambiance Il existe des choses qui sont indissociables de nos souvenirs de vacances, tels les tongs, le chant des cigales, l’heure du pastis. Circuler en tong dans l’appartement est bien plus sympa et évocateur que de traîner en pantoufles. Idem, les filles opteront pour le paréo. S’il fait très chaud et que vous possédez un balcon, investissez donc dans un parasol Miko et une table de jardin ou une chaise longue. Le portable sur les genoux, un verre de monaco à la main, vous verrez, le texte viendra tout seul. Il existe également des « boîtes à cigales ». Lorsqu’on les ouvre, on entend le chant inoubliable des insectes provençaux. Au menu du soir, offrez-vous, pas diététique mais délicieux, une pizza et un verre de rosé.

jour, décrochez le téléphone, coupez le portable, baissez les stores et pratiquez la relaxation à l’aide d’une cassette (en vente dans les boutiques type Nature et Découvertes, il existe aussi des enregistrements de la mer ou des insectes la nuit, l’été). Pour vous prémunir contre la chaleur, ventilateur obligatoire ! Et quelques conseils supplémentaires pour supporter la canicule : douchez-vous à l’eau fraîche, vaporisez vos draps au brumisateur, glissezvous entre les draps à peine humide, effet fraîcheur garanti… à toute heure de la journée. Quant à votre ordinateur, ne l’oubliez pas, lui aussi a besoin d’un ventilateur – il vous tiendra ainsi moins chaud. Karine Claeren et Marie-Jeanne Marti

Les sorties, de l’eau, de l’eau

Sorties : c’est à Paris et c’est gratuit !

Décidément trop chaud ? Rendez-vous à l’Aquaboulevard (http://www.aquaboulevard.com), métro Balard. C’est une vraie plage en plein Paris, avec sable, chaises longues, pontons, sur une piscine immense avec une eau à 29 °C, des toboggans, des rivières, des canons à eau qui massent les vertèbres, plusieurs jacuzzis. Contrairement à la plupart des piscines publiques, ce parc aquatique est tellement grand qu’on ne se sent pas entassé, même le samedi en pleine canicule. Néanmoins, le privilège de la pige étant de gérer soi-même ses horaires, nous vous conseillons d’y aller en semaine, le matin ou tard le soir… un délice (environ 14 euros l’entrée). Dans un genre plus économique, L’Internaute répertorie les belles piscines de Paris : http: //www.linternaute.com/sortir/piscines/piscines-paris/index.shtml

On démarre avec le festival Villette Brésil. À partir du 14 juillet, Carlinhos Brown viendra enflammer le kiosque à musique et nous faire chavirer au son des bossas et autres mélodies. On se croirait presque en plein carnaval de Rio. Toujours à la V i l l e t t e, le festival du Cinéma en plein air. Cette année encore, du 19 juillet au 28 août, on pourra découvrir ou redécouvrir en famille, avec ses amis ou son élu(e), les classiques du genre (La Nuit du chasseur, Short Cuts… sont annoncés). Avec un programme de qualité, le festival des Quartiers d’été débute le 14 juillet pour se terminer mi-août. Danse, théâtre, musique, cirque ou encore poésie, composez votre sélection de spectacles gratuits. Enfin, Paris plage. Victime de son succès, elle fait des émules : Lyon et Toulouse s’y collent. Du 21 juillet au 20 août, les quais se muent en promenade de bord de mer. Vos tongs ne resteront pas au placard… La Mairie de Paris a de plus décidé cette année d’offrir des cours de taï chi aux personnes âgées ou handicapées, près du Louvre .

Le rythme de vie : soufflez ! S’initier à la relaxation semble un bon moyen de tenir la pression des commandes de papiers. Une fois par

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Culture zen

MON BUREAU ET MOI

À rebrousse-poil de l’image d’Épinal du bureau de pigiste surchargé, branlant, bref, bordélique, je cultive une organisation spatiale zen. Moine pigiste ? Le bureau de ma moitié qui elle aussi, nul n’est parfait, fait profession de plumitif, est en tout point différent du mien. Débordant de dossiers, d’articles à lire, de fiches à classer, il m’apparaît comme l’archétype de l’organisation spatiale bordélique… Bref, un repoussoir. À l’inverse, afin de mettre de l’ordre dans mon esprit passablement éparpillé par la dimension multitâche du pigiste (trouver des sujets, se faire respecter, toucher son dû…) et par mes problèmes récurrents de concentration (aggravés par l’« e-mail addiction »), je plébiscite le dénuement zen : un ordinateur, une lampe de bureau, un magnétophone, un téléphone-fax, des ribambelles de Post-it et un fourre-tout en bois Ikea (crayons, ciseaux…). Conséquence logique : à l’ère de la dématérialisation des supports, je ne constitue quasiment aucune archive, qui rime pour moi avec inutilité et encombrement à l’heure de l’Internet. J’assiège toutefois régulièrement les services de documentation des rares canards qui en sont dotés afin d’enrichir mes enquêtes. Une fois ces dernières rendues : classement vertical de la doc’ avec l’impression d’avoir accouché… Après avoir squatté ma chambre pendant plusieurs années – réalisant au passage que j’y passais près de 75 % de mon temps – j’ai opté, lors d’un déménagement providentiel, pour un coin confortable de notre double séjour (un privilège indigne pour un pigiste ?). Depuis, chaque matin, j’ai presque l’impression de quitter mon domicile pour gagner la niche, je veux dire le bureau, comme mon voisin de palier, agent d’assurances en banlieue parisienne. Quelques hectomètres dans l’organisation physique de mon travail, un pas de géant pour mon bien-être mental. Un bémol, toutefois, le mercredi, lorsque je dois jongler entre l’interview du DRH de Carrefour et les hurlements de mon aîné (5 ans) qui tente, tant bien que mal, de récupérer auprès de sa petite sœur (1 an) la locomotive de son train électrique… Mesure-t-il seulement la chance, grâce à mon auguste personne, d’être déjà de plain-pied dans l’univers professionnel ?

© Éric Delon

Web du mois www.bibliotheques.paris.fr Dans la série « vive la technologie », le catalogue de toutes les bibliothèques municipales de Paris est en ligne. Plus besoin de se déplacer pour apprendre que le livre dont on a besoin est déjà emprunté ou n’est disponible au prêt qu’à l’autre bout de la ville. Encore une bonne idée : on y trouve la liste alphabétique et la localisation des revues et journaux reçus par les bibliothèques. Pratique de savoir que Men’s Health n’est disponible qu’à la bibliothèque Buffon, dans le 5e arrondissement. Si on est déjà titulaire d’une carte, on peut également consulter son compte lecteur en ligne, pour se souvenir de ce qu’on a emprunté et jusqu’à quelle date. Le concept existe à Grenoble, Caen, Nantes… Renseignez-vous auprès de Google ou de votre bibliothèque de quartier.

Éric Delon

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Laure Leter


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Lecture solidaire

Lire la presse à ceux qui ne le peuvent pas

Carnet de bord

P

remière année : il paraît que la presse va mal. Le métier va mal. Impossible d’y croire. Mes preEn ce début d’été, nos vieux font l’actu caniculaire. mières armes dans la pige, et déjà tout serait condamné ? J’entends les vieux Mais eux, comment perçoivent-ils l’actualité ? de la vieille du métier, ceux qui bosQuand leurs yeux deviennent trop usés pour lire saient déjà il y a vingt ans, il y a trenle journal, doivent-ils pour autant se contenter te ans. Ils disent que c’était mieux des infos télévisées de 20 heures ? avant, que l’herbe était plus verte eanne-Louise a 95 ans. Elle vit chez elle, dans une petite dans leur jardin. Je ne m’y résous pas. ville du Morbihan. Elle a un jardin dans lequel elle cultive On prête à Socrate une phrase fameudes fleurs. Les légumes, c’est devenu trop dur : elle ne distingue se prononcée il y a 2 400 ans : « La jeu pas bien quand ils sont mûrs. « Alors que les fleurs, je peux encore nesse d’aujourd’hui est décadente ». voir les couleurs. » Je me dis avec certitude qu’il doit en Jeanne-Louise, c’est ma mémé. Il y a environ une dizaine d’années, être de même pour le travail : demain elle a développé une maladie de la rétine : une dégénérescence est toujours pire qu’hier. Et comment de la macula. « La maladie du siècle prochain », diagnostiquent puis-je entendre ces plaintes sans me les ophtalmologues. En quelques mois, sa vue s’est dégradée, démoraliser ? Je ne peux pas me perjusqu’à ne plus distinguer que les formes, les silhouettes et les couleurs. mettre de leur donner le moindre créLe problème, c’est que ma mémé était une grande lectrice. dit parce que ce serait une excuse forOuest France d’abord, en entier tous les jours, en commençant midable pour ne plus lever le petit par la page des obsèques. Et des livres à profusion, surtout doigt, pour me laisser aller et me dire des documentaires. Un été, installée à l’ombre de ses lilas, que c’est la faute à « pas moi ». Non, elle avait dévoré une encyclopédie sur la nature de 300 pages mais avec un peu de système D et et un traité sur l’architecture paysanne locale tout aussi copieux ! sans trop compter sur les autres, je Avec sa vue, son moral s’en est allé : comment, désormais, occuper dois pouvoir m’en sortir. Voilà pour ses longues journées ? la première année.

J

Au même moment, j’étais journaliste en poste à ArMen, une revue sur l’ethnologie et l’histoire bretonnes. Un jour, je reçois un curieux coup de fil : « Bonjour, c’est la Bibliothèque sonore. Nos abonnés souhaiteraient recevoir ArMen, accepteriez-vous de céder les droits pour un enregistrement à usage privé ? » Coïncidence. Le directeur de la publication donne son accord, je rencontre les responsables de cette drôle de bibliothèque. « Nous avons des donneurs de voix qui enregistrent des livres et revues sur cassettes, m’explique Michel Barre, l’un des responsables. Nous les dupliquons et envoyons des copies à nos audiolecteurs. Quand nous leur avons demandé quelles revues ils aimeraient écouter, ils ont plébiscité Géo et ArMen. »

Deuxième année : il paraît que la presse va mal. Le métier va mal. Des journalistes, j’en ai croisé un paquet depuis l’année dernière. Ils sont tous d’accord : ils ne vont pas bien. Ils m’ont conseillé des bouquins. J’ai lu Birenbaum, Ruffin, Carton, Halimi, Dor et Valette. Tout d’un coup, ça allait beaucoup moins bien. J’ai passé des concours, visité des rédactions, reçu des bulletins de salaire et j’ai commencé à penser qu’effectivement la presse allait mal, que si je rencontrais des difficultés, ce n’était pas Depuis, sur le buffet, chez mémé, se trouve en permanence une drôle uniquement parce que je n’étais pas de petite valise en carton, avec ses « livres ». Elle choisit sur assez démerdard mais parce que les un catalogue, avec l’aide de sa femme de ménage. Le postier systèmes de recrutement, de publicalui dépose la valisette, qu’elle retourne une fois sa « lecture » achevée, tion et de rédaction étaient bloqués à le tout sans débourser un centime : l’association, reconnue d’utilité certains endroits. Ma résignation publique, bénéficie d’un accord avec la Poste. De mon côté, tous gagne du terrain. Mais avec elle une les mois et demi, au rythme de parution d’ArMen, je reçois un coup meilleure connaissance des rouages… de fil me donnant mon ordre de lecture. Le soir, quand tout est calme, et des feintes. je branche mon micro et je lis à voix haute pendant une bonne heure, un ou deux articles. Je sais que la semaine suivante, Troisième année : il paraît que la presdans sa cuisine, mémé m’écoutera attentivement. se va mal. Jean Chabod-Serieis Françoise Foucher

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Dossier

Le retour de la tong, les colliers en sautoir, c’est eux : big brothers des tendances, les grandes marques et les distributeurs les sollicitent pour définir… les nouvelles tendances, rien moins. Ils sont vos alliés en matière de mode, déco, économie ou société. Coup d’œil sur un partenaire.

Les bureaux de style, vous connaissez ?

À

confié que des extraits. Donc, un cahier de tendances, ce sont des pages et des pages de propositions de produits, sous forme de cahier d’éveil créatif. Il comporte des gammes de couleurs, des photos d’ambiance, des motifs, des échantillons de tissus, des croquis de mode ou de mobilier. À la fois préconisations et supports à l’imagination, il permet d’explorer et d’anticiper les phénomènes de consommation. Une vingtaine de cahiers, divisés en secteurs – impression, enfant, lingerie… sont édités deux fois par an et ce, trois à cinq ans à l’avance.

la fois têtes chercheuses et compilateurs, les bureaux de style sont des agences de veille créative. Au carrefour du style et du design, du marketing et de la communication, ils transcrivent les tendances de la mode en cours et à venir. Grâce à leur réseau international d’agents, ils collectent une foule d’infos sur notre belle planète. Looks de rue, design de magasins et packagings, pochettes de disques, films et pubs, magazines, feuilletons TV, expos et musiques : ils passent au crible tout ce qui se fait, se dit, se crée dans le monde. En cela, ils nous ressemblent un peu, nous, journalistes. Ils donnent le la à la planète entière. C’est grâce ou à cause d’eux que les mêmes dessins de papillons virevoltent à Paris et Tokyo, que repoussent les fleurs des années 70 à Moscou et Berlin, et que les pieds nus dans les chaussures et les bretelles de soutien-gorge apparentes ne sont plus d’horribles fautes de goût à Rome comme à New York.

Qui fait appel à eux ?

Fabricants et distributeurs, créateurs et maisons de haute couture, du prêt-à-porter aux arts de la table en passant par les cosmétiques, l’automobile ou les enseignes de jardinage, tous nos objets de consommation courante ont quelque chose à voir avec les bureaux de style. Mais notoriété exige, officiellement, presque personne ne fait appel à eux. Et pourtant, pour les uns comme pour les autres, les enjeux sont trop énormes pour passer à côté de la couleur, la forme ou la texture qui fera craquer un maximum de consommateurs. Résultat, quasiment tous utilisent leurs services, ne serait-ce que pour confirmer leurs intuitions. Les bureaux, armés de stylistes, coloristes, photographes, développeurs multimédia, r e sponsables de projets marketing et communication, sont susceptibles d’intervenir à tous les niveaux d’une marque. Cela va du simple conseil sur un emballage à la création d’une collection, d’un logo, d’un stand ou d’une campagne de pub.

par Marie-Jeanne Marti et Brigitte Tixier

Prendre contact

Les bureaux de style organisent très souvent des petits-déjeuners de presse autour des marques qu’ils conseillent ou pour présenter leurs nouvelles tendances. Photos et commentaires sont au rendezvous. Là, vous rencontrerez d’autres confrères issus des titres concernés par l’activité (Journal du textile, Fashion Daily News, Côté Sud, Figaro maison, Les Échos, Stratégies, etc.), et vous récolterez aussi une belle moisson de sujets. Pigiste vous livre d’ailleurs une idée : pourquoi cet engouement depuis deux saisons pour les fameux papillons présentés par Carlin ? Histoire de ces beaux lépidoptères, symbolique et implications dans les modes de consommation de nos contemporains… À décliner en presse éco, société, déco, mode. À vos claviers ! Pour figurer dans leur fichier, demandez à l'attachée de presse de vous y inscrire.

Quelques bureaux de style Carlin International: www.carlin-international.com Enivrance (alimentaire) : www.enivrance.com Peclers : www.peclersparis.com/index2.html Promostyl : www.promostyl.com/ Nelly Rodi : www.nellyrodi.fr/ Sacha Pacha : www.sachapacha.com/

Qu’est-ce qu’un cahier de tendances ? Essai de réponses en images pages suivantes. À 2 000 euros le cahier, le service de presse ne nous a

Remerciements particuliers à Fleur Mirzayantz, de Carlin International, pour sa collaboration.

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DOSSIER ı LES BUREAUX DE STYLE

Petit décodage des cahiers de tendances Les cahiers sont utilisés par les créatifs d’une marque ou d’une enseigne. Chaque styliste les interprète selon sa cible. Le journaliste spécialisé accomplit le même travail d’adaptation et propose à sa rédaction des sujets et des idées de photos en phase avec son lectorat. Au programme, esprit de synthèse et intuition.

L’homme de l’été 2005 Priorité à l’élégance. Pour la prochaine réunion de Profession : pigiste, les garçons porteront redingote à grands revers, tee-shirt en V et pantalon souple. Les accessoires : indispensables, les lunettes à verres glaciers et le petit foulard noué autour du cou. Ils se seront laissé pousser les cheveux pendant les vacances, mais la décoloration n’est pas obligatoire !

La gamme de couleur Le choix des coloris est le premier travail effectué par le bureau à chaque saison. Tous les six mois, quatre gammes sont proposées par cahier. Chacune correspond à un thème différent. Ici, la gamme homme « Sport chic ». Ces gammes sont adaptées à chaque secteur (lingerie, cosmétiques, art de vivre).

Le détail qui compte : pas de collection de chaussures sans mules. Ni tout à fait la même ni tout à fait une autre, c’est la ligne du talon qui change tout.

L’utilisation des imprimés Les motifs naïfs sont l’un des points forts de 2005. Simples et bucoliques, ils répondent à un besoin de réconfort, un retour au monde de l’enfance. La femme et l’enfant les retrou-

veront butinant leurs vêtements et leurs accessoires (cabas, bijoux, baskets). Dans la maison, ils se poseront sur les tapis, rideaux, housses de couettes et autres éléments décoratifs…

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DOSSIER ı LES BUREAUX DE STYLE

Décrypter un thème : Be Happy Le thème Be Happy invite à une résistance aux contraintes et aux drames du réel par une culture de la bonne humeur. Au programme, coloris « chromoptimistes », objets ludiques et silhouettes acidulées. La vague adulescente continue de déferler.

Une gamme pétillante : incitation à la gaîté avec des couleurs vives et acidulées. Pleins feux sur les rouges !

Peaux douces : le nombril serait-il devenu le centre du monde ? La taille est toujours basse et les mélanges d’imprimés, de rigueur.

© Gamme Happy House, Avi 9000

Transposition d’un thème par un fabricant : dans son dossier de presse de juin 2005, Avi (fabricant de peintures), propose sa tendance Happy House, ainsi que des associations de teintes, de matériaux et de textiles pour utiliser son produit. Quelques mots glanés dans le communiqué : « Explosion de couleurs vives, pétillantes […] un intérieur plein de bonne humeur […] paradis de l’enfance […] ». Le style se niche aussi dans les pots de peinture et se vend en grandes surfaces.

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DOSSIER ı LES BUREAUX DE STYLE

© Luminarc

L’idée à développer Plus qu’une proposition d’objet, ce dessin est un support à la création. On peut reprendre l’un ou plusieurs de ses éléments : la matière, le PVC gonflé ; la couleur, l’orange, toujours tendance ; la notion d’enveloppement pour des produits à bras géants ; l’esprit BD ; la photo colorisée. Ou tout simplement une bouée à dossier, histoire de se la couler douce.

La déclinaison d’une idée Le papillon, emblème de l’année 2005 (voir page 9), est préconisé dans tous les domaines. Le voici devenu mini pince à cheveux. Avec, en prime, sur ce croquis, une autre tendance : le naturel sophistiqué. Chevelure faussement ébouriffée et maquillage léger, savamment travaillé.

Réinterprétation d’un style par un fabricant Ici, ce sont les fleurs des années 70 qui sont à l’honneur (voir « Décoder une image »). Recoloriées dans des tons frais, elles sont exploitées pour de la vaisselle. Le turquoise est lui aussi réutilisé et le vert devient anis pour une gamme « pétante ». Rien ne se crée, tout se transforme !

Décoder une image Ou l’art et la manière de mélanger les styles pour donner de nouvelles pistes. Années 50-60 pour le look, années 70 pour la déco : les fleurs pop, le turquoise et l’orange, les motifs papiers peints, l’esprit BD-manga avec les bulles et le décor poétique… Et c’est parti pour une saison !

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Pigiste n° 9 - juillet-août 20

Portrait d’une association : l’Ajis

ASSO DU MOIS

Créée en 1967, l’Association des journalistes de l’information sociale compte aujourd’hui 242 adhérents, parmi lesquels une cinquantaine de pigistes. L’un d’eux a été élu secrétaire général adjoint, deux autres siègent au comité de direction.

«

L’Ajis puise ses racines dans le syndicalisme, apprend-on en feuilletant le nouvel annuaire de l’association. La majorité de ses fondateurs était issue du Syndicat des journalistes du mouvement social, né en 1922 et dissout en 1975. Autonome mais proche des organisations ouvrières, cette structure entend se démarquer du Syndical national des journalistes. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le Syndicat des journalistes du mouvement social, malgré des divergences d’opinions, continue de rassembler des rédacteurs spécialisés dans les questions sociales. Mais il s’écarte progressivement de l’action revendicative pour devenir une sorte de coopérative d’information, toujours dans un esprit de tolérance et d’entraide mutuelle. Héritage que l’Ajis continue d’honorer. » Cinq grands domaines – l’action sociale, les ressources humaines et le management, le travail et l’emploi, la formation professionnelle, la protection sociale – sont couverts aujourd’hui par les adhérents. Ces journalistes très spécialisés, plus rarement généralistes, représentent une centaine de médias très variés, allant de la presse écrite à l’Internet, en passant par l’audiovisuel. « Pour aider nos membres à conserver de bonnes connaissances, nous multiplions les débats, les tables rondes », explique Marc Landré, journaliste à L’Expansion, élu président en février dernier. Des petits déjeuners sont ainsi régulièrement organisés au café Procope. Une douzaine auront lieu cette année, dont trois gratuits. « Sont invitées soit des têtes d’affiche – comme François Hollande, Bernard Thibault, Jean-Pierre Raffarin, Louis Gallois – soit des seconds couteaux, moins médiatisés mais importants dans les organigrammes, comme Michel de Virville, secrétaire général de Renault ou Guillaume Sarkozy, invité à trois

©

Le banquet annuel de l’Ajis…

titres, avec sa casquette de président de l’Union des industries textiles, celle de vice-président de la Cnam et celle de vice-président du Medef. Il s’agit de coller à l’actualité, de ne pas traiter une seule question – l’emploi ou la santé – si l’on veut que les rédacteurs se déplacent et écrivent un papier. » Facturés 18 euros aux adhérents, les petits déjeuners ne coûtent que 9 euros aux pigistes qui ne peuvent se faire rembourser. « Fallait-il ou non faire de la discrimination positive ? Depuis longtemps, l’Ajis s’interrogeait, confie son président. L’adhésion comme la participation aux repas, aux voyages d’études coûtait le même prix pour tout le monde. En 2005, il a été décidé que si le montant de l’adhésion devait rester identique, les pigistes bénéficieraient à l’avenir de tarifs préférentiels pour les repas et les voyages d’études. Une manière de les aider à accéder à ces rencontres. Mais en réalité, ils ne viennent pas davantage… » Organisées sur des dossiers chauds – « l'assurance maladie ou l'assurance chômage, par exemple » –, les matinées de formation sont gratuites pour tous : journalistes comme membres partenaires. L'Ajis en compte quatre-vingt-dix : « Entreprises du secteur privé ou de l’économie sociale, associations, établissements publics, organisations syndicales ou patronales, caisses de protection sociale, mutuelles, institutions de prévoyance, fondations, organismes de recherche…

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ASSO DU MOIS la diversité de ces partenaires reflète le foisonnement des acteurs du paysage social. Par-delà leurs différences, ils partagent l’exigence d’une information sociale de qualité dans les médias. C’est la première raison qui les conduit à adhérer. » Chaque lundi matin, partenaires et adhérents reçoivent une lettre d’information par courriel. Outre des nouvelles de l’association – comptes rendus de débats, présentation de nouveaux membres – ils y trouvent tous les rendez-vous de la presse sociale de la semaine, ainsi que des offres d’emploi. Les partenaires le savent, l’Ajis n’est pas une agence de relations publiques susceptible d’organiser des conférences de presse sur commande. « L’Ajis peut certes monter des rencontres avec une personnalité, mais exerce toujours un droit de regard sur son contenu. » L’association propose au moins un voyage d’études par an : « En 2003, nous sommes allés cinq jours au Maroc rencontrer tous les ministres, les responsables qui comptent, précise Marc Landré. En novembre 2004, nous avons pu passer une journée à l’Organisation internationale du travail, à Genève, et rencontrer le directeur général,

© Ajis

Petit déjeuner au café Procope. Marc Landré, président de l’Ajis, et Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT.

les directeurs de services, afin d’aborder les problèmes des délocalisations et du travail des enfants. » Carine Lenfant http://www.ajis-asso.fr

In memoriam Le 12 décembre 1984, Marie-France Desgouttes, Martine Godoy, Éric Hassan et Évelyne Lance disparaissaient dans un accident d’avion au retour d’un voyage de presse organisé par l’Ajis et l’Afpa (Association de formation professionnelle pour adultes) à l’usine Fiat de Turin. En leur mémoire, un prix de l’Information sociale a été créé. Ce prix, doté de 3 000 euros, est destiné à encourager tout aspirant journaliste désireux de se spécialiser dans le social. Aucune condition d’âge ou d’études n’est exigée, chose suffisamment rare pour que Profession : pigiste la signale sur le forum, en mars dernier. Les candidats peuvent adresser un article, non publié, de quatre à sept feuillets, une cassette audio ou vidéo, non diffusée, de trois à six minutes, ou encore un reportage photo de cinq à quinze clichés. L’Ajis a reçu cette année quarante-cinq dossiers, trenteneuf articles, une cassette audio et deux reportages photos. © Aji Valentin Bontemps – lauréat cette année, avec un reportage sur Remise du prix 2005 de l’Information sociale. le travail clandestin dans le milieu du bâtiment – verra son papier publié à la rentrée dans La Croix. « Le prix va me permettre d’acheter un ordinateur », confiait ce jeune homme de 25 ans, diplômé de l’IPJ en avril, et qui termine un stage indemnisé de deux mois à L’Express. L’avenir s’annonce prometteur : il part cet été au Mexique, embauché par un journal qui vient de se créer à l’intention des expatriés.

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LE(S) JOURNALISME(S)

Lu pour vous

Les bidonneurs

Tout journaliste qui se respecte trouvera intérêt à se plonger dans l’œuvre d’Armand Robin. Écrivain, homme de radio, essayiste, poète, traducteur, théoricien de la traduction, Armand Robin (1912-1961) a épousé la cause prolétarienne de son temps. De ce personnage inapte à la concession, on retiendra un essai : La Fausse Parole, publié en 1953 par les Éditions de Minuit, et réédité au milieu des années 80 par l’éditeur charentais Le temps qu’il fait. La principale occupation professionnelle d’Armand Robin, à partir de la Deuxième Guerre mondiale, fut d’écouter et de décrypter les radios de propagande diffusées sur les ondes courtes qui ont maillé la surface du globe pendant la guerre froide. Il en tirait un « bulletin d’écoutes » diffusé à quelques abonnés prestigieux : Élysée, Vatican… La Fausse Parole est une synthèse d’une pertinence absolue, une grammaire du discours de propagande qui annonce la « mise à mort du verbe » et procède à une mise en abyme vertigineuse. Où l’on découvre que le monde libre, en matière de propagande, ne fait finalement office que de suiveur par rapport aux radios de l’ex-URSS et que la vérité n’est pas forcément là où on l’attend. Esprit d’une lucidité implacable, malmenant les convenances intellectuelles, Armand Robin sut aussi être visionnaire à ses heures. En 1953, il écrit à propos de la télévision naissante : « L’engin à images ne fait, pour l’instant, que plaire ; mais si peu qu’on y réfléchisse et qu’on ait en l’esprit le conditionnement d’ensemble de cette époque, il est logiquement appelé à servir de redoutables opérations de manipulations à distance ; il ne se peut pas qu’à travers lui ne soient tentés de travaux visant à dompter, à magnétiser de loin des millions et des millions d’hommes ; par lui, une chape d’hypnose pourrait être télédescendue sur des peuples entiers de cerveaux, et cela presque subrepticement, sans que les victimes cessent de se sentir devant d’agréables spectacles. » Cinquante ans après, ce texte court offre un ensemble de clefs pour comprendre la propagande moderne, qu’elle soit politique ou commerciale. Yann Kerveno Armand Robin, La Fausse Parole, Le temps qu’il fait, 146 pages, 16Ä.

Le bidonnage est tout un art. Mais un art interdit. Mentir, inventer, créer, bluffer: voilà les pires mots pour un journaliste aujourd’hui. Les bidonneurs sont les moutons noirs du métier, de fascinants concentrés d’interdits, des antimodèles bien pratiques pour qui veut comprendre ce qu’il ne faut pas faire lorsqu’on prend la plume, la caméra ou le micro. Notre plus récent et retentissant exemple est Jayson Blair. Ce journaliste a démissionné en 2003 du New York Times après qu’on a découvert qu’il truquait ses papiers. Pendant plusieurs années il les a remplis de fausses infos, de faux témoignages et de paragraphes plagiés. Dans son livre, Bur ning Down my Master's House (New Millenium, 2004), il explique comment il a inventé des témoins et des déplacements alors qu’il restait chez lui. Des bidonneurs, il y en a toujours eu. Ils ne sont pas les produits d’une époque mais plutôt les membres d’une grande dynastie dont le père fondateur est un Américain… En 1898, William Randolph Hearst (1863-1951) est à la tête d’un important groupe de presse. Ce magnat possède entre autres le New York Journal et le San Fransisco Examiner. Cette année-là, quelques tensions à Cuba, alors colonie espagnole, se font sentir. Le correspondant de Hearst à La Havane lui câble cependant : « Pas de conflit en vue. » La réponse est immédiate : « Envoyez-nous les images, nous vous envoyons la guerre. » En février, prenant prétexte de l’explosion du croiseur américain Maine en rade de La Havane, il démarre dans ses journaux une campagne acharnée contre l’Espagne, qu’il juge responsable de la chose. « Remember the Maine ! In Hell with Spain » (Souvenez-vous du Maine ! En enfer, l'Espagne !), écrit-il plusieurs fois. Il parvient à son but puisque la guerre commence en avril. Du coup, ses journaux tirent quotidiennement à plus d’un million d’exemplaires. Le bidonnage ? Le Maine a explosé tout seul à la suite d’un accident interne. Le personnage, cynique et quelque peu mégalomane, inspirera à Orson Welles son fameux Citizen Kane. Et les exemples sont nombreux. En 1991, Patrick Poivre d’Arvor et Régis Faucon (TF1) fabriquent, grâce à un habile montage, une interview de Fidel Castro. En 1992, l’équipe de La Marche du siècle (FR3) affuble de barbes deux Beurs lillois, afin de les faire passer pour des intégristes musulmans. Et cetera. Le phénomène du reportage truqué s’explique souvent par une course au scoop qui pousserait le journaliste à créer l’info plutôt que de la rater ou de l’attendre. Possible. En attendant, un plagiat se cache dans cet article… Jean Chabod-Serieis

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3 questions à un rédac chef Rédacteur en chef d’Investir magazine, Jacques Derouin collabore régulièrement avec des pigistes dont le prérequis est l’ultra-spécialisation. Ennemi du formalisme, il ne goûte guère les tics journalistiques. À bon entendeur… Collaborez-vous régulièrement avec des pigistes ? Absolument et ce, depuis plusieurs années. En me comptant, nous ne sommes que cinq journalistes intégrés au sein de la rédaction. Je fais travailler deux types de pigistes. D’une part, trois pigistes permanents, responsables d’une rubrique spécifique : art et collection, caves, automobile. D’autre part, un volant d’une quinzaine de pigistes occasionnels qui viennent nous renforcer sur de gros dossiers récurrents comme la fiscalité ou le patrimoine. Dans ce cas, ils travaillent en tandem avec l’un des journalistes permanents qui assure la coordination. Nous recourons également, au coup par coup et alternativement, à des pigistes très spécialisés, notamment dans le domaine juridique. La conjoncture économique difficile que notre type de presse traverse de manière générale depuis trois, quatre ans et la réduction subséquente de la pagination nous ont conduits à réduire sensiblement le budget piges ces dernières années. Quels types de relations entretenez-vous avec les pigistes ? Je n’aime guère le formalisme. Je n’utilise en conséquence pas de bons de commande et ne réclame pas systématiquement de synopsis mais veille à ce que les pigistes soient payés à parution, à un tarif recon-

Investir magazine 8 numéros par an Diffusion (OJD) : 104 000 ex. Tarif pige : 90 € brut Contact : Jacques Derouin, rédacteur en chef, jderoin@investir.fr

nu comme particulièrement honorable sur la place de Paris, ce qui constitue le préalable à une collaboration fructueuse et pérenne. Je rencontre régulièrement, à la rédaction, nos pigistes réguliers, avec lesquels nous discutons des angles ou des thèmes à traiter dans le futur proche. Sur la forme, si j’apprécie, bien entendu, la ponctualité – une denrée si rare de nos jours – et les styles enlevés, je ne supporte pas les tics journalistiques qui, bien souvent, polluent la lecture. Les pigistes vous contactent-ils directement ? Oui, je reçois régulièrement – le plus souvent par email – des propositions de collaboration auxquelles je m’efforce de répondre dans des délais décents. Ce qui n’est pas toujours facile, étant donné le rythme trépidant de l’actualité. Pleinement satisfait de la qualité de mon pool de pigistes, il m’arrive cependant de recevoir de temps en temps certains jeunes j o u r n alistes dont j’ai décelé une pertinence dans l’originalité et le choix des propositions de sujets. Après avoir été photographe de presse au début de ma carrière, j’ai moi-même été pigiste pendant un an et demi. L’époque était plus insouciante qu’aujourd’hui, on pouvait davantage papillonner avant de se fixer quelque part. Bref, prendre davantage de risques. Et puis, on pensait plus à faire la fête…

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Propos recueillis par Éric Delon


PUBLIRÉDACTIONNEL

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PUBLIRÉDACTIONNEL

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Portrait de pigiste Après Après cinq cinq ans ans passés passés àà Londres, Londres, Muriel Muriel Boselli Boselli revient revient en en France. France. Elle Elle pige pige entre entre autres autres pour pour la la presse presse agricole, agricole, économique économique et et environnementale environnementale avant avant de de lancer lancer son son projet projet:: Cause Cause Célèbre Célèbre,, un un magazine magazine de de rue rue écrit écrit par par des des journalistes journalistes et et vendu vendu par par des des sans-abri. sans-abri. Il y a trois ans, juste après la naissance de son fils, elle se lance dans la pige. « Je travaillais surtout pour le Farmer's Weekly, l’Agricultural Supply Industry, un hebdomadaire anglais, ou encore pour l’Agence européenne pour l'environnement. Je traduisais aussi différentes choses comme les textes du site de Gotan Project, des chansons pour Warner et des synopsis de films pour des maisons de production ». Si elle apprécie la liberté que lui confère sa qualité de pigiste, la solitude et la précarité lui pèsent certains jours. Dès l’âge de 12 ans, Muriel sait qu’elle veut être journaliste. « Après le bac, on m’avait dit que l’histoire était une bonne filière pour intégrer plus tard une école ». Elle choisit donc d’entrer en faculté d’histoire. « Et puis, arrivée en licence, j'ai eu le choix entre partir un an à Londres, avec le programme Erasmus, ou rester en France et intégrer une école de journalisme. » Elle décide de tenter le coup en Angleterre, sans pour autant perdre son objectif de vue. « J’avais toujours envie de devenir rédactrice, mais je voulais m'y prendre à ma façon. L'école de la vie valait bien une école de journalisme. » C’était en 1995. Un an plus tard, sa maîtrise en poche, elle travaille quelque temps dans une entreprise d’import-export. Puis elle intègre l’Agricultural Supply Industry (ASI), un hebdomadaire spécialisé « agri-business », qui traite de thèmes comme les OGM ou de l’actualité de sociétés type Monsanto. « Ils m’ont recrutée et formée en interne. Côté travail, les Anglais ont une ouverture d’esprit étonnante. » Elle reste deux ans et demi à l’ASI. Puis elle répond à une annonce de BridgeNews, une agence de presse américaine, spécialisée en économie, politique et finances, qui cherche à envoyer des correspondants en France. Une occasion en or pour la jeune journaliste. « À cette époque, je voulais absolument rentrer, par n’importe quel moyen. D’abord pour des raisons financières, la vie à Londres est tellement chère ! Ensuite, côté boulot, il me semblait avoir fait le tour.

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Tant que j’apprenais et que mon boulot représentait un défi à relever, ça allait. Mais ce n’était plus le cas, d’autant que j’étais limitée par les barrières de la langue : je parle d’abord le français, même si je suis anglaise par ma mère ». La mentalité « très individualiste » des Anglo-Saxons commence aussi à lui peser. « Les Britanniques ont des codes et des rapports entre eux dont je n’avais plus envie. » Muriel revient à Paris en janvier 2000, sous contrat avec BridgeNews. Mais quelques mois plus tard, l’agence fait faillite. Elle commence à piger alors qu’elle vient de fêter ses 30 ans et fait le point : « Je ne savais plus très bien de ce que je souhaitais. Si je voulais vraiment continuer à être pigiste ou partir vers quelque chose de nouveau. » Elle se lance finalement dans ce projet de création d’un magazine : Cause Célèbre. « C’était l’occasion, et on en a peu dans la vie. » Le principe du mensuel ? Rédigé par des journalistes, il est vendu dans la rue par des sans-abri. L’idée a mis plusieurs années à germer. « En fait, je n’ai jamais pu acheter de magazines de rue en France. Alors qu’à Londres, j’achetais The Big Issue toutes les semaines ! » Premier city mag, à l’origine du concept : vendu par des sans-abri

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PORTRAIT DE PIGISTE et écrit par des journalistes. « Ils avaient des couvertures incroyables, un contenu intéressant avec des rubriques vraiment drôles. Je le dévorais. En France, je ne trouvais pas ces magazines attirants. De plus, les vendeurs dégageaient quelque chose de très négatif. J’avais beau faire des efforts, je n’arrivais pas à les acheter. » Réflexion faite, The Big Issue n’a pas son pendant en France. En février 2004, Muriel contacte l’INSP (International network of street papers) 1. Elle tombe à pic, puisqu’ils préparent leur conférence annuelle. « Elle se déroulait à Glasgow. J’y suis allée trois jours et j’ai pu rencontrer et discuter avec d’autres personnes qui avaient monté le même type de projet en Afrique, en Amérique du Sud, dans les pays nordiques… Ç’a été le déclic. » À son retour, elle refuse même le poste qu’on lui propose dans un hebdo consacré à l’industrie cosmétique. Mais le projet est trop lourd à porter seule. Elle est rejointe par un ami et confrère, Matthieu Fontaine, pigiste lui aussi. Ensemble, ils consacrent tout leur temps à la réalisation de dossiers et préparent un pilote avec un troisième ami, graphiste. « Il nous fallait quelque chose de concret pour trouver des financements ». Ni la Mairie de Paris ni la Région ne les soutiennent. Ils doivent recourir à des fonds privés (la Fondation Caisses d’Épargne pour la solidarité et le Secours catholique). « Puis nous avons conforté l’équipe rédactionnelle. » Muriel est rédactrice en chef et Matthieu, son adjoint. Après avoir publié une annonce sur Categorynet, ils reçoivent deux cents CV, parmi lesquels dix sont retenus. Toute l’équipe est pigiste et bénévole. « Notre action est avant tout sociale, rappelle Muriel, les SDF sont entre dix et vingt mille en Île-de-France et ce projet est un moyen de réinsérer ceux d’entre eux qui le souhaitent et qui sont motivés. » L’équipe collabore étroitement avec les travailleurs sociaux, qui transmettent le message et suivent les vendeurs recrutés. « Ils nous appellent, nous envoient des SDF motivés, auxquels nous faisons passer une sorte d’entretien. » Le vendeur, s’il est retenu, repart avec cinq numéros, à vendre à un endroit choisi au préalable. « Puis il a le choix : soit il revient acheter d’autres magazines, desquels il gardera plus de la moitié du prix de vente, soit il garde tout et on ne le revoit pas. » La tâche semble difficile. Si l'équipe de journalistes reste motivée, les vendeurs le paraissent moins. Intransigeante quant à la qualité visuelle et rédactionnelle

du contenu, Muriel garde pour principale préoccupation la réinsertion de personnes en grande difficulté. « Même si pour l’instant ils ne sont pas très assidus et ne se rendent pas compte de l’importance du rôle qu’ils ont à jouer. C’est une entreprise à long terme. Il faut du temps. » Le magazine n’a encore que trois mois. « Il nous faudrait une cinquantaine de vendeurs pour que le projet soit viable. Nous en avons une vingtaine, jamais les mêmes, mais cela viendra. En attendant, nous continuons à chercher des financements. » Delphine Barrais http://www.street-papers.com/ L’INSP a été créé à l’initiative du Big Issue britannique. 1

http://www.cause-celebre.com Numéro 3 en vente dès juillet, 2 €, dont 1,20 € pour le vendeur.

70 titres toujours pris en otage ! Depuis seize mois, la Socpresse est détenue par le Groupe Dassault. Jeudi noir de l’histoire de l’indépendance de la presse : l’industriel de l’armement avait conclu un accord le 11 mars 2004 pour porter de 30 % à 80 % sa participation dans le capital

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du premier éditeur de presse français.

pigistepublic09  

Grâce à eux, nous avons vu le retour de la tong ou des colliers en sautoir… big brothers des tendances, les grandes marques et les distribut...

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