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#1 BeDiables Magazine

l’équipe Rédacteurs en chef Guillaume Gautier Pierre Lambert Cédric Martin Journalistes Vincent Blouard Oli El Khoury Jérôme Noël Antoine Themelin Jonas Verhaeghe Graphisme/Mise en page Axel Collignon Olivier Detournaij Jonas Verhaeghe

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www.bediables.be bediables@gmail.com t @BeDiables f Be Diables


l’édito BeDiables présente BeDiables magazine. Oui mais pourquoi ? BeDiables présente BeDiables magazine. Oui mais pourquoi ? Parce que l’on est sans doute face à une des plus belles pages de l’histoire des Diables Rouges. Parce que les Diables Rouges, comme le souligne Marc Wilmots, appartiennent à tout le monde. Parce que l’idée de faire un site sur les Diables différent des autres a déjà plus d’un an maintenant. Et qu’il était temps de vous en proposer plus. Parce que le site n’est plus mis à jour, faute de temps, d’argent et de personnes. Mais les temps changent, de nouveaux collaborateurs sont là. Il ne manque plus que le billet gagnant de l’Euromillions. Parce que des idées, on en a encore à la pelle. Parce qu’après la Coupe du Monde au Brésil, il y a l’Euro en France en 2016, où nos Diables seront encore meilleurs et archi favoris. Parce que le monde du ballon rond nous intéresse toujours. Parce qu’on a la volonté de continuer à vous proposer autre chose que ce que les médias traditionnels vous proposent. Et enfin, parce que vous lecteurs, êtes présents depuis le début et avez permis à notre site de grandir au fil des jours grâce à vos commentaires pertinents et positifs. C’est avec tous ces ingrédients que l’équipe BeDiables vous présente son premier magazine sous format PDF. Un premier numéro qui en amènera d’autres. Un format qui ne sera pas figé, qui va évoluer avec le temps. Mais pas de panique, le site Web sera encore alimenté, mais de façon différente. Pierre Lambert pour l’équipe BeDiables -3-


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LE Sommaire 6 10 14 18

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Tom Soetaers Entretien au coin du bar Roger laboureur Le commentateur mythique nous dévoile ses plus beaux souvenirs Frankie vercauteren Il a vécu la galère à la tête des Diables L’équipe type de la rédac’ Radja Naingollan Son absence fait déjà débat. Tentative d’explication La russie et son jeu à la grecque Mené par Fabio Capello, le bloc russe ne sera pas facile à percer Dick, advocaat du diable Le technicien batave nous en a fait voir de toutes les couleurs

Algérie, mefions-nous du fennec qui dort Classée 25e au ranking FIFA, présentation d’une équipe méconnue carl medjani Rencontre avec le rugueux défenseur de Valenciennes La corée du sud Sous l’impulsion de Son Heung-min, la Corée espère créer la surprise johan walem Retour sur la belle aventure du mondial 2002 evs, une entreprise belge à la coupe du monde Présentation de l’équipe qui s’occupe des ralentis au mondial et physiquement, comment ça va? La préparation physique, un élément à ne pas prendre à la légère Les Mythos Ciman en vacances au Brésil

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« januzaj peut

devenir la surprise Quel est le point commun entre Maxwell, Ibrahimovic et Sneijder? Bien vu, ils ont tous joué avec Tom Soetaers. Mais l’époque où il côtoyait des stars semble bien lointaine pour l’ancien Diable rouge. Aujourd’hui, le gaucher ne fait plus parler de lui qu’au Nord du pays, de par son statut de consultant pour Telenet et VTM. Au sud du pays, il a été jeté aux oubliettes. Alors BeDiables s’est chargé de le retrouver, dans le café dont il est propriétaire, à Wommersom.

du mondial »

propos recueillis par Antoine Themelin

Pour commencer, peux-tu nous rappeler ton parcours ?

J’ai commencé le foot à 6 ans, à Wommersom, un petit village près de Tirlemont. Mon père était dans la direction. À 9 ans, via la sélection provinciale, j’ai eu le choix d’aller au Standard ou à Anderlecht. En tant que supporter des Mauves, mon choix a été vite fait. J’y ai signé un contrat pro à 17 ans, à l’époque d’Arie Haan. Je suis resté deux ans dans le noyau A. Puis j’ai connu Jean Dockx et Franky Vercauteren et enfin Aimé Anthenuis. Mais je n’ai jamais joué. Ah bon ?

A l’époque, on ne pouvait mettre que 15 joueurs sur la feuille de match. Avec des Scifo, Crasson, Stassin, Zetterberg, je n’ai pas été souvent dans le noyau. Quelques équipes néerlandaises et espagnoles se sont manifestées. Tu as alors opté pour Roda JC, aux Pays-Bas.

Ce n’était pas loin, je faisais tous les jours la route. À ce moment-là, c’était connu que tout le monde partait dans les petites équipes comme Twente ou Utrecht où tu étais assuré de jouer. J’ai eu un bon feeling en visitant le nouveau stade de Roda. Et puis je me suis retrouvé avec d’autres Belges: Joos Valgaeren, Peter Van Houdt ou Kevin Van Dessel.

« Benteke était fort...très fort » Tom Soetaers a joué avec Christian Benteke dans trois équipes différentes durant sa carrière. À Courtrai, à Genk et à Malines. « Dans la vie, il ne pensait que « foot, foot, foot ». Il était vraiment concentré sur ce qu’il faisait. Il était déjà fort…très fort. Mais je ne pensais pas qu’il irait si loin. Je savais qu’il allait être un bon joueur, mais j’avais peur qu’il ne soit pas prêt dans sa tête pour le haut niveau. Je me suis trompé. Il mérite ce qu’il fait aujourd’hui car il avait toujours cette volonté de s’améliorer. »  -6-


tom

soetaers -7-


Au niveau du jeu, qu’est ce qui t’a marqué lors de ton arrivée là-bas?

L’espace que tu reçois. Aujourd’hui, c’est un peu différent, mais à l’époque, en tant qu’extérieur gauche, si je passais mon homme, j’étais parti seul vers le goal. Ici en Belgique, si tu passes un joueur, tu dois te débarrasser d’un autre, et celui que tu as passé est revenu entre-temps. En réserve, il m’arrivait de marquer 5 ou 6 buts par match tellement les défenses sont faibles. Tout se passait bien à Roda, je jouais tout le temps, j’ai découvert la Coupe d’Europe.

C’était ce que tu voulais depuis tout petit, côtoyer des stars ?

Non pas vraiment, j’ai toujours voulu être joueur de foot, mais ce n’était pas une obsession. Si je n’y étais pas arrivé, ça n’aurait pas été grave. Je suis conscient que j’ai eu beaucoup de chance. Pour arriver quelque part, il faut un peu de qualité, beaucoup de travail, et un peu de chance. J’en ai eu. Et puis un jour est arrivée l’équipe nationale.

J’avais déjà reçu une dizaine de lettres comme quoi j’étais repris dans une préUn autre monde! Je suis arrivé là comme sélection, mais sans jamais faire partie du un petit Belge. Sur le terrain ça allait. Le 30 noyau final. Je me souviens très bien de ma août, j’étais transféré. Le 1er septembre je première sélection. J’étais en train de renjouais mon premier match et j’ai directetrer d’Amsterdam en voiture, j’avais un jour ment marqué lors des deux rencontres sui- de congé. Et j’ai entendu mon nom à la vantes. Mais à côté du football, c’était dur. radio. Même si l’équipe n’était pas terrible Puis l’Ajax Amsterdam s’est manifesté…

« Pour arriver quelque part, il faut un peu de qualité, beaucoup de travail, et un peu de chance. J’en ai eu. » Du jour au lendemain, j’ai habité seul à Amsterdam. Dans ma tête, j’étais toujours un joueur de Roda alors que l’Ajax avait payé 3 millions d’euros pour moi. D’autant plus qu’il n’est pas facile de se faire une place dans un tel noyau.

L’Ajax venait de gagner la Ligue des Champions quand je suis arrivé. Depuis cette époque, plus aucune équipe de l’Ajax n’a été aussi forte que celle-là: il y avait Ibrahimovic, Van der Vaart, Sneijder, Heitinga, De Jong, Galasek, Maxwell... Tu as donc joué avec Ibrahimovic…

Il avait 21 ans mais déjà, à l’époque, il était spécial. Il savait qu’il était fort, mais pas conscient de toutes ses capacités. Puis du jour au lendemain, il a commencé le fitness, il voulait devenir le meilleur. Il a tout fait pour. J’étais à coté de lui dans le vestiaire. J’avais le numéro 7, Pienaar le 8, Zlatan le 9. Je lui parlais un peu, mais sans plus. -8-

à l’époque, c’est la plus belle chose qu’un joueur de foot puisse recevoir. J’ai donc disputé mes premières minutes à Andorre, fin 2002, dans le cadre des qualifications pour l’Euro 2004. Tu retrouvais comme coach fédéral Aimé Antheunis, que tu avais connu à Anderlecht.

Lors de ma période à Anderlecht, il voulait me garder. Il a toujours été honnête avec moi. Mais en réalité, quand il est venu voir des matches de l’Ajax, il venait voir Sonck. J’ai bien joué ces matchs-là donc il m’a testé. Et je suis resté dans le groupe des Diables durant 14 rencontres. Pourquoi pas plus ?

J’ai eu des problèmes avec l’Ajax. En début de saison, j’ai été suspendu pour cinq matchs. Un jeune a pris ma place dans l’équipe. J’ai alors rejoint Genk en septembre, au moment où un nouveau cycle commençait en équipe nationale après


« Leekens ne sait pas s’adapter à l’adversaire, tactiquement il est limité. » l’Euro 2004. Je n’ai plus fait partie des plans sous l’ère Vandereycken. Des regrets par rapport à cette mauvaise passe à Amsterdam?

Peut-être que je me suis trop vite laissé aller. Trop rapidement je me suis dit « c’est fini pour moi à l’Ajax », j’aurais dû insister, encore plus montrer que je voulais jouer. Mais, pour mes qualités, je sentais que j’étais à la limite. Pour en revenir à l’équipe nationale, quelle est la différence qui te frappe quand tu compares les Diables d’aujourd’hui avec ta période ?

Le professionnalisme. Ils sont 24 joueurs. Comme nous à l’époque. Mais on avait six personnes pour nous encadrer : l’entraineur, le T2, l’entraineur des gardiens, un délégué et deux volontaires pour aider. Aujourd’hui, ils sont un staff de 24 personnes pour les chouchouter. Mais c’est nécessaire. Les joueurs actuels sont de grandes stars, ce sont les meilleurs dans leur championnat respectif. À mon époque, les stars étaient Bart Goor ou Marc Hendrickx… Un avis sur Marc Wilmots ?

Je n’ai jamais joué avec lui. Et j’avais mes doutes par rapport à ses résultats lorsqu’il était entraineur à Schalke 04 ou à SaintTrond. Mais je pense que c’est la bonne personne. Lorsque j’étais à Genk, je l’ai rencontré dans un resto. On a parlé deux heures, il voulait me placer en Allemagne, sans même être mon manager. C’est la seule fois où j’ai pris le temps de parler avec lui, mais il m’a laissé une très bonne impression. Il était honnête, il disait ce qui allait, mais aussi ce qui n’allait pas. Mais quand tu vois comment il tient le groupe aujourd’hui... Il ne faut plus rien apprendre aux joueurs, il faut trouver quelqu’un qui sait gérer un groupe, pas seulement les onze qui jouent. Et pour ça, Marc Wilmots est le meilleur.

J’ai très peu joué sous Leekens. Il m’avait promis qu’on jouerait en 4-3-3. Mais il a joué toute la saison en 4-4-2. Leekens est un motivateur. C’est quelqu’un qui, avant le match, en trois phrases, te motive comme jamais. Quand tu fais ça 20 fois par saison, ça passe, mais quand tu entends ça durant un an, ça ne marche plus. C’est pour ça qu’il ne reste pas longtemps dans un club. Il sait très bien quel style d’entraîneur il est. Leekens ne sait pas s’adapter à l’adversaire, tactiquement il est limité.

bon joueur, le meilleur défenseur belge du championnat. C’est aussi un mec positif, toujours heureux pour le groupe même s’il ne joue pas. Vanden Borre ça m’étonne un peu, mais il a les qualités. Je pense que Kompany est derrière sa sélection. Même avec Januzaj, Marc Wilmots a fait un bon choix. J’ai vu 4-5 fois Manchester United cette saison, il est incroyable. Je pense qu’il peut devenir la surprise de cette Coupe du Monde.

C’est lui qui t’a poussé à quitter Courtrai ?

On doit terminer 1er du groupe, puis je pense qu’il est possible d’aller jusqu’en quarts de finale. Si tu passes le premier tour, tu joues le Portugal ou l’Allemagne. Sur un match, tout peut arriver. Mais pour aller au bout, il faut enchainer quatre matches comme ça. Ce sera compliqué. Les autres équipes ont plus d’expérience à ce niveau.

Pas vraiment, après un échange avec Vrancken durant le mercato, je me suis retrouvé à Malines, sous Peter Maes. Tout se passait très bien, je jouais, je marquais. Puis Marc Brys a débarqué à Malines et je me suis blessé aux abdominaux. J’ai mal géré cette situation. J’ai senti, à 31 ans, que c’était la fin. Je voulais m’amuser donc j’ai signé à Wijgmaal en D3. Mais même en troisième division, tu dois vivre pour ton sport, ce que je ne faisais pas. Dans ma tête c’était fini. J’ai donc opté pour le club de mon village, Wommersom, en deuxième provinciale en tant que joueur-entraîneur.

Un prono ?

Pour terminer, raconte-nous ton but marqué avec les Diables…

Je m’en souviens très bien, c’était avec mes fesses. C’était un match amical contre la Pologne, au Stade Roi Baudouin, un mercredi. Je suis monté à 10 minutes de la fin, le score était de 2-1 pour nous. Un C’était un rêve de devenir entraîneur ? défenseur fait une passe à son gardien, Pas spécialement, j’ai mon diplôme UEet je cours pour le mettre sous pression. FA-A, mais je voulais surtout voir ce que ça Je me dis « je n’ai que dix minutes, je vais faisait de gérer un groupe. Mais la saison courir pour ma vie ». Le gardien dégage prochaine, j’arrêterai. Je suis souvent pris sur mes fesses et le contre m’est favorable. par la télévision en semaine donc ce n’est Le gardien n’a rien compris, je n’ai eu qu’a pas honnête de faire des choix si je ne suis pousser la balle au fond des filets. J’ai pas la aux entrainements pour juger. eu un peu de chance, mais j’ai marqué en équipe nationale et ça, il n’y en a pas Pour en revenir à la sélection des 23, tu beaucoup qui peuvent le dire… X es d’accord avec les choix de Wilmots?

Oui, il a bien fait la balance entre les meilleurs joueurs et le meilleur groupe. Origi par exemple, c’est un bon joueur, il est jeune, il va bien s’intégrer et il sera content avec chaque minute qu’il joue. Si tu prends Batshuayi et que tu perds le premier match avec Lukaku en pointe, tous les journaux Tu as également connu Georges mettront la pression pour que Batshuayi Leekens lors de ton passage à Courtrai joue. Il aura beaucoup de pression et ce après Genk. n’est pas bon pour lui. Ciman, c’est un très -9-


roger

laboureur le précurseur

C'est au café « Le Barcelone », en face de l'appartement qui l'a vu naître, que Roger Laboureur a gentiment accepté de nous rencontrer. Entre deux « babettes », comme il dit, il est revenu sur sa longue carrière de commentateur, que l'on assimile volontiers aux glorieuses années diablesques. Entretien par Pierre Lambert et Cédric Martin

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Le foot pour vous, ça représentait quoi ?

Je suis enseignant à la base, mais ma passion première, c’est la radio et la télévision. Tout gamin, j’étais déjà fou de radio. À l’époque, il n’y avait pas de télévision. Je suis né au moyen âge. Et Luc Varenne était mon idole. J’ai commencé à travailler pour radio Namur. Je travaillais le dimanche sur des petits matchs, je faisais les comptes rendus. Et puis petit à petit ça j’ai commencé à aller plus haut. Pourquoi vous êtes vous tourné vers le journalisme ?

L’enseignement était un plan B et mon plan A, c’était la radio. Ce n’était déjà pas facile à l’époque de rentrer à la RTBF. Comment êtres-vous devenu commentateur sportif ?

J’ai commencé comme tout le monde par faire des piges et des petits matchs. Puis j’ai eu beaucoup de chance. Marc Jeuniau a cru en moi et m’a dit un jour de venir faire un essai sur Bruxelles. J’ai laissé passé quelques temps et un jour je me suis dit merde, je vais aller à Bruxelles sans prendre rendez-vous. Je suis donc allé à Flagey aux anciens bureaux de la RTBF. J’arrive, je demande si je peux parler à Monsieur Jeuniau. J’explique qui je suis, que je fais un peu de radio pour l’INR Namur, qu’il m’avait dit de venir faire un essai après lundi sport, l’émission populaire à l’époque sur la RTBF. J’ai fait l’essai et je suis resté à la RTBF.

« On laissait 5 minutes aux joueurs, puis on rentrait dans les vestiaires. Ils étaient tous à poil»

chez eux sans venir de la presse papier, que Marc Jeuniau récupérait à droite et à gauche. Il n’y avait pas d’école de journalisme à l’époque. Et avec le lundi sport, on était les seuls a parler de sport. Vous dites qu’il était plus facile d’être journaliste à l’époque, notamment parce que les grands joueurs étaient plus faciles à aborder ? Pourquoi ?

Oui c’était autre chose. Il paraît que c’est inimaginable aujourd’hui. Il y a une salle prévue pour interroger les joueurs, alors que nous on faisait ça sous la douche. Toutes les facilités étaient là, on était des copains en quelque sorte. On laissait aux joueurs 5 minutes après la fin du match, puis on entrait. Ils étaient tous à poil.

Et au niveau technologie aussi, c’était plus compliqué pour la radio ?

Oui, on devait transporter le fameux Nagra de 13 kilos. Quand on voit le machin là avec lequel vous m’interviewez (ndlr : il nous montre notre enregistreur) je me demande si je ne suis pas né au MoyenÂge. C’est vrai que c’était primitif comme boulot. Il n’y a rien à faire, on n’avait pas les mêmes possibilités qu’aujourd’hui, car la technologie n’existait pas comme on la connaît maintenant. Mais les conditions étaient beaucoup mieux du point de vue humain. Les journalistes me disent qu’aujourd’hui c’est fini d’entrer dans le vestiaire. Les joueurs passent avec leur casque et nous regarde à peine. À l’époque, c’était « Salut Roger, comment vas-tu ?» Notamment avec Pelé ? Vous l’avez d’ailleurs rencontré à plusieurs reprises ?

Pelé était difficilement abordable quand même. Il ne me connaissait pas, mais nous C’était quoi être journaliste sportif à avions un ami commun, Lucien Levaux, l’époque ? qui était le chargé de relation publique au C’était une passion d’être journaliste, surStandard. À l’époque il était représentant tout la radio. J’aurais fait n’importe quoi. Puma pour l’Europe. Pelé était chez Adidas J’aime le sport et je l’adore, mais si on et Lucien chez Puma et est parvenu à le m’avait dit de faire de la critique de cinéma faire signer un contrat pour le mondial de ou du théâtre, je l’aurais fait volontiers. Je 1970 et ils sont devenus copains. Quand suis le premier à la RTBF à avoir commencé ils se voyaient en Belgique, J’étais là et les - 11 -

liens se sont créés. Il nous a aussi invité chez lui au Brésil. À l’époque, je suis le seul journaliste européen à avoir été chez lui. Pourtant, quand il recevait des journalistes, c’était à son bureau à Santos, dans le centre, dans une très belle maison. L’année suivante, il est venu pour le match de gala de Paul Van Himst et je l’ai invité à la maison. On ne s’est plus vu depuis plus de 15 ans. Vous avez pris part à huit Coupes du monde ? Des souvenirs plus importants que d’autres ?

Il y a deux formes de souvenirs. Tout d’abord au niveau sportif, comme commentateur. Mais quand j’étais dans une ville, j’adorais, si le temps me le permettait, visiter. La chance que l’on avait lors de grands tournoi comme la Coupe du Monde, c’est que au début il y a des matchs tous les jours, mais par la suite moins. On avait donc le temps pour visiter entre deux matchs. L’Italie est d’ailleurs un excellent souvenir. J’avais une voiture louée par la RTBF et j’ai fait tous les coins de l’Italie en 1990.

« Aux étudiants : je suis un peu responsable si vous avez échoué aux examens » La Coupe du Monde à Mexico est celle qui vous a le plus marqué ?

Mexico, on m’en parle encore tous les jours. C’était la folie. Mais par rapport à aujourd’hui, c’était le Moyen-Âge. On m’appelait de Bruxelles en me disant, tu ne te rends pas compte, en Belgique les gens deviennent fous, ils restent éveillés la nuit pour voir les matchs. Je dis souvent à d’anciens universitaires : « si vous avez échoué en 86, je suis un peu responsable, car vous ne deviez pas dormir beaucoup ». C’est vrai que l’on ne s’en rendait pas compte sur place. Et maintenant l’excitation revient. Vous avez passé 33 ans à la RTBF, qu’est-ce qui fait que vous avez duré si longtemps ?


Je n’en sais rien, il paraît que j’étais aimable avec les gens. Je n’ai jamais eu envie d’arrêter. On dit que j’étais proche des gens, extraverti. J’ai toujours besoin de copains autour de moi. Je suis comme ça. Et c’est ce côté qui plait aux gens, mais je ne le faisais pas exprès, c’est dans mon tempérament. La flamme sportive s’est quand même éteinte. Je lis les journaux pour me tenir au courant et je regarde la télé. Mais on revient toujours à la même chose. Il n’y a pas un seul article où on ne parle pas fric. On parle de mercato avec autant de millions dépensés. Et quand j’entends ce que les joueurs aujourd’hui gagnent, je trouve cela plus qu’indécent. À une époque où il y a des gens qui n’ont pas le minimum pour vivre.

« J’aurais payé pour faire mon métier. Et à l’inverse, on me payait » Pourtant, être commentateur sportif, c’est mieux payé que prof ?

Oui, mais quand je vois ce que certains journalistes français gagnent aujourd’hui, c’est 10 fois ce que je gagnais moi. Mais au final, ce n’est pas une question d’argent. Même avec moins je l’aurais fait. J’aurais payé pour faire

mon métier. Et à l’inverse, on me payait. De toute façon c’est un métier comme un autre. Mais c’est vrai qu’après 18 ans, c’est encore inimaginable. Je me suis dit quand je quittais la RTBF qu’on m’oublierait. Mais aujourd’hui encore on m’arrête tous les jours. Si une voiture arrive à un feu rouge et qu’il me reconnaît, ça arrive encore que l’on me dise, Roger, goal goal goal. Il y a des gens qui ne m’ont pas connu et qui me reconnaissent. À l’époque pour faire un résumé de match, c’était plus difficile qu’aujourd’hui ?

On ne parle pas de la même chose qu’aujourd’hui. Les matchs pour le week-end sportif par exemple, c’était un vrai défi. Les images arrivaient en direct mais sur du film. Il fallait donc rentrer à Bruxelles en quittant à 16h45 à Sclessin pour le week-end sportif à 19h. On quittait 10 minutes avant la fin, et c’est toujours à cet instant qu’arrivait un but. Les moyens techniques étaient limités. On rentrait, on devait développer la pellicule (par bobine de 120 mètres, ça prenait ¾ d’heure). Et puis on commençait le montage. Aujourd’hui par contre tout arrive au studio et on a un monteur à côté de nous.

« Je donnerais une Coupe du Monde pour un Tour de France » Il paraît que vous êtes aussi un fan de cyclisme ?

Oui, j’aime bien le vélo. J’ai d’ailleurs fait 5 tours de France, mais pas en entier. J’allais 8 jours puis Marc Jeunot allait 8 jours. Le tour, j’adore. Je donnerais une CM pour un tour de France, ça je ne l’ai jamais dit. J’adore la

France. J’ai appelé ma fille France et mon fils Hugues. Je trouve exceptionnel de pouvoir traverser la France à vélo. Et quand je vois comment doivent se préparer les cyclistes par rapport aux footballeurs, c’est à mourir de rire. Quand j’entends les footballeurs se plaindre. J’entends que les joueurs sont fatigués le dimanche, car ils ont joué le mercredi en coupe d’Europe alors qu’ils gagnent un fric bête. Je me souviens quand je présentais le foot le lundi. Je cherchais des interlocuteurs pour l’émission du soir. Je sonnais à la femme d’Eddy Merckx le lundi matin : « il est là ? Non. Où est-il ? À l’entrainement ». Alors que la veille, il avait gagné Paris-Roubaix. Si vous deviez choisir une époque pour commenter un Tour de France ?

Celle d’Eddy. J’ai fait les 8 derniers jours d’Eddy en 69. C’était son premier tour et c’était fabuleux. Avec Eddy, je rentrais dans sa chambre alors que c’était fermé pour tout le monde. Une anecdote à propos de ce tour de 69. Je me trouvais dans la voiture pas loin d’Eddy, conduite par Jean Brancard, un ancien coureur. Tout heureux de voir qu’un Belge allait gagner le tour car ce n’était plus arriver depuis 1939. Dans le Tourmalet, Eddy lâche tout le monde. On était devant lui, je dis à Jean de faire attention à ne pas le renverser. Et Eddy criait plus vite, plus vite. Quand je lui rappelle, Eddy me dit, « oui monsieur Laboureur, vous avez failli vous retrouvez pendu sur la grand place si vous m’aviez fait tomber ».  Je l’ai « traité » de petit coureur de Kermesse. On en rigole encore tous les jours. Un autre souvenir sur le Tour, on faisait des reportages sur les petits métiers du Tour. Les masseurs, les kinés, les mécanos,… et notamment le camion balai. On a passé une journée où 4 cols était à franchir dans le camion ballait. Et il y avait un Français de Brest qui était devant le camion et qui sentait qu’il allait lâcher, mais n’a jamais abandonné. Il était plein de sparadraps. On ne verra jamais ça en foot. Je suis en admiration devant les cyclistes. Et rester aussi simple qu’Eddy, c’est le plus grand. X


Souvenirs pronos brésil Une recette d’une bonne CM, c’est quoi ?

Le premier match, c’est toujours important. Peu importe la compétition, même dans le championnat belge. Qui pourrait arriver dans le dernier carré ?

L’Allemagne, ça ne m’étonnerait pas que la Mannschaft fasse une bonne Coupe du Monde. Puis il y a aussi les Sud Américains qui sont chez eux et qui risquent de faire un bon tournoi. Que pensez-vous de Marc Wilmots en tant que sélectionneur ?

C’est un grand meneur d’homme et un symbole pour la Belgique. Je ne me permettrais pas de juger Wilmots sur sa tactique. Il est l’homme de la situation aujourd’hui. Quand il disait tout le monde s’aime quand on gagne, c’est vrai. Quand on perd, c’est différent. Qu’est-ce qu’il amène ?

C’est un extraverti et il paraît qu’il a un très bon contact avec les joueurs. Il est bilingue, ce qui est quand même très important chez nous. Il est sympa, ouvert. Je l’aime bien.

tera. Si on est deuxième en tout cas, ce ne sera pas exceptionnel. La Russie, on n’en parle pas beaucoup et ça me fait toujours peur les équipes dont on ne dit pas grand chose. Si vous deviez retirer un joueur du lot dans l'équipe de Corée du Sud, ce serait qui? (Attention, on note la prononciation)

Un Kim de toute façon car ils ont tous un Kim quelque part dans leur nom.  Comme Thierry Roland lorsqu’il déclare qu’il n’y a rien de plus qui ressemble à un Coréen qu’un autre Coréen ?

J’ai dit à peu près la même chose mais en Il faut d’abord voir les résultats du pred’autres mots. En 72 contre eux, je voulais mier tour. Il y a tellement de paramètres essayer d’égayer le match qui devait se à prendre en compte que c’est impossible finir sur 6 ou 7-0, alors qu’au final on ne de dire maintenant si on va aller en del’a emporté par 1 but à rien. J’ai regarmi-finale. Un des mauvais moment, c’est dé à Bruxelles s’il y avait un restaurant l’élimination en Italie (1990) sur le but de Coréen et j’ai rencontré la patronne pour David Platt. Le lendemain quand j’ai vu le lui demander comment on dit en Corée, car qui s’en allait définitivement, j’ai eu « ha c’est dommage », « on mérite de une petite larme. Moi je crois qu’on aurait gagner »,... Bref toute une série d’expressions banales. Et le soir du match au pu aller en finale. Mais on ne gagnera micro, je dis « ce ne sera pas un match très jamais la Coupe du Monde, enfin je ne animé, mais je peux vous dire une chose, le crois pas. Aller en demi finale comme c’est que je suis bilingue ». Je ne sais pas on l’a fait en 86, je pense que ça n’arrice qui c’est passé, mais ce matin en me vera plus avant longtemps. Mais sait-on jamais. Il faut reconnaître que la Belgique rasant, comme les apôtres à la pentecôte, j’ai eu une petite flamme et je ne sais pas a quand même une équipe forte. comment cela se fait, mais je parle coréen. Avec ce tirage, la Belgique doit-elle Ce reportage je vais donc le faire bilingue sortir première de son groupe ? pour les nombreux Coréens de Belgique », Le premier match sera important et comp- alors qu’il ne devait y en avoir que 10 à Quel pronostic pour nos diables ?

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l’époque. J’ai donc ressorti tous mes trucs, ce qui a fait rire tout le monde. C’est le genre de chose que j’aimais bien faire. Ajouter quelque chose au commentaire. Quand on peut faire sourire, ce n’est pas la fin du monde si on est battu. Et on n’est pas des héros mondiaux si on gagne. Il faut donc alimenter le commentaire, enfin c’est ma vision des choses, par des petits propos en dehors du terrain. J’ai toujours essayé de mettre de la fantaisie et de l’humour. Ce n’est pas trop compliqué de commenter et de reconnaître tous les joueurs ?

Pour le moment j’en suis incapable. Même l’équipe belge, il faut que je regarde parfois la légende pour reconnaître le joueur. Mais à l’époque, il n’y avait pas de problème. C’est un métier comme partout. Puis pour les reconnaître, il y a des moyens mnémotechniques. Ce n’est pas la pire difficulté du métier. Surtout que j’ai connu en tant que gamin les maillots sans numéro. Dans le groupe, il y a aussi la Russie. À l'époque de Mexico, c'était toujours l'URSS, ça reste évidemment un grand souvenir ça?

C’est Franck qui devait le commenter. Moi, j’étais à côté de lui sans intervenir. Mais le match devenant fou, on a fait le commentaire à deux pour la dernière demi heure. Si on repasse ça, je ne suis pas très fier. Je hurlais comme un dingue, sans aucune réserve. X


Frankie Vercauteren a connu une carrière pleine sous les couleurs nationales. Que ce soit comme joueur, T2 puis, pour une courte période, T1, il a connu la sélection sous presque toutes ses facettes. Pour BeDiables, il est revenu sur la période René Vandereycken, qui a précédé son interim et la fameuse Kirin Cup. Puis évidemment, il nous a parlé des Diables d’aujourd’hui.

Beaucoup. J’ai appris à le connaitre vraiment à fond. Je le connaissais déjà un peu comme joueur, puis un peu comme entraineur. Ce que j’ai appris de lui – hormis le côté tactique, dont je ne peux pas parler parce que ça demanderait des heures – c’est qu’il était quelqu’un de correct, qu’il fallait respecter ses choix et que chaque choix qu’il faisait était fondé. Ce n’était pas fait comme ça, ce n’était pas fait pour l’une ou l’autre raison extra-sportive. Mais Entretien par Cédric Martin il avait des valeurs, techniques ou tactiques, qui faisaient qu’on ne pouvait que Vous avez été, sur une période assez comprendre et même défendre son choix. Il courte, notre sélectionneur. On va n’a pas eu la chance de traduire ça par des y revenir, mais avant ça, vous avez résultats, ce qui a fait qu’on en vienne à secondé René Vandereycken, à la tête mettre en doute ses qualités technico-tacde la sélection. Il faisait un bon travail, tiques justement. Mais c’était une erreur. selon vous ?

Pour moi, il a fait son boulot. Et de toute façon, je ne suis pas le T2 qui va tirer dans les pattes du T1 en disant qu’il travaillait mal et que moi je pouvais faire mieux. On prenait les décisions ensemble même si lui avait le choix final. J’ai toujours respecté ça à 200% et j’ai toujours eu une très bonne collaboration avec lui. Mais on ne peut pas comparer le noyau actuel à celui de l’époque. Disons qu’on a vécu un passage de témoin, avec les jeunes d’alors qui se manifestaient. Les Hazard, Vermaelen et autres… On en avait d’autres, qui ne sont pas de la même valeur que ceux qui sont là maintenant. Un entraineur est toujours tributaire de la qualité dont il dispose. Et cette qualité est plus présente maintenant qu’avant. Et largement même. Eh puis naturellement, on n’était pas aidé par les résultats et là, on dit que c’est l’entraineur. Mais simplement, c’était la génération qui n’était plus, qualitativement, assez forte que pour prétendre aux ambitions qu’on avait, c’est-à-dire jouer des Coupes du monde et des Championnats d’Europe. Qu’avez-vous appris de lui ?

« À l’époque, je n’ai jamais senti le groupe prêt à se donner à 200% pour l’équipe nationale » - 14 -

Vous en avez parlé vous-mêmes, les résultats du groupe n’étaient pas glorieux. Mais quel était l’état d’esprit de l’équipe, à cette période-là ?

Je dirais que la mentalité n’était pas « probelge » dans le sens où je n’ai jamais senti le groupe prêt à se donner à 200 ou 300% pour l’équipe nationale. On parlait beaucoup mais on ne faisait pas grandchose… Ce n’est pas le tout de divulguer un message, qui a l’air bien, mais auquel il n’y a aucune action qui suit. On l'a critiqué à mort (Vandereycken), mais il a quand même lancé la plupart des joueurs de cette génération. Quelle est selon vous sa part dans le succès actuel des Diables?

Je crois qu’il a mis une base. Même si à l’époque, ça ne s’est pas traduit par des résultats. En introduisant les Vermaelen, Vertonghen et peut-être même Dembélé, il a mis la base d’une autre génération. Ils n’étaient pas encore au top, pas encore connus et n’avaient peut-être pas l’efficacité actuelle. Mais ils sont toujours là aujourd’hui.

Après René, c’est vous, pour ce qui n’a finalement été qu’un intérim. On va commencer par la fin : Au moment où vous avez quitté vos fonctions de


vas-y

frankie

c’est bon...

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« Pour la Kirin Cup, il a fallu téléphoner à gauche à droite pour avoir des joueurs » sélectionneur, après une défaite en Arménie, on parlait d’une « décision inopinée ». Pouvez-vous, aujourd’hui, revenir sur cette décision ?

Oui, je ne trouvais pas qu’il y avait une sélection assez motivée que pour montrer qu’elle était professionnelle et prête à défendre à tout prix les couleurs de la Belgique. Du coup, je n’avais plus moi non plus cette motivation. Il n’y avait plus de qualification possible, mais j’estime que quand on joue pour sa nation, et même pour son club, on se doit de toujours donner le maximum. Sinon, pour vous, cet interim a commencé avec la Kirin Cup, avec des matches contre le Chili et le Japon. Comment ça s’est passé là-bas ?

Là c’est différent. Je reste très reconnaissant envers ce groupe parce que si moi je suis parti là-bas, c’était pour ne pas laisser tomber les joueurs. Je voulais faire l’effort de partir avec eux. Certains, qui avaient eu une longue saison, y sont quand-même allés alors que beaucoup d’autres ont fui. Ils ont brillé par leur absence. Pour beaucoup de joueurs, c’était donc une première. Et pour la plupart,

on ne les a plus trop revus…

Oui mais à ce moment-là, on n’avait tout simplement pas le choix.

vraiment particulier?

Bah, particulier, oui, un peu. Mais c’était vraiment un bon groupe. Je suis encore reconnaissant des efforts qu’ils ont fait. Pour Ce sont donc les joueurs « habituels » le premier match, ça a payé (1-1 contre qui ne se sont pas sentis concernés et le Chili) mais le deuxième, c’était natun’ont pas voulu répondre à la sélection. rellement plus difficile (défaite 4-0 contre Les joueurs oui, puis certains clubs et diri- le Japon). C’était un adversaire encore geants qui ont mis une certaine pression. plus fort puis la fatigue a joué aussi, pour Donc on a dû se faire à l’idée et le jour certains qui au fond, avaient déjà clôturé la avant, il fallait trouver des joueurs. On a té- saison, mentalement et physiquement. Je léphoné à gauche à droite. Et ce n’étaient n’ai vraiment rien à reprocher à ce groupe pas spécialement des joueurs pour qui on et au contraire, je ne peux que louer leurs pouvait dire qu’ils pourraient revendiquer efforts. un jour l’équipe nationale. La question, En plus de Radja Nainggolan, que c’était plutôt ‘’qui est disponible et qui vous ne connaissiez pas (voir encaveut partir demain au Japon ?’’, parce dré p.9), vous avez été le premier à que ça s’est vraiment fait le jour avant le lancer deux autres joueurs en équipe départ. On n’a même pas fait attention à nationale. On va commencer par Jelle l’âge ni aux qualités, mais avant tout au Vossen. Comment s’est fait ce choix ? moment, qui les arrangeait ou non. C’est Lui, je connaissais ses qualités, je savais comme si on avait joué aux fléchettes, en ce qu’il pouvait apporter, je connaissais sa espérant toucher le bon gars. Donc il est normal qu’il y en ait qui se soient ‘’perdus’’ mentalité. Je l’avais beaucoup suivi auparavant parce qu’au niveau du recrutement, par après. Ces joueurs-là avaient bien conscience on avait fait des rapports sur lui. C’est un « dossier » que je gérais plutôt bien, pour qu’ils n’étaient que des seconds choix. avoir été le voir assez souvent, en tant Est-ce que malgré tout, l’ambiance qu’adjoint. Dans son cas, on peut vraiment dans le groupe était bonne ou c’était parler d’un choix délibéré, et personnel. Je - 16 -


savais que c’était un joueur polyvalent, qui avait sa place dans le groupe. D’ailleurs, j’ai toujours cru en ses capacités, dès le départ. Enfin, vous avez aussi donné ses premières minutes à Toby Alderweireld qui, contrairement aux autres, est toujours bien présent en sélection. Aujourd’hui, c’est un titulaire indiscutable à l’arrière droit, chez les Diables ?

Pour moi, personne n’est titulaire indiscutable. Il y en a quatre ou cinq qui jouent presque toujours, c’est vrai. Mais ça ne veut pas dire qu’ils sont des titulaires indiscutables, mais simplement que leurs prestations font qu’ils s’imposent euxmêmes tout naturellement dans l’équipe. Après chaque match, un joueur qu’on dit « titulaire indiscutable » doit se remettre en question, recommencer et se dire qu’il doit faire attention à la concurrence. C’est ce qui fait que l’un stimule l’autre et ne se croit pas dans un siège trop confortable.

aussi bien mais beaucoup s’accordent à dire qu’on connait aujourd’hui la meilleure génération de tous les temps. Vous en pensez quoi ?

La génération d’aujourd’hui est meilleure. Alors c’est vrai qu’il ne faut pas trop comparer, parce que le tempo est bien sûr tout autre. Mais pour moi il n’y a pas photo, le niveau actuel est plus élevé. Il y a peutêtre certains points pour lesquels on était un peu meilleur, mais dans l’ensemble, aujourd’hui, ils sont plus vifs, plus rapides, ils jouent tous dans des très grands clubs et des grandes compétitions. La seule chose qu’ils n’ont pas encore, ce sont nos résultats et le fait de n’avoir jamais pu se montrer dans une Coupe du monde. Pour le reste, c’est clair qu’ils sont forts. Dans quel dispositif les Diables vous ont-ils le plus séduit jusqu’à aujourd’hui ?

Honnêtement ça ne m’intéresse pas. Dire s’ils sont mieux en 4-4-2 ou en 4-3-3 n’est pas ce qui importe. Ce qui compte, c’est l’animation.

Vous pensez quoi de Marc Wilmots ?

Je ne le connais pas. Je dis ça dans le sens où je n’ai jamais travaillé avec lui. Donc je n’ai pas à donner de commentaire. Mais force est de constater qu’au niveau du travail et des résultats, tout se passe très bien. Donc il faut que tout le monde se serre les coudes pour que ça puisse évoluer dans le bon sens. Il ne faut pas regarder le plus et le moins. Chacun a des qualités et des points à travailler. Aujourd’hui, l’équipe a un gros potentiel et les résultats suivent, c’est ce qu’il faut retenir. Le groupe a beaucoup de qualités et l’entraineur fait partie de ce groupe et aide à rehausser le niveau. Avoir un groupe de qualité est aussi quelque chose qu’il faut savoir gérer, entre ceux qui jouent et ne jouent pas. L’osmose est là mais bien sûr, il faut un potentiel à la base. On ne fait pas d’un âne un cheval de course. La comparaison est souvent utilisée avec 1986. En termes de résultats, les Diables actuels n’ont pas encore fait

Est-ce qu’en tant que favori du groupe, Marc Wilmots devra se tenir à une façon de jouer ou devra-t-il lui aussi s’adapter à son adversaire ?

Il ne faut pas toujours forcément s’adapter mais il doit malgré tout prendre en compte les qualités de l’adversaire. Il faut savoir les contrecarrer de toute façon. Les forces et faiblesses de la sélection actuelle, c’est quoi ?

Des faiblesses, là comme ça, il n’y en a pas tellement. Mais on les verra à la Coupe du monde. Enfin, j’espère qu’on ne les verra pas de trop (rires). Mais ça aussi, c’est en fonction des résultats et si ceux-ci ne suivent pas, c’est là qu’on risque de voir des choses (négatives) qu’on n’a pas vues jusque-là. Mais les amicaux ont montré aussi qu’on éprouvait des difficultés avec certains choses, qui ont à voir avec les qualités de l’adversaire. Pour ce qui est de nos points forts, on sait ce qu’il en est : des qualités individuelles, des qualités de - 17 -

groupe, l’état d’esprit. Toutes ces choses sont présentes et très positives. Dans le groupe H, quelle équipe pourrait être la plus difficile à battre ? Celle dont le jeu convient le moins à notre façon de jouer ?

Pour moi on peut répondre à chaque jeu. Si je dois nommer un favori de la compétition, ce serait le Brésil, qui a des qualités individuelles et collectives, et qui jouera dans des circonstances qu’il connaît puisqu’il sera à la maison. Puis je n’oublie pas les Allemands, les Espagnols et les Argentins. Une fois les poules passées, ça peut aller vite dans l’un ou l’autre sens. Votre prono pour le classement du groupe ? Et jusqu’où ira la Belgique ?

Je vois la Belgique en 1. Et en 2, peut-être la Russie. Mais ça, c’est sur papier. Parce que Corée et Algérie peuvent toujours créer la surprise. Et de nouveau, ça dépend de la forme. Pour la suite, ce sera compliqué parce qu’on risque de rencontrer les Portugais ou les Allemands. C’est faisable, oui, mais c’est dangereux et on pourrait se retrouver déçu, en étant éliminé par une de ces deux équipes. Mais on peut aussi rêver d’aller jusqu’en demi-finale, pourquoi pas. Vous suivrez ça d’un œil attentif, je suppose. Ce sera plutôt posé dans le salon, avec des amis ou carrément au Brésil ?

Je vais essayer d’y aller. Mais je ne sais pas quand, comment, où, quoi… parce que ça dépendra aussi de mon futur. Mais j’essaierai de suivre les Belges, peut-être pas partout, mais au moins voir un de leurs matches et peut-être assister à d’autres. L’idée sera de combiner l’utile et l’agréable, c’est-à-dire les vacances et la Coupe du monde. X

« Je vais essayer d’aller voir les Belges au Brésil »


le 11 de base de la rédaction : Oui, la rédaction a aussi son onze de base. BeDiables aime toujours donner son avis. La rédaction (au total 8 journalistes) s’est donc laissée aller et chacun de son côté a donc dû élire les onze joueurs qui méritent le plus d’être présents sur la pelouse. par pierre lambert

Pas de banc, pas une liste de 23. Non, seulement les 11 meilleurs joueurs appelés par le sélectionneur fédéral. Car on vous entend venir. Un joueur comme Radja Nainggolan aurait certainement eu sa place dans le 11 de certains journalistes de chez nous, si pas dans le 11 général tout court. Car oui, si l’absence de Simons est en soi une bonne chose et a permis d’appeler un joueur de plus, celle de Nainggolan pose quand même quelques questions, auxquelles BeDiables tente de répondre plus loin. Donc 11 Diables et pas de changement tactique. On fera comme coach Willy. Nos Diables évolueront en 4-3-3. Petit passage en revue de chaque ligne du terrain.

Gardien et défense, une majorité presque absolue Le poste de gardien est sans doute le plus frustrant pour un sélectionneur, surtout pour Marc Wilmots à l’heure actuelle. Car en plus de posséder le meilleur jeune gardien du monde, sa doublure n’a pas à pâlir non plus. Combien de sélectionneurs ne voudraiten pas d’un Simon Mignolet pour défendre les cages de leur sélection ? Le problème pour le gardien de Liverpool, c’est que Thibaut Courtois est un extraterrestre. Un gardien de sa trempe, on en forme un tous les 20-30 ans. Voilà pourquoi le gardien prêté par Chelsea fait une razzia et obtient la majorité absolue chez BeDiables. Au niveau de la défense, là aussi, la discussion a été bien plus courte qu’un échange de paninis. Alderweireld et Vertonghen obtiennent eux aussi la totalité des voix au niveau des backs. Et Vince The Prince en bon capitaine, reste notre Premier ministre à

nous. Il n’y a que pour son voisin de gauche qu’il a fallu trancher dans le vif. Si d’ordinaire le sélectionneur fait confiance à la charnière Kompany-Vermaelen, BeDiables préfère mettre Nicolas Lombaerts à la place du joueur d’Arsenal (5 voix contre 3).

Du changement au milieu Nainggolan n’étant pas sélectionné, il disparaît donc du débat. En 6, Axel Witsel fait figure de tête de liste et récolte la majorité absolue lui aussi (8 voix sur 8). Derrière le joueur du Zénit, deux coéquipiers obtiennent plus que la moyenne et se placent juste devant notre Axel national. Marouane Fellaini reste l’option favorite pour jouer en box-to-box. Et au vu de ses dernières prestations sous la vareuse belge, on acquiesce. Par contre (ce 11 de base a été réalisé avant le match contre le Luxembourg), on conseille à Marc Wilmots de tenter l’expérience Kevin De Bruyne au milieu. Bien revenu en fin de saison tant au niveau de son jeu que de sa confiance, Kevin est sans doute la pierre angulaire et le vrai distributeur des Diables. Quel autre équipier peut se targuer de pouvoir à sa guise ouvrir le jeu comme le rouquin? Technique, physique, vision de jeu, le joueur possède là toutes les facultés pour évoluer en tant que 8-10 sur l’échiquier national.

deux postes déjà acquis Enfin en attaque, Eden Hazard, c’est le genre de gars qui n’avait même pas besoin de faire campagne pour récolter le maximum des voix. Romelu Lukaku le suit de près avec 7 voix. C’est donc pour le dernier poste à pourvoir, celui sur le flanc droit qu’il y a eu le plus sujet à discussions. Mertens, Januzaj et Mirallas, voire De Bruyne ont récolté des voix. Mais l’ailier d’Everton a finalement récolté la moyenne (4 sur 8), les deux autres obtenant chacun deux voix. X - 18 -


Thibaut courtois chelsea

vincent kompany manchester city

nicolas lombaerts Zénith St-Petersburg

toby alderweireld atlético madrid

jan vertonghen tottenham axel witsel

Zénith St-Petersburg

marouane fellaini manchester utd

kevin de bruyne wolfsburg

kevin mirallas everton

eden hazard chelsea romelu lukaku chelsea

Gardiens: Thibaut Courtois (Chelsea), Simon Mignolet (Liverpool), Milieux : Axel Witsel (Zénith Saint-Petersbourg), Steven Defour Koen Casteels (Hoffenheim) ou Sammy Bossut (Zulte) (Porto), Marouane Fellaini (Manchester United), Moussa Dembélé Défenseurs : Toby Alderweireld (Atlético Madrid), Anthony Vanden Borre (Tottenham), Nacer Chadli (Tottenham), Kevin De Bruyne (Wolfsburg) (Anderlecht), Laurent Ciman (Standard), Vincent Kompany (Manchester City), Attaquants : Romelu Lukaku (Chelsea), Divock Origi (Lille), Eden Thomas Vermaelen (Arsenal), Daniel Van Buyten (Bayern Munich), Jan Verton- Hazard (Chelsea), Dries Mertens (Naples), Kevin Mirallas (Everton), ghen (Tottenham), Nicolas Lombaerts (Zénith Saint-Pétersbourg) Januzaj (Manchester United) - 19 Adnan -


Nainggolan l’absence qui fait débat Le 13 mai dernier, le nom de Radja Nainggolan faisait bien partie de la liste des 30 joueurs susceptibles d’aller au Brésil dévoilée par Marc Wilmots. Mais ce que personne n’avait prévu, c’est que l’entraineur fédéral isolerait (déjà) ses six réservistes, histoire d’être clair. Et le joueur de l’AS Roma se retrouve dans la salle d’attente. par antoine themelin

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Un matin de mai 2009, trois joueurs étaient rappelés par Franky Vercauteren, sélectionneur ad interim à l’époque, pour palier les nombreux forfaits à quelques jours de la célèbre Kirin Cup: Ritchie de Laet, Ritchie Kitoko et… Radja Nainggolan. Si les noms des deux premiers n’apparaîtront certainement plus jamais dans notre magazine (quoique, De Laet est de retour en Premier League avec Leicester), celui de Nainggolan reviendra à coup sûr. Car la situation du gaillard fait couler beaucoup d’encre. Rarement, la sélection d’un joueur aura fait autant débat dans l’opinion publique. Et pour cause, les arguments de ses défenseurs et détracteurs ne manquent pas. A-t-on tellement de talents en Belgique que Marc Wilmots puisse se passer d’un joueur qui cartonne à l’AS Roma, le dauphin de la Juventus dans un des championnats les plus costauds d’Europe? Oui, vous diront certains. Car si lors de ses trois premières sorties avec les Diables (face au Chili, à la Roumanie et à la Grèce), le garçon d’origine indonésienne n’a accumulé que 36 minutes, soit pas assez de temps pour se montrer, il n’a pas répondu aux attentes lors de ses occasions contre la Slovaquie et la Côte d’Ivoire. Placement hasardeux, mauvaises passes, duels perdus, l’ancien joueur du Beerschot s’est montré peu inspiré dans ces deux rencontres, amicales pour les autres mais décisives pour lui. Là, ses fans diront qu’il est à chaque fois monté à la mitemps, dans un match sans enjeux, avec des joueurs en manque d’automatismes. Ca se tient. Ils nous donneront même l’argument qu’il a marqué. Un but toutes les 111 minutes, pas mal pour un milieu de terrain à vocation défensive. Mais nous ne sommes pas dupes. Ce soir-là, contre Drogba & Co., Radja a tout simplement raté son centre.

Caractère fort Avec seulement onze sélections chez les Diables, on ne peut pas dire que l’Anversois soit intégré dans le groupe. Pas moins que les autres Mboyo ou Boyata, mais quand même, c’est un - 21 -


argument important aux yeux de Marc W i l mots. Un Laurent Ciman, même s’il n’a jamais joué durant les qualifications et qu’il n’a pas le talent d’un Kompany ou Vermaelen, fait partie du groupe diable depuis longtemps et fait logiquement partie des 23 au Brésil. De plus, une des principales

tez à cela un certain Steven Defour, héros à Glasgow et un duo de Spurs, Dembélé et Chadli faisant déjà partie des meubles noirs-jaunes-rouges depuis belle lurette. Ca fait déjà sept joueurs pour trois places. Alors si en plus de cela, notre entraîneur fédéral se borne à reprendre Simons (ouf, cette période est révolue)… Vous avez compris. Heureusement pour lui, Radja Nainggolan a gravi les échelons petit à petit. Piacenza, Cagliari et enfin l’AS Roma. Un vrai club. Un qui marque les esprits! Sa seule chance. Arrivé depuis cinq mois à peine dans la capitale italienne, il lui faudra pourtant un peu de qualités reconnue au néo-Ro-m a i n temps avant de se faire un nom digne de pourrait jouer en sa défaveur. Car le nu- son statut en Belgique. méro 44 des Giallorossi a beaucoup de caractère. Sur le terrain, c’est un battant. En dehors aussi. Et si Radja Nainggolan es- Un profil unique… time qu’il mérite sa place chez les Diables, Ou presque il n’a pas peur de le clamer haut et fort À juste titre, de nombreux fans des Diables dans la presse. Ce qui ne plaît pas à Willy. ne comprennent toujours pas pourquoi le Rappelez-vous il y a quelques semaines natif d’Anvers ne fait pas partie des plans lorsque Kevin Mirallas évoquait l’éven- de Marc Wilmots. La concurrence, c’est une tuelle sélection de Januzaj. Aïe. Alors quand vraie excuse. Mais dire qu’on a déjà trop Radja joue le Caliméro dans les journaux et de joueurs comme lui dans le noyau, c’est hurle sur tous les toits qu’il «doit aller au faux. Car l’ancien joueur de Cagliari a un Brésil »… profil unique en Belgique. Ou presque. Des Et puis le pauvre garçon n’a pas de chance, concurrents cités précédemment, un seul a tout simplement. un style de jeu qui Contre la Slovaquie «Á 26 ans, Radja ressemble à celui en amical, alors Nainggolan a déjà de Radja: Steven qu’il a l’occasion de Box-to-box disputé plus de 200 Defour. jouer (enfin) toute par excellence, une mi-temps, il se matchs dans le Cal- les deux gaillards blesse après une sont des travailcio. Début 2014, il demi-heure. En qui ne font était transféré à leurs, plus de cela, il joue pas dans l’esthédans le Calcio. Le l’AS Roma pour neuf tique. Ils arrachent grand championnat millions d’euros.» des ballons, s’en européen le moins débarrassent et connu et le moins se retrouvent, de médiatisé chez nous. Mais le gros souci de temps en temps, en bonne position dans le Radja, quand on vous dit qu’il n’a pas de rectangle adverse. Mais l’ancien joueur du bol, ce sont les autres. Car le milieu de ter- Standard a une longueur d’avance. Pourrain de notre équipe nationale est bouché. quoi? On ne sait pas, mais il l’a. Marc Wilmots est un adepte du 4-3-3. En comptant Witsel, indéboulonnable, Fellaini, indispensable, Hazard, irremplaçable et De Bruyne, inamovible. Ca fait quatre. Ajou- À 26 ans, Radja Nainggolan a déjà disputé - 22 -


« si on peut se permettre un conseil : va en bundesliga, radja. »

plus de 200 matchs dans le Calcio. Début 2014, il était transféré à l’AS Roma pour neuf millions d’euros. Soit seulement un million de moins que Dries Mertens lors de son passage du PSV à Naples mi-2013. Pourtant, le petit ailier de poche est dans le groupe et potentiel titulaire. Depuis son arrivée dans la team de Rudi Garcia, Nainggolan a déjà disputé plus de 20 rencontres en tant que titulaire. Grâce à ses deux buts décisifs face à Bologne et à la Fiorentina, il a augmenté le capital points de l’AS Roma de six unités cette saison. Rien que cela, ça aurait dû ouvrir les portes du Brésil à Nainggolan. Pourtant, en l’appelant comme réserviste, Marc Wilmots a fait passer un message clair au Belgo-indonésien: je compte sur toi, mais pas trop. À 26 ans, le temps presse pour l’homme aux innombrables tatouages. Alors si on peut se permettre de donner un conseil: va en Bundesliga, Radja. X

« Nainggolan ? Je ne le connaissais pas » Radja Nainggolan fait partie de ces nombreux joueurs qui ont connu leur première sélection lors de la très sexy Kirin Cup, en mai 2009. À l’époque, un certain Frankie Vercauteren était aux commandes de la sélection. Interrogé par nos soins sur les raisons qui l’ont poussé à convoquer celui qui est aujourd’hui l’un des meilleurs milieux récupérateurs de la Botte, Frankie a cette réponse pour le moins surprenante : « Pour être honnête, je ne le connaissais pas. C’est via Marc Van Geersom, qui était responsable des U19, qu’on a fait un peu le tour des jeunes joueurs et on est tombé sur lui. Moi, je ne connaissais que son nom, je pouvais dire où il jouait, mais je n’aurais pas pu le situer comme joueur. Ça a été une découverte très courte parce qu’en quelques jours, je devais prendre des décisions ». Quant à savoir si le Belgo-indonésien avait sa place dans la liste des 23, l’ancien ailier gauche des Diables préfère botter en touche : « Je n’ai pas d’avis là-dessus parce que je respecte à 200% les choix du coach national. Je n’ai pas le droit de dire si tel ou tel joueur devrait en être ou non. Ce n’est pas ma tâche. Moi quand je lis les journaux, il y a 45 joueurs qui devraient aller à la Coupe du Monde. Quand on fait un ou deux bons matches, on parle directement du Brésil… » - 23 -


Deuxièmes adversaires des Diables au Brésil, les Russes devraient être difficiles à bouger. En cause : un jeu très défensif laissant peu d’espace aux attaquants. Le tout orchestré par l’inusable Fabio Capello et voilà un candidat sérieux à la première place du groupe H. - 24 -

par Cédric Martin


La Russie

et son jeu «à la grecque »

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« Le milieu de terrain, c’est le secteur le plus performant et celui avec le plus de certitudes ». pale marge de progression amenée par le sélectionneur italien, débarqué à la tête de la « Sbornaya » (équipe nationale) lors de l’été 2012, en remplacement d’un certain Dick Advocaat. Et on l’aura compris, le beau jeu, ce n’est pas ce qui caractérise la philosophie de Fabio : « Il a amené une certaine sérénité, l'équipe se sent plus forte avec lui, son leadership n'est absolument pas contesté, malgré ses choix forts (NdlR : il a définitivement écarté l’ex-future star Andreï Arshavin et laisse régulièrement de côté les talentueux Dzyuba, absent de la liste des 25, et Dzagoev). La différence avec Dick Advocaat est flagrante, et pas forcément dans le bon sens. Ce qui va bien, ce sont les résultats et l'impression de tranquillité que dégage l'équipe (même si on ne peut pas dire que la Russie était mauvaise sous Advocaat, bien au contraire). Mais ce qui va nettement moins bien, c'est le spectacle. Si on veut s'amuser, il vaut mieux éviter de regarder les matchs de la Russie, c'est souvent très (trop?) défensif. Même quand l'équipe semble capable d'aller chercher un but pour alourdir le score, c'est ‘’la rigueur défensive’’ avant tout. Si on peut marquer, tant mieux, mais il ne faut surtout pas déséquilibrer l'équipe ».

Shirokov en chef d’orchestre, Kerzhakov en… Karagounis (mais en moins vieux)

Au-delà de son assise défensive, il ne faudra certainement pas sous-estimer l’expérience d’un Kerzhakov, la puissance d’un Kokorin ou la vision de jeu d’un Shirokov, lequel sera l’un des hommes à contourner : «  s’il fallait vraiment sortir un homme-clé dans le jeu, ce serait lui. Mais pour moi, il n'y a plus vraiment un joueur qui se démarque des autres dans le collectif, chacun a un rôle à jouer, chacun est important, les joueurs sont interchangeables et le collectif Pour les amoureux du s'adapte ». foot-spectacle, il faudra Et pour ce qui est de Kerzhakov, le coéquirepasser pier de Witsel et Lombaerts au Zenit est un La rigueur défensive, c’est donc la princi- élément-clé de l’attaque, mais pas seule- 26 -

ment : « au-delà de ses buts qui sont rares mais importants, il est lui aussi très utile sur le plan défensif en étant le premier défenseur de son équipe. Techniquement il est capable de faire de très belles choses malgré son manque de finesse devant le but, il peut toujours faire la différence en 1 contre 1 ». Un pressing soutenu pour contrer l’entrejeu Entre une défense vieillissante (V. Berezutsky et Ignashevich en défense centre) et une attaque peu prolifique, les Russes se caractérisent par milieu de terrain solide et équilibré. « C'est le secteur le plus performant

Roman Shirokov

Quand on regarde sa liste des sélectionnés pour le Mondial brésilien, l’équipe russe a cette particularité de ne posséder que des joueurs évoluant dans le championnat national, si l’on excepte Cheryshev, du FC Séville (Espagne). Même l’Italie (et ses joueurs du PSG) et l’Angleterre (avec son 3e gardien, du Celtic Glasgow) ne peuvent se vanter de pareille spécificité. Alors, même si le championnat russe n’est pas le plus relevé du monde, c’est peu dire que les joueurs se connaissent. Mieux, pas mal d’entre eux étaient déjà présents pour l’Euro 2008. Une force, quand on sait que nos Diables à nous n’ont jamais connu de grande compétition internationale, à l’exception de Van Buyten, et sont aujourd’hui dispersés aux quatre coins de l’Europe, dans sept championnats différents : Belgique, Angleterre, Espagne, Italie, France, Portugal et… Russie. Mais le « jeu à la russe », c’est quoi ? « Un jeu basé sur des relais courts et des projections rapides vers l’avant, en utilisant souvent les ailes pour faire la différence », nous explique Xavier Leonovitch, expert en football russe. Pour faire simple, entendez par là un jeu très défensif, basé essentiellement sur les contre-attaques. Une tactique qui a fait ses preuves en 2004 (Greeks like this) et qui est aujourd’hui chère à José Mourinho. Eden Hazard aurait certainement son avis là-dessus. Alors c’est sûr, si la bande à Fabio Capello n’est pas la plus fournie offensivement, elle sera difficile à bouger derrière, à commencer par un gardien de gros calibre : Igor Akinfeev (CSKA Moscou). Xavier Leonovitch n’hésite pas à qualifier le dernier rempart russe comme étant « l'un des meilleurs gardiens du monde et je pèse mes mots. Il est capable de faire des miracles et maintenir son équipe dans une rencontre avec des arrêts déterminants, comme ce fut le cas en qualifications contre le Portugal à Moscou ». Thibaut Courtois n’a qu’à bien se tenir !


l’équipe-type : Akinfeev

v. berezutsky et celui avec le plus de certitudes. Il y a des joueurs d'expérience et d’un très bon niveau technique, dotés d’une bonne vision de jeu et de qualités de finition que ce soit face au but, de loin ou sur coup franc ». Tout un programme, mais qui présente quand même quelques failles, principalement quand le dispositif se voit contraint de reculer jusqu’à ne plus savoir sortir des cordes : « on peut aisément mettre en avant le manque d'impact physique. S’ils se font bouger par une équipe qui presse, ça peut être compliqué offensivement, mais défensivement ils feront tous les efforts ». Attention toutefois à ne pas trop se découvrir, les Russes pouvant se faire maitres dans l’art de la reconversion rapide. « Au niveau des milieux axiaux (Shirokov, Glushakov, Denisov, Fayzulin), ce sont des joueurs de relais courts qui aiment se projeter vers l'avant et envoyer des ballons dans le dos de la défense en trouvant des brèches. Ils profitent souvent des appels des milieux latéraux (Dzagoev, Samedov, Shatov) pour faire sauter des lignes, ou pour s'appuyer sur des une-deux et se projeter vers le but en soutien des attaquants. Shirokov et Fayzulin sont très bon dans ce genre d'exercice ».

Faible mentalement, les Ruskov ? Au-delà de l’aspect purement footballistique, il est souvent reproché aux Russes leur mauvaise gestion des matches, sur le plan mental. Étonnant vu l’expérience dont peut se targuer l’équipe. La victoire face aux Portugais peut faire office d’exception, bien que cela ne se soit pas joué à grand-chose, en fin de compte. « pour le même prix, la Russie perdait son match à Moscou mais a tenu le choc. Objectivement, nous avons une équipe capable de battre n'importe quelle autre nation, mais c'est une équipe qui baisse vite les bras ou, dans la situation inverse, devient trop vite euphorique. C'est un aspect qu'il faudra prendre en compte ». Pour l’euphorie, un peu de vodka dans les gourdes, ça peut aider aussi, non ? X

ignashevich

kozlov

d. kombarov fayzulin

shirokov

glushakov samedov

kerzhakov kokorin

La sélection : Gardiens: Igor Akinfeev (CSKA Moscou), Yury Lodygin (Zenit Saint-Pétersbourg), Sergei Ryzhikov (Rubin Kazan) Défenseurs: Vasily Berezutsky, Sergei Ignashevich, Georgy Shchennikov (CSKA Moscou), Vladimir Granat, Alexei Kozlov (Dynamo Moscou), Andrei Yeshchenko (Anzhi Makhachkala), Dmitry Kombarov (Spartak Moscou), Andrei Semenov (Terek Grozny) Milieux de terrain: Igor Denisov, Yury Zhirkov (Dynamo Moscou), Alan Dzagoev (CSKA Moscou), Roman Shirokov (FC Krasnodar), Denis Glushakov (Spartak Moscou), Pavel Mogilevets (Rubin Kazan), Viktor Faizulin, Oleg Shatov (Zenit Saint-Pétersbourg) Attaquants: Denis Cheryshev (Séville FC/ESP), Alexander Kerzhakov (Zenit Saint-Pétersbourg), Alexei Ionov, Alexander Kokorin (Dynamo Moscou), Maxim Kanunnikov (Amkar Perm), Alexander Samedov (Lokomotiv Moscou) Commentaire : Anyukov écarté de la sélection, Alexei Kozlov parait être le choix le plus probable pour évoluer au poste d’arrière droit. Dans le milieu, Shirokov et Fayzulin paraissent incontournables. La dernière place devrait se jouer entre Glushakov et Denisov. Devant, Kokorin pourrait occuper la pointe de l’attaque. Un choix qui ne relèguerait pas forcément Kerzhakov sur le banc, celui-ci pouvant occuper un flanc, son profil travailleur jouant en sa faveur (l’inverse reste tout aussi envisageable). Les autres possibilités pour évoluer à ce poste d’ailier gauche se nomment Dzagoev et Shatov.

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dick Advocaat du Diable L’Union Belge croit avoir flairé l’affaire du siècle lorsqu’elle engage le technicien batave en provenance du Zenit. Mais elle ignore encore tout du mal qui ronge le petit Dick : l’avarusse. C’est l’histoire d’un homme qui de Saint-Pétersbourg à Alkmaar aura pris les Belges pour les rois des couillons ! par Jonas Verhaeghe

Nous sommes en octobre 2009, et l’Union Belge confie les rênes d’une équipe nationale en totale perdition à Dick Advocaat. Après avoir touché le fond sous l’ère Vandereycken (à peine plus de 30% des points engrangés en 30 matchs) et avec un court intérim de Vercauteren, les cordons de la bourse sont enfin déliés pour engager un entraîneur de renommée internationale à qui l’on prédisait alors un avenir étincellant à la tête des Diables. Il faut dire que la carrière de ce globe-trotter a de quoi faire palir d’envie la plupart de nos coaches nationaux. Advocaat s’assied pour la première fois sur le banc en 1984 en tant qu’adjoint de l’équipe des PaysBas. En 30 ans de coaching, il a tout de même accumulé les trophées de champion des Pays-Bas (avec le PSV en 1997), d’Écosse (avec les Rangers en 1999 et 2000), de Russie (avec le Zénit en 2007) et de la

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Coupe UEFA (toujours avec le Zénit en 2008) ainsi que diverses coupes nationales. Sans compter ses expériences de sélectionneur des Pays-Bas, des Émirats arabes unis, de Corée du Sud et bien entendu de la Belgique qu’il a quitté comme un malpropre pour les pétrodollars russes. Mais revenons en arrière... Lorsque le Petit général arrive en Belgique, il est attendu comme le messie. Il a la mission de sortir les Diables des profondeurs d’un classement FIFA auquel ils végètent à une piètre 66e place. Avec un contrat record de 600.000 € annuels, le batave ne va pas hésiter à faire fi des traditions bien ancrées dans la maison de verre et à imposer ses points de vues. Ni une, ni deux, Il va directement punir Vincent Kompany en le placant sur le banc suite à un léger retard à l’entraînement. Son franc-parler et sa vision claire d’un jeu basé sur la possession et la circulation du ballon font forte impression dans le milieu. Surtout que sa première rencontre se concluera par une convaincante victoire 2-0 contre la Turquie. Les joueurs sont conquis, les journalistes confiants et les fans reprennent espoir. Mais les choses vont rapidement se gâcher.

L’histoire d’amour tourne au cauchemar En décembre, son ancien club de l’AZ Alkmaar l’appelle au chevet d’une saison désastreuse. Avec tout le crédit qu’on lui accorde, Dick va réussir à convaincre l’Union belge de lui laisser cumuler son mandat de sélectionneur fédéral avec celui de coach de l’AZ. Une situation qui sera temporaire, « la peur des belges est sans fondement, affirme-t-il,  je ne les abandonne pas, l’équipe nationale reste ma priorité mais le calendrier léger me permet de combiner les deux fonctions, surtout qu’il ne s’agit que d’une mission temporaire ». Le comble de l’hypocrisie est atteint quand il déclare : « je ne le fais pas par intérêt financier ». Malgré tout, on ferme les yeux à l’Union et on croise les doigts en espérant que la situation se re-


mette en place à la fin de l’année. C’était bien mal connaître Advocaat, qui va, sous couvert d’une remise à niveau professionnelle fondamentale, imposer certains caprices de véritable starlette. Le budget hôtel va grimper à des proportions jamais égalées (Wilmots avouera tout de même avoir gardé l’initiative d’ Advocaat de laisser aux joueurs une chambre privative lors des rassemblements). Un membre du département technique de l’Union Belge racontera que le Néerlandais réclamait un polo neuf par jour : « un seul polo lavé ne faisait pas l’affaire. Advocaat recevait ainsi à chaque fois un polo lavé, repassé et soigneusement plié. » Et comme un mauvais poisson, c’est en avril que la farce Advocaat va connaître son triste épilogue. Après seulement quelques matches amicaux, le stratège annonce sa volonté de prendre en mains les rênes de la sélection russe à l’aube des qualifications pour l’Euro 2012. Il va alors au clash avec l’Union belge, brise son contrat (racheté un pont d’or par ses nouveaux employeurs) et n’hésite pas à tirer à boulets rouges sur la fédération belge : «La Russie respire le foot. Je trouve qu'en Belgique, en particulier à la Fédération, c'est moins le cas. On est toujours bloqué par le budget. Je l'ai ressenti directement. J'ai obtenu un bureau qui ressemblait plus à une cuisine. Pendant ce temps, Jean-Marie Philips (l’ex-CEO de la fédération) en avait un digne d'une salle de bal. Je n'ai pas des exigences énormes, mais cela situe le niveau». Le mercenaire pliera bagage en avril, après ce qui restera comme une des pires trahisons du football noir-jaune-rouge.

Wilmots comme relais Mais si l’expérience hollandaise fut indéniablement un fiasco, il convient de tirer quelques enseignements positifs de ces quelques mois. Tout d’abord, et c’est loin d’être anecdotique, c’est lui qui offrira à Wilmots le poste de T2. Les deux hommes partagent le goût pour le sérieux et pour une

organisation sans faille. Lors de son départ, Advocaat se faisait le premier supporter de son adjoint en déclarant : « Wilmots ? C'est le successeur idéal à mes yeux. Il m'a en tout cas énormément aidé. En plus de cela son volume de travail est impressionnant, et il maîtrise toutes les langues, ou presque. Il est aussi très bien accepté par le groupe… » Pour sa succession, c’est finalement Georges Leekens qui sera choisi. Encore une erreur de casting puisque, là aussi, le selectionneur cédèra à la volonté d’un autre em-

ployeur, en l'occurrence le FC Bruges. Mais Leekens, comme Wilmots actuellement, a su profiter de la modernisation instauré par le Petit général. Depuis quelques années, la structure fédérale se professionalise à tous les niveaux, rattrapant petit à petit le retard pris face aux grands clubs dans lesquels les Diables jouent durant l’année. Cette professionnalisation fait un bien fou aux joueurs et les résultats sont désormais visibles sur le terrain. Alors qui sait si finalement la méthode Advocaat n’a pas porté ses fruits? X

Il s’est mis les pays-bas à dos Bien avant d’être conspué par tous les supporters belges pour son avarice et sa traitrise de 2010, Dick avait subi les foudres du peuple Orange. Pour son entrée en matière lors de l’Euro 2004, les Pays-Bas mènent 2-0 contre la République Tchèque. Puis 2-1, lorsque le coach choisit de sortir Robben pour introduire Bosvelt, un milieu défensif, afin de maintenir le résultat. Malheureusement, c’est une défaite 3-2 à la clé et un lynchage généralisé qui se met en place. Les médias blament le sélectionneur, un site web, « Le pire changement de l’histoire », est lancé et des supporters hollandais présents sur place se cotisent pour lui offrir un billet retour. Malgré la crise, l’équipe arrive à se qualifier jusqu’en demi-finale où elle sera battue par le Portugal. À son retour aux Pays-Bas, Advocaat donnera sa démission, touché par le flot de critiques. - 29 -


Algérie :

méfions-nous du fennec qui dort...


Si on s’en fie au classement FIFA, l’Algérie est loin d’être le petit poucet du groupe. Les Fennecs, qui pointent à la 25e place, sont certes derrière la Belgique (12e) et la Russie (18e), mais sont devant la Corée du Sud (55e). Cela n’empêche pas le sélectionneur Vahid Halilhodzic de considérer son équipe comme « la plus faible du groupe ». Alors qu’ils entameront leur Coupe du monde face à nos Diables, les Algériens, comme ils le disent si bien, n’ont « rien à perdre ». La Belgique, elle, ne peut pas se louper. Et coach Vahid et ses ouailles ne vont bien sûr pas se priver de rappeler qu’ils ont ce statut d’outsider pour accroitre la pression qui repose sur les épaules diaboliques.

De sérieux atouts offensifs Sur le terrain, cette équipe est pourtant loin d’être dénuée de talents. L’homme à tenir? « Il y en a énormément » assure Carl Medjani, défenseur d’El Khadra et de Valenciennes (voir interview pages suivantes), « l’équipe belge se rendra compte qu’on a marqué énormément de buts en phase qualificative. On a des atouts offensifs à faire valoir. Il n’est pas opportun d’en dégager un, on est vraiment une force collective ». Mais s’il fallait quand même sortir des noms, on pense aisément à Sofiane Feghouli, qui « flambe à Valence », comme le souligne Medjani, et d’enchérir : « il tire l’équipe nationale vers le haut depuis qu’il est arrivé ». Il faudra aussi tenir à l’œil Islam Slimani du Sporting Lisbonne, la machine à marquer de cette équipe (5 buts en phase qualificative), ainsi que les jeunes qui montent, Faouzi Ghoulam (Naples), Saphir Taïder (Inter), Nabil Ghilas (Porto) ou encore Nabil Bentaleb (Tottenham)… Tout cela équilibré par des joueurs plus expérimentés, comme Carl Medjani, Madjid Bougherra (Lekhwiya, Qatar) ou Hassan Yebda (Udinese). Ne pas prendre cette équipe de haut sans pour autant jouer la peur au ventre, telles devraient être les clés du match pour les hommes de Marc Wilmots. X


Carl Medjani, défenseur international algérien de Valencienness’est confié à BeDiables. C’est à travers son regard que nous vous faisons découvrir un peu plus le premier adversaire des Diables au Brésil. Le natif de Lyon nous a parlé de lui et de sa sélection, mais est également apparu bien informé sur la Belgique…

« La Belgique, un bon tirage ? C’est vous qui le dites ! Pour moi, ils ont la meilleure génération d’Europe»

tout. Donc il fallait que je trouve un projet où j’allais jouer pour avoir une chance d’être dans la liste du coach Halilhodzic au mois de mai, et faire partie des 23 qui iront à la Coupe du monde. Les objectifs du club collaient bien aux miens mais aussi au profil qu’ils recherchaient. Mais c’est vrai que la principale raison de ma venue reste bien d’avoir du temps de jeu en vue de la Coupe du monde. Je ne m’en cache pas.

alors que vous n’aviez aucune sélection auparavant. Comment avez-vous accueilli la nouvelle ?

C’était une surprise, un immense bonheur, une joie indescriptible. Surtout qu’à par cédric martin l’époque, j’étais en Ligue 2, ma carrière n’avait pas encore pris la tournure qu’elle Vous avez beaucoup voyagé en connait aujourd’hui. Ça a été un moment France, avec en plus des passages assez fort et c’est pour ça que maintepar Liverpool et l’Olympiacos. Aunant, je mesure toute l’ampleur et toute la jourd’hui, s’il fallait faire un bilan, Vous êtes aujourd’hui un membre à difficulté de se qualifier pour une Coupe du quelle satisfaction retiriez-vous de part entière de la sélection algérienne. monde. Parce que cette fois, j’ai pris part votre carrière ? Ça représente quoi pour vous ? aux qualifications. Celle d’être dans le cercle professionnel La sélection c’est pour moi, depuis quatre En mettant notamment un but impordepuis maintenant 11 ans. J’ai signé mon ans, la meilleure chose qui me soit arritant contre le Burkina Faso… premier contrat pro à l’âge de 18 ans à vée dans carrière. Jouer pour son pays Ouais c’est ça. Je mets le but du 2-2 Liverpool. Je viens d’avoir 29 ans. Mon par- d’origine, pour ses racines, sa famille, ses là-bas, mais on en prend un troisième cours est donc assez intéressant. J’avoisine, amis… c’est quelque chose d’extraorditoutes compétitions confondues, les 300 naire. J’ai pu vivre, en 2010, l’aventure en dans la foulée, qu’on n’aurait jamais dû matches en professionnel. Pour le joueur Afrique du Sud à la Coupe du monde pré- prendre (NdlR : sur un pénalty très sévère sifflé contre les Fennecs, et converti par que je suis aujourd’hui à mon âge, c’est cédente, mais en tant que remplaçant. Je quand-même pas mal. Le fait de voyager venais d’arriver dans l’équipe donc j’ai pris un certain Aristide Bancé, ex-lokerenois). m’a fait acquérir de l’expérience, découvrir mes marques lors de ce Mondial, sans pour Mais c’est vrai que ce but nous permettait de nouveaux pays et championnats. Pour autant avoir du temps de jeu. Aujourd’hui, alors de rester dans la course à la qualif’ en pouvant se contenter d’un but d’écart l’enrichissement d’un footballeur pro, c’est ayant fait tous les matches de qualificaà domicile (NdlR : victoire 1-0 au retour). une bonne chose, de parfois s’expatrier tion dans leur intégralité, c’est vrai que C’était donc un but important, mon precomme ça et… se mettre en danger. Donc j’ai beaucoup plus d’ambition pour cette je retire une satisfaction globale même Coupe du monde. Que ce soit personnel ou mier et unique, en sélection. Et il a eu son si quelques choix même collectif. C’est pesant d’or dans la qualification. peuvent être remis ce « On est vraiment indescriptible en doute parfois. qu’on peut ressentir Un but qui vous vaut presqu’à coup une force collec- quand on joue pour sûr une place dans les 23. Mais j’imaMais il ne faut gine que ce que vous ambitionnez, jamais regretter son pays. Et pour tive » parce qu’on s’en les connaisseurs du c’est une place de titulaire… Oui, mais tout joueur qui sera dans les 23 sert toujours pour la suite. foot algérien, ça l’est d’autant plus. Avec de grands fanatiques. C’est une grande sa- voudra être titulaire. On ne peut pas tirer Vous parlez de se mettre en danger. tisfaction d’avoir connu tous ces moments. des plans sur la comète par rapport au Mais ici, en venant à Valenciennes, onze de départ qui sera aligné contre la Quand on est joueur professionnel, on c’était différent. Vous êtes venus en Belgique ou lors des matches qui suivront. aspire à jouer des Coupes du monde, des grande partie pour avoir l’assurance Coupes d’Europe ou des Coupes d’Afrique, de jouer… en vue du Mondial ? Vous dites que la sélection a été un et la Ligue des Champions. Et c’est vrai Oui, mon choix de venir à Valenciennes qu’aujourd’hui, j’ai eu la chance, malgré la truc énorme pour vous. Mais avant ça, était clairement personnel. Avec l’Algérie, modeste carrière que j’ai eue, de découvrir vous avez fait toutes vos classes d’âge avec la France. Dans votre tête, vous on s’était qualifié pour la Coupe du monde ces compétitions. vous disiez dès le départ que s’il y et moi, j’étais à l’Olympiacos où, sur les avait possibilité de jouer pour l’AlgéEn 2010, vous avez été repris dans la deux derniers mois, je n’avais pas eu trop rie, ce serait l’Algérie ? Ou si la France liste des 23 pour la Coupe du monde de temps de jeu… voire même pas du - 32 -


s’était présentée à ce moment-là, vous auriez hésité ?

Honnêtement, je ne sais pas. C’est vrai que j’ai fait toutes les sélections avec la France, des U15 aux espoirs. Mais j’avais toujours dans ma tête la réflexion de jouer pour mon pays d’origine depuis tout petit. Aussi parce que quand je me suis retrouvé à Lorient, à l’âge de 19 ans, il y avait Karim Ziani qui était déjà international et qui avait commencé à me mettre la puce à l’oreille par rapport à la sélection. Donc on commençait déjà à en parler. Puis ma carrière a pris une tournure plus difficile. Et il y a eu cette loi FIFA qui permettait justement aux joueurs binationaux d’opter pour leur pays d’origine s’ils n’avaient pas eu de sélection en A. J’ai donc bénéficié de cette loi et aujourd’hui, je ne regrette vraiment pas mon choix parce que c’est vraiment une grande fierté et un grand honneur de jouer pour mon pays d’origine. Quels sont les attentes de la presse et de la population algérienne par rapport à cette Coupe du monde ?

Les attentes du peuple, de tout le monde, c’est de passer au deuxième tour. Aujourd’hui, aucune équipe, dans l’histoire du foot algérien, n’y est arrivée. Donc le peuple attend ça avec impatience. Mais il faut aussi être réaliste en se disant qu’on est tombé dans un groupe qui n’est vraiment pas facile. Avec la Belgique, en tant que favori…

d’Europe. Ils l’ont prouvé lors de la phase moins, parce qu’elle vient d’un pays qualificative, et je pense que c’est le favori asiatique. C’est donc un football qu’on du groupe, clairement. S’ils restent aussi connait moins, mais c’est une nation qui logiques et lucides sur leurs possibilités, est aussi régulièrement présente dans les ils devraient assumer leur statut de favori phases finales de coupe du monde. Ils ont et ne pas le laisser aux autres. La Russie, été en demi-finale il y a douze ans, donc aussi, aura son mot à ça ne fait pas si dire. Parce qu’ils ont « Votre staff a or- longtemps que ça, beaucoup d’expéfin de compte. ganisé une cellule en rience au niveau des Il faudra se méfier compétitions interna- de visionnage pour de tout le monde, tionales et ils ont un nous décrypter » mais on aura notre grand coach, qui est mot à dire. Je ne Fabio Capello. Tous leurs joueurs évoluent dis pas qu’on se qualifiera, je ne dis pas pratiquement dans des clubs qui jouent la que c’est notre objectif, mais c’est le rêve Ligue des Champions chaque année. Puis de tout le monde. il y a la Corée qui va être, Quand « coach Vahid » dit que je ne vais pas dire l’Algérie est l’équipe la plus l’inconnu, mais faible du groupe, c’est une qu’on connaifaçon d’enlever la pression tra quand qui pourrait peser sur les même joueurs ? un peu Non, il a raison, il est réaliste. Si on prend l’expérience de l’équipe, son vécu sur la scène internationale, il a raison de dire que l’Algérie est l’équipe la plus faible. Après, ça ne veut pas dire qu’elle sera la plus

Tirer la Belgique, lors du tirage, pour un pot 1, ça a plutôt été une satisfaction quand-même, non ?

Ça c’est vous qui le dites ! On sait très bien qu’aujourd’hui, la Belgique fait partie des meilleures équipes européennes, même si elle n’a pas une grande expérience sur la scène internationale. Ils ont une très très grande génération… je pense la meilleure génération

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« Quand j’étais en U13, je me suis retrouvé en famille d’accueil avec Vincent Kompany. Je ne sais pas s’il s’en souvient encore » faible pendant la Coupe du monde. Mais au départ de ce groupe, on est clairement outsider, et ça, il ne faut pas se le cacher. Mais ça n’empêchera en rien le fait qu’on joue tous les matches pour les gagner et qu’on essaiera de battre tout le monde. C’est la seule chose qu’on peut promettre à notre peuple aujourd’hui : ils auront 23 guerriers sur le terrain qui se battront pour les couleurs du pays. Et on fera les comptes après, à l’issue du troisième match. 23… et même 24, si on compte le sélectionneur. Justement, c’est quel type de coach, Vahid Halilhodzic ?

Alors je vais même dire 25, si on compte le public. Vous vous rendrez compte de ce que sont les supporters algériens, lors de cette Coupe du monde. Le coach, bah… c’est quelqu’un qui n’est plus à présenter aujourd’hui. Il a quand même un sacré palmarès derrière lui. Il a été à la tête de grandes équipes, comme Lille, avec qui il a fait un beau parcours en Champion’s League, ou comme le PSG et le Dinamo Zagreb. Puis la Côte d’Ivoire… bref, il a une grande expérience, et il avait une grande envie de qualifier l’Algérie pour une Coupe du monde. Mais aussi participer, lui, à une première Coupe du monde en tant qu’entraineur, parce qu’il en avait été privé, justement, avec la Côte d’Ivoire. Il avait donc cet esprit un peu revanchard. Il y a trois ans, on a entamé avec lui une magnifique aventure. Il y a eu un renouveau, dans notre sélection. Il a insufflé du sang neuf et de jeunes joueurs talentueux à notre équipe. Aujourd’hui, on ne peut que se réjouir de notre parcours. Des jeunes joueurs talentueux, justement, si vous deviez en ressortir quelques uns, dont la Belgique aura intérêt à se méfier…

Il y en a énormément, des joueurs talentueux. Ils n’ont pas tous la classe d’Eden Hazard. Mais s’il fallait citer un joueur qui flambe, aujourd’hui, dans les meilleurs clubs européens, c’est clairement Sofiane Feghouli, de Valence. Il n’est plus à présenter. Il y a aussi Saphir Taïder, qui

joue à l’Inter Milan. Puis Faouzi Ghoulam, qui a signé au Napoli cet hiver. Il y a un grand vivier de footballeurs, en Algérie. Aujourd’hui, c’est bien pour le pays et pour l’équipe nationale. Même si on n’est pas encore au niveau de la Belgique, qui a beaucoup de bons joueurs, qui évoluent dans les meilleurs championnats européens, surtout en Angleterre. Belgique – Algérie, c’est le match d’entrée, celui où on a souvent la peur de perdre et où finalement, tout peut arriver. Finalement, il n’y aura peutêtre pas grand-chose qui va décider de l’issue de ce match…

Peut-être. C’est encore difficile à dire aujourd’hui, ce ne sont que des spéculations. - 34 -

Mais c’est sûr qu’on dit toujours, à raison, que le premier match est très important. De notre côté, on a tiré le gros morceau d’entrée, mais ce n’est pas plus mal pour entrer dans la compétition et se mettre tout de suite dedans. On n’aura rien à perdre contre la Belgique, qui est favorite. On jouera notre match du mieux qu’on peut pour leur poser le plus de problèmes en tout cas. Quelles sont les forces et faiblesses de l’équipe d’Algérie ?

Ça je ne vous les donnerai pas, parce que vous êtes un média belge. Ce serait une question à poser à votre staff qui apparemment a organisé une cellule de visionnage pour nous décrypter. Et inversement,


« L’équipe belge se rendra qu’on compte qu’on a des atouts offensifs à faire valoir » je ne pourrais pas non plus vous parler des forces et faiblesses de l’équipe belge. On connait les joueurs individuellement, mais pas encore leur force collective, dans la mesure où on a le temps encore de pouvoir décrypter leur jeu et leurs matches pour savoir avec plus de certitudes comment on devra les affronter le 17 juin. Vous parlez des forces individuelles des joueurs belges, vous pouvez développer ?

Comme je l’ai dit, il y a un fort potentiel individuel, en Belgique. Non pas que ce soit une équipe individualiste. Mais c’est en tout cas ce qu’on peut suivre de leur parcours en club. C’est une très très belle équipe, qui regorge de très très grands joueurs. Lesquels, notamment, selon vous, sortent du lot ?

‘’Witzel’’, Fellaini, Hazard, Kompany, Courtois, Lukaku… je peux vous citer tous ces joueurs qui flambent aujourd’hui dans leurs clubs et championnats respectifs. Ce qui me fait plaisir… J’ai une anecdote sympathique, à ce propos. Quand j’ai fait mon testi pour entrer au centre de formation de Saint-Etienne, j’ai effectué un tournoi à Sens, près d’Auxerre (NdlR : tournoi mondial U13). C’était en U13 et j’étais en famille d’accueil. Il y avait Anderlecht dans le tournoi, et je me suis retrouvé en famille d’accueil avec Vincent Kompany. Je ne sais pas s’il se souvient encore de ça, aujourd’hui. Ou s’il se souvient de moi, tout simplement. Mais on a vécu trois ou quatre jours à Sens dans la même famille d’accueil. C’est sûr qu’aujourd’hui, je connais le joueur qu’il est, parce qu’il est dans un grand club et que je le regarde assez souvent, mais je ne pense pas qu’il me connaisse autant, de son côté.

d’années, on va joueur l’un face à l’autre au Brésil. En tout cas, je l’espère. Vous avez aussi évoqué Eden Hazard, que vous avez déjà pu avoir comme adversaire, en Ligue 1. Ce n’est pas le Hazard d’aujourd’hui, mais il montait déjà en puissance. Quels souvenirs en gardez-vous ?

Des bons souvenirs, parce que c’est toujours plaisant de jouer contre un grand joueur comme ça. Aujourd’hui, je pense qu’il appartient à la race des grands joueurs. S’il continue comme ça, il fera partie des tout meilleurs, et ira concurrencer des Ronaldo, Messi ou Ribéry pour le Ballon d’Or. En tout cas, il a fait de grandes choses et a marqué de son empreinte le championnat de France, tout comme il est en train de le faire en Angleterre. C’est assez impressionnant de le voir à ce niveau-là, aujourd’hui. On sait que c’est le joueur en forme du moment et il sera très difficile de le contenir. Il faudra qu’on ait mis en place un système qui nous permette de contrecarrer, non pas que Hazard, mais toute l’équipe belge. En Belgique, il y a trois langues nationales, ce qui a amené, en tout cas par la passé, des clans à se former. En Algérie, il n’y a pas ce problème et on dit souvent que la fierté nationale est la force de cette équipe. Vous pouvez en parler ?

C’est sûr, c’est notre force. Il n’y a pas du tout de clans, chez nous. L’équipe est composée de joueurs locaux, qui évoluent en Algérie, sont nés en Algérie et ont joué toute leur vie en Algérie. Il y a aussi

Il était déjà impressionnant, à l’époque ?

Ah oui, c’était déjà le leader de son équipe. On les avait joués, dans ce tournoi. Et l’histoire est belle parce qu’après tant - 35 -

des joueurs binationaux, qui jouent pour l’équipe nationale mais sont nés en France et évoluent en Europe. Et enfin, il y a des joueurs « locaux », qui ont eu la chance de s’expatrier cette année en Europe, pour tenter leur chance et signer des contrats pro. Mais il n’y a pas de clans mais une équipe. C’est 23 frères, ou même 30-35 frères. Parce qu’on a un groupe élargi, le coach a fait appel à beaucoup de joueurs. On a vraiment une équipe très unie et c’est ce qui nous a permis d’avoir des résultats. Il y en a un dans le groupe avec qui vous vous entendez plus particulièrement ?

Naturellement Mehdi Mostefa, parce qu’on jouait ensemble à Ajaccio. Puis il y a Foued Kadir et Raïs M’Bolhi, parce qu’on est arrivé ensemble en équipe nationale. Mais aussi Madjid Bougherra, parce qu’on partage le même poste. Les hommes à tenir du côté de l’Algérie ?

Il y en a énormément. L’équipe belge se rendra compte qu’on a marqué énormément de buts lors des phases qualificatives. Donc on a des atouts offensifs à faire valoir. Pour moi, il n’est pas opportun d’en dégager un, on est vraiment une force collective. Le surnom que vous préférez, pour l’Algérie…

El Khadra, c’est comme ça qu’on nous appelle, « Les Verts ». Mais on a un autre surnom, simple, c’est « Les Hommes ». Sur le terrain, on est des hommes. X


Ce qu’il en dit… Raïs M’Bolhi (1) gardien, 28 ans, CSKA Sofia

(Valenciennes). Il a ensuite eu la chance de signer à Marseille. Puis il est parti à C’est un gardien qui a marqué la Coupe du Rennes, également dans l’optique d’avoir monde 2010 parce qu’il a été élu meilleur plus de temps de jeu qu’à l’OM. C’est un gardien du premier tour. Il n’avait pas joué joueur qui est pétri de qualités et qui a fait une très grosse Coupe du monde en 2010. le premier match mais les deux suivants, Un Foued Kadir en forme est un plus pour contre les Etats-Unis et l’Angleterre et il notre équipe. avait été exceptionnel. Aujourd’hui, c’est quelqu’un avec qui je m’entends très Adlène Guédioura (5) très bien. C’est même un ami. Il a connu quelques difficultés en début de saison, milieu, 28 ans, Crystal Palace parce qu’il est parti en Russie. Il est depuis Il est passé par la Belgique et est aurevenu en Bulgarie et depuis le mois de jourd’hui à Crystal Palace. Il a eu de belles décembre, il joue régulièrement. C’est un années avec Wolverhampton et Nottintrès bon gardien qui mérite d’être beaugham Forrest. Puis le voilà en Premier coup plus médiatisé et aboutir dans un League. C’est un très bon milieu de terrain, club beaucoup plus huppé que là où il est avec de grosses qualités athlétiques et aujourd’hui. physiques. Mais aussi une très grosse frappe de balle. C’est un joueur-clé de la sélection, qui est là aussi depuis 2010. Faouzi Ghoulam (2)

défenseur, 23 ans, Naples 

il a fait six mois de grande qualité avec Saint-Etienne qui lui ont permis de signer à Naples, qui est quand même un sacré club en Italie. C’est bien pour lui parce que ça va lui permettre de quitter son cocon familial, parce que c’est un joueur du cru, c’est un Stéphanois. C’est un beau projet pour lui et j’espère qu’il va pouvoir mettre toute son expérience au profit de l’équipe nationale.

Nabil Bentaleb (6) milieu, 19 ans, Tottenham

Madjid Bougherra (3) défenseur, 31 ans, Lekhwiya

C’est un très bon mec. Il est très discret, ne parle pas beaucoup. Mais quand il prend la parole, il a toujours le mot juste. C’est le mec qui tire l’équipe nationale vers le haut depuis qu’il est arrivé. Aujourd’hui, il montre toute l’étendue de son talent à Valence et je pense que s’il continue comme ça, il sera appelé à jouer dans des clubs encore meilleurs que Valence.

ça a été mon partenaire d’axe central lors du dernier match. C’est quelqu’un qui a beaucoup d’expérience et qui joue aujourd’hui au Qatar. Il a brillé lors de la dernière Coupe du monde et avait brillé, aussi, avec les Glasgow Rangers en Champion’s League. C’est surtout un homme avec un grand cœur, beaucoup de bonté et de sagesse. Je suis ravi d’avoir pu jouer à ses côtés.

Foued Kadir (4) milieu, 30 ans, rennes

C’est un très bon joueur, il a évolué ici

un très bon attaquant. Un bulldozer, qui déménage et pèse sur les défenses adverses. Il est aussi dans la lignée de son frère (NdlR : Kamel Ghilas, prêté en deuxième partie de saison au 7 Sporting Charleroi mais qui n’a pas convaincu). Il aime partager des moments et a toujours le mot pour 4 rire.

C’est un joueur qui est talentueux, et qui est en train de flamber avec Tottenham. Tout joueur susceptible d’amener un plus à l’équipe nationale ET qui a envie de jouer avec nous, il est le bienvenu.

Sofiane Feghouli (7) milieu, 24 ans, Valence

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Nabil Ghilas (8) attaquant, 24 ans, FC Porto Il a signé cette année à Porto. C’est

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6

2


l’équipe-type : zemmamouche

bougherra

medjani

cadamuro

ghoulam

taïder

mostefa

1

brahimi

feghouli

soudani

slimani

La sélection : Gardiens : Mohamed Zemmamouche (USM Alger), Rais Mbolhi (CSKA Sofia/ Bul), Azzedine Doukha (USM Harrach), Cédric Si Mohamed (CS Constantine). Défenseurs : Madjid Bougherra (Lekhwiya), Carl Medjani (Valenciennes/ Fra), Essaïd Belkalem (Watford/Ang), Rafik Halliche (Académica Coimbra/ Por), Ali Rial (JS Kabylie), Liassine Cadamuro (Majorque/Esp), Nacereddine Khoualed (USM Alger), Aïssa Mandi (Reims/Fra), Djamel Mesbah (Livourne/ Ita), Faouzi Ghoulam (Naples/Ita). Milieux : Mehdi Mostefa (Ajaccio/Fra), Saphir Taider (Inter/Ita), Adlène Guedioura (Crystal Palace/Ang), Medhi Lacen (Getafe/Esp), Hassen Yebda (Udinese/Ita), Sofiane Feghouli (Valence/Esp), Abdelmoumen Djabou (Club Africain), Foued Kadir (Rennes/Fra), Yacine Brahimi (Grenade/Esp), Nabil Bentaleb (Tottenham/Ang), Zinedine Ferhat (USM Alger), Riyad Mahrez (Leicester/Ang), Amir Karaoui (ES Sétif). Attaquants : Hilal Soudani (Dinamo Zagreb/Cro), Islam Slimani (Sporting Portugal/Por), Nabil Ghilas (FC Porto/Por)

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Commentaire : Feghouli, Slimani et Ghoulam sont les incontournables de cette équipe. Bougherra en défense centrale est également un pilier même si Halilhodzic a montré que les « anciens » n’étaient pas incontournables, en ne sélectionnant pas Rafik Djebbour ou en confiant le poste de gardien à Zemmamouche . Medjani a joué tous les matches de qualification en défense centrale et compte bien conserver son poste de titulaire. Pour le reste, ça semble assez ouvert. Mostefa peut évoluer au poste d’arrière droit (tout comme Cadamuro), ce qui pourrait conduire coach Vahid à opter pour Lacen, à côté de Bentaleb. Au poste d’ailier droit, on peut aussi imaginer un Brahimi, ce qui replacerait Feghouli dans l’axe du jeu, comme il a déjà dû le faire pour les Fennecs. Guedioura (milieu axial) et Kadir (flanc) peuvent aussi prétendre à une place dans le onze de base. - 37 -

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Corée du Sud La clé ?

Une bonne prise de Son

Son Heung-min sera l’homme à surveiller côté coréen. Le jeune talent du Bayer Leverkusen a réalisé une bonne saison en Bundesliga et compte bien poursuivre sur sa lancée. par cédric martin

Alors que les Algériens préfèrent se décharger de toute pression en s’autoproclamant petit poucet du groupe, les Sud-Coréens, eux, n’hésitent pas à afficher leurs ambitions. Tout ceci à l’image d’un Son Heung-min plein d’envie, qui n’entend pas se rendre au Brésil pour faire de la figuration : « Bien sûr que les attentes en Corée du Sud sont très grandes, mais nous devons vivre avec ça. Il va falloir qu’on travaille dur pendant la préparation. La Coupe du monde est un tournoi fantastique et ce sera pour moi une première », s’est exprimé le joueur du Bayer Leverkusen à Bundesliga.com. « C’est un groupe difficile mais nous aussi, nous avons une bonne et jeune équipe. Beaucoup de nos joueurs évoluent en Europe et il y a un bon mélange, un bon équilibre. Maintenant, on se concentre sur la préparation. L’important sera aussi de ne pas se blesser ». Et de faire état de son impatience : « J’ai hâte de voir comment les choses vont se passer au Brésil ». Et le numéro 11 des Diables rouges risque d’être l’homme-clé de sa sélection. Après une saison prolifique, agrémentée de 10 buts en Bun-

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desliga, Son a pleinement contribué à la qualification des siens pour les tours préliminaires de la Ligue des Champions la saison prochaine. Le temps pour lui de faire le bilan de sa saison : « Je suis vraiment heureux de ce que nous avons accompli avec l’équipe. Évidemment, j’ai aussi connu un petit passage à vide, où je jouais un peu moins bien, mais c’est le foot. Les choses ne peuvent pas toujours aller au mieux. Mais j’ai beaucoup appris cette saison et je me suis vraiment régalé. Le fait d’atteindre la barre des 10 buts a aussi été important pour moi. Ça sonne bien mieux que 9 et c’était important pour moi, psychologiquement. Je suis satisfait de ma saison ». À seulement 21 ans, Son Heung-min aura la lourde tâche de tirer son équipe vers le haut, lui qui symbolise le renouveau de cette équipe. À l’image de nos Diables à nous, la moyenne d’âge du groupe coréen n’est pas très élevée, mais ce n’est pas un souci, à en croire les mots de son sélectionneur Hong Myung-bo : « Oui, c’est une équipe jeune mais nos joueurs ne manquent pas d’expérience. Ils jouent tous dans des championnats compétitifs. Ce n’est peut-être pas la plus grande équipe de Corée qu’on ait eu en Coupe du monde mais je peux vous assurer qu’on travaillera dur pour qu’elle le devienne  », a conclu celui qui était sur la pelouse lors l’élimination des Diables en 1998, après un décevant match nul (1-1). Espérons que l’histoire ne se répète pas, 16 ans et un jour plus tard…

Park, le mal aimé du peuple L’autre « star » de cette équipe, c’est un certain Park Chu-young. Très important pour animer l’attaque des autres Diables rouges, l’ancien Monégasque ne fait pourtant pas l’unanimité dans son pays. En cause, une saison morne et un temps de jeu quasi inexistant, principalement en raison des blessures. Révélé sur le Rocher dès son arrivée, en 2009, en provenance du FC Séoul, il s’est rapidement fait un nom en Ligue 1. Ses deux saisons suivantes seront sur la lignée de la première, les buts en


l’équipe-type : Jung Sung-ryong

Hong Jeong-ho plus. Une visibilité qui lui a valu les faveurs de ce recruteur au nez fin qu’est Arsène Wenger… Mais le rendement londonien du Coréen aura été assez faible, si bien qu’il se verra prêter à Celta Vigo, dans un premier temps, puis à Watford… Cette année, entre une première partie de saison chez les Gunners et la seconde en League Championship, Park n’aura pris part qu’à quatre matches (un en Coupe avec Arsenal, deux en championnat avec Watford et un en sélection). Argument suffisant pour voir le peuple coréen s’indigner de la sélection du joueur parmi les 23. Des contestations que l’intéressé a lui-même estimées « normales », se montrant même prêt à laisser sa place si c’était ce que voulait les « fans »: « Si les Coréens ne veulent vraiment pas que je participe à la Coupe du monde, je ne vais pas forcer les choses. Je souhaite qu’ils soient consultés sur la question, qu’ils s’expriment et que je puisse prendre ma décision en tenant compte de ce qui va en ressortir. Mais s’ils me font confiance, alors ce sera à moi de me donner à fond ». On imagine très mal le joueur manquer le Brésil et nul doute qu’il aura à cœur de faire taire ses détracteurs. Park Chu-young sera un homme à suivre, à n’en pas douter. Thomas Vermaelen a certainement déjà étudié la manière dont il allait se farcir son ami du banc de touche. X

kim young-gwon

lee yong

kim jin-soo

ki sung-yueng

han kook-young

koo ja-cheol lee chung-yong

song heung-min

parc chu-young

La sélection : Gardiens de but : Jung Sung-ryong (Suwon Bluewings), Kim Seung-gyu (Ulsan Hyundai), Lee Bum-young (Busan IPark) Défenseurs : Kim Jin-su (Albirex Niigata), Kim Young-gwon (Guangzhou Evergrande), Yoon Suk-young (QPR), Hwang Seok-ho (Hiroshima Sanfrecce), Hong Jeong-ho (Augsburg) Kwak Tae-hwi (Al Hilal), Lee Yong (Ulsan Hyundai), Kim Chang-su (Kashiwa Reysol) Milieux de terrain : Ki Sung-yueng (Sunderland), Ha Dae-sung (Beijing Guoan), Han Kook-young (Kashiwa Reysol), Park Jong-woo (Guangzhou R&F), Kim Bo-kyung (Cardiff City), Lee Chung-yong (Bolton Wanderers), Ji Dong-won (Augsburg), Son Heung-min (Bayer Leverkusen) Attaquants : Koo Ja-cheol (FSV Mainz 05), Lee Keun-ho (Sangju Sangmu), Park Chu-young (Watford), Kim Shin-wook (Ulsan Hyundai) Commentaire : Malgré les questions qui tournent autour de son état de forme, Park parait être un choix qui s’impose, en pointe de l’attaque, à moins que ne lui soit finalement préféré le jeune Ji Jong-won, d’Augsburg. En soutien, on devrait retrouver le Mayençais Koo Ja-cheol à la manoeuvre. Les ailes devraient quant à elles (bien) animées par Lee Chung-yong (Bolton) et Son. En charnière centrale, après plusieurs tests, c’est Kim Young-gwon qui devrait être associé à Hong (Augsburg), à moins que le coach ne se décide à remettre son expérimenté Kwak Tae-hwi en service.

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walem C’est au Centre National de Tubize que nous avons rencontré Johan Walem, entraineur de nos U21 nationaux. Ancien Diable Rouge lors de l’épopée en 2002, il raconte, en toute décontraction, les coulisses de sa Coupe du Monde. Propos recueillis par jérôme Noël

Les Diables rouges sont en pleine préparation pour leur rendez-vous avec le Brésil. Comment vit-on ce moment ?

Pour le moment, c’est très relax, très cool. On se retrouve, on récupère, on s’amuse. On profite surtout du fait d’être sélectionné, ce qui est déjà un aboutissement en soi. Et puis, petit à petit, la pression commence à monter avec les échéances qui se rapprochent. Beaucoup de professionnels pointent le manque de fraicheur de certains joueurs lors d’une Coupe du Monde après une longue saison…

Même si la fin de saison est tendue, tous les esprits sont déjà tournés vers le Mondial. Il faut aussi ajouter à cela un excellent staff médical. De plus en plus de spécialistes sont appelés pour prendre soin de nos joueurs. Certains revivent une deuxième préparation tandis que d’autres sont plus ménagés. En tout cas, le Coupe du Monde n’est pas une source de fatigue, que du contraire ! Est-ce qu’on ressent déjà la pression ?

Notre équipe actuelle la ressent. Mais elle est très positive. Quant on revient dix ans en arrière, les choses étaient totalement différentes. Il y avait de gros problèmes médiatiques. Malgré cela, on a atteint un magnifique - 40 -


« Ce coup-franc,

je l’ai répété

pendant vingt ans » objectif qui s’est malheureusement arrêté contre le Brésil… Vous évoquez des problèmes médiatiques en 2002…

La relation entre les médias, les joueurs et les entraineurs n’étaient pas sereine. Monsieur Wasseige avait aussi évoqué son départ à la fin de la Coupe du Monde en Corée et au Japon. Notre préparation en a donc pris un sacré coup dans l’aile. Au niveau du stress et de la gestion, ce n’était pas tout les jours facile. Et aujourd’hui, ça se passe mieux ?

C’est cent fois mieux ! Il y a une ferveur populaire extraordinaire et surtout, tout le monde est positif. Nous n’avons rien à perdre et surtout tout à prouver. Avec cette équipe et ce public, nous pouvons rêver d’un exploit pour cette campagne.

me dit « demain, on échange nos maillot ». J’étais vraiment très heureux. Parfois, on a l’impression que certaines grandes personnalités sont inaccessibles. Que du contraire, C’est la Coupe du Monde. L’entraineur ces gens sont très simples. Par contre, en possède ses titulaires à part entière mais pour Belgique, il nous manque encore ce respect les autres, tu ne sais pas de quoi sera fait entre joueurs. demain. Le premier match face au Japon, j’ai Vous évoquez ici les joueurs de notre commencé sur la pelouse. Face à la Tunisie sur le banc et puis contre la Russie je marque équipe nationale ? Non car je n’ai rien à voir avec l’équipe A. un goal et réalise un assiste. Ce prouve que C’est plutôt dans notre championnat. Dans tout peut aller très vite. notre équipe nationale, j’ai l’impression que Comment on célèbre cette qualification ce sont des gens simples qui s’entendent très à ce niveau ? Jusqu’où peut-on faire la bien. Juste avant cette rencontre, vous aviez pris place sur le banc face à la Tunisie. C’est difficile à vivre après avoir été titulaire contre le Japon ?

fête alors qu’il reste, au minimum, un match à jouer ?

On en profite dans le vestiaire et les heures suivantes à l’hôtel. Tout de suite, nous avions compris l’étendue de notre exploit. Pour affronter le Brésil, nous avons changé de location. Nous avons tous pris du plaisir et Malgré les problèmes médiatiques, vous surtout, avec cette qualification, l’équipe se étiez une bande de copains ? sentait très forte. Non mais nous étions très soudés les uns Le match face au Brésil, ça reste un souavec les autres. Nous possédions moins de venir impérissable ? stars qu’à l’heure actuelle mais nous pouC’est surtout l’apothéose de ma carrière vions compter les uns sur les autres. internationale voire même le résumé de ma Entre les rencontres, comment on gère carrière. Pendant le Coupe du Monde, les le stress, l’ambiance ? joueurs passent par tous les états d’âmes. Globalement, l’ambiance était très bonne. Il D’abord la préparation, puis la lutte pour une y avait, parfois, quelques frictions par rapport place de titulaire, une relégation sur le banc, à certains choix réalisés. Lorsqu’on réalise un goal, une qualification… C’est la beauté deux matchs nuls d’affilés, nous ne pouvions de la Coupe du Monde. Personne ne peut plus nous louper face à la Russie. C’est prédire ce qu’il peut se passer individuellesurtout aux joueurs de régler ces problèmes, ment. Malheureusement, notre parcours s’est arrêté contre le Brésil alors que le champion de prendre sur eux-mêmes, pour rendre le du monde de l’époque se retrouvait dans les groupe meilleur. cordes… Et face à la Russie, vous ouvrez le score sur un superbe coup-franc. Qu’est ce qu’on ressent à ce moment précis?

Ce but face à la Russie, c’est le seul souvenir qu’il me reste de cette rencontre. J’avais pris le ballon car j’avais de bonnes sensations. Quand tu sens quelque chose, tu ne dois pas te poser de questions. J’ai pris mes responsabilités. Ce coup-franc, je l’ai répété pendant vingt ans. Mais le moment le plus inoubliable, c’était face au Brésil.

A part ce dernier match, vous reste-t-il encore un moment anecdotique ?

L’avant match contre le Brésil était très particulier. Nous étions très surpris de la manière dont la journée a été adaptée. Les couleurs, les horaires d’entrainement, rien n’était prévu pour les Diables. Tout était aux couleurs du Brésil. Lors du changement d’équipe, Cafu, capitaine du Brésil à l’époque, est venu vers moi. On a commencé à discuter et puis il - 41 -

Et votre avenir, comment le voyezvous ?

J’ai toujours eu cette idée d’encadrement des jeunes. J’ai d’abord commencé à Anderlecht puis en Italie avant d’atterrir ici, en U21. Je pense avoir une certaine expérience. Pour la suite, on verra. Une équipe A vous intéresserait pour l’avenir pour vous lancer un nouveau challenge ?

Bien sûr. J’ai entraîné les jeunes pendant six ans et je pense l’avoir assez fait. Il faut savoir qu’avec le travail dans les équipes d’âges, tu ne reçois aucun retour. Tu travailles avec eux et pour eux. Tu ne reçois jamais un merci, ce n’est jamais mis en avant. Alors que l’avenir de notre football, c’est les jeunes. C’est donc votre dernière année à la tête des U21 ?

Non. Mon envie c’est de faire un beau travail en équipe national. C’est dommage d’avoir raté notre qualification avec le groupe qu’on avait. Le non-match contre la Serbie me reste toujours en travers de la gorge. Mais d’un autre côté, c’est un bon message pour le groupe. Il doit encore grandir avant d’atteindre le top. Où vivrez-vous la Coupe du Monde des Diables, au Brésil ?

Non, je n’ai pas été invité. Je la regarderai à la télévision ou en Italie avec mon fils. X


evs

une entreprise

belge à la

coupe du monde

Avec 8 autres sociétés issues de notre plat pays, EVS apporte le savoir-faire belge lors de la Coupe du Monde au Brésil. Leader dans son secteur, notamment tout ce qui concerne la production live et les ralentis, Geoffroy d’Oultremont, vice-Président de chez EVS évoque pour BeDiables comment la société liégeoise se prépare pour le plus grand événement sportif mondial de l’année.

images sont enregistrées sur les serveurs, chacune des chaines de télévision va venir piocher dedans. Autre chose ?

En plus des images tournées dans les stades, vous avez en plus 42 équipes de journalistes engagés par HBS pour faire tous les à-côtés, comme suivre les équipes pendant les entrainements, la vie des joueurs, réaliser des interviews,…

Propos recueillis par Pierre Lambert

Quel types de services allez-vous proposez pour la Coupe du Monde ?

Ça va générer une grosse base de donnée toutes ces images ?

Oui et elle va augmenter au fur et à mesure des matches. Chacune des chaines de télévisions, en fonction des droits acquis, va avoir accès à cette base de données. Un défi grandissant pour EVS, c’est le nombre de caméras qui augmentent et donc le nombre de données à enregistrer. Car il y a plus d’équipes de journalistes et autour du terrain il y a beaucoup plus de caméras que dans le passé. Par rapport à 2010, on compte 5-6 caméras en plus (plus de 30 caméras par match). Ces caméras deviennent aussi de plus en plus compliquées. Dans le passé, on n’avait que des caméras qui enregistraient 25 images par seconde, qui est le flux normal des Un exemple ? images à la télévision. Aujourd’hui, tous Une fois que toutes ces images sont les ralentis que l’on voit à la télévision sont enregistrées sur le grand serveur central, il des ralentis de caméras que l’on appelle y a une équipe d’une bonne dizaine de per- «super motion». Ce sont des caméras qui sonnes de la Fifa qui vont identifier chaque enregistrent 75 images par seconde. Et vous avez en plus à côté de ça, 2 caméras moment important de chaque match avec «hyper motion», qui enregistrent 200-300des mots-clés prédéfinis : début du match, 400 images par seconde et vont permettre fin de première mi-temps, goal avec le d’avoir un hyper ralenti (comme à Roland nom du joueur, l’équipe, les cartes jaunes, rouges,… Cela pour permettre aux journa- Garros, quand on voit la balle mordre la listes de reprendre des images précises pour ligne). Ce sont des caméras qui ne bougent pas beaucoup car elles sont hyper sendes résumés par exemple. Cette base de données va s’enrichir au fur et à mesure de sibles à la lumière notamment mais elles la Coupe du Monde. Une fois que toutes les permettent d’avoir de très belles images. EVS a signé un contrat avec HBS (Host Broadcast Services), qui s’occupe de toute la production télévisée pour la Fifa. On va donc fournir tous les serveurs vidéo dans les stades pour enregistrer les matches, faire les directs et les ralentis, mais également dans l’IBC (International Broadcast Center), qui est le grand centre de presse international basé à Rio et dans lequel toutes les chaines de télévisions auront un studio à elle pour travailler. Ce qui implique que toutes les images qui arrivent des différents stades seront stockées pendant toute la Coupe du Monde sur un grand serveur central.

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« On va assister au début de la 4K » Cela représente quoi en termes de matériel et de personnes ?

Nous livrons directement à HBS environ 200 serveurs EVS, plus des disques durs et les applications comme celles qui vont par exemple permettre aux gens sur place de rajouter tous les mots-clés. En plus de ça, nos clients, toutes les chaines de télévision, comme la RTBF, vont avoir du matériel sur lequel ils vont faire leur propre montage (à Rio mais aussi à Bruxelles) et bien souvent utiliser des serveurs EVS, ce qui représente encore 400 à 500 serveurs EVS. C’est vraiment un grand déploiement de notre part. Du côté humain, on va avoir à peu près 3035 personnes (EVS compte a peu près 500 employés) qui seront sur place à la Coupe du Monde, avec à peu près une personne par stade et 15 personnes qui sont là en permanence pour assurer le support et notamment pour le centre de presse à Rio. Pour le matériel, pour donner une image, on a envoyé 50 palettes au Brésil il y a une semaine. Il y a des nouveautés en terme d’images prévues pour la Coupe du Monde ?

Oui, on va assister au début de la 4K, ce qu’on appel la Ultra Haute Définition, qui est 4x fois supérieure au full HD que l’on peut trouver actuellement. On connaît bien le HD Ready et le Full HD (2 ou 4 fois la HD Ready). La Ultra HD sera 4 fois supérieure au Full HD. En collaboration avec Sony, il y aura 3 matches qui vont être filmés en 4K. Ca va être compliqué de les voir car il y a très peu de chaines de télévision qui ont des canaux appropriés, mais ça signifie que ce sont les débuts de la Ultra Haute Définition sur un événement important. Il y a deux ans, vous aviez lancé une application gsm qui permettait de revoir les buts sous différents angles, qu’en est-il aujourd’hui ?

On l’avait fait pour l’Euro, mais on est arrivé un peu tard dans le plan de développement des chaines de télés et l’UEFA avait repris l’application, mais ça n’avait

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« 7,5 millions d’euros de chiffre d’affaire » pas fonctionné comme attendu. Depuis on a affiné toute la technologie et l’application tourne aujourd’hui pour le championnat de France (Canal +), le championnat des Pays-Bas, RTL-TVi pour la Champions League et l’Europa League. Pour la Coupe du Monde, l’application fait partie du contrat avec HBS et la Fifa et 80 pays l’ont repris cette année dans leur plan, dont la Belgique, mais seulement la VRT. Quelles sont les possibilités offertes grâce à cette application ?

Tout d’abord, c’est une application produit blanc. Nous avons vendu l’application (c’est une autre société qui a fait l’interface) et la Fifa la revend en produit blanc aux chaines de télévision qui vont l’intégrer en y rajoutant des statistiques, des classements, Twitter, Facebook et de la publicité pour ceux qui le souhaitent. L’application permet de revoir les moments importants une ou deux minutes après que l’action ait eu lieu en direct. Vous avez un clip de 10-15 secondes avec une vingtaine d’angles de vues différentes qu’on n’a pas l’habitude de voir pendant les matches. On peut aussi avoir du streaming en direct via l’application avec en permanence 6 caméras différentes. Quel budget la Coupe du Monde représente pour EVS par rapport à votre budget annuel ?

Pour nous, ça va générer à peu près 7,5 millions d’euros de chiffre d’affaires. En sachant que le chiffre d’affaire total de l’an passé est de 130 millions, c’est donc 5,8 % du budget de l’an passé. La Coupe du Monde, c’est donc le plus gros événement pour EVS ?

Oui avec les JO d’été. Mais en termes de déploiement techniques, c’est la Coupe du Monde qui est le plus gros événement. Comment EVS est devenu leader mondial sur cette technologie ?

On s’est fait connaître en 1998 à la Coupe du Monde en France, quelques années après avoir fondé la société en 1994. On avait déjà un premier contrat avec Panasonic en 1996 pour les JO d’Atlanta pour enregistrer les caméras de Panasonic. Mais c’est surtout en 1998 où l’on a utilisé pour la première fois nos technologies pour les ralentis. Pour le reste, deux éléments sont importants dans le choix d’EVS. Le premier, c’est tout ce qui concerne la question de la fiabilité. Aujourd’hui, notre serveur est fiable et est probablement le seul sur le marché qui a atteint un niveau de fiabilité extrême. Ensuite, nous faisons attention à la qualité de notre service. C’est vraiment important pour nos clients de savoir que s’il y a quelque chose qui ne va pas, il y a des gens de chez EVS sur place, voir ici à Liège pour pouvoir leur apporter le soutien nécessaire. - 44 -


Vous n’êtes pas la seule entreprise belge à aller au Brésil. Est-ce important que notre pays soit bien représenté ?

C’est très important. Il y a une initiative d’Agoria, qui s’appelle le Belgium Sport Technology Club. Pour nous, cette initiative est plus récente que notre relation avec les grandes fédérations sportives, mais c’est en effet très important et je pense que c’est un réel succès de profiler les sociétés belges comme étant susceptibles de délivrer des prestations dans ce genre d’événement. Et ça va au-delà de l’aspect purement audiovisuel. Exemple avec les pelouses mi-synthétiques, la construction des stades, les entreprises de sécurité, et aussi dans l’audiovisuel. Un pronostic pour le tournoi ?

Un carton d’EVS, car nous on va en finale de toute façon si tout va bien. X

La liste des 9 entreprises belges à la Coupe du Monde au Brésil

bride (Desso Grass Master) pour le stade déploiera des équipements sur 3 des 12 des Corinthians à Sao Paulo pour le match lieux (Cuiabá, Curitiba, Manaus). d’ouverture, ainsi que pour d’autres matchs, http://outsidebroadcast.be/ dont Belgique-Corée du Sud. Une petite dizaine d’entreprises belges ont http://www.desso.be/ Philips Belgium : fournira l’éclairage décroché des contrats de fourniture de prode 9 stades, à savoir ceux de Maracana, duits et de services pour la prochaine Coupe EVS : voir interview. EVS fourni de l’in- Fortaleza, Recife, Natal, Salvador, Mineirao, du monde de football au Brésil. C’est ce frastructure pour la production live des évé- Cuiabá, Baixada et Beira-Rio, qu’indique le Sports Technology Club, une nements (serveurs vidéos, replay, ralentis, initiative d’Agoria. Voici la liste des entre- archivage, gestion de contenu). Schréder : assurera l’éclairage de tout le prises présentes : http://www.evs.com/ stade Mineirao, l’éclairage extérieur du stade Maracana, l’éclairage de plusieurs monuBarco : installation de vidéos de sécurité Newtec : l’entreprise fournit le M6100 ments aux alentours du stade Brasilia. http://www.schreder.com/Pages/default.aspx dans le stade Maracaña à Rio, Broadcast satellite modulator, un satellite http://barco.com/en/ qui modernise TV Globo, la chaine la plus Skylane Optics : équipera 4 stades importante au Brésil. Bekaert : installation d’enceintes de séhttp://www.newtec.eu/ (Recife, Natal, Fortaleza, Salvador de Bahia) en matériel de télécommunication pour ascurité dans 6 stades. http://www.bekaert.com/ Outside Broadcast : la société est surer la conversion des signaux électriques l’un des 4 fournisseurs techniques pour la en signaux optiques. http://www.skylaneoptics.com/ Deso : l’entreprise fournit du gazon hy- diffusion des images du Mondial. Outside - 45 -


et physiquement,

comment ça va ? Si on veut gagner la coupe du monde, mieux vaut éviter de tirer la langue à la mi-temps ou de choper des crampes à la 60e. Alors, on a essayé de savoir comment nos « djaap » allaient se préparer physiquement pour le Brazil. Marc Francaux nous éclaire. Propos recueillis par Vincent Blouard

Cette coupe du monde, les joueurs y pensent depuis le début de saison. Physiquement, ca se travaille dès la préparation d’avant-saison, dès juin ou juillet ?

Théoriquement, oui, la préparation devrait être adaptée dès le moment où l’échéance d’une possible coupe du monde apparait au calendrier. Mais les employeurs, ce sont les clubs, donc les joueurs doivent d’abord respecter ces plannings-là avant de penser au mondial. En football, ce n’est pas comme en athlétisme où l’on programme en fonction d’échéances relativement lointaines comme une olympiade. De nos jours, les footballeurs sont sollicités très (trop) régulièrement et doivent être en forme presque douze mois sur l’année.

«La récupération sera essentielle parce que si vous arrivez fatigué en début de tournoi, c’est terminé. »

forme à tel et tel moments précis, par exemples pour les Jeux Olympiques et les championnats d’Europe. En football, on demande aux joueurs d’être au top chaque semaine, voire deux fois par semaine ! Ici, l’idéal pour nos Diables seraient de préparer maintenant (NDLR : début mai) la coupe du monde pour y arriver en top forme mais ce n’est pas possible vu les échéances en club comme la fin des championnats, la Ligue des champions ou les coupes nationales. Cela signifie qu’ils vont arriver fatiguer au Brésil ?

Pas nécessairement parce que les stages de préparation seront certainement adaptés (NDLR : 19-25/05 à Genk, 27/05-02/06 en Suède et 06-07/06 à Knokke). Ceux qui jouent peu en club auront une charge de travail supérieure à celle proposée aux joueurs qui ont parfois 50 matchs dans les jambes. La récupération sera essentielle parce que si vous arrivez fatigués en début de tournoi, c’est terminé. Évidemment, selon vos objectifs, vous ne devez pas être en top forme au même moment. Si vous visez le premier tour (NDLR : Iran, Costa Rica, Australie,…) il faut être à 100% Justement, nos Diables sont, pour la dès le début. Par contre, si vous visez le titre plupart, impliqués avec leur club jusque (Espagne, Brésil, Allemagne,…), vous pouvez très tard dans la saison alors que la vous permettre de démarrer plus légèrement coupe du monde approche. Inquiétant ? et de parvenir au top à partir des quarts de Pas vraiment. S’ils sont arrivés à ce niveau-là, finale. C’est une stratégie d’équipe. c’est qu’ils ont du coffre. Les bases physiques, ça s’obtient en « écolages », chez les Pendant les stages de préparation, quel jeunes. Une fois que vous êtes professionnel, devrait être le programme ? c’est que vous avez le bagage nécessaire. Le Je ne suis pas dans la confidence, forcément, mais je pense davantage à de la cohésion gros changement depuis quelques années, d’équipe, aux automatismes, à la récupérac’est la multiplication des sollicitations tion et aux procédures plutôt qu’au travail et l’enchainement des matches. Les gars jouent beaucoup plus souvent, il y a de plus physique pur et dur. L’important est de travailler la récupération entre les périodes en plus de compétitions et parfois, il n’y a même plus de trêve hivernale ! La charge de intenses d’un match (sprint, action de travail est plus longue et plus intense. Il faut but,…) et les périodes creuses comme il y en a beaucoup en nonante minutes. s’adapter. De quelle manière ?

Deux mots à retenir : planification et structure d’entraînement. Pour des athlètes, la planification annuelle peut-être « bimodale ». C’est-à-dire que le but est d’arriver au pic de - 46 -

Le décalage horaire et la chaleur pourraient bouleverser certains organismes ?

Je ne suis pas inquiet quant au décalage horaire. Un peu plus concernant la chaleur.


« Je ne suis pas inquiet quant au décalage horaire. Un peu plus concernant la chaleur. » En fait, le décalage vers l’Ouest est un bon décalage par rapport à celui de l’Est. Nous, on est dans le bon sens. Et en général, on compte un jour de récupération nécessaire par heure de décalage horaire donc nos Diables auront bien récupéré avant leur premier match. Pour la chaleur, c’est différent. Cela dépend de chaque joueur. Certains souffrent plus que d’autres et mettent plus de temps à s’acclimater. C’est comme lors de l’arrivée de l’été chez nous. Le premier jour, vous avez l’impression qu’il fait 50 degrés et c’est dif-

Au niveau purement alimentaire, le problème est souvent de proposer quelque chose de diététique ET de gouteux pour les sportifs. Et au niveau alimentation ? Maintenant, je pense qu’il ne faut pas trop D’abord, il sera important que les Diables se changer les habitudes des joueurs pour la réhydratent correctement parce qu’ils vont Coupe du Monde. Tant que leurs repas sont beaucoup suer au Brésil. Par exemple après équilibrés, ce sera sans doute fort semblable une rencontre, il faudra compenser les pertes à ce qu’ils mangent habituellement durant hydriques. En général, on préconise de boire l’année. De toute façon, le cuistot officiel 150% des pertes en buvant de l’eau enrichie fera le voyage donc ils seront chouchoutés en sodium et potassium, notamment. Après (rires). X ça, il faut prendre des sucres rapides, pour faciliter la récupération, et des protéines.

ficile à supporter. Mais après quelques jours, la chaleur vous parait plus supportable.

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les mythos

par Oli El Khoury

Comment ça, « il est où le dessin caricatural qu'on trouve dans tous les masazines? ». Grandissez, on est en 2014! Nous, on vous propose les Mythos d'Oli. C'est sûr... ça change. Oli fait souvent des rêves étranges. Et quand sa plume se met en mouvement pour décrire ce qui surgit de son inconscient, ça peut faire mal. Amoureux des Diables, supporters mauves, rouches ou blauw en zwart? Vous allez tous le détester. Et il adore ça! Alors il balance, sans retenue, sur ces chères petites têtes noire-jaunerouge. À prendre au millième degré.

On sait jamais...

backs. Et ça c’est une qualité certaine. Allez, je te laisse. J’allume la télé et je décapsule une canette. - Mais tu n’as pas répondu à ma question, Elle mousse et gicle sur ma main droite. Je coach. Je prends des stuts ou des multi ? l’essuie sur mon pull puis j’attends de voir mon nom apparaître à l’écran. Je le vois Il avait déjà raccroché. apparaître et je décapsule une autre bière J’ai repensé au journaliste coréen et j’ai pris pour fêter ça. Le coach déblatère des justifi- ma paire de tongs en mains, hésitant. cations incongrues sur certains de ses choix «  Merde, non », j’ai pensé, « on sait jaqui ne semblent pas tellement mauvais pas mais  ». J’ai troqué mes tongs contre mes rapport à celui de ma sélection. D’ailleurs, y deux paires de pompes de foot et les ai baa bien une question sur moi qui va tomber lancées dans mon sac de voyage. et qui va l’embarrasser plus qu’à l’accoutu- Je fixe mon téléphone et attends qu’il vibre mée, non ? Ou au moins une remarque sur de félicitations ou au moins d’invectives Van Damme. Vraiment ? Rien ? Même pas concernant ma convocation. Mais rien. Le coach c’est un génie. Même à l’époque des Van Damme ? Bon. Englebert et des De Boeck, le peuple et la J’annule mes vacances dans le Carré. Puis je presse se seraient insurgés si j’étais repris coupe la télé après que Marc ait snobé sau- avec les Diables. Ici, il nous sort un lapin vagement les deux questions du journaliste de son chapeau pour remplacer Christian et coréen. « Le pauvre gars », que j’me dis. Il ça suffit à faire diversion. Ma sélection ne a fait le déplacement jusque Bruxelles pour choque personne. Indifférence générale. rien. Des heures de vol pour finalement Ah, ça vibre. Un message de mon père : n’avoir rien d’autre à se mettre sous la dent « Oublie pas d’enregistrer Le jardin extraorque le melon bien mûr du coach national. dinaire ». Ça me fait penser à quelqu’un, tiens, quand Encore un. Mon coéquipier, Jelle : « Fifa ? j’y pense. « Moi au moins, j’aurai le soleil », Me fais chier lol… j’prends les mauves ». que je tente de me rassurer. Je termine ma canette puis je décroche mon J’allume ma console et me connecte au téléphone. Je dis : réseau en ligne. JelleRSCA me propose un match. Je prends la Belgique. Gestion - Salut, coach. Je prends des stuts ou des d’équipe. Je regarde si je suis dans le 11 de multi pour le Brésil ? la dernière mise à jour, « on sait jamais  ». Non, évidemment. En même temps, ça se - C’est qui ? comprend. Qui aurait idée de mettre un - Bah c’est moi, Laurent. Laurent Ciman. joueur à 52 dans une équipe vendue comme - Ah Laurent, comment c’que tu vas ? les futurs champions du monde ? Je me - On fait aller, que je réponds. - Écoute, Laurent, désolé pour ta sélection sors du banc des remplaçants et me mets mais j’avais pas beaucoup des autres choix. en tribunes. Je positionne Van Buyten dans Si je ne te sélectionnais pas, je devais re- l’axe de la défense et je mets Van Damme à prendre Radja, et c’est hors de question gauche. Valider. Débuter le match. que je me relie à la majorité. Et puis fina- Message de Jelle : « costaud ton arrière lement tu n’es pas si mauvais, au fond. Tu gauche, vais l’éviter lol ». sais, quand j’ai fait appel contre-appel sur Après vingt minutes de jeu, Alderweireld doit sortir. Il s’est claqué tout seul. Mais l’arbitre Roque Junior… dégaine la rouge au-dessus de la tête de - Tu penses ? Praet. Sans doute Gumienny à la manœuvre. - Je pense de quoi ? - Tu penses que je suis pas aussi mauvais « J’applique le règlement », semble-t-il vouloir dire derrière ses yeux de taupe. De toute qu’on le dit ? - Non, enfin, je veux plutôt dire que t’es manière, le gamin insipide ne proteste pas : aussi mauvais dans l’axe que sur les deux «  Je touche 800 plaques par an ah ah. Puis - 48 -


je devais sans doute mériter cette carte, pour les-mythos-doli manque de personnalité affligeant ». Personne ne proteste, tout le monde s’en bat les couilles de ce championnat. Un silence de mort règne sur le stade Constant Vanden Stock. Ça fume sa clope, ça termine son verre, ça se gratte les couilles au travers de sa poche, mais personne ne proteste, ça non. À part Guy Luzon, allez savoir pourquoi. Luzon monte sur le terrain et se met à quatre pattes en tapant le sol sous le regard naïf du jeune Tielemans, dont le visage a toujours autant l’air d’avoir été conçu dans de la plasticine, avec Pingu comme modèle. Praet sort finalement du terrain en raisonnant Luzon et en lui enfournant quelques billets froissés dans la poche, mais rien n’y fait, il continue de crier au complot. Preud’homme sniffe la coke sur le banc des Diables, dans ses vieux habits de gardien, en pensant à Mémé Tchité qui s’entraine en ce moment avec les U12. Pour calmer les esprits vides, Gumienny murmure un « please » qui se répand comme une trainée de poudre dans l’enfer bruxellois. Kompany tente mentalement de résoudre une équation du second degré et ça impose d’un coup le respect. Au royaume des crânes concaves, l’abruti moyen est roi. Par conséquent, tout le monde continue à se taire et l’arbitre fait signe que le match peut reprendre son cours. Pas d’occasion jusqu’aux arrêts de jeu, moment où Vanden Borre décide de passer à la vitesse supérieure. Il met un petit pont à son propre gardien et envoie une fusée dans son propre but puis il célèbre l’enchainement en agitant sa main à l’intention de son keeper et du public, comme s’il était DJ Furax. Fin du match tout le monde au vestiaire. Message de Jelle : « gros match de toby et anthony lol comme quoi t’as quand même des chances de jouer au brésil lol ». « Merde », j’ai pensé, « j’ai oublié d’enregistrer le jardin extraordinaire ». J’ai sorti mes paires de pompes de mon sac de voyage. Et j’y ai lâché mes tongs. X Aujourd’hui, c’est Laurent Ciman qui trinquait. Enfin... pas que lui. D’autres y sont déjà passés. Si vous voulez retrouver les premières Mythos, rendez-vous sur http://bediables.be/

« Van den Borre décide de passer à la vitesse supérieure. Il met un petit pont à son propre gardien et envoie une fusée dans son propre but » - 49 -


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Bediablesmag#1 ok version 10 juin 2014